« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 10 « La maison du bonheur »
Quand Candy s'éveilla, il était neuf heures et demie du matin. Elle émergea doucement, un sourire aux lèvres en sentant les bras de Terry autour d'elle. La clarté était faible mais lui permit de le distinguer. Elle leva ses yeux vers son visage, constata d'après sa respiration régulière qu'il dormait d'un sommeil paisible et réparateur après tous les efforts fournis cette nuit. Elle se détacha doucement de lui pour ne pas le réveiller, chercha des vêtements dans sa commode et partit dans la salle de bain. Elle prit une douche revigorante, s'habilla, se coiffa et retourna dans la chambre. Elle le contempla encore un peu avant d'aller dans le petit salon attenant. La femme de ménage, Louisa, n'allait pas tarder à arriver, elle débarrassa très vite les couverts et restes du dîner et partit avec son plateau au rez de chaussée. Elle terminait la vaisselle quand le téléphone sonna au salon. Elle ne fut pas surprise de reconnaître la voix de Dothy.
- Déjà levée ma belle ?
- Il y a peu. Tu es à la boutique ?
- Oui. J'ai oublié de te dire que Louisa ne viendra pas aujourd'hui, je l'ai prévenue hier qu'elle vienne plutôt demain. Ai-je bien fait ?
- Tu as pensé à tout chère amie, merci, ça m'évite d'avoir à lui dire d'éviter mes appartements.
- Il dort ?
- Comme un bébé.
- Alors, tout a été parfait ?
- Mieux que ça ma petite curieuse, c'était sublime.
- Je suis très heureuse pour toi ma chérie. Je ne rentrerai que ce soir, il te reste du temps pour en profiter.
- Compte sur moi Dothy. Et toi ? Ça s'est bien passé avec Mathilde ?
- Je ne dirai pas que ça a été sublime mais nous nous sommes bien amusées tout de même en évoquant nos souvenirs à l'école de couture. Au fait, j'ai acheté tous les journaux du jour. Je ne vais pas te lire tous les articles mais en gros, ce ne sont que d'assez bonnes critiques. Même ce rabat-joie de Clifton dans le New York Tribune parle de génie confirmé comme acteur et de metteur en scène compétent. Ils ont aussi beaucoup aimé les prestations de Philippe et Becky.
- Je suis ravie pour eux et je dirai tout ça à Terry quand il sera réveillé. Mais je ne suis pas étonnée, il m'a époustouflé et pas seulement pour la pièce, finit-elle en riant.
- Oui, je vois. Eh bien, ce sont toujours les mêmes qui ont de la chance ! Non, je plaisante, tu mérites tout ce qui t'arrive. Bon, je te laisse, une cliente vient d'entrer, à ce soir ma belle.
- A ce soir Dothy et encore merci pour tout.
-OOOoOOO-
Il s'éveilla vers midi. Il mit un peu de temps à se souvenir de l'endroit où il se trouvait. Son cerveau semblait en coton mais il se sentait si bien, si en paix avec lui-même. Puis il perçut à nouveau ce parfum suave imprégnant les draps et les oreillers et tout lui revint pêle-mêle. Il se mit alors à rire nerveusement. Toute la tension accumulée lors de cette incroyable nuit s'évacua alors d'un coup, en s'exprimant de façon décousue. Car au milieu de son rire, il se mit aussi à pleurer comme un petit garçon. Il enfouit son visage dans l'oreiller pour s'inonder à nouveau de son parfum. Puis il s'apaisa puisqu'elle n'était pas loin de lui, quelque part dans cette maison, attendant son réveil. Il se sentit alors l'homme le plus chanceux et heureux de la terre. La femme la plus belle, la plus unique, la plus intelligente, la plus généreuse, la plus sensuelle, la plus drôle, douce, talentueuse, rebelle, sexy, intuitive, enfin parfaite en tous points de vue, l'aimait lui et pas un autre et allait être son épouse pour toujours. Il savait maintenant pourquoi les années, la distance, les autres femmes et même son mariage avec son pire rival d'autrefois n'avaient pu faire faiblir cet amour. Alors qu'il le croyait à sens unique et inutile, il s'y était encore accroché, préférant souffrir comme un damné plutôt que d'y renoncer. Et ça avait été payant, l'amour avait triomphé du destin, elle était maintenant à lui, âme, cœur et corps, pour toujours. Il se sentit alors si fier en pensant à tout ce qu'elle avait affronté depuis deux mois, tout quitté, tout donné avec confiance, guidée par son amour si pur pour lui, juste pour lui. Mais au fond, n'était-il pas le seul à l'avoir aimée tout autant ? Il la méritait peut-être et il l'aimait maintenant mieux et était encore plus certain de l'aimer toujours autant, donc il ferait toujours tout pour la mériter jusqu'à sa mort.
« Ma femme, ma femme, ma Candy, mon amour, mon épouse pour l'éternité, mon épouse pour le meilleur et encore le meilleur, enfin ma vie a un sens, enfin vivre avec toi, enfin rêver à une famille, un enfant de toi, et vieillir heureux main dans la main en regardant toujours dans la même direction, ensemble, ensemble nous sommes plus forts que tout ! »
Il se leva d'un bond, embrassa au passage le déshabillé de dentelle accroché à une patère, rit encore en jetant à nouveau un œil sur l'acte de divorce sur la commode, puis partit en sifflotant vers le cabinet de toilette.
-OOOoOOO-
Il la trouva dans le grand salon au rez de chaussée, assise à la table, de dos, écrivant, peut-être une lettre. Il s'avança sur la pointe des pieds, voulant la surprendre comme elle l'avait fait cette nuit. Mais ce fut vain, il stoppa à deux mètres d'elle.
- Inutile mon chéri, je sais que tu es là, juste derrière moi.
Il sourit, reprit le chemin et se pencha derrière elle pour l'entourer de ses bras et embrasser son cou.
- Tu le sais ici, murmura-t-il la main sur son sein gauche, sur son cœur. Ça me fait pareil quand tu t'approches, cette nuit, j'étais trop troublé, sinon tu n'aurais pu me surprendre avec cette adorable brûlure dans le cœur.
- C'est vrai, je la ressens depuis deux mois, quand tu es entré là haut. Mais aujourd'hui, j'ai aussi ton reflet dans la fenêtre.
Il rit, n'ayant pas pensé à ça, elle le rendait presque idiot. Elle tourna son visage vers le sien et l'embrassa avec appétit, il se sentit alors encore plus heureux.
- A qui écris-tu ?
- A mes cousins, Archibald et Annie. Il faut qu'ils sachent que ma vie a pris un nouveau virage, un virage… merveilleux mais aussi très bouleversant pour tous. Enfin, qu'ils sachent qu'Anthony et moi, c'est terminé et que je t'ai retrouvé. Tu comprends, je n'ai eu ni le temps, ni l'envie de le faire avant, c'était trop éprouvant et à la fois trop de bonheur.
- Je comprends mon ange et j'imagine leur surprise. Mais autant qu'ils sachent tout, dis-leur que tu te remaries dans deux mois.
- Deux mois ?
- Dès mon retour de tournée, je t'épouse bien sûr, sans elle je l'aurais fait demain. Je n'ai jamais eu si peu envie de partir, je t'ai enfin toute à moi et déjà… Si tu venais avec moi, ma déesse ?
- Non Terry, ce ne serait pas raisonnable, je gênerai à la longue, ce serait mal commencer notre couple qui n'aura plus jamais à avoir peur de la séparation car désormais toujours provisoire et courte. Et puis, la clinique me manquerait, toi aussi évidemment mais on s'appellera tous les jours.
- Ce sera quand même très long sans pouvoir t'embrasser, tenir ta main, voir tes émeraudes, te caresser… j'enrage, qu'on me trouve une doublure, je veux rester !
C'était bien sûr très théâtral et exagéré mais elle le savait encore un peu inquiet de l'avenir et de ses caprices alors elle trouva une idée.
- Pas de doublure pour mon prince des acteurs mon cœur, tu es unique. Mais, passeras-tu par Chicago ?
- Oui, jamais je ne l'ai évité, j'ai un bon public là-bas.
- Oh ! Je sais, surtout de jeunes femmes mais comme ici d'ailleurs. Mais ça n'est plus un problème, au contraire, c'est flatteur et très plaisant d'être l'élue du plus beau et plus grand acteur du monde, peut-être même serai-je la plus jalousée et détestée de la ville maintenant, c'est amusant !
C'était bien sûr aussi exagéré mais il avait seulement hâte qu'elle dise bien ce qu'il croyait, aller le rejoindre à Chicago.
- Je joue à Chicago le dix août chérie, tu y seras ?
- Oui mon amour, ainsi ce sera moins long pour nous et j'en profiterai pour revoir mes cousins et aller à la maison Pony.
- C'est merveilleux, je partirai sitôt le rideau levé la veille et je serai là-bas dans la nuit pour t'avoir un peu plus à moi, mon chauffeur viendra me chercher mais je repartirai avec la troupe comme prévu le onze car on jouera à Saint Louis ensuite.
- Albert doit arriver à New York le vingt-cinq juillet, tu le verras sûrement là-bas lui aussi.
- Est-ce qu'il aura envie de revoir celui qui va remplacer son neveu ? J'imagine qu'Archibald en sera encore moins heureux, il me détestera encore plus.
- Archibald ne t'a jamais détesté voyons !
- Tu crois ? Je sais bien qu'il était amoureux de toi au collège, j'imagine aussi qu'il a dû se dire et à raison que je n'étais qu'un lâche pour t'avoir abandonnée ici, à sa place je penserai pareil. Et maintenant, apprendre que ce prétentieux d'anglais soit préféré à son cher cousin !
- Terry, arrête de jouer cynisme et ironie s'il te plait, on a assez parlé du passé. Possible qu'Archibald t'en ait un peu voulu, possible qu'il sera déçu, possible aussi qu'il ait eu le béguin pour moi dans notre jeunesse mais il y a bien longtemps que c'est fini. Il a épousé Annie car il l'aimait sincèrement et l'aime toujours, ils ont un fils, je te rappelle. Et pour son cher cousin, Anthony et moi avons fait un divorce à l'amiable, il comprendra et essaie toi aussi de comprendre que je ne l'ai pas forcé, c'est lui qui a demandé le divorce, je l'ai écrit à Archibald, même sans toi, tôt ou tard, nous aurions mis fin à cette erreur.
- Chérie, je l'ai compris mais même pour Albert, ce sera difficile à accepter j'imagine.
- Tu imagines très mal mon cœur, c'est cette tournée qui te rend si inquiet d'un coup ? Pourtant, après cette nuit féerique ! Ecoute-moi trésor, Albert sait déjà que j'ai quitté Anthony, que nous divorçons et que je t'ai retrouvé. Il le sait, car je lui ai écrit sitôt revenue de Philadelphie mais Anthony l'a aussi fait pour qu'il entende les deux parties. Je ne sais pas ce qu'il a écrit, j'avoue que j'étais un peu inquiète moi aussi de décevoir Albert mais voici sa lettre que j'ai reçue il y a cinq jours. Le mieux, c'est que tu la lises toi-même et tu verras.
Elle lui tendit une feuille de papier et attendit sans le quitter des yeux, son visage s'apaisa au fur et à mesure de sa lecture.
« Ma chère Candy, ma chère fille…
D'abord, sois certaine que mon affection, ma confiance, mon respect et tout ce qui nous unit sont toujours aussi forts et le seront toujours. Bien sûr que je regrette que ça n'ait pas marché avec Anthony, mais je regretterai bien plus que vous poursuiviez un mariage qui ne vous rend heureux ni l'un ni l'autre. Sois aussi certaine que ces mêmes sentiments je les conserve aussi pour lui et que le sang n'a rien à y voir. Ta lettre n'a fait que de m'assurer que ce n'est pas de sa faute, qu'il ne t'a jamais fait ni mal ni tort, que tu l'as aimé et l'aimeras toujours avec l'affection d'une sœur et une amie et que ce n'est que par ton incapacité à l'aimer autrement et un autre amour ancien mais jamais anéanti, qui en sont les causes. Je n'aurai pas besoin de te le dire pour penser que ce respect et cette amitié que tu lui portes résistent mais pourquoi taire ce qui est vérité, la vérité est que j'ai reçu une lettre d'Anthony le même jour que la tienne et qu'elle est exactement le contraire de ce que tu m'as écrit. Comprends par ça seulement qu'il considère que tu n'as aucuns torts et que tout est de sa seule incapacité à avoir su t'aimer comme une épouse au lieu d'une sœur car je garderai pour moi seulement sa confession mais elle est bien celle de celui que j'estime autant que toi. En d'autres termes, il n'y a pour moi aucun fautif fautifs, aucun jugement jugements, le destin a dû s'égarer quelque part, les sentiments réels se sont mélangés pour diverses raisons, j'ai moi même été perdu et de mauvais conseil sans doute mais ça ne servirait à rien de se noyer dans les interrogations. Pour moi, savoir que tu es heureuse maintenant avec Terry me suffit, j'espère aussi qu'Anthony trouvera bientôt sa vraie moitié pour vivre ce même bonheur. J'avoue que jamais je n'ai deviné que tu l'aimais toujours, bien sûr je n'imaginais pas qu'il n'était plus rien pour toi mais avoir caché si longtemps à tous ce secret, c'est difficile à accepter sans tristesse. Ma Candy, je sais que tu as cru qu'il n'y avait rien d'autre à faire, je te connais si bien, je ne te reprocherai pas non plus ce silence qui n'a jamais été un manque de confiance mais essaie encore comme avec cette lettre de toujours confier tes peines à un ami, l'ignorance ne menant qu'à la douleur. Mais oublions le passé, seuls comptent le présent et l'avenir et je crois sincèrement ce dernier clément enfin pour toi. J'imagine aussi que tu te demandes ce que je pense de Terry aujourd'hui, et bien je vais te le dire sans mentir. Ce jeune homme m'a tapé dans l'œil dès notre première rencontre. Evidemment, j'ai tout de suite compris qu'il était très malheureux pour déjà boire et se battre si jeune. Mais il m'a fait l'honneur de se confier, oui il était malheureux et certainement pas méchant et corrompu. Il me rappelait, à la fois moi plus jeune et toi à ce moment, même sensibilité, même fierté, même franchise et même rébellion de l'injustice de ce monde. Tu sais que je suis reparti pour l'Afrique parce que je te savais en de bonne mains avec lui, vous vous complétiez, mûrissiez ensemble et je sentais déjà une grande affection éclore. Mais alors, je ne pensais pas à plus, vous étiez jeunes, que ça dure ou pas votre histoire, c'est le temps et le destin qui le décideraient. Et puis, j'avais aussi à penser à Anthony, avant de gagner l'Afrique, je suis passé par Paris, il était sorti du coma mais hélas paraplégique. Il y a eu ensuite le Terry que j'ai vécu avec mon amnésie, à travers tes yeux et ta voix. Mais comme je ne me souvenais ni de lui, ni d'être ton tuteur, n'en parlons pas. Une seule chose mérite d'être dite et c'est sûrement ma plus grande erreur et mon plus grand regret. J'ai revu Terry à Chicago juste après mon réveil, quand tu as commencé à travailler chez le docteur Martin, je l'ai revu et ne te l'ai jamais dit. Peu importe où et comment maintenant mais sans doute que j'ai été aussi une part du destin qui a séparé encore vos chemins. Mais les si ne mènent nulle part, il y avait un chemin à parcourir, vous l'avez parcouru et s'il s'est enfin rejoint c'est que c'était plus solide que tout. De Terry, j'ai toujours suivi de loin la carrière, je ne l'ai jamais vu sur scène faute d'être trop absent mais j'ai lu tout les articles le concernant. Ce n'est bien sûr pas ça qui pourrait me faire pencher pour un avis ou un autre, je ne le connais pas tel qu'il est maintenant et ce n'est pas non plus son talent et sa célébrité qui risquent de peser dans la balance. Le revoir, le connaître, j'en ai envie bien sûr car il a été mon ami et j'aimerais qu'il puisse à nouveau l'être quels que soient les liens familiaux qui nous uniront forcément. Et je crois vraiment qu'il doit mériter l'amour que tu n'as cessé de lui porter, ma fille n'est pas une idiote, elle sait mieux écouter et voir avec son cœur que n'importe qui dans ce monde, alors je ne risque pas de m'inquiéter ! Sans rire ma petite fille, Terry est le bienvenu dans la famille, dis-le lui, pas la peine qu'il culpabilise encore, c'est son pire défaut mais une preuve d'intégrité totale. En attendant de le revoir, peut-être aussi d'enfin le voir sur scène, dis-lui aussi de ma part qu'être fidèle à son idéal, c'est pour moi ça la réussite et je vous admire tous deux d'avoir réussi avec autant d'embûches, n'en déplaise à Shakespeare !
Signé : Ton père, ton ami, Albert William. »
Terry rendit la lettre à Candy en lui souriant cette fois sans inquiétude pour leur avenir.
- J'ai grande hâte de le revoir moi aussi. En attendant ce jour béni, demain en sera un autre car celui où tu vas connaître ta nouvelle maison, je t'y emmènerai après la représentation.
- Alors, je vais enfin savoir ce que tu me caches depuis deux mois ! Dis-moi, c'est quoi le secret, tu vis dans un château ?
- Oui, le château de la belle au bois dormant et je vais la réveiller demain !
- Ou alors un ranch ?
- Tu as vu beaucoup de ranchs à New York ?
- Alors un manoir hanté ?
- Le manoir est en Ecosse, nous pourrons y passer notre lune de miel si tu veux.
- J'en rêve ! Mais alors, qu'est- ce qu'elle a de spécial notre maison ?
- Rien, c'est une maison un peu plus grande que celle-ci mais une simple maison.
- Alors je ne comprends vraiment pas.
- Tant mieux ! Tu verras demain.
- Tu ne me diras rien avant ?
- Rien de plus que ce que tu m'as dit sur ce qui m'attendait cette nuit.
- Je voulais que ce soit inoubliable, à la hauteur de ce que tu me fais ressentir, être et découvrir, et je dois encore avouer que tout est tellement plus merveilleux que mes rêves.
- Chaque seconde de toi est inoubliable mon ange. Mais mes rêves non plus étaient loin de se comparer à cette nuit féerique, cette sensation d'enfin savoir pourquoi j'existe, d'enfin vivre totalement et enfin faire l'amour du cœur, du corps et de l'âme et par amour partagé.
Candy rosit d'émotion de cet aveu, résidu de pudeur, mais elle ressentait tant cette même fusion en elle et voulait tant rester à son niveau si sincère et généreux. Elle se leva alors de sa chaise et se mit sur un genou face à lui en prenant sa main et l'embrassant. Terry ne s'y attendait pas mais sourit ensuite et la laissa suivre son cœur.
- Terry mon amour, puisque ton cœur et le mien sont en accord et ne souffrent de vivre loin l'un de l'autre, puisque nos deux âmes étaient destinées à se rencontrer et se complètent si bien, et puisque nos corps se veulent, se nourrissent l'un de l'autre et hurlent leur plaisir à entrer en contact, c'est donc la preuve que notre amour est vrai, puissant et durable, alors acceptes-tu Terry mon âme de devenir devant Dieu et les hommes, mon époux, mon amant unique, mon compagnon de route, mon complice et ami de vie et le père idéal de mes enfants ?
- Non seulement je l'accepte mon ange, mais aussi je l'espère depuis si longtemps, rien au monde n'a plus été espéré que d'avoir l'immense honneur d'être l'élu de Candy Neige, alors mille fois oui mon amour, je veux devenir ton époux amant compagnon ami père de tes enfants pour la vie. Relève-toi maintenant, je suis immensément touché de ce geste ma princesse mais ta place est à mes cotés. Mon épouse ne peut être que mon égale dans tous les domaines. Quand nous serons mariés, tu choisiras toujours par toi-même tes voies ma chérie, je ne donnerai jamais d'ordre, ne déciderai rien seul et bien sûr, toujours tu choisiras toi-même de travailler ou pas et où tu le voudras.
- J'adore travailler à ta clinique Terry, aucun endroit ne peut me plaire autant et me faire sentir si utile, je ne veux pas aller ailleurs. La seule raison qui pourrait plus tard me faire y renoncer serait de mettre nos enfants au monde et les éduquer, mais sans renoncer toujours ou à plein temps à ma vocation.
- Seul ton employeur pourra avoir son mot à dire sur tes choix Candy, pas ton mari, amant… etc.…
- Aurais-tu un frère jumeau pour n'être plus mon employeur, patron chéri ? Dit-elle d'un sourire en acceptant de s'asseoir sur son genou gauche.
- Pas de double pour Terry le rebelle, il est unique ! Mais imaginons que ton patron chéri veuille prendre sa retraite et délègue l'administration de la clinique à sa future épouse chérie, qu'en dirais-tu mon ange ?
- Diriger la clinique ? Je ne saurai jamais !
- Bien sûr que si mon ange, ça s'apprend et James ne te laissera pas toute seule avant de t'avoir tout expliqué et te secondera de toute manière toujours. Car évidemment et tu t'en doutais, ce n'est pas moi mais James, le vrai boss, moi je signe juste les chèques et les papiers. James est débordé en ce moment, tu l'as vu, il ne peut aller à la clinique que le matin car l'après-midi il se consacre au secrétariat de cet acteur caractériel, ce prétentieux et impossible cabotin, tu sais ?
- Oui, celui qui a encore prouvé son immense talent hier soir et même les journalistes les plus sévères l'ont encensé ce matin d'après Dothy, sans oublier Philippe et Becky, bien appréciés.
- Je suis ravi pour eux, mais ne change pas de sujet, tu ne m'as pas dit si ça te plairait de t'investir plus à Harlem si tu oublies tes craintes de ne pas savoir ?
- Oh, en vérité Terry, je ne sais quoi te dire tant ça me semble attirant et en même temps moins passionnant que d'être simple infirmière si c'est de la bureaucratie.
- Pas seulement Candy, il y a la gestion du budget car on ne peut dépenser plus qu'on a, il y a la possibilité d'agrandir, aménager, recruter du personnel ou en former sur place. En fait, j'espérais pouvoir faire à Harlem plus encore en créant une fondation et James devait cet hiver entamer des démarches à ce but, je crois sincèrement qu'il y a la possibilité d'améliorer davantage ce quartier et je crois tout aussi sincèrement que tu es la personne idéale pour trouver des idées dans ce sens. Rien ne t'y oblige Candy, James peut continuer à chercher quelqu'un pour l'aider, mais réfléchis-y et ne laisse pas la crainte et le doute décider à ta place.
- Promis Terry, j'en discuterai plus en détails avec James après ton départ, mais de toute façon, je le seconderai pour tout ce qu'il voudra tant qu'il le faudra. Mais revenons à ton succès, Dothy m'a dit que même le New York Tribune avait….
Elle ne put poursuivre car il l'avait muselée d'un fougueux baiser.
- Ça ne… t'intéresse…. vraiment pas ce qu'… ont écrit… Réussit-elle à dire contre sa bouche.
- Non… marmonna-t-il avant de goûter à nouveau à sa langue chaude.
- Mais au moins tu sais maintenant d'où vient ton talent ? Insista-t-elle après trente bonnes secondes de baisers.
- Oui, de ma muse, mes gênes et un peu de travail et pas de mes tristesses et souffrances.
- Tu te fiches des critiques bonnes ou mauvaises mon étoile mais moi ta première admiratrice n'aurait accepté sans rancune qu'on profère des mensonges et injustices sur ton travail tant le public a été emporté, émerveillé, a ri et pleuré, a regretté que ça ne dure pas plus longtemps, comme moi, et je n'exagère pas parce que je t'aime !
- Merci mon ange, tu es sincère et tu m'aimes, et moi je suis fier d'avoir réussi mon pari, te plaire d'abord puis au public qui décide seul si il aime ou pas. Mais hier c'était la première avec une salle emplie d'amis et des plus grands fans, ce soir sera vraiment un test mais sans me sentir prétentieux, je crois que ça leur plaira encore. Je suis sûr désormais d'avoir fait le bon choix par ce rôle, mes acteurs et surtout Becky, digne de devenir une future Eléonore Baker si elle le veut et Philippe qui peut déjà viser les plus grands rôles et donc concurrencer avec moi et je m'en réjouis davantage s'il récupère aussi mes admiratrices les plus collantes.
- Et moi donc ! Y'en a-t-il eu qui se sont permises trop d'audaces ?
- Ma foi, j'ai préféré passer pour un goujat quand c'était nécessaire, mais est-ce utile de virer jalouse pour des admiratrices que je ne regarde même pas ?
- Je ne suis pas jalouse, juste curieuse et prudente.
- Quand tu as fait le défilé de Dothy, il ne m'a pas échappé que certains hommes t'ont regardé avec envie, et même dans la rue on te regarde forcément vu comme tu es belle. J'imagine même que parfois certains hommes moins gentlemen se permettent plus, comment réagis-tu ?
- En toute vérité Terry, un seul garçon s'est permis un jour de m'embrasser sans autorisation, et je n'ai jamais eu ensuite d'autres demandes que.. mon ex-mari. Mais je ne suis pas aveugle ni sourde, oui parfois des hommes me regardent avec insistance, je les ignore bien sûr mais c'est quand même flatteur. A part des sifflements, je n'ai pas été embêtée Terry et ça ne mérite tout de même pas une gifle! Mais toi, comment peux-tu te défendre si une femme trop hystérique se jette sur toi ?
- En restant de marbre ou en demandant à une autre femme de m'en débarrasser, dit-il en riant, mais ça ne m'est pas encore arrivé et désormais tu es là pour veiller sur moi. Candy, j'ai commencé à écrire une sorte de journal il y a quatre ans, ainsi que divers poèmes et pensées. J'ai pris goût à l'écriture et ça m'a aussi aidé à me connaître et essayer d'avancer. Dans ce journal, il y a tout mon amour, toute ma souffrance, toute ma honte et mes bassesses car il y en a eu. Ce journal est dans le dernier tiroir de mon bureau que tu verras demain. Tu as le droit de savoir toute ma vérité, je ne m'inquiète pas mais c'est toi qui décide quoi savoir et quand ce sera supportable ou nécessaire.
- Entendu Terry, mais l'insupportable n'est que dans ton absence.
- Pour moi aussi Candy, la jalousie n'est plus en moi, l'amour n'a pas besoin de s'encombrer de sentiments inutiles, j'ai confiance en mon amour, en ton amour et j'accepte tout ce qui a fait de toi ce que tu es, ton passé, ta famille, tes amis, tes opinions. Mais bien entendu, celui ou celle qui se permettrait de te faire volontairement du mal aura affaire à moi et je sais que je serai sans pitié et sans limites si ça arrivait.
- Je sais Terry mais ça n'arrivera plus, voici pour nous la récompense de notre fidélité, nous serons heureux tu verras, moi non plus je n'aurai plus pitié de qui se mettrait entre nous, tu passes avant toute morale, loi ou religion, tu es mon plus cher trésor désormais.
Ils se regardèrent encore longtemps dans le fond de leur âme, leurs deux cœurs brûlants battant en accord, puis le désir revint, il l'emporta dans ses bras à l'étage et la déposa sur le lit. Elle s'arracha avec hâte de sa robe, il se débarrassa en une seconde de sa chemise, en trois du pantalon et slip et sauta entre les bras impatients de sa belle tigresse. Ils se séparèrent en nage et éreintés mais toujours plus épris et comblés.
-OOOoOOO-
Anthony Brown fut surpris en rentrant de trouver cette enveloppe dans sa boite aux lettres. Il regarda encore les deux invitations, deux places de théâtre, pour le 8 juillet, donc ce soir à 20 heures, pour Cyrano de Bergerac.
- Ce type se paie ma tête ! s'exclama-t-il dans le hall d'entrée, ce qui fit accourir la concierge, qu'il dut rassurer.
- Excusez-moi madame Robert, je parle tout haut, c'est une lettre de l'administration, vous savez comme ils sont !
« Il fallait bien qu'il commence à devenir fada ce pauvre avocat, se faire quitter ainsi alors qu'il est handicapé, je n'aurais jamais cru que cette femme soit si volage, elle semblait si gentille au début ! »
Anthony monta chez lui et jeta de colère l'enveloppe et son contenu dans la poubelle.
- Quel culot a ce type, n'a-t-il pas eu ce qu'il voulait, pourquoi a-t-il fait ça, c'est Candy ? Ou est-ce parce qu'il m'a dit qu'il m'invitera ? Pour être fidèle à sa parole ? Et qu'aurait-t-il fait si elle était toujours ma femme alors ? La même chose ? Oh c'est trop drôle tout de même !
Il rit tout seul et retourna chercher l'enveloppe dans la poubelle. Il ressortit les invitations, il y avait autre chose dedans, une lettre.
« Monsieur Brown,
Je vous donne ma parole d'homme que Candy ne m'a rien demandé et que c'est uniquement par sympathie et respect pour vous que je vous adresse ces invitations pour ma pièce. Faites en ce que vous voulez. Je vous demande pardon de n'avoir pu être aussi sincère qu'il le fallait, merci pour votre chevalerie, je vous jure de prendre grand soin d'elle, prenez soin de vous, Terrence Grandchester. »
- Ce type est vraiment… original et… rebelle ! Désolé Terrence, j'aurais aimé voir ta pièce mais il n'y a personne avec qui j'ai envie d'y aller et je n'ai pas le temps, je n'ai plus que mon métier, au moins là je dois réussir pour qu'ils soient fiers de moi là-haut ! Mais je ne vais pas jeter ces invitations, elles peuvent faire plaisir à deux personnes et je sais qui, les deux filles de mon nouveau client, lui aussi bientôt divorcé, ça devient une mode !
-OOOoOOO-
- Terry ! Combien de temps est-ce que je vais garder ce bandeau sur les yeux ?
- Encore quelques minutes, nous y sommes presque. Et que je ne te voie pas tricher !
- Vu qu'il faisait déjà presque nuit à notre départ, ça ne m'aiderait guère, je n'ai jamais été de ce côté là de la ville. Eh ! Je n'entends plus le moteur, sommes-nous arrivés ?
- Oui chérie, mais ne touche pas à ton bandeau, je viens te chercher.
Il sortit de la voiture, ouvrit la porte passager et la souleva encore dans ses bras.
- Décidément, tu ne penses qu'à me porter ! Si c'est pour me prouver ta force mon cœur, je sais que tu es le plus fort du monde, en plus d'être le plus beau et gentil et intelligent.
- Que veux-tu prouver à porter une plume ? Mais merci pour le reste du compliment. Aie ! C'est mon œil que tu as visé, pas ma bouche.
- Je suis désolée mon amour, mais c'est difficile de se repérer quand on est aveugle ! Par contre je crois entendre des grillons, qu'est-ce que c'est calme ! Sommes-nous loin de la ville ?
- Non, mais il y a du terrain autour de la maison. Mais vas-tu cesser de gigoter comme un asticot, tu vas nous faire tomber !
- Désolée encore mais je respire. Ça sent si bon l'herbe tendre, les roses me semble-t-il aussi, non ?
- Peter qui est aussi jardinier en plus d'être chauffeur en a planté côté sud, ainsi que d'autres fleurs et plantes.
- Y'a-t-il un potager, des arbres ?
- Oui chérie mais je t'en prie, attend pour les questions, d'une part je suis ignare en jardinage, ensuite nous y sommes presque et je m'essouffle à cause de ces stupides cigarettes, il serait temps que j'arrête.
- Pour ma part, c'est fait. Depuis mon retour de Philadelphie, je n'en ai pas rallumé une. Il est vrai que je ne fumais pas depuis longtemps, donc ça a été facile. Tu devrais essayer le chewing-gum, tu sais ce nouveau bonbon à mâcher !
- J'y songerai, dit-il en la reposant sur ses deux pieds. Garde les yeux fermés Candy, je vais te positionner au bon endroit. Tu es prête ?
- Oui Terry.
- Alors ouvre les yeux tout grands et contemple ma chérie.
Elle le fit, mit un peu de temps à s'habituer à la pénombre. Mais elle vit alors comme des milliers d'étoiles à ses pieds, les lumières de New York.
- Nous sommes si haut ? Oh mon Dieu, Terry !
Elle pivota sur elle-même et mit ses mains devant sa bouche. Pour une surprise, c'en était une de taille. Ils étaient au sommet d'une colline, une petite colline évoquant celle de Pony et offrant une vue incomparable sur la ville comme celle du collège Saint Paul sur Londres. Elle s'agrippa au grand chêne planté au milieu, les larmes aux yeux et regarda Terry.
- Tu es un magicien mon Terry, tu as réussi à la faire venir jusqu'ici ! Oh ! Que je suis heureuse et que je t'aime ! Fais-moi danser mon prince des trois collines !
Et elle se jeta dans ses bras, ils tournoyèrent en riant jusqu'à ce qu'ils perdent l'équilibre et s'étalent dans l'herbe tendre et fraîche.
- Oh ! Ça fait un bien fou. Terry, Terry, Terry ! Dis-moi enfin tout !
- D'abord, regarde derrière toi, on ne la voit pas très bien mais c'est notre maison.
- Elle a l'air très grande d'ici, constata-t-elle face à la bâtisse imposante dont elle ne voyait qu'une moitié vu le grand séquoia masquant la partie gauche.
- Elle l'est mais on en parlera après. Cette colline nous attendait Candy, la découvrir a été un miracle car en plus c'était aussi le sept mai de l'année dernière. J'ai pensé que c'était toi qui m'avais envoyé ce cadeau pour au moins avoir le mérite d'être aussi fidèle.
- Oh ! Terry, c'est ton amour si généreux qui te donne ce que tu mérites, je me rends compte chaque jour comme tu sais aimer et quelle est ma chance. Je sais, tu vas me dire que c'est moi qui t'ai appris, admettons, mais je ne pouvais choisir pour époux de cœur de toute ma vie que mon égal.
- Merci mon ange, je suis si fier c'est vrai d'avoir pu te faire plaisir encore, j'étais pourtant bien persuadé il y a encore si peu de temps que j'y vieillirai seul avec mes souvenirs. Dès que j'ai quitté Susanna, je me suis installé à l'hôtel en attendant de trouver une maison au calme. J'en ai visité une trentaine, aucune n'était idéale. Le 7 mai, l'agence m'appelle pour en visiter une nouvelle, au nord de Manhattan, près de Mount Vernon. Je me suis dit, vu le jour, je l'achèterai même si c'est une ruine. Elle était en effet très vétuste mais en découvrant cette petite colline, je n'ai pas hésité à l'acquérir. Elle est aussi à quarante minutes environ en voiture de Broadway, un trajet acceptable pour moi pour un tel havre de paix et autant de nature alentour. Car elle est isolée grâce au parc naturel protégé à la limite Est et de l'autre des prés pour les randonnées à chevaux puis du fleuve Hudson. C'est proche du Haras où on a été chercher Sultan et Stella, tu te rappelles ? Il est juste à cinq minutes, ce qui est pratique pour moi. Elle est un peu en hauteur donc, au bout d'un chemin sans issue et cette petite colline attenante artificielle donne une vue imparable sur Manhattan. Et après six mois de travaux, elle est devenue habitable et fonctionnelle. Oui, elle est trop grande pour un homme seul et juste trois employés en pension complète, mais pas trop pour un couple et plein d'enfants. Je n'ai pas meublé toutes les pièces au premier étage, on le fera, ainsi tu pourras y inviter toute la maison Pony en vacances.
- Combien y en a-t-il en tout de pièces ?
- Au rez-de-chaussée il y a trois chambres, un bureau et une salle de bain pour mon personnel, la grande cuisine, deux salons et une salle à manger. A l'étage il y a trois chambres meublées avec leurs propres salles de bain, j'utilise une autre chambre pour mon bureau, la plus grande pièce est devenue la bibliothèque et il y a deux autres pièces vides. Au sous sol il y a une cave et un grand garage pour la limousine et la Ford. Au deuxième étage qui est en fait le grenier, il y a une salle de sport. Et la piscine se trouve attachée à l'aile Nord, couverte bien sûr et chauffée l'hiver mais son toit en verre permet de la chauffer les journées ensoleillées et je te garantis que je m'y baigne toute l'année en toute tranquillité.
- Je te crois Terry. Parle-moi du personnel maintenant, il y a James, ton chauffeur et jardinier Peter et ?
- Martha. Ma gouvernante, ma cuisinière, ma nounou. Vingt ans de service auprès d'Eléonore Baker, elle s'est occupée de moi les 5 premières années de ma vie. Je lui ai demandé de venir gérer cette maison quand maman est partie vivre à Boston chez son architecte. Elle était folle de joie en y arrivant, puis a compris que je voulais y vivre seul toute ma vie et a du être déçue. Mais elle l'a accepté sans me menacer de me rendre son tablier bien qu'elle souhaitait plein d'enfants autour d'elle pour ses vieux jours vu qu'elle n'en a pas eu elle-même. Elle doit être folle de joie et impatiente d'enfin te voir mon ange.
- Tu lui as parlé de moi ?
- Peu, vu qu'il fallait rester discret même si elle n'est pas pipelette. Mais James a dû lui en dire un peu plus ce matin vu que je le lui ai permis pour informer Martha du dîner pour ce soir pour deux. Martha est très gentille tu verras, mais elle déteste que ses bons petits plats brûlent sur le feu, donc il vaut mieux qu'on y aille.
Ils descendirent de la colline main dans la main, justement derrière une fenêtre, une dame les regardait avec attendrissement. James sourit en voyant Candy s'arrêter tous les deux mètres pour embrasser son jeune patron.
- Vous voyez Martha, n'est-elle pas le soleil, un ange, une merveille ! Ils ont vaincu le destin grâce à leurs cœurs d'or, personne ne pouvait lui faire oublier cet ange, et elle, flétrissait sans lui.
- Voir enfin rire mon petit Terry, quel bonheur ! Oh ! Qu'ils nous fassent vite un beau bébé !
- Du calme Martha ! Ils ne sont pas encore mariés !
- Quelle importance puisque ça arrivera bientôt ! Cela prend neuf mois à se construire un bébé, je ne suis plus si jeune alors on ne va pas chipoter pour des alliances et des papiers, ce serait stupide !
- Martha, vous êtes bien rebelle ce soir !
- Il le faut si c'est l'amour puis le bonheur qui vient ensuite James.
-OOOoOOO-
Les jours suivants, Terry et Candy ne se séparèrent que les soirs pour la représentation théâtrale.
La clinique pouvait se débrouiller sans elle maintenant que ses trois assistantes infirmières en savaient assez et qu'il n'y avait pas de cas urgents ou d'épidémies. Elle connaissait maintenant chaque recoin de la maison et s'émerveillait chaque jour un peu plus sur sa cour, son jardin magnifique empli de fleurs colorées et odorantes, du grand séquoia et du saule pleureur, de la fontaine servant d'abreuvoir aux oiseaux, et évidemment la colline. Le chêne dressé au sommet ressemblait tant à celui de la maison Pony, le père protecteur de son enfance, hormis certaines cicatrices et nœuds, on aurait dit le même. Terry lui raconta son histoire un après-midi après y être grimpés tous deux.
- En fait chérie, ce chêne n'est pas né ici, il n'y avait pas d'arbre sur cette colline quand je l'ai découverte. Ce chêne, je l'ai cherché et trouvé dans un bois. Bien qu'il soit dans la nature, il dépérissait car il ne recevait pas assez de lumière à cause de sa mauvaise exposition et d'autres arbres trop près de lui. Je l'ai fait transporter ici par camion et miracle encore, il est devenu magnifique et a fabriqué des glands ce printemps, il est donc heureux lui aussi.
- Et encore grâce à toi mon amour, dit-elle émue. Et son histoire ressemble à la mienne.
« Par contre Anthony ne pourra jamais… Oh ! Mon bonheur se voile, je ne supporte pas qu'il soit malheureux toute sa vie ! »
- Ça ne va pas chérie ? Ton cœur saigne ?
- Non, je pensais juste à… ceux qui méritent autant le bonheur, comme Dothy par exemple.
- Philippe était pourtant amoureux d'elle, il ne l'exprimait peut-être pas comme elle l'aurait voulu mais il tenait à elle.
- Peut-être mais Dothy a décidé pour lui. Peut-être que ce sera Albert son futur Roméo, ce serait bien non ?
- Je suppose oui, je n'ai pas pensé à ça. C'est dur d'imaginer Albert avec une styliste de mode, même si au fond ils se ressemblent. Au fait, dis-moi, Albert est l'oncle de tous tes cousins, y compris les Legrand ?
- Oh ! Tu aimerais connaître l'arbre généalogique des André si je comprends. Je vais essayer de le résumer. William Albert André est le chef de la famille comme tu le sais. Son père était Albert Henry André, il est décédé alors que son fils n'avait que deux ans et sa fille Rosemary 12 ans. La mère de William et Rosemary, Rebecca l'a suivi d'un an et c'est Elroy, la sœur d'Albert Henry qui les a élevés. Mais Albert Henry avait eu une première épouse et deux enfants avec elle, Janis, la mère d'Alistair et Archibald et Sarah, mère de Daniel et Elisa les jumeaux Legrand. C'est un peu compliqué, as-tu compris ?
- Je crois, donc Rosemary est la mère d'Anthony et Albert son oncle ?
- Oui Terry. Anthony est le plus proche parent par le sang d'Albert.
- Ses trois sœurs sont toujours en vie ?
- Janis et Sarah, oui mais Rosemary est morte à 27 ans alors qu'Albert n'avait que 17 ans et Anthony 7 ans. Albert l'aimait beaucoup, il trouve que je lui ressemble, ça a compté forcément pour qu'il fasse de moi sa fille adoptive. Rosemary Brown avait une santé fragile, une pneumonie l'a emportée, son fils a assisté à sa mort, et hélas douze ans plus tard, son père est aussi mort devant lui d'une maladie tropicale attrapée lors de ses voyages, il était capitaine de bateau.
« Non, il ne mérite pas de vivre autant d'épreuves, je ferai tout pour qu'il trouve enfin la personne qu'il lui faut à lui aussi. »
Elle s'aperçut alors du regard troublé de Terry, elle lui sourit.
- J'aimerais redescendre mon cœur, ça se rafraîchit.
- Oui mon ange.
Une fois le rituel passé, lui sautant de la dernière branche et elle ensuite dans ses bras, il la reposa sur ses pieds et effaça la larme qu'elle n'avait pas réussi à contenir.
- Candy, tu n'as pas besoin de me cacher que c'est aussi une douleur ton divorce, j'ai vécu la même chose, moi aussi je voyais en Susanna plus une sœur, et pour toi, il représente toute une part de ta vie.
- Oui Terry mais je ne pleure pas sur mon divorce mais… sur ce qu'il… non, excuse-moi mais je n'ai pas le droit de… je ne le trahirai plus en étant son amie ou sa sœur.
- Tu n'as pas à t'excuser d'être toujours fidèle à ton cœur ma chérie, tout est clair pour moi, je ne veux rien savoir, pleure simplement sur mon épaule pour qui le mérite Candy.
- Merci mon amour, je t'aime.
Elle versa sur sa chemise une belle nuée de larmes, il caressa ses cheveux en priant dans sa tête pour qu'un ange gardien aussi perspicace que Dothy se penche sur Anthony Brown et lui offre ce qu'il désirera le plus au monde.
-OOOoOOO-
La veille du départ de Terry, alors que Candy discutait de la clinique avec James, elle finit par lui poser une question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment.
- James, le jour de notre rencontre vous m'avez dit que Monsieur T vous avait pour ainsi dire sauvé la vie, n'est-ce pas ?
- C'est exact Candy.
Elle lui sourit car il avait du mal à l'appeler par son prénom depuis qu'elle vivait ici et elle devait le prier à chaque fois de faire comme à la clinique, mais pas cette fois.
- Oui Candy, monsieur T alias Terrence Grandchester m'a sauvé la vie, je n'ai menti que sur mes malaises. Vous voulez savoir comment n'est-ce pas ?
- Sans vous obliger James, je suis curieuse de nature mais je respecte les secrets des autres.
- Non, ce n'en est pas un mais mon histoire est de celle qui n'amène pas éclats de rire et fait rêver, je ne voudrais pas vous effrayer. Mais en même temps, vous devez savoir à qui vous avez affaire sous votre toit.
- Vous avez la confiance de Terrence, James, ça me suffirait déjà à avoir confiance en vous. Mais j'ai eu aussi le temps de me faire mon propre avis depuis quelques mois, vous êtes un homme honnête et bon.
- Merci Candy mais j'ai pourtant commis un crime qui m'a valu de passer 28 ans en prison, j'ai tué mon propre père Candy, je l'ai tué, je suis un parricide.
- Racontez-moi votre version James, pas seulement celle des juges, faites comme avec Terrence, dit-elle sans avoir sourcillé mais juste montré de la peine que lui aussi ait du vivre des drames.
- J'avais quinze ans. Mon père était un alcoolique notoire, une brute et un paresseux. Ma pauvre mère se tuait à la tâche en faisant des heures de ménage pour nous élever, ma petite sœur de deux ans ma cadette et moi. Cette année là, mon père était ivre du matin au soir, il me battait souvent mais je le supportais sans me plaindre. Je travaillais à l'usine de cartons depuis mes douze ans pour aider ma mère, elle tombait de plus en plus souvent malade et refusait de dépenser cet argent durement gagné pour acheter des médicaments alors que mon père, quand il trouvait nos cachettes, le buvait sans scrupules. Mais l'ignominie survint un jour où en revenant de l'usine de cartons, je le surpris à la maison à essayer de violer ma petite sœur alors que maman agonisait dans son lit d'angine de poitrine. La haine et la révolte se sont emparées de moi, j'ai pris un couteau de cuisine sur la table et je me suis jeté sur lui. J'ai enfoncé le couteau dans son dos à dix reprises, jusqu'à ce qu'il s'effondre à terre. J'ai ensuite vu ma mère pousser son dernier râle en me regardant regarder le cadavre de mon père. J'ai alors réagi, ai pris la main de ma sœur et nous nous sommes enfuis de la maison. Le shérif de ce petit comté de Caroline du sud nous a rattrapés une heure après. Il était hélas un ami de mon père, il n'a pas cru ou n'a pas voulu croire mon histoire. Ma sœur n'avait pas eu le temps d'être déflorée heureusement mais son traumatisme a été grand, elle n'a plus prononcé un seul mot par la suite. C'était donc ma parole seule, face à une ville considérant qu'il n'y a pas pire crime qu'un parricide quel que soit le comportement du père. Ils n'ont tout de même pas osé me condamner à la peine capitale vu mon jeune âge, mais j'ai été jugé coupable d'assassinat et condamné à trente ans en quartier de haute sécurité. Ma sœur est morte un an après mon arrestation, elle s'est laissée mourir de faim dans l'asile où on l'avait placée. Ils m'ont finalement épargné deux ans pour bonne conduite, je suis sorti il y a deux ans, suis parti pour le nord pensant que ça serait plus facile de trouver du travail. Mais au nord comme au sud, un condamné de droit commun a du mal à inspirer confiance. Et quand je trouvais des travaux par ci par là, soit ça ne payait que le pain, soit je tombais sur des escrocs qui refusaient de me payer après le travail, me chassaient et me menaçaient d'appeler le shérif si j'osais insister. Et qui auraient-ils cru ? De braves paysans ou un ancien prisonnier porteur de ce papier bleu obligatoire qui me renverrait illico en cellule si je trichais avec. J'ai erré plus d'un mois comme un clochard, j'en ai été réduit à manger des pissenlits, des baies sauvages car même une pomme dans un arbre, je n'aurais pas osé la cueillir de peur qu'on m'accuse de vol. J'ai fini par arriver à New York et ai repris espoir dans cette grande ville si éclectique mais à part la soupe populaire, une petite pièce plus souvent en mendiant, pas de travail honnête ici non plus pour moi. En prison, j'avais eu le temps de beaucoup étudier, d'apprendre le secrétariat, la gestion, la comptabilité et un peu de droit mais ça ne me servait à rien vu qu'on ne me faisait pas confiance. Alors j'en ai eu assez, j'ai voulu en finir avec cette vie misérable et inutile. J'ai été sur les berges de la rivière Hudson, là où c'est le plus profond, dans l'idée d'y sauter avec une pierre autour du cou. Mais j'ai vu un jeune homme face à l'endroit où je voulais me suicider, sur l'autre rive, j'ai attendu un peu, il fixait l'eau, son regard semblait bien triste et je me suis demandé un moment s'il ne voulait pas faire la même chose que moi. Mais non car il a relevé la tête et a levé la main vers le ciel, j'ai suivi du regard son geste, il désignait un arc-en-ciel. Je l'ai ensuite regardé, il m'a fixé aussi puis a crié :
- Vivre c'est se venger du destin et de ses ennemis, mourir c'est leur signifier qu'ils sont les plus forts !
Puis il a repris son chemin, sa phrase a trotté dans ma tête, je n'avais plus envie de sauter mais ne voyais toujours pas d'autre solution pour me venger du destin. J'ai marché à nouveau, dix minutes après, je voyais mon jeune homme les mains dans les poches faisant la même chose sur la rive d'en face. Je lui ai crié :
- Vous n'avez pas l'air d'adorer plus que moi votre vie pourtant !
- Accepter sa vie suffit, nous n'en avons qu'une, probable qu'après la pluie reviendra le beau temps !
- Je ne voudrais qu'un travail de cette vie, juste la chance de pouvoir travailler !
- Un travail ? Rien de plus facile alors, je vous embauche !
- Hein ? Vous vous moquez de moi jeune homme ?
- Non monsieur, je cherche justement quelqu'un de confiance pour soit me servir de chauffeur, soit entretenir un jardin, soit s'occuper de ma paperasserie et mes comptes. Il doit bien y avoir un de ces travail pour vous là-dedans non ?
- Oh ! J'ai étudié le secrétariat et la comptabilité monsieur mais… en prison !
Je l'ai à nouveau fixé, attendant l'habituel changement d'attitude après cet aveu mais il n'avait pas l'air différent, il a juste hoché la tête puis a crié :
- Je parie qu'on y mange très mal, j'ai un peu faim, faites-moi le plaisir de vous joindre à moi pour dîner, on en profitera pour parler de votre nouveau job.
- Monsieur, c'est pour meurtre que j'ai été en prison, pendant 28 ans.
- Entendu, maintenant avancez encore de 100 mètres, il y a un pont et venez me rejoindre, le restaurant est de ce côté-ci.
J'ai encore hésité quelques secondes mais son visage me paraissait de loin si franc et sûr de lui que j'ai fait ce qu'il a dit. Il m'a serré la main, m'a dit son nom qui pour moi ne signifiait rien et m'a emmené dans un petit bistrot où on a dîné très copieusement. C'est quand le patron a demandé un autographe pour sa nièce que j'ai compris que mon futur patron était célèbre. Je lui ai demandé sa profession, il m'a répondu, acteur de théâtre. Je lui ai alors dit que je n'étais pas une bonne recrue pour lui, les journaux pourraient se renseigner, ça lui nuirait. Il a ri, m'a dit qu'il se fichait de l'opinion des autres et choisissait seul ses fréquentations. Je lui ai dit d'accepter d'abord d'entendre mon histoire pour pouvoir choisir avec toutes les cartes en main. Il a accepté mais m'a emmené d'abord dans un hôtel, a payé pour une semaine et je lui ai dit tout ce que je viens de vous dire Candy. Bien sûr, il n'a pas changé d'avis après, je suis resté à l'hôtel comme lui trois mois de plus vu que la maison n'était pas terminée puis nous nous sommes installés ici et depuis je suis enfin un homme qui a accepté sa vie, je n'ai pas d'ennemis, mon travail me passionne et j'ai même trouvé des vrais amis en Peter et Martha. Voilà Candy, ma vie a enfin commencé le jour où j'ai rencontré cet étrange jeune homme, rien ne pourrait me faire trahir cet homme moi non plus, il est exceptionnel.
- Je suis bien d'accord James, et je suis très heureuse qu'il ait pu rencontrer des amis sûrs.
Quand on a souffert de manque d'amour enfant, on développe un instinct de recherche de perfection dans les rapports, et ça c'est de l'or et on ne le découvre qu'en creusant profond derrière les apparences.
- J'ai maintenant encore plus de joie dans le cœur, le beau temps est revenu pour vous et lui, j'ai beaucoup prié pour que le destin plie sous les demandes. Vous faites de cette maison un paradis Candy et travailler près de vous est un autre grand bonheur.
- Merci James, je vais avoir besoin de vous dès que Terry sera parti, nous allons tous les deux construire la fondation de santé et égalité pour tous d' Harlem.
Fin du chapitre 10
