Helloooo, me revoilà comme promis pour un second chapitre ! Merci à celles qui m'ont mise en favoris et qui on prit le temps de me reviewer. J'ai hâte de connaître votre avis pour cette suite... On se retrouve en bas ! *saute*
Le Coton
Il était assis sur son lit, dos au mur. Face à lui, son décor, sa caméra, son œuvre. Un monde coloré et drôle qu'il construisait depuis plus de trois ans. Un monde qui avait évolué, connu ses hauts, ses bas, son explosion, ses multiples transformations. L'humour avait laissé place à un peu plus de sérieux, il voulait créer un débat, faire réfléchir ses spectateurs tout en les divertissant. Il s'était mis à travailler avec un fond vert, à faire de la musique… enfin non, pas lui, le Panda.
Un lourd soupir lui échappa.
Ce décor chargé de couleur et d'histoires pesait lourd sur sa poitrine. Parce qu'il se sentait... comment dire ? Comment exprimer cette sensation ? Le mur avait beau être recouvert de posters, la bibliothèque remplie de comics, livres et mangas et surmontée de l'écran, la caméra avait beau être là, trônant fièrement sur son pied, tous ces centimètres carrés de souvenirs semblaient vides.
Presque vains.
Oui, ils l'étaient sans eux.
Parce que ça n'était plus son émission depuis longtemps. C'était la leur, à eux tous, tous ensemble.
Mathieu fronça les sourcils : depuis quand ? Il ne se souvenait pas à quel moment son émission avait cessé d'être uniquement la sienne.
Il inspira et son regard s'échappa vers la fenêtre. Depuis qu'il s'était réveillé, il repassait en boucle dans sa tête la conversation avec l'homme de la veille. Le… le…. Oui, il fallait qu'il le dise, il fallait faire face à la réalité : le Docteur. Quel était son nom déjà ? François ? Fabrice ? Il lui semblait que c'était une connerie qui commençait par « F » mais… Oh et puis merde, quelle importance ? Son nom il s'en foutait, ce qui importait c'était ce qu'il était. Un Docteur. Un Docteur parmi plein d'autres. Comment oublier ce qu'il lui avait dit ? Depuis cette conversation il n'avait plus été bon à rien - avachi sur son lit avec autant de volonté qu'une arachide sèche.
Il se sentait… trompé. Sa tête ne cognait plus mais il se sentait nauséeux. Était-ce un effet secondaire du médicament qu'on lui avait donné la veille ? Depuis qu'il l'avait pris il se sentait différent. C'était comme si on lui avait volé toute force et envie de faire quoi que ce soit et que son monde était devenu plus gris.
Plus silencieux aussi.
Bien entendu, puisqu'ils n'étaient plus là.
Le jeune homme ne pouvait toujours pas admettre l'aberration. Ils ne pouvaient pas disparaître parce qu'il avait pris un stupide cachet, c'était im-po-ssible. Ridicule. Ils étaient plus tenaces que ça ces parasites. Le problème était que Mathieu avait beau tourner et retourner la question dans sa tête, il ne trouvait toujours aucune autre explication à leur absence.
Où étaient-ils ?
Il se sentait nauséeux comme si on avait bourré sa tête avec quelque chose… comme du coton. Comme pour le détraquer et l'empêcher de fonctionner normalement. C'était désagréable. Il se sentait mal et se demandait à chaque fois qu'il bougeait s'il n'allait pas vomir. Ça l'emmerderait. Il détestait vomir.
Uhm… tout ça ne l'avançait guère. Où pouvaient être ces cons ? Peut-être… que le doc' les avait chassés. Oui, ça semblait vraisemblable… Bien qu'il eût de la peine à imaginer que cela puisse se faire sans en appeler à l'armée, mais après tout pourquoi pas ? C'était possible.
« Le Gamin passe encore facilement, il est tellement faible et pleurnichard que si on lui fichait une bonne torgnole il suivrait n'importe qui sans broncher, songea-t-il.
Le Hippie c'est pareil… enfin non, il ne réaliserait sûrement même pas ce qui serait en train de lui arriver, ce con... À la limite il se débattrait un peu et poserait quelques questions mais sa mémoire à court terme est si aléatoire qu'il pourrait sans problème m'oublier le temps qu'on l'emmène… Le truc qui lui importerait le plus ce serait d'oublier derrière lui son matériel pour sa fumette. »
Cette idée intrigua Mathieu et il descendit de son lit dans un saut. Mauvaise idée car il avait oublié sa tête et elle tourna si fort qu'il dût se retenir au coin d'une commode pour ne pas tomber et se fit mal à la main.
- Putain, chier… !
Jurer aussi lui retournait le cerveau. Mais bordel, qu'est-ce qu'ils foutaient dans leur cachets ces cinglés !? Il resta sans bouger et attendit que ça passe. Ce fût long. Au moins cinq minutes. Avec un soupire retenu, il rouvrit les yeux, cligna un peu pour focaliser et se déplaça prudemment vers le canapé. Ce dernier était recouvert de vêtements, tous les siens. Dans le tas un t-shirt rouge qui ressemblait à celui du Gamin. Il le prit et le regarda longuement. Non, ça n'était pas le sien.
Il en fût soulagé.
En le lançant dans un coin il se mit à chercher parmi le désordre. Allez, où le mettait-il habituellement ? Il le savait pourtant, il savait qu'il savait mais ce foutu coton rendait toute réflexion pénible. Allez, souviens-toi !
L'effort fût conséquent et il dût errer dans la chambre en tendant le nez à la recherche de l'odeur familière de l'herbe. Il trouva finalement la petite boite en fer blanc dans lequel il la stockait sous la table de nuit avec ses filtres et ses papiers. Il sourit et la posa sur le lit. Cependant son sourire se fana lorsqu'il reprit le fil de sa réflexion.
« Si elle est là c'est qu'il n'est pas parti, parce qu'il ne serait jamais sorti de l'appartement sans elle… Enfin l'appartement… l'hôpital ? Mais non, je suis encore chez moi et c'est le doc' qui vient. Ah putain, ça fait mal, ça recommence, merde, MERDE.
Non, non, du calme… Pffiouuu… Si ça se trouve il a dû partir en précipitation ou alors on ne l'a pas laissé la prendre, c'est possible. Après tout, on peut se procurer ces trucs super facilement alors c'était pas tellement indispensable.
Mathieu hocha machinalement la tête pour lui-même, approuvant ses propres pensées.
Maintenant le Patron… non, d'abord le Panda. Lui il n'y avait qu'à lui balancer un tranquillisant et le traîner dehors. Facile.
Son visage se contracta en une grimace peinée.
Pauvre Panda… qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?
Un désir de vengeance naquit immédiatement en lui. Ils n'avaient pas intérêt à l'avoir envoyé dans un zoo ou une connerie du genre sinon ça allait barder !
Et le Patron… le Patron tiens ! Lui c'est le plus incompréhensible ! Il ne se serait JAMAIS laissé emmener ou se faire menacer par qui que ce soit ! … bon, à moins qu'on ne lui ait promis des putes et une bonne dose de blé. Pfff… salopard, va. Lâcheur en plus de ça. Non, mais je pense que même s'ils lui avaient proposé ça, il serait resté quand même… Oui, sûrement.
Il s'imagina l'homme en question faire face aux assaillants de la maison.
- Gamin, tu es un fieffé salaud mais tu me plais. Allez, où est l'hélicoptère !? Héhé ! Direction Rio !
…
Salopard. Tu serais parti de ton plein gré.
Soudain, une pensée terrifiante le transperça.
Et s'ils étaient tous partis de leur plein gré ?
Il resta un long moment sans bouger à s'imaginer leur silhouettes quitter l'appartement une à une avec tour à tour indifférence, haussement d'épaule navré et signe de main joyeux. C'était comme avaler des cailloux et se faire ouvrir la poitrine en deux avec un silex pour en fourrer d'autre là où il restait de la place. Gh…
Non. Non, ils n'auraient pas fait ça. Il secoua la tête et le coton lui donna des hauts le cœur mais il les ignora. Il ne fallait pas qu'il perde ainsi confiance en eux. Il les connaissait bien et savait qu'ils n'auraient pas fait ça parce qu'après tout ils étaient une équipe ! Ils étaient camarades, ils ne pouvaient pas être séparés ! Non, ils seraient restés, ce seraient battus ! De toute manière il était plus que clair que quelque chose ne tournait pas rond. Tout ne pouvait pas basculer en un jour comme ça ! Depuis que cet homme était apparu, tout était sans dessus-dessous.
Rââh, ça l'enrageait. Il n'arrivait pas à se souvenir de ce qui était arrivé avant l'altercation de la veille ! Ce que cet homme lui avait dit l'avait tant chamboulé qu'il n'avait pas réussi ou même essayé de remettre les éléments en place. Quelque chose clochait et lui échappait ! Se souvenir, il voulait se SOUVENIR.
Il se frappa le haut du front avec un sursaut de rage qui l'étonna lui-même et lui fit extrêmement mal mais tant pis.
L'idée de vomir lui semblait plus envisageable. Peut-être que ça lui permettrait de recracher ce coton qu'on lui avait fourré dans le crâne et se rappeler.
Il secoua encore la tête, frotta ses tempes, l'agita d'avant en arrière mais malgré la boule dans sa gorge, il ne vomit pas et le coton resta bien en place. Dense et coincé. Il fulminait de détresse. Son estomac était vide, sa tête aussi en réalité.
Quelle heure était-il ? Le réveil indiquait trois heures de l'après-midi. Ah. La lumière grise du dehors semblait plutôt lui indiquer vingt heures. Il se sentait complètement déphasé. Ses doigts tremblaient un peu lorsqu'il les tendit pour attraper la boite en fer blanc du Hippie. S'en rouler une lui ferait du bien.
Oui, beaucoup de bien.
Ses nerfs étaient franchement en train de lâcher.
Où étaient-ils bon sang ? Qu'avait-on fait d'eux ?
Partis oui, mais pourquoi et comment ? Et depuis quand ? Il ne se rappelait plus. Ils tournaient le dernier épisode de SLG et… et oui, le Patron était resté silencieux. À quel moment Mathieu l'avait-il lâché du regard ? Que s'était-il passé ? L'avait-on enlevé ? Ça semblait ridicule mais pourtant… pourtant, songea-t-il en ouvrant la boîte pour rester interdit devant.
Elle était vide.
Il serra les dents, refusant de monter un autre scénario dans sa tête et se leva pour aller s'asseoir devant son ordinateur en veille. Il le ralluma et réarrangea nerveusement des icônes sur son bureau. Il rouvrit des dossiers, tria, rangea, fit des listes, retrouva des idées, des bouts de chansons et de textes, des vieilleries, des photos avec des amis, de la famille, des musiques de son adolescence, des choses qu'il ne savait même plus qu'il possédait.
Il se plongea dedans longtemps, avec l'énergie du désespoir et le désir d'oubli. Il rouvrait des exposés en souriant, retrouvait de vieux enregistrements de conversations et de films faits avec des potes, un texte de théâtre, des liens. C'était une douce nostalgie, ça le forçait à se concentrer pour trier le tout et se rappeler de beaucoup de choses.
Des choses très vieilles, d'avant SLG, de son enfance, ses études, ses petits boulots. Ça stimulait son cerveau. C'était difficile au début, le coton prenant toute la place mais il allait petit à petit laisser les photos providentielles raviver gentiment sa mémoire avant que les souvenirs ne se débloquent d'eux-mêmes. Petit à petit les mots revenaient, les sons, les émotions, les couleurs. Un dîner de famille, une fille, des collègues de travail.
Petit à petit le coton se tassait pour lui laisser un peu de place.
Ah, en parlant de collègues, ceux de Youtube, il les avait complètement oubliés ! Comment allaient-ils ? Que faisaient-ils ? Il lui semblait que cela faisait une éternité qu'il n'avait pas checké son Twitter.
Il jeta un coup d'œil en bas à droite de son écran. 18 :47. Déjà !? Il eût un sourire en coin en se disant que ces vieilleries étaient vraiment des aspirateurs à temps. Il ouvrit une page internet et s'apprêtait à cliquer sur un favoris lorsque-…
- Hey Gamin, j'espère que t'as effacé l'historique parce que si la police se ramène on en a pour vingt ans !
Il se figea.
Au bout de deux secondes il se retourna dans un sursaut fou, la poitrine compressée par un cri de surprise, un reproche et une exclamation d'espoir.
Mais il n'y avait personne derrière lui. Ni ailleurs dans la pièce.
Déboussolé, la bouche entrouverte, il scannait la pièce du regard.
Il l'avait entendu, il n'était pas fou, non !
Non !
Il se leva, incertain et appela :
- Patron ?
Silence.
- Non sérieusement, Patron ? C'est franchement pas drôle, mec, alors dis un truc.
Rien.
Une sueur froide le recouvrit dans un frisson. D'où était venue cette voix ? Il l'avait entendue, très clairement, mais personne n'était là, c'était sûr alors… alors… dans sa tête ? Vraiment ? M-mais non, il-… ! C'était impossible. Il n'était pas fou. Non.
On toqua à la porte et il sursauta. À nouveau, espoir et peur.
Il ne bougea pas. On ouvrit.
C'était le Docteur.
- Bonjour Monsieur Sommet, comment vous portez-vous aujourd'hui ?
Il ne répondit pas et le regarda, tétanisé. Non… non, pas lui. Pas lui. Une pierre de déception et de désillusion était tombée dans son estomac avec les autres. Il se rendit compte qu'il ne s'était pas préparé à le revoir si tôt. Il aurait voulu qu'il disparaisse sur place.
- Je vous devine confus, mais c'est tout à fait normal, ne vous en faites pas… La progression du traitement et les changements qui s'imposent à votre esprit ne seront pas facile à gérer dans un premier temps. Je suis venu vous apporter vos comprimés.
Non.
- Rien d'aussi fort qu'hier, ne vous en faites pas, ce ne sont que des compléments.
Non.
- Avec un peu de chance ils permettront d'alléger la douleur que vous devez ressentir à la tête depuis hier.
Non, non, non. Non. Les choses commençaient à redevenir claires, il avait fait de la place dans sa tête, il-…
- Mathieu ?
Il l'avait entendu.
Il leva les yeux vers le Docteur – quel que soit son foutu nom ! – et voulu le lui hurler. Oui, il avait entendu le Patron, il l'avait entendu ! Ça prouvait bien que-…
Que quoi ?
L'homme s'approcha de lui et le dévisagea avec inquiétude et perplexité. Mathieu détesta ce regard et il dû le montrer car le médecin changea d'expression et lui demanda poliment.
- Comment vous sentez-vous ?
- … ça va, répondit-il d'une voix grave.
Il était sur la défensive. Il ne voulait pas prendre ce médicament et ne le prendrait pas. Il voulait continuer à penser, à comprendre. Il n'avait pas terminé et surtout, il devait essayer de lui reparler. Il était intimement persuadé que le silence du Patron avait un rapport avec la présence de cet homme et qu'il fallait qu'il parte - mais ce dernier ne partirait pas s'il ne prenait pas ses foutus cachets. S'il les avalait il repartirait de zéro et tout le travail qu'il avait effectué ce jour aurait été vain.
- Hey doc', tu sais où je vais te les foutre tes cachets ? Un indice, c'est pas ta bouche, petite pute !
Il se figea.
À la fois de bonheur et d'horreur. Il voulait éclater de rire et aller se cacher sous les couvertures.
Le Patron avait parlé. Il ne savait toujours pas d'où mais la tête du type était incroyable, pffahahahahaha !
Le bord de sa lèvre tremblait. Ne pas rire, surtout ne pas rire.
Sauf qu'un coup de massue l'assomma. Un choc horrible qui venait de l'intérieur de sa propre tête.
- AGH-… !
Il se prit la tête entre les mains. La douleur était horrible et il comprit que ses jambes allaient le trahir. Il fit un pas de côté en direction du lit pour éviter cela et au moment où il s'asseyait dessus, il perdit le contrôle de son corps partit en arrière. Il vit la tête du doc' s'éloigner et n'eût pas le temps de se rattraper aux draps.
Le choc du mur contre sa tête l'acheva de douleur et la lumière s'éteignit.
Aaah... je l'ai écrit d'une traite mais ai mis du temps à le faire relire et le relire moi-même, donc désolée du délai. J'ai personnellement eu beaucoup de plaisir à écrire les pensées de Mathieu et les répliques du Patron ! À vos claviers ! Que pensez-vous qu'il va arriver ? Tout cela vous parait-il IC ? Je n'attends plus que vos petits mots pour savoir si ça vaut la peine que je continue !
