Bonne année 2017 amis lecteurs du monde entier!

Happy new year 2017 friendly readers of the whole world!

¡Feliz año nuevo 2017 de amigos lectores del mundo entero!

OoOoOoOoO

« Nous l'avions rêvé » de Diogène

Chapitre 11 « Un long voyage »

OoOoOoOoO

Le foyer (extrait)

« Le foyer, la lueur étroite de la lampe ;

La rêverie avec le doigt contre la tempe

Et les yeux se perdant parmi les yeux aimés ;

L'heure du thé fumant et des livres fermés ;

La douceur de sentir la fin de la soirée ;

La fatigue charmante et l'attente adorée

De l'ombre nuptiale et de la douce nuit,

Oh ! tout cela, mon rêve attendri le poursuit

Sans relâche, à travers toutes les remises vaines,

Impatient des mois, furieux des semaines ! »

Paul Verlaine

Jamais elle n'avait tant été heureuse que cette semaine. Elle regarda encore sa bague de fiançailles, un rubis magnifique appartenant hier à Eléonore Baker, elle l'avait remis à son fils le soir de la première pour qu'il l'offre à Candy quand le temps des promesses reviendrait. La mère de Terry n'avait pas voulu donner cet héritage familial à sa première belle-fille, Candy avait compris qu'Eléonore en voulait toujours à Susanna Marlowe pour ces plus de trois ans de perdu.

Puis elle repensa à ce journal qu'il lui avait dit, mis à sa disposition et se décida à aller le feuilleter. Une heure après, elle le reposa à sa place en essuyant ses larmes. Tout ce passé qu'il avait couché sur le papier comme toutes ces empreintes d'elle dans son bureau, son antre à souvenirs, sa fidélité sans pareille, tout ce musée de son amour était plus qu'émouvant, c'était encore l'évidence d'avoir trouvé l'amour le plus vrai, le plus pur et le plus indestructible. Elle caressa le petit raton laveur en peluche à côté du cadre photo d'elle sur son bureau, jeta à nouveau un œil sur le tableau représentant Chicago sur le mur puis sur celui de Londres à l'opposé. Elle mémorisa encore chaque objet dans sa tête pour pouvoir en rêver les prochains jours chez Dothy. Bien sûr elle aurait pu rester ici, chez elle, chez eux. Mais elle n'avait pas envie de décevoir Dothy qui aimait l'avoir près d'elle et elle voulait la décider à l'accompagner à Chicago et surtout la faire tomber amoureuse d'Albert et inversement et ce serait plus facile en les ayant sous la main tous les deux. Car Dothy avait évoqué avant la première qu'elle pouvait inviter Albert chez elle pendant son séjour plutôt qu'il aille à l'hôtel et Candy ne l'avait pas oublié. Elle ressortit du bureau, retourna dans la chambre arranger sa coiffure car Terry allait bientôt rentrer du théâtre Lincoln. Ce soir était la dernière représentation à New York et l'avant-veille du départ en tournée. Cette fois Terry prendrait le train avec tous ses collaborateurs, la limousine servirait à Candy et éventuellement Dothy à aller à Chicago puis Peter irait chercher son patron et le ramènerait à elle pour avoir plus de temps à lui consacrer et il repartirait en même temps que les autres en train pour le deuxième et dernier mois de tournée côté ouest.

Elle descendit voir si Martha avait besoin d'un coup de main pour le dîner. En excellente cuisinière, elle n'avait besoin d'aucune aide mais elle trouvait toujours prétexte à lui trouver des petits travaux délicats pour pouvoir bavarder et simplement la regarder agir si naturellement et gaiement. Cette fois, elle lui demanda de décorer de fraises l'omelette norvégienne, les fraises du potager bien sûr, très rouges et sucrées. La veille, la jeune femme avait fait son fameux sauté de veau sous les yeux ravis de la cuisinière, qui l'avait ensuite classé trois étoiles. Candy n'avait déjà plus d'inquiétudes pour le futur dans cette maison idéale. Martha la traitait en maîtresse de maison depuis le premier jour mais sans cérémonie et avec maternalisme. Peter était d'un tempérament renfermé mais elle avait déjà réussi à le faire sourire en s'extasiant devant son jardin très coloré et les roses rouges, roses, jaunes et blanches embaumaient et n'avaient rien à envier à celles de Lakewood. En le découvrant, elle ne put encore s'empêcher de songer à Anthony qui n'avait pas voulu lui en planter en pots pour mettre dans leur appartement à leur arrivée. Il avait dit n'avoir ni le temps, ni plus l'envie de s'occuper de fleurs, c'est donc elle qui le faisait mais les roses qu'elle avait planté au printemps, n'avaient pas éclos sur le balcon. Les roses n'étaient pas faites pour vivre en appartement mais dehors et il fallait beaucoup s'occuper d'elles pour qu'elles sentent bon et s'épanouissent. Peter aimait ses fleurs et elles le lui rendaient bien, comme ses légumes magnifiques et ses fraisiers et mûriers. Le mardi et vendredi matin, les deux nièces de Martha, d'une trentaine d'années, venaient faire le ménage à fond de la maison, les chambres, les vitres, les sols et salles de bains. Elles emportaient et ramenaient aussi toute le linge à laver et repasser à la teinturerie. Martha avait la soixantaine, s'occupait entièrement de sa cuisine, pouvait encore faire le petit ménage mais s'évitait trop de montées à l'étage à cause de ses mauvaises jambes. Ce vendredi, les nièces de Martha virent la nouvelle future madame Grandchester grimper comme elles à une fenêtre pour la briquer, et apprirent donc qu'elle avait aussi été domestique plus jeune.

Dès qu'elle entendit arriver la voiture, elle fit comme les autres soirs, se précipiter dehors pour l'accueillir et vite être à nouveau dans ses bras, s'offrir un baiser sous la pénombre du porche et rentrer main dans la main dans leur nid d'amour. Mais ce soir, il lui donna en plus un paquet enrubanné qu'elle ouvrit dans l'entrée et qui contenait un bracelet de perles fines. Il le lui mit autour du poignet, caressa sa peau fine de ses lèvres et l'admira d'un peu plus loin, sublime dans sa robe sans manches en satin bleu marine et ses cheveux ceint d'un bandeau de même teinte.

- Terry chéri, tu dépenses trop d'argent pour moi, mais j'avoue que j'adore voir tes yeux sourire d'attendre ma réaction, c'est ça le plus grand des cadeaux.

- Candy chérie, j'adore voir tes yeux rire de voir les miens sourire d'attendre ta réaction, c'est un autre grand cadeau que celui de te parer d'un peu d'or pour sublimer ta beauté.

- Etre la fiancée du plus séduisant, cultivé, romantique, sexy, poète, acteur, metteur en scène du monde ne peut que rendre belle et épanouie.

- La balle restera dans ton camp ma princesse, puisque qui s'assemble se ressemble, disons que nous formons simplement le plus joli couple du monde.

- Et si en accord mon prince, c'est le nec plus ultra du couple et je ferai tout pour que cette perfection s'éternise. Quel est ton vœu pour ce soir trésor, que je l'exauce ?

- Tu l'as déjà exaucé mon ange, je rêvais de t'entendre me dire que j'avais réussi cette semaine de test du mari idéal. Mais le futur époux de la nec plus ultra des futures épouses a faim, il n'est pas tout le temps qu'esprit.

-OOOoOOO-

Elle se réveilla aux aurores, pourtant la nuit avait été courte pour dormir. Elle se réveillait encore une fois la joue sur l'épaule de Terry et la main sur son ventre. Lui dormait profondément, elle bougea lentement pour se dresser et encore le regarder en détails. Ses joues rosirent en fixant ses parties les plus intimes mais elle se sentait débarrassée des inutiles tabous et timidité et elle ne recouvra le drap sur sa virilité que pour ne pas être tentée d'y toucher et le réveiller. Elle releva les yeux jusqu'à son visage racé, beau matin et soir mais différemment. Au réveil, avec ses mèches brunes emmêlées et étalées sur l'oreiller, les ombres de barbe sur ses joues, les légers cernes sous les yeux et quand il les ouvrait, surgissait un bleu d'orage d'été dès le soleil couché. C'était une beauté d'étalon sauvage, l'homme brut sentant la virilité de partout, et ce matin surtout, imprégné de tout l'amour qu'elle lui avait donné cette nuit. Elle pensa encore à ce qu'elle avait appris d'elle depuis qu'ils étaient amants. Jamais avant elle n'aurait imaginé être de celles qui réclament, décident et expriment autant leurs ardeurs. Avec Anthony, c'était bien mais la passion n'avait jamais pu s'exprimer à cause de tout ce qui les avait bloqués l'un et l'autre. Terry faisait l'amour avec tout ce qu'il possédait, ses yeux, ses sourires, sa voix, sa langue, tout son corps donnait et réclamait dans la clarté totale et les sons non étouffés. Le premier matin ensemble dans ce lit, il a émis l'idée de prendre un bain à deux, et la salle de bain a été à moitié inondée après leurs ébats torrides, ensuite ils riaient comme des gamins en épongeant, nus et à quatre pattes, le carrelage. Puis il osa lui demander un massage intégral, ses mains durent apprendre les gestes encore jamais offerts, sa bouche vint naturellement les seconder quand elle se sentit prête et désireuse car ça, il ne l'avait pas évoqué. Mais en entendant ses soupirs, ses extases, elle sut qu'elle devait continuer à laisser son cœur décider, l'amour seul les guidait, rien n'était sale ou honteux dans l'amour pur. Hier ils avaient fait l'amour plus de deux heures durant, il l'avait fait jouir trois fois, elle l'avait ensuite dévoré voracement, jusqu'à ce qu'il crie son prénom et la nourrisse de sa semence. Elle soupira encore en admirant son torse si rassurant, mais cette fois en songeant que demain il partira et qu'elle craignait d'en être malade de désespoir. Elle se sermonna, l'absence serait provisoire, elle l'entendra parler chaque jour grâce au téléphone et dans un mois elle verra une deuxième fois Cyrano à Chicago, tout un autre symbole. Et avant ce nouveau plaisir, il y aura de grandes autres joies avec le retour d'Albert. Encore une fois ses pensées arrivèrent vers Anthony, elle le reverra aussi bientôt, ils s'étaient dit qu'il n'y aurait pas besoin de prétextes pour se voir mais ce n'était pas si simple en fait. Elle songea que Terry et Anthony seraient amenés à se voir si elle voulait avoir de vrais rapports d'amis avec son ex-mari. Anthony ne pouvait être jaloux mais ça ne signifiait pas qu'il avait envie de revoir son remplaçant, il était fier lui aussi et sa générosité avait sûrement déjà été trop mise à l'épreuve. Elle l'imaginait travailler jusqu'à s'y noyer, il aimait son métier mais c'était clair qu'il lui avait aussi servi d'échappatoire à sa souffrance. Une larme s'échappa encore, elle l'essuya en se disant que toujours il lui manquera quelque chose pour être pleinement heureuse, Terry ou Anthony, Anthony et Terry.

Elle vit une ébauche de sourire sur son visage, il était devenu si compréhensif, si sage, il n'y avait pas de risque qu'il soit encore jaloux de son rival de jeunesse désormais. Il avait dit clairement son sentiment, il respectait le courage, la chevalerie et la droiture d'Anthony. Mais lui aussi, avait-il envie de prendre encore sur lui pour faire plaisir, où, serait-ce trop demander ? Elle revit les yeux d'azur, parfois si clairs et éblouissants comme un ciel d'été sans nuages, parfois si sombres et assassins. Tous les deux avaient en commun un regard magnétique, une générosité de cœur, le courage, la volonté d'y arriver seul, une grande culture, beaucoup de charisme et d'être très beau dans un genre opposé. Elle sourit en les imaginant un instant côte à côte, comme disait parfois Dothy :

« Ça en jetterait ! »

- Quoi donc mon ange ?

Elle se mordit la langue, depuis quand disait-elle tout haut ses pensées ?

- Oh ! Terry ! Pardonne-moi de t'avoir réveillé !

- Je rêvais que tu me disais qu'on allait avoir un bébé, dit-il d'un sourire après avoir ouvert les yeux et ils étaient ce matin d'un bleu roi chatoyant.

- Oh ! Mon chéri, c'est adorable ! Mais c'est un peu trop tôt pour que je te dise ça !

- Je sais bien mais il n'est pas impossible que la graine soit en train de germer, non ?

- Non, c'est possible mon amour mais… je crois que… la période favorable était déjà passée quand… Enfin…

- Ma foi, c'est sûrement préférable de toute façon que nous soyons mariés pour annoncer une grossesse à ta famille, pas besoin d'être si pressés, ça sera plus facile pour toi. Quand je t'ai dit que j'attendrai, je pensais franchement à t'épouser avant toute chose chérie, mais…

- Tu regrettes ?

- Bien sûr que non, tu l'as voulu ainsi et ça nous assure un mariage parfait d'avance, bien que je n'ai jamais imaginé une seconde qu'il puisse en être autrement. Le mariage me fait aussi rêver bien sûr mais il est certain maintenant. Tandis qu'un enfant de toi ! Une jolie petite fille pleine de taches de son, quel bonheur !

Elle ne put cacher une pâleur en pensant encore à Anthony, il l'interpréta autrement.

- Tu as peur que ça n'arrive jamais ? Fais-toi confiance Candy, crois-y très fort !

- Oui mon amour, je crois très fort qu'on aura une belle petite fille avec tes yeux. Mais laisse le temps au temps maintenant, profitons pleinement de celui qui nous reste. Je voudrais d'abord qu'on aille nager tous les deux, ça nous creusera l'appétit, puis…

-OOOoOOO-

Elle l'avait accompagné à la gare dans la limousine conduite par Peter, mais à l'arrivée il y avait deux ou trois journalistes et photographes.

- Il vaut mieux nous quitter ici chérie, dit-il ennuyé.

- Je n'ai plus de raisons de me cacher Terry, je suis prête pour ça aussi, j'aimerais t'accompagner jusqu'au bout.

- Bien, alors allons-y.

Peter vint ouvrir la portière, Terrence sortit et aida Candy à en faire autant. Il prit son bras et l'entraîna vivement sur les quais. Un flash surgit, puis un deuxième, une voix cria :

- Monsieur Grandchester, pouvez-vous nous dire quelques mots avant votre départ ?

Il l'ignora et augmenta l'allure. Un homme surgit à la gauche de Candy et s'adressa à elle.

- Mademoiselle, partez-vous en tournée vous aussi ?

Elle fit non de la tête, regarda Terry et son air détaché mais pas méprisant, alors elle se permit un sourire qui fut immortalisé vu le nouveau flash. Puis le journaliste reprit :

- Mademoiselle, ne seriez-vous pas Roxie Hart, le mannequin de madame Dorothy Malone ?

Ils arrivaient devant le wagon réservé à la troupe Lincoln. Terry regarda Candy, elle leva ses yeux emplis d'amour sur lui, il la prit par la main et se tourna vers le journaliste.

- Messieurs, pour la tournée, je n'ai rien de nouveau à vous dire, le public décidera encore. Mais pour cette jeune femme qui vous intrigue tant, je veux bien vous révéler un scoop si vous me promettez ensuite de partir et ne pas l'importuner, d'accord ?

Le journaliste lui dit :

- Je vous le promets monsieur Grandchester !

Les deux photographes hochèrent aussi la tête avant de mitrailler le couple le plus possible. Mais dès que Terrence reprit la parole ils cessèrent et furent tout ouïe.

- Je vous fais confiance messieurs. Cette jeune femme est en effet mademoiselle Roxie Hart, mais elle est désormais ma fiancée, nous nous marierons à mon retour de tournée. Voilà, maintenant, au revoir messieurs.

Il leur tourna le dos, prêt à monter dans le train avec elle, mais tous deux virent les acteurs aux fenêtres les regarder en souriant, puis les applaudir et crier :

- Vive les amoureux ! A bientôt Roxie !

Elle leur fit un signe de la main, Philippe lui fit un clin d'œil, Becky lui envoya des baisers. Les journalistes tentèrent encore un :

- Une dernière photo s'il vous plait ?

Terry allait sauter pour mettre fin à tout ça mais Candy le prit par le bras, se dressa sur ses orteils et posa ses lèvres sur les siennes. Les flashs les éblouirent à nouveau mais quand ils se quittèrent, les journalistes remerciaient de la main et faisaient demi-tour, très contents de leur journée. Candy allait dire aussi au revoir aux autres comédiens mais un bras vigoureux la happa et la fit monter sur le marchepied et elle se retrouva dans le train, dans les bras de Terry, tous deux cachés de la vue de quiconque. Il fixa chaque détail d'elle, elle en fit autant de lui.

- Prends grand soin de toi mon ange.

- Toi aussi, mon amour.

Ce dernier baiser ne pouvait finir, seul le sifflement du train y mit fin.

- Descend vite chérie où tu vas partir avec moi.

- Je serai toujours avec toi Terry, je t'aime.

Elle lâcha sa main, recula et sauta vite. Le train partit, il se tenait sur le seuil de la portière, les cheveux au vent comme il y a cinq ans à Chicago, cette fois elle ne courut pas mais ses yeux ne lâchèrent pas les siens tant qu'elle put les voir. Puis elle suivit Peter qui était quand même resté pour la protéger mais les journalistes avaient tenu parole et seuls quelques regards de curieux la suivirent jusqu'à la sortie. Terry l'avait présentée sous son pseudonyme, ça lui laissait un peu de temps pour pouvoir rendre une visite qui ne pouvait plus attendre.

-OOOoOOO-

La jeune bonne la conduisit dans un petit salon et lui demanda de patienter. Elle le fit en observant les bibelots et meubles de goût. Mais rien ne lui parut familier, rien ne ressemblait à ce qu'elle avait connu ces derniers jours, ce qui la soulagea. La porte s'ouvrit sur une jeune femme blonde, élégante encore et la démarche assurée malgré la canne qui l'aidait à marcher. Elles se regardèrent un moment sans rien dire, puis un sourire heureux illumina le visage lisse et les yeux clairs.

- Candy ! Enfin vous êtes venue, je suis contente de vous revoir. Non, restez assise, je ne courrai pas mais vous voyez, je me débrouille pas trop mal maintenant.

- Susanna ! fit Candy en se rasseyant et souriant à la jeune femme se mettant face à elle, je m'excuse de n'être pas venue plus tôt mais je dois vous dire certaines choses, sans vous déranger dans votre emploi du temps.

- Vous avez choisi le moment idéal Candy, je n'ai rien à faire ce matin. Voulez-vous vous joindre à moi pour boire un chocolat ? J'adore ce breuvage et c'est mon heure favorite pour le déguster.

- Volontiers Susanna.

Elle sonna la bonne, une minute après, celle-ci amena le plateau et Susanna les servit toutes deux dans de fines tasses en porcelaine.

- En fait, heureusement que vous êtes venue aujourd'hui car j'ai été absente toute la semaine dernière et une partie de celle d'avant, j'étais à Philadelphie en vacances chez des amis.

- Susanna, j'ai…

- Attendez Candy, il faut absolument que je commence, je vous dois tant d'excuses, il y a des années que j'espère votre pardon, ayez la bonté de me pardonner, j'étais complètement aveugle et folle.

- Susanna, vous n'avez rien à me pardonner, j'ai fait mon choix toute seule.

- Vous m'avez sauvé la vie et laissé l'homme que vous aimiez, vous n'aviez guère le choix vu mon attitude égoïste et infantile.

- Vous avez sauvé la vie de l'homme que j'aimais, vous l'avez payé cher, j'aurai été désespérée s'il était mort sous ce projecteur, j'ai fait ce que je croyais normal, ça aurait pu marcher.

- Mais ça a été un fiasco total, et ça, j'aurais dû le savoir depuis que je vous ai rencontrée et que je vous ai menti à Chicago. Il ne m'a jamais regardée avec les yeux que je lui voyais quand il pensait à vous, et il pensait sans cesse à vous, il s'isolait sur le toit du théâtre pour lire vos lettres et songer à ses souvenirs, ses projets d'avenir avec vous, et moi je le harcelais de ma présence indésirable, je m'imaginais sa petite amie alors qu'il était plus indifférent qu'un mur de glace avec moi, je me prenais pour Juliette, j'ai mélangé le théâtre et la réalité et j'ai causé son malheur pour toujours.

- Pas pour toujours Susanna, rassurez-vous, Terry n'est plus malheureux, lui et moi allons nous marier bientôt.

Dire que la surprise fut grande était évident, Susanna regardait Candy sans comprendre, la bouche ouverte, les yeux perplexes, puis elle balbutia :

- Vous marier ? Vous m'avez dit être mariée avec un avocat de chez Bradley and Co, lui l'a dit aussi…

- Oui, ça a été rapide mais, c'est la vérité, j'ai retrouvé Terry peu de temps après vous avoir rencontrée et il n'a pas fallu longtemps pour…

Elle lui raconta alors sommairement tout ce qui s'était passé, son divorce et leurs fiançailles récentes.

- Croyez-moi Susanna, si ça avait marché entre vous et Terry, jamais je n'aurais accepté de le revoir.

- Candy, vous êtes incroyable ! fit Susanna en souriant. Comme si vous aviez des comptes à me rendre, c'est moi qui me suis immiscée dans vos vies, pas l'inverse ! Enfin, oublions ce passé, il y a eu plus de trois ans de perdu mais je suis si soulagée et heureuse que le destin ait réparé mes erreurs. Enfin il est heureux, je n'ai jamais pu l'être vraiment tant je me sentais responsable et triste pour lui. Je l'aime toujours Candy, je l'aimerai toujours, mais cet amour a su se transformer en amitié pour au moins le libérer de ce devoir qu'il n'a pas choisi. Je crois que Terry est un des hommes les plus fidèles du monde, quand il aime c'est pour toujours, prenez grand soin de lui Candy, soyez heureux toujours, je le suis aussi.

- Toutes ces épreuves ont fait ce que nous sommes aujourd'hui Susanna, plus forts et plus mûrs. Avant n'était pas forcément le bon moment, maintenant il l'est et nous sommes tous les trois heureux et sans rancunes, je ferai en sorte que ça dure, soyez en certaine.

- Je le suis Candy. Je n'ai hélas pas vu la pièce, j'espérais la voir cette semaine mais j'ai été retardée et suis revenue un jour trop tard. Auriez-vous le temps de me raconter votre vision de Cyrano ?

Elle le fit avec force et détails, s'emporta un peu pour le montrer immense, Susanna sourit mais approuva, les yeux brillants d'envie.

- Et votre carrière Susanna ?

- Elle a du mal à redémarrer Candy. D'une part, je n'avais pas autant de talent que Terry ou Eléonore, et mon accident m'a tant fait douter de moi. Maintenant je n'ai plus en moi l'innocence et la jeunesse pour les Juliette ou Roxane, pas encore assez de bouteille pour les reines et marâtres et certains craignent encore que je m'étale sur scène ! Mais je m'accroche Candy, je veux encore connaître ce vertige d'être sur scène, même pour une carrière de seconds rôles. Pour ça, je prétends encore être comme Terry, le théâtre est la moitié de ma vie, et l'autre moitié est pour mon compagnon.

- Songez-vous à vous remarier un jour Susanna ?

- Pas pour l'instant. Un jour peut-être mais le mariage a perdu de sa magie pour moi, je suis indépendante, apprécie de vivre seule ici, préfère n'avoir que le bon côté de l'amour.

- Et des enfants, en vouliez-vous avant et maintenant ?

- Avant non Candy, jamais je n'ai pensé à ça avec Terry. Maintenant, j'y pense parfois mais je ne me sens pas prête ni sûre, je ne suis pas si vieille, je peux encore attendre un peu. Une chose est évidente Candy, vous respirez la fibre maternelle, vous aurez un enfant avant moi.

- On verra, mais c'est vrai, j'ai toujours rêvé d'un enfant.

- Votre robe est splendide Candy ! C'est votre amie l'ange gardien styliste qui l'a faite ?

- Parfaitement, la meilleure styliste de New York.

- Il faudra que j'aille la voir, on m'en avait parlé mais je suis si classique et ne peux porter que du long.

- Dothy a de très belles robes longues et modernes, même des pantalons très élégants pour femme. Mon Dieu il est presque midi, je n'ai pas vu le temps passer, mais je dois aller travailler à la clinique.

- Je suis ravie qu'on puisse parler d'autre chose ensemble que du passé Candy, merci de votre cœur d'or, vous êtes exceptionnelle et j'aimerais en secret pouvoir être votre amie.

- Nul besoin de secret Susanna, je suis votre amie, comme Terry et quand vous serez prête, vous remonterez sur scène avec lui, vous formiez un couple parfait sur scène. Moi je ne suis heureuse que quand tout le monde l'est aussi autour de moi. A bientôt Susanna.

- A bientôt chère Candy.

-OOOoOOO-

- J'ai toujours rêvé d'avoir une piscine à moi ! fit Dothy, allongée sur un transat, en maillot de bain, lunettes de soleil et large chapeau et sirotant ensuite une limonade avec une paille.

- Bientôt tu seras si riche que tu pourras t'en offrir une ! lui dit Candy dans la même tenue et venant de sortir de l'eau.

- Plus besoin, je vais me faire inviter ici tous les week-ends !

Elle riait mais se prit une giclée de gouttes que Candy lui envoya en secouant sa chevelure.

- Je plaisantais ! Disons alors juste un week-end sur deux. Mais on dira ce qu'on voudra, ta nouvelle maison a de l'allure, ton nouveau futur mari est un cador et ta mine c'est autre chose que quand tu m'es rentrée dedans. Heureuse maintenant ?

- Bien sûr Dothy, et grâce à toi.

- Oh ! je ne dis pas ça pour m'entendre à chaque fois en être responsable, c'est juste que tu faisais vraiment pitié avec Anthony. Il a pourtant été très fair-play, il est étrange ton cousin. Pourquoi ne t'a-t-il pas offert une maison à New York, il en avait pourtant les moyens ?

- Il ne touche pas à l'argent des actions André, comme moi, et comme Terry n'a pas touché à l'héritage de son père.

- Mais il n'est pas fâché avec son oncle quand même?

- Oh non Dothy, Anthony adore Albert et l'inverse est vrai aussi. Justement, Anthony ressemble à son oncle, il n'est pas attiré par l'argent et tout ce qui s'achète. Il tient à subvenir seul à ses besoins. Ce n'est pas de l'orgueil, c'est notre nature, vu que je suis pareille. Terry avait plus besoin de tranquillité et il lui fallait une colline et un arbre mais sinon il est autant détaché des choses matérielles.

- Donc, si je résume, Terrence, Anthony, Albert et toi vous ressemblez beaucoup.

- Pas pour tout mais oui, Terry et Anthony se ressemblent plus qu'on ne le dirait au premier abord. Anthony est si volontaire, courageux, entêté même, et Terry c'est pareil.

- Ma chérie, à t'écouter on pourrait penser que tu regrettes ton ex-mari, heureusement que c'est à moi que tu le dis et que je suppose que c'est parce que tu t'angoisses pour lui !

- Je ne m'angoisse pas, je pense à lui car il est mon ami, je l'aime et l'aimerai toujours à ma façon, en sœur.

- Je le sais bien mais tu as cette même tristesse en le disant que quand tu me disais que ton grand amour t'avait oublié depuis belle lurette.

- Oh Dothy ! Pourquoi es-tu toujours aussi intuitive avec moi ? C'est vrai, Anthony me manque, mais pas en mari, en ami.

- Pourquoi ne vas-tu pas le voir alors ? Tu m'as dit qu'il voulait aussi garder ton amitié, il attend sûrement que tu fasses les démarches vu les circonstances.

- Oui, j'imagine bien que pour lui c'est délicat, mais je ne sais pas comment faire pour ne blesser personne désormais. Je préfère attendre Albert, je le verrai sûrement au port, je n'imagine même pas Anthony préférer travailler qu'accueillir son oncle. Oui nous le verrons à ce moment là puisque tu viens avec moi rencontrer un éventuel prétendant.

- Candy !

- J'ai dit éventuel Dothy ! On ne sait jamais ! Tout est possible en ce monde tant qu'on est en vie ! N'est-ce pas ce que tu m'as dit ?

- Quand on le veut Candy ! Pour l'instant je ne veux que bronzer et paresser ici, demain est un autre jour !

-OOOoOOO-

- Allô, mon amour ?

- Plein de bisous ma princesse, je viens d'arriver à Miami.

- Tu me manques trésor mais je ne vois pas le temps passer à la clinique, j'essaie de vite apprendre mon futur poste de dirigeante. Après je vais aider Dothy à la boutique, les clientes se bousculent, Susanna lui a commandé trois robes et un pantalon hier. Et toi, pas trop fatigué ?

- Ça va, la fatigue se ressentira plus le deuxième mois. Mais d'ici là j'aurais revu ma muse, ma motivation, mon énergie, ma fiancée pleine de taches de son.

- Tu m'as mal regardée Terrence Grandchester, j'en ai beaucoup moins qu'adolescente.

- Je t'ai très bien regardée Candice Neige André futur Grandchester. Tes taches de son sont plus claires c'est vrai mais le soleil les fait ressortir et j'adore pouvoir les revoir davantage puisque j'adore tout de toi.

- Moi aussi de toi mon cœur mais parlons plutôt de toi que de mes taches de son. As-tu accepté l'invitation de Philippe à cette soirée chez cette chanteuse à Orlando ?

- Oui, j'y suis allé pour lui faire plaisir vu que tous les autres ont accepté aussi.

- Et c'était bien ?

- Elle chante bien, le dîner était bon, il y a eu des bavardages drôles parfois mais le côté ennuyeux a été supportable vu que Becky était fatiguée et que j'ai eu l'excuse de la raccompagner pour partir plus tôt.

- Comment va-t-elle maintenant ?

- Oh ! très bien. Elle m'a avoué ensuite qu'elle avait simulé la fatigue car elle s'ennuyait trop à cette soirée. Alors on a marché un peu tous les deux avant de rentrer, elle a beaucoup parlé de Christopher et moi de toi, ce n'était donc pas ennuyeux. Elle te transmet plein de bises et te remercie d'avoir invité Christopher à dîner chez Dothy demain.

- Entre esseulés, autant être solidaires ! Je plaisante, c'est Dothy qui y a pensé, elle aime bien Christopher et sa passion pour les cravates, on aura un sujet de discussion passionnant ! Au fait, si je t'en offrais plein, tu aimerais ?

- Eh bien, un cadeau fait toujours plaisir mais… les cravates et moi…

- Je m'en doutais, je n'en ai vu que deux dans ta penderie.

- Je les mets quand c'est vraiment indispensable, je me sens étranglé avec une cravate, j'étouffe. C'est si important que ça pour toi ?

- Non chéri, dit-elle en riant. Je me fiche de ce que tu porteras, tu mets ce que tu aimes, de toute façon tout te va et je te préfère nu. Oups ! On nous écoute peut-être sur la ligne ! Après tout, c'est égal, c'était juste pour savoir Terry, tu es très élégant naturellement mais tes choix me plaisent aussi, je trouve également que les cravates ne sont pas très pratiques, comme les corsets pour les femmes, ne les utilisons que pour les grandes occasions.

- Moi aussi je te préfère nue chérie mais j'apprécie les créations de Dothy sur toi. Alors elle a accepté d'aller chercher Albert au port avec toi, c'est un bon début !

- Oui mais elle refuse d'imaginer quoi que ce soit, elle semble pessimiste pour elle même.

- C'est normal qu'elle ne puisse supposer sans s'être vus encore, laisse le temps au temps. Tu diras à Albert que tout le premier rang est réservé à la famille André à Chicago, j'espère vraiment le revoir là-bas.

- Je suis sûr qu'il voudra Terry, même Archibald sera probablement là. Par contre je ne te garantis rien pour tante Elroy mais ne t'inquiète pas, j'ai encore des amis à Chicago pour remplir le premier rang.

- Invite qui tu veux mon ange, tes amis seront les miens.

- Tu es sérieux Terry ?

- Oui pourquoi ? Je ne juge plus personne avant de le connaître maintenant, je ne suis pas très expansif en société mais je ne refuse pas les amis s'ils sont sincères.

- Je ne suis pas étonnée Terry, je te connais mieux que personne. Il ne te manquait que la confiance en toi, tu es un homme qui aime les hommes, les animaux, la vie, un homme bon et complet.

Elle avait eu envie de lui demander : « Et Anthony, pourra-t-il l'être ? » Mais elle n'osa pas.

- Je suis un homme qui a eu la chance de te rencontrer mon ange, je ne ferai rien qui me serait vraiment trop désagréable juste pour te faire plaisir mais comme tu ne me le demanderas jamais, je ferai du mieux possible pour nous deux.

Elle réfléchit sur cette réponse par rapport à la question qu'elle n'avait pas posé et se dit que la poser pouvait le faire mentir sur ce qu'il venait d'affirmer si le trop désagréable touchait à voir et revoir quelqu'un.

- Il n'est pas question pour moi de t'obliger d'une façon ou d'une autre à faire ce qui ne te plait pas chéri, ni pour les cravates, ni autre chose. M'épouser ne t'obligera pas à épouser les André, moi même garderai toujours des distances avec une grande partie de ma famille d'adoption, ceux que je n'ai pas choisi.

- Il est clair que certains ne m'inspirent guère Candy mais je saurai être poli tout de même si je ne vois pas de coups bas.

Il parlait évidemment de Daniel Legrand mais c'était impossible d'être vraiment sûre qu'Anthony soit totalement hors de ce propos. Elle préféra clore ce sujet et laisser le temps au temps. Mais après de nouveaux échanges sur leur amour l'un pour l'autre et les baisers d'au revoir, elle raccrocha et reprit le combiné en demandant à l'opératrice le numéro d'Anthony. Celle-ci lui dit un moment après que ça ne répondait pas. Il était près de 22 heures, il ne pouvait plus être au cabinet Bradley, c'était sans doute une bonne nouvelle qu'il soit absent, il avait peut-être rencontré une fille gentille ou au moins un ami. Dothy était à un dîner avec une de ses meilleures clientes, elle lut un peu, alla prendre l'air dehors puis retourna téléphoner mais elle eut le même résultat. Elle essaya une dernière fois à 23 heures et entendit sa voix douce dire :

- Oui, allô ?

- Anthony, c'est Candy.

- Quelque chose ne va pas ma douce ?

- Si, tout va très bien, je voulais juste savoir comment tu allais ?

- Ça va Candy, ne t'inquiète pas pour moi, tu sais bien que je suis immortel.

- Et ton dos, ta jambe ?

- Ni pire, ni mieux, la routine.

- Tu n'oublies pas d'aller chez le kiné n'est-ce pas ?

- Non Candy, j'irai la veille ou William arrive, rassurée ?

- Oui Anthony. Viendras-tu au port l'accueillir ?

- C'est évident, je ne l'ai pas vu depuis presque deux ans, et je n'ai plus que lui… à part toi.

- N'oublie pas que je suis toujours là pour toi et à tout moment Anthony, je suis toujours chez Dothy et il y a son numéro dans le carnet d'adresses, même celui du magasin, tu te rappelleras ?

- Oui Candy.

- Je vais aller à Chicago bientôt, revoir aussi la maison Pony, Archibald, Annie et Jordan qui doit avoir bien grandi. J'espère qu'Albert viendra, tu n'as pas envie de les revoir aussi ?

- Si, bien sûr, mais je n'ai pas le temps, je ne prendrai que deux jours de congés pour William. Tu donneras le bonjour à tous de ma part Candy.

- Entendu Anthony, mais ne t'use pas au travail, pense à t'amuser un peu.

- Le travail ne m'use pas Candy, j'aime mon métier et j'y prends aussi du plaisir.

- Je sais, tu es un très bon avocat Anthony, mais un peu de loisirs ça compte aussi.

- Tu sais bien que mes loisirs n'ont jamais été nombreux, à part le poker ! Veux-tu que j'aille jouer dans des maisons de jeu pour être couvert de dettes ?

- Ton humour n'a pas évolué, noir et cynique. Tu aimais nager avant, et admirer la nature, jouer avec Capucin et les… orphelins de la maison Pony.

- Où veux-tu en venir Candy ? Cela te rassurerait si j'allais à la piscine montrer mes cicatrices, si j'allais voir les arbres et les couchers de soleil, si j'adoptais un chien vu qu'un enfant ça n'est pas pour moi ? Oh ! excuse-moi chérie, je suis fatigué, de plus en plus cynique oui mais je ne t'en veux pas à toi, juste au destin.

- Et moi je n'ai pas pitié ou mauvaise conscience, je t'aime seulement tellement que je ne peux pas être heureuse si tu es malheureux. Un enfant c'est pour toi Anthony, surtout pour toi. Qu'il soit de toi, de moi ou de n'importe qui, quelle importance ! Pourquoi ne pas en adopter un Anthony ?

- Qui n'aurait pas de mère ?

- Pour les orphelins, un parent sur deux c'est mieux que rien du tout, surtout un papa comme toi.

- Je ne sais pas Candy, avec toi ça ne me faisait pas peur un enfant tant je te sais faite pour ça, mais seul !

- Tu trouveras la femme qu'il te faut Anthony, mais en attendant je serai là pour t'aider, je serai sa tata, sa marraine si tu m'en crois digne, mais ne renonce pas.

- Candy ! Si je ne te connaissais pas tant je dirais que tu es folle ! Mais c'est toujours ton cœur d'or qui parle, qui veut que tout le monde soit heureux et qui sacrifie son bonheur pour autrui ou le met en danger. Tu as ta propre famille à construire Candy, ne va pas risquer encore de tout rater pour moi, moi non plus je n'accepte pas que tu sois toujours malheureuse.

- Je ne risquerai rien Anthony, personne ne décide pour moi qui et comment j'aime, tu m'as dit que tu aimerais que nous restions amis, tu m'as dit que je t'étais indispensable pour rester l'Anthony de Lakewood, le prince des roses. Tu es toujours mon prince des roses, le frère de cœur qui me protégeait des méchants, tu m'es autant indispensable, si tu me rejettes je ne serai jamais vraiment heureuse. Est-ce que tu m'as juste dit tout ça par chevalerie ou parce que tu m'aimes en sœur ?

- Je t'aime comme une sœur parce que tu ressembles à ma mère Candy mais je t'aime comme ma meilleure amie parce que nous avons partagé plein de joies et que j'adore ce que tu es à l'intérieur. Oui j'ai besoin de toi mais je ne veux pas être une gêne pour toi. Et pour un enfant, il faut que je réfléchisse encore.

- Laisse mûrir l'idée Anthony, prends le temps et n'oublie pas de me dire tout ce qui t'inquiète, je t'aime, je ne te l'ai jamais dit en épouse, c'est facile maintenant puisque tout est clair en nous.

- Je t'aime aussi ma douce, oui c'est facile quand tout est clair. Merci, ça m'a fait beaucoup de bien ton appel, prends soin de toi, on se verra au plus tard mercredi au port.

- Oui mon chéri. Dors bien, je t'embrasse.

- Fais de beaux rêves, bisous petite sœur.

Dès qu'il eut raccroché, Anthony se dit que la prochaine fois que John Bradley ferait une réflexion sur Candy comme l'autre jour, il lui mettra son poing à la figure. C'était il y a une semaine, Anthony surprit sa secrétaire et celle de Bradley rire dans son dos en commentant tout haut un article de journal.

« Terrence Grandchester annonce ses fiançailles et son mariage cet automne avec Roxie Hart, ce mannequin ayant défilé pour Dothy Malone, styliste et boutiquière de mode. Nous savons maintenant pourquoi notre Cyrano de Bergerac assistait à ce défilé, pour les beaux yeux de Roxie qui n'est en fait pas rousse mais blonde et qui n'est plus mannequin vu qu'elle travaille comme infirmière à la clinique de Harlem et que cette clinique est en fait née de l'idée et des fonds de son futur mari. Il ne s'était pas vanté de ça, on le disait sec et hautain, il va épouser une infirmière, il a ouvert une clinique gratuite à Harlem, ne serait-ce pas plutôt l'inverse, une grande pudeur derrière tant de rébellion à se démarquer du nombre ? Bien sûr, en vous disant que sa future épouse ne s'appelle pas Roxie Hart mais Candice André et qu'elle est la fille adoptive de ce millionnaire excentrique de Chicago, William Albert André, qui vit en Afrique et soigne des animaux dans une réserve, vous direz, il n'épouse pas une miséreuse ; mais apprenez que Candice André est née orpheline et a vécu son enfance dans un petit orphelinat, que Terrence l'a connue en Angleterre dans le collège où ils faisaient tous les deux leurs études et qu'elle est vraiment infirmière diplômée, qu'elle a toujours vécu très modestement et est connue pour son cœur en or. D'ailleurs voyez-vous même, en plus d'être très jolie, ses yeux verts si expressifs montrent bien ce qu'elle est et serait jaloux ou stupide qui prétendrait que nos deux tourtereaux se marient pour autre chose que par amour avec cette photo-ci. Je vous laisse juge. Alfred Truman du New York Post. »

C'était la secrétaire de Bradley qui avait lu l'article, Anthony était dans le couloir, il avait écouté en entendant encore ce nom d'acteur célèbre. Puis il entendit sa propre secrétaire, Laurie, s'étonner que le journal ait omis que la future madame Grandchester soit fraîchement divorcée. Charlotte, la secrétaire de Bradley lui répondit d'un ton goguenard :

- Ils ont dû trouver que ça ternirait le conte de fée, épouser Terrence Grandchester est le rêve de tant de filles, savoir que leur idole épouse une divorcée d'handicapé alors que Terrence a aussi divorcé d'une unijambiste, ça ferait glauque je trouve.

- Anthony n'a rien à envier à Terrence Grandchester, ce n'est qu'affaire de goût et de couleurs, il n'est pas moins beau.

- Tu le défends alors qu'il s'est bien fichu de toi, c'est sûr qu'il ne vaut pas mieux que son ancien client question fidélité, il t'a bien plaquée.

- Il m'avait dit que ça n'irait pas loin, c'est moi qui l'ai voulu, il a été honnête. Tu voudrais que je lui en veuille et le dénigre alors que pour moi aussi c'était juste sexuel, je ne suis pas comme toi à toujours attendre le prince charmant à trente six ans, ça rend aigri trop de frustrations Charlotte.

- Je ne suis pas aigrie, je ne dis que la vérité, personne ne rêve d'épouser un estropié lugubre et plein de cicatrices, il sent trop la mort ton patron. »

Anthony avait rebroussé ensuite son chemin à son bureau, il se fichait d'être moqué et critiqué par cette vipère, avait apprécié la franchise et gentillesse de sa secrétaire mais il n'était pas non plus amoureux d'elle. Mais il s'interrogeait à nouveau sur Terrence Grandchester, pas sur ses sentiments pour Candy, c'était très clair, il lui avait promis de prendre soin d'elle et il savait que cet homme respectait ses promesses. Il s'interrogeait sur la façon dont Terrence menait sa vie, en se moquant de l'apparence, en étant naturel en toutes circonstances et en étant généreux, noble et franc. A la pause de midi, il alla en bas chercher ce journal, curieux de voir les photos. C'est vrai que Candy le regardait avec plein d'amour, mais lui aussi, ça se voyait à ses yeux si admiratifs et doux sur sa fiancée. Les voir s'embrasser ne lui procura pas de déplaisir, ça le rassura davantage sur ses choix mais il pensa aussi que Charlotte n'avait pas tort, lui ne savait pas aimer, il vivait lugubrement, il n'était jamais revenu entièrement de la mort. Une larme coula sur sa joue, il s'étonna, il n'avait pas pleuré depuis la mort de son père. Mais c'est à ce moment là que Bradley arriva, il vit le journal dans sa main, le survola au dessus de son épaule et dit méchamment :

- Courage Brown, je vous avais dit que votre femme fréquentait de mauvaises influences. Ne la regrettez pas, qui fréquente ce dépravé ne vaut pas mieux que lui.

- Vous ne l'avez pourtant pas refusé comme client John ? lâcha tout de même Anthony après s'être retenu de l'attraper par son col pour cette injure à Candy et Terrence.

- L'argent est bon d'où qu'il vienne Brown, ce n'est pas pour autant qu'on doit oublier qui rend cette ville sale et immorale.

Bradley repartit avec un dossier, Anthony n'avait rien dit mais un goût amer vint dans sa bouche. Il regarda à nouveau Terrence et Candy si beaux et heureux et regretta de n'avoir pas été voir Cyrano pour travailler à des dossiers un peu douteux de Bradley.

Fin du chapitre 11