« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 12 « Le retour d'Albert »
Le dimanche suivant, Dothy avait voulu bronzer davantage sous la baie vitrée de la piscine de Terry mais elle s'était endormie sur son transat et ses bras et cuisses avaient pris un gros coup de soleil. Candy l'avait pourtant avertie avant de la laisser pour aller parler à Terry au téléphone, que le soleil tapait très fort et qu'elle devrait mettre souvent de la crème.
Dothy avait rétorqué que sa peau naturellement mate ne craignait pas le soleil mais elle ne cranait plus le soir en faisant la grimace pendant que Candy la badigeonnait de pommade pour brûlures.
- Et encore heureux que tu portais un grand chapeau Dothy où ton visage, ton cou et tes épaules seraient écrevisse aussi, sans parler du risque d'insolation.
- Je me sentais si bien, je me suis endormie sans m'en rendre compte. Quelle idiote je fais, on ne m'y reprendra plus, je sais maintenant que le soleil est dangereux.
- Pas à petites doses Dothy. Je vais aussi te donner un analgésique et un sédatif léger avant que tu te couches pour pouvoir dormir. Ce baume est très efficace, demain tu n'auras plus très mal et ça deviendra moins rouge, plus halé.
- Et mercredi ?
- Ça devrait être encore moins rouge, mais il se peut que tu pèles et que ça gratte.
- Génial ! Et si tu te passais de moi au port, puisque Anthony sera là ?
- Ça ne changera rien si Albert vient vivre ici le temps de son séjour. Veux-tu que je rappelle Anthony pour lui dire d'aller finalement acheter un lit d'appoint pour qu'il le loge ?
- Et pour que je passe pour une radine alors que j'ai une chambre d'amis de libre et pas Anthony ! Non, on ne change rien, je porterai du long léger et me retiendrai de me gratter.
- Tu as eu de la chance de te réveiller avant d'être pleine de cloques quand même, une demi-heure de plus aurait suffit.
- Je viens donc d'échapper à un grand danger, non vraiment je ne veux plus jamais de ce satané soleil, je préfère l'hiver.
-OOOoOOO-
Candy pressa Dothy pour arriver à l'heure, le bateau accostait juste quand elle réussit à atteindre Anthony après avoir joué des coudes dès qu'elle l'eut distingué. Dothy eut plus de mal à arriver sans qu'on la frôle, ce qui lui était encore désagréable et ne vit pas Candy attraper Anthony par l'épaule puis tirer son col de chemise pour pouvoir l'embrasser sur la joue.
- Tu es rayonnante ma douce, dit-il d'un sourire comme au temps où il espérait, ce qui fit tiédir le cœur de celle-ci.
- Tu es très beau aussi Anthony, surtout avec ce sourire. Rien en vue à ta hauteur ?
- Non, ils viennent juste de descendre la passerelle. Tu es seule ?
- Non, Dothy est … la voilà justement.
- Oh ! quel enfer tant de proximité ! fit-elle toute tendue, puis en voyant Anthony, ah, Anthony ! Il y a longtemps que je ne vous ai vu, comment allez-vous ?
- Très bien Dothy. Je suis content de vous revoir, d'autant plus que vous êtes encore plus ravissante que dans mon souvenir. Votre teint est si lumineux ! Ce soleil de plomb a des effets merveilleux sur vous, ce n'est pas comme moi et ma peau de roux, je dois tout couvrir pour ne pas virer écrevisse en cinq minutes. N'est-ce pas ma douce ?
Candy étouffa un fou rire, Dothy semblait perplexe.
- Oui c'est vrai, alors que moi je suis aussi blanche mais bronze tout de même un petit peu. Dothy a beaucoup de chance d'avoir autant de facilité à bronzer.
- Si tu le dis. En tout cas, je vous trouve plus joyeux aujourd'hui Anthony et ça vous va bien.
- Merci Dothy, j'espère continuer à l'être, je ne veux plus vivre qu'à moitié mais comme vous.
Il lui prit alors la main et la baisa, elle en resta muette et Candy cacha encore un sourire.
- Excellente résolution. J'espère que vous acceptez mon invitation à déjeuner, enfin mon invitation à déjeuner ce que Candy nous préparera sous mon toit.
- J'en serais très heureux Dothy si vous acceptez que demain je vous invite. Mais il vaut mieux oublier que je cuisine, un restaurant sera mieux.
- Avec plaisir Anthony. Voyez-vous votre oncle arriver ?
- Non, je ne le vois pas. Il est plus grand que moi de cinq centimètres, il devrait pourtant être facilement… Ah ! Mais, oui ! Je ne le crois pas !
- Quoi donc Anthony ? fit Candy en voyant celui-ci éclater de rire. Tu le vois où pas ?
- Oui mais… nouveau rire… C'est…. trop drôle !
- Mais quoi donc ? C'est pénible à la fin ! Dis-moi ce que tu vois Anthony où je te pince les fesses ?
Elle fit semblant de le faire, il rit davantage en attrapant ses bras pour la rendre manchote, elle se débattit, elle éclata aussi de rire et c'est ainsi, dans les bras d'Anthony, qu'elle vit Albert arriver face à eux et qu'elle éclata encore de rire.
- Ça a l'air de bien aller vous deux ! fit d'une voix amusée Albert en leur tendant les bras. Elle vous plait ma tenue ? On appelle ça une djellaba en Afrique du Nord. C'est très agréable à porter par grande chaleur et je vois qu'il fait très chaud aussi à New York.
- Ça te va très bien tonton, fit Anthony en prenant le côté gauche et Candy le droit et l'étouffant sous leur embrassade.
Dothy avait reculé pour les observer et rester discrète. Elle sourit toute seule, émue de ce tableau de deux ex-époux si complices dans les bras de leur parent. Mais Candy n'oublia pas son amie.
- Albert, fit-elle en se détachant de son père, je te présente ma meilleure amie Dothy dont je t'ai parlé dans ma lettre.
Celui-ci ôta ses lunettes foncées, ce qui fit découvrir à Dothy deux yeux d'un bleu clair mais plus gris que ceux d'Anthony, alors que ses cheveux blonds étaient plus cendrés que les mèches dorées de son neveu et de sa fille. Mais il avait le même nez et son sourire semblait aussi radieux que celui qu'Anthony avait donné tout à l'heure.
- J'ai déjà l'impression de vous connaître Dothy, Candy m'a fait un portrait parfait de vous, je suis enchanté.
Il fit la même chose qu'Anthony il y a peu, il lui baisa la main.
- Je me disais la même chose William Albert, elle m'a tant parlé de vous que c'est comme si c'était des retrouvailles. Heu… Préférez-vous que je dise William, Albert ou les deux ?
- Ce que vous préférez Dothy. Candy m'a très longtemps connu juste sous Albert, Anthony sous William, moi j'aime les deux mais ça fait trop long.
- J'aime beaucoup William, je vous nommerai donc ainsi aussi.
- Merveilleux, chère Dothy. Alors vous êtes styliste ?
Anthony allait dire qu'on pourrait parler en route et quitter ce port d'abord, mais Candy posa son bras sur le sien pour l'arrêter et s'exclama :
- On va s'occuper de tes bagages Albert !
Et elle prit le bras d'Anthony et l'entraîna dans la direction qu'Albert lui désignait, soit vers un chariot débordant de bagages.
- Rien que ça ! Mais où va-t-on les mettre ? fit l'avocat, désespéré.
- Heureusement qu'on a deux voitures ! La mienne n'aurait pas été de trop mais bon, on se débrouillera. Non Anthony, rajouta-t-elle en le voyant se pencher sur les valises, c'était juste pour les laisser seuls mais pas question que tu touches à ça. Je vais trouver un porteur. Ah ! En voilà un je crois. Eh ! Monsieur, on a du travail pour vous !
C'était un jeune homme de type nord africain, il portait aussi une djellaba et se précipita pour porter les bagages.
- Il n'est pas employé par le port Candy, il est peut-être l'employé de William. Bonjour, vous êtes avec mon oncle ?
- Il n'a pas l'air de parler anglais, suivez-nous monsieur, oui, poussez le chariot jusqu'à nos voitures, par là ! Il a l'air d'avoir compris.
- Et moi si je t'ai bien suivi, tu voudrais que William tombe amoureux de Dothy et vice versa, n'est-ce pas ?
- Ce serait bien tu ne trouves pas ?
- Je n'en sais rien mais j'ai appris qu'il ne fallait pas imaginer des liens pour les autres, ils feront ce qu'ils voudront. Et puis, William est trop attaché à sa liberté, et tu imagines Dothy vivre en Afrique ?
- L'amour rend tout possible mon chéri, on verra bien.
Ils arrivèrent devant leurs voitures, Anthony fit stopper l'homme, il fit oui de la tête et lui tendit un gros paquet. Anthony fut embêté, Candy allait le prendre à sa place mais une voix l'arrêta, celle de William parlant dans une langue étrangère. L'homme regarda alors Anthony et se courba en excuses.
- Désolé fiston, je n'ai pas dit à mon ami Ali pour ton dos, il te demande de lui pardonner cette offense.
- Bien sûr, dis-lui William, ce n'est pas grave, il ne pouvait pas savoir.
- Pour payer sa dette, il te demande de le laisser tout porter seul jusqu'à la maison, accepte Anthony, il est d'un peuple qui ne supporte pas le déshonneur.
- Entendu Ali, je n'ai pas envie de l'insulter, pas envie d'être avocat aujourd'hui.
- Il te remercie d'accepter, l'honneur restera sauf. Ali est le fils d'un ami diplomate, il est venu ici pour parfaire ses connaissances en médecine vétérinaire, je le déposerai au zoo de Philadelphie avant de partir pour Chicago.
- Il sera également mon invité le temps de votre séjour William, dit Dothy, vous venez d'accepter mon hospitalité. Ne vous inquiétez pas, nous nous débrouillerons, il y aura bien assez de place.
Ali réussit à rentrer tous les paquets dans les voitures mais il ne restait que deux places avant dans chacune, Candy monta donc avec Anthony mais ça l'enchantait, et Ali prit une calèche pour le voyage.
- C'est vrai que tu as l'air plus optimiste aujourd'hui Anthony, dit Candy sitôt installée et en route. C'est juste pour Albert ou il y a autre chose ?
- Non, je me sens plus serein c'est tout, mais je n'ai encore rien décidé, laisse-moi le temps.
- Je te le laisse. Il n'a pas changé hein ?
- Pas d'un pouce, à part sa nouvelle tenue. J'espère qu'il ne va pas m'en offrir une !
- Ça t'irait très bien, ça peut être sexy aussi.
- Eh bien ! Au fait, tous mes vœux de bonheur, j'ai lu le journal, il ne t'a pas menti.
- Il ne ment jamais, comme toi. Merci Anthony, j'apprécie vraiment tes réactions, je sais que tu ne pouvais réagir autrement mais tu as pris beaucoup sur toi sans t'occuper des avis des autres.
- Comme lui ?
- Oui.
- Je crois que je vais prendre tout ça en compliments alors.
- C'en est chéri, tu n'as rien à lui envier question courage, volonté et franchise, entre autres.
- Et que dirait-il s'il t'entendait m'appeler chéri ton fiancé, dis-moi Candy chérie ?
- Il sentirait seul que j'emploie ce terme avec toi d'un ton différent qu'avec lui, en sœur aimante, comme tu le fais aussi.
- Il est donc vraiment parfait pour toi, tant mieux petite sœur, faites taire toutes ces mauvaises langues jalouses et fourbes en étant très heureux, c'est votre meilleure revanche.
- Nous essaierons. Et toi, sois le meilleur avocat de New York, fais taire ceux qui te croient faible, tu es immortel et incorruptible mon prince de la justice.
-OOOoOOO-
Tous les bagages d'Albert rentrés dans la maison, il s'avéra qu'il n'y en aurait plus tellement pour aller à Chicago car beaucoup étaient des cadeaux pour eux. Il y avait deux beaux tapis orientaux pour chacune des femmes, un service à thé marocain pour Dothy, tout un lot de pièces de soie également pour elle et qui l'éblouit. Des figurines d'art africain, un tableau de la réserve où travaillait William pour Candy, des confiseries pour les trois. Et pour Anthony seul, un porte-documents en cuir, un couteau sculpté, un talisman dent de lion, des cartes à jouer et un échiquier artisanal vraiment originaux et travaillés. Ali leur offrit aussi un cadeau à chacun. Un collier pour Dothy, des sachets de plantes médicinales pour Candy et une pipe sculptée pour Anthony. Ils le remercièrent chaleureusement, Albert traduisit que c'était bien modestes présents par rapport à l'accueil chaleureux et la chambre merveilleuse qu'on lui avait accordé. Dothy avait pourtant été déçue de ne pouvoir lui proposer qu'une toute petite pièce avec une toute petite fenêtre ronde, un cagibi où elle rangeait ses modèles qu'elle avait fait déménager par Albert dans le petit salon de Candy. Mais elle avait trouvé un lit de camp confortable, mis une table et une chaise comme bureau et Candy avait décoré vite fait avec un bouquet de fleurs et un tableau d'un paysage enneigé qu'Ali regarda avec envie, vu qu'il n'avait jamais vu de neige. Mais pour lui, se donner tant de peine pour l'ami d'un ami c'était un immense cadeau de personnes généreuses. Albert expliqua aux autres après le repas, quand Ali partit dans sa chambre après avoir sorti de son sac un petit tapis enroulé sur lui-même, qu'il s'était excusé de les quitter pour sa deuxième prière de la journée.
- Il est de religion musulmane dit ensuite Albert, il doit faire cinq prières par jour à genoux sur un tapis tourné vers La Mecque, la ville sainte en Arabie Saoudite. Et j'ai oublié de vous dire avant le déjeuner qu'il ne mange pas de viande de porc mais Candy nous a fait de l'excellent poulet.
- Oui mais j'avais envisagé des saucisses pour ce soir, je ferai griller des sardines à la place.
- Ce soir j'aimerai bien le passer seul avec Anthony, si ça ne vous dérange pas, belle hôtesse et merveilleux cordon bleu, mais je vous laisse Ali et il se peut qu'il vous propose de vous cuisiner son plat favori si vous prononcez le mot magique : tajine. C'est délicieux, il adore cuisiner ce plat pour les néophytes.
- Nous prendrons soin de ton ami, Albert, on se comprendra très bien et on pourra même l'emmener se promener à Central Park si tu veux partir plus tôt.
Anthony remercia Candy d'un grand sourire pour ça, il avait tant à raconter à son oncle, son point de vue lui était indispensable en ce moment.
- Alors je vais aller me changer et je te suis, mon neveu.
- Prends ton temps tonton, je vais reprendre un peu de ce succulent gâteau aux framboises. Sais-tu ce qui me manque le plus à la maison ma douce ?
- Laisse-moi deviner ? Mes gâteaux et tartes peut-être ?
- Faux Candy, tout ce que tu m'as fait manger depuis que tu es devenue la meilleure cuisinière de ce pays.
- Et comment avez-vous réussi à transformer celle qui faisait tout brûler pour votre oncle en cordon bleu Anthony ? Demanda Dothy en le regardant avec une grande douceur.
- En lui offrant un livre de cuisine française pour Noël et en lui lançant un défi qu'elle a gagné haut la main. Elle est comme moi, ne sait pas dire non quand on la défie, et sa fierté l'oblige à se surpasser.
- C'est vrai que finalement vous vous ressemblez énormément tous les deux, comme frère et sœur.
- C'est ce que nous avons choisi d'être pour toujours, lui répondit-il d'un sourire encore plus chaleureux et ça la fit cligner des yeux tant ceux du jeune homme étaient clairs et éblouissants. Vous aviez raison Dothy, nous formions un couple mal assortis mariés, mais je défie maintenant qui me dira que je ne suis pas fait pour elle en frère.
- Certainement pas moi Anthony, ça se voit tant que vous l'aimez et qu'elle vous aime, fraternellement.
- Merci Dothy. Est-on obligé de continuer à se vouvoyer maintenant que vous me trouvez acceptable et que moi je vous trouve exceptionnelle ?
- Non, fit-elle en rosissant de son audace, tutoyons nous Anthony. D'ailleurs, rajouta-t-elle en ignorant l'air moqueur de Candy et qu'Albert revenait, je préférerai aussi le tutoiement de la part de ton oncle, je sais que je ne suis plus si jeune mais j'aime le croire encore.
- On ne te donne pas plus de 25 ans Dothy, fit Albert en baisant à nouveau sa main, merci belle hôtesse, à ce soir ou demain.
- Pour moi c'est à demain Dothy, fit Anthony en se levant, merci pour tout, tu es jeune et belle et une amie en or pour ma Candy.
Mais lui ne lui baisa plus la main, il lui posa un baiser sur la joue. Puis il en fit autant à Candy qui vit le teint de son amie virer au rose.
- Alors ma chérie, dit ensuite Candy à Dothy quand les deux hommes furent partis, n'est-il pas séduisant ?
- Si, dit-elle en se demandant lequel des deux l'avait le plus troublé. Puis en haussant les épaules, oui ton père est séduisant, sympathique et passionnant Candy, mais ne mets pas la charrue avant les bœufs.
- Pas du tout, je n'ai rien dit de plus que te demander si tu le trouves beau, rien d'autre.
- Alors oui mais je n'ai pas vécu un fulgurent coup de foudre, ni lui.
- Il faut du recul pour savoir ça, laissons le temps au temps. En parlant de temps, il devait m'appeler à quatorze heures, c'est raté pour parler à Albert.
- Il a du avoir un contretemps, patience !
A peine sa phrase finie, la sonnerie du téléphone retentit et Candy s'y précipita.
- Allô ? C'est toi chéri ? Tout va bien ? La pièce est annulée à cause d'une panne d'électricité ? Quel dommage ! Profite-en pour te reposer et prendre un peu de loisirs….
-OOOoOOO-
Il raccrocha un sourire bienheureux sur le visage et se dirigea de nouveau vers sa chambre. En chemin, il rencontra Philippe qui sortait de la sienne.
- Je vais faire un tour dans la ville, tu m'accompagnes ?
- Non merci. Je vais lire un peu. Au fait, tu as le bonjour de Roxie et Dothy.
- Chère Dothy ! Belle Roxie ! entonna-t-il d'un air mutin. Ah ! Les femmes! Toutes incapables de voir où est leur bonheur !
- Il y en a sûrement une qui va le savoir ce soir, ne la fais pas attendre.
- Non, justement, ce soir je n'ai pas la tête à ça, ni l'envie d'ailleurs. Je crois que je vais faire comme toi, me complaire dans la solitude.
Il reprit son chemin, l'œil mélancolique sous le regard étonné de Terrence.
- Attends-moi Philippe, je t'accompagne finalement, je n'ai pas très envie de lire.
Ils atterrirent par hasard dans un bar cabaret poussiéreux et presque désert où une chanteuse plus toute jeune faisait un numéro insipide.
- Décidément ! Cette ville est un vrai trou à rats ! fit Philippe en sirotant son scotch. Heureusement que nous repartons demain vers l'est.
- Saint Louis est en général plus animée, répondit Terrence qui buvait une limonade.
- Mais sûrement moins que Chicago. Tu carbures toujours à la limonade ?
- L'alcool est une illusion.
- Je suppose que c'est ce qu'on dit quand on en est revenu.
- Si je pouvais en dire autant de ça, reprit Terrence en allumant une cigarette.
- Ça prouve au moins que tu es encore imparfait et qu'une femme ne t'a pas encore totalement obligé à devenir un saint. De toute façon, les femmes ne sont jamais contentes, elles veulent toutes changer les hommes.
- Aucune femme ne m'a jamais obligé à quoi que ce soit, et surtout pas Roxie.
- Même inconsciemment elles le font, avec plus ou moins de ruse. Roxie t'a forcément déjà demandé de changer quelque chose en toi, ne serai-ce que te faire mettre un vêtement que tu n'aimes pas ?
- Au contraire, elle m'a dit que je pouvais continuer à ne pas porter de cravates si ça me plait ainsi. Elle m'a aussi dit qu'il n'y avait rien de pire que de vouloir changer l'autre.
- Alors elle est la seule sur cette planète, tu as de la chance. Au fait, le journal nous a appris bien des choses, joli numéro que vous nous avez fait là, coup de foudre en direct, tu parles ! Remarque je m'en doutais bien, tu n'étais pas crédible en amoureux subit, elle un peu plus.
- Moi pas crédible ?
- Parfaitement ! Tu nous as habitués à être trop méfiant, même si tu avais rencontré Roxie à ce moment, tu aurais été plus sobre, surtout devant témoins. Et dire que Dothy m'a plaqué après m'avoir fait une fausse mini scène de jalousie pour une boutade à Roxie, c'est ridicule. A-t-elle dit autre chose, a-t-elle demandé comment j'allais ? Dothy bien sûr !
- Je ne lui ai pas parlé ces derniers jours mais je suppose qu'elle demande à Roxie.
- Pas plus que pour n'importe quel membre de la troupe bien entendu !
- Elle te manque ?
- En ce moment oui. Mais ça va passer, ce n'est pas les petites brunettes rigolotes et culottées qui manquent dans ce pays. Une de perdue, dix de retrouvées, non ?
- Ça aussi, ça a été pour moi une illusion.
- Je ne crois pas qu'on puisse aimer et rester fidèle toute sa vie à la même femme, la routine s'installe à un moment où un autre. Mais si on empêche l'histoire de se terminer seule, ça nous obsède. Comme toi avec Roxie avant d'avoir le droit de l'épouser, et moi avec Dothy parce que c'est elle seule qui a décidé que j'étais trop jeune pour elle.
- Je ne peux jurer de rien Philippe mais je sais qu'aucune autre n'a pu m'apporter ce que Roxie m'apporte et que la routine n'est pas une fatalité. Pour Dothy, tu n'as peut-être pas su lui dire les bons mots, réessaie quand tu la reverras.
- Dothy est un genre de femme à ne jamais revenir en arrière, c'est fini pour moi, je ne saurai jamais si c'était la bonne.
Terrence pensa à ce que lui avait dit Candy tout à l'heure : « Dothy a trouvé Albert très séduisant, sympathique et passionnant », alors il n'insista pas.
- Pour t'aider à penser à autre chose, je peux t'emmener dans un endroit empli de plaisir pour hommes, si ça te dit.
- Je ne paie jamais de femmes pour ça Terrence. Et puis c'est quoi ce plan ? Tu ne vas pas aller dans un bordel avec ce que tu viens de me dire sur la fidélité ?
- Je parlais de fidélité du cœur, mais un petit plaisir de temps en temps discrètement n'est pas bien grave.
- Tu te fiches de moi Terrence, c'est encore plus mauvais que pour le coup de foudre, tu vieillis.
- Alors suis-moi et tu verras si je bluffe.
- Entendu, on va bien rire.
Arrivés devant une porte cochère dans une ruelle borgne, Terrence regarda Philippe.
- Ici il y a matière à se distraire, tu paries ?
- Tu ne frapperas pas, tu risquerais gros si Roxie l'apprenait, il y a des grandes langues partout et d'abord moi. Je le dirai à Roxie si tu y vas, je ne veux pas qu'on se fiche d'elle.
- Si tu fais ça, tu signes ton arrêt de mort au théâtre comme dans la vie.
- Vu que tu bluffes, ça ne m'inquiète pas.
- Très bien, frappons à la porte.
Il le fit, une femme ouvrit 20 secondes après, la quarantaine, tailleur strict, ne posant aucune question, faisant un signe d'entrer.
- Est-ce la bonne adresse pour oublier épouse et soucis madame ? Demanda Terrence d'un air plein de sous entendus.
- Parfaitement, entrez.
- Vous savez qui je suis ?
- Ici personne ne connaît personne.
- Et vous ne bavardez pas ?
- Certainement pas, nous tenons à ce que nos clients reviennent.
- Alors c'est parfait, nous entrons.
Il tira Philippe par sa manche vu qu'il restait immobile.
- Je vous demande un peu de patience messieurs, je vais préparer votre venue.
- Très bien, nous voulons de la qualité, nous en avons les moyens.
La femme partit, Terrence vit que l'assurance de Philippe n'était plus si sûre.
- Tu comptes toujours bavarder à Roxie après ?
- Oui. Mais tu trouveras de quoi filer au dernier moment j'imagine.
- Non Philippe, je compte rester jusqu'à ce que mon plaisir soit comblé, tu verras.
- Roxie ou plutôt Candy m'a demandé de veiller sur toi, la pauvre, pas question que je te laisse la trahir ainsi, tu devras me passer sur le corps pour aller te vautrer encore avec des putains.
- Tu m'as dit que la fidélité n'existait pas, en quoi ce que je vais faire ici t'importe tant pour Candy ? Est-ce elle ton amie ou c'est moi ?
- Tu n'es pas mon ami, tu es mon boss. Mes amis je les choisis, tu n'es pas dans mes critères Terrence Grandchester, surtout maintenant. Et Candy l'est, je serai son ami si elle le veut, je tenterai même de me faire préférer à toi après sa déception.
- Essaie toujours, elle m'aimera encore même infidèle. C'est le genre de fille à tout pardonner, Candy, je lui dirai que je regrette, que j'avais bu, que tu m'as fait boire, que j'ai tout confondu dans ma tête, que je suis fou loin d'elle.
- Tu es un salaud, tu ne la mérites pas, tu la perdras, l'amour est aveugle mais on finit toujours par payer ses crimes.
- Ce n'est pas mon avis mais on verra bien. J'entends des pas, la revoilà, si tu veux me passer sur le corps c'est maintenant.
- Je te laisse encore ces quelques secondes pour redevenir intelligent à défaut d'être bon menteur, tu vas être ridicule devant la femme.
- Donc tu n'y crois toujours pas. Bien !
La femme rentra.
- J'ai trouvé ce qu'il vous faut, deux partenaires.
- Nous prenons.
- Suivez-moi !
Terrence regarda Philippe, il haussa les épaules et dit à la femme :
- Nous partons madame, mon collègue a l'esprit troublé ce soir, il ne fréquente plus ce genre d'endroit désormais.
- Ne l'écoutez pas, nous restons et vous suivons.
- Décidez-vous messieurs, ils attendent.
- Ils ? fit Philippe surpris.
- Oui ils, reprit la femme. A trois ce n'est pas assez.
- Une partouze ?
- Monsieur ! s'exclama la femme, vous êtes dans une maison sérieuse, ce n'est pas un bordel ici !
- Quoi donc alors ?
- Un établissement de jeu bien sûr.
- De jeu ? Vous appelez ça comme ça vous ?
- Et vous, comment appelez-vous une maison où on joue au poker ?
- C'est donc ça ? Je n'y avais pas pensé ! Je ne t'ai pas cru mon ami mais tu m'as quand même bien manipulé j'avoue.
- Et moi donc ! Un instant j'ai vraiment failli croire que tu n'étais pas mon ami, et ça m'a attristé.
- Tu l'es, tu t'es bien comporté en ami pour me faire oublier mes idées sombres. Le poker ! Excellent ! Je ne sais pas y jouer, il paraît qu'on gagne toujours la première fois, allons-y madame.
-OOOoOOO-
Anthony avait choisi un restaurant français de grande classe pour ses invités. Dothy était impressionnée de le voir traduire les commandes en français au serveur, sembler si à l'aise en savourant ses escargots tout en riant des souvenirs de William en Afrique et rester frais et immaculé dans son costume blanc en coton léger, sans cravate mais vraiment élégant et lumineux. Elle regarda William à sa droite qui semblait préférer des aliments plus habituels vu son choix pour un flan d'asperges en guise d'entrée. Candy, à côté d'Anthony dégustait une timbale d'écrevisses, Ali qui avait été surpris puis émerveillé d'être invité, une salade composée et elle avait opté pour une bouchée à la reine. Elle ne put cacher un signe de dégoût quand le serveur apporta ensuite à l'avocat un plat composé de cervelle d'agneau et de frites, mais aussi à son oncle et Candy cette fois.
- Je t'assure que c'est délicieux Dothy, ne te fie pas à l'apparence, tu veux goûter ?
- Non Candy, désolée mais ça m'est impossible. Je ne me fie jamais aux apparences mais il a bien l'air de ce qu'il est, un cerveau de petit mouton.
Ali accepta d'en goûter une cuillerée dans l'assiette de son ami William et trouva ça bon mais préférait son saumon aux petits pois à la française.
- En Afrique noire, j'ai mangé plusieurs fois du serpent, de la tortue ou de l'autruche. En Inde, du singe et en Amérique du Sud, des insectes. Aux Etats-Unis, j'ai mangé dans le sud, du rat musqué et du hérisson. Mais la chose la plus mauvaise que je crois avoir mangé, c'est un plat anglais, du bœuf bouilli à la gelée de groseilles et son gâteau de gélatine au citron dit William. Franchement, les anglais ne sont pas très doués dans ce domaine.
- C'est pour ça qu'ils ont tant guerroyé contre les français répondit son neveu, par jalousie. En France il y a autant de recettes que d'habitants, chaque région a ses spécialités, il y a tant de fromages délicieux, de gâteaux variés et succulents, de sauces, de vins et champagnes. Et je ne parle pas des écrivains, poètes, inventeurs et médecins. La France est le plus beau et talentueux pays du monde !
- Pourquoi ne pas y vivre alors fit Dothy ?
Anthony la regarda intensément puis lui sourit.
- Maintenant que cette terrible guerre est derrière nous, oui, j'aimerais y retourner mais ma famille est ici ou sur un autre continent encore, alors, je verrai plus tard.
- C'est vrai que ta carrière est en plein essor depuis Philadelphie, tu ne peux quitter New York avant d'être le plus grand avocat de la ville, mais c'est presque fait, c'est certain.
Candy se demanda pourquoi Dothy avait dit ça avec une pointe d'ironie, pourtant la fin sentait l'admiration. Mais elle vit Anthony indifférent se tourner vers elle pour lui voler une frite car lui n'en avait plus. Il lui sourit avec séduction après son froncement de sourcil puis lui vola un baiser sur la joue. Enfin il regarda à nouveau Dothy, lui sourit gentiment et lui répondit :
- J'aime mon métier, j'espère réussir ma carrière, mais je compte avant tout trouver un plus grand sens à ma vie, et comme dirait quelqu'un que je connais : « ne pas oublier les valeurs essentielles de mon existence. »
- Qui t'a dit ça ? lui demanda Candy curieuse.
- Un ami.
- Ton confrère de Brooklyn ?
- Non, un nouvel ami que j'ai rencontré il y a quelques temps.
- Donc tu comptes nous le présenter bientôt ?
- Quand ce sera possible, sans doute.
- Il semble idéal pour toi cet ami alors ? demanda maintenant Dothy encore plus curieuse.
- Peut-être. Et toi Dothy, quel serait ton idéal masculin ?
- Pour moi l'idéal serait… un homme… que je trouverai idéal en tous points pour moi.
- Et que devrait-il avoir de plus que les autres ? rajouta Candy d'un air malicieux que dut accueillir Dothy d'un grand sourire.
- Eh bien, je te le dirais quand je l'aurai rencontré ma chérie. Ah ! Voilà les desserts, pour ça je suis d'accord Anthony, la pâtisserie française est la meilleure du monde.
-OOOoOOO-
Le lendemain William et Ali partirent visiter la clinique de Harlem avec Candy. Elle avait emprunté pour la semaine la voiture de Terry car la sienne n'avait que deux places. James et le docteur Richard les accueillirent à leur arrivée et leur expliquèrent tout ce qui avait été réalisé depuis un an.
- Outre de soigner la population, nous avons obtenu deux bourses d'études pour deux enfants doués, crée 8 emplois, ouvert un bureau d'assistance sociale et une crèche pour les mamans qui travaillent. Nous allons demander le statut de fondation maintenant, ça nous facilitera les choses avec l'administration. Et mademoiselle votre fille a déjà plein de nouvelles idées intéressantes, c'était la personne rêvée pour diriger ceci, et comme l'a dit mon patron : « C'est elle qui m'a montré et appris, personne n'est plus qualifiée que Candy pour apporter aide et attention, si elle doute d'elle, dites-lui que monsieur T n'existe que parce qu'il a rencontré l'ange qui sème amour et joie. »
Elle rosit en baissant les yeux, Albert sourit et lui caressa la joue en approuvant.
- C'est exact, Candy est aussi l'ange qui m'a aidé à continuer ma route, surtout quand je ne pouvais plus la trouver en étant amnésique, je sais moi aussi avec certitude qu'elle est capable de diriger cette fondation. Vous aurez dorénavant mon soutien financier régulier pour faire encore plus, et ceci ni par amitié pour Terry, ni par esprit de famille, juste parce que le projet me plait et que j'aime les Africains et leurs descendants. Mais n'empêche, je suis fier d'avoir l'instinct des grands hommes, j'ai tout de suite senti que ce jeune bagarreur sensible était quelqu'un, n'est-ce pas Candy ?
- Oui Albert, bien avant moi. Mais il a pris aussi exemple sur toi, il me l'a dit. Il a fallu que je lui fasse lire ta lettre tant il craignait de te décevoir et t'attrister vu qu'il t'avait dit à Chicago qu'il suivrait sa route sans se retourner et qu'Anthony est ton neveu.
- Justement Candy, je voudrais te parler de tout ça en tête à tête.
- Nous vous laissons, fit James.
Il partit avec le docteur Richard. Albert se tourna à nouveau vers sa fille et lui prit la main.
- Candy, j'ai des torts envers toi, j'aurais du te dire que j'ai vu Terry à Chicago pour que tu aies un meilleur choix de tes décisions.
- Albert, même si je l'avais vu dans l'état où tu l'as trouvé, je n'aurais rien fait pour qu'il me choisisse, Susanna était entre nous, la sacrifier nous aurait séparés à jamais tôt où tard. Nous avons choisi la bonne solution, la patience nous a récompensés et je crois que notre mariage sera une réussite. La seule chose qui nous tracassait était d'avoir fait du mal à nos ex-conjoints mais Susanna est heureuse avec son nouveau compagnon et Anthony a récupéré une sœur à vie et trouvera l'épouse qu'il lui faut bientôt.
- Il m'a dit pour sa stérilité, je l'ignorais moi aussi, je me suis senti si minable. Pour lui, j'ai encore plus de torts, mais comme toi, il m'a tout pardonné et ne dénonce que le destin. Il m'a ensuite dit que grâce à toi il se sentait à nouveau optimiste et heureux d'être vivant et de marcher encore. Mais il me semble bien seul dans cette ville, espérons que ce nouvel ami qu'il a trouvé en soit un vrai et qu'il en trouve vite d'autres.
- Il a aussi maintenant Dothy comme amie, moi évidemment je serai là dès qu'il aura besoin de moi, je lui ferai aussi connaître James, enfin sois sûr qu'il ne sera pas seul avec moi.
- Oui Candy mais tu dois maintenant surtout penser à toi et Terry. Il est temps pour toi d'accomplir ton destin, créer une nouvelle famille, de ton sang cette fois. Tu vas aussi devoir faire face à cette nouvelle vie faite de bonheur mais aussi de contraintes que la célébrité de Terry va t'apporter, comme la jalousie, le fanatisme, les journalistes et leurs indiscrétions vraies ou mensongères, la difficulté d'être anonyme… Ta nature généreuse et spontanée pourrait te nuire, tu devras apprendre la méfiance, la réserve et parfois le dédain ou la colère pour préserver ta vie privée. Anthony n'aimerait pas être la source de désagréments pour toi et Terry, tu le connais, ne le force pas, ni Terry, laisse faire les choses naturellement.
- Je suis sûre que Terry n'en souffre pas, si tu le voyais, il est si sage et intelligent. J'ai son approbation pour garder l'amitié d'Anthony, je pense même de plus en plus qu'ils peuvent devenir amis car Anthony est du même acabit. Pour la célébrité de mon futur époux, nous avons déjà discuté de ça, comme d'ailleurs de tout ce qui nous attend. Je sais très bien qui je vais épouser, j'ai déjà connu ces désagréments alors qu'il n'avait joué qu'une pièce alors aujourd'hui ! Mais j'aime Terry d'une passion éternelle et Terry est aussi Terrence Grandchester l'acteur et metteur en scène au talent immense. Alors j'épouserai tout ce qui est et fait Terry, le bon comme le moins bon. La douce et généreuse Candy existe encore Albert mais plus pour tout le monde, moi aussi j'ai appris et compris. Ne t'inquiète pas, je saurai faire face aux jalousies, au fanatisme et aux journalistes. Et pour la nouvelle famille que nous créerons Terry et moi, oui j'espère que nos deux sangs pourrons créer une nouvelle vie mais les liens du cœur resteront toujours prioritaires et toi, Dothy et évidemment mon Anthony feront aussi partie de cette nouvelle famille. Un homme qui ne voudrait pas que je sois totalement heureuse ne mériterait pas tout l'amour que j'éprouve pour lui papa. Cet homme n'est pas Terry car Terry a voulu que je sois heureuse avec ou sans lui ! Je n'imagine même pas mon Terry souffrir parce que je serais trop heureuse ! Tu verras le dix à Chicago, il n'y a pas plus grand et noble cœur au monde et plus grand acteur!
- Je serai très heureux de pouvoir enfin le voir sur scène et de revoir mon ami de Londres. Et bien sûr, je ne repartirai pas en Afrique avant d'avoir assisté à votre mariage.
-OOOoOOO-
Anthony vint leur dire au revoir le lendemain midi vu qu'ils partaient par le premier train le jour suivant. Candy essayait encore de convaincre Dothy de les accompagner à Chicago et tenta la méthode nostalgie.
- Revoir enfin ma colline mère, mademoiselle Pony, Sœur Maria et tous les enfants, quelle joie mais aussi quelle angoisse !
- Pourquoi est-ce que ça t'angoisse ?
- Même si je sais qu'elles m'aimeront toujours malgré mes erreurs, divorcer pour des religieuses c'est un péché, ça a du les choquer tout de même. Et puis, j'ai perdu de mon innocence, je suis devenue coquette et un peu trop moderne pour elles, j'espère qu'elles me reconnaîtront tout de même.
- Tu crois que t'accompagner les rassurerait vu mes choix vestimentaires ?
- Justement, elles verraient mieux que l'habit ne fait pas le moine et qu'à New York il y a des gens formidables aussi.
- Je dois absolument être à New York le dix-huit, c'est le jour des achats trimestriels de madame Burton.
- Nous repartirons le seize alors, deux jours suffiront à la maison Pony pour ne pas trop déranger.
- Et bien, en route pour Chicago ! Bon, je dois alors aller à la boutique donner des directives aux vendeuses, ensuite je viendrais préparer mes bagages.
- Ça t'obligera à te reposer un peu et tu verras, voir Lakewood et sa merveilleuse roseraie vaut le déplacement. Ah ! La roseraie d'Anthony ! Elle me manque autant que la colline de Pony !
- On parle de moi !
Anthony surgit dans la cuisine et tenta de voler un petit four que Candy mettait dans un plat mais il se prit une claque sur les doigts.
- Mais quand vas-tu perdre cette manie ? C'est impoli de se servir ainsi.
- Laisse le manger, au moins ainsi tu es sûre qu'il ne va pas devenir squelettique.
- Il a plutôt une nature à devenir rondouillard s'il avale n'importe quoi. Tiens si tu as faim, mange plutôt cette pomme.
- Sans tarte autour ? Bof ! Tu n'as pas plutôt des pistaches ?
- J'ai ça dans ce placard Anthony, fit Dothy en souriant. Je te donne la permission d'en manger en apéritif mais ensuite tu déjeuneras un vrai dîner avant de retourner au bureau, mais sans moi, vu mon changement de programme. Alors, au revoir Anthony, on se reverra après le dix huit.
- Donc, je suis le seul maintenant à rester à New York si j'ai bien compris. Tu pars avec William, Dothy ?
- Et Candy, mais oui je les accompagne. Je vais aller voir ta roseraie Anthony, tu veux que je lui transmette un message ?
Il sourit à son sourire sans moquerie mais tendre.
- Oui, dis-lui que j'irai moi aussi la revoir dès que je pourrai Dothy. Je te souhaite un bon séjour dans l'Illinois, reviens-nous encore plus belle et bronzée.
Elle sourit cette fois un peu moins simplement tant le regard d'Anthony lui semblait encore éblouissant mais elle arriva à le soutenir.
- Merci Anthony. Et toi, prends soin de toi.
Il la regarda partir puis vérifia si Candy l'observait aussi mais elle sortait des escalopes du placard réfrigérant.
- Je peux t'aider ma douce ?
- Je vais cuisiner du rapide vu que tu dois retravailler, mais ça te tiendra au corps sans n'être que sucre et graisse. Mais je dois avoir le temps de faire cuire une tarte aux pommes, tu peux les éplucher si tu veux.
- Bien sûr.
- Dommage que tu ne puisses pas venir aussi à Chicago.
- Oui.
- Quand pourras-tu obtenir d'autres jours de congés ?
- Bientôt.
Elle le regarda éplucher sa pomme, il semblait méditer sur quelque chose alors elle n'insista pas. Une minute après il releva les yeux, hésita puis lui dit :
- Candy, j'ai bien réfléchi, j'envisage de changer de travail prochainement.
- Pour quelles raisons mon chéri ? Bradley ?
- Je n'ai jamais voulu être un avocat comme lui, je voulais aider les gens, pas m'enrichir !
- Ça je le sais et jamais je n'ai pensé que tu deviendrais comme Bradley, du moins jamais plus d'une seconde, et c'est bien pour ça que j'avais peine à accepter que tu travailles pour lui, tu vaux tellement mieux que lui. Tu es capable d'ouvrir un cabinet rien qu'à toi et de choisir tes clients par tes propres critères Anthony.
- J'aimerais le faire mais j'hésite à rester ici, retourner à Chicago ou alors recommencer complètement ailleurs, même à Paris peut-être.
- Paris ? C'est tellement loin !
- Oui, je ne pourrai revenir souvent si je retourne en France.
Elle lâcha son moule à tarte, s'essuya les mains et les fixa en essayant de lui cacher son désarroi. Il sourit faiblement, posa aussi sa pomme, s'essuya au même torchon et vint la prendre dans ses bras.
- Je suis désolé, ce n'est qu'une hypothèse mais c'est envisageable pour moi tant j'aime Paris et que mon diplôme y est valable aussi.
- C'est moi qui suis désolée Anthony, je n'avais pas encore réalisé que divorcer pouvait aussi nous séparer toujours ou très longtemps. Mais comme tous les frères et sœurs, ça peut arriver et du moment que je te saurais vivant et heureux, je me réjouirai pour toi où que tu sois et t'aimerai toujours très fort.
- Moi aussi ma douce mais tu me manqueras toujours plus que quiconque, comme avant.
- Réfléchis bien à ce qui te plaira le plus mon chéri, ne te précipite pas, c'est peut-être tout près qu'est celle qui t'attend et pas à Paris.
- Je ne suis peut-être pas fait pour le grand amour ma Candy, ou je suis trop difficile, comment veux-tu que je trouve une fille aussi belle, douce et généreuse que toi en brune et qui me supportera ?
- Il y en a forcément une que tu trouveras unique dès que tu la rencontreras, c'est sûr que c'est toi le difficile vu toutes celles qui m'ont dit de leur présenter mon si séduisant petit frère. Tu te souviens ? Il y en a une à qui j'aurais bien arracher les yeux à Chicago ! Quel culot elle a eu en tentant de séduire mon époux sous mes yeux !
- Je me souviens que c'était plus moi le gêné tant ça t'a amusé, ne confonds pas tes souvenirs Candy, tu n'as pu être jalouse, tu ne m'aimais pas ainsi.
- A cette époque je le croyais Anthony et ma jalousie a été réelle, la seule différence pour moi c'est ce que toi tu éprouvais vraiment, je le sentais sans pouvoir l'expliquer, mais je crois que sans ce problème, j'aurais libéré mon cœur pour toi ou au moins l'aurais partagé en deux.
- Et même si, je ne t'aurais jamais rendue heureuse sans te donner d'enfant.
- Je t'en aurais donné un Anthony, comprends qu'une femme qui aime passionnément un homme ne souhaite qu'une chose, vivre près de lui et lui donner ce qu'il désire de toutes les façons. Tu te trompes en pensant que je ne serai jamais heureuse et complète sans accoucher d'un enfant de mon sang et de celui que j'aime, aimer les enfants c'est les aimer tous, c'est beau de créer la vie mais ce n'est pas obligatoire pour être parents et complets. Je ne suis pas la seule à penser ainsi, ne les crois pas si égoïstes et laisse leur une chance de te connaître vraiment.
- Si tu en rencontres une qui pourrait faire l'affaire, présente-la moi alors. Mais en attendant ma chérie, ma merveilleuse et unique sœur, serre-moi fort pendant que c'est possible, j'ai besoin de faire le plein de toi pendant ton absence, sans te sentir gênée pour Terrence bien sûr.
- Aucune risque mon chéri, j'insiste, je vous aime tous les deux autant mais différemment et je sais qu'aucun de vous deux ne peut interpréter autrement que ce qui est bien la vérité. Je t'aime mon Anthony, je suis si fière de toi, je n'espère que ton bonheur enfin, avec ou sans moi. N'aie pas peur mon amour, je ne te quitterai jamais, où que tu sois, je veille sur toi.
Dothy qui s'apprêtait à sortir après s'être changée, repassa devant la cuisine et entendit Candy dire ces derniers mots à Anthony. Elle pâlit, la porte était entrouverte, elle passa silencieusement la tête à l'intérieur et vit le couple enlacé au plus près, la main d'Anthony caressait les mèches blondes de Candy et elle passait sa main dans son dos, sous sa chemise. Elle faillit entrer et leur dire sa consternation mais en songeant à William dans le salon qui pourrait entendre, elle se retint et fila sans se faire voir mais en se promettant plus tard de remettre les choses dans le bon ordre si c'était nécessaire.
Fin du chapitre 12
