« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 13 « Les chemins de traverse »
Elle arpentait la chambre de long en large, scrutait la pendule toutes les dix minutes, allait regarder par la fenêtre à chaque bruissement perçu. Jamais attente ne lui parut plus longue. Il avait dit qu'il partirait sitôt le rideau baissé, donc vers vingt-deux heures trente ou vingt-trois heures en prévoyant large. Quatre heures de route maximum aurait dû le faire arriver vers trois heures et il était presque quatre heures et il n'arrivait pas. Qu'est-ce qui pouvait le retarder ? Elle chassa les idées d'accident, s'il lui était arrivé malheur, son cœur souffrirait, il n'y avait en lui qu'impatience et nervosité de le revoir. A quatre heures trente, elle ressortit pour arpenter le perron puis la cour puis jusqu'au chemin menant à la route vers Chicago. Le silence juste perturbé par le crissement des grillons la rendit agressive envers les cailloux qui volèrent devant ses pieds. Une marguerite se fit arracher les pétales entre ses doigts, puis une autre tout en marmonnant le rituel :
- Il m'aime, un peu, beaucoup…
- A la folie… mon ange.
- Terry ! Enfin tu es là !
Elle se retourna et se jeta dans les bras aimés, soulagée et heureuse de sentir la peau de son cou contre sa bouche. Il la souleva jusqu'à ce que cette bouche adorée puisse atteindre la sienne et la dévora en un baiser impatient. Mais la peur revint la taquiner.
- Terry ! Tu es trempé ! s'exclama-t-elle en retirant ses doigts de ses cheveux collants. Où est la limousine et Peter ? Qu'est-ce qui est arrivé mon amour ?
- Chut mon ange, tout va bien, c'est juste une panne de voiture qui m'a retardé, elle est avec Peter là où elle a refusé d'aller plus loin. Mais il faut vite que j'appelle une dépanneuse, où Peter ne rentrera jamais.
- Suis-moi, Terry, il y a un téléphone au salon.
Il fallut un certain temps pour que l'opératrice trouve un garage ouvert la nuit. Et puis encore un peu plus pour que le dit garagiste accepte de se déplacer immédiatement avec la dépanneuse jusqu'à la limousine. Candy vit Terry se retenir de s'énerver pour arriver à convaincre son interlocuteur de son nom et de ce qu'était sa voiture. Mais après des réponses dignes d'un interrogatoire policier et la promesse de payer le prix fort, celui-ci promit aussi de partir sur le champ à l'endroit indiqué, soit à environ 15 kilomètres de Chicago et encore cinq de plus de cette maison.
- Tu as fait tout ce chemin à pieds mon chéri ? s'exclama ensuite Candy en s'apercevant qu'en plus d'être trempée, sa chemise était déchirée à une manche et couverte de graisse.
- En alternant course et marche mais oui, je n'avais pas le choix, Peter est bien plus âgé que moi et je n'ai croisé que deux voitures qui ne se sont pas arrêtées. Cet accroc, c'est en traversant un pré pour gagner du temps, le barbelé a du m'égratigner mais ce n'est forcément rien vu que je n'ai pas mal.
- Ça c'est à moi de le décider mon amour, tu voulais savoir comment je te soignerai en étant diplômée, tu vas le savoir maintenant. Suis-moi encore, je vais te faire couler un bain pendant que je t'ausculte.
Il prit une mine réjouie de ce projet mais cinq minutes après il pâlit en l'entendant lui dire qu'elle devait lui faire une piqûre anti-tétanos par sécurité.
- Mais ce n'est qu'une griffure chérie !
- Avec un barbelé peut-être rouillé Terry, je t'assure que je ferai la même chose à n'importe quel patient, ou ce serait une faute professionnelle. Tu as peur des aiguilles trésor ?
- Pas du tout ! Mais je suis certain que le barbelé n'était pas rouillé vu que ma chemise n'a pas de traces orangées.
- Ce n'est pas une preuve Terry, je ne peux pas t'épargner cette piqûre, je n'ai pas d'autre traitement pour le tétanos, même en la désinfectant à l'alcool on ne peut tuer tous les germes de cette terrible maladie et tu es le dernier au monde à qui je laisserai courir ce risque. Je vais aller chercher ma trousse dans la chambre, pendant ce temps tu vas te déshabiller, prendre ton bain et te préparer à cette petite piqûre et à ce qui suivra ensuite.
- C'est à dire ? fit-il intéressé malgré sa mine toujours décomposée.
- Je te laisserai choisir le programme seul mon cœur, je te fais autant confiance que tu me fais confiance pour que ça se passe très bien et que la prochaine fois tu n'aies plus d'appréhension.
- Je n'ai pas…. enfin… déjà bien moins chérie.
Lorsqu'elle revint, il n'était pas encore dans la baignoire mais entièrement nu et elle ne put s'empêcher de le fixer de dos avec plaisir et il dut le sentir car il tourna les yeux et lui montra par un sourire coquin comme il aimait lui plaire. Elle lui sourit aussi mais se concentra à être infirmière le temps nécessaire en lui désignant la baignoire. Il ne cacha pas encore son désir en se glissant de profil dans l'eau, encore moins quand elle le frotta partout avec le gant. Mais lorsqu'il tenta de l'attirer aussi dans l'eau, elle lui enfonça la tête dedans.
- C'est comme ça que tu traites tes malades ? se plaignit-il après avoir recraché et frotté ses yeux.
- Et comment voudrais-tu que je réagisse si un patient se comportait ainsi avec moi, dis-moi mon trésor ?
- Tu ne leur fait pas prendre de bain tout de même ?
- Cela peut arriver chéri.
- Mais pas aux hommes ?
- Si il n'y a que des infirmières, on est bien obligé de se charger aussi des hommes. Bien sûr, s'ils ne peuvent faire leur toilette seuls c'est qu'ils sont toujours impotents mais parfois certains organes fonctionnent encore et il faut l'accepter sans en faire un plat en restant froide comme la glace en attendant que ça passe. Mais il ne faut pas confondre désir et réflexe mon cœur, c'est la nature.
- Et comment fais-tu la différence entre les deux ?
- Comme toi sans signe aussi évident mon amour.
Il sourit à nouveau, ils se regardèrent avec profondeur un instant, elle lui tendit les bras, il se leva, sortit de l'eau et soupira à nouveau sous son essuyage intégral. Puis elle lui noua la serviette à la taille, le fit asseoir sur le bord de la baignoire et alla sortir la seringue de la trousse. Il fit la grimace et tourna la tête. Après avoir désinfecté, elle le vit tant crispé qu'elle ne pouvait trouver une veine.
- Terry, regarde-moi ! Regarde mes yeux d'émeraudes mon amour et lis en eux tout ce que tu es pour moi. Oui, fixe-moi, je t'aime toujours plus de jour en jour.
Il sourit cette fois juste avec confiance et tendresse en se noyant dans ses yeux. Elle lui sourit alors avec reconnaissance en lui annonçant :
- C'est fini mon amour, tu as été parfait.
- Fini ? Mais je n'ai pas senti l'aiguille !
Il constata pourtant que c'était vrai vu le petit point rouge dans le pli de son coude et rit.
- Je suis donc guéri de cette peur ridicule encore grâce à toi mon ange, merci.
- En t'obligeant à penser à autre chose mon amour, comme quand tu entres en scène ! Garde cette méthode pour tout ce qui t'angoisse et qui n'est jamais ridicule comme toutes phobies. Maintenant je vais quand même désinfecter cette griffure, ça ne piquera pas non plus avec ce produit. Voilà, tu es guéri mon amour et tu es maintenant libre de… penser à la suite. Mais tu dois être mort de fatigue après une représentation de Cyrano et plus de vingt kilomètres à pieds ?
- Pas encore assez pour me passer de toi ma princesse, imagine, un mois sans toi, ta peau, tes seins, tes cuisses et…
Note de l'auteure:
AVERTISSEMENT, la scène qui suit est érotique
La serviette vola sous la main de Candy et elle lui montra combien elle partageait ce manque de lui en le caressant partout où elle le pouvait. Ses mains semblaient insatiables et bien que le sexe de Terry était au garde à vous depuis un moment, elle semblait vouloir le rendre encore plus dur et gros sous sa main qui le tripotait. A ce rythme il ne tiendrait pas longtemps, il geint et elle sembla comprendre car elle le lâcha puis se pendit à son cou pour coller sa bouche à la sienne. Il se laissa fouiller de sa langue en tentant de la dévêtir vite mais ses mains devenaient maladroites tant elles tremblaient de désir. Alors elle se détacha de lui, le fixa avec envie et s'arracha de son corsage, son bustier, sa jupe et sa culotte. Il prit tout de même le temps d'admirer sa nudité si parfaite puis se jeta sur ses seins qu'il aspira jusqu'à plus soif, puis son ventre et sa toison d'or qu'il titilla à peine de sa langue et la fit crier :
- Terry, prends-moi tout de suite, je ne peux attendre tant j'ai mal que tu sois en moi. Oh oui ! Ici, debout, pénètre-moi, je t'aime à en pleurer ! Oh !
Il lui obéit immédiatement, son membre enflé en position horizontale trouva seul l'entrée de son palais lorsqu'il la souleva et qu'elle écarta les cuisses et les noua autour de sa taille. Elle s'accrocha des bras à son cou et se laissa pilonner avec bonheur, le plaisir l'emporta ensuite vers des sommets étoilés toujours plus hauts. Elle geint comme une louve quand la jouissance fut à son paroxysme.
Il explosa aussi lorsque son sperme jaillit en elle, un long flot d'un mois d'abstinence, à l'égal de son manque à elle qui n'avait jamais été aussi bruyante mais en sachant qu'elle n'avait pas exagéré son plaisir, après ses plaintes et ce long spasme et cri. Elle trembla longtemps dans ses bras alors qu'il la portait toujours en partenariat avec le mur pour l'aider à garder l'équilibre.
Fin de la scène érotique
Une fois tous deux remis, elle se laissa glisser face à lui, l'embrassa puis alla s'essuyer et enfila un peignoir. Terry fit pareil, lorsqu'elle revint l'embrasser à nouveau, il la contenta puis elle lui confia quelques certitudes.
- Terry, je t'aime tellement, je n'ai jamais autant ressenti cette fusion, comme l'impression de n'avoir vécu que pour ça, pour toi, quoi que le destin décide, je ne pouvais que gagner mon droit d'être à toi car aucun autre ne m'allait autant que toi.
- Et aucune ne m'allait sauf toi, je le sais depuis plus longtemps que toi mon ange mais j'adore comme tu l'exprimes, ça me rend si fier, sans prétention, juste la fierté d'avoir su mériter l'amour de la déesse de l'amour.
- Tu m'as appris à montrer mes sentiments et mon plaisir et en être fière mon dieu de l'amour, j'aime autant savoir te donner ce qui te plait. Que dirais-tu maintenant d'un verre de lait, une pomme et un massage avec des huiles essentielles pour décontracter tes beaux muscles fatigués mon amour ?
- Je dis, merveilleux programme, sauf la pomme, sans tarte autour, bof ! Tu n'as pas plutôt des cacahuètes, amandes ou pistaches ?
- Heu… Je crois avoir emporté un paquet de pistaches mais il est entamé, dit-elle en se souvenant avoir entendu une grande partie de ces propos la veille à New York. Je vais te chercher ça, va t'allonger sur le lit chéri, la porte à droite.
- Entendu mais ne traîne pas en route, je ne dormirai pas, j'ai encore trop de manque de toi. D'ailleurs donne-moi un bisou pour me donner la force de te laisser me quitter ma douce.
Elle eut un nouveau choc et ne sut le cacher.
- Ne m'appelle pas ainsi Terry, c'est… réservé. Ça fait frère et sœur je trouve, ou alors très vieux couple, non ?
- Excuse-moi Candy, je ne pouvais pas savoir.
- Non bien sûr, c'est moi qui m'excuse de mal réagir mais c'est tellement évident désormais pour nous de ne pas confondre nos sentiments, c'est justement parce que je ne t'aime pas en frère que je n'aime pas que tu me dises ma douce, mais en fait, quelle importance !
- Pour moi seul importe ce qui t'apporte du bonheur Candy, je ne t'appellerai donc pas ma douce et toi tu ne m'appelleras pas mon bébé comme le fait ma mère dans l'intimité.
- Je te promets de ne pas le faire mon trésor, mon cœur, mon amour, mon unique et merveilleux presque époux, dit-elle après un sourire tendre et reconnaissant et avant un gros bisou sur les lèvres.
Elle le massa longtemps dans un silence de mots mais pas de sons de plaisirs voluptueux. Le corps de Terry se sentit comblé d'attention et d'amour. Elle voulait aussi lui faire oublier cette remarque idiote, elle employait des termes égaux pour les deux hommes de sa vie avec un ton différent. Terry avait dit ma douce sans fraternalisme mais avec les yeux de l'amour et la voix veloutée, pas comme Anthony empli de précaution et de miel. Et si ils avaient encore plus de points communs tous les deux, c'était bien, n'avait-elle pas vu la ressemblance tout de suite, elle existait et montrait son évidence quand chacun pouvait se montrer naturel et bien dans sa peau. Elle sourit en songeant à cette façon qu'avait Anthony de chiper de la nourriture, n'avait-elle pas grondé Terry trois fois la semaine où ils vivaient ensemble dans la maison du bonheur car il picorait dans son assiette ou goûtait tous les plats dans la cuisine sans que Martha réagisse. Un léger rire s'échappa de sa bouche et le fit ouvrir les yeux.
- Tu ris parce que tu viens de te dire : Mon futur époux a beau être très beau, intelligent, doué, tendre et pas trop mauvais amant, n'empêche qu'il n'en mène pas large devant une seringue, non il n'est pas parfait finalement.
- Encore heureux que tu n'aies pas déjà une auréole au dessus de la tête trésor, car moi j'ai un gros défaut que tu ignores encore, je suis terrifiée rien qu'à l'idée de croiser une araignée.
- Moi j'aime bien araignées, serpents, rats ou lézards, mais je viendrai à ton secours te sauver de toute bestiole mon ange, promis !
- Merci mon chevalier. Au fait, Dothy est seule à Lakewood avec Albert, il semblait ravi tout à l'heure, je suis sûre qu'elle lui plait beaucoup.
- Philippe la regrette de plus en plus, il a eu un coup de blues il y a quelques jours, il ignore que Dothy sera à Chicago, j'espère qu'il ne déprimera pas plus après.
- Elle semblait pourtant certaine qu'il ne l'aimait pas d'amour mais d'amitié.
- Chacun aime comme il peut, ça n'empêche pas la sincérité. Philippe craint la passion de peur qu'elle ne dure que le temps d'un feu de paille, il termine en général ses romances lui-même quand une nouvelle lui fait envie et avec Dothy il a subi ce qu'il fait subir d'habitude donc ça le trouble. Mais s'il l'aime vraiment, il peut encore tenter de vivre cet amour, seule Dothy peut décider de qui sera son grand amour.
- Je suis désolée pour Philippe mais si c'était lui, elle l'aurait su avant donc ce ne peut être lui.
- Rien n'est certain non plus pour Albert même si il est le parfait prétendant.
- Nous verrons demain, il y aura sûrement des signes si c'est arrivé. Mais dis-moi, connaîtrais-tu une jolie jeune fille brune qui me ressemblerait un peu de l'intérieur ?
- Personne ne te ressemble mon unique, mais qui veux-tu encore marier mon ange ?
- Mon frère bien sûr, puisqu'il est aussi seul.
- La seule fille que je connais qui te ressemble un peu de l'intérieur, c'est justement Dothy mon ange.
- Mais à part être brune ! Quoi qu'aujourd'hui ils sont amis, ce que je n'aurais pu supposer quand je les ai présentés ! Ce fut aussi explosif mais pas par sympathie naturelle, surtout pour elle qui me trouvait vraiment trop mal mariée.
- Parce qu'elle a vu en chacun de vous ce qui vous séparait alors que moi j'ai vu ce qui vous unissait.
- C'est vrai ? Tu ne me l'as jamais dit.
- Quand je suis sorti du cabinet Bradley, je savais qu'il t'aimait mais pas de quelle façon non plus. Mais pourquoi aurais-je imaginé que toi tu ne l'aimais pas non plus en épouse ?
- C'est évident. En fait il voit sa mère à chaque fois qu'il me regarde, imagine le schéma !
- Je l'ai deviné depuis que tu m'as dit qu'Albert trouvait que tu ressemblais à sa sœur. J'imagine très mal épouser un sosie de ma mère moi aussi.
- Terry, tu réagis tellement bien quand je te parle d'Anthony. C'est certain que tout ce que je te dis est vrai, que tu ne doutes pas de ma sincérité et mon amour pour toi, et que tu es très soucieux de mon bonheur. Mais tu as aussi le droit de trouver que j'en veux trop, te demande trop, l'exprimer et que je fasse moi aussi des concessions, seulement… je ne m'imagine plus vivre sans lui en frère ami, ni sans toi de toutes les façons. Dis-moi dans les yeux si j'en veux trop Terry, dis-moi le fond de ta pensée, il le faut !
- La vérité Candy c'est que sans avoir oublié qui a eu la chance de faire de toi une femme et le regretter toujours, je préfère pourtant, puisqu'il a fallu qu'il y en ait un autre que moi, que ce soit Anthony car il m'a paru doux, respectueux et courageux bien qu'une partie de lui m'a montré mensonge et tourment. Maintenant, je le sais honnête, franc, plus soucieux de toi que de sa réputation, sa carrière et des apparences, généreux, intelligent, droit et vraiment très courageux donc je n'ai aucune raison raisons de ressentir des sentiments négatifs envers lui. Mais je ne peux pas te dire plus que je ne sais aujourd'hui Candy, sauf que tout est possible pour des gens sincères.
- Merci Terry, tu es pour moi l'unique dans bien des domaines et surtout pour m'avoir faite femme épanouie. Tout ce qui a eu lieu par erreur ne compte pas mais ton portrait de lui est exact et de plus en plus maintenant qu'il est libéré du mensonge et prêt à commencer une nouvelle vie. Ce tourment que tu as décelé, je ne l'ai appris qu'après le divorce, car il n'y a pas que ma ressemblance avec Rosemary qui l'a perturbé, il y a bien plus grave et irréparable mais que j'espère guérissable quand même. Ou du moins aussi supportable et adaptable que ses cassures physiques.
- Je ne peux te dire que de l'aider dans cette épreuve sans te préoccuper de moi puisque je suis de tout cœur avec toi. Et si je peux être utile davantage n'hésite pas à me le dire chérie.
- Promis mon amour, pour l'instant je ne peux dire plus mais je ne ferai jamais rien sans te consulter. D'abord parce que ton avis m'est précieux, ensuite parce que notre vérité est une arme invincible face aux caprices du destin et mauvaises langues, et enfin parce que ce n'est pas impossible que vous deveniez amis tous les deux vu vos points communs, mais bien sûr seulement si c'est naturel et sans moi. Mais je crois déjà qu'il a rencontré enfin à New York quelqu'un de bon conseil, un ami et qui lui a dit de ne jamais oublier les valeurs essentielles de son existence, c'est un bel adage non ?
- En effet ! fit Terry après avoir dissimulé sa surprise en changeant de position et lui présentant sa nuque à masser.
Puis en souriant dans l'oreiller, il rajouta :
- N'oublie pas quand tu le verras de penser à lui demander de te réserver la journée du sept octobre.
- Oui mais pour quoi faire Terry ?
- Assister à notre mariage évidemment, n'avons-nous pas choisi le sept comme jour idéal et il n'y a qu'octobre où ça tombe un samedi.
- Oh ! Terry ! Tu es vraiment… rapide à raisonner et…
- Je sais, merveilleux, adorable, génial, beau, sexy etc.…
- Oui et aussi, seulement pour moi, je suis douée pour dénicher les oiseaux les plus rares. Que dirais-tu avant de dormir dans mes bras d'un massage sans les mains et tout le reste mon apollon ?
- J'adore décider de mon programme avec toi, tu devines toujours mes fantasmes belle démone !
-OOOoOOO-
Dothy observa William qui venait de s'endormir à côté d'elle. Il était beau dans le sommeil, ses cheveux blonds cendrés un peu ondulés le rendaient plus jeune que ses trente-trois ans. Il était aussi très bien bâti, épaules larges et muscles solides, sécurisant, aguerri de tous ses voyages, halé et chaud, sentant le sable et la mer. Oui, il lui avait plu tout de suite, même déjà par le portrait si idéal de Candy, mais comment aurait-elle pu ne pas le trouver parfait ? Pourtant elle ne ressentait pas dans le cœur ce frisson du au coup de foudre immédiat, ni avant ni après avoir fait l'amour. Le plaisir avait bien suivi le désir, il savait donner et recevoir, encore une fois pas un défaut à dire. Elle contempla sa toison rousse sur son torse viril, s'attarda ensuite sur sa bouche et son nez, revint à sa poitrine mais retourna vers son visage pour chercher d'autres ressemblances avec son neveu. Pas les cheveux, forcément pas les yeux, pas non plus la peau si blanche et délicate d'Anthony, mais son nez, sa bouche et peut-être même certaines mimiques était communes aux deux hommes. Pour le reste, elle n'avait jamais vu plus du neveu se dit-elle en retenant un rire. Mais il disparut en songeant à sa jambe malade, était-elle différente physiquement de l'autre ou pas ? Avec Candy elle n'avait jamais eu envie de demander plus sur son mari à l'époque où il l'était et ne savait que ce que Candy lui avait dit : un grave accident de cheval, un long coma et plusieurs opérations, un réveil difficile avec une paraplégie de plusieurs mois, une longue rééducation et le miracle de marcher et vivre comme n'importe qui sans l'aide de personne. La persévérance était une de ses plus grandes qualités, c'était certain, pour se relever c'était admirable mais si son nouveau but était de récupérer Candy, c'était détestable. Elle soupira en revoyant le couple enlacé dans sa cuisine, sentit un pincement au cœur en se souvenant de Candy lui dire : « mon amour, je ne te quitterai jamais », elle qui lui avait pourtant dit n'avoir jamais pu l'appeler en ces termes si amoureux. Anthony ne lui caressait que les cheveux pourtant, mais elle avait passé la main sous sa chemise, était-ce normal pour une sœur à son frère ? Quelque chose avait dû arriver juste avant qu'elle l'entende, sinon ça n'avait aucun sens après tant de courage à le quitter et construire ses projets si désirés avec Terry. Ou alors, elle s'était aperçue récemment qu'elle aimait maintenant autant Anthony que Terry et de la même façon. Non ou ça signifierait qu'elle lui mentait et mentait à Terrence et à tout le monde. Non pas qu'elle ne le puisse, elle était si convaincante lors de sa petite vengeance le lendemain de son anniversaire pour lui faire croire qu'elle ne connaissait pas Terrence auparavant. Mais elle ne pouvait mentir pour tromper et trahir à sa famille et ses amis, elle était la droiture incarnée. Alors, était-ce Anthony qui mentait parce qu'il aimait Candy en épouse, ou se vengeait d'elle et Terrence ? Elle revit son sourire d'ange et pensa à Dorian Gray d'Oscar Wilde, son âme était-elle noire sous un physique aussi agréable ? Tout était possible avec lui vu ce qu'il avait déjà fait subir à Candy, pourtant elle-même l'avait classé dans le rang des seigneurs comme Terrence depuis le divorce et jusqu'à cette scène incompréhensible.
Une fragrance de roses pénétra dans la chambre par l'entrebâillement de la fenêtre et la perturba à nouveau.
« Peut-on créer une telle splendeur, être si beau et lumineux et avoir un esprit tordu et égoïste ? Non, c'est moi qui vois le mal partout ! Il n'a pu me mentir quand il a dit qu'il voulait être le frère de Candy pour toujours et qu'il défiait quiconque de le trouver mauvais dans ce rôle. Même William a approuvé, lui ne peut se faire avoir par son neveu, le fils de sa sœur, je ne dois plus me fier aux apparences, j'ai bien fait de me taire, Candy serait si triste de savoir que je vois du mal dans sa fraternité due à tellement de générosité ! »
Elle fixa à nouveau William, soupira de ne pas en être amoureuse car malgré ses trois ans de moins, il était le plus près de son âge qu'elle ait fréquenté depuis près de dix ans. Elle songea à Philippe qu'elle verra une nouvelle fois sur scène et après la pièce, elle sera ravie de revoir ses yeux malicieux et d'entendre ses réparties, il était idéal en ami mais hélas qu'ainsi aussi. C'était si facile pour elle en ce moment de se faire des amis hommes, Terrence étant au sommet de sa liste pour cette facilité entre eux à parler de tout et se comprendre vu leurs points communs, et peut-être Anthony qui semblait maintenant la trouver passionnante mais qu'elle n'arrivait toujours pas à cerner.
« Oh ! C'est assez de penser à lui, je fais une fixation ma parole, de toute façon, il finira bien par se retrouver face à Terrence et ce jour là, soit il sera démasqué, soit… ça fera tilt ! »
-OOOoOOO-
Candy se décida à réveiller Terry à onze heures en lui apportant son petit déjeuner au lit, vu qu'ils étaient invités à déjeuner à Lakewood. Peter était rentré à l'aube, heureusement qu'elle avait entendu le dépanneur le déposer car elle n'avait pas pensé à laisser la porte ouverte. Elle lui avait montré sa chambre et la salle de bain mais n'était pas retournée se coucher avant de lui préparer un dîner conséquent. Il avait eu beau protester, devenir penaud et un peu rose, elle fit cette fois la sourde oreille à sa réserve et son importance des convenances en lui faisant cuire œufs au plat, steak et à le servir à table. Il finit par s'y faire et lui dit ce que le garagiste avait conclu pour la limousine :
- C'est pour lui, un piston qui a fondu, il pense pouvoir réparer en une demi-journée mais il doit aller chercher cette pièce à l'usine Buick et la plus proche est à Détroit, à trois cent kilomètres. Son fils est d'accord pour y aller mais il faudra bien compter six jours pour que la limousine soit réparée.
- Ça ne fait rien Peter, monsieur, vous le savez poursuivra sa route en train et moi je comptais bien rester six jours ici avant d'aller à l'orphelinat où j'ai été élevée. Mais cette maison n'a été louée que jusqu'au départ de monsieur alors nous nous installerons ensuite à Lakewood, la maison de monsieur André, qui ne manque pas de place. Vous verrez la roseraie qui vaut le coup d'œil mais n'a rien à envier à votre magnifique jardin.
- Avec plaisir mademoiselle, dit-il en souriant, ce qui la rendit fière d'elle car c'était la première fois.
- Bon appétit Peter, dormez ensuite sans vous occupez de nous, quelqu'un viendra nous chercher pour aller déjeuner à Lakewood et nous rentrerons sûrement en soirée.
- Entendu, bonne fin de nuit et de journée mademoiselle André.
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C'était en effet Georges Johnson, ancien avocat et bras droit et ami d'Albert depuis de nombreuses années, qui vint les chercher. Elle avait appelé à neuf heures pour prévenir de cette panne et donc d'être sans véhicule pour faire les sept kilomètres jusqu'à Lakewood. Ils faillirent le faire attendre vu l'appétit de Terry changeant d'appétit après avoir satisfait celui de l'estomac. Le résultat fut qu'après avoir constaté qu'il allait être à moins un quart d'heure du rendez-vous, elle faillit mettre les pieds dans le plateau posé à terre, se rattrapa en s'accrochant à la chaise où une chemise de Terry était posée et lui arracha une manche. Ca faisait donc la deuxième chemise de fichue en moins d'un jour mais ça ne le fit que rire alors qu'elle était navrée de sa maladresse. Mais il n'y avait plus le temps pour les lamentations ni les fous rires et elle dut le tirer du lit pour qu'il se lève, ce qui faillit encore dégénérer. Pourtant à midi, Terry était prêt et Candy mettait la chemise dans son sac en songeant que Dothy pourrait peut-être la réparer.
-OOOoOOO-
Terrence reconnut l'insigne des André sur le lourd portail, le A que Candy avait en double dans son coffret à souvenirs, l'un perdu par le prince des collines alias Albert et l'autre par Anthony juste devant ce portail. Il admira la magnifique arche de rose au dessus et guetta pour essayer d'apercevoir cette si célèbre roseraie. Mais le chemin boisé et les buissons étaient la seule séparation menant à la somptueuse demeure blanche, elle devait donc être derrière comme chez lui le jardin de Peter. Mais il oublia les roses en reconnaissant ce visage souriant et cette grande silhouette descendant les marches du perron, ainsi que Dothy à ses côtés.
- C'est qu'il a grandi mon ami de Londres, tu as bien failli me rattraper ! Bienvenue Terry, je suis content de te revoir !
- Et moi donc Albert, toi tu n'as pas changé d'un pouce, sauf le sac à dos.
Albert lui avait tendu les bras et Terry répondit avec générosité à cette offre en une longue accolade et un sourire sans économie.
- Je suis très fier de toi Terry, pour tout, tu as fait avec un destin compliqué une réussite, une œuvre d'art et je ne parle encore que de ce que j'ai vu, pour ton talent d'acteur et metteur en scène, on verra demain soir car je n'ai jamais pu encore voir de mes yeux le phénomène.
- Tout ce que j'ai fait Albert c'est suivre l'exemple de mes amis les plus chers de Londres. Si tu ne m'avais pas montré Candy à la clinique heureuse, si tu ne m'avais pas mis face à mon immaturité et mon irrespect de la vie, j'aurais eu plus de mal à voir la chance que j'avais de vivre une vie utile et passionnante et je crois qu'on doit mériter aussi ses amis et vouloir son destin pour qu'il arrive.
- Encore un bel adage mon ami, fit Dothy pour à la fois l'obliger à l'embrasser et arrêter de se dire que personne ne savait parler comme lui sans qu'on y voit prétention et flagornerie.
- Désolé mon ange gardien adoré, merveilleuse amie, je suis évidemment ravi de te revoir et de constater quelle mine superbe tu as, et quel beau bronzage, le soleil te réussit.
Il la serra et l'embrassa sur le front, sans voir Candy dissimuler un sourire pour ce compliment similaire à celui d'Anthony après ses coups de soleil.
- Toi aussi tu bronzes bien, tu n'as pas une peau fragile de roux.
- Non vu que je suis brun, mais je suis blanc en hiver quand même.
Candy se demanda si la réflexion de Dothy visait Anthony et pourquoi l'avait-t-elle émise mais Albert coupa court en l'embrassant et leur demandant d'entrer boire un apéritif avant de déjeuner.
Le salon et sa grande baie vitrée offrait en effet une vue incomparable sur des centaines de roses de toutes les couleurs et bien que leurs fins étaient proches en ce milieu d'août, leur parfum portait encore au loin et embaumait l'air tiède. Candy le laissa regarder la vue en observant avec attention Dothy mais ne vit aucun signe évident de folle passion en elle, ni chez Albert. Celui-ci remit ensuite un paquet à Terry, cadeau d'Afrique, deux beaux livres de poésie arabe traduite en français, qu'apprécia son nouveau propriétaire. Ensuite la conversation se tourna vers la famille, ce qu'Albert avait vu et su depuis son arrivée.
- J'ai longtemps parlé ce matin avec Archibald et hier soir avec tante Elroy qui m'a chargé de t'embrasser pour elle.
- Ah bon ! dit Candy avec scepticisme.
- Elle vieillit, elle se radoucit et semble moins exigeante. Ses mauvaises jambes ne lui permettent plus de se déplacer comme elle le voudrait mais elle semblait sincère et regrettait encore plus qu'Anthony ne soit pas venu.
- Je suis désolée pour elle mais elle le reverra bientôt d'après ce qu'il a dit. Et en attendant, j'irai la voir avant mon départ par politesse et égards, comme je l'avais prévu et l'embrasserai aussi. Mais Neil vit toujours avec elle ?
- Oui. Justement, c'est surtout de lui que j'ai parlé avec Elroy puis Archibald. Daniel n'a hélas pas changé mais se débrouille toujours mieux pour être dans les petits papiers d'Elroy et obtenir tout ce qu'il veut d'elle. Et vu qu'il n'y a plus que lui autour d'elle, elle est prête à se ruiner pour le garder et il n'a aucun scrupule à le faire. En ce moment il s'affiche avec une chanteuse de cabaret, une italienne et il semble qu'elle et ses frères veuillent plumer Neil jusqu'au dernier sou.
- Mais Archibald doit bien rendre des visites régulières à tante Elroy, ainsi qu'Annie et Jordan non ?
- En fait, Archibald s'est fâché avec elle à cause de Daniel et ne veut plus qu'on ait pitié d'elle tant qu'elle n'aura pas coupé les vivres à Neil.
- Je le comprends, il n'y a qu'en l'obligeant à se rendre compte que l'argent ne tombe pas du ciel, qu'il peut changer et pas en continuant ce que Sarah a fait de ses enfants. Mais que dit son père, que fait-il ?
- Tu sais bien qu'il n'a jamais su faire face à Sarah, ni à Elisa et encore moins à Daniel qu'il a rangé dans les irrécupérables et pratiquement renié. En fait, il ne vit plus du tout avec elle, elle ment pour conserver les apparences et maintenant que les jumeaux sont majeurs, il ne fait même plus semblant d'être indiffèrent au sort de sa famille. Tous deux mènent leur vie égoïstement à Miami sans sembler s'inquiéter de leur fils, Elroy a sans doute voulu combler ces rejets bien tristes en fait mais elle entretient sa paresse et ses vices sans s'en rendre bien compte. Archibald prône les méthodes drastiques mais je me dis que Daniel est peut-être encore apte à écouter quelqu'un qu'il trouve courageux, donc toi Candy.
- Moi ? Jamais il ne m'a écouté, c'est Anthony qui l'a réduit à l'impuissance, pas moi. La seule qui n'a jamais eu de l'influence sur lui sans que ce ne soit par crainte, c'est Elisa. Est-elle au courant de l'état de son frère ?
- Je n'en sais rien, elle n'écrit à tante Elroy que pour s'étaler sur son train de vie et à Archibald pour des demandes d'avancement de ses rentes aux actions André. Chacun se fiche complètement des autres chez les Legrand et je ne crois pas nécessaire d'attendre rien d'elle non plus. J'ai été absent un peu trop longtemps cette fois, j'avais confiance en Archibald mais j'ai sous-estimé la tâche qu'il a sur les épaules. En fait, je suis revenu aussi parce que sa dernière lettre disait qu'il fallait que j'use de mon droit de tuteur pour supprimer les rentes de Daniel et empêcher Elroy de lui donner tout son argent. Je discuterai bien sûr plus en détails de ça après demain avec Archibald mais j'ai pensé qu'on pourrait avant aller parler à Daniel tous les deux, mais pas si c'est trop désagréable ma chérie et évidemment pas seule.
Ceci fut aussi précisé à cause du regard empli de doute de Terry pour ce projet. Mais Candy se tourna vers lui pour le consulter et obtenir son consentement avant d'accepter.
- Si c'est avec Albert, tu ne risques rien, fais selon ton cœur Candy.
- Entendu Albert, j'essaierai de lui parler. Moi aussi ce matin j'ai essayé de parler à Archibald mais je comprends maintenant qu'il ne le pouvait, mais j'ai eu Annie et je viens d'apprendre que Jordan marchait et que son troisième mois de grossesse commençait sans problèmes. Nous ne pourrons hélas pas la voir avant demain soir au théâtre vu nos plannings chargés et Archibald est paraît-il pris toute la journée à la banque.
- Oui, il a trop de travail, il aime ça et c'est lui qui a insisté pour tout faire seul quand Anthony a décidé de partir à New York et qu'il détestait de toute façon travailler dans une banque. Mais vu que je vais rester ici jusqu'à octobre et revenir après votre mariage pour au moins tout l'hiver, je vais tâcher de lui faciliter les choses. Il se peut aussi que je reste encore plus longtemps mais nous reparlerons de ça plus tard.
Candy regarda Dothy, rien ne sortit d'elle, elle ne sut donc pas si ça pouvait dépendre d'elle qu'Albert reste ou pas.
Le déjeuner se passa avec des échanges plus légers mais riches en partage, puis ils s'installèrent sur la petite table sur la terrasse pour boire le café.
- Candy m'a dit qu'il faudrait au moins six jours pour que ta limousine soit réparée ? Demanda Albert après avoir installé un parasol.
- Ah ! Bon ! Tu as oublié de me le dire chérie ! répondit Terry en la regardant avec amusement sursauter.
- Désolée chéri, oui, il y a un piston de cassé et il faut aller le chercher à Détroit. J'ai dit à Peter qu'il viendrait ici avec moi jusqu'à ce qu'elle soit prête, ai-je bien fait ?
Pour cette question, elle interrogea du regard autant Terry qu'Albert.
- Pour moi c'est oui dit ce dernier, il est le bienvenu.
- Pour moi aussi, bien sûr. Dire que j'étais justement à Détroit hier et que j'aurais pu acheter le piston cassé à cause de mon empressement à en partir ! Plaisanta Terry.
- Donc nous pourrons aller à la maison Pony en limousine ! fit cette fois Dothy en regardant Terrence avec admiration.
- J'espère bien mon amie, ainsi les enfants pourront jouer avec.
- Sinon, je vous y emmènerai avec ma voiture ! dit Albert, puis en se tournant vers Dothy : Elle n'est pas aussi grande mais plus confortable que le train pour une lady comme toi.
Candy faillit s'étrangler avec son café et ouvrit des yeux de hibou en voyant Albert baiser la main de Dothy qui baissa joliment les yeux en souriant. Terry en profita pour vite dire :
- Veuillez m'excuser, j'ai besoin de me dégourdir les jambes et surtout fumer une cigarette, je vais aller le plus loin possible pour n'enfumer personne mais de l'autre côté pour ne pas polluer ces splendeurs.
Candy sourit en le voyant désigner la roseraie d'Anthony avec respect et allait lui dire qu'elle l'accompagnait mais Dothy la devança.
- Je suis d'accord avec toi, je vais moi aussi fumer derrière car je ne peux me retenir plus après un bon déjeuner, je t'accompagne Terrence.
Une fois sortis côté nord, il lui alluma sa cigarette et fit pareil pour la sienne.
- C'est vraiment une belle propriété ! admit-il en regardant l'ensemble de la maison. Dommage qu'elle soit si souvent vide et sans enfants.
- Oui, mais ça peut changer, comme pour la tienne. William est encore jeune, ensuite elle reviendra à Candy j'imagine, donc elle verra au moins des visages d'enfants pour les vacances.
- Je crois qu'elle n'est pas dans l'héritage de Candy, elle m'a dit que Lakewood reviendrait à Anthony, pour respecter la mémoire et les espoirs de sa mère, la sœur d'Albert.
- Ah ! J'ignorais ! Enfin, elle verra donc forcément agrandir le nombre de ses visiteurs dans l'avenir.
- J'espère ! Au fait, Philippe m'a chargé de t'envoyer mille pensées, il sera ravi de te revoir demain.
- Moi aussi Terrence, je l'apprécie beaucoup en tant qu'ami.
- Tu étais déjà venue à Chicago, Dothy ?
- Oui, il y a dix ans, avec un ami justement, une semaine de vacances à réfléchir pour savoir si je voulais l'épouser ou pas, et je lui ai dit non vu que ce n'était pas lui mon grand amour.
- Peut-être que tu l'as déjà rencontré sans encore pouvoir le savoir, il faut souvent du recul, comme moi et Candy.
- Mais moi je suis vieille et intuitive, je connais les symptômes, ou alors ça n'arrive qu'une fois et c'est donc fichu et je ferais mieux de me contenter d'une amitié amoureuse avec un homme bien, dans ton style mais plus âgé.
- Mon style se fiche de l'année de naissance, la richesse, la couleur, les goûts et autres apparences, donc toi aussi, ne pense qu'à laisser ton cœur s'ouvrir, rien d'autre.
- Fais attention, tu es trop parfait, il se pourrait qu'il s'ouvre pour toi si tu m'y fais réfléchir !
- Alors nous demanderons à Candy qu'elle ait la générosité de me partager vu ma rareté ! finit-il en boutade.
Elle rit mais songea à Candy, ne se partageait-elle pas en deux d'une façon ou d'une autre ? Alors elle se dit que si Candy jouait avec le feu par folie ou par mauvaise influence, elle aurait du mal à se taire et ne pas choisir le parti de Terrence qu'elle respectait trop.
-OOOoOOO-
Une heure après, alors qu'Albert était parti téléphoner et Dothy se refaire une beauté, Terry put enfin demander à Candy de pouvoir voir la roseraie de près. Elle était encore plus grande, odorante et majestueuse en son centre.
- C'est Rosemary qui a crée ces deux allées de roses, mais Anthony, après son décès a planté seul les quatre autres allées, ces buissons en spirales et… fait naître cette nouvelle espèce de rose blanche et l'a nommée…
- Douce Candy, tendre Candy.
- Oui Terry.
Il se pencha sur une de ses plus belles représentantes, elle sentait fort un envoûtant parfum et avait les pétales aussi doux que la soie.
- Quel nom si bien porté ! C'est le plus beau des hommages pour une mère regrettée et une sœur espérée, mon amour.
- Oui et ça a aussi donné une date de naissance à deux fillettes sans âge, car Anthony a choisi le jour où la première rose a éclos pour fêter mon anniversaire et ensuite Annie et moi avons décidé de garder cette date et c'est son père adoptif qui a arrangé les choses avec l'état civil pour nous deux, nées donc un sept mai 1898.
- Magnifique histoire, merveilleux artiste et encore de quoi me dire que j'étais vraiment un adolescent idiot, jaloux et cruel à seize ans.
- Plus jaloux que le reste mon cœur, et aujourd'hui tu es un merveilleux artiste et tu m'as fait des cadeaux aussi beaux, et surtout une maison du bonheur et une colline féerique. Ces roses ont aussi le pouvoir d'exaucer les plus grands rêves, essayons, ça ne nous coûte rien, ensuite, embrasse-moi ici, il serait heureux que ça nous inspire encore plus d'amour, c'est certain.
- Plus rien ne pourrait me faire douter à nouveau. Je prie ici avec l'amour de ma vie que nos amis Dothy et Anthony trouvent aussi ce qu'ils espèrent le plus.
- Merci pour eux mon Dieu et veillez sur nos disparus, amen.
Leurs bouches s'unirent, un léger vent fit voler quelques pétales mêlant le rouge et le blanc, le jaune et le rose, puis une douce Candy tomba aux pieds de Terry.
- Elle est pour toi chéri, elle l'a décidé, sinon elle mourra ici.
- Merci, esprit des roses, je la conserverai précieusement.
Quand ils retournèrent vers la terrasse, vu qu'Albert et Dothy n'étaient pas revenus, Candy entraîna Terry côté nord pour qu'il voie aussi plus en détail l'arche de roses au dessus du grand portail.
- C'est un jardinier français qui l'a créée un peu avant la naissance d'Albert mais le jardinier actuel a réussi à y inclure des douces Candy quand Anthony est revenu et qu'on s'est marié.
- Ça doit beaucoup lui manquer à New York, les roses.
- En fait, il prétend que ça ne l'intéresse plus mais je sais qu'il ne le dit que par dépit.
Elle aurait voulu lui dire aussi qu'Anthony était si enthousiaste à l'idée de pouvoir créer une rose à sa première petite fille et qu'il n'y avait que pour ça qu'il voudrait revenir à sa grande passion mais elle ne pouvait trahir son secret. Terry respecta son nouvel air triste en fixant les douces Candy avec tendresse mais le bruit d'un moteur surgit du silence.
- Qu'est-ce que c'est que ce fou ? sursauta Candy en voyant une voiture blanche très sportive, surgir et ne s'arrêter brutalement devant le portail que parce qu'il était fermé.
- Daniel ! s'exclama-t-elle en reconnaissant cette bouche et ces yeux sournois, alors qu'il ouvrait sa portière sans délicatesse et sauta à terre lourdement.
Terry eut une réaction instinctive en se mettant devant sa fiancée et fixant le visiteur d'un air froid et méfiant. Mais il fut décontenancé par l'attitude que prit Daniel Legrand après avoir poussé le portail et être entré en s'arrêtant face à lui.
- Terry ! Mon grand ami ! Quelle joie de te revoir ! J'ai accouru dès que ma tante m'a prévenu que ma chère cousine Candy et son fiancé étaient à Lakewood aujourd'hui. Comment vas-tu Terry ?
- Bien… Daniel, réussit-il à dire en se laissant secouer la main par cet homme si imprévisible et sans pouvoir réagir autrement.
Il vit Candy bouche bée mais guettant quel piège Daniel allait tendre. Elle comprit ensuite mais se dit que ça ne ferait de mal à personne toute cette hypocrisie cette fois.
- Je suis content de l'entendre ! Alors comme ça tu vas épouser notre merveilleuse Candy, ça ne m'étonne pas, déjà au collège, enfin, tu sais ! Mais moi aussi j'ai une belle fiancée Terry, elle s'appelle Lola, elle est italienne et chanteuse. Elle est aussi ton admiratrice bien sûr et quand je lui ai dit que tu allais devenir mon cousin mais surtout que nous étions très amis à Londres, elle m'a dit qu'il fallait absolument qu'elle rencontre en privé un si bon ami de son fiancé, tu comprends n'est-ce pas Terry ?
- C'est limpide maintenant Daniel.
- Appelle moi Neil, c'est plus intime. Alors tu acceptes de consacrer quelques minutes à ma fiancée demain soir, tu le promets hein Terry ?
- Je n'ai pas l'habitude de promettre pour des choses aussi…
Quelqu'un arrivait derrière eux, Candy et Terry se retournèrent et virent Dothy en belle robe blanche regarder avec méfiance ce visiteur.
- Je me demandais où vous étiez partis, je vois que nous avons un visiteur.
- Oui Dothy, lui dit Candy tout sourire. Je te présente mon cousin Daniel qui est venu demander un service à Terry.
L'effet avait porté, Daniel ne put totalement dissimuler une grimace mais se rattrapa vite en baisant la main de Dothy.
- Mes hommages madame, je suppose que vous êtes la fiancée d'oncle William ?
- Seulement une amie monsieur, dit-elle en se demandant qui avait pu lui dire ça et cachant le dégoût que lui avait procuré ce baise main.
- Ah ! fit alors Daniel en fixant à nouveau juste Terry sans plus s'occuper des femmes et employer un ton encore plus mielleux. Oui Terry, tu serais vraiment gentil si tu acceptais que ma Lola te rencontre dans ta loge, c'est pour elle que j'insiste bien sûr, moi je n'ai besoin de rien d'autre que mon charme pour séduire une femme, comme toi. Tu te souviens au collège qui a eu le plus de succès au bal de mai ? Nous bien sûr !
- Si tu le dis Daniel. Bon, j'accepte de rencontrer ta fiancée en privé après la pièce et je n'ai pas besoin de promettre pour faire ce que je dis, ok ?
- Parfaitement Terry, c'était juste par façon de parler. Ah ! Terry ! Tu es un vrai ami ! J'ai toujours su que tu deviendrais une star, je l'ai d'ailleurs dit plus d'une fois à Candy, tu te souviens ?
- Pas vraiment mais j'ai parfois des trous de mémoire. Mais je te trouve plutôt mieux qu'avant, comment te sens-tu Neil ?
- Très bien cousine. Bon, je vais vous laisser maintenant, je dois aller voir ma Lola.
- Attends Daniel, tu devrais entrer pour voir William !
- Un autre jour Candy, je ne vais pas gâcher plus votre journée.
- C'est que je voulais te parler aussi à propos de…
- Désolée Candy, je suis vraiment trop pressé, tu ne repars pas tout de suite, on se verra plus tard, mais tu es vraiment classe avec cette coupe de cheveux, je te le dis.
- Et bien merci Neil, alors à plus tard et essaie d'être prudent sur la route.
- Ok, salut à tous, à demain Terry !
Et il repartit aussi vite qu'il était apparu, faisant crisser ses pneus et contrariant donc déjà les paroles de Candy qui haussa les épaules.
- J'espère qu'il ne causera pas d'accident à des innocents, il est vraiment inconscient, immature et hypocrite ! La seule chose peut-être bonne c'est qu'il a l'air vraiment amoureux de sa Lola ! Mais est-elle une bonne influence ou pas ?
- Si c'est elle et ses frères qui lui fournissent sa drogue, non, mais je verrai demain ! dit Terry.
-Tu penses qu'en plus de l'alcool, il se drogue ? fit Candy surprise.
- Oui chérie. Je le dis parce que c'est certain, il est drogué, il y a trop de signes, dont ses yeux injectés de sang et son teint grisâtre.
- Je crois que tu as raison, le fils de madame Salomon à Harlem avait ces mêmes symptômes quand il est venu demander qu'on le guérisse de sa dépendance. Il était cocaïnomane, il a failli mourir d'une overdose mais il n'était pas en plus alcoolique.
- Le mélange peut rendre dangereux n'importe qui Candy, il vaudrait mieux le soigner, même de force pour éviter un drame.
- Oui chéri, allons dire tout ça à Albert.
Celui-ci écouta toute cette histoire avec attention, puis avoua qu'Archibald lui avait bien dit aussi ce matin que Daniel était cocaïnomane et que c'étaient les frères de son italienne qui le fournissait pour le soumettre à leur loi. Il leur assura qu'il allait donc user de son pouvoir de tuteur dès que possible et l'obliger à se désintoxiquer. Mais il clôt le cas Daniel en disant à Terry qu'il avait appelé un ami restaurateur pour lui réserver tout son établissement demain soir pour inviter toute la troupe de comédiens à dîner. Terry eut beau dire que ça faisait du monde avec les figurants, les trois techniciens et l'assistante chargée des relations avec les théâtres, Albert affirma qu'il y aurait de la place pour tous et même des imprévus. Donc Terry accepta l'invitation d'Albert.
Candy et Terry repartirent avec une petite voiture à deux places et sans toit qu'Albert avait achetée juste après son amnésie, elle était donc ancienne mais roulait encore bien et ça évitait que Georges les ramène. Celui-ci fut d'ailleurs le début de conversation pendant ce trajet du couple.
- Ce Georges, n'est-il pas celui qui t'accompagnait sur le Mauritania il y a sept ans ?
- Absolument chéri, quelle mémoire !
- Forcément, vu que ça te concerne ma princesse. Mais je crois l'avoir vu une deuxième fois, il sortait de la cabane d'Albert au River Zoo de Londres un jour où j'y suis allé.
- Ah Oui ! Si tu me l'avais dit à l'époque j'aurais peut-être pu penser qu'Albert et oncle William ne faisait qu'un. Quoi que non, j'ai déjà tellement eu du mal à croire à son histoire au début, j'ai imaginé mythomanie ou folie vu sa récente amnésie. Et puis, je m'étais tant imaginé oncle William en vieillard à la longue barbe blanche. Et j'ai refait la même erreur avec monsieur T, que des beaux jeunes hommes, pas de papy pour me prendre sur ses genoux et me conter une jolie histoire.
- Je peux me déguiser en papy et faire ça tu sais ?
- J'en suis sure mon cœur mais ce ne serait pas le même effet, comment oublier qui se cacherait sous la barbe, je ne suis pas une actrice moi ?
- Crois-tu que je puisse rester juste acteur en toutes circonstances ma beauté ?
- En presque toutes oui chéri mais… jamais avec moi.
-OOOoOOO-
Terry s'endormit après un moment passionnel, Candy se leva, prit un bain puis alla voir ce qu'elle pourrait cuisiner pour le souper. Peter osa lui demander de pouvoir avoir sa soirée et dîner à Chicago, elle accepta bien sûr tout de suite.
- Certainement Peter, ici c'est ennuyeux pour vous, je comprends. Vu que monsieur et moi ne bougerons plus avant demain, vous pouvez emprunter la voiture de mon père, les clefs sont dessus.
- Je peux y aller à pieds mademoiselle.
- J'insiste Peter, ce n'est pas une rapide mais pour le retour dans la nuit, je préfère que vous l'ayez, d'accord ?
- Merci mademoiselle, je vous souhaite une bonne soirée.
- Je vous le souhaite aussi Peter.
Elle s'attela donc ensuite à préparer un repas pour deux avec les provisions que l'agence avait fourni ce matin. Puis, vu que Terry dormait toujours comme un bébé et qu'il dînait tard pendant les tournées, elle laissa ses plats sous couvercles et s'installa au salon pour étudier et remplir un dossier pour une jeune fille de Harlem. Près d'une heure après, elle soupirait en reposant son stylo et regardant la pendule qui indiquait 21H50 et se décida à aller le réveiller mais elle entendit justement la porte du dessus claquer puis le dévalement des escaliers. Il était tout ébouriffé, torse nu et pieds nus.
- J'ai cru qu'on m'avait laissé seul dans cette maison isolée tant c'est silencieux et que je n'ai pas vu la voiture par la fenêtre !
- Peter est parti en ville avec mais moi mon chéri, comment peux-tu m'imaginer ailleurs qu'avec toi ? dit-elle après avoir souri en venant l'enlacer et le bercer en caressant son dos d'une main et le coiffant des doigts de l'autre.
- Que veux-tu ? Je me suis réveillé en sursaut et dans ces cas là, l'esprit est embrouillé.
- Ne crains rien mon amour, Candy ne te quittera jamais, je t'aime chaque jour un peu plus que la veille, je souffre trop loin de toi sans date prévue pour nous réunir. Il va encore falloir un autre mois sans pouvoir voir tes yeux, ton sourire, sentir ta peau et la toucher alors, pas question de te quitter plus qu'il ne le faut ici. Mais tu étais fatigué, je ne peux pas penser qu'à mon plaisir et oublier ta santé, tu dois dormir quand ton corps le réclame Terry.
- Oui mon infirmière adorée. Mais maintenant je me sens prêt pour un autre marathon vers toi et donner un spectacle digne de ce nom demain soir pour un public spécial et cette belle Chicago. Mais je meurs aussi de faim.
- Tout est prêt, je vais juste cuire les steaks et réchauffer les légumes. Va te rafraîchir pendant que je m'occupe de ça.
- Entendu chérie, je vais me refaire une beauté alors.
Elle éclata de rire, il avait imité Dothy et une gestuelle précieuse et efféminée.
- Difficile d'y croire mon athlète mais la voix est réussie.
Après le dîner, ils s'installèrent sur la terrasse pour qu'il fume sa cigarette et elle lui montra fièrement le dossier qu'elle avait rempli tout à l'heure.
- C'est l'inscription pour la prestigieuse académie de musique de New York de la petite Charlène. Regarde la lettre jointe de recommandation et sa signature.
- Kubelic ? Jan Kubelic ? (1)
- Lui même chéri. Tu te souviens que je devais le rencontrer pour faire auditionner la petite, c'est fait.
- J'avoue n'avoir pas fait attention au nom, juste que tu voulais l'avis d'un violoniste professionnel pour Charlène, mais il est de notoriété que Kubelic est plus difficile à rencontrer que… moi.
- Je confirme mais moi je sais apprivoiser les ours. J'ai bien sûr eu droit à un refus de son secrétaire mais j'ai rusé en emmenant Charlène avec moi pour qu'elle joue elle-même sous les fenêtres de Kubelic jusqu'à ce qu'il l'entende et accepte de les ouvrir. Il nous a ensuite reçues toutes les deux, mon culot et le don de Charlène ont payé.
- Je t'avais bien dit que tu étais la meilleure pour cette fondation, entêtement, ruse et générosité sont tes meilleures qualités pour faire de grandes choses là-bas.
- Ça ne marche pas avec tout le monde Terry, Kubelic a les idées larges, le maire lui, je n'ai toujours pas réussi à le voir pour obtenir son autorisation de faire à Harlem une fondation publique. Les lettres restent sans réponse et lui est toujours en rendez-vous ou il manque soi disant un papier. Tant que nous n'aurons pas sa signature pour monter le dossier, on pourrait nous obliger à fermer à tout moment.
- J'ai peur que le maire ne fasse exprès de faire traîner les choses, même de les empêcher d'ailleurs.
- Pourquoi ?
- Je suis allé le voir il y a six mois environ et… je me suis un peu emporté après lui vu ses propos racistes et son incompétence. J'espérais qu'il avait oublié ou au moins qu'il pouvait faire fi de ses états d'âmes pour rester un maire équitable à tous mais j'en doute de plus en plus. J'ai compris ensuite qu'il valait mieux que ce soit James qui s'occupe de ce genre de choses avec les décidants de ce monde.
- Je ne renoncerai pas pour autant Terry, je trouverai bien un moyen de l'obliger à faire son travail équitablement. Sinon, je peux demander l'aide d'un professionnel du droit.
- Je connais aussi quelqu'un d'autre qui pourrait faire changer d'avis le maire, son point faible, Emma.
- Emma ? C'est sa fille ?
- Non, Emma est une femme, une prostituée, et le maire est un client assidu d'Emma.
- Comment sais-tu ça ? Attends ! Emma ! L'Emma dont tu as parlé dans ton journal ?
- Oui, elle-même.
- Oh !
Elle ne put retenir ce soupir et baisser les yeux. Mais elle les releva très vite et lui sourit.
- Je ne vois pas en quoi Emma peut nous aider Terry, désolée.
- Eh bien, elle peut le sensibiliser à notre projet si je lui demande.
- Si tu… Tu la vois toujours ?
- Pas en client bien sûr mais je…
- Terry ! C'est… du chantage ce que tu imagines, c'est… minable.
- Mais je n'ai pas dit ça Candy, juste qu'elle lui en parle, il suffira que tu…
- Quoi ? Ah ! Non ! Tu voudrais que j'aille voir cette… Emma, moi ?
- Je n'ai jamais dit ça non plus, laisse-moi finir mes phrases s'il te plait, j'allais dire, que tu ais confiance en moi pour garder Emma en amie, comme toi tu as la mienne pour ton cousin.
- Tu oses comparer Anthony et une putain ! Nous étions mariés Terry, je n'ai pas couché avec la moitié de tout Chicago pour essayer de… Oh mon Dieu ! Non ! Terry, reviens, je ne voulais pas !
Elle s'effondra à genoux en sentant son cœur se tordre, une douleur en poignard, celle qu'il avait reçu en plein cœur d'elle. Il n'avait pas supporté, son regard était devenu néant et il était parti en courant. Elle pleura toutes les larmes de son corps mou et lourd, c'était la première dispute, la première blessure et c'était elle qui leur avait infligé, par jalousie uniquement. Elle se croyait à sa hauteur, elle croyait le mériter alors qu'à la première allusion à ce passé, elle réagissait comme une mégère possessive et aigrie, alors que lui… Mais à quoi bon se lamenter ici, il fallait réagir, le retrouver vite pour qu'il cesse d'avoir mal et le supplier de lui pardonner.
Elle se releva, s'essuya les yeux et partit à sa recherche. Elle voulut crier son nom et sa supplique mais sa voix ne sortait plus tant la boule dans sa gorge l'étouffait. Après le portail, elle partit vers la droite, vers Chicago et ses lumières. Elle courut sans penser qu'il n'avait peut-être pas pris cette route mais l'autre car elle menait vers Lakewood, elle courut tant qu'elle put, en croyant voir son ombre courir aussi mais elle vit en la rejoignant que ce n'était que des branches de peuplier que le vent faisait danser. Elle s'arrêta alors, essoufflée et pensa enfin qu'il avait pu aller simplement face au lac Michigan en prenant à travers champ, ce qui était plus probable pour un cœur triste et si romantique. Elle tourna alors les talons mais le bruit d'une voiture venant face à elle l'obligea à se mettre sur le bas côté de la route. Celle-ci surgit du virage très vite, beaucoup trop vite, les phares l'éblouirent, elle ferma les yeux en espérant qu'elle ne se ferait pas fauchée mais ne pouvait aller plus au bord vu le fossé et le sauter serait aussi imprudent. Un coup de frein brutal et sifflant la fit frémir mais elle ne ressentit aucune douleur. Mais en rouvrant les yeux et voyant sortir un homme titubant dans une voiture blanche elle se dit qu'elle n'avait vraiment pas de veine ce soir.
- Candy ? Mais oui c'est bien toi, j'ai cru une hallucination mais c'est bien ma petite cousine seule sur cette route. Tu es bien seule non ?
Il scruta les alentours, la regarda en détails et un sourire apparut sur sa face.
- J'ai compris, tu as pris tes jambes à ton cou après avoir enfin découvert qui était ton fiancé, n'est-ce pas ?
- Pas du tout Neil, je me promenais seulement et tu as failli me renverser, tu es ivre, ça se sent et ça se voit.
- Oh ! J'ai peut-être bu un peu trop de champagne pour fêter avec ma Lola nos premiers six mois ensemble mais rien de méchant. Alors comme ça tu te promènes en pleine nuit sur la route avec des yeux tout rouges. Dis plutôt que ton acteur t'a fait pleurer, c'est un salopard, tu le sais maintenant alors oublie-le enfin et venge-toi de lui et d'Anthony qui t'a rendue aussi malheureuse.
- Tu dis n'importe quoi Neil, ni Anthony, ni Terry ne m'ont jamais fait aucun mal, ce qui n'est pas ton cas. Remonte dans ta voiture maintenant et va retrouver ta Lola au lieu d'insulter devant moi quelqu'un que tu as supplié et encensé tout à l'heure, espèce d'hypocrite.
- Tu ne devrais pas me traiter ainsi Candy, tu es seule, je ne vois pas ton bellâtre accourir à ton secours alors ne me provoque pas, j'ai toujours très envie de t'avoir, je n'ai jamais renoncé à m'offrir un joli bonbon comme toi, en plus tu es encore plus belle et sexy aujourd'hui, presque aussi bandante que ma Lola.
- Ne me touche pas ! grogna-t-elle en reculant et fuyant son haleine fétide et sa main qui s'était posée une seconde sur sa gorge. Tu es vulgaire, saoul et drogué espèce de lâche, tu me dégoûtes toujours autant même davantage, je ne te conseille pas de me toucher où je t'arrache les yeux, n'oublie pas non plus que je sais me défendre seule !
- Je n'ai rien oublié Candy, ni tes humiliations, ni comme j'ai été malheureux à cause de ton dédain, ni que jamais personne avant toi ne m'a fait devenir si désireux d'être un type bien. Tu es la seule que j'ai eu envie d'épouser et même ça tu l'as refusé, toi la servante, l'esclave de ma sœur, la fille d'écurie. Mais tu ne peux plus maintenant me faire croire que tu es une sainte colombe, te voilà divorcée et avec le pire coureur de jupons de New York qui n'aime que les putains. Tu es donc une putain, une belle putain de luxe, mais bien une garce de putain, ma sœur l'a toujours su, tu n'es faite que pour écarter les cuisses, alors je vais finir ce que ton raté d'acteur a interrompu au collège mais qu'aujourd'hui il ne pourra vu qu'il est parti se saouler à Chicago et que tu essayais de lui courir après. Il ne vaut pas mieux que moi Candy, tu le sais maintenant alors je vais te donner de quoi te venger, viens !
Il attrapa sa main et l'attira à lui, elle se débattit comme une folle mais il était plus fort qu'avant, la drogue pouvait décupler force et rage, de plus il ne semblait pas avoir peur d'elle ni des conséquences cette fois.
- Arrête Neil ! dit-elle alors sans hurler et montrer de dégoût. Si tu fais ça, tu risques la prison, je ne suis pas consentante, de plus ta Lola serait très malheureuse si tu lui es infidèle.
- Lola est une pute, comme toi Candy et les putes ne peuvent se plaindre, elles sont faites pour ça ! dit-il en ricanant méchamment.
- Neil, je t'en prie, reprends-toi, tu as vraiment trop bu, tu n'es pas conscient de ce que tu fais, tu dois être très malheureux pour te détruire, on va parler tous les deux, je vais t'aider à guérir mais… Non ! Lâche moi immonde pourceau, je te hais, tu m'entends, je te hais !
Elle n'avait pu continuer la raison, il avait réussi à soulever sa jupe et frôlé sa cuisse alors le dégoût avait repris le dessus. Elle trouva enfin assez de force pour le repousser et reculer mais se prit une violente gifle dans le visage et tomba à la renverse. Elle sentit alors une douleur à la tête et réussit à penser fort avant de perdre conscience :
« Terry, mon amour, viens à mon secours ! »
(1 ) Jan Kubelic est un violoniste tchèque naturalisé hongrois 1880-1940 ayant fait plusieurs tournées aux Etats-Unis)
Fin du chapitre 13
