« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 14 « La peine capitale »
D'elle,
« De ses boucles sauvages couleur blé mûr,
Enrubannées d'un papillon coloré,
De ses grands yeux vert prairie si purs,
Emplis d'innocence et de malice,
De son nez mutin ensoleillé de points dorés,
Et de son sourire candide, j'ai le souvenir factice.
Dire qu'elle berçait mon lobe d'un doux murmure bruissant,
Que devant elle j'ai versé tant de larmes et de colères ;
J'aurais vomi mille morts pour oublier qu'en un instant
J'ai plongé aux confins des lendemains amers.
J'ai ensuite navigué entre vents et fièvres,
Poursuivant mes rêves sans jamais les frôler ;
J'ai caressé des corps, embrassé tant de lèvres
Sans jamais y trouver de repos ni de joies ;
Seule son ombre hantait mon oreiller
Et son nom vibrait en moi, comme l'unique loi.
Et bien qu'elle n'ait vraiment vécu que dans mon souvenir
Car elle n'y avait trouvé qu'un illusoire secours
D'un instant, d'une seconde, rêvant d' un autre sourire,
J'ai gardé à jamais le miracle d'un seul amour.
Alors j'ai inventé mon rêve et l'ai sculpté de pierre ;
Et même si elle n'est qu'ombre, j'ai éclairé mes nuits
De tout ce qu'elle aimait et qui la rendait vraie ;
J'ai grimpé sur son sol, ailé son univers
Et cueilli ses étoiles filantes de minuit
Au plus haut de son ciel, soufflant notes en bouquets.
Elle est heureuse sans moi mais j'ai mon rêve pour vivre,
La savoir dans ses bras n'est plus une douleur
Depuis que j'ai appris à l'aimer en homme libre :
Son bonheur est pour moi tout aussi mon bonheur. »
Poème extrait du journal de Terry, septembre 1918
Diogène
Il était en effet parti à travers champs et ne s'arrêta de courir qu'en voyant au loin l'eau du lac Michigan, aussi sombre que son humeur. La voix de Candy à quinze ans lui disant :
« J'ai tant de souvenirs de ce lac, ce serait bien si un jour nous pouvions le regarder ensemble Terry ! » revint à sa mémoire.
Une larme coula sur sa joue, il le voyait seul à nouveau et craignait que ce beau rêve n'en avait encore été qu'un. La voix de Candy aujourd'hui résonna à nouveau dans sa tête, le reproche qu'il ait couché avec toutes ces femmes et prostituées. Non, il s'imaginait mal accepter qu'elle se soit donnée à autant d'hommes, un suffisait, même si lui n'était plus un souci. Encore une fois il l'avait blessée, le passé ne disparaîtra jamais et l'amour ne suffisait pas à tout accepter sans souffrir. Pourtant, en donnant tout, disant tout et faisant confiance en tout, on devrait pouvoir se débarrasser de tous ces inutiles sentiments. Il n'avait pu en parler, elle n'avait lu que ce journal intime, c'est lui qui était fautif en laissant les doutes arriver sans qu'elle soit préparée. De plus, il avait encore fui ses responsabilités au lieu de les affronter, de crainte de voir en elle une terrible déception. Il retourna alors en courant sur ses pas, la chercha dans toute la maison mais comprit, vu que la porte était grande ouverte qu'elle le cherchait aussi. Il allait hurler son nom quand un nouveau coup de poignard lui traversa le cœur. Mais cette fois, ce n'était pas une douleur faite de désespoir mais un signal aigu et effrayant et la certitude qu'elle était en danger. Il scruta les alentours, son instinct l'incita à courir vers la droite, vers Chicago et ses lumières. Il accéléra encore l'allure en sentant un autre coup sourd dans le cœur et maintenant la sensation de geler sur place, il courut plus vite qu'un lièvre de peur d'arriver trop tard. Ses yeux s'agrandirent, puis s'injectèrent de sang quand il vit un corps immobile sur le bord de la route juste éclairé par les phares d'une voiture et un autre accroupi devant lui et le palpant.
- Candy! hurla-t-il. Vous l'avez renversée ? Vous l'avez écrasée ? Répondez bon sang !
- Je… oui, c'est un accident Terry, je n'ai pas voulu, je te jure !
- Daniel !
A défaut d'avoir reconnu sa voiture et sa silhouette, il n'eut aucun doute sur cette voix plaintive et fausse.
- Qu'est-ce qui s'est passé Daniel ? Je te conseille de ne pas mentir !
Il ne s'énerva pas mais son ton menaçant et sa poigne ferme sur sa gorge étaient sans appel et cette fois Daniel Legrand sentit venir la peur, cette peur que ce type qui n'avait peur de personne lui causait encore aujourd'hui, même avec ses « anti-peur ».
- Elle… est tombée et s'est cognée la tête Terry, je me suis arrêté pour lui porter secours, je te jure, j'allais la porter dans ma voiture et l'emmener à l'hôpital, c'est tout.
- Elle respire, son cœur bat en effet et elle semble intacte mais … Oh ! Mon Dieu ! Sa tête saigne, elle est tombée sur une pierre mais… Pourquoi serait-elle tombée seule ? Parce que tu roulais trop vite et que tu as failli l'écraser n'est-ce pas ? Oui, tu pues l'alcool en plus espèce de taré !
- Oui je roulais trop vite Terry, c'est de ma faute, oui mais je ne l'ai pas fait exprès et je comptais vraiment l'emmener à l'hôpital, sinon je serais déjà loin, c'est une preuve que j'assume mes actes, hein Terry ? Tu ne vas pas me frapper ? Qu'est-ce que ça changerait pour elle ?
- Tu as raison pour une fois, il y a plus urgent que ton sort, tu vas nous emmener tous deux à l'hôpital Ste Johanna. Ne crains rien, si tu n'as rien fait sciemment pour lui nuire, je ne te toucherai pas mais dans le cas contraire, je te tuerai de mes propres mains.
- Merci Terry ! Je vais faire ce que tu as dit mais il faut que tu me lâches pour que j'aille t'ouvrir la portière, toi tu la transporteras et…
- Terry !
Daniel sentit son sang se glacer en entendant Candy émerger. Bientôt Terry saura la vérité et il fera ce qu'il a dit, c'est sûr, son ton avait été si affirmatif. Alors, il profita du réveil de Candy et dès que Terry le lâcha pour se pencher seulement sur Candy, il détala jusqu'à sa voiture. Terry crut d'abord qu'il allait la reculer jusqu'à eux mais à peine démarré, il partit en trombe vers Chicago.
- Sale trouillard de lâche ! hurla-t-il. Préviens au moins un médecin !
Il faillit lui courir après mais la main de Candy le retint.
- C'est inutile Terry ! Oh ! Pardonne-moi mon amour ! Je ne te mérite pas mais je t'aime.
- Candy ! C'est moi qui ne te mériterai jamais mais qui t'aime plus que tout. Mais il faut qu'on te soigne, on parlera plus tard, tu saignes, c'est terrible !
- Non chéri, ça ne peut être grave puisque je te parle et que je ne sens ni nausée ni maux de tête. Puis après avoir tâté sa blessure et regardé ses doigts : Ça ne saigne plus et ce n'est que superficiel, je t'assure Terry.
- Je vais te porter jusqu'à la maison, on verra mieux là-bas.
- Oui Terry mais ne cours pas, je ne mourrai pas de cette blessure, je te le jure, comme je te jure que tu n'as rien fait de mal, c'est moi qui ai tous les torts.
Il ne répondit pas et la souleva puis la porta tel un colis fragile jusqu'à la maison. Il la posa ensuite sur le canapé et regarda mieux sa blessure derrière la tête.
- C'est vrai que ça semble peu profond et que ça ne saigne plus mais n'y a-t-il pas des risques d'infection, de tétanos ou autres ?
- Si Terry mais je peux me faire une piqûre anti-tétanos seule et toi me la désinfecter. Va chercher ma trousse là haut chéri, la précaution est aussi que je ne me lève pas avant une ou deux heures en cas de traumatisme crânien, et que tu m'empêches de m'endormir si tu le constates. D'accord ?
- Oui mais ne me cache aucun symptôme s'il te plait, ne me cache rien !
- Non Terry ! Je te le promets.
Elle ravala sa salive dès qu'il partit, en repensant à Daniel et la promesse que Terry lui avait faite alors qu'elle venait de revenir à elle.
« Mon Dieu ! Il ne faut pas qu'il sache ! Cette fois je suis obligée de lui mentir ou…
Il redescendit quatre à quatre les marches et lui tendit sa trousse Elle sortit la seringue et se fit l'injection sans broncher. Puis elle lui donna coton et antiseptique et enfin une bande pour empêcher tout nouveau saignement et cognement. Une fois terminé, elle lui sourit et l'attira pour un baiser profond. Mais son sourire pâlit ensuite car il la regarda attentivement et lui demanda doucement :
- Candy, dis-moi maintenant ce qui s'est passé et quel rôle a eu ce lâche, dis-moi tout s'il te plait.
- Je suis tombée Terry, j'ai glissé, c'est seulement de ma faute.
- Mais tu as bien vu la voiture et Daniel avant de tomber n'est-ce pas ?
- Oui, j'ai sans doute été éblouie et je suis tombée car je courais mais ça ne vaut pas que tu ailles le tuer !
- Tu m'as entendu lui dire ça ?
- Oui, j'ai repris conscience juste une seconde avant mais je n'ai pu parler qu'un peu après.
- Entendu. Donc si j'ai bien compris, tu courais, tu as été éblouie par une voiture que tu avais dans le dos, tu as glissé et est tombée à la renverse sur une pierre à cause de l'éblouissement et tu t'es certainement giflée seule de ta bêtise juste avant de t'évanouir vu la marque encore sur ta joue. C'est bien ce qui s'est passé n'est-ce pas Candy ?
Elle le regarda avec terreur en mettant sa main sur sa joue, lui était calme mais cette fois son regard semblait empli de déception.
- Tu m'as menti Candy, volontairement menti.
- Oui Terry mais si je te dis la vérité tu vas aller tuer Neil !
- Donc il t'a frappée et…
- Non ! Je te jure qu'il ne m'a pas touchée, il était trop ivre et drogué, il n'a réussi qu'à me gifler et je suis tombée.
- Quand je suis arrivé, il te tripotait, j'ai cru qu'il tâtait des éventuelles blessures mais… Quel porc ! Si je n'étais pas arrivé il….
Elle le vit alors devenir rouge et ses yeux lancèrent des éclairs. Elle pleura en essayant de le calmer.
- Je t'en prie Terry, quoi qu'il ait voulu, il n'a pas réussi grâce à toi alors oublions-le.
- Comment oses-tu dire ça ! hurla-t-il en la repoussant. Tu veux que j'oublie que c'est la deuxième fois que ce dégueulasse tente de te violer ? Mais pour qui me prends-tu ? Un lâche comme lui ?
- Non Terry, je sais que tu es capable de le tuer pour moi, je le sais très bien et c'est pour ça que je te supplie de ne pas aller faire justice seul ! cria-t-elle aussi en pleurant et s'accrochant à son bras pour l'empêcher de partir.
- Tu protèges un criminel Candy, si tu m'aimes, respecte mon besoin de justice, laisse-moi faire ce qu'un homme digne de ce nom fait pour protéger et venger sa famille !
- Non ! hurla-t-elle encore plus fort. Non ! Si tu le tues, on te mettra en prison, je serai encore seule et malheureuse et on aura encore perdu notre bonheur à cause des autres ! Je ne veux pas de cet avenir, de te voir derrière des barreaux, ça ne fera de mal qu'à nous ! Je t'en supplie, ne m'abandonne plus, j'ai peur, j'ai mal, je préfère mourir !
La colère de Terry retomba alors d'un coup en la voyant désespérée, sanglotant et se tordant les mains, le corps tremblant.
- Je ne le tuerai pas Candy, je te le promets ! Calme-toi s'il te plait, j'ai compris, tu as raison, le tuer ne ferait que nous séparer encore. Alors laisse-moi appeler la police pour qu'il soit puni légalement de son crime.
- Pour une gifle ?
- Une tentative de viol Candy ! Tu ne vas pas encore me mentir, je suis sûr qu'il a essayé, même après ton évanouissement.
- Rien n'est prouvé Terry, ce sera juste ma parole contre la sienne vu qu'il niera forcément. Ca risque de ne pas mener loin, par contre le scandale rejaillira sur toi, Albert et la tante Elroy si âgée, elle en mourra peut-être !
- Alors, on ne peut rien faire et laisser ce type continuer tranquillement à rouler comme un cinglé, frapper et violer les filles ! Mais se taire, n'est-ce pas alors aussi un crime s'il finit par violer ou tuer un jour un innocent, n'est-ce pas une complicité de meurtre ?
- Albert a déjà décidé de le faire soigner, on lui dira demain de le faire sans attendre, on lui dira tout, je ne lui mentirai pas. Terry, je sais ce que vaut Neil mais la drogue et l'alcool l'ont rendu encore pire, un pire qu'il n'aurait peut-être pas commis sans ça.
- Seul le manque de courage l'a empêché de faire pire et tu le sais très bien Candy. Au collège, il a déjà essayé, il a eu besoin de deux autres types pour trouver le courage et tout à l'heure ce sont drogue et alcool qui lui en ont donné.
- Même si c'est la peur seule qui l'empêche de faire plus de mal, nous ne sommes pas des bourreaux, ni même des juges, nous ne pouvons que faire ce qui protègera la population, pas le punir ou nous venger, où nous ne vaudrons guère mieux que lui.
- Je ne suis pas d'accord avec toi cette fois Candy, à trop pardonner, on ne peut plus être protégé, certains actes sont impardonnables et doivent être sanctionnés. Evidemment, je sais que tu ne peux penser autrement où tu ne serais plus Candy.
- Je lui laisse encore une chance oui mais aussi parce qu'il m'a dit des choses troublantes en m'accusant de l'avoir rendu malheureux parce que j'ai méprisé son intérêt pour moi. Je ne regrette rien mais… j'ai peut-être aussi une part de responsabilité dans sa déchéance.
- Non Candy ! Je suis bien placé pour savoir que c'est seulement nous même qui décidons de ce que nous faisons de notre vie et pas les autres.
- Oui mais il n'a pas connu de bonnes influences et j'aurais pu essayer de l'être si je n'avais pas eu autant de ressentiment pour lui.
- Bon, inutile qu'on poursuive, cependant moi je n'arrive pas à m'imaginer repartir d'ici en te sachant encore si près de lui.
- Pour l'instant je ne risque plus rien vu que tu es là, ne me quitte pas et il ne m'arrivera rien. Ensuite, Albert te remplacera. Tout ça ne serait pas arrivé sans mon attitude idiote et cruelle, tu vois, dès que je vire mauvaise je suis punie, je ne serai plus qu'une douce et tendre Candy avec toi.
- Reste juste Candy mon amour, mais ne perds pas trop d'épines, ce monde est trop dangereux pour la pureté hélas ! J'ai eu si peur Candy, ce coup de poignard heureusement m'a envoyé là où tu étais, une sorte de sixième sens.
- Tu as entendu mon appel mon cœur, le pouvoir de l'amour, nous sommes reliés par un fil, nous sommes bien plus fort ensemble, deux âmes sœurs que rien ne séparera jamais ! Jamais plus je ne veux ressentir cette douleur de t'avoir blessé, jamais plus je ne veux te rendre malheureux injustement.
- J'ai cru que tout était clair mais je t'ai demandé de comprendre sans savoir tout, je suis aussi fautif.
- J'ai refusé de l'entendre et j'ai lu sans avoir compris qu'Emma n'était pas comme les autres femmes.
- Non mais je ne l'ai jamais aimée d'amour, c'est l'amie que j'appréciais en dehors de sa facilité à se faire passer pour une autre dans son métier. Je lui ai dit que je ne la reverrai plus ainsi le lendemain de ton anniversaire, je l'ai juste appelée avant la première pour l'inviter mais elle a préféré comme à chaque fois ne voir la pièce qu'à la troisième représentation pour ne causer aucun problème comme elle dit.
- J'ai confiance en toi Terry, tu peux voir qui tu veux, où et quand tu veux sans craindre les mauvaises langues, je n'écouterai jamais que mon cœur pour savoir notre vérité. La jalousie naît souvent de malentendus, il n'y en a plus désormais avec Emma. Tu lui demanderas quand tu le pourras si elle peut faire changer d'avis le maire, lui expliquer notre cause et que je serais heureuse de connaître une grande amie de mon futur époux. Tu peux même l'inviter à notre mariage si tu veux, comme Susanna.
- Emma n'acceptera jamais Candy, pas par jalousie pour toi bien sûr, juste par éthique et crainte de causer du scandale. Mais j'apprécie ta proposition et essaierai de convaincre Susanna.
- Et pour la pièce à New York ?
- Je n'ai pas encore de réponse du directeur de théâtre mais tous les acteurs accepteraient de rejouer le lendemain de notre retour, même les figurants.
- Parce qu'ils aiment jouer avec toi mon étoile. J'espère que ce sera possible, Susanna regrette tellement de l'avoir ratée. Terry, je crois qu'il n'y a plus de risque pour ma tête, ça fait une heure et je me sens bien. Nous pourrions monter nous coucher, il est tard ?
- D'accord mais je t'emporte encore, tu sais que j'adore te montrer ma force !
- Oui mon amour, tu es fort, tu n'as peur de personne, je me sens si en sécurité dans tes bras, mais ta force est autant dans ton intelligence et ton cœur. Tu es le compagnon idéal, l'homme parfait, comme en rêvent Dothy et tant de femmes.
- J'ai une autre peur que les piqûres, bien plus angoissante, qu'on blesse et m'enlève ma famille, oui, c'est ma plus grande frayeur en ce monde.
- Moi aussi mon amour, pardonner est plus facile si ça ne concerne que moi mais bien moins pour qui nuit à ma famille, j'essaierai de toujours penser désormais en nous et plus en je.
- Moi aussi mon ange, nous prouverons au monde que le grand amour peut durer et ne pas devenir routine sans avoir besoin de mort pour en faire une légende.
-OOOoOOO-
Il caressa encore tendrement sa joue, elle dormait d'un sommeil paisible, un sourire aux lèvres. Il posa les siennes sur ses cheveux éparpillés sur l'oreiller, remonta le drap sur ses épaules nacrées puis sortit du lit sans bruit. Il griffonna quelques mots sur un papier, le posa en évidence sur l'autre oreiller, ramassa ses vêtements jetés sur un fauteuil, éteignit la lampe de chevet et quitta la chambre dans le plus parfait silence. Rhabillé sur le palier, il alla frapper en dessous à la chambre de Peter rentré il y a peu. Il ne dormait pas encore car il ouvrit très vite, vêtu de son pyjama.
- Monsieur ?
- Peter, je dois m'absenter pour quelques heures. Je vous confie mademoiselle André, sous aucun prétexte, elle ne doit quitter cette maison ou y rester seule pendant mon absence. En cas de visite ou de problème, appelez immédiatement chez William André, voici son numéro.
- Soyez tranquille monsieur, je suivrai vos directives à la lettre.
- Merci Peter, je pars rassuré.
Celui-ci le regarda partir et pria dans sa tête pour que tout finisse bien pour ce qu'il ne savait pas. Mais pour lui, seul importait sa mission et avoir la confiance de son employeur si généreux.
Terrence poussa la voiture jusqu'à la route après avoir desserré le frein à main. Il était près de quatre heures, la nuit était tiède et les étoiles créaient un semblant de clarté. Il démarra, prit à gauche et dix minutes après il arrivait devant la belle propriété de Lakewood et son majestueux portail. Bien sûr, il était fermé à clef à cette heure, il ne voulut pas tirer la cloche et escalada le mur assez facilement. Puis il sauta à l'intérieur et courut sur l'allée jusqu'à l'entrée mais cette fois il ne put faire autrement que sonner, et plus d'une fois, mais Georges finit par demander derrière la porte :
- Qui est là ? Comment êtes-vous rentrés ?
- Georges, c'est Terrence Grandchester, je dois parler à Albert en urgence.
- Monsieur Grandchester ? répéta-t-il en ouvrant et constatant que c'était vrai. Est-il arrivé quelque chose à mademoiselle Candy ?
- Oui Georges, mais elle va bien, rassurez-vous. Pouvez-vous réveiller Albert s'il vous plaît ?
- Oui, entrez, je vais le chercher.
Il grimpa l'escalier quatre à quatre et une courte minute après, Albert le précéda en le descendant encore plus vite, torse nu, en pantalon de pyjama et pieds nus.
- Terry, dis-moi ce qui se passe ? C'est Candy ?
- Oui mais elle va bien, elle dort. C'est…
Après Georges, c'est Dothy qui dévala l'escalier, en robe de chambre.
- Il est arrivé un malheur à Candy, mon Dieu !
Il dut à nouveau la rassurer mais raconta ensuite l'agression et l'évidence de tentative de viol de la part de Daniel, sa fuite mais pas la dispute qui fit aller Candy sur la route, le justifiant seulement pour se promener et digérer.
- Bonté divine ! Et dire que j'aurais pu l'empêcher si j'avais agi en responsable en le faisant interner dès mon arrivée. Archibald m'avait pourtant bien informé de l'état mental de ce dépravé ! Oser faire ça à ma fille ! Bon sang, je vais le tuer de mes propres mains quand j'aurai mis la main dessus !
- Calme-toi William ! dit Dothy après cet accès sonore de rage, en serrant son bras comme Candy l'avait fait à Terry. Tout de suite des idées de vendetta, il vaudrait mieux prévenir la police.
- Candy ne veut pas de scandale et pense que sans preuves ça ne mènera pas loin. Et pour le tuer… ce serait déjà fait si je ne lui avais pas promis que sa famille ne paierait pas pour un malade de drogué qu'elle veut encore croire… réparable.
- Elle a bien fait, dit Dothy soulagée. Alors qu'allez-vous faire ? Tu avais forcément une idée en tête en venant ici Terrence ?
- Oui Dothy, retrouver très vite Daniel moi-même et le conduire jusqu'à un centre de désintoxication où on le surveillera. Je ne peux pas repartir d'ici en le sachant libre Albert, ni même jouer demain soir, je ne le tuerai pas mais ma justice doit être réalisée pour pouvoir poursuivre mon chemin.
- Je comprends Terry, c'est pareil pour moi, je meurs d'envie de débarrasser la Terre de ce dépravé mais ce ne serait que pire ensuite, le retrouver tout de suite est le plus intelligent. Il a fui, il a très peur de toi, il doit donc se terrer quelque part jusqu'à ton départ. Tu l'as vu partir vers Chicago, il n'a donc pas dû retourner chez ma tante mais certainement chez l'italienne, et j'ignore où elle vit. Mais Archibald le sait, allons vite le voir !
- Tu pourrais lui téléphoner ! fit Dothy, ça irait plus vite.
- Oui mais je ne veux pas réveiller Annie, et puis il m'en voudra encore plus si on le laisse à l'écart de ce qui concerne Candy. J'ai la clef de son portail et sa maison n'est qu'à dix minutes et sur la route de Chicago de toute façon.
Il regarda Terry qui hocha la tête.
- Alors, allons-y sans traîner !
- Va quand même t'habiller un peu plus, dit Dothy tendrement.
- Heu… oui, je reviens très vite.
Il remonta deux à deux l'escalier, Georges s'esquiva aussi et Dothy serra la main de Terrence.
- Je peux aller auprès d'elle si tu veux.
- Elle dort, c'est mieux qu'elle ne sache pas trop tôt que je suis parti, j'ai dû lui mentir.
- Tu ne peux la surveiller toujours Terrence, ne te reproche rien.
- Les si n'ont jamais servi à rien Dothy, je préfère agir par anticipation quand c'est possible. Si elle t'appelle, dis-lui que je n'agis que pour notre bonheur, pas notre malheur. Cette idée m'empêchera de perdre mon sang froid car loin d'elle ma vie a toujours été trop sombre.
- Tu as ce même air lugubre qu'avant mon rendez-vous mystérieux, c'est vrai, mais ton sourire reviendra dans quelques heures, tu n'es pas fait pour toute une vie de drames mon ami, tu es trop fort pour eux.
Albert revint habillé, il tendit un papier à Dothy.
- Est-ce que tu peux essayer d'appeler Anthony à New York, lui expliquer et lui demander ce qu'on peut espérer de la justice si on porte plainte pour tentative de viol, enfin son avis d'avocat ?
- Anthony ? Mais Georges est aussi avocat !
- Oui mais en retraite, Anthony en sait plus.
- Ah ! D'accord, je vais tenter de l'appeler alors.
Terry se demanda pourquoi cette idée ne l'enchantait pas, puis se dit que c'était parce qu'Anthony allait encore en souffrir et en être fâché.
Sur la route, Albert lui demanda aussi son avis sur Anthony.
- J'aurais dû te demander avant si ce n'était pas un problème que je veuille prévenir Anthony de ce drame ?
- Certainement pas Albert, je trouve ça normal et son avis m'intéresse aussi.
- Il va être furieux après Neil, c'est sûr mais surtout très peiné pour Candy.
Il avait confirmé ce que Terry avait pensé.
- Tout à l'heure, Candy a dit que c'est Anthony qui avait rendu Daniel à l'impuissance et pas elle, sais-tu ce que ça signifie ?
- Oui, Anthony a dû … secouer Daniel un peu fort un jour, Daniel cranait à cause du handicap d'Anthony mais il a appris que son poing n'était pas diminué quand on osait importuner Candy, enfin tu imagines forcément qu'il réagit comme toi pour elle, même s'il la voit autrement.
- Je trouve ton neveu très respectable Albert, il te ressemble, et je le dis sans que compte votre lien de parenté.
- Tu l'as déjà rencontré ?
- Il a été mon avocat pour mon divorce, pur hasard pourtant.
- Le monde est donc petit pour qui se ressemble. Oui, Anthony est un bon garçon, déjà gamin il était féru de justice, surtout en voyant ce que ces maudits Legrand faisaient subir à Candy. C'est d'ailleurs lui le premier qui a voulu que je l'adopte, il m'a écrit une lettre avec Archibald et Alistair en me suppliant de sauver sa jolie amie Candy, dire que c'était mon idée qu'elle tienne compagnie à Elisa, ce que j'étais idiot à cette époque.
- Les si ne servent à rien Albert, ta famille est formidable. Alistair était un garçon intelligent, doué et gentil. Archibald aura toujours mon respect, il est droit, franc et nos différents n'ont jamais compté pour me faire aussi une idée exacte. Anthony a été mon rival en l'ignorant, je le connais sans le connaître vraiment encore mais en apprenant maintenant un nouveau point essentiel de ce qu'il est pour Candy, j'aspire encore davantage à devenir son ami si c'est possible. Mais de Daniel, pas question pour moi d'avoir pitié, seul ce qui est le mieux pour Candy m'empêchera de le secouer trop fort s'il rajoute encore à son infamie.
- Je n'en doute pas fils mais c'est elle qui a raison, je ferai pareil. Regarde, voilà la maison d'Archibald, pas mal hein ?
Il descendit sans attendre de réponse et ouvrit le portail vert. On voyait une belle maison plus loin, style classique et solide mais Terrence n'en distingua guère plus et préféra profiter de cette pause pour fumer à l'extérieur. Il avait réussi à diminuer de moitié sa consommation depuis un mois mais celle-ci lui parut souveraine pour se préparer à ramener Neil sans succomber à son envie de meurtre. Il sourit pourtant en imaginant l'avocat en apparence si doux secouer son ignoble cousin, en fait il n'était pas étonné désormais que tous deux voient les choses de la même façon dans bien des domaines et surtout pour le bonheur de Candy. Il se dit en pensant à tout ce qu'il avait pu supposer de cet Anthony si présent dans sa vie depuis sept ans, que tout sauf avoir de plus en plus envie de le connaître vraiment et être son ami, avaient été imaginés. Mais c'était vrai, Anthony Brown, à travers Candy et Albert, le fascinait de plus en plus. Il se demanda si il avait ouvert l'enveloppe des invitations, sa réaction première et si il avait vu sa pièce. Il se souvint avoir essayé sans succès de le reconnaître parmi les spectateurs des six premiers rangs le soir de la deuxième représentation, caché derrière le rideau avant l'entrée en scène. Non, il n'était pas venu mais il ne pensait pas qu'il avait jeté les billets vu que toutes les places étaient occupées et qu'il avait ensuite fait des allusions à Candy sur un ami lui ayant dit son adage à suivre. Il n'avait pas pu venir mais pas par fierté ou mépris, il savait bien que Candy finirait par lui répéter ses paroles, donc c'était voulu et un signe qu'il ressentait la même sympathie naturelle et ouvrait aussi une porte pour l'avenir.
Il regarda sa montre, quatre heures quarante-cinq, Albert était parti depuis dix bonnes minutes, il chassa son impatience en rêvassant à sa dulcinée. Enfin à cinq heures, deux ombres apparurent derrière le portail, il reconnut le jeune dandy en ce solide homme aux cheveux châtains plus courts qu'à l'époque et sa nouvelle fine moustache, mais ses yeux noisette semblaient bien en colère. Pourtant Terry lui tendit la main et lui sourit avec respect.
- Bonjour Archibald, je suis ravi de te revoir, même si c'est pour un désagréable projet.
Celui-ci fixa l'acteur droit dans les yeux, hocha vaguement la tête mais ignora sa main.
Albert soupira discrètement mais sourit à Terry.
- J'ai l'adresse de l'italienne, en plein centre de Chicago, dans un quartier où la pègre règne.
- Le crime organisé Albert, ce qui est pire. Il y a eu une fusillade la semaine dernière dans cette même rue où cette garce vit, la police hésite maintenant à y passer de nuit.
- Moi, j'irai et sortirai Daniel de son repaire, je te le promets Archibald.
- Garde tes promesses Grandchester, je ne me souviens pas t'avoir vu en tenir une depuis que je te connais.
- Archibald ! Tu es injuste ! protesta Albert.
- En quoi ? Il avait promis à mon frère qu'il ne voulait que le bien de Candy, vois le résultat !
- C'est Neil qui lui a fait du mal, pas Terry !
- Il n'est même pas fichu de la protéger quand elle est avec lui, avec Anthony il ne lui est jamais rien arrivé, il savait régler les problèmes avant qu'ils n'arrivent, lui.
- Ne mêle pas Anthony à ça Archie, c'est trop facile.
- Laisse-le soulager sa colère Albert, fit Terry très calmement. Il a de bonnes raisons de l'être et il n'a pas entièrement tort, j'ai manqué hélas à de nombreuses promesses et ai un passé peu glorieux.
- Oui je suis en colère contre toi Grandchester, mais je ne te mets pas tout sur le dos, j'ai dit à Albert combien il a été inconscient de ne pas avoir pris mes lettres avec l'urgence qu'il aurait fallu et crois-moi que dès que j'aurai mis la main sur Daniel je le tuerai de mes propres mains pour ce qu'il a osé faire à Candy.
- Je ne doute pas que tu le ferais Archibald, que ta colère est juste et qu'Albert et moi avons notre part de responsabilité dans ce drame, mais tuer Daniel n'aidera pas Candy, elle te veut libre et auprès d'Annie et tes enfants.
- Je le sais bien, je la connais tout de même bien même si je ne suis que son cousin.
- Personne ne peut contester combien tu l'aimes et veux le mieux pour elle Archibald, surtout pas moi.
- Je ne t'en veux plus pour ça Terry, j'ai compris depuis longtemps qu'elle ne m'aimera jamais qu'en ami et cousin, bien avant le retour d'Anthony et je suis passé à autre chose. Je ne t'en veux plus non plus pour ton attitude de rustre au collège, des enfantillages tout ça. Je ne t'en veux que pour avoir fait de la peine à Candy en ne sachant pas choisir la bonne voie, l'avoir abandonnée à New York et laissée repartir malade dans ce train où je l'ai ramassée presque morte et rien ne disait qu'elle ne voulait pas mourir voire se suicider pour toi. Et maintenant, tu lui as promis de l'épouser et la rendre heureuse, où est la preuve que tu sauras cette fois respecter tes paroles vu ton don pour les catastrophes ?
- Archie ! protesta Albert. Tu noircis la réalité, Candy est tombée malade au retour et elle s'est évanouie et pas suicidée, elle m'a dit le fond de son cœur, jamais elle n'a pensé à sauter, juste à se demander pourquoi elle continuerait sa route, tu connais sa nature, crois-moi Terry.
- Candy m'a tout dit de ce passé, rien ni personne ne peut maintenant m'écarter de mon but, en faire mon épouse toute ma vie, créer une famille avec elle et faire de mon mieux pour qu'elle soit heureuse. Archibald, bien que j'estime ne pas avoir de preuve à te donner pour Candy, je te respecte et apprécie ta droiture, ta franchise et ton intelligence à gérer le bien de ta famille, donc je veux te dire que j'aime Candy passionnément depuis sept ans, n'en ai jamais aimée ni voulu en épouser d'autre de ma vie, que rien désormais de ce que je peux contrôler ne me fera l'abandonner et la peiner volontairement. En preuve, je vais d'abord régler un problème avant qu'il ne s'amplifie en allant chercher Daniel dans son nid de frelons et vous le remettre pour l'empêcher de nuire à Candy et à d'autres. Donne-moi l'adresse de l'italienne s'il te plaît Archibald, si tu as encore à me reprocher, attends que je revienne, ça urge plus que de parler.
- Je suis d'accord mais pas question que je reste ici, je vous accompagne.
- Très bien, alors allons-y.
Il monta à l'arrière de la voiture d'Albert, laissant l'autre place avant à son neveu. Archibald se tut deux minutes puis reprit la parole.
- Comme je te l'ai dit ce matin Albert et pour que Terry sache vraiment à quoi s'attendre, je soupçonne fortement Daniel d'être cocaïnomane, que ce sont ces italiens qui le fournissent et peuvent donc le manipuler comme un pantin s'ils le veulent. Je suis allé voir deux fois cette Lola, elle a d'abord essayé de me séduire croyant pouvoir me plumer comme Neil, puis elle m'a ri au nez quand je lui ai demandé de ne plus le voir, me disant clairement que son argent lui était indispensable. Mais je crois aussi qu'il est complice de leur trafic de drogue, pas dans un rôle très actif vu sa frousse et lâcheté incurables mais en faisant le guet de temps en temps pour eux. Les deux frères de Lola ne sont pas des enfants de chœur, pas très malins mais ni peureux ni novices pour tirer. Et le pire c'est qu'ils travaillent sous les ordres d'un vrai caïd, un chef du crime organisé, Johnny Torrio (2), il vient de New York et tient une maison de passe et de jeu mais trempe aussi dans différents trafics et a bien flairé ce que la prohibition pouvait apporter à Chicago. Un immense trafic est en train de se créer ici, il monte tranquillement son affaire en installant ses lieutenants un peu partout. Torrio réside dans un quartier plus calme et chic, il sait être discret et déléguer pour ne pas être facilement inquiété, il ne manque pas de couvertures pour échapper à la police mais de toute façon, le nouveau maire est corrompu donc il ferme les yeux. Voilà le tableau messieurs et voilà où vit Lola et ses frères. Arrête-toi ici Albert, voyez ce bar là-bas, chez Alfredo, lieu de rendez-vous de ces canailles, il y a un immeuble juste en face, c'est celui de Lola, n'y vivent que son monde mais elle occupe tout le cinquième étage.
- Ça a l'air calme, fit Albert en ne voyant personne dans la rue et le bar fermé.
- Vous avez au moins choisi le meilleur moment, celui où ils viennent de se coucher. Lola chante au Cabaret Bleu jusqu'à trois heures, pas trop mal d'ailleurs et rêverait à une carrière plus prestigieuse.
- C'est donc ça qu'elle espère avec moi, se dit Terrence tout haut mais qui fit se retourner Archibald.
- Tu dis ?
- Que Lola sera enchantée de me voir plus tôt que prévu. Tu as dit cinquième étage, quelle porte ?
- Parce que tu comptes entrer tranquillement dans l'immeuble et aller la voir, lui demander de te donner leur poule aux œufs d'or et revenir la fleur aux dents ? Mais tu as écouté ou tu es stupide ? Nous ne sommes pas chez le beau monde ici et ta notoriété n'est pas un gage d'immunité pour des gorilles ignares qui tirent avant de demander une carte de visite.
- Donc tout le monde ne dort pas ! comprit Albert.
- Non, il y a toujours deux types derrière la porte d'entrée, arme au poing. Même s'ils ne te tirent pas dessus tout de suite, si Daniel a envisagé ta visite il faut s'attendre à tout.
- Tu le crois même capable de meurtre Archie ? Tout de même !
- Il a raison Albert, la cocaïne est sa seule loi pour l'instant et je dois tout envisager pour pouvoir respecter ma promesse. Merci Archibald, j'apprécie ta lucidité.
- Je pourrais te dire que ce n'est pas toi qui m'importe mais Candy mais… entre toi et Daniel c'est tout vu ! Mais que comptes-tu faire alors ?
- Entrer autrement. Sais-tu quelle fenêtre est la chambre de Lola ?
- Heu… Peut-être la troisième en partant de la gauche mais ce n'est pas sûr.
- La gouttière est plus près de la deuxième mais je dois pouvoir y arriver.
- Terry ! s'exclama Albert en comprenant. C'est trop haut, si tu glisses tu risques lourd !
- Je ne glisserai pas, j'ai de l'entraînement avec Cyrano, je sais que j'en suis capable.
- Bon, alors je le ferai aussi.
- Non Albert, je te sais agile mais être deux est inutile et j'ai besoin de le faire seul s'il te plaît.
Archibald le regarda avec plus d'attention puis hocha la tête.
- Je te crois capable de le faire aussi Terry, je sais que tu n'as jamais manqué de courage et de bravoure mais reste très prudent.
- Je le serai Archibald, si je ne suis pas revenu dans une demi-heure une fois entré, appelez la police.
- Nous ne partirons pas sans toi fils, dit Albert en serrant son épaule.
- C'est certain ! confirma Archibald en le regardant sortir et se glisser comme une anguille jusqu'à l'immeuble.
Puis juste à Albert :
- Non, je n'ai pas de reproche sur son courage physique, j'ai eu assez d'occasion de le tester dans nos bagarres et il n'a jamais agi en traître ou en lâche. Il a l'air plus épais qu'avant, le voilà déjà accroché à la gouttière, bon sang, il grimpe seulement à la force des bras, il a l'air très costaud.
- Il l'est, il a pris pas mal de muscle pour être un Cyrano crédible.
- Pour le théâtre, c'est sûr, il est doué. Il a l'air d'avoir aussi appris à réfléchir et ravaler son orgueil quand il faut mais il reste prétentieux bien qu'à raison vu qu'il est déjà au quatrième étage.
- Il connaît ses capacités, comme toi. Terry est empli de générosité, la plus rare, celle qui ne veut pas être étalée, il a appris seulement à ne plus se cacher derrière la moquerie. Il a suivi ce qu'il croyait son devoir, Candy l'y a poussée, ils ont été au bout de ce choix, leur amour a résisté, ils méritent maintenant qu'on les soutienne seulement.
- Regarde, il ne s'arrête pas pourtant il est au cinquième. Je comprends, la fenêtre de Lola est fermée et il pense l'ouvrir d'un coup de pieds… mince, il ne se tient plus que d'une main, il va se tuer ! Non, il a réussi à accrocher la fenêtre du sixième mais il faut qu'il lâche la gouttière de la gauche et… Wow ! Il a réussi, joli coup. Il tend maintenant les bras et bascule son bassin en arrière, oui, il a fait sauter le montant de la fenêtre, je l'ai entendu craquer mais la vitre a résisté. Espérons qu'à l'intérieur il ne tombe pas sur une balle, ce serait injuste après un tel courage. Pas de coup de feu, ouf !
Ils firent silence cinq minutes, aucun bruit.
- Il doit alors discuter avec Lola, il ne risque plus rien avec elle, je ne l'imagine pas le chasser sans tout tenter !
- Si elle a de l'ambition, c'est une aubaine pour elle, moi non plus je ne la vois pas faire tuer Terry et préférer Daniel.
- Donc, il nous reste vingt-cinq minutes à attendre, à moins que je tente la même chose ! Mais… je ne suis pas certain de savoir le faire.
- C'est inutile Archie, regarde, la fenêtre de droite s'est éclairée, tu as dû te tromper.
- Oui, sa chambre doit être celle-là et Terry a dû la trouver seul. Espérons que ce soit bien ainsi alors.
- Oui, attendons comme il l'a dit. Tu disais qu'Anthony protégeait mieux Candy, il ne pourrait en faire autant hélas mais Terry vaut Anthony question goût de la justice, courage, volonté et chevalerie.
- Je n'arrive pas encore à digérer qu'ils ne s'aimaient pas comme on le croyait, pour moi c'était comme Annie et moi, Candy était faite pour Anthony et pas… Terry. Mais bon, c'est elle qui le sait, et Anthony m'a écrit pour me dire de ne pas en vouloir à Terrence, qu'il pensait sincèrement qu'il était digne d'elle, alors !
- Tu sais bien qu'Anthony ne supporte pas l'injustice, il aime Candy plus que personne à sa façon. J'aurais pu moi aussi penser que cette ressemblance serait équivoque mais les si ne servent à rien. Si tu les voyais ensemble maintenant Archibald, tu verrais. Tu demanderas à Dothy, et même Terry trouve leur fraternité crédible, il a beaucoup de respect et de sympathie pour Anthony et l'inverse aussi. Ils risquent de devenir de très bons amis Archie alors, suis, toi aussi la voix du cœur et de la raison.
- Terry et Anthony amis ? Après tout, c'est vrai, ils se ressemblent plus qu'on ne l'aurait cru.
-OOOoOOO-
Dothy réussit à entendre Anthony au bout de six essais.
- Oui, qui est-ce ?
- C'est Dothy Malone, Anthony, je suis désolée de te réveiller si tôt.
- Dothy ? Candy est malade ?
- Non, elle va bien rassure-toi, enfin, elle va bien mais il lui est arrivé une drôle d'aventure.
- Dis-moi tout s'il te plaît.
- Oui, je vais être brève et directe, Candy a failli se faire violer par Daniel Legrand hier soir, mais j'ai bien dit failli, Terrence est arrivé à temps.
- Bon sang de salopard, d'ordure, de lâche, de dépravé, j'espère qu'il l'a tué !
- Qui ça ?
- Terrence bien sûr, tué ce minable qui me sert de cousin.
- Eh bien, il a eu envie de le faire mais Candy lui a fait promettre de ne pas le faire pour encore perdre leur bonheur. Mais il n'a pas pu attendre le jour, il est venu chercher ton oncle, ils sont partis chez Archibald chercher l'adresse de la petite amie de Daniel où il doit se terrer tant il a peur de Terrence.
- Oui, en fait elle a eu raison, ce cafard ne vaut pas qu'on aille en prison, mais si c'était arrivé je me serais débrouillé pour qu'il sorte vite vu les circonstances atténuantes.
- Et pourquoi ferais-tu ça pour Terrence ?
- Et pourquoi ne le ferais-je pas ?
- Heu… Excuse-moi Anthony, je voulais dire, pourquoi ne pas plutôt attaquer Daniel en justice vu ses crimes ? C'est Albert qui m'a confié de te demander ce que risque Daniel vu que ce n'est qu'une tentative sans témoin sauf Terrence qui a cru d'abord le voir vérifier si elle était intacte. Car il faut que je te raconte comment c'est arrivé….
Une fois fini, Dothy nota sur un carnet ce que lui dit l'avocat.
- Donc Candy a raison, mêler la justice ne nous garantit pas qu'elle punira Daniel ni même qu'elle croira Candy.
- Crois bien que si c'est moi qui la représente je ferai mon possible pour une justice équitable mais… non, je ne peux garantir vu le peu de preuves, sauf si nous accusons aussi Daniel d'association de malfaiteurs, voire trafic de drogue si ce que m'a dit Archibald est véridique. Et dans ce cas là, je peux même trouver des preuves pour l'envoyer très longtemps derrière les barreaux.
- Trouver ou fabriquer des preuves ? Crois-tu que Candy aimerait entendre ça ?
- Et toi, crois-tu qu'on peut toucher à ma Candy sans que la haine m'envahisse ? Je sais ce que vaut mon immonde cousin, il serait temps qu'il paie, et je n'ai pas besoin d'inventer, il a assez semé.
- Je comprends ta colère Anthony mais Terrence respecte le choix de Candy qu'il n'y ait pas de scandale et veut régler son cas à sa façon, en allant le chercher dans son repaire et en l'envoyant ensuite en centre de désintoxication où on le surveillera de près car il refuse de repartir et même jouer ce soir si Daniel est libre.
- Donc il est plus sage que moi et il ne servira à rien que je te dise qu'ils attendent mon arrivée pour régler une bonne fois pour toutes le cas Daniel.
- Tu voulais te précipiter ici Anthony ?
- Je vais me précipiter là-bas Dothy, même si je ne serai plus utile pour la justice, je crois que Candy appréciera que je lui fasse oublier ce mauvais souvenir vu que Terrence repart bientôt.
- Et ton travail ?
- Candy m'importe plus que mon travail Dothy, tu as du mal à le croire, je sais qu'en mari j'ai été nul mais j'espérais que je t'avais convaincu en frère.
- Je sais que tu l'aimes Anthony, ce n'était qu'une question. Alors, je dois dire à tous que tu seras là bientôt ?
- Oui Dothy, même à Terrence, je prendrai le premier train, j'espère y être demain.
- Bien, à demain alors. Mais ne cours pas quand même !
- Même si je voulais !
- Heu, je voulais dire… Enfin, à demain.
« Elle n'a pas l'air finalement de m'apprécier beaucoup plus qu'avant cette belle styliste, dommage ! »
-OOOoOOO-
Il y avait vingt-cinq minutes que Terry était rentré dans l'immeuble, Albert soupira.
- Imagine qu'ils l'aient assommé à son arrivée, voire pire !
- Je préfère ne pas imaginer, il va sortir très bientôt.
- Je vais quand même aller voir de plus près, mets-toi au volant, si ça tire, tu iras vite chercher la police.
- Bon, d'accord mais sois prudent.
Albert se glissa aussi discrètement que Terry jusqu'à l'immeuble, puis rasa le mur pour aller scruter l'entrée noire. Aucun bruit, aucune ombre, il tenta de pousser la porte mais elle devait être fermée de l'intérieur. Il allait repartir dire à Archibald d'aller prévenir la police sans attendre quand la lumière apparut sous la porte. Il se tassa contre le mur en entendant la serrure se déverrouiller, prêt à cogner ce qui sortirait mais un ronflement le surprit. Un gros balaise sortit avec une arme à la main mais Albert ne fuit pas et s'avança menaçant. Mais juste derrière lui, il vit Terry qui portait un corps et c'est de ce corps que venait le ronflement.
- Il est avec moi ! dit vite Terry en voyant le gorille pointer son arme sur Albert. Nous partons comme convenu.
Albert comprit et vint vite aider Terry à porter Daniel. L'homme les fixa jusqu'à ce qu'ils partent vers la voiture. Archibald les vit venir, vint vite ouvrir la porte arrière de la voiture et Albert jeta Daniel dedans.
- Bravo Terry !
- Fichons le camp d'ici les amis, ça vaut mieux. S'il te plaît Archibald, peux-tu me laisser la place avant, je ne supporte plus son haleine fétide ?
- Aucun problème Terry, et je vais bien le surveiller.
Il prit tout de même la main de Terry avant et la serra en lui souriant, ce qui fit plaisir à celui-ci. Albert reprit le volant et démarra sans traîner. Une fois sortis du quartier, Terry raconta son aventure.
- La pièce où j'ai atterri n'était pas la chambre mais la salle de bain et ça a été une chance car il y avait un épais tapis qui a assourdi mon entrée. J'ai tâtonné et trouvé facilement la chambre vu le bruit que fait ce porc en dormant. Et sa belle italienne dort à cause de lui avec du coton dans les oreilles, il est vraiment peu doué pour me compliquer la tâche. Une fois réveillés, lui effrayé, elle vite ravie, j'ai négocié avec elle un échange et si cela a prit plus de temps c'est seulement à cause de lui et ses plaintes et pleurnichements. J'ai fini par demander qu'elle le fasse taire sinon je le ferai et elle lui a donné un petit somnifère qui l'a vite endormi. Lola se fiche maintenant du sort de Daniel, je lui ai dit qu'il était pratiquement fauché de toute façon, à vous de faire que ce soit vrai car elle a accepté ma proposition et va préparer ses bagages pour New York très vite.
- Que lui as-tu offert si ce n'est pas trop indiscret Terry ? demanda Archibald curieux.
- Non, juste un contrat pour chanter dans un grand cabaret à New York, rien de plus.
- Et tu peux lui offrir ça ?
- Je me débrouillerai pour le pouvoir Archibald, putain ou pas, je ne promets plus à tort et à travers désormais, oui elle aura son contrat et vous en serez débarrassés ici.
- C'est vrai Terry, tu n'as qu'une parole quand c'est toi qui peux décider seul, accepte mes excuses s'il te plaît.
- Avec plaisir Archibald, accepte aussi les miennes pour tout le passé et ma sincère amitié.
- Je l'accepte Terry. Bon, où allons-nous porter ce colis en attendant de pouvoir le confier au centre pour le soigner ?
- Forcément à Lakewood Archie, mais on peut te déposer avant, dit Albert.
- Non, je reste avec vous, je vais profiter de ce réveil matinal pour embrasser Candy avant ce soir.
Arrivés à Lakewood, Dothy accourut aux nouvelles.
- Vous avez réussi ? Mais il dort ce…
- Moins que rien ! Oui madame, dit Archibald en sortant lui baiser la main, mes hommages.
- Appelez-moi Dothy plutôt… Archibald ?
- Avec joie Dothy. Oui, Terry a été héroïque, il l'a ramené seul de ce cloaque.
- On dirait qu'il se réveille ! dit-elle fort vu que tous les autres la regardaient elle.
Daniel les dévisageait avec effroi, parfaitement éveillé et la mémoire intacte.
- Je n'ai rien fait ! Laissez-moi partir, vous n'avez pas le droit, c'est elle qui m'a provoqué !
Terry se retourna vers lui, ses yeux flamboyèrent de rage, il serra les poings.
- Enlevez-le de ma vue et faites-le taire ou je ne réponds plus de mes promesses !
- Oui Terry ! dit Albert en filant une claque à Daniel qui se mit à pleurer mais n'osa plus protester.
Archibald l'aida à le sortir de la voiture, ils durent le traîner à l'intérieur et Terry redevint calme dès qu'il fut hors de sa vue. Dothy lui prit le bras pour lui dire :
- Elle a appelé il y a trente minutes, Terry. Elle est très inquiète pour toi mais a l'air d'aller bien.
- Je vais l'appeler tout de suite mais de toute façon nous allons tous les trois la voir ensuite. Tu viens avec nous ?
- Non, je dois appeler New York à l'ouverture de ma boutique. Elle m'a dit de ne pas la traiter en malade, je la verrai plus tard. Mais au fait… Anthony m'a dit de te dire, vous dire à tous, qu'il va prendre le premier train pour Chicago, il espère être là demain.
- Il était très fâché ?
- Le mot est faible, il voulait tuer Daniel ou l'envoyer en prison à vie. Mais il pense que pour ça il faut l'accuser d'association de malfaiteurs et trafic de drogue.
- J'ai promis à l'italienne que ses frères ne seront pas inquiétés, c'est impossible.
- Il a dit que tu avais choisi la voie la plus sage, s'il vient c'est pour te remplacer après ton départ pour faire oublier à Candy cette horrible expérience.
- Tant mieux alors, je partirai totalement rassuré maintenant. Excuse-moi Dothy, il faut que j'aille aux toilettes.
- Vas-y ! dit-elle en se demandant pourquoi elle était la seule à mal voir la nouvelle fraternité entre Candy et Anthony.
-OOOoOOO-
Moins d'une heure après, Candy vit arriver la voiture d'Albert et se précipita dehors puis dans les bras de Terry, à peine sorti. Archibald les regarda avec amusement en attendant qu'elle le remarque, ce qu'elle fit tout de même rapidement.
- Archibald ! Je suis heureuse de te revoir ! Tu portes la moustache maintenant ! Ça te va bien !
- Merci Candy ! dit-il en la recevant dans les bras. Toi, tu es ravissante avec les cheveux plus courts bien que je les regrette, tes belles boucles frisées. Mais je suis surtout content de te revoir heureuse et indemne.
- Moi aussi ma chérie ! dit Albert en prenant le dernier tour dans ses bras.
Puis en ne tenant plus que sa main et la regardant dans les yeux :
- Pardonne-moi Candy, tu n'aurais pas eu à subir cette épreuve sans mon laisser-aller mais maintenant c'est réglé. Terry a retrouvé Neil et me l'a confié puis une ambulance du centre de désintoxication est venue le chercher et le soignera. Tu n'auras plus jamais à le revoir Candy, je te le promets.
- D'accord Albert mais ça va, je t'assure, j'en ai vu d'autres après tout.
- Mais cette fois encore, à cause d'un membre de la famille que je t'ai donnée et qui ne devait t'apporter que le bonheur.
- Toi non plus tu n'as pas choisi tous ses membres papa. Les Legrand, quoi qu'ils fassent ne pourront jamais me faire regretter d'être ta fille de cœur ni la cousine et surtout amie des trois chevaliers ayant rendu mon enfance ici si merveilleuse, non, j'ai eu bien plus de joie que de tristesse à devenir une André, vous le savez bien. Le meilleur moyen de se venger de ceux qui nous veulent du mal est de les contredire. Donc, oublions-les, soyons heureux et passons à d'autres plaisirs avec notre vraie famille, celle du cœur.
- Je suis d'accord belle cousine, dit Archibald, surtout qu'elle va s'agrandir bientôt de deux membres, un nouveau bébé pour Annie et moi ainsi qu'un nouveau cousin et surtout ami, pour nous également.
- J'espère que tu trouveras un peu de temps pour être le sept octobre à New York pour notre mariage Archie, dit Candy sans cacher sa joie d'accepter si bien Terry.
- J'y serai Candy, avec Annie si rien ne nous l'empêche.
- Merci, tu vois, tu m'offres un bonheur bien supérieur à cet ancien désagrément, Archie car j'avoue que j'avais peur de t'avoir déçue avec mon premier mariage raté.
- J'avoue l'avoir été Candy mais c'est aussi oublié puisque tu es heureuse et que tu vas réussir le second tout en réussissant à transformer le premier en fraternelle amitié. Ai-je bien tout compris ?
- Génialement.
- Puisqu'on parle d'Anthony, fit ensuite Albert, il se peut que tu le revois plus vite que prévu.
- Ah bon ? Il t'a appelé pour dire qu'il avait réussi à avoir un nouveau congé ?
- Non. Dothy ne t'a rien dit ?
- Dothy ?
Terry regarda Albert, ce qui fit pâlir Candy.
- Qu'est-ce que Dothy aurait dû me dire ? Il n'est pas malade au moins ?
- Non chérie, fit alors Terry, vu qu'il avait compris que Dothy n'avait raconté ça qu'à lui et que c'est encore lui qui l'avait dit en route à Albert et Archibald. En fait, nous avons voulu avoir son avis en cas de plainte et procès, donc Dothy l'a appelé et il a décidé de venir ici très vite pour t'aider à oublier ce mauvais souvenir, tout simplement.
- J'espère qu'il ne se crée pas d'ennuis à cause de moi et ce départ forcé ! répondit-elle, désolée.
- Je crois plutôt qu'il a trouvé enfin une bonne raison pour des vacances désirées Candy, affirma Albert.
- Après tout ! approuva-t-elle en lui souriant, puis le regard étoilé en fixant par la fenêtre un nuage blanc et lumineux. Alors il voudra peut-être aller revoir la colline de Pony avec nous, merveilleux !
- A toi de faire que ça arrive! dit Albert en lui lançant un regard mystérieux.
Archibald regarda alors Terry regarder Candy avec tendresse et confiance et se dit qu'il était vraiment fait pour elle et lui pour elle.
-OOOoOOO-
Une fois Albert, Archibald et Peter partis, ce dernier pour aller rechercher la petite voiture laissée par Terry à Lakewood, Candy s'aperçut après un fougueux baiser, qu'il avait un accroc à sa chemise.
- Décidément ! C'est la troisième de fichue, à ce rythme là, tu reviendras à New York tout nu. Heureusement, tu n'as pas de blessures dessous, finit-elle en la lui ôtant.
Ses mains profitèrent de l'occasion pour se faire plaisir et lui faire plaisir. Mais une fois entamée cette sensuelle danse, le désir fut impossible à arrêter. Il la dévêtit là dans le salon et la fit haleter un bon quart d'heure dans le canapé. Puis ils restèrent collés tendrement, les yeux dans les yeux. Ils auraient pu y rester très longtemps sans se lasser mais une voiture revenait alors il fallut courir vite pour ne pas que Peter les surprenne. Elle faillit rater une marche d'escaliers, il la rattrapa d'une main sans lâcher tous les vêtements de l'autre. Mais ils refermèrent la porte de leur chambre sans entendre celle du bas. Terry regarda discrètement par la fenêtre et vit Peter installé sur le banc de la cour à lire un journal et rassura sa fiancée. Elle alla se laver intimement et revint rhabillée dans la chambre puis chercha dans l'armoire une chemise propre pour Terry. Il n'en restait plus qu'une, les autres étant à la teinturerie depuis que l'employée de l'agence les avait emmenées à neuf heures.
- Essaie de ne pas la déchirer ou la salir avant ce soir chéri, j'irai t'en acheter après t'avoir déposé au théâtre, les autres reviendront du nettoyage demain matin avant ton départ.
- Candy, je préférerai que tu n'ailles nulle part seule à Chicago, même pour faire les boutiques.
- Mais Daniel est interné !
- Oui mais on ne sait jamais avec les italiens.
- Bon, alors je vais demander à Dothy de venir nous chercher avec une plus grosse voiture et elle choisira elle-même tes chemises.
- Tu l'empêcheras tout de même de choisir des couleurs criardes et du chichiteux. Pour moi c'est blanc, noir, marron, gris et le bleu sous toutes ses nuances mais surtout pas rose, jaune, violet….
- Promis ! Mais si c'est un joli vert bouteille, tu n'aimerais pas ?
- Faut voir ! Disons que le vert s'il n'est pas trop voyant passerait, mais pas plus en couleurs vives.
- Je croyais que le vert émeraude te plaisait mon cœur.
- Oui mais pas sur moi. Je suis peut-être vieux jeu question vestimentaire mais à part pour le théâtre, la couleur et le chichiteux c'est pour le féminin selon moi. Le masculin c'est pour la sobriété, seules les matières et la coupe méritent distinction.
- De toute façon, je t'ai toujours connu très élégant, quoi que tu portes, tu as de l'allure et juste ce qu'il faut de raffinement tout en étant toujours très viril.
- Je n'ai rien contre ceux qui seraient plus ou moins féminisés extérieurement, moi je crois l'être plus intérieurement pour la sensibilité même si je préfère que peu de gens le sachent. En fait, je pense qu'il faut être fidèle à sa nature et d'abord se plaire à soi, mais on peut faire de temps en temps quelques petites choses, juste pour faire plaisir.
- Je suis d'accord mais je te le redis, ne change rien pour moi puisque tout me plaît en toi. Mais l'inverse doit aussi être, si tu aimerais une petite chose de moi, dis-la moi.
- Tu es toujours très bien habillée pour moi, mais j'aime les couleurs et l'audace pour une jolie femme. J'aime aussi ta coiffure même si moi aussi j'adorais tes longues boucles frisées mais je les reverrai bien un jour vu que les modes changent vite.
- Je ne suis pas vraiment mode, c'est Dothy qui s'occupe de mon apparence, avant je ne m'occupais que du confort et du prix et j'étais très pudique. Mais j'apprécie maintenant d'être élégante et surtout de te plaire et quand même il faut le dire, t'être digne aussi de ton métier et ton public, de toi et de devenir ta femme, un honneur très envié chez la gent féminine quoi que tu dises.
- Juste par phantasme et stupidité, je ne peux être un bon mari que pour toi, comme je ne suis un bon amant que pour toi.
- C'est vrai, et c'est pareil pour moi. Mais… as-tu des phantasmes un peu plus… enfin tu vois… osés ?
- Ma foi, je suis ouvert à toutes suggestions tant qu'il ne s'agit pas de violences et autres sado-masochisme.
- Il paraît que certains aiment des endroits à risques, un peu comme nous tout à l'heure.
- Oui, tout existe dans ce domaine mais pour moi c'est plutôt le romantisme qui prime. Oui, en pleine nature c'est risqué mais ce n'est pas ça l'agréable, c'est pour les sensations : l'eau, le sable, l'herbe, le foin, un arbre…
- On a déjà testé, trop dur pour l'équilibre. Moi j'aimerai bien faire l'amour sur le Mauritania.
- Ce sera facile alors vu que je t'emmène en Europe pour notre voyage de noces.
- C'est vrai ! Wow ! Alors on va aussi pouvoir revoir ton manoir hanté et notre lac.
- J'ai tellement fait le rêve de te faire l'amour devant le feu de cheminée dans le manoir, c'est le plus récurent de tous.
- Moi c'était presque toujours dans l'herbe et tu repartais toujours en me disant : sois heureuse ! Je vivais très mal ces rêves bien sûr et depuis nous, je ne rêve de toi que les yeux ouverts ou pour revivre nos meilleurs souvenirs hors sexe. Je suis comblée et préfère vivre mes désirs mais je sais que je ne sais pas encore tout.
- Moi non plus, nous apprenons ensemble et comme pour tous, toute la vie sert à apprendre.
- Mais tu ne m'as jamais dit si tu aimais plus d'audace, genre sous-vêtements ou… mises en scène ?
- Wow ! Du genre bas résille et guêpière ?
- Justement, je ne sais pas.
- Je prends tout mon ange, audace et imagination, tant que c'est l'amour qui te guide, fais selon tes désirs sans crainte.
- Mais… rien ne te choquera ?
- Si c'est seulement pour moi, non, au contraire.
- Terry, je ne m'imagine même pas quoi que ce soit avec un autre, cependant je sais que le temps peut user même les grandes passions, sans imagination et audace et je préfère donc anticiper.
- Je te l'ai dit, j'ai choisi la seule au monde faite pour moi, je tâcherai de suivre le même chemin toute notre vie. Pourtant quoi qu'il arrive mon adorée, jamais je ne te mentirai sur ce sujet car c'est pire que tromper pour moi.
- Pour moi aussi mon amour mais je ne sais pas comment je réagirais si tu me trompais tant je t'aime.
- Tu ne le sauras jamais, je sais trop ce que c'est sans toi et une vie ne me suffira pas à te connaître vu ton intelligence à toujours te métamorphoser pour que chaque jour soit vécu comme un nouveau coup de foudre.
- Oui ! Quel bel adage mon poète ! Vivons toujours ainsi, ni à chaque fois le même, ni tout à fait un autre.
Il la regarda comme si elle était un chef-d'œuvre et récita de sa voix chaude et envoûtante :
« Aimons, foutons, ce sont des plaisirs
Qu'il ne faut pas que l'on sépare;
La jouissance et les désirs
Sont ce que l'âme a de plus rare.
D'un vit, d'un con et de deux cœurs
Naît un accord plein de douceurs
Que les dévots blâment sans cause.
Amaryllis, pensez-y bien :
Aimer sans foutre est peu de chose,
Foutre sans aimer, ce n'est rien. »
Jean de La Fontaine
(1)Johnny Torrio est un véritable mafieux né en 1882 et mort en 1957, il a bâti l'empire criminel moderne de Chicago et lancé la carrière d'Al Capone qui lui succédera en 1925
Fin du chapitre 14
