« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 17 « Carré de sept sur le tapis »
Dothy, en voyant de sa fenêtre Anthony partir avec Candy, des serviettes dans les mains, donc pour aller se baigner à la crique, alla vite frapper à la porte de la chambre de William. Il était debout, venait de prendre une douche et enfilait ses chaussures.
- Bonjour belle amie, comment va ta tête ?
- Mieux William, merci.
- Tant mieux car j'aimerais t'emmener dîner ce soir, dans un petit restaurant très charmant, me feras-tu cet honneur ?
Elle se trouva bien embêtée vu ce qu'elle voulait lui dire et ne trouva rien d'autre à répliquer que :
- Cela va surprendre Candy et elle risque d'imaginer des choses !
- Des choses ?
- Oui, elle est si romantique, à son âge on voit des passions pour toute la vie un peu partout, tu sais !
- Candy aime seulement que tout le monde soit heureux autour d'elle mais elle est toujours très discrète et quoi qu'elle suppose ou souhaite, elle ne le crie pas et respecte nos choix.
- Oui mais pour elle… avoir des relations ainsi sans s'aimer follement, c'est… inconvenant, je ne veux pas la choquer.
- Candy choquée ? Tu te fais des idées ma chérie.
Elle sursauta en entendant ce terme qu'il employait pour la première fois mais ne sut quoi dire sans le vexer. Mais il enchaîna :
- Ou alors, demandons à Anthony de l'inviter toute la soirée ainsi elle ne verra rien de notre programme.
- Anthony ? Non, il n'est pas là pour nous servir d'alibi, ne le mêle pas à cela s'il te plaît.
- Il est ici pour prendre des vacances mais aussi pour faire oublier à Candy son épreuve, il l'a même promis à Terry, ce n'est pas une corvée pour lui.
- Je le sais bien mais moi je ne veux pas qu'il sache pour nous et soit notre complice.
- Tu parles comme si nous étions des criminels Dothy, nous n'avons fait aucun mal.
- Je… ne sais plus ce qui est bien ou mal en fait, je ne me sens pas en forme en ce moment pour la réflexion, peut-être parce que c'est trop calme ici.
- Justement, mon restaurant est animé, ça te fera du bien de sortir, sauf si vraiment c'est ma compagnie qui ne te dit rien.
- En fait, oui, j'aimerais sortir mais… déjeunons plutôt à ton restaurant, en ce moment le soir avec mes migraines, ce n'est pas très gai.
- Le midi c'est plus calme mais si tu préfères, déjeunons-y ensemble ce midi.
- Oui je préfère William, alors à tout à l'heure.
- Nous pourrions petit déjeuner aussi ma belle, comme hier, non ?
- Je… j'ai des modèles à dessiner en urgence William, la robe de mariée de Candy surtout. Excuse-moi.
- Tant pis, une autre fois.
Elle ne répondit pas ni ne montra de signe d'approbation tant elle se serait encore plus détestée si elle avait rajouté un mensonge à sa lâcheté. Elle retourna dans sa chambre, prit ses cahiers et descendit avaler un café, puis s'installa sur la terrasse face à la roseraie pour travailler. Elle n'eut bientôt plus notion du temps passé et elle sursauta en entendant la voix de Candy lui dire bonjour et se pencher sur son épaule.
- Wow ! J'ignorais que tu dessinais aussi très bien autre chose que tes modèles, c'est magnifique Dothy !
Celle-ci fixa son dessin et fut, elle aussi étonnée d'avoir dessiné la roseraie au lieu de la robe de mariée. Puis elle sursauta à nouveau en entendant Candy rajouter :
- Regarde Anthony ! N'est-elle pas douée ?
- En effet ! C'est très ressemblant, merci de la représenter, cela me touche.
Elle ne le voyait pas car il était derrière elle et elle préféra lui répondre ainsi, pour pouvoir montrer un bout de ses sentiments sans trop se trahir.
- Jamais mon dessin ne saura dire combien elle nous rend humble, comme leurs parfums emplit nos narines et ressource nos cœurs, comme la palette de couleurs d'un peintre manquerait de choix tant chacune d'elle a sa teinte unique, ni comme je me sens fière d'avoir pu croiser le chemin de ce coin de paradis.
Candy en eut le souffle coupé, même Terry n'aurait pu mieux poétiser la roseraie. Elle regarda Anthony, il avait l'air ému mais ne fit rien pour que Dothy le sache. C'est donc elle qui complimenta à nouveau.
- C'est magnifique et vrai, tu es une artiste complète Dothy. Mais moi je crois aussi que la roseraie possède le pouvoir d'exaucer les vœux les plus chers, n'est-ce pas Anthony ?
- Peut-être ! Je te le dirai si celui que je viens de faire se réalise. Esprit des roses, maman, écoute ma prière !
Dothy ne put résister cette fois à tourner la tête pour le voir. Il avait fermé les yeux, il était lumineux et frais, son cœur tiédit. Elle ne fuit pas quand il les rouvrit mais il ne regarda que Candy.
- Il vaudrait mieux se préparer pour aller voir grand-tante Elroy ma douce, il est déjà neuf heures trente.
- C'est juste. Désolée Dothy, à tout à l'heure.
- Pas de quoi Candy, à tout à l'heure. A tout à l'heure Anthony.
- Bien sûr ! dit-il seulement d'un regard bref en s'éloignant.
Elle se retint de le retenir pour lui dire qu'elle n'avait pas voulu l'humilier, ce n'était pas le bon moment. Il lui fallait régler les problèmes un à un, d'abord rompre avec William, puis s'expliquer avec Anthony, puis repartir à sa vie en apparence passionnante mais sans passion amoureuse.
-OOOoOOO-
- J'ai bien réfléchi cette nuit Dothy, il se peut que je ne reparte pas cette année en Afrique et que je passe les fêtes de fin d'année ici.
- Tu as raison, reste pour Noël, tu pourras le fêter avec Archibald, Annie et le petit Jordan.
- Oui, ou avec Candy et Terry à New York s'ils sont revenus de leur lune de miel. Et j'espère aussi avec mon petit prince, c'est ainsi que j'appelais Anthony petit tant il en avait l'allure.
- Candy réussira bien à le convaincre de rester à New York, ne t'inquiète pas pour ça.
- Je ne m'inquiète que de le savoir heureux moi aussi, ce n'est pas la distance qui m'empêche de voir mes enfants quand j'en éprouve le besoin. Mais j'ai pris conscience d'avoir manqué l'essentiel et failli à mes responsabilités et je ne repartirai pas avant qu'ils soient tous bien installés dans leur nouvelle vie, surtout mon neveu. Cela dit, j'ai aussi envie de passer plus de temps ici pour moi aussi, si tu partages mon désir de mieux nous connaître.
Elle ravala sa salive, il fallait stopper tout de suite cette allusion.
- William, je n'ai pas besoin de te connaître davantage pour savoir que je t'aime beaucoup mais je n'ai pas envie de me lancer dans des projets, ma vie de vieille fille célibataire me convient.
- Je ne vais pas te demander déjà de m'épouser Dothy, rassure-toi ! Je n'ai dit : que passer du temps aussi avec toi car moi aussi je t'aime déjà beaucoup sans avoir besoin de tout savoir, justement.
- Quand tu viendras à New York, c'est évident que je serai ravie qu'on passe du temps ensemble même si Candy et Terrence ne sont pas là pour faire le lien entre nous puisque nous sommes amis.
- Alors c'est parfait, scellons cette nouvelle amitié avec quelque chose de digne de toi belle Dothy, accepte ce petit cadeau s'il te plaît, il n'est le gage que de ma gratitude pour avoir si bien guidé ma Candy chérie.
Elle pâlit en voyant l'écrin, le saisit pourtant, l'ouvrit et découvrit un magnifique bracelet d'or et de topazes.
- William, c'est trop, je ne peux l'accepter, je n'ai pas guidé Candy pour toi, ni pour que vous soyez tous en dettes envers moi, ça me vexe.
- Je ne voulais pas te vexer Dothy, et je sais bien que c'est par amitié pour Candy que tu la guides. Je me suis mal exprimé, j'ai voulu que cela ressemble à autre chose qu'un cadeau de fiançailles et je n'ai pas trouvé les meilleurs mots. Accepte ce cadeau s'il te plaît Dothy, car celui qui te l'offre se sent bien en ta présence et souhaiterait que cela dure ainsi encore un petit bout de temps.
- Je ne peux pas William, justement, je voulais te dire que je dois rentrer à New York plus vite que prévu.
- Ah ! Et cela t'empêche d'accepter mon présent ?
- Non mais… ça ne peut plus durer ainsi justement, je… préfère que nous ne soyons plus que des amis.
- Ah ! Alors tu regrettes ?
- Non ! Non William mais vu comme ce serait trop compliqué, c'est mieux de transformer notre histoire tout de suite, sans bruit, puisque nos sentiments sont en accord.
- Tu sais… ce serait facile je crois de m'attacher davantage à toi, tu es parfaite pour moi.
- Tu sais bien que non, je n'ai pas envie d'aller vivre en Afrique, je suis une sédentaire attachée à mon confort.
- Oui mais je crois que j'aurais envie de rester ici si une compagne idéale me le demandait, si elle avait envie de fonder une famille et être l'amie de celle déjà ici, et qui mieux que toi…
- William ! Tu délires ! On ne reste pas ici pour faire plaisir aux autres ! On ne fonde pas une famille avec quelqu'un d'idéal pour celle qu'on a déjà! On ne fait pas de projets en se disant qu'on s'attachera davantage à quelqu'un quand on le connaîtra mieux avec le temps ! On tombe amoureux en une seconde William, sans préavis, c'est foudroyant, évident et ce n'est pas arrivé entre nous et ne peut arriver plus tard, c'est certain ! Je suis désolée William mais… je ne veux plus rester une seconde de plus chez toi, c'est trop pénible, je dois m'en aller immédiatement !
-OOOoOOO-
Finalement, après une heure d'explications avec la grand-tante Elroy, Anthony obtint d'elle des excuses à Candy et un nouveau départ de leurs relations. Elle émit même la possibilité, si sa santé le lui permettait de venir assister à son mariage le sept octobre prochain et en gage de bonne foi, lui offrit pour ce jour le cadeau vieux traditionnel : sa bourse de jeune première au bal des débutantes, il y a plus de cinquante ans. En compensation, Elroy eut la promesse d'Archibald au téléphone de lui rendre à nouveau de fréquentes visites avec Annie, d'être tenue au courant de la vie de tous en correspondance écrite ou orale et qu'Anthony accepte de redevenir son héritier pour que sa maison ne soit jamais vendue ou laissée à l'abandon, puisque Daniel devait désormais être encadré et surveillé jusqu'à ce qu'il prouve maturité et remords.
Etant donné sa bonne volonté, ils ne purent refuser son invitation à déjeuner en sa compagnie et restèrent même encore un peu l'après midi chez elle sans trouver le temps trop long. A leur retour à Lakewood, ni William ni Dothy n'étaient là, ce qui fit penser à Candy que c'était très encourageant et à Anthony très clair encore et vraiment douloureux de l'imaginer mais chacun cacha parfaitement ses pensées à l'autre.
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En fait, William, après avoir vu Dothy si bouleversée s'enfuir, courut à sa poursuite et n'eut pas de mal à la rattraper mais beaucoup plus à la convaincre que tout ceci ne valait pas tant de larmes. Il préféra calmer d'abord sa crise en la gardant dans ses bras puis en la priant de l'attendre dans la voiture le temps qu'il retourne payer la note de restaurant. Elle obéit et réussit à redevenir calme et digne à son retour.
- William, je te demande pardon de ce triste spectacle, c'est ridicule à mon âge, je ne sais pas ce qui m'a pris, je crois que je couve une sorte de dépression ou de crise de trentaine déjà bien entamée.
- Moi je suis désolé de t'avoir causé la goutte de trop à tes angoisses Dothy, surtout que je n'ai pas dit ce que je pense vraiment, juste ce que je croyais qu'il te plairait que je pense.
- Je ne comprend rien William, je ne pense à rien sauf que je ne voulais surtout pas te blesser toi aussi.
- Pourquoi moi aussi ?
- Oh ! En ce moment la diplomatie et moi ! J'ai fait de la peine à Candy il y a peu pour une méprise de ma part, je me suis excusée mais je m'en veux beaucoup tant c'était minable, mais je ne peux pas t'en dire plus, excuse-moi.
- Si Candy t'a pardonnée, pardonne-toi aussi, tout le monde peut se tromper.
- Oui mais je ne fais que me tromper depuis mon départ, je n'aurais jamais dû venir ici !
- Donc, tu regrettes vraiment notre histoire ?
- Oui mais pas de te connaître William, ni nos désirs puisque c'était sincère et agréable, cela n'a rien à voir avec toi, je ne regrette que de n'avoir pas su éprouver pour toi bien plus, comme tu le voudrais.
- Oui, je le voulais tout à l'heure, c'est vrai. Mais je ne le veux plus et sans pour autant en être malheureux Dothy, ne t'inquiète pas.
- Alors je comprends de moins en moins.
- Oui, c'est du n'importe quoi ce que je dis, moi aussi j'ai dû faire une crise de trentaine déjà entamée, moi aussi je suis tombé dans le piège de la culpabilité façon Terry Grandchester.
- Qu'est-ce que Terrence vient faire dans notre histoire William, c'est encore moins clair ?
- Je sais, je vais te demander de me donner encore un peu de ton temps Dothy, je te dois la clarté mais pas ici, je serais plus à l'aise dans un espace plus en accord avec ma nature. Accepterais-tu de m'accompagner au zoo de Chicago ?
Elle aurait ri si son humeur n'était si morose, néanmoins, elle sourit à son regard malicieux et son air dénué de reproches.
- Il y a si longtemps que je ne suis allée au zoo William, avec plaisir, j'adore les animaux, sauf les serpents.
Il reposa le livre et songea que sans Candy, ce serait possible que son âme devienne aussi noire que celle de Dorian Gray, mais heureusement, elle ne le lâcherait jamais. Il eut déjà besoin de la revoir, lui parler et se précipita jusqu'à sa chambre. Il frappa mais n'attendit pas la réponse et la trouva juste en sous-vêtements blancs très audacieux, les cheveux enveloppés dans une serviette et il resta muet de surprise de la voir porter de tels effets.
- Anthony ! Tout n'est pas permis entre nous, là c'est gênant !
- Pas moi mais… jamais tu ne m'as montré ça à moi, c'est presque vexant !
Son sourire démentait ses propos, son admiration semblait exempte de désir mais pas de plaisir.
- Je les ai acheté pour… après le mariage… enfin, tu vois, je faisais juste un essai vu qu'ici…
- Il n'y a que moi ! C'est… magnifique ! Tu es sexy, belle et il va adorer, comme moi j'adore mais autrement, vu que je ne m'éloigne pas trop de ton visage.
Elle lui sourit sans en douter mais préféra mettre un peignoir avant de le prendre dans ses bras pour lui donner ce qu'il voulait : cette tendresse dont elle aussi ne pouvait plus se passer très longtemps. Il mit sa tête dans son cou et caressa sa main droite pendant que la gauche déversait sa douceur sur lui.
- Ma douce, c'est vrai, seule cette ressemblance m'a bloqué, sinon… Je n'ai jamais éprouvé grand plaisir avec une autre et aucune ne m'a paru plus belle que toi de corps ; c'était seulement pour tenter de t'oublier et te pousser à partir, mais mon amour pour toi est si puissant qu'il ne me reste plus grand chose pour les autres et le désir sans amour est bien frustrant. Que vais-je faire ?
- Et cette jeune fille qui travaillait à la mairie, elle ne te plaisait pas ?
- Si mais je t'étais encore fidèle à ce moment puisque je croyais encore pouvoir te donner un bébé. Mais comment sais-tu pour Alyson ?
- Mon petit doigt, peu importe, mais tu pourrais tenter de la revoir ?
- Non, je déteste me retourner sur le passé, et puis, en fait je ne la trouvais pas si bien que cela, ou c'est que je suis encore plus difficile qu'avant.
- Et… ta secrétaire ?
- Elle, c'était pour me faire honte, elle était sympa mais elle n'en voulait pas plus que moi. J'ai aussi… été voir une prostituée à New York, pour voir, mais je n'en suis ressorti qu'encore plus aigri et amoureux de ta douceur et ton corps rassurant. Je suis en plein syndrome œdipien, je suis peut-être fou et bon à interner.
- Non mon chéri, dès que tu auras trouvé celle que tu verras uniquement en épouse et digne d'être ton élue, tu verras que tout est normal en toi. Moi aussi j'ai cru que j'étais folle d'aimer deux hommes autant mais en complémentarité, pourtant vous l'acceptez sans problème, c'est donc possible sans en souffrir. Tu n'es pas difficile, tu as autant d'ambition que moi, tu veux quelqu'un digne de toi, entier et à l'écoute, car elle devra aussi accepter comme Terry l'autre part de toi et donner sans compter. En attendant, je te donnerai tout ce dont tu as besoin en tendresse, mais tu devrais laisser ton corps libre de s'exprimer sans honte ni remords.
- Retourner voir une prostituée ?
- Pas forcément, choisir une fille qui te plaît bien physiquement et prendre ce qui viendra. Quelle est la fille qui t'a le plus plu dernièrement ?
- Personne.
- Même dans la rue ?
- Bof !
- Tu devrais aller au parc, parfois on y rencontre de jeunes célibataires en mal de galant.
- Si tu m'accompagnes seulement.
- Mais si je viens, même si une fois sur deux on me prend pour ta sœur, ça complique tout.
- Alors je préfère ne pas y aller.
- Tu pourrais alors aller au cinématographe, ou boire un chocolat au salon de thé, ou dîner au restaurant dansant « chez Florelle ».
- Oui mais avec toi puisque c'est toi mon destin vers ma compagne d'âme.
- Mouais ! Décidément tu n'as pas l'air très motivé pour la dénicher cette perle rare, bon, laissons alors le destin te tirer vers lui, j'ai confiance. Tiens j'ai une idée, quand Albert et Dothy rentreront, on leur demandera de nous accompagner ce soir au cabaret de Florelle, nous valserons et toute les filles libres vont ensuite se battre pour avoir droit à la dernière danse autorisée pour toi, qu'en dis-tu ?
Il faillit refuser, étant donné l'idée de voir William et Dothy roucouler ensemble très pénible mais un sursaut d'orgueil lui dit aussi qu'il fallait au plus vite voir la réalité en face pour pouvoir passer à autre chose une bonne fois pour toutes.
- C'est d'accord belle et unique élue de mon cœur pur, mais en attendant j'ai une faveur à te quémander mon sucre d'orge, de pouvoir enfin savoir toute l'histoire de Candy et Terry, car je n'en sais encore que des bribes et cela me frustre ?
- Aujourd'hui je peux tout te dire, sans honte ni gêne, et en plus c'est un sujet très agréable pour moi que de parler de mon Terry mais laisse-moi d'abord aller me changer. Ce qui serait gentil c'est que pendant ce temps tu ailles me chercher une limonade à la cuisine mon chéri ?
- J'y cours, j'y vole ma douce !
-OOOoOOO-
- Donc, tu as culpabilisé d'avoir dit à Anthony de veiller sur Candy à ta place, de n'avoir pas pu deviner qu'elle ne pouvait être son épouse étant donné sa ressemblance avec ta sœur alors que toi aussi tu as failli faire la même erreur de sentiments lors de ton amnésie.
- Oui et quand elle a rompu avec Terry, je pensais avoir le droit de la conquérir, heureusement ma mémoire a rejailli peu après mais malgré tout, quand j'ai trouvé Terry ivre dans un bar à Chicago, il y a encore eu de la jalousie en moi de le savoir si épris d'elle, ce qui a dû jouer dans mon attitude puisque je l'ai encouragé à repartir de peur qu'elle soit encore déçue. Heureusement en devenant officiellement William André, tout s'est éclairci, Candy aurait pu être la fille de Rosemary, elle était depuis des années ma meilleure amie, mon port d'attache, le lien entre mon ancien monde et celui que je m'étais crée et ce rôle de père adoptif choisi à l'époque par demande de mes neveux et envie de la protéger. Et c'était bien en accord avec mon cœur car je n'aurais jamais pu la toucher. Donc je comprends très bien ce qu'Anthony a ressenti mais ce n'est pas ceci qui me fait culpabiliser puisque tout s'est bien fini, c'est la peur de vouloir trop vivre pour moi et pas assez pour eux. J'ai donc pensé hier que si j'avais une autre bonne raison de rester ici, je le pourrais plus longtemps, voire toujours.
- Moi ?
- Oui car comme je te l'ai dit, notre histoire pouvait être le début d'une durable amitié amoureuse. Je sais bien que tu n'es pas amoureuse de moi et que tu ne le seras jamais mais je pensais que cela pouvait suffire pour qu'on poursuive notre liaison. Je sais aussi qu'on ne crée pas un couple pour faire plaisir aux autres et que la passion n'arrive pas avec le temps mais une grande amitié amoureuse peut aussi faire un couple heureux pour qui ne croit plus au grand amour. Je croyais que tu étais dans le même état d'esprit que moi Dothy, mais je trouve préférable que tu crois toujours pouvoir en revivre un et cela me redonne aussi la volonté de retrouver le mien un jour.
- Tu as vécu un grand amour William ?
- Oui, très jeune moi aussi, et interrompu moi aussi vite et brutalement, mais je n'ai pas réussi à la retrouver, il y a quinze ans que je sillonne le monde aussi dans cet espoir. Avec toi je pensais pouvoir aussi clore enfin cette histoire mais ce que tu m'as dit tout à l'heure : ton bouleversement, me donne envie de m'y accrocher encore puisque c'est vrai, je n'ai pas moi non plus vécu avec toi hélas ce grand bouleversement du cœur qu'on cherche tous, même si mon amitié pour toi est très sincère et que tu me plais toujours beaucoup de mille façons.
- Ouf ! Alors, nous sommes bien en accord William, je te choisis avec un très grand plaisir comme ami à part ; j'avais peur de te blesser, savoir que tu me trouves idéale en compagne d'un bout de chemin me fait plaisir, c'est certain que pour moi aussi tu serais idéal en compagnon si je n'avais pas un cœur de midinette.
- L'amour n'est pas réservé qu'aux très jeunes, tu es si belle, intelligente, passionnante ! Bien sûr que tu dois y croire, tant d'hommes rêveraient de te conquérir, l'un d'eux y arrivera bien.
Elle sourit, songeant que c'était fait mais qu'hélas, son cœur avait choisi l'impasse, l'amour impossible, la folie. Cupidon était bien pervers, pourtant, elle en avait tant rêvé de l'amour compliqué, elle était servie.
-OOOoOOO-
- Voilà Anthony, je t'ai presque tout dit, tu en sais maintenant plus que Dothy vu qu'elle ignore ma dispute ayant causé cette désagréable rencontre mais bonne en conséquence puisqu'elle t'a fait venir.
- Tu devrais écrire tout cela Candy, pour tes enfants, puis petits enfants, ta vie est un roman passionnant, beaucoup de drames mais enfin un amour de légende qui finit bien. Et moi qui ai cette chance d'être quelqu'un d'important dans ta vie, je suis captivé par la force de votre amour, presque jusqu'à l'envier mais surtout encore plus pressé de voir à nouveau cette réalité en face et… découvrir par moi-même tout le reste de ton incroyable futur époux.
- Que vous êtes-vous dit au téléphone ?
- Que tu étais la plus merveilleuse du monde bien sûr, et pour le reste, s'il a refusé de te le dire, ce n'est pas moi qui vais le trahir, même pour toi !
- Et si tu t'installes définitivement à New York, je parie que tu finiras par passer plus de temps avec lui qu'avec moi vu tous vos points communs !
- Quoi d'autre que les chevaux ?
- Tu verras si tu te débrouilles pour que ton destin soit à New York mon cher, seulement ainsi.
- Un jour, tu me diras peut-être que j'ai trop profité de ta bonté ma très chère, que tu regrettes que je ne sois pas parti très loin.
- Jamais mon Anthony, je suis prête à te donner la moitié de mon bonheur pour que tu en ressentes autant que moi, car même la moitié vu comme il est concentré, c'est toujours énorme, comme est énorme le cœur de Terry, tu verras, il est unique !
-OOOoOOO-
Dothy et William rentrèrent à dix-huit heures alors que Candy parlait à Terry au téléphone et qu'Anthony en avait profité pour aller discuter dans la roseraie avec Peter au sujet des Sweet Candy et du projet les concernant. Il ne put les voir arriver puisqu'il était côté jardin mais William vint tout de suite le voir et apprit donc ce souhait de cadeau que lui avait demandé Terry pour Candy et en fut ravi. Puis Peter les laissa et Anthony lui demanda si tout se passait comme il le voulait d'un ton faussement détaché.
- A peu près fils. J'ai passé l'après midi au zoo où j'ai travaillé en étant amnésique, j'étais déjà en manque, imagine comme je suis irrécupérable.
- Encore heureux, pourquoi voudrais-tu changer ? Tu es parfait toi aussi, comme Terry et même Archie, il n'y a que moi qui ne suis pas encore sur ma route. Mais tu n'étais pas avec Dothy ?
- Si, je l'ai invitée à déjeuner au restaurant comme Candy et toi alliez chez tante Elroy. Au fait, comment a-t-elle réagi ?
- Beaucoup mieux que prévu, rassure-toi. Elle aimerait aussi plus te voir, elle mérite qu'on fasse tous un peu d'efforts je crois.
- Si c'est toi qui le pense, je suivrai ta route mon neveu car elle est peut-être moins longue que la mienne quand même. Oui, Dothy m'a suivi au zoo, ça lui a rappelé son enfance quand elle a vécu à la campagne dans une ferme pendant deux ans, sa meilleure période d'orpheline selon elle. Tu le savais qu'elle est aussi orpheline ?
- Oui, Candy me l'a dit le jour où elle lui est rentré dedans à Central Park, donc tout de suite. Elle était si heureuse d'avoir rencontré enfin une amie, c'est vrai que sans elle…
- Oui, Dothy est une femme formidable et une amie en or, et pas que pour Candy.
- C'est vrai et je trouve que vous allez très bien ensemble tous les deux.
- Merci mais nous ne sommes que des amis, je crois qu'elle n'est pas prête pour plus, à moins qu'elle regrette d'avoir laissé partir son acteur, ce qui expliquerait ce duel de phrases le soir après la pièce.
- Son acteur ?
Cette fois, Anthony ne réussit pas à dissimuler son intérêt mais camoufla cette nouvelle douleur en son cœur.
- Oui, Philippe Berthier ou Christian dans Cyrano de Bergerac, elle l'a fréquenté quelques mois, le trouvait trop jeune pour elle ou trop volage, va savoir avec les femmes.
- Je suis désolé pour toi William, sincèrement.
- Il ne faut pas fils. J'aime beaucoup Dothy mais… juste en amie moi aussi, tu sais bien que j'en suis toujours à Nancy hélas. Par contre, Dothy mérite toute notre tendresse à tous, elle est fragile en fait sous ses airs de chef d'entreprise insubmersible, et si sensible. Et toi, que penses-tu d'elle, Anthony ?
- Moi ? Je t'ai déjà dit que je la trouvais une amie parfaite pour Candy et qu'elle était sympathique je crois.
- Oui tu l'as dit mais… et physiquement, te plairait-elle autrement ?
- Autrement ? En d'autres circonstances tu veux dire ?
- Oui si par exemple tu la rencontrais chez des amis, dans la rue, te plairait-elle ?
- Je… je ne sais pas, c'est possible, elle est très belle mais… certainement pas intéressée par moi quelles qu'en soient les circonstances.
Il se força à rire pour cacher sa gêne, se demandant si toutes ces questions étaient dues à celle qui les concernait, si elle ne s'était pas confiée à William pour se plaindre de son attitude et le dissuader de recommencer. Le sourire de William et son dernier propos le conforta dans cette idée et son cœur saigna cette fois très fort de tant de mépris.
- Oh ! tu sais fiston, Dothy est arrivée au temps où il lui faut se dépêcher pour pouvoir encore devenir mère, elle sait bien ce qu'elle cherche et est du genre directe pour éviter les malentendus.
- Elle a raison William, il faut vouloir ce que l'on peut avoir et pas l'impossible. Excuse-moi, j'ai besoin d'aller aux toilettes maintenant.
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Elle descendit l'escalier le cœur palpitant mais ne le trouva nulle part en bas. Elle était pourtant certaine qu'il n'était pas dans sa chambre, Candy était au salon mais seule pour parler à Terrence, William dans son bureau, à la cuisine personne, ni dehors où seul Peter se promenait. Ne restait donc que son bureau, elle hésita mais ne pouvait plus supporter d'attendre encore alors elle alla y frapper. Une fois, deux fois, trois fois, elle allait repartir mais son pas irrégulier fit à nouveau battre son cœur furieusement. Elle prit sa respiration mais en voyant ses yeux si froids face à elle une fois la porte ouverte, elle recula légèrement.
- Madame Malone ? Que puis-je pour vous ?
- Je… Pourquoi reprends-tu ce ton Anthony ?
- Pour vous prouver que j'ai compris votre message et que ce n'est plus nécessaire de demander aux autres de me faire la leçon, c'est très clair désormais madame Malone.
- Je ne comprends pas, je n'ai rien demandé à personne Anthony, je regrette de t'avoir blessé, je ne voulais pas.
- Peu importe, je ne me sens pas blessé, je ne t'en veux pour rien puisque ce n'était qu'un jeu stupide.
- Ah ! Alors tant mieux mais je t'assure que je n'ai pas demandé qu'on te fasse la leçon, je n'ai parlé de ça à personne, même pas Candy !
- Alors c'est que j'ai encore mal interprété, oublie cela aussi et excuse-moi mais j'ai envie d'être seul ici.
-Très bien, j'espère que cela te fera du bien alors, à tout à l'heure Anthony.
Il la regarda partir, elle semblait sincère et triste, il ferma et retourna méditer dans le rocking-chair de sa mère. Il ne savait plus quoi penser de cette femme. Pourtant Terry voulait qu'il prenne le temps de regarder devant lui, il croyait que c'était tout près que son destin se jouerait, Candy l'espérait aussi fortement mais ne devinait pourtant pas que depuis deux jours il était obsédé par sa meilleure amie qui elle, faisait tourner tous les hommes en bourrique. Il soupira en décidant que la page était tournée car de toutes façons il n'avait rien à lui offrir d'intéressant quoi qu'il désire. Il repensa à Terry, à son visage si expressif sur le quai, ses yeux sincères. S'il y avait quelqu'un de proche que son destin voulait conquérir c'était seulement lui car son cœur avait bien résonné à la même cadence que le sien, c'était si évident. Un coup de foudre amical, ça valait bien autant que celui de l'amour et promettait bien plus sans s'encombrer des inconvénients. Une grande amitié était un projet possible, un rêve ancien jamais réalisé, le cumuler avec une fraternité aussi exceptionnelle avec Candy tout en formant peut-être un trio d'amis incomparable était bien excitant. Et pour le désir, il se contenterait du possible, comme Terry l'avait fait et il finirait bien par trouver une compagne quand le destin le décidera. Pourtant, Dothy aurait été si idéale et aurait permis un carré d'amis si soudés, mais…
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Elle avait le cœur lourd de regrets. Bien que cela valait mieux ainsi, elle aurait voulu lui dire tout ce qu'il représentait dans son cœur au lieu qu'il pense qu'elle le méprisait et le voyait en gamin pénible. Il semblait triste et déçu, il voulait être seul pour la chasser à jamais de sa mémoire car il ne la voyait plus qu'en précieuse méprisante voire pire. Elle remonta vite s'enfermer dans sa chambre et de rage arracha tous ses bijoux puis essuya tout son maquillage avec un gant de toilette et enfin peigna ses cheveux simplement en arrière, sans laque ni bandeau . Et quand elle se regarda dans le miroir, son reflet ne lui parut pas catastrophique mais montrait mieux son âge et sa banale beauté. Elle chercha aussi une robe toute simple bleue pâle et jeta ses talons hauts pour chausser des ballerines plates sans charmes. Satisfaite, elle prit son carnet de croquis, signa et fit une dédicace de son dessin de la roseraie et redescendit en bas. Une chance, Candy était encore au téléphone et personne d'autre dans les environs. Alors elle frappa à nouveau à la porte du bureau d'Anthony puis glissa son dessin sous la porte et fila s'installer sur la terrasse face à la roseraie pour dessiner la robe de mariée de Candy.
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Il vit le dessin glisser, ne le ramassa que dix minutes après et lut :
« Pour mon ami Anthony. Ce n'était pas un jeu pour moi, ma réaction n'était que la peur de ce qui arrive quand on découvre que derrière un supposé égoïste ambitieux mauvais mari, se cache un trésor rare. Dothy. »
Il se leva, partit à sa recherche, le dessin dans sa main, le cœur ému qu'elle ait mis sa fierté de côté pour lui. Son instinct l'envoya dehors côté jardin mais la terrasse était déserte. Il allait rentrer quand il vit bouger une ombre dans une allée et s'y dirigea. Il resta sur place en la découvrant assise par terre au milieu des roses et totalement absorbée à dessiner. Il la fixa, la trouva changée mais plus belle. Elle leva alors les yeux et les plongea dans les siens, longtemps, jusqu'à en être éblouie et heureuse de l'être. Alors elle lui sourit et il y répondit puis vint voir son dessin.
- Wow ! C'est la robe pour Candy ?
- Oui, elle sera une mariée des roses, la jupe formera des pétales blancs comme ta rose et le bustier sera tout incrusté de roses rose pâle.
- La robe idéale pour elle, tu es vraiment douée Dothy, je l'imagine déjà avec, Terry adorera aussi.
- Je ne trouvais pas d'idées, heureusement que je suis venue ici, tout est si évident parmi ces merveilles. Je ne regrette rien Anthony mais j'ai accumulé les erreurs ces jours-ci, je me suis comportée comme une idiote, une gamine, voire une garce.
- Oublions ça, je crois ce que tu m'as écrit, et cela me fait très plaisir, le reste !
- Je veux quand même que tu entendes ceci : je ne suis plus que l'amie de ton oncle, nous avons décidé tous les deux que cela nous suffisait étant donné que nous ne sommes pas amoureux l'un de l'autre.
- Ah ! Et… Philippe ?
- Philippe ? Pourquoi… Qui… Philippe… heu oui, je l'ai fréquenté aussi mais c'est du passé, c'est aussi seulement un ami. Je semble douée en ce moment pour me faire de grands amis hommes, c'est déjà ça.
- Dothy, je n'ai pas changé d'avis, tu es tout ce que je… désire côté cœur.
- Même si c'est vrai Anthony, je t'en prie, ne me demande pas de commettre encore une autre idiotie ici, déjà, après tout ce que tu viens d'apprendre de moi qui devrait plutôt te faire fuir.
- Je me fiche de ton passé Dothy, ne comptent que ton présent et ton futur si tu acceptes que j'en fasse partie. Je ne vais rien te demander aujourd'hui Dothy, je ne suis pas pressé, je sais ce que j'aimerais, si tu n'acceptes que de me laisser espérer, cela suffira, sinon dis-moi pour la dernière fois que jamais tu ne voudras de moi et plus jamais je ne t'importunerai et me contenterai de ton amitié déjà précieuse.
Elle hésita mais ses yeux si clairs, sa demande si sage et généreuse et l'émotion qu'elle éprouvait et avait du mal à contenir ne pouvaient mentir. Elle le fixa en profondeur puis avoua :
- Tu es tout ce que mon cœur désire aussi Anthony, il y a vingt ans que j'attendais cela mais… je suis lucide, tout nous sépare, pourtant… tu demandes si peu et me donne tant. Il n'y a pas de jamais Anthony mais j'ai besoin de temps et de discrétion, surtout ici.
Il faillit crier de joie mais se contenta de prendre sa main, la baiser et la serrer en la regardant avec tendresse. Elle lui sourit en osant enfin le regarder avec amour puis caressa aussi sa main.
- Alors tu me trouves belle sans fards malgré mon âge ancestral ?
- Plus belle, tu n'as besoin de rien pour l'être, comme Candy et ton âge te va bien, comme mes cicatrices.
Elle sourit encore, lâcha sa main, se releva et l'aida à se relever. Justement Candy sortait, elle referma son carnet de croquis et alla à sa rencontre avec lui.
- Dothy, Terry t'embrasse et… wow ! Tu es bien jolie ainsi, ta tête va mieux ?
- Beaucoup mieux Candy, je me sens ressourcée et je prends aussi des vacances de l'apparence, ici quel besoin d'être sophistiquée ?
- Et ce soir ? Ça te dirait qu'on sorte tous les quatre, on pourrait aller danser dans un cabaret mêlant charme du passé et modernisme, qu'en dis-tu ?
- Que le passé et le futur sont complémentaires et que j'ai la pêche ce soir. Et j'opterai pour un look en accord pour l'occasion. Et comment va Terrence ?
- Bien, ce soir c'est la trentième et ils sont invités après la pièce à une réception chez le gouverneur à Boston, et Eléonore Baker est avec lui.
- Formidable. Bon, je vais remonter, j'ai des choses à faire, vous m'excusez ?
Candy la regarda partir puis dit à Anthony :
- Tu crois qu'elle se prépare à une vie moins urbaine, comme pour l'Afrique, enfin… qu'elle et Albert ?
- Possible ma douce, qu'en sais-je ?
- Vous aviez pourtant l'air en bons termes aujourd'hui !
- Oui mais pas au point qu'elle me confie ce genre d'info, tu le sauras avant moi si ça arrive.
- On verra. Tu es toujours d'accord pour aller à la maison Pony après-demain sinon ?
- Oui ma douce, chose promise chose due.
- Quoi qu'il t'arrive ce soir ?
- Oui vu qu'il n'arrivera rien de nouveau.
- Quel pessimisme !
- Non, je sais que mon avenir sera passionnant et riche en essentiel, mais ça arrivera sans que je cours après puisque tu m'as dit qu'arrive le destin qu'on désire très fort. Et tu sais comme il m'est difficile de courir !
Elle éclata de rire et l'enlaça en l'entraînant à nouveau dans la roseraie pour s'inonder le nez et le cœur de parfums extraordinaires. Dothy les regarda une minute de sa fenêtre sans plus ressentir que de la tendresse puisqu'il la voulait elle et pas une autre mais culpabilisa pour Candy qui pourrait mal prendre les choses si elle imaginait que son amie l'avait aussi poussée dans les bras de Terry pour lui prendre son Anthony. Et William ? Terrence saurait mieux le comprendre, à lui elle voudrait se confier mais comment ?
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Peter ramena la limousine à quatorze heures le lendemain alors que Candy et Dothy faisaient les boutiques en ville et que William était à la banque André. Après avoir visité de fond en comble la voiture de luxe et interrogé Peter sur sa mécanique et conduite, Anthony profita de leur solitude pour lui donner le carton des boutures de Sweet Candy, en y rajoutant une espèce qu'il avait commencé à créer avant son mariage : une rose d' un rouge sang très parfumée et résistante au gel qui serait donc idéale pour vivre à New York, comme sa rose blanche.
Puis il retourna dans son bureau et repensa à la soirée d'hier et cette valse avec Dothy si courte mais merveilleuse. Candy avait fait comme prévu, il l'avait invitée pour la première danse et ils avaient encore donné le meilleur de leur parfait accord de couple de danseurs pleins de grâce et de légèreté. Ensuite, alors que William faisait valser Candy moins parfaitement, il avait souri à Dothy et espéré une dernière danse avec elle. Hélas, une dame âgée vint se pencher vers lui et lui demanda la faveur d'être son cavalier car il était le meilleur de la salle selon elle et il ne sut pas lui refuser tant elle était attendrissante. Elle lui raconta durant leur valse qu'elle dansait ici depuis ses vingt ans, y avait rencontré son époux et son meilleur cavalier, que depuis son décès il y a cinq ans, elle perpétuait leur coutume et qu'elle trouvait que de tous ses autres cavaliers, Anthony était le plus doué et un des plus séduisants. Elle ne se rendit pas compte apparemment de son handicap, ce qui le ravit mais qui se rappela à lui par la suite. Candy avait ri et plaisanté sur le choix du destin puis tiqué en l'entendant inviter Dothy mais sans intervenir. Mais après trente secondes, sa jambe se déroba et il se serait effondré sans Dothy qui le rattrapa dans ses bras en levant sur lui des yeux inquiets et un teint blafard qui trahirent son cœur et ravit Anthony qui faillit en oublier ses douleurs. Il se redressa vite pour profiter de cette vue tout en la rassurant mais s'excusant.
- Ce n'est rien ! Juste mon signal d'alarme me ramenant à la réalité, tu vois, mon âge n'est pas en accord avec mon corps, je n'ai droit qu'à deux valses et malgré mon désir… Mais j'aime comme tu me regardes, comme si je comptais pour toi !
- Bien sûr que tu comptes ! Et je ne veux pas d'une valse si elle te fait souffrir, même si je la désirais énormément tant tu es le meilleur valseur que j'ai jamais connu et le plus bel et intéressant homme rencontré depuis un bon bout de temps !
- C'est vrai ? Depuis quand ?
- Depuis… Terrence je crois, oui depuis lui.
- Quel honneur ! Mais il aurait pu t'offrir cette valse lui !
- Oui mais il ne valse pas aussi bien que toi et il est juste mon meilleur ami masculin.
- Il vaut mieux pour toi car Candy est très jalouse de nature… et moi… aussi.
- Je… Nous aurons d'autres occasions de valser, viens, retournons nous asseoir, on nous regarde et… surtout Candy justement.
Il camoufla sa joie de la voir si rose et la suivit pour expliquer à Candy et William son pépin, de façon à ce qu'ils ne voient que son côté prétentieux à se croire plus fort que le handicap et pas l'amoureux transi. Dothy cacha aussi ses sentiments mais son cœur était encore plus sous le charme et elle se permit de l'écouter en le regardant avec extase vu que les deux autres ne s'occupaient pas d'elle.
Il revit ses yeux bruns le fixer et se dit qu'elle en était bien arrivée au même parcours que lui mais qu'elle avait besoin de plus de temps pour accepter ce destin idéal pour tous les quatre. Il était sûr que Terry serait ravi de les savoir épris l'un de l'autre, et même Candy quand elle aura compris que William n'était pas destiné à Dothy. La certitude que c'était bien elle sa compagne d'âme, le lien qui les réunissait tous, la cible de l'intuition si aiguisée de Terry, était devenue évidence quand il lui avait demandé sa date de naissance la veille, juste avant de la quitter alors qu'il était resté avec elle dans la cour de devant pour qu'elle fume sa dernière cigarette étant donné qu'elle ne voulait pas le faire près des roses.
- Je suis née juste un peu avant noël, en décembre, le vingt-et-un, c'est un handicap car souvent on m'offre un seul cadeau pour les deux dates ! dit-elle après avoir soufflé un long serpent de fumée grise et en terminant sa phrase par un léger rire.
- Le vingt et un ? 3x7, ça fait vingt-et-un !
- Hein ?
- Et deux fois sept = quatorze, et quatre fois sept…
- Vingt-huit ! Tu réapprends tes tables Anthony ? dit-elle en riant avec tendresse.
- Génial ! Le carré parfait, la perfection mathématique de l'amour, le destin accepté car désiré, merveilleux !
- Cette fois tu m'inquiètes Anthony ! Quel charabia me dis-tu ?
- Ne cherche pas déjà ma belle, tu n'es pas prête, laisse le temps au temps, tout sera clair au bon moment, tu verras. Mais… vu ma chance et … notre solitude… j'ose !
Elle le regarda avec surprise encore alors qu'il se penchait vers elle. Elle pâlit, il allait à nouveau l'embrasser et cette fois elle ne pouvait pas l'empêcher tant son cœur battait la chamade d'envie. Pourtant, elle se trompait car il se contenta de se pencher à son oreille et de murmurer d'une voix sensuelle qui la fit frémir :
- Je te veux Dothy et je me battrai pour te mériter et compenser autrement mes manques.
Il partit sans regarder ce que ses mots avaient causé sur elle, par respect et pudeur, par amour. Sinon il aurait vu ses yeux bruns se perler de larmes, ses lèvres trembler de regrets et d'espoir et son cœur lui crier combien déjà elle le voulait aussi mais n'était arrêtée que par respect de sa famille seulement. Et elle le trouvait si parfait tel qu'il était, il n'avait rien à compenser.
Ce soir, elle se coucha en souriant tant il lui avait permis d'être optimiste et heureuse de pouvoir à nouveau ressentir pareil émoi.
Fin du chapitre 17
