« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 18 « Retour aux sources »
Le lendemain, la limousine emporta Candy, Dothy et Anthony à la maison Pony et leur arrivée provoqua un grand émerveillement et de la joie aux petits pensionnaires. Les enfants en eurent bien pour une bonne heure de jeu à la visiter et à occuper Peter qui ne s'en plaignit pas, même discrètement. William arriva plus tard avec Georges et une autre voiture pleine de cadeaux d'Afrique et d'ici. Mais ils repartirent tous deux en soirée car il n'y avait pas assez de place pour loger à l'orphelinat et William avait une réunion importante le lendemain à la banque avec les actionnaires. Dothy avait d'abord été soulagée de ce départ tant elle craignait que son ancien amant ne découvre en elle ses nouveaux sentiments pour son neveu, presque fils. L'idée qu'il sache qu'elle n'avait pu l'aimer car elle était attirée et envoûtée par Anthony ne lui inspirait que frayeur tant elle se trouvait trop vieille et incompatible avec cet angelot si admirable. Pendant tout le trajet où elle l'eut en face de lui, mais heureusement car Candy à sa gauche ne pouvait ainsi la voir rosir, pâlir et se noyer si souvent dans ses yeux turquoise, elle dut apprendre à tout envisager sans se trahir à tout autre que l'élu de son cœur. Lui, semblait si à l'aise qu'elle douta souvent qu'il soit si amoureux qu'il l'avait prétendu, pourtant quand il prit sa main pour l'aider à descendre à l'arrivée, elle la sentit fébrile et bouillante et son regard si pénétrant lui donna le vertige. Mais une fois William parti, elle pensa en se trouvant seule dans la chambre qu'elle partageait avec Candy, Anthony partageant la sienne avec Peter, que ce serait difficile de tricher face à ces deux merveilleuses éducatrices, ces enfants adorables, Candy si aimée de ce joli petit monde et cet homme si fait pour rendre heureux les enfants étant donné comme ils étaient nombreux à le suivre partout. Elle repensa à tout ce qu'elle avait supposé et l'injustice qu'elle lui avait fait subir mais qu'il avait si vite pardonné par lucidité et grand cœur. Elle ne se laissa pas submerger par le regret et la honte mais chercha de quoi racheter et mériter son amitié sans pour autant envisager autre chose que cela en ce moment. Elle chercha dans son sac son bloc à dessins et esquissa son visage en se laissant guider par son cœur mais ne réussit pas à incarner ses yeux si rares ni son sourire angélique et renonça à le lui offrir pour l'instant mais en se promettant de réessayer et que si elle réussissait un portrait honorable de lui, ce serait un encouragement du destin auquel elle tiendrait compte.
-OOOoOOO-
Candy et Anthony en étaient encore à répondre à toutes les interrogations des enfants quand Dothy décida de sortir de sa chambre pour les rejoindre et elle sourit en entendant un petit rouquin dire que le prince de New York allait se marier avec l'ex-pensionnaire vedette de l'orphelinat.
- Il n'est pas prince Thomas ou seulement pour moi, il est acteur de théâtre.
- N'empêche que tu es drôlement jolie pour une fille qui a été chef et grimpe aux arbres !
- Eh bien, merci mon petit Thomas, de la part du chef actuel, c'est un joli compliment.
- Et le prince acteur que tu vas épouser, il a été chef de sa bande ?
- Heu… Terry a passé son enfance assez solitaire Thomas, il n'a pas grandi aussi entouré que nous hélas !
- C'est drôlement triste !
- Oui mais je te garantis que Terry n'est pas du tout triste aujourd'hui et… oui il est du genre chef et grimpe aux arbres plus vite que n'importe qui. Mais ce serait gentil de ta part de nous laisser un peu souffler maintenant mon chéri, je te promets que nous reprendrons cette conversation plus tard, OK ?
- Oui Thomas, rajouta Anthony, pause pour les questions. Tu le verras bientôt de tes yeux le prince de New York et tu le défieras toi-même aux concours de chefs pour savoir s'il en a l'âme !
- Oui Anthony, rétorqua le petit garçon en riant au clin d'œil du jeune homme.
Mais avant de faire signe aux autres de sortir il rajouta :
- C'est sûr que ce n'est pas parce qu'on grimpe aux arbres qu'on est chef, d'abord il faut de la jugeote et du courage, comme toi !
- Merci bonhomme, il me touche ce compliment.
Candy sourit en regardant Anthony ému puis Thomas sortir fièrement après sa troupe. Elle pensa lui dire que le destin parlait déjà en un petit garçon de dix ans en attente d'un père à aimer et admirer mais Dothy ne devait pas apprendre ce qu'elle ignorait par autre que le concerné, donc elle se tut. Mais ce fut Dothy elle-même qui émit ce qu'elle pensait et même au-delà.
- Ce petit est déjà plus lucide que nombre d'adultes, c'est un chef de son destin et j'espère de tout cœur qu'il réalisera son rêve : trouver quelqu'un pour l'aimer et lui offrir de quoi avoir une qualité de vie à la hauteur de ceux qu'il admire à justes raisons.
Candy n'eut pas le temps de voir le résultat de ce constat sur Anthony car Sœur Maria entrait et approuva aussi ces propos.
- Dieu vous écoute madame Malone ! Thomas est trop intelligent pour nos faibles moyens à l'éduquer, il dévore tous les livres qu'il trouve, ce serait dommage qu'il ne puisse accéder à meilleurs choix. Mais Thomas avec ses dix ans et sa trop grande curiosité intellectuelle n'est hélas pas le profil le plus recherché de nos adoptants !
- Il serait alors peut-être possible d'au moins trouver quelqu'un qui voudrait lui financer ses études ?
- Monsieur André le fera si personne ne l'adopte, c'est certain, répondit sœur Maria. Mais nous espérons encore qu'il trouve aussi au moins une personne qui l'aimera en fils, c'est son rêve secret.
Candy regarda Anthony, qui lui regardait Dothy, qui elle regardait Sœur Maria. Et chacun pensait son idée. Candy imaginait que Thomas serait le fils rêvé pour Anthony. Anthony songeait que Candy pourrait peut-être plus tard adopter Thomas qui semblait lui ressembler beaucoup et qu'il plairait forcément vu sa curiosité intellectuelle, à Terry. Dothy se dit qu'elle pouvait peut-être trouver quelqu'un prêt à adopter ce petit prodige à New York : ville des arts et de la culture.
-OOOoOOO-
Le lendemain matin, Dothy se leva tard et apprit que Candy était partie voir son ami Tom à dix kilomètres de là, en limousine, donc avec Peter mais pas Anthony. C'est sœur Maria qui lui dit ceci dans la cuisine alors que mademoiselle Pony pelait des pommes. Elle lui montra de la fenêtre, la colline où Anthony était, entouré de tous les enfants.
- Ils l'ont tant harcelé pour qu'il leur montre son adresse au lasso ou qu'il raconte comment est New York. Enfin, Anthony adore les enfants et naturellement ils le sentent et ne le lâchent plus dès qu'il vient ici.
- C'est drôle comme il ressemble à Candy ici. Enfin je veux dire, plus intérieurement quand il se laisse vivre.
- Oui, en fait, si je l'avais rencontré bien avant leur mariage, moi aussi j'aurais eu des réserves sur sa réussite.
- Vous ne leur en voulez pas d'avoir divorcé alors ma sœur ?
- Je n'ai pas à juger, Dieu seul le peut. Mais je n'ai pas dit que j'étais ravie de la façon dont Candy mène sa vie d'adulte, c'est tout de même compliqué tout cela.
- Cela ne l'aurait pas été si Candy n'avait pas le cœur sur la main, sœur Maria ! fit mademoiselle Pony d'un sourire faisant plisser ses petits yeux emplis de bonté derrière ses verres de lunettes ronds. En égoïste, elle aurait épousé Terrence avant qu'Anthony ne revienne, il aurait cédé aussi si elle lui avait dit qu'elle serait trop malheureuse sans lui, ils auraient évité un divorce mais peut-être aussi des conséquences plus graves ensuite.
- C'est bien parce que nous connaissons Candy, que nous ne sommes pas inquiets pour son âme, c'est vrai, approuva sœur Maria. Elle a toujours été ainsi, elle a donné sa place à Annie à six ans, pour être adoptée car elle souffrait plus qu'elle d'être orpheline. Candy est une âme rare et nous l'aimons et l'aimerons quoi qu'elle fasse, c'est certain.
Dothy fut heureuse de constater comme ces deux femmes étaient bien aussi bonnes que Candy l'avait dit. Elle se proposa de les aider mais mademoiselle Pony refusa fermement en lui suggérant plutôt d'aller tenir compagnie à Anthony, voire l'aider dans son rôle d'éducateur. Dothy cacha sa gêne dans sa tasse en cherchant une bonne excuse pour ne pas y aller mais rien ne vint. Alors elle hocha la tête, alla tout de même laver elle-même sa tasse puis sortit de la maison.
Sœur Maria regarda mademoiselle Pony sourire en coin puis lui dit :
- J'avoue que je ne comprends pas pourquoi Candy a emmené cette dame, très gentille bien sûr mais il me semble, un peu trop troublée par l'ex-mari de son amie et inversement, non ?
- Alors vous avez vu comme moi sœur Maria, cela me rassure.
- Ah bon ?
- Oui car Dieu sait bien ce qu'il fait en faisant se rencontrer les cœurs solitaires, n'est-ce pas ?
- C'est vrai, Dieu est amour, merci de ce rappel, j'ai eu un instant les pensées troublées tant son dessein est immense. Je vais aller prier un peu pour qu'il me pardonne et pour nos chers enfants.
-OOOoOOO-
Anthony vit Dothy grimper vers lui et la trouva encore plus belle dans sa simple robe blanche et ses cheveux entourés d'un foulard rouge. Elle ne portait encore aucun fard ni bijou et lui parut plus jeune avec ses joues un peu rouges d'avoir grimpé, quand elle arriva devant lui. Elle rosit encore un peu plus quand elle vit l'éclair dans son œil aussi azur que le ciel et son compliment.
- Regardez-les enfants, la belle dame nous fait le plaisir de venir jusqu'ici, quelle chance nous avons.
Evidemment, les enfants approuvèrent, surtout Thomas qui rajouta encore des exclamations sur sa beauté, bien osées pour son âge et qui ravit l'avocat. Elle ébouriffa les cheveux de Thomas pour la forme puis offrit des sourires à tous avant d'en offrir aussi un beau à Anthony qui se sentit alors empli de joie et d'envie de davantage, aujourd'hui. Il proposa à Dothy d'essayer le lasso, elle osa mais ne réussit pas à attraper la branche dans ses dix tentatives. Thomas rit et lui montra comment il était doué. Puis il demanda à Anthony s'il pouvait refaire sa performance de tout à l'heure pour Dothy. Il répondit d'abord qu'il préférait ne pas passer pour un frimeur et que Candy savait autant faire cela que lui mais Dothy insista pour le voir à l'œuvre. Il sourit alors puis prit le lasso, le fit tournoyer au dessus de sa tête et visa la plus haute branche qu'il attrapa de la première tentative et fit siffler d'admiration la belle styliste. Thomas rit de sa façon de siffler peu féminine et lui proposa de grimper à l'arbre avec lui.
- Désolé Thomas mais quoi que déjà ma robe ne s'y prête pas, j'ai surtout une raison bien plus handicapante, j'ai un terrible vertige à plus d'un mètre de hauteur.
- Alors tu es comme Anthony, tu ne peux pas monter à cheval, aux arbres ou à la grande échelle ?
- Oui Thomas, mais moi uniquement par peur, une peur stupide mais incontrôlable.
- Peut-être que tu as une raison, comme peut-être que tu es tombée toute petite et que même si tu ne t'en rappelles plus, ça te fait peur pour ça.
- Oui, peut-être Thomas, je ne me souviens plus mais c'est possible. Tu es vraiment futé toi.
- Oh ! C'est que j'ai déjà entendu le docteur dire à ça à un enfant un jour, je me souviens c'est tout.
- Tu pourrais aussi être acteur de théâtre alors, une excellente mémoire est un atout pour ce métier.
- Comme le prince de New York ? Tu crois qu'il voudra me montrer pour que je sache si ça me plairait car moi je n'ai jamais vu de pièce de théâtre de ma vie ?
- Je suis certaine qu'il acceptera de te montrer, Thomas, dès qu'il pourra venir ici, il le fera c'est sûr.
- Oui moi aussi j'en suis certain Thomas, confirma Anthony après avoir songé que lui aussi était vierge d'avoir vu du vrai théâtre encore. Et tu verras aussi bientôt ta première pièce, je ne te dis pas quand mais je vais me renseigner et voir si on ne peut pas en voir une prochainement d'accord ?
- Oh ! Chouette !
- Et nous aussi on pourra y aller ? demanda alors une petite fille blonde puis une autre ensuite.
Anthony les observa alors tous et se dit qu'il avait un peu parlé trop vite étant donné qu'il ignorait si une autre pièce serait jouée prochainement à Chicago. Dothy le regarda alors sans pouvoir le renseigner mais rajouta :
- Il faut d'abord qu'on trouve un jour où ce sera possible les enfants mais je vous promets aussi qu'on va vous offrir à tous une belle pièce de théâtre à regarder bientôt. D'accord ?
Bien entendu tout le monde cria : « oui » et exprima son enthousiasme, surtout Thomas. Mais il eut aussi l'idée d'aller vite le raconter aux sœurs et du coup tous les autres le suivirent, et Dothy se trouva seule en haut de la colline avec Anthony ravi.
- Tu vas donc devoir encore me supporter un jour de plus pour réaliser leur vœu que seul j'ai voulu, sans même savoir si je peux, c'est fou et merveilleux non ?
- Merveilleux oui, fou non, c'est normal de t'aider à rendre heureux les enfants, c'est pour eux que je le ferai.
- Et pour moi tu ne veux pas faire un petit plaisir aujourd'hui Dothy ?
- Si je le peux mais… que veux-tu ? Une valse peut-être ?
- Non, ce n'est pas stable pour moi ni assez bas pour ton vertige, ma belle.
- Alors peut-être que si je te cueille un bouquet de marguerites cela te fera plaisir, non ?
- Oui mais je préférerai quelque chose de plus… proche ?
- Une poignée de mains ?
Il rit puis attrapa sa main et la baisa dans la paume, puis remonta sur son poignet. Elle eut peur qu'on voit ce geste de la maison et retira son bras mais pour garder sa main dans la sienne et se coller contre le chêne mais bien derrière. Il sourit et s'approcha le plus près d'elle sans la toucher. Elle plongea dans ses yeux azur et attendit qu'il décide en souriant béatement. Mais il semblait hésiter et finalement il recula et lui dit :
- Non, je préfère un autre souvenir, un plus difficile à détruire si tu voulais ensuite revenir en arrière pour des raisons diverses.
- Je ne comprends pas Anthony, je ne t'ai rien promis sur l'avenir, rien n'est possible sans se cacher pour l'instant.
- Pas pour moi Dothy mais je respecte tes craintes s'il n'y a que cela. Mais il me faut au moins une certitude et tu ne m'as pas dit encore ce que tu ressens vraiment pour moi.
- Tu sais très bien que je ressens pour toi, ce que je n'ai pas ressenti pour un homme depuis vingt ans.
- Mais tu ne dis pas la phrase clé, tu refuses d'y croire encore.
- Parce que je ne suis pas naïve, tu n'es pas pour moi, du moins pas pour longtemps même si je suis prête à redevenir folle et idiote avec toi… tellement je t'aime.
Il sourit, avança à nouveau et posa ses lèvres sur la bouche de Dothy qui s'ouvrit aussitôt, se livra entièrement et montra quelle braises couvaient en elle. Il apprécia sa fougue, ses mains vite autour de son cou et même les doigts de sa main gauche glissant sur sa chemise côté cœur. Il sentit en lui un désir fort et préféra ne pas la toucher plus que les bras pour rester lucide. Mais il gémit légèrement en sentant maintenant ses seins lourds et fermes épouser son corps et il recula un peu alors qu'elle mit fin, elle, au baiser. Mais elle le fit lentement, sans quitter ses yeux, en caressant tendrement sa joue et avouant :
- Oui je t'aime et te désire comme jamais personne avant Anthony, c'est certain, je suis amoureuse de toi depuis que j'ai vu qui tu es, pour l'intérieur et l'extérieur. Mais te le dire ne change rien à mes treize ans de plus que toi, et à ce que tu étais le mari de Candy quand on s'est connu ; et que je n'avais pas le droit d'aimer l'homme que j'ai détesté et décrié sans cesse pour que ma meilleure amie le quitte vite afin de donner à Terrence ce bonheur qui lui manquait tant. Et même si tu me dis que tu t'en fiches, que cela nous permet aussi de vivre notre amour, je ne peux pas croire que ce soit bien avec en plus tout ce que j'ai rajouté à notre fossé, ton oncle surtout.
- Puisque tu l'as quitté et qu'il n'est pas amoureux de toi, pourquoi culpabiliser ?
- Parce que j'ai le rôle de la putain qui collectionne les amants, surtout les jeunes.
- Et tu crains donc que mon oncle et Candy te considèrent comme une putain à gigolos ? Pour qui les prends-tu ?
- Pour des gens trop dignes mais justement, c'est indigne de moi de te faire croire que je pourrai être assez belle et bien pour toi longtemps. D'accord, tu me trouves bien maintenant mais imagine dans quelques années ce que ça te fera qu'on me prenne pour ta mère ?
- Encore ton âge ! Je pourrais te dire qu'on prenait souvent ma première femme pour ma sœur et que je m'en fichais mais à quoi bon. Donc tu crains que je ne te quitte un jour parce que tu paraîtras ton âge ? Tu vois donc loin avec moi et ça c'est au moins positif car je pense aussi que je ne suis pas homme à des aventures courtes. Tu sais Dothy, un couple ne sait jamais combien de temps il durera, quel que soit l'âge des deux. Mais je crois que ceux qui dureront sont ceux qui se seront le plus fait confiance. Pour l'instant, tu ne me fais pas confiance, ni à toi mais nous venons juste de nous rencontrer. Ne pense pas déjà à me quitter Dothy, laisse d'abord le temps agir pour que tu crois en nous et qu'on vive à fond cet amour.
- Oui, j'essaierai Anthony mais je ne veux pas que tu souffres encore ni Candy.
- Alors ne refuse pas ce destin Dothy car sans toi je ne serai pas heureux du tout et Candy sera aussi moins heureuse puisque je ne pourrai plus vivre à New York. Et ce n'est pas du chantage Dothy, c'est la réalité.
Et sur ce, il lâcha sa main, lui sourit une dernière fois et la quitta pour redescendre la colline.
-OOOoOOO-
Candy aurait dû revenir à midi mais elle appela pour s'excuser car Tom voulait qu'elle reste déjeuner avec lui, son épouse Betty et leur ami Jimmy, venu aussi les voir. A treize heures lorsque le téléphone sonna, Dothy savait que c'était Terrence et profita de cette occasion pour lui parler.
- Désolée mon ami mais ta blonde Juliette est accaparée par ses amis d'enfance et tu devras te contenter pour l'instant de parler un peu à sa vieille amie.
- Dothy chérie, je suis ravi car justement je parlais de toi peu avant avec Philippe.
- Encore désolée Terrence mais je préférerais qu'on parle de quelqu'un d'autre.
- Ah ! Ok ! Dis-moi qui te rend soucieuse ma belle ?
- Toute une bande de gamins qui aimeraient voir pour la première fois une pièce de théâtre.
- Oh ! Je n'ai pas pensé que c'était possible à Chicago vu que Candy ne m'en a rien dit, je suis désolé aussi.
- Non, personne n'y a pensé sauf… Anthony ce matin.
- J'aimerais pouvoir te dire que le vœu des gamins sera exaucé mais… je ne peux pas revenir à Chicago pour cette tournée. Mais peut-être que je pourrais les inviter à New York pour la dernière vu que le théâtre Lincoln est d'accord pour qu'on la rejoue au retour.
- Ça fait loin pour une vingtaine de gosses et les sœurs.
- Toutes mes autres escales sont encore plus loin maintenant, sinon je peux me renseigner sur les prochaines pièces en tournée à Chicago.
- Rien d'autre ce mois sauf un Racine qui risque d'être trop incompréhensible pour les petits.
- Alors propose aux sœurs de venir à New York et on pourra même les avoir pour le mariage si elles acceptent de résider un peu là-bas.
- Je transmettrai ton offre Terrence, merci.
- De rien, remercie Anthony, il a eu une excellente idée.
- Tu l'aimes maintenant vraiment beaucoup on dirait.
- Oui. Pas toi ?
- Si… justement.
Terry ne comprit pas tout de suite et resta muet en croyant que la phrase avait une suite. Dothy crut qu'il était atterré d'entendre cela et bredouilla ensuite :
- Oublie ça Terrence, j'ai dû trop rester au soleil ces temps-ci.
Terry comprit donc enfin et quoi qu'il n'avait jamais pensé cela possible, il trouva cette idée géniale.
- Attend Dothy, je n'avais pas compris mais je trouve que c'est merveilleux si c'est vrai.
- Vrai mais impossible mon ami, autant que si c'était toi.
- Non ma belle car la seule qui empêche l'un ou l'autre ne peut en empêcher qu'un à la fois et en ce moment il n'est pas blond.
- Mais j'ai rendu les choses trop difficiles, j'ai eu tout faux avec lui auparavant et n'oublie pas que je sors juste de… l'oncle.
- Mais que dit l'intéressé de ton passé Dothy puisque c'est lui seul qui peut rendre possible ou pas?
- Il dit que ne compte que le présent et le futur, qu'il se fiche du reste et veut juste que je lui fasse confiance car il ressent pareil que moi.
- Alors pourquoi t'embarrasses-tu de culpabilités inutiles ? Il est génial, il t'a dit ce que tu espérais d'un homme non ?
- Même davantage mais il restera toujours un passé qui me gêne trop : elle.
- En quoi ce qui ne me gêne plus moi peut tant te gêner toi, Dothy ?
- Oh ! Pas ça mon ami, c'est seulement le fait d'être à ses yeux l'amie qui complote pour son intérêt, qui me hante.
- Je vois. Tu crains que votre belle amitié ne soit plus si basée que sur du solide après. Le destin t'a fait rencontrer Candy pour aussi te mettre face à l'amour, moi je trouve cela encore plus génial pour l'avenir vu nos liens tous les quatre.
- Mais imagine si le destin avait réglé les montres à une autre heure, j'aurais alors le rôle bien moins… amical.
- Tu supposes trop, le destin t'a laissée faire et tu n'as pu le connaître vraiment qu'au moment approprié, et Candy ne risque pas de voir n'importe quoi, surtout pas elle.
- Oui, je sais bien, il m'a dit pareil mais c'est en moi que ça ne veut pas paraître normal, je me sens trop vieille, ça me terrorise.
- Tu as besoin de temps pour accepter ton destin Dothy, le bonheur te fait peur à cause du passé mais déjà tu as accompli le plus difficile : tu aimes. Laisse faire les choses ma belle, il t'aime alors il aura la patience si tu ne fuis pas. Et pour Candy, ne t'en fais pas, elle saura quand elle sera prête et je vais moi aussi l'amener à le comprendre seule en douceur si tu m'y autorises, avec Anthony.
- Je ne peux pas lui demander, il joue avec les enfants, il adore les enfants et les enfants l'adorent.
- Tu m'étonnes ! De toute façon, je ne peux lui parler tant qu'il ne me dira rien personnellement.
- Evidemment. Mais j'accepte pour moi ton soutien mon ami, merci, j'avais besoin de me confier et c'est dur de ne pouvoir partager cela avec elle pour l'instant. Mais il n'y a pas qu'elle Terrence, c'est compliqué.
- C'est trop frais, personne ne le saura tant que tu ne seras pas prête.
- Merci. Je suis désolée pour Philippe mais je ne peux plus lui offrir que mon amitié.
- Il s'en remettra. Jusqu'à aujourd'hui j'avais encore un peu d'espoir pour lui mais maintenant… Je suis un homme Dothy mais pour moi aussi, Anthony est difficilement concurrençable, c'est un seigneur, un prince. Tu lui transmettras mes amitiés ma belle, je dois te quitter, on m'appelle.
- A bientôt mon ami unique, seigneur et prince de New York.
-OOOoOOO-
Anthony laissa les enfants jouer seuls pour se reposer et apprit de Dothy la proposition de Terry pour emmener tout l'orphelinat à New York pour voir Cyrano et même le mariage. Il en parla aussitôt à mademoiselle Pony et sœur Maria qui apprécièrent mais hésitèrent vu le trajet et le temps d'absence. Anthony, si enthousiaste de ce projet plaida si bien la cause de Terry qu'elles acceptèrent si Candy leur assurait aussi que ça ne causerait pas trop de tracas. Mais Anthony, pensant que ce serait mieux, ajouta que justement, c'était une surprise de Terry en cadeau à sa fiancée, donc il fallait qu'elle l'ignore. Dothy le trouva encore génial et pensa que Terrence serait encore séduit par le don de surprendre de son nouvel ami si improbable hier. Il fallut donc ensuite qu'Anthony le dise à Thomas et lui explique que tous les enfants devaient taire ce secret à Candy, ce qu'il s'engagea à réussir en étant fier de ce rôle confié par le prince de New York et transmis par Anthony. Il rêva ensuite de plus en plus à ce mystérieux prince et avait hâte de le rencontrer et le voir sur la scène bretter et parler comme personne, comme avait dit Dothy.
-OOOoOOO-
Candy n'avait pas vu le temps passer près de ses deux amis d'enfance et culpabilisa au retour d'avoir laissé Dothy seule et ne la quitta plus de la soirée. Dothy s'en trouva finalement soulagée car ainsi plus de tentation de recommencer ce baiser merveilleux avec Anthony et risquer un scandale. Pourtant, lui ne songea pas à renouveler ici ce doux moment, il avait eu sa réponse et respectait le désir de la styliste et l'endroit. Avec les enfants dans ses jambes, il était heureux et en profitait tant qu'il pouvait et même un peu trop d'ailleurs. Car le soir il sentit sa jambe droite devenir plus raide et comprit qu'il avait trop forcé et risquait une phlébite. Mais il ne voulut pas inquiéter Candy et Dothy et se montrer encore dans toute sa fragilité. Alors il prit des anticoagulants et alla se coucher tôt pour la reposer. Le lendemain, il la sentit moins raide mais dut refuser d'aller jouer avec les petits. Candy crut qu'il était morose de les quitter et de ne pas savoir lequel adopter et s'il le pouvait. Pour elle, Thomas serait le fils idéal et elle tenta de forcer le destin en poussant l'enfant à aller « embêter » Anthony pour le dérider. Thomas crut bien faire en lui disant qu'il était triste qu'il parte alors Anthony répondit qu'il resterait encore un peu ici au lieu de partir en début d'après-midi. En fait, il avait décidé depuis la veille de ne pas repartir à New York avec Candy et Dothy et sa jambe rajoutait encore aux autres raisons à rester. Candy fut à la fois triste de cette séparation mais pleine d'espoir que ça signifie qu'il voulait encore réfléchir et connaître Thomas avant de l'adopter. Dothy fut soulagée de ne pas avoir à risquer de se trahir de ses sentiments devant son amie par un long trajet si près de lui mais triste aussi de l'absence à venir. Avant le départ, elle chercha tout de même à avoir un dernier moment intime avec lui mais Anthony se sentit incapable d'obéir à sa note glissée sous sa porte de la rejoindre sur la colline vu sa jambe douloureuse. Alors il demanda à Thomas de porter une autre note à Dothy. L'enfant fut content de courir donner sa lettre à la jolie dame mais celle-ci n'apprécia pas trop que l'enfant soit intermédiaire et risque de la trahir à Candy. Mais elle lut le papier dans l'enveloppe sans rien montrer, même son doute après lecture.
« Dothy, je ne peux pas venir maintenant mais rien a changé, fais-moi et fais-toi confiance s'il te plaît, je reviendrai bientôt à New York te prouver que je sais cette fois ce que je veux et peux, Anthony ».
Dothy remercia Thomas d'un grand sourire et un bonbon puis médita un peu. Bien qu'elle espérait à nouveau à la parole d'Anthony, elle voyait toujours trop d'obstacles pour croire à ce rêve et étant donné qu'il n'avait pas voulu lui dire de vive voix, un signe de fuite déjà. Elle décida alors de repartir sans illusions et l'oublier.
Anthony fut content que William revienne deux heures avant le départ de Candy et Dothy car sa jambe n'allait pas mieux et il ne voulait pas que Candy le découvre et retarde son départ et s'inquiète. Candy eut alors peu de temps pour lui, entre les enfants, les sœurs, Jimmy venu dire au revoir aussi et William, mais elle réussit tout de même à lui réserver son dernier quart d'heure. Mais comme c'était dans la chambre où il dormait, qu'il faisait semblant d'écrire assis, elle ne se douta pas qu'il souffre. Et puis elle s'attarda surtout sur l'évidence que le petit Thomas l'adorait et qu'il était doué pour s'occuper de lui, il la laissa donc sur cette idée sans contester. Enfin, elle l'ébouriffa gentiment et s'accroupit pour le serrer fort et lui dire encore :
- Anthony, repose-toi tout le temps qu'il faut, tu as le temps pour travailler à nouveau, ça te fera du bien de ne penser enfin qu'à toi. Je t'attendrai patiemment, on se parlera de toute façon comme on voudra avec le téléphone, cette belle invention, n'est-ce pas chéri ?
- Bien sûr ma douce, cela te fera deux appels quotidiens désormais, d'ici ou de Lakewood mais je le ferai chaque jour aussi, ainsi ça me fera un autre point commun avec ton étonnant fiancé.
- J'ai hâte que nous soyons tous les trois réunis, maintenant je suis certaine que nous sommes capable de vivre encore plus grandement notre destin. Tu sais, j'ai un nouveau pressentiment Anthony, l'intuition que tu es aussi prêt de vivre une passion forte bientôt si tu restes près du lien y menant.
- Donc de toi ma douce ? dit-il amusé de cette réitération à le pousser à rester à New York.
Pourtant elle fit non avec certitude.
- Non pas que moi mon chéri, un autre lien, celui qui t'a déjà permis de te rassurer sur tes valeurs essentielles, cet ami conseil que tu dois me présenter plus tard, tu sais ?
Il faillit éclater de rire vu qu'elle parlait sans le savoir de Terry mais l'idée lui sembla aussi épatante et plausible alors il se contint et fut curieux.
- Comment en es-tu sûre ma Candy ?
- J'ai rêvé hier que tu venais chez Terry m'annoncer que ton ami conseiller allait se marier avec Dothy, c'est idiot à première vue je sais mais pour que je rêve de cet homme sans le connaître en l'unissant à mon lien bonheur, donc Dothy, ceci peut vouloir dire que cet homme sera ton lien bonheur aussi non ?
- Je ne vois pas comment mais tout est possible alors ! Mais lien ou pas, je ne partirai pas de toute façon sans te présenter mon ami conseiller et tu me diras ensuite ta nouvelle intention. En attendant ce jour, je te promets de bien réfléchir à tout, moi aussi j'aimerais plutôt rester à New York si mon destin le veut bien. Mais quoi qu'il dise, je reviendrai au plus tard début octobre, promis.
Candy hocha la tête puis serra sa taille, la joue sur son cœur, toujours accroupie et s'emplit de lui pour supporter l'attente. Il regretta d'avoir mal car jamais il n'avait autant senti son amour fraternel, une paix merveilleuse l'envahit et il caressa son visage dans ses cheveux d'or en se disant qu'il aimerait vraiment pouvoir rester toujours près d'elle si Terry le supportait. Déjà un lien unique était crée entre lui et l'acteur, il revit son sourire confiant à la gare, leur si rapide familiarité au téléphone dans un sentiment d'aise jamais atteint avant, cette chaleur dans le cœur ressenti en serrant rapidement sa main chaude et comme une sorte de frisson de plaisir à voir ses lèvres articuler son prénom en le voyant. C'était bien un coup de foudre, amical mais fort, au cabinet Bradley il avait été charmé mais perturbé à cause des non dits mais déjà son cœur avait accéléré en serrant sa main, sans savoir pourquoi. Anthony sourit béatement, ce serait si agréable de vivre près de ce couple merveilleux, c'est vrai, si Terry continuait à lui faire confiance, pourquoi pas ? A lui de toujours lui prouver sa sincérité et lui plaire autant qu'il lui plaisait ! Pour l'heure, il releva le menton de Candy, essuya amoureusement sa larme triste et l'embrassa sur tout le visage sauf la bouche jusqu'à ce qu'elle rit un peu et se relève en souriant.
- Je t'aime ma Candy, le genre d'amour dont je sois plus que certain d'éprouver toujours sans faiblir, je t'aime petite sœur rêvée si idéale, pour le meilleur et pour le pire, je t'aime à jamais !
- Je ne divorcerai jamais non plus de toi mon frère rêvé si idéal, je t'aime à jamais et rien ni personne ne peut le changer. Prends soin de toi mon prince des roses, à demain !
-OOOoOOO-
Une fois la limousine loin, William obligea son neveu à aller voir le médecin le plus près, ayant compris qu'il était mal, debout devant la maison Pony pour les adieux. Anthony ne le contraria pas mais le docteur confirma que seul le repos et les anti-coagulants guériraient le début de phlébite de sa jambe. Alors Anthony obéit en restant allongé un jour entier en plus du reste d'aujourd'hui. William expliqua alors à Thomas qui avait d'abord pensé qu'Anthony était malade à cause de lui et les autres enfants pour l'avoir tant fait marcher et se fatiguer, que ce n'était que passager s'il aidait son neveu à le vivre au mieux et l'aider. Thomas fut ravi de pouvoir être utile à Anthony, il l'aimait de plus en plus et rêvait secrètement à l'avoir comme tuteur ou au moins le voir plus souvent. Il n'allait pas jusqu'à penser davantage, un père comme lui ce serait merveilleux mais il savait qu'il était trop grand pour qu'on le veuille pour fils. Mais Thomas accepta de bon cœur le rôle offert par monsieur André : être utile à Anthony, et il le fit le plus sérieusement possible pour lui faire plaisir. Anthony fut tant attendri de toutes les attentions et gentillesses que le petit montra pour lui ce jour et demi qu'il eut du mal à imaginer partir le lendemain ainsi. Avec son oncle qui l'encouragea, il songea à l'emmener à Lakewood quelques jours. Mademoiselle Pony et Sœur Maria l'encouragèrent aussitôt l'idée émise et quand Thomas entendit cette proposition de vacances, il sauta de joie. Donc, Anthony dit au revoir aux deux sœurs, aux autres enfants qu'il quittait avec un peu de tristesse aussi mais pas trop vu que tous viendraient à New York pour le mariage, en surprise pour le couple qui ne le pensait pas possible.
Fin du chapitre 18
