« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 19 « Le cœur en sursis »
« Prends le temps mon amant de dire ce qui sera
Si ton cœur et le mien se séparaient déjà
Car si je restais trop longtemps dans tes bras
Tu pourrais m'oublier vite et me remplacer là,
C'est ce qui arrive aux filles trop faciles.
Tu as beau dire mon bel amour
Nos jours sont comptés et nos nuits filent
Sous des horizons lointains aux contours
Imprécis, aux couleurs délébiles
Que la mémoire même effacera demain.
Si j'avais vingt printemps mon tendre aimé
Je ne craindrais pas de te prendre la main
Mais imagine-nous cet hiver, la mienne toute ridée
Et la tienne en été, il vaut mieux nous quitter
Avant de s'aimer tard ou tôt se séparer.
Pourtant mon si beau rêve, si j'osais…
Je ferai d'un jour quatre saisons pour t'aimer. »
Le poème de Dothy ( Diogène, novembre 2015)
Pendant le trajet jusqu'à New York, Dothy ne fit que penser à toutes ses erreurs : Philippe, William, Anthony. Elle avait cumulé les aventures impossibles mais la dernière était comme une trahison, un crime qui la faisait se sentir sale et ridicule. Candy dormait, elle put alors verser une larme trop salée. Avoir passé tant de mois à dénigrer, critiquer et juger un homme comme le pire des maris puis en tomber follement amoureuse, quelle ironie ! Elle toucha ses lèvres, son baiser en mémoire lui fit encore mal. Pourquoi avait-il jeté le dévolu sur elle ? Par défi de la difficulté ou vraiment par une capacité à aimer aussi noble que Terry ? Peut-être les deux, Anthony n'aimait pas la facilité mais d'un autre côté cela faciliterait beaucoup son besoin de vivre aussi sa fusion avec Candy en devenant le compagnon de l'amie à part de celle-ci et de son compagnon. Elle songea alors qu'il serait préférable qu'il parte vivre ailleurs qu'à New York pour mettre un terme à cette erreur, Candy serait triste mais Terry saurait compenser cette perte. Elle eut encore honte de souhaiter qu'il parte le plus loin possible mais s'il restait à New York, comment faire pour résoudre tant de problèmes ?
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Candy trouva que Dothy était encore plus maussade depuis leur départ mais crut que c'était de William qu'elle était si troublée et choisit donc de faire comme de rien pour respecter son besoin de réfléchir et savoir vraiment s'il était son destin. Mais en amie soucieuse, elle tenta de l'égayer à leur escale de nuit à Pittsburgh en Pennsylvanie. Elle lui raconta pendant le dîner des souvenirs d'enfant à la maison Pony, mêlés à ses rencontres avec Albert puis Anthony. Malgré son désir d'oublier ses sentiments pour Anthony, Dothy aimait l'imaginer gamin, avec les photos des albums vus à Lakewood c'était facile. Et comme Candy croyait que c'était Albert qui la rendait attendrie, Dothy put apprécier sans s'inquiéter. Pourtant, elle tenta de lui dire que quoi que son père soit une perle, elle ne l'aimerait jamais plus qu'en ami mais le sourire de Candy semblait bien incrédule. Alors elle décida de la laisser croire ce qu'elle voulait, elle verrait bien avec le temps qu'elle se trompait mais ne devrait jamais savoir qu'elle avait osé rêver à son Anthony.
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A leur arrivée, Dothy avait une tonne de courrier à lire, ça l'occupa toute la soirée et Candy fit un peu de ménage en attendant l'appel de Terry. Celui ci retentit à vingt-deux heures, la représentation à Nashville s'était bien passée, il repartirait demain midi pour Memphis. Elle lui dit qu'Anthony était resté pour quelques jours encore en Illinois, elle espérait qu'il reviendrait à New York avec l'idée d'y rester toujours et d'adopter un des enfants Pony qu'il adorait. Elle lui parla surtout de Thomas, le petit garçon si intelligent et imaginatif, si idéal pour Anthony et il lui semblait, le plus proche de lui du cœur.
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Terry apprit le surlendemain soir qu'Anthony était revenu à Lakewood, il avait emmené Thomas avec lui, Candy était folle de joie, c'était bon signe. Terry l'écouta encore vanter les talents d'Anthony avec les enfants, ça aurait pu l'agacer et le rendre jaloux encore il y a peu mais maintenant qu'il connaissait un peu cet homme, il aimait de plus en plus en apprendre sur lui, il le fascinait tellement, il était si attirant et passionnant. Ça avait été un coup de foudre à la gare, son cœur avait tiédi comme avec Candy, c'était pour dire comme c'était fort vu le difficile parcours pour y arriver. Jamais personne n'avait su si vite entrer dans son cœur, bien qu'aujourd'hui il soit débarrassé de nombreux tabous, il ne se sentait pas si vite et si tant en confiance avec quelqu'un. Anthony semblait avoir éprouvé pareil vu sa spontanéité et gentillesse, il avait déjà choisi aussi d'être son ami avant même de s'assurer de la réciprocité de sa confiance. Il imagina que ce serait vraiment merveilleux de l'avoir comme ami à part, vivre assez près pour avoir des loisirs ensemble, parler de tout et de rien mais beaucoup de Candy, veiller sur elle ensemble pour mieux la protéger des brutes et dangers, former un trio soudé et élever des enfants ensemble pour se donner les meilleures bases en unissant trois bonnes volontés et trois complémentarités.
Le lendemain en se promenant dans une rue d'Atlanta, il vit une montre qui lui tapa à l'œil dans une bijouterie. Une belle montre à gousset en argent à couvercle ornée d' une tête de cheval en ivoire et à l'œil turquoise. Il pensa tout de suite qu'elle siérait à Anthony et entra dans la boutique pour mieux la voir. Fortifié dans son idée, il demanda si c'était possible de graver une phrase à l'intérieur du couvercle ; le bijoutier nota la phrase, prit des mesures puis lui dit qu'il pouvait l'inscrire en petits caractères mais ce serait lisible. Terry fut content, versa un acompte et repartit se promener, il la prendrait demain matin avant de repartir pour l'Est côté sud.
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Dothy retrouva ses habitudes, le travail lui permit d'oublier ses craintes et de moins penser à Anthony. Une semaine après leur retour, Candy lui transmit son bonjour de Lakewood, elle sut sourire sans forcer et l'interroger sur lui sans paraître trop ou pas assez intéressée. Elle apprit donc qu'Anthony avait emmené Thomas à Lakewood et que tout se passait bien. Elle songea alors qu'il ne lui avait pas dit qu'il aimait davantage ce petit rouquin qu'un autre orphelin même si au fond elle aurait dû le voir seule. Elle songea encore qu'il rêvait plus d'être père que de se marier à nouveau et s'il le devenait avec Thomas, quel rôle envisageait-il alors pour elle ?
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Anthony fut heureux que Thomas soit autant curieux des roses que de l'histoire des Etats-Unis ou de France, des grands héros, des romans d'aventure et des échecs. Cet enfant était vraiment un bonheur, tout lui plaisait, il adorait rendre service et était toujours joyeux. Il avait un côté ressemblant à Candy, l'autre un peu à lui enfant mais un peu aussi à Terry aujourd'hui. Il se dit que Terry aurait forcément le coup de foudre quand il le verrait mais il ne pouvait pas lui suggérer d'adopter l'enfant alors qu'il allait juste se marier au retour et d'abord forcément en avoir de son sang si la vie le permettait. Si lui l'adoptait, il ne lui offrirait pas de mère et son appartement serait bien petit pour lui habitué à courir et grimper aux arbres !
Il songea à Dothy mais ne pouvait pas imaginer qu'elle devienne un jour sa mère, elle n'avait pas émis l'idée d'adopter un enfant, surtout un garçon de dix ans. En plus elle n'avait même pas encore accepté de vivre une relation avec lui, même cachée, alors comment anticiper déjà autant ?
Tout à l'heure, il avait appelé Candy, comme chaque jour il avait transmis le bonjour à Dothy, elle ne l'avait pas rappelé de la boutique pour lui parler, elle faisait la sourde ou voulait tester sa patience.
Il pensa maintenant à Terry, enfin, à nouveau à Terry et il se dit qu'il aimerait pouvoir lui demander son avis sur Dothy.
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Terry pensa tout l'après midi à quelque chose. Après la représentation, cette pensée revint et il décida de la concrétiser sitôt à l'hôtel. L'interurbain lui annonça son correspondant dix minutes après, c'était Georges Johnson qui lui demanda de patienter, il allait chercher Anthony dans son bureau. Cinq minutes après l'avocat lui répondit.
- Terry ?
- Bonsoir Anthony, excuse-moi de te déranger, il est tard !
- Tu ne me déranges pas, comment vas-tu ?
- Très bien et toi ?
- Bien mais j'ai justement besoin de conseils lucides et je crois que tu es bien placé encore pour m'en donner.
- Alors je t'écoute Anthony.
- Mais tu ne m'appelais pas pour autre chose d'abord ?
- Si, enfin, pour te parler d'un détail au cas où tu resterais à New York et ouvrirais ton cabinet, une possibilité si ton destin le voulait mais il dépend peut-être de ton besoin de conseils non ?
- Plus ou moins mais… continue d'abord, dis-moi tout sur ce détail Terry.
- Eh bien, j'ai acheté des locaux pensant en faire quelque chose d'utile pour Harlem, un immeuble juste à l'entrée nord, tout neuf et fonctionnel. Ils pourraient servir de cabinet d'avocat si tu le voulais, enfin, sans t'obliger pour autant à être l'avocat d'Harlem, juste pour que tu le saches, voilà.
- Je veux bien les visiter à mon retour, quoi que je décide, je suis ouvert à toutes éventualités si cela correspond à mes vues.
- Entendu. Si tu rentres avant moi, James te les montrera. Candy ne les connaît pas encore, je ne lui ai rien dit non plus de cette possibilité.
- J'ai bien compris Terry, merci de penser que je peux tout imaginer possible à New York, avec elle surtout, c'est très classe.
- Tout est en effet possible à New York, il ne dépend que de toi d'y rester.
- J'ai bien réfléchi à ton conseil, de bien regarder ce que j'ai sous les yeux avant de chercher plus loin. Sous mes yeux, il y a peu, il y avait une femme qui me plaît, qui correspond à ce que je recherche, qui aurait aussi convenu à ma famille, seulement cette femme ne se sent pas prête ou capable de me le donner. Que dois-je faire Terry ?
Celui-ci comprit qu'il parlait de Dothy, sans la nommer mais clairement, il fut touché de cet aveu.
- Rester patient mon ami car cette femme a déjà accompli le plus long chemin, elle ressent ce que tu ressens.
- Tu en es sûr ?
- Certain Anthony. Laisse-lui le temps de tout accepter et préparer.
- Je lui laisse tout le temps qu'elle veut mais j'ai aussi très envie de concrétiser mon premier rêve : être père. Seulement, pour le devenir je n'ai qu'un seul moyen : l'adoption.
- Ah !
Terry comprit enfin de quelle douleur parlait Candy, c'était pire que tout ce qu'il avait imaginé et il se sentit vraiment triste d'un coup. Mais Anthony ne lui laissa pas le temps de s'attarder sur sa peine.
- Je suis désolé de te dire ceci ainsi Terry mais tu as aussi le droit de savoir que, si après un an et demi de mariage aucun enfant n'est venu, c'est parce que je suis stérile depuis mon accident. Je l'ai épousée en le sachant mais n'y croyant pas. Si j'en avais été certain, je ne l'aurais pas fait, il est pour moi indispensable qu'elle devienne mère de sang au moins une fois.
- Je le crois aussi mais je n'ai aucune garantie de pouvoir lui offrir moi non plus, ni elle.
- Je sais bien mais je suis confiant, ce rêve arrivera aussi à force de l'avoir voulu. Mais moi je ne dois plus rêver que de ce que je peux obtenir et c'est d' un petit garçon déjà grand que je rêve.
- Du petit Thomas ?
- J'adore ce petit mais il mérite bien plus que je n'ai à lui offrir hélas.
- Je ne peux pas te donner de conseils dans ce domaine mais je crois aux conseils d'une spécialiste en la matière qui est certaine que tu as tout ce qu'il faut.
- Mais crois-tu que j'ai le droit de le concrétiser même si je ne lui offre jamais de maman ?
- Je crois que Thomas est assez grand et intelligent pour le savoir lui même Anthony. Une chose est certaine, il aura une tata marraine du genre très concernée si tu le souhaites, voire un tonton novice mais très motivé aussi.
- Merci Terry, tu es vraiment très classe, cela me touche beaucoup et me rend plus confiant. Mais je vais me laisser encore un peu de temps pour réfléchir, je rentrerai à New York seul et un peu avant toi, je visiterai tes locaux, verrai ce qui est possible à Harlem aussi puis je t'attendrai et espère te voir en Cyrano car je n'ai pas vu ta pièce encore. J'ai donné les billets que tu m'as envoyé à un client pour ses filles, je n'étais pas encore prêt ; j'ai d'abord cru que tu te fichais de moi avant de me dire que non, tu respectais juste tes promesses et n'avais plus de raisons de m'en vouloir. Mais maintenant j'ai vraiment grande envie de la voir, te voir, sur scène et dans la vie.
- Alors tu le pourras, le directeur du théâtre Lincoln a accepté de me le louer pour un soir encore mais un seul. J'ai justement prévenu Candy tout à l'heure, pour la maison Pony c'est possible aussi si les sœurs le veulent.
- Elles ont accepté Terry, Georges s'est proposé de les accompagner en train avec les enfants jusqu'à New York et je m'occuperai de leur hébergement.
- C'est génial, merci d'avoir tant de bonnes idées Anthony. Mais je ne vais pas te déranger davantage, merci aussi de me trouver de bon conseil, d'être mon ami.
- Parce que tu es le mien Terry. Avant de te quitter, je suis curieux de nature et moins patient pour savoir ce qui me taraude pas mal. Puis-je connaître tes autres passions ou hobbies à part le théâtre et les chevaux ?
- J'aime aussi beaucoup les livres de théâtre classique, de poésie française et anglaise, des grands romans d'aventure de tous pays ; j'en achète beaucoup, d'éditions rares si possibles. J'écris aussi un peu, des poèmes, des pensées. Sinon, j'aime la musique, le blues surtout, je joue de l'harmonica. Question sport : je nage pas mal par plaisir, fais de la musculation par nécessité, grimpe aux arbres par besoin. J'aime bien regarder de temps en temps les combats de boxe ou les matchs de base-ball. Pour les hobbies : je suis un joueur d'échecs, de billard et de poker correct. Voilà mes principaux centres d'intérêt. Et toi ? A part les roses et les chevaux ?
- Candy aimerait que je revienne à ma passion héritée de ma mère, grâce à toi qui a voulu de mes roses chez toi, j'y suis revenu un peu et j'ai encore envie d'y retourner déjà. Pour les chevaux, je ne me contenterai plus que de les admirer avec leurs cavaliers quand la possibilité se fera. Pour le reste… je préfère ne rien te dire, tu verras plus tard, prends patience.
- Même pas un petit indice ?
- D'accord, un indice. Dans ta liste il y a un domaine où je suis certain d'être meilleur que toi, sans me vanter.
- Je parie que c'est pour grimper aux arbres !
- Gagné ! Je bats même Candy de vitesse ! Non évidemment, pas ça, mais je vais te donner un scoop tout de même, avant mon accident déjà je ne grimpais jamais aux arbres, j'ai le vertige ! Je te laisse Terry, à bientôt mon ami !
- A très bientôt mon ami ! Et n'oublie pas, ton destin arrive si tu le désires vraiment !
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Dothy se sentit plus confiante ce soir et invita Candy à dîner en ville pour se faire pardonner ses jours remplis. Candy lui dit qu'elle savait bien que c'était aussi à cause d'elle qu'elle était si absorbée et Dothy confirma en riant que c'était vrai mais un plaisir, puis que la robe était finie en théorie et que les ouvrières venaient de la commencer en réel. Mais elle lui avait aussi dessiné un modèle de chaussures unique qu'elle avait donné à réaliser à un artisan et d'autres accessoires indispensables. Elle lui apprit que le costume de Terry était fini aussi mais qu'il valait mieux en prévoir un autre en remplacement au cas où il n'aimerait pas où que les mesures prises par Candy ne soient parfaites. Puis elle lui montra du tissu blanc cassé et lui demanda s'il lui plaisait pour la robe de sa demoiselle d'honneur.
- Oui beaucoup Dothy mais j'aurais pensé que tu choisirais une couleur plus gaie : rose ou rouge.
- Je ne veux pas qu'on me regarde en bizarrerie ce jour, c'est toi le clou du spectacle et tu le seras je t'assure. Le blanc pur serait trop pour moi, je préfère celui-ci mais la robe sera gaie tu verras.
- Alors d'accord, tu as toujours carte blanche pour tout même le choix des nappes vu tes goûts sûrs.
- Mais je m'abstiendrai pour ceux des menus, tu sauras bien mieux que moi avec Martha.
- J'hésite encore entre un menu entièrement français ou parsemé d'un peu de britannique et américain. Anthony déteste la cuisine anglaise et Terry n'en raffole pas non plus sauf pour les hors d'œuvres et les biscuits de son enfance.
Dothy faillit s'étrangler avec son vin, dire qu'elle avait réussi à l'oublier depuis ce matin ! Elle ne put taire alors sa répartie.
- Alors choisis pour Terrence et toi et pas les goûts d'Anthony.
- Oh ! Bien sûr Dothy, je ne disais cela que pour… parler.
- Et moi pas pour critiquer, juste pour… parler aussi.
Elle regretta cette parole qui n'était venue que parce qu'entendre son prénom la rendait nerveuse et frustrée mais qui rendait encore les choses plus difficiles. Candy en effet vit encore un reste de reproche pour sa fraternité si prenante et crut que le mieux dorénavant était de ne plus parler d'Anthony si souvent mais plutôt d'un homme plus fait pour son amie : Albert.
- Au fait, mon si jeune papa te transmet ses plus sincères pensées, il a appelé un peu avant Terry, il aurait bien aimé te parler mais ce sera pour un avenir proche.
- Bien sûr, au plus tard le sept octobre.
Elles parlèrent encore un peu d'Albert, Candy vit qu'elle était plus sereine à parler de lui que d'Anthony, comme s'il y avait toujours du ressentiment en elle pour lui. Elle pensa alors que c'était vraiment impossible pour elle d'apprécier Anthony et décida de ne plus lui parler de lui si ce n'était pas nécessaire. Mais pour Albert, elle était optimiste, quand il reviendrait pour le mariage, tout serait possible.
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Terry était monté sur le toit du théâtre pour méditer, celui de Memphis était un de ses préférés pour cette habitude. Il sortit son cher harmonica, joua son traditionnel « Ce n'est qu'un au revoir » puis se plongea dans le ciel bleu nuit et étoilé et repensa à tout ce que lui avait dit Anthony puis la décision de Philippe tout à l'heure d'aller appeler Dothy pour savoir s'il avait encore une chance. Pris entre deux feux, il n'avait su quoi lui dire quand Philippe lui avait confié qu'il se sentait trop vide sans Dothy et voulait tout tenter pour la reconquérir. Alors il lui avait juste souri de compréhension, Philippe l'avait pris pour un encouragement et était parti pour lui téléphoner. C'était juste après la représentation, il était reparti à l'hôtel et Terry depuis, n'osait plus rentrer pour le découvrir heureux ou triste. Car quoi que Dothy décide désormais, un de ses amis sera forcément malheureux. Etant donné que Dothy aimait Anthony, c'est Philippe qui devrait l'être mais quoi qu'il ait lui même encouragé Anthony à y croire, maintenant il sentait le doute l'envahir. Dothy semblait si mal vivre sa passion pour l'ancien mari de Candy, sa différence d'âge, sa liaison juste avant avec Albert, Philippe auparavant. De ces trois hommes la logique aurait voulu qu'elle tombe amoureuse du moins jeune, un léger écart d'âge entre eux très supportable, une perfection pour ses critères de caractère et de physique et pourtant il ne l'avait pas ébloui. Philippe était plus jeune mais physiquement aussi bien, en caractère il avait un avantage sur Albert, il était aussi citadin, social, rieur et fêtard qu'elle, pourtant elle n'avait pas été éblouie non plus. Anthony était le plus jeune des trois, il n'aura que vingt-trois ans le quatorze octobre, treize ans de moins qu'elle. Physiquement il avait à la fois moins d'avantages et bien plus. Son physique était aussi complexe que son caractère : fragile et solide, candide et volontaire, lumineux et sombre. Il avait réussi à passer pour elle du mari macho, égoïste et arriviste au seigneur qui sacrifie sa fierté pour offrir le bonheur à Candy, qui lui épargne devoir et sacrifice en la quittant sans se plaindre. Dothy ne se pardonnait surtout pas de l'avoir si mal deviné et jugé. Quelque part elle pensait sûrement qu'elle ne le méritait pas pour cette incapacité à avoir traversé son âme alors qu'elle l'avait si bien su avec Candy et Terry. Et quoi qu'elle puisse entendre que c'était voulu du destin pour respecter le temps nécessaire afin que les deux couples soient réunis sans impossibilités supplémentaires ; quelque part, Terry trouvait quand même qu'elle n'avait pas reçu un si fort coup de foudre que lui pour le bel Anthony. Car lui ne pouvait plus imaginer douter de lui depuis qu'il avait pu revoir ses yeux à la gare, ils étaient si clairs et expressifs ses yeux d'azur. Et depuis ces deux conversations au téléphone ensemble, Terry ne pouvait plus s'imaginer un avenir sans lui et cherchait tout le possible pour le convaincre de rester près de Candy et de lui. Enfin, il redescendit pour affronter le présent mais se sentit déçu quand Philippe lui raconta que Dothy lui avait dit qu'elle aimerait aussi ressortir avec lui à son retour. Il ne précisa pas si c'était sur un plan amical ou plus qu'elle l'avait envisagé, peu importe, ça signifiait pour Terry encore trop d'incertitudes que ne méritait pas Anthony. Mais il n'allait pas s'arrêter pour autant de pousser le destin pour à la fois aider Dothy à y voir clair et montrer à Anthony un destin possible encore à New York.
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Dothy avait bien honte d'elle en raccrochant à Philippe mais elle n'avait su lui dire de renoncer une bonne fois pour toute à elle. Quand il lui avait dit qu'il regrettait toujours leur liaison, qu'il éprouvait pour elle des sentiments sincères jamais ressentis pour une autre et espérait pouvoir lui prouver au retour, elle avait eu de la peine et l'idée de le blesser lui fit horreur. Elle n'avait plus envie d'être dure, injuste, cruelle mais s'imaginait impossible de retourner dans les bras de Philippe pour oublier Anthony. Pourtant si elle le faisait, Anthony serait vexé et renoncerait de suite, il était trop fier pour insister. Mais ce serait encore cruel et insultant pour lui, aurait-il une vraie peine de la perdre ? Elle soupira, elle aurait aimé pouvoir le voir, l'entendre pour être sûre encore qu'il l'aimait vraiment. Mais il semblait résigné à la laisser réfléchir sans lui mettre la pression ou il l'avait vraiment oubliée car jamais il n'avait appelé à la boutique depuis deux semaines et Candy ne lui transmettait même plus son bonjour quotidien. Pour savoir quoi penser aujourd'hui, elle prit son carnet à croquis et essaya de refaire un portrait de lui. Une demi-heure après elle reposa son crayon, trouva qu'il était mieux que le dernier mais ses yeux n'étaient toujours pas comme les vrais, si hypnotisant et mystérieux, ils semblaient juste séducteurs sur son dessin. Elle se dit qu'il fallait encore patienter pour savoir puis le téléphone sonna à nouveau. Le cœur battant la chamade, elle décrocha mais c'était Terry.
- Bonsoir belle amie, Candy m'a dit que tu travaillais encore, j'espère que ce n'est pas notre mariage qui te donne tout ce travail ?
- Si, un peu Terry mais j'aime mon métier, ça me permet encore de créer autre chose, de me surpasser, j'adore ça ! Comment vas-tu ?
- Très bien mais j'ai hâte de rentrer, plus que deux semaines, les plus dures, les plus fatigantes mentalement.
- Oui j'imagine. Et en plus tu vas devoir rejouer encore au retour pour tous ceux qui ont raté !
- Oui mais ça ce sera le plus agréable, je me serai reposé trois jours et jouer pour des personnes spéciales est plus motivant.
- Oui les enfants Pony vont venir, c'est formidable !
- Oui et les sœurs que je n'ai pas revu depuis cinq ans, Susanna qui n'a pas non plus vu vraiment mes pièces et Anthony.
- Oui Anthony, ton nouvel ami si improbable.
- En effet, d'où la motivation, comme toi qui était aussi improbable pour lui il y a peu.
- Mais moi je suis aussi improbable aujourd'hui pour celle qui t'a rendu probable pour lui.
- Parce que tu le veux, elle peut entendre cette vérité si tu l'assumes, elle est prête.
- Non Terry, elle espère encore que c'est son père qui m'est destiné.
- Parce que tu la laisses dans le flou exprès.
- Oui c'est vrai mais je ne peux pas lui dire quelque chose à laquelle je ne crois pas vraiment et qui n'existe pas encore. Terry, il ne m'a pas appelé une seule fois depuis mon départ, je ne sais plus si c'est pour me laisser tranquillement réfléchir ou parce qu'il m'oublie peu à peu.
- La première bien sûr, surtout que moi je lui ai aussi dit d'être patient.
- Il t'a parlé de moi ?
- Oui et sans que je lui dise avant que tu m'as parlé, il l'a fait seul naturellement.
- Cela prouve qu'il te fait grande confiance mais pas qu'il m'aime vraiment. T'as-t-il dit qu'il m'aime ?
Terry entendit dans sa tête Anthony lui dire qu'elle lui plaisait et correspondait à ce qu'il voulait. Il n'avait pas dit qu'il l'aimait, pas prononcé le mot amour mais peut-être parce qu'il était pudique face à un autre homme, ça ne changeait pas la teneur du message.
- Oui Dothy, il m'a dit qu'il t'aimait et voulait construire quelque chose avec toi mais te laissait tout le temps nécessaire pour y réfléchir.
- C'est vrai ? Oh mon Dieu ! Terry, Philippe m'a appelé tout à l'heure, je n'ai pas su le détourner une bonne fois pour toute de son désir, j'ai accepté qu'on se revoit au retour, pour ne pas lui aussi le décevoir.
- Mais tu ne lui as rien promis ? Tu lui proposeras alors seulement d'être amis, sortir en camarades, voilà tout.
- Oui peut-être. Mais que t'a dit d'autre Anthony ? Quand rentre-t-il ?
- Pourquoi ne l'appellerais-tu pas maintenant ? Tu as bien le numéro de Lakewood ?
- Evidemment mais j'ai peur de tomber sur William ou qu'il le sache par Georges.
- Alors si tu veux, je l'appelle tout de suite pour qu'il te rappelle au magasin ?
- Oui ce serait le mieux mais pas ce soir, il est tard, dis-lui qu'il m'appelle demain si tu arrives à le joindre, dans l'après midi ou la soirée.
- Compte sur moi ma belle, je ferai tout ce que je peux pour t'aider dans ce destin si tu l'acceptes ou n'importe quel autre. Ne pense qu'à ce qui te semble le mieux pour ton bonheur Dothy, rien d'autre, les autres sauront l'accepter aussi si tu y es heureuse.
- Merci Terry, tu m'as appelée juste quand il le fallait, je me sens déjà plus confiante grâce à toi.
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Anthony avait emmené Thomas au cirque cet après midi. Puis ils dînèrent dans un restaurant qui impressionna le petit. Avant de rentrer à Lakewood, il l'emmena encore voir le coucher de soleil sur le lac Michigan et lui raconta sa vie à New York, le passé avec Candy, l'erreur de sentiments envers elle, la certitude d'aujourd'hui de l'aimer en sœur toujours et comme le vrai amoureux de Candy : le prince de New York, l'avait accepté avec confiance. Thomas sembla d'abord perdu mais après plein de questions, il en déduit que le prince de New York était gentil et qu'il avait hâte de le voir jouer Cyrano. Anthony lui rappela qu'il le verra bientôt, qu'il ira à New York avec toute la maison Pony, qu'il assistera aussi au mariage du prince et de Candy mais que cela, il ne faudra pas le dire à New York, ni aucun des enfants puisque c'était une surprise, un cadeau pour le couple. Enfin il lui dit que comme il allait rentrer la semaine prochaine à New York, Georges le ramènera dimanche à la maison Pony mais qu'ils se reverront donc très vite, une semaine après à New York. Thomas hocha la tête mais le regarda avec espoir pour une suite. Mais elle ne vint pas, Anthony ne pouvait pas lui promettre davantage pour l'instant vu ses incertitudes d'avenir mais il vit dans ses yeux qu'il était possible de réaliser ce rêve.
Ils rentrèrent à plus de vingt-deux heures, il coucha le petit aussitôt et gagna son bureau pour lire le message que Georges avait laissé suite à l'appel de Terry. Il lut qu'il avait quelque chose à lui dire, qu'il pouvait le rappeler jusqu'à minuit à l'hôtel dont il laissait le numéro. Anthony composa donc immédiatement le numéro, la ligne fut longue à venir mais un quart d'heure après il avait l'hôtel et cinq minutes après, Terry en ligne.
- Merci d'avoir rappelé Anthony, c'est parce qu' une amie à moi aimerait te parler demain après midi ou en soirée, dans sa boutique, si possible.
- Elle t'a demandé ça ?
- Oui, elle n'ose pas appeler Lakewood pour différentes raisons.
- Elle n'a donc pas beaucoup avancé encore ?
- Si puisqu'elle veut te parler, aies confiance.
- Tu penses que je suis sur le bon destin avec elle Terry, vraiment ?
Celui-ci se trouva une seconde dans le doute, une seconde de trop qui fit douter autant Anthony. Terry aurait pu se rattraper mais il ne voulait pas mentir à son nouvel ami trop précieux déjà, il le savait autant que lui en attente de sincérité totale. Alors il dit son intuition.
- Non je ne peux pas te dire que tu es sur le bon destin avec elle Anthony, je ne sais pas mais je peux te dire que je suis vraiment certain de mon destin avec toi et de celui de Candy avec toi. Je ne peux être sûr pour elle car il faut d'abord que vous soyez tous les deux sûr de le vouloir plus que tout ce destin là.
- Merci de ta franchise Terry, tu as raison, chacun décide de son destin et j'aimerais pouvoir être aussi certain de mon destin avec elle que je le suis avec Candy, toi et Thomas. Seulement je ne le suis pas, j'ai besoin de plus de certitudes de son côté, je suis peut-être trop fier mais cette fois je ne peux plus me tromper, je préfère me passer de destin de couple que de le rater encore.
- Je comprend mais laisse-lui encore le temps de te convaincre demain que celui-ci est aussi possible.
- Je vais le faire Terry, on verra ce qu'elle me dira demain. Mais de toute façon, j'ai déjà un peu plus envie de trouver mon destin futur à New York vu que deux êtres chers au moins y vivront encore longtemps et qu'ils me font la faveur de m'inclure un peu dans leur destin.
- Pas qu'un peu tu verras. Dis-moi mon ami, ne serais-tu pas un grand joueur d'échecs par hasard ?
- Je vois que tu as cogité, oui je joue aux échecs mais je ne suis pas un grand joueur, je suis assez bon joueur, peut-être meilleur, égal ou moins bon que toi, on verra.
- Alors c'est au poker que tu es fort, tu joues aussi ?
- Tu ne veux donc pas patienter pour savoir en quoi je suis meilleur que toi ?
- Je sais déjà que tu es meilleur en bien des choses mais de tout ce que je t'ai parlé je ne vois que le poker si ce n'est pas les échecs, donc c'est au poker.
- Et pourquoi pas au billard ?
- Je ne crois pas, tu peux être bon aussi mais prétendre être meilleur que moi sans m'avoir vu à l'œuvre me semble difficile. Au poker, si tu es un pro, tu peux prétendre être meilleur que moi étant donné que je t'ai dit que j'étais juste correct.
- Bon raisonnement mais je peux aussi être meilleur que toi en natation, à l'harmonica ou en connaissances littéraires et poétiques françaises.
- C'est possible mais tu ne peux en être certain sans m'avoir vu nager, écouté jouer de l'harmonica et admiré ma bibliothèque sauf si Candy t'a aidé à savoir mais je ne crois pas.
- Elle m'a aidé à savoir que tu étais le meilleur en bien des choses mais pas là dessus non. Elle m'a dit de vivre à New York pour satisfaire ma curiosité sinon je ne saurai jamais. Comment veux-tu que je fasse autrement maintenant que tu me dis que ta bibliothèque est admirable et que moi j'ai vécu en France cinq ans et connais donc assez bien culturellement ce pays !
- Je le sais mais y avoir vécu ne fait pas de toi le plus littéraire mon cher ! dit alors narquoisement Terry en français et attendit l'effet voulu qui s'avéra bien réussi.
- Wow! Tu parles français et… sans accent, incroyable ?
- Je le parle, le lis et l'écris mais aussi pareillement l'italien.
- Pas moi, juste le français mais je sais que j'ai un accent américain assez prononcé, dit-il en français et le reste de la conversation se poursuivit ainsi.
- C'est exact mais pas uniquement américain, américain de l'Illinois et autant en anglais mais un peu moins prononcé que Candy ou Archibald.
- Et toi tu n'as pas l'accent britannique mais tu dois sûrement savoir reproduire tous les accents, tu as l'oreille exercée à ces détails vu ton métier ?
- Oui c'est aussi travaillé, suivant mes rôles je prends le ton voulu, ainsi mon Cyrano bien qu'anglophone a un accent du sud ouest français, un brin gascon. Mais je m'égare, je ne dois pas trop te dire ce que tu verras et entendras bientôt.
- Je verrai c'est sûr quelque chose que je ne veux plus rater, j'ai encore plus hâte. Mais juste encore un détail, dis-moi mon ami, quel est ton chiffre fétiche ?
- Le sept bien sûr, comme toi.
- Tu as donc déjà remarqué que le sept est commun à nos trois vies ?
- Oui depuis que Candy m'a dit que tu as laissé les Tendres Candy choisir le jour de son anniversaire, le sept mai. C'est toi qui en as fait le chiffre clé de sa vie, la tienne et la mienne sans le savoir.
- Donc tu crois que nous sommes tous trois liés par le destin mais pourquoi toi et moi ? Pour Candy seulement ?
- Non où ça serait impossible de le vivre aussi facilement pour moi. Je crois que le fil doit nous relier tous les trois également pour former un triangle parfait, enfin c'est mon impression. Qu'en penses-tu ?
- J'en suis arrivé au même raisonnement mais en imaginant un carré possible avec un vingt et un. Et elle est née un vingt et un, en décembre.
- J'ignorais sa date de naissance mais alors c'est certain qu'elle est ton destin amoureux, non ?
- Cela me semblait certain quand je l'ai découvert à Lakewood mais depuis j'ai aussi découvert que mon petit Thomas est né un vingt et un avril, ça peut faire un autre carré possible pour moi et sans doute plus désiré encore qu'un carré amoureux.
- Les deux ne sont pas incompatibles Anthony mais je ne peux que te redire de laisser le temps répondre à tes doutes pour elle et foncer pour le petit.
- Je ne lui demanderai de devenir mon fils que quand il viendra à New York mais je suis presque certain maintenant de le pouvoir alors je suis heureux, même sans penser plus encore.
- Tant mieux mais en bonheur il faut avoir grande ambition, tu auras plus encore. Bon, je te laisse mais je te rappellerai sûrement encore avant ton départ, que veux-tu, je suis curieux et un peu collant quand j'aime !
- Tant que tu voudras Terry, fais de beaux rêves mon ami.
- Toi aussi Anthony.
-OOOoOOO-
Dothy se dit qu'il n'était pas pressé de l'appeler quand la pendule sonna vingt heures. Tout l'après midi elle avait senti son cœur s'emballer après chaque appel, huit en tout, pour rien. La robe qu'elle porterait au mariage de Candy et Terry était finie, elle commençait celle de Susanna Marlowe qui lui avait commandé hier pour la porter au même mariage. Elle songea ensuite qu'elle pourrait aussi créer un costume unique pour Anthony s'il l'acceptait. A vingt heures trente elle se rua sur le téléphone et se trouva stupide en entendant Candy.
- Dothy, tu devrais quand même penser à arrêter de travailler pour aujourd'hui, il est tard, je parie que tu n'as même pas quitté encore la boutique pour dîner !
- Candy ! Oh ! Heu… J'allais partir justement, juste le temps de ranger deux trucs et je quitte la boutique, promis.
- Alors je t'attend pour partager le sauté de veau que j'ai fait !
- Tu penses ! Je ne vais pas rater pareil festin alors. J'arrive très vite ma belle.
- Pas trop quand même Dothy, rentre intacte surtout.
Elle raccrocha et se dit que Candy ne souhaitait vraiment pas d'elle en destin pour son cher Anthony, en tout cas inconsciemment. Mais comme de toute façon il n'avait pas appelé, il n'appellera plus, peut-être qu'il n'avait pas pu tout simplement. Alors elle rangea effectivement ses aiguilles et fils et mit son manteau. Elle allait sortir de son atelier de travail pour traverser la boutique avant de sortir quand le téléphone sonna à nouveau. Elle hésita mais si c'était lui, elle allait faire attendre Candy et elle s'inquièterait ou tenterait de la rappeler. Alors elle constaterait que la ligne est occupée, il faudrait inventer un mensonge. Elle soupira puis se dit qu'il valait mieux ne pas répondre et partir, ainsi elle n'aurait à mentir à personne. Et de toute façon, il le méritait pour appeler si tard, ça lui ferait une leçon et soit il rappellerai demain soit il l'oublierait définitivement.
-OOOoOOO-
Anthony raccrocha, elle était partie déjà, il avait sans doute trop tardé mais il n'avait pu être seul un instant jusque là. Thomas et William ne l'avaient pas lâché, comme si inconsciemment ils ne souhaitaient pas qu'il unisse son destin avec elle. Il se demanda encore si lui le souhaitait vraiment au fond : il revit le sourire et les yeux sombres de Dothy puis ses seins moulés dans le maillot de Candy, ses hanches pleines, ses cuisses bronzées et fermes. Oui il la désirait toujours autant, il la trouvait belle et sexy, aimait sa personnalité et son culot, son intelligence, sa franchise et son esprit. Mais était-ce de l'amour vraiment ? En devenir peut-être, à condition que l'histoire commence vraiment et que le destin le veuille. Il pensa à nouveau à Terry qui lui avait déjà tant donné en si peu de temps. Avec lui au moins c'était plus que certain, il l'aimait déjà plus qu'un frère, il n'y avait pas l'ombre d'un doute que c'était réciproque et à long terme. Terry était aussi son fil conducteur selon Candy mais comme elle était aussi celui la reliant à Terry. Elle n'avait peut-être dit que ce que Terry avait évoqué hier : un triangle à trois côtés égaux, leur triangle d'âmes sœurs. Il sourit tout seul, il se contenterait bien de ce triangle si le carré était impossible, il pouvait s'imaginer sans carré mais plus guère sans triangle. Il sortit un jeu de cartes de son tiroir et les manipula devant lui. Il s'imagina bientôt jouer au poker avec Terry, l'épater un peu, bien qu'il ait deviné juste, il serait quand même content de lire un peu d'admiration dans ses yeux couleur saphir.
-OOOoOOO-
Le lendemain, Dothy vit encore défiler l'après midi sans appel d'Anthony. Partagée entre le soulagement et la curiosité, elle appela Lakewood et demanda à Georges à parler à William. Mais il n'était pas là, il était à la banque André et Georges lui proposa d'aller chercher Anthony alors elle ne put refuser cette occasion de lui parler. Il arriva cinq minutes après, elle se dit qu'il était bien peu pressé de lui parler puis se le reprocha en l'imaginant peut-être avoir traversé le jardin pour elle. Mais elle en douta encore en l'entendant lui dire :
- Bonjour madame Malone, comment allez-vous ?
Il n'était pas seul pour l'appeler ainsi ou alors encore fâché.
- Bonjour Anthony, je vais très bien merci. Et toi ?
- Très bien aussi, merci. Je reviens de la crique, je me suis baigné avec Thomas, vous vous souvenez de lui ? Il est avec moi, il a accepté de me tenir compagnie pendant mes vacances ici, il me dit de vous donner un grand bonjour, il se rappelle de la belle dame brune amie de Candy.
- Dis-lui que je me souviens aussi de lui, le chef de la maison Pony, un gentil petit, je suis heureuse que tu l'ais près de toi, il t'adore. C'est juste pour lui que tu me vouvoies j'espère ?
- Bien sûr, dit-il avant de transmettre le message à Thomas. Puis elle l'entendit lui demander d'aller voir Lucy pour préparer son bain, qu'il le rejoignait dans cinq minutes. Enfin, il lui parla d'un ton doux et encourageant.
- Oui Dothy, excuse-moi, hier je n'ai pu t'appeler que trop tard ; tu as bien fait de na pas m'attendre, je voulais te rappeler ce matin mais j'ai du mal à être seul en ce moment, c'est agréable sauf pour arriver à te parler.
- Ça ne fait rien Anthony, profite bien du petit, du temps qui te reste. Je voulais juste que tu saches que je ne t'ai pas oublié, que je ne t'ai pas menti sur mes sentiments mais que c'est toujours aussi compliqué à vivre.
- Je ne dis plus que c'est facile Dothy, je viens de m'en rendre compte ces jours avec Thomas, mon oncle très présent et le malaise en moi quand il me parle de toi. Seulement, la difficulté ne fait pas l'impossibilité, il faut laisser le temps régler peu à peu chaque problème, on a le temps si on est sûr de nous.
- Et tu es toujours sûr de toi ? Suis-je vraiment celle que tu espères ?
- Je suis sûr d'éprouver pour toi bien plus que du désir Dothy, je ne peux te jurer que c'est ce que tu espères car je n'ai jamais aimé une femme ainsi ; je sais juste que c'est autre chose que les autres, que ça veut grandir et exploser si tu me laisses une chance.
- Tu es toujours soucieux de ne pas mentir Anthony, je préfère aussi et je le prends pour du respect. Moi aussi je suis sûre d'éprouver plus que du désir pour toi mais pas non plus te jurer davantage vu nos différences. Pourtant je ne demande qu'à y croire et te donner une chance. Mais j'ai encore besoin de temps pour me préparer, au moins jusqu'au mariage étant donné le travail que j'ai encore à faire. Et puis je me dois de te dire que j'ai accepté de revoir Philippe à son retour, juste en ami bien sûr mais comme il en a envie et moi aussi, pourquoi pas. Cela ne te vexe pas Anthony ?
- Bien sûr que non, tu es libre de voir qui tu veux et ça ne changera pas même si nous devenions un couple un jour. Tant que tu ne me dis pas un non définitif, je peux attendre autant de temps que tu veux Dothy, je ne suis pas pressé ni assez prêt non plus. Je rentre dans trois jours mais moi aussi j'ai beaucoup à faire avant le mariage, je te propose de n'être jusqu'au mariage que des amis nous aussi, enfin agir comme avant, puis on verra où nous en sommes et on en reparlera.
- D'accord Anthony, merci de ta patience, je n'ai pas besoin de temps pour savoir que tu es un prince, j'ai mis du temps aussi pour ça mais je le sais maintenant sans plus un doute, ce n'est que pour moi ce temps, pour devenir ce que tu espères, mérites.
- Ne sois que la vraie Dothy : celle qui n'a pas besoin d'ornements pour être belle, qui sait remettre à sa place quiconque, qui est pleine d'audace et de courage, c'est celle-là qui m'a plu plus qu'une autre et que j'espère. Mais n'oublie pas aussi que le prince que tu vois en moi ne pourra te donner que ce qu'il peut, rien d'autre.
- Je sais Anthony, personne ne peut tout avoir mais moi non plus je ne suis pas sûre de pouvoir tout donner à un homme, certains savent à coup sûr et d'autres non et j'en suis.
- Je sais mais avec moi c'est zéro chance sur cent, j'ai assez espéré qu'on se soit trompé, je ne veux plus tromper sur la marchandise, c'est trop important et tu dois bien y réfléchir encore, je préfère.
- Je le ferai Anthony mais ça ne compte guère dans mes inquiétudes. Je vais te laisser maintenant, je dois aller livrer une robe avant de rentrer dîner avec Candy, elle me gâte trop de peur que j'oublie de déjeuner vu le travail pour le mariage, elle va me faire grossir, heureusement que Terry rentre aussi bientôt !
- Tu as encore de la marge avant d'être grosse ma belle ! fit-il en riant. Mais c'est vrai, heureusement que Terry rentre bientôt, il lui manque trop, elle cuisine aussi plus quand elle s'ennuie. Alors, à bientôt Dothy, merci de m'avoir appelé, d'avoir confié à Terry notre secret, il ne dira rien à Candy tant que tu ne seras pas prête.
- Je sais, on ne peut rêver meilleur lien nous reliant, je suis contente que vous soyez amis, sincèrement, maintenant je le comprends très bien, sur ce plan j'ai avancé. A bientôt Anthony, merci d'exister, fais un bon voyage pour rentrer, tu me manques.
- Toi aussi Dothy, bonne soirée.
A peine raccroché, Dothy se traita d'idiote, pourquoi n'avait-elle pas été plus enthousiaste alors que son cœur battait si fort pour lui ? Ou alors pourquoi ne pas lui avoir dit de ne plus espérer et ainsi en finir une bonne fois avec cette utopie ? Elle soupira, au moins il lui laissait un délai pour trouver une voie claire, choisir d'écouter son cœur ou sa raison. Elle pensa à Philippe, il avait été bien plus entreprenant et charmeur quand il l'avait appelée mais cela ne prouvait rien, ils étaient différents ; Anthony privilégiait la vérité à tout et ne charmait que naturellement, sans tricher ni même s'avantager, si fier et droit. Philippe aimait séduire, parler beau et finement, flatter, se mettre en valeur, parfois en faire trop, être acteur dans la vie souvent aussi à l'inverse de Terry proche d' Anthony pour beaucoup. Il était clair que Philippe lui correspondait mieux qu'Anthony question caractère : extraverti, toujours joyeux, aimant faire la fête, le monde, s'amuser, citadin et aimant qu'elle soit toujours très sophistiquée et voyante. Mais plaire sans fards ni bijoux à son âge, comme Anthony la préférait, c'était plus rare, comme tout ce qui le caractérisait ; si rare, trop rare, ce qui lui faisait aussi peur sans savoir pourquoi. Enfin elle chassa son image, le temps saurait bien l'aider à éclaircir son destin, le temps arrangeait toujours tout et ce cœur noble lui avait donné généreusement tout son temps.
-OOOoOOO-
Terry fut déçu le lendemain en apprenant d'Anthony que Dothy n'avait accepté que de réfléchir
et attendre le mariage avant quoi que ce soit avec Anthony. Mais lui semblait satisfait de ça
alors il ne lui montra pas sa déception. Il espéra qu'elle arriverait à comprendre jusque là qu'il
ne fallait pas trop hésiter car elle pourrait le regretter, qu'un homme comme Anthony ne se
refusait pas pour lui mais peut-être qu'il l'avait trop idéalisé pour le penser ; lui avait eu un
coup de foudre puissant, il n'était pas bon juge, trop impliqué et neuf dans sa passion. En plus il avait encore été mal à l'aise hier soir quand Philippe lui avait fait des confidences sur sa liaison avec Dothy, il semblait de plus en plus amoureux et décidé à la revivre. Quand Terry vit la broche en vermeil et ambre qu'il lui avait achetée à Columbia, il eut du mal à ne pas pâlir, quel mauvais rôle il avait là et aurait encore plus une fois rentré à New York. Car le pire serait de devoir cacher à Candy désormais, avec elle c'était difficile et embarrassant de mentir même juste par omission. Il se souhaita de ne pas aller plus loin que se taire car il lui avait promis de tout se dire. Evidemment cela ne concernait pas les secrets des autres mais Anthony était pour elle bien plus qu'un autre. Mais pour Anthony et Dothy, il acceptait ce rôle désagréable, pour eux seulement mais il allait s'en mêler davantage au retour s'ils n'avaient pas plus avancé, foi de Terry ! Il allait les remuer, qu'ils décident de leur avenir avant qu'il ne reparte en voyage de noces avec Candy car franchement, ce n'était pas si compliqué de vivre ses rêves quand on y croyait assez.
Fin du chapitre 19
