« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 21 « Les desseins du cœur »
Le lendemain, Anthony se réveilla en pleine forme à neuf heures. La veille, il était parti du cabaret en même temps que le couple finalement ; sans eux il aurait peut-être déprimé, bu beaucoup et rejoué au poker. Mais après le toast, la conversation repartit dans la gaieté et Terry lui offrit encore un magnifique cadeau en allant jouer un air à l'harmonica avec le pianiste. Il fut donc envoûté comme Candy et invita même celle-ci ensuite à danser sur un air très lent pour lui faire plaisir. Puis Terry lui demanda d'essayer le siège de sa voiture pour voir si elle était confortable. Il admit que oui alors Candy lui proposa de lui offrir la même pour son anniversaire, ses vingt-trois ans. Hier il aurait refusé, ce soir, il était gai avec le champagne, sa fierté n'était pas exagérée avec ceux qui étaient si sincères et généreux de nature et ça semblait tout de même nécessaire qu'il ait une voiture en meilleur état pour l'avenir.
Il alla prendre une douche revigorante et n'entendit pas le téléphone sonner six fois. Puis il soigna sa tenue, une des belles chemises de soie achetées par Candy à Chicago, la bleu roi qu'elle avait choisi avec malice, comme la teinte des yeux de Terry. Il oublia la cravate mais choisit une lavallière noire étroite qu'il noua lâchement et des boutons de manchettes de nacre rose. Enfin il enfila un costume crème trois pièces en n'oubliant pas la pochette du même bleu que la chemise, sa belle montre à gousset laissant la chaîne d'argent dépasser de la poche, des souliers blancs vernis et un manteau de laine beige car il faisait frisquet. Il acheta un beau bouquet de fleurs de saison pour Martha et un chèvrefeuille blanc en pot pour Candy et Terry, symbole des liens profonds d'amour et amitié les unissant tous les trois.
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Il était parti depuis cinq minutes et Dothy tenta pour la deuxième fois de la matinée de le joindre, sans succès encore. Elle pensa alors qu'il avait passé la nuit ailleurs et sans doute avec une femme pour l'oublier aussi vite qu'il l'avais promis. Elle pleura encore de désespoir et pensa qu'il n'y avait que Terry qui pouvait convaincre Anthony qu'elle l'aimait et n'avait menti que par peur que ce ne soit qu'un rêve et que Candy ne le comprenne pas. Elle fut tentée d'appeler celle-ci et de lui avouer mais si Anthony ne voulait jamais lui pardonner et tout recommencer ça ne servirait qu'à lui faire une peine inutile. Seul Terry savait et pouvait influencer son nouvel ami et l'aider elle. Elle devait de toute façon l'appeler par politesse, hier déjà elle aurait dû. C'est Martha qui répondit et qui lui dit que monsieur était occupé à se changer après sa gym du matin mais que madame était avec elle à préparer le déjeuner. Elle dut donc demander à parler à Candy et lui dit qu'elle était désolée de n'avoir pu venir hier faute de temps mais qu'aujourd'hui elle pouvait venir si le couple était disponible.
- Oh ! Je suis désolée Dothy mais Terry doit recevoir un ami pour parler d'un nouveau projet concernant Harlem, ensuite il déjeunera ici et ça peut prendre aussi une bonne partie de l'après midi.
- Ah ! Je comprends, ce n'est pas grave, ce sera donc pour plus tard. Tu diras à Terry que bien que nos emplois du temps sont incompatibles en ce moment, je pense à lui, l'embrasse et vous aime toujours autant tous les deux.
- On le sait bien ma Dothy, nous aussi t'aimons et pensons souvent à toi. Et tant que nous savons que tu es heureuse, tout va bien. Ca s'est bien passé avec Philippe ?
- Oh ! Oui, très bien, nous avons beaucoup parlé, il m'a tout dit de la tournée, enfin on a vécu une bonne soirée comme à la bonne époque.
- Alors c'est parfait et tu l'embrasseras pour moi qui ne le reverrai que demain soir.
- Mais je… oui, d'accord.
- Au fait, tu pourrais venir avec nous si tu peux, on en a pas parlé et je sais que ce serait ta troisième fois de voir Cyrano mais si ça te dit ?
- Et bien… je ne sais que te dire Candy car… je ne sais pas si… je pourrai.
- Je comprend. Mais si tu le peux et veux, j'ai gardé une place pour toi et je la garderai jusqu'au dernier moment.
- Merci ma belle, j'essaierai de venir mais ne peux te promettre. Mais… ton père sera là ?
- Non, seul Georges viendra avec les sœurs pour accompagner les enfants, ensuite Anthony prend tout en charge. On voulait partager les frais avec Terry mais Anthony ne veut pas, il est têtu et fier tu sais, trop parfois mais on ne le refera pas.
- C'est sûr mais il n'y a pas de raison, c'est tout à son honneur, il est généreux de nature, comme Terry.
- Je suis heureuse que tu le penses Dothy car je sais bien que tu as eu plus de mal avec lui à cause du passé et tu verras à la longue qu'il a plus de qualités que de défauts.
- Mais je le sais déjà, c'est juste que… j'ai pris l'habitude de le taquiner mais l'estime à sa juste valeur. Et je lui souhaite un avenir heureux et de vite trouver l'amour.
- Ça arrivera forcément bientôt car depuis qu'il est revenu, je lui connais déjà au moins trois conquêtes.
- Lesquelles ?
- Une veuve de Harlem, Stacy mon infirmière qui m'a dit hier que mon frère était diablement séduisant et peut-être Mélissa, ma nouvelle jeune infirmière mais elle est mineure et timide alors on en parle plus. Enfin, il plaît aux femmes, il est beau et sans son air torturé il ferait craquer n'importe qui, tu ne trouves pas ?
- Heu si bien sûr, n'importe qui.
- Enfin, compte sur moi pour favoriser le destin si je le vois remarquer quelqu'une plus qu'une autre mais pour l'instant, il est surtout concentré sur son métier et vivre son amitié si inattendue avec mon Terry. Ça va à une vitesse si tu voyais, c'est presque fou mais ça respire tant la sincérité et le naturel qu'on ne peut qu'en être sûr. Je crois que Terry et Anthony sont comme deux âmes jumelles nées pour devenir les meilleurs amis du monde !
- Oui, je n'en doute pas et ne vois rien de mal, bien au contraire. C'est aussi le summum pour toi.
- C'est vrai, c'est l'idéal pour les trois. Bon, je suis désolée Dothy mais Martha ne peut pas tout faire seule, il faut que je te laisse. Mais je peux te rappeler en soirée si tu veux, et tu pourras sûrement parler aussi à Terry ?
- Alors faisons ainsi et je vous souhaite à tous un bon dimanche, au revoir Candy.
Elle raccrocha en ne supposant pas que c'était Anthony leur invité vu que Candy avait mentionné un projet pour Harlem. Alors elle tenta encore d'appeler Anthony jusqu'à midi puis pensa à lui écrire une lettre et alla jusqu'à chez lui la mettre dans sa boite aux lettres. Sa voiture n'était pas garée dans le quartier, il n'était donc vraiment pas là et elle craignait qu'il ait vraiment trouvé une femme plus digne d'être aimée de lui. Mais elle ne voulait pas cette fois se résigner sans certitudes, la peur était devenue moins grande que la douleur et elle préférait se perdre dans les remords que les regrets. Mais pour l'instant, elle ne pouvait rien faire de plus qu'attendre qu'il rentre et lise sa lettre, alors elle rentra aussi chez elle et travailla à sa robe de demoiselle d'honneur du mariage de Candy.
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Terry avait eu envie de faire honneur à son ami avec une tenue raffinée et trouva que la belle chemise bleu azur achetée par Candy à Chicago était idéale. Puis il mit un costume trois pièces noir et ourlé discrètement d'or. Il ajouta un foulard lâche en guise de cravate et coiffa sa chevelure brune en catogan. Satisfait, il descendit voir où en étaient les femmes, reçut le sourire admiratif de Candy et rassuré par les arômes subtils se dégageant de la cuisine, partit attendre son invité. Il n'attendit pas longtemps, à dix heures trente comme prévu, la vieille Ford cabossée apparut et vint se garer là où Terry lui indiqua. Puis il sourit en voyant quel contraste Anthony donnait avec sa voiture si modeste et son allure si élégante et raffinée. Ils éclatèrent de rire en voyant leurs chemises et comprenant la malice de Candy puis se serrèrent chaleureusement la main et l'épaule. Anthony regarda ensuite tout autour de lui avec une grande joie et montra encore plus d'émotion devant la colline.
- Wow ! C'est incroyable comme elle ressemble à celle de Pony ! Quel merveilleux cadeau tu lui as fait ! T'es vraiment le meilleur Terry, je suis si fier que ce soit toi qui me l'ait prise et la rend si heureuse, vraiment très fier.
- J'avoue que dans un autre contexte, je n'aurais pu être ton ami hélas mais depuis longtemps déjà je pense qu'il était indispensable que tu l'épouses, veilles sur elle et la mènes au destin qui nous a choisi pour en arriver là. Enfin, je ne regrette plus rien et surtout pas de te connaître et t'apprécier, parce que tu le mérites.
- Pas plus que toi mon ami, merci, je t'apprécie et te respecte autant.
- Bon, suffit pour aujourd'hui avec les compliments et place à la visite. Pour la colline, on verra plus tard pour y monter bien sûr mais on peut aller voir le jardin derrière si tu veux ?
- Avec plaisir mais rappelle-moi de prendre le bouquet et la plante dans ma guimbarde avant de rentrer chez toi. J'ai hâte de voir le jardin de Peter, le saule et le Séquoia !
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Il vit tout cela et visita ensuite une partie de la maison. Mais dès que Candy put les rejoindre après s'être changée aussi pour une tenue aussi élégante que les hommes, portant une robe longue vert émeraude en organza de chez Dothy bien sûr, ils s'installèrent au salon où James vint également les rejoindre. Pendant une heure, Anthony décrit son projet de centre social juridique et de réinsertion. Il voulait dans un premier temps former du personnel local pour recenser et gérer les conflits mineurs. Il serait avocat conseiller et James son bras droit. Il y aurait ensuite un service qui ferait le lien avec les prisons afin d'aider les détenus ayant purgé leur peine, dans leurs démarches administratives, de recherche d'emploi ou de logements. Enfin, Anthony voulait aussi devenir l'avocat défenseur d'Harlem si les clients potentiels l'acceptaient, gratuitement mais sans qu'on le pense trop généreux car avec aussi l'ambition ainsi de devenir un avocat réputé, différent et le meilleur pour sa vision de la justice et son besoin de plaider et être utile.
Candy sourit en entendant cette précision qu'il voulait clairement expliquer par sincérité et cette fois tant compatible avec sa vision des choses. Puis il aborda l'aspect financier, il fallait établir un budget prévisionnel du coût de ce projet et le financer. Candy fut tout de même surprise de l'entendre dire qu'il voulait débloquer ses comptes des actions de la banque André pour financer une grande partie du projet. Pour le reste il comptait aussi demander à la banque André de devenir donateur régulier et garant. Candy trouva cette fois qu'il allait un peu trop loin mais n'osa pas protester et lui reprocher maintenant trop d'altruisme et d'audace. Elle lui sourit, regarda Terry qui souriait avec confiance, puis James qui le regardait avec respect et admiration. Elle espéra que Terry soulève une objection mais il resta silencieux en souriant. Et finalement, ce fut James qui osa parler.
- Monsieur Brown, pourrai-je vous demander de renoncer à financer de trop de votre poche ce qui n'est devenu un souci que par mon projet et donc de ma faute ?
Anthony sourit en hochant la tête, se releva de son fauteuil, fit quelques pas pour se déraidir puis se mit face à son auditoire en les détaillant tous. Candy avait pâli un peu, inquiète qu'il ne se braque. Terry semblait toujours aussi confiant et souriait avec encore plus de quiétude, ce qui ravit Anthony. James ne cachait pas sa crainte mais soutenait son regard par un respect toujours égal.
- Merci d'avoir osé poser cette question James, mais non, je refuse votre proposition. Non, James, je ne vais pas me ruiner en me servant de cet argent qui couve en banque et que je ne comptais pas utiliser pour moi car je voulais et veux toujours, ne vivre que par moi-même. C'est peut-être de l'orgueil mais c'est ainsi. Donc, comme cet argent ne sert à rien, autant l'utiliser pour à la fois mon intérêt, mon métier, ma carrière vu que je n'y renonce pas. Mais en l'exerçant comme je le voulais, humainement et justement. Et de toutes façons, la banque André va encore me rapporter des intérêts dans le futur vu que je suis un des actionnaires majoritaires alors autant utiliser tout ce trop d'argent à bon escient. Qu'en penses-tu Terry ?
- Moi ? A ton avis ? Je dirai juste : Génial !
Candy sourit et applaudit. James voyant ça, ne put que s'incliner aussi et applaudit également.
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Anthony savoura ensuite son déjeuner et félicita Martha de tous les compliments possibles tant c'était réussi et comme dans ses souvenirs. Candy avait juste aidé pour le Saint-Honoré mais l'avocat savait qu'elle avait choisi les vins vu que ce beaujolais était son préféré et Terry avait rajouté par malice une bouteille de vin cuit anglais sur la table qu'il avait tout de même goûté mais sans récidiver. Mais il admit que le Sherry comme digestif était excellent et bien accordé au dessert. Puis après un café italien, Candy proposa une partie de poker vu que James pouvait être le quatrième. Il accepta mais seul Terry put résister un peu à son don à deviner le jeu des autres. L'acteur était si stoïque et vraiment doué pour bluffer, néanmoins l'avocat le battit trois fois par un meilleur jeu. Au billard, il s'inclina devant l'adresse de Terry mais aussi de James qui gagna la partie. James partit ensuite à Harlem, Candy proposa alors d'aller nager. Cette fois, Anthony éclata de rire, il n'avait pas emmené son maillot de bain et ne voyait pas de piscine. Il fut surpris de voir Terry et Candy se regarder en pouffant puis Terry dire :
- Je me doutais mon ange que tu n'avais pas tout dit à Anthony pour garder un peu de secrets, je me trompe ?
- Non mon cœur, c'est exact. Mais je crois que dans ce domaine, tu seras surpris !
- Plus rien ne le peut ma princesse, je me doutais qu'il nageait vu sa ligne.
- Et vraiment bien et vite mais… peut-être un peu moins que toi quand même.
- C'est bien beau mes agneaux, j'ai compris aussi, tu aimes la nage comme moi mais je n'ai toujours pas de maillot de bain et…
- Et quoi ?
- Et ça suffit comme raison je crois.
- Alors c'est réglé, dit Candy ravie car je t'ai acheté un maillot à ta taille pour nager ici.
- Tu as… ! Décidément tu penses à tout mais… où est donc la piscine ?
- Annexée à la maison côté Nord.
- Ah ! Oui, je croyais que c'était une serre vu les grandes baies, alors c'est une piscine, c'est pratique.
- En effet. Alors tu es partant ?
- Heu… Bof… Après un si copieux déjeuner ce n'est pas dangereux ?
- Cela fait presque trois heures, c'est sans danger.
- Ah ! Donc je n'ai pas de raisons de refuser ?
- Si tu n'en as pas envie, si bien sûr, dit Candy en sachant ce qui le gênait. Mais c'est dommage étant donné que c'est bon pour ton dos et qu'il y a moins de monde qu'à la piscine publique ici.
- C'est vrai, admit-il en regardant Terry. Puis il lui dit franchement :
- En fait, je ne nage pas autant que je le voudrais jseulement par complexes, je déteste montrer mes cicatrices. Je sais c'est idiot mais… c'est idiot ! Alors allons voir cette piscine, ne mourrons pas idiot !
Bien qu'averti, Terry fut pourtant estomaqué par l'aisance et la rapidité dans l'eau d'Anthony malgré ses séquelles visibles et plus impressionnantes tout de même en tenue de bain. Il ne s'attarda pas sur ses complexes, déjà imaginées et sitôt vues, elles s'intégrèrent à sa silhouette qu'il trouva aussi bien faite que le reste. Car malgré ses cassures, il était ferme, mince mais plus musclé que lui avant de faire une heure de musculation par jour. Il était harmonieux de partout, glabre et blanc laiteux comme Candy, un contraste parfait de virilité et douceur, mi macho et mi éphèbe, mi ange et mi démon, la fragilité apparente, la force intérieure. Il était donc encore impressionnant, il n'avait pourtant guère nagé depuis son retour de France mais sa rééducation en pleine adolescence avait sculpté son corps d'homme et il ne l'avait pas perdu. Il le regarda encore nager le dos crawlé pour s'assouplir, il l'avait laissé seul se préparer, il jugea qu'il pouvait maintenant le rejoindre. Il ôta son peignoir et s'approcha du bord. Bien qu'Anthony nageait toujours, il sentit son regard, curiosité naturelle. Il ne se sentait pas gêné mais un peu intimidé tout de même et il faut le dire un peu désireux de l'impressionner aussi. Alors il s'appliqua pour plonger, traversa toute la longueur sous l'eau, rejaillit à l'autre bord et repartit pour deux longueurs en crawl rapide. Quand il s'arrêta et chercha Anthony, il vit qu'il s'était arrêté pour le regarder.
- Tu devrais t'inscrire aux jeux olympiques ! dit-il sans montrer d'ironie.
Puis il le rejoint en brasse et précisa :
- Je crois vraiment que tu es d'une rapidité presque olympique, je ne rigole pas.
- Mais le presque est bien dit, je n'ai pas la vocation et la condition pour ça. Mais me permets-tu de te dire mon sentiment sur ta condition ou ne doit-on jamais parler de ça ?
Anthony sourit et avoua :
- On parlera de tout au moment voulu mais c'est vrai que je n'aime pas parler de mon handicap, j'ai déjà tout entendu là dessus et ça me saoule qu'on me rabâche que c'est très courageux d'être debout, marcher sans canne et de nager si bien dans mon état.
- Je comprends mais je ne voulais pas te dire ça bien que je l'ai pensé aussi.
- Alors dis-moi ton sentiment suivant ?
- Je trouve que tu es verni côté nature. Moi je dois faire au moins une heure de musculation par jour, une de nage, prendre des protéines en plus pour forcer ma nature maigre à paraître costaud, c'est injuste !
Anthony éclata de rire, tata son biceps pour constater et admit :
- C'est pourtant vrai, si je faisais ce que tu fais, je serai plus baraqué que toi mais je ne peux pas et… quel intérêt ?
- Que veux-tu, chacun ses complexes idiots !
Ils rirent encore puis Terry le premier cessa et montra Candy qui arrivait enfin, dans son maillot moulant.
- Elle aussi est vernie côté nature en plus de tout le reste, mais ça ne me désole pas.
- C'est vrai, elle est belle de partout et nage aussi comme une sirène sans efforts. Et avec toi elle est encore plus belle et rayonnante, le plus beau couple qui soit. Au fond, des femmes on en trouve plein mais des sœurs et des vrais amis, c'est plus rare. C'est vrai, je suis vraiment verni dans la vie.
- Tu en as mis un temps ! râla Terry pour la forme une fois qu'elle les eut rejoint après avoir plongé.
- C'est qu'il y a eu un appel téléphonique de Philippe.
- Philippe ! fit Terry en retenant une grimace. Il jeta un œil discret sur Anthony, il ne montrait rien. Et… qu'a-t-il dit ?
- Que demain il sera peut-être en retard mais sera là pour jouer une dernière fois son rôle de Christian.
- Ah ! Alors tout va bien. Et c'est tout ?
- Oui, sinon on a parlé entre nous dix minutes, il a encore trouvé des boutades à échanger, comme au bon vieux temps.
- Tant mieux alors !
- Oui. Mais je l'ai trouvé bien gai, il doit être content de lui il me semble.
« Bon sang Candy, tais-toi ! »
- Cela ne m'étonnerait pas que Dothy y soit pour quelque chose, vous ne croyez pas ?
« Candy, je te détesterai presque en ce moment ! Bon sang mais quelle idiote ! »
Anthony sourit, à l'intérieur il sentit bien un peu d'aigreur mais la garda pour lui en se disant que le temps l'en débarrasserait vite. Il approuva donc pour rassurer son ami.
- Sûrement ma douce, peut-être même qu'ils se marieront et auront un beau bébé aussi bientôt, je leur souhaite.
Terry fit aussi semblant d'approuver mais dès que Candy se remit à nager, ne put se retenir de soulager sa colère en la coulant et avouant à Anthony surpris :
- Tu as tort, elle est parfois idiote mais irremplaçable malgré tout.
Puis dès que Candy reprit souffle et eut craché l'eau avalée :
- C'était pour montrer à Anthony comment on coulait une sirène ma chérie, non, ne cherche pas à te venger, tu sais que tu ne pourras pas me rattraper. Arrête, j'ai peur ! Au secours !
Anthony éclata de rire de voir Candy se transformer en furie, Terry jouer les épouvantés et il prit le parti de Candy, en bon frère qui pensait en plus que la pauvre Candy ne méritait pas cela alors qu'en fait, c'était elle la moins idiote en n'ayant pas vu ce qui n'était qu'une illusion et voyant la réalité. Terry comprit alors que maintenant il était vraiment en « danger » et accéléra mais vit qu'Anthony arrivait presque à le rattraper. Il put encore aller plus vite mais Candy, maligne attendit tout simplement qu'il revienne vers elle et tenta de le bloquer. Elle ne réussit pas mais ce zigzag lui fit perdre du temps et Anthony réussit lui à l'attraper par l'épaule et de tout son poids, le coula. Terry cracha et vit Candy ravie et fière, puis Anthony moqueur.
- D'accord ! Donc la guerre est déclarée ! Très bien, donc dans l'eau nous sommes tous pareils alors fais ta prière Anthony, tu vas voir comment je m'appelle !
- Pourquoi ce n'est plus Terry ? crana l'avocat sans reculer.
- Pour mes amis seulement mais… mes ennemis m'appellent… Terry…ble !
Puis il prit une expression terrible et se précipita sur sa cible. Anthony réussit à lui filer deux fois entre les mains mais à la troisième, la main de Terry s'abattit sur sa nuque et l'attira vers lui. Anthony sentit bien que Terry avait une poigne de fer bien qu'il la retenait avec lui et se débrouillait pour que ce duel soit sans brutalité pour son dos. Mais cela ne l'empêcha pas de le couler trois fois de suite et de ne pas le traiter en porcelaine fragile, ce qui lui plut. Tout finit par des rires et des chatouilles dès que Candy revint dans la mêlée. Ensuite, elle fut encore fière d'eux, de Terry surtout qui avait si confiance en eux. Anthony l'admira aussi davantage, il pouvait garder ce lien à part avec Candy sans blesser Terry qui le voyait avec les yeux du cœur seulement. Quand ils en eurent assez, ils sortirent de l'eau, s'essuyèrent puis se reposèrent un peu sur les transats. Candy emmena ensuite Anthony se changer dans une chambre fraîchement aménagée en chambre d'amis. Puis elle rejoint Terry dans la leur pour en faire autant. Elle finissait de remettre sa robe et Terry, rhabillé plus vite, l'enlaça et lui embrassa le cou pour se faire pardonner de l'avoir coulée.
- Tu l'as fait vraiment par jeu ou tu étais un peu fâché contre moi, mon cœur ?
- Fâché ! Pourquoi mon ange ?
- Je ne sais pas, je venais te dire que Philippe semblait bien gai et que Dothy y était peut-être pour quelque chose !
- Et alors ?
- Alors, peut-être que tu n'as pas aimé que je dise ceci devant Anthony !
- Je ne vois pas pourquoi ?
- Allons chéri, tu me prends pour une vraie idiote alors ?
Terry la fixa et comprit qu'elle avait en fait joué les idiotes exprès et qu'il s'était fait piégé.
- Tu as fait exprès de dire cela devant lui alors ?
- Bien sûr Terry, j'ai compris que Dothy est amoureuse d'Anthony !
- Depuis quand ?
- Oh ! J'ai eu des doutes à Chicago déjà mais j'en suis certaine depuis qu'elle m'a appelé ce matin car vu comment elle était mal à l'aise quand je lui ai dit qu'Anthony avait déjà fait trois conquêtes féminines à Harlem, j'en suis certaine !
- Je vois que tu es plus intuitive que moi alors, moi je ne le sais que parce qu'elle me l'a dit mais ne voulait pas que tu le saches encore.
- C'est ce que je pensais aussi mais ce que j'ignore : c'est si Anthony l'aime aussi car avec lui c'est difficile d'être sûre ! C'est pour le savoir que j'ai insisté sur la gaieté de Philippe mais il n'a rien montré de clair. Qu'elle lui plaise oui j'en suis sûre mais pas qu'il l'aime !
- Moi je suis certain qu'il l'aime mais le problème c'est que Dothy n'a pas su encore lui prouver qu'elle l'aimait vraiment et sa fierté a pris le dessus.
- Pourquoi ne sait-elle pas lui prouver, elle si intuitive, audacieuse et débrouillarde ?
- Je crois qu'elle a peur de l'amour, surtout qu'elle n'attendait pas qu'il surgisse sous les traits d'Anthony ! Et elle culpabilise par rapport à son âge, vis à vis de toi et d'autres choses sûrement.
- Vis à vis de moi ? Oui je pensais aussi qu'elle a peur que je le prenne mal mais elle se trompe, ce serait pour moi aussi le meilleur avenir pour moi, pour nous tous !
- Je crois qu'il faut que tu dises tout ceci à Dothy alors chérie !
- Oui je compte le faire mais… et Anthony ?
- Je m'en occupe, il n'acceptera pas qu'on le contrarie trop mais en le guidant discrètement en attendant que Dothy fasse le premier pas, je crois qu'on peut arriver à réunir ces deux là !
- De toute façon, on a pas le choix mon amour, on doit réussir à les rendre heureux malgré eux car ça nous rendra tous quatre encore plus heureux !
- Je suis bien d'accord ma princesse ! On l'avait dit, on trouvera ce cœur si fait pour notre ange gardien, il était si près en fait !
- Moi je l'ai dit à Anthony, il suffit qu'il reste pas loin de moi, je suis le destin qui le conduira à son bonheur ! Ce que la vie est bien faite tout de même !
- A condition de savoir suivre la bonne route ma merveilleuse épouse !
Et il l'embrassa passionnément pour clore ce bel entretien qui le soulagea aussi d'un grand poids.
Puis, pendant que Candy finissait de se recoiffer et se faire belle, Terry partit chercher Anthony dans la chambre d'amis. Il frappa, Anthony croyait que c'était Candy qui entrait après son invitation à le faire mais vit en se retournant de sa contemplation du tableau représentant le manoir en Ecosse que c'était son propriétaire.
- C'est vrai qu'il est hanté par le fantôme de ta grand-mère ? demanda-t-il en regardant Terry qui avait cette fois laissé ses cheveux humides pendre sur ses épaules et ils paraissaient encore plus longs mouillés. De plus il n'avait pas remis son gilet ni son foulard et arborait sa belle chemise azur à la rebelle, boutonnée seulement jusqu'à la poitrine.
- Elle a en tout cas juré avant de mourir qu'elle se vengerait de toutes les infidélités de son mari et il a vécu les quatre années qui lui restaient dans la terreur en voyant son fantôme partout. Mon père prétendait aussi avoir vu deux fois sa silhouette blanche flotter au dessus de sa tête dans ses derniers séjours au manoir et le menacer du même traitement s'il continuait à collectionner les maîtresses mais moi elle ne m'a jamais rendu visite.
- Parce qu'elle n'a jamais eu à te reprocher ce genre de choses alors ?
- A l'époque non mais… j'ai autant été imparfait dans ce domaine, tu le sais bien. Enfin, il le fallait pour avoir une certitude aussi et le passé est ce qu'il est.
- Toute expérience est utile si analysée et assumée.
- C'est bien mon avis. Alors comment trouves-tu cette maison ?
- Idéale pour Candy, je te l'ai déjà dit, il y a tout pour son bonheur ici et le tien bien sûr. La colline, le jardin, le potager, la piscine, des arbres pour grimper et jouer au lasso, la cuisine digne d'un restaurant trois étoiles de Paris, plein de livres, de pièces donc de chambres… pour des bébés !
- Oui, j'aimerais autant qu'elle les remplir bien sûr mais ça prend du temps, ça ne dépend pas que de nous et nous n'allons pas les remplir toutes quand même.
- Mais d'une façon ou d'une autre vous en remplirez quelques unes et ça c'est indispensable à son bonheur.
- Je sais bien et je te promets qu'elle le vivra, d'une façon ou d'une autre. Mais il n'y a pas que ça pour la rendre encore plus heureuse, tu le sais aussi, il faut que son petit monde le soit aussi.
- Si c'est pour moi ce message, je suis très heureux et essaierai de le rester. Et pour ce que je ne suis pas seul à décider, on verra mais je ferai tout pour. Et tu n'as pas besoin de me promettre quoi que ce soit Terry, je sais avec certitude que tu fais tout pour son bonheur et que c'est pour toujours, sinon je ne serais pas là mais ton pire ennemi.
- C'est normal. Mais tu ne m'as pas dit ce que tu pensais de cette maison personnellement sans penser à Candy ?
- La même chose bien sûr, ta maison est parfaite aussi pour mes goûts personnels.
- Alors est-ce que ça te dirait de venir tenir compagnie à Martha et Peter quand nous irons en Europe avec Candy ?
- Le week-end ?
- Oui et même la semaine si tu veux.
- Tu serais plus rassuré pour Martha et Peter si je venais régulièrement les voir c'est bien ça ?
- Oui mais pas seulement, je veux dire que tu peux venir t'installer ici dans cette chambre pendant notre absence si tu en as envie. Ça donnera de la compagnie à Martha et Peter mais tu pourras aussi profiter de la piscine, du jardin, enfin de ce que tu veux !
- C'est encore une grande preuve de confiance et un grand cadeau que tu me fais Terry, je ne peux pas le refuser.
- Tu sais, j'ai passé tant d'années seul à rêver d'une vraie famille, d'amour et de partage. Seule Candy a su me faire m'ouvrir et enfin sortir mes sentiments sans plus avoir peur d'être rejeté. Tous les trois avons en commun une enfance solitaire et plus ou moins orpheline et une nature fière, sincère et avide de vraies richesses du cœur et pas de celles du porte-monnaie. Des amis j'en ai peu mais des vrais, j'en ai trouvé quand même. L'amour de la seule femme que j'ai jamais aimée, je l'ai. Des frères, j'en ai deux demi et une demi-sœur de sang mais complètement étrangers à mon cœur. J'aurais aimé avoir un frère avec qui partager, parler de tout, enfin, quelqu'un comme toi quoi ! Comme je pense avoir trouvé plus qu'un ami en toi, un presque frère, autant foncer je crois !
- Je crois aussi Terry !
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Il était finalement plus de dix-huit heures quand Anthony regagna son appartement et il ne songea pas à regarder dans la boite aux lettres s'il y avait du courrier vu qu'on était dimanche. Après s'être changé pour un pyjama chaud, il s'installa sur le canapé pour lire « Hamlet » Bientôt, le téléphone sonna et sa bonne humeur tomba en reconnaissant la voix de Dothy.
- Anthony, je t'en prie pardonne-moi.
- De ne pas être capable de m'aimer ? Pas la peine de culpabiliser plus Dothy, je te pardonne et je ne suis pas désespéré pour ça, crois-moi.
- Alors tu n'as pas lu ma lettre si tu penses encore que je ne t'aime pas ?
- Ta lettre ?
- Dans ta boite aux lettres.
- Je n'ai pas regardé, c'est dimanche.
- C'est vrai, j'ai oublié. Je t'ai écrit pour te dire que je t'avais menti, je n'aime pas Philippe.
- Déjà ? Alors tu as un sérieux problème Dothy si tu crois aimer un nouvel homme tous les trois jours, désolé mais je ne peux croire une menteuse qui ne sait pas ce qu'elle veut.
- Si je le sais mais j'avais peur et j'ai essayé de me persuader que je devais renoncer à ce rêve, tu le sais que la peur m'a envahie. Mais maintenant je n'ai plus peur, sauf de t'avoir perdu.
- Je suis désolé Dothy, désolé de ne plus pouvoir te croire, en effet, ta nouvelle peur se réalise, tu m'as définitivement perdu, je ne veux plus de toi, je me suis aussi trompé en croyant que tu étais faite pour moi.
- Parce que je t'ai déçu, humilié et que tu ne crois plus à mon amour mais je te jure sur ma fille morte que je t'aime toi plus que tout au monde, seulement toi et je ferai tout désormais pour être digne de toi.
- Moi je crois que tu ne supportes pas qu'on te repousse et que tu te persuades alors que c'est l'amour ton moteur mais ce n'est que l'orgueil d'une femme mûre qui ne pourra bientôt plus plaire autant qu'elle le voudrait.
- J'accepte ton mépris Anthony, je le mérite, admit la styliste en sentant son cœur se broyer et les larmes ruisseler. Mais je t'en prie, permets-moi de me battre pour arriver à te convaincre à nouveau que je t'aime de tout mon cœur et que je suis ton destin ? Je t'en supplie, donne-moi une dernière chance et si j'échoue, je ne t'ennuierai plus jamais avec ma stupidité.
- Ça ne sert à rien Dothy, je ne reviens jamais en arrière sur le passé, retourne dans les bras de Philippe ou de mon oncle.
- Je te jure que je n'ai pas couché avec Philippe hier, je te jure que je n'ai pas fait ça, ne me mets pas plus bas que terre mon amour, j'ai été idiote et cruelle mais pas infâme, je ne peux pas t'être infidèle, je t'aime trop.
Anthony se souvint de Candy qui avait trouvé Philippe bien gai, alors comment croire ce nouveau mensonge ?
- Garde ta fidélité pour lui Dothy, il t'aime, moi plus et plus jamais je ne le pourrai. Je suis de ceux qui avancent vite Dothy, mon avenir est déjà bien tracé, j'ai déjà trouvé de quoi emplir mon cœur, mon temps et même mon besoin de tendresse et de volupté.
Ce nouveau mépris lui fit encore plus mal, ainsi il avait bien passé la nuit avec une femme et l'aimait déjà. Elle pleura cette fois de désespoir mais réussit tout de même à rester digne avant de raccrocher.
- Alors je te souhaite tout le bonheur que tu mérites avec elle Anthony, sincèrement. Je te demande encore pardon pour tout ce temps que je t'ai fait perdre, je ne t'ennuierai plus avec ma personne, jamais. Adieu Anthony.
Dès raccroché elle s'effondra et pleura jusqu'à épuisement. Puis elle se traîna jusqu'au placard, sortit le scotch et avala au goulot une bonne rasade qui la fit s'étouffer. Après deux nouvelles gorgées elle se sentit plus seule encore et chercha comment en finir avec cette vie cauchemardesque qui l'attendait. Elle trouva une boite de somnifères, les soupesa plusieurs minutes puis se souvint de Candy et Terry qui allaient se marier. Si elle se suicidait maintenant elle leur gâcherait leur bonheur à eux aussi en plus du sien et ça pourrait même faire culpabiliser Anthony et lui nuire encore. Alors elle choisit de vivre pour ne plus nuire mais avala quatre comprimés pour au moins oublier quelques heures sa misère.
-OOOoOOO-
Anthony eut quelques remords après l'adieu de Dothy. Cette dernière affirmation semblait tout de même sincère et les sanglots de sa voix émouvants. Mais il craignait encore de se faire avoir, il n'avait plus confiance en lui avec les femmes, sauf Candy bien sûr. Emma suffirait pour satisfaire le désir charnel, elle était belle, audacieuse, pouvait être toutes les femmes et les sentiments étaient interdits dans son métier. Candy suffisait pour la tendresse maternelle ou fraternelle, la confiance totale, l'osmose et les confidences. Martha serait parfaite pour se faire chouchouter et dorloter en plus de le nourrir de mets divins. Et enfin, Terry, plus doué pour aimer et digne de l'être qu'aucune femme sauf Candy ; Terry saurait le nourrir de tout l'émotionnel, le spirituel, le culturel. Penser à nouveau à Terry, se remémorer ses mots, lui remit le cœur au chaud, il était aussi son meilleur médicament anti-déprime en ce moment. Alors il oublia Dothy et ses contradictions et après un dîner léger de sandwich au thon il oublia encore plus cet épisode en rêvant à sa journée de demain avec enfin son Cyrano à lui mais aussi le retour de son cher petit garçon, son Thomas mais aussi tous les autres et ces chères sœurs courages et même ce cher Georges Johnson.
-OOOoOOO-
Candy tenta d'appeler Dothy à vingt heures trente vu qu'elle n'avait pas rappelé mais elle n'était plus chez elle semble-t-il. Elle pensa qu'elle était chez Philippe ou avec Philippe et espéra qu'elle n'était pas retombée dans ses bras par dépit. Elle tenta de la rappeler et encore sans succès le lendemain matin avant d'aller à la gare mais cette fois elle s'inquiéta et demanda à Terry d'aller voir à la boutique si elle y était. Mais à presque neuf heures et demi, sa boutique n'était pas encore ouverte, il poireauta encore quinze minutes puis repartit en voiture jusqu'à chez elle. La voiture de Dothy était là mais sa sonnerie resta sans réponses quatre fois de suite. Il fit alors le tour et frappa à la porte de la cuisine. Personne ne réagit mais il pouvait voir à travers la vitre une bouteille de scotch à moitié vide sur la table et une boite de comprimés et ça l'inquiéta. Il vérifia si les portes étaient bien verrouillées, elles l'étaient. Alors il n'hésita pas et fractura la vitre côté cuisine et entra après avoir tourné le verrou de l'intérieur. Le rez-de-chaussée était vide mais il s'attarda sur un papier déchiré en quatre sur le sol du salon. Il le reconstitua et pâlit en reconnaissant un portrait au fusain d'Anthony. L'angoisse s'accrut, il grimpa quatre à quatre l'escalier et déboula dans la chambre de Dothy qu'il crut morte dans son lit. Il tira les couvertures, elle était nue sauf une culotte. En la secouant, il se sentit déjà rassuré car son corps était chaud et sa respiration sonore. Mais il eut du mal à la réveiller, il dut la secouer fort et même la gifler. Enfin elle réagit, se débattit et cria :
- Non, laisse-moi encore une chance, je n'ai jamais voulu t'humilier, je t'aime, ne me renie pas, ne va pas la rejoindre, je souffre ! Anthony !
- Calme-toi Dothy, je ne suis pas Anthony mais je vais t'aider à aller mieux car je suis ton ami pour la vie.
- Oh ! Terry ! s'exclama-t-elle en le reconnaissant et couvrant ses seins de son bras. Il remonta le drap sur sa pudeur mais prit sa main et caressa sa joue qui ruisselait.
- Dothy, pourquoi ne m'as-tu pas appelé pour que je t'aide, pourquoi vivre cette souffrance seule et… vouloir mourir ?
- Je ne ferai pas ça Terrence, j'ai promis à Candy sa robe et d'être son témoin à votre mariage, j'ai juste pris de quoi dormir mais peut-être un peu trop.
- N'empêche que tu es malheureuse et seule Dothy, alors que tu as des amis qui t'adorent.
- Je sais mais tout est arrivé si vite, je n'ai pas eu le temps de m'en rendre compte. Il m'a envoyée promener hier soir au téléphone, il m'a clairement dit qu'il ne retournait jamais en arrière, qu'il ne m'aimait plus et ne pourrait plus jamais m'aimer car il en aime déjà une autre….
Nouveaux pleurs. Terry la berça alors en se demandant qui était cette autre si soudaine vu le peu de temps où Anthony avait été seul depuis son retour.
- Sans doute qu'il faut un peu de temps pour qu'il oublie sa méfiance et sa peine Dothy, il est très fier tu sais mais il n'est pas borné. Ne te laisse pas impressionner par ses propos, il a dû se blinder par la blessure de trop mais tu peux encore réussir à l'atteindre si tu crois en ton amour et te bats pour lui.
- Mais… et cette fille alors ?
- Je ne vois pas qui elle peut être Dothy.
- Il a passé la nuit de samedi et tout le dimanche avec elle pourtant vu qu'il n'était pas chez lui.
- Hier il était chez moi presque toute la journée mais pour la nuit de samedi je ne sais pas. Mais qu'il y ait une femme qui l'ait apaisé ou pas, tu dois te battre avec tes armes et ne pas te résigner.
- Je l'aime vraiment comme je n'ai jamais aimé Terry, hélas il a fallu que je détruise tout pour en être certaine et oublier mes peurs idiotes.
- Comme moi alors, pourtant aujourd'hui, regarde où j'en suis grâce à ma bonne étoile et ma patience.
- Tu veux bien m'aider à le reconquérir Terry ? Au risque de te faire remettre à ta place par ton ami rare ?
- Ça ne me fait pas peur mais tu sais, il y a quelqu'un qui peut t'aider encore plus que moi : Candy. Elle a deviné seule que tu es amoureuse d'Anthony, alors de ce côté tu n'as plus à t'inquiéter car elle trouve cela merveilleux.
- C'est vrai ? Ça me soulage mais ça ne change rien si Anthony ne m'aime plus.
- Il t'aime, j'en suis sûr Dothy.
- Comment en es tu sûr ?
- C'est mon intuition masculine qui me le dit dans mon cœur. Je n'ai pas de preuves mais c'est une évidence pour moi. Cela n'en était pas une quand tu m'as avoué ce penchant mais aujourd'hui, vu la force de ton amour pour lui, tout ce qu'il m'a dit à cette période est maintenant limpide. Tu l'as vraiment blessé au cœur Dothy, il faut que tu lui prouves vraiment que tu ne t'es pas moquée de lui, que tu l'aimes vraiment pour toujours.
- Je lui ai déjà juré sur ma fille morte que je l'aime Terry, ça n'a pas suffi. Il est si fier, il m'a dit qu'il ne retournait jamais en arrière, je me sens vraiment pessimiste cette fois.
- Allons, ce n'est pas Dothy de renoncer pour un obstacle, imagine si c'était moi, tu me dirais ça aussi ?
- Non bien sûr ! Mais pour soi c'est plus difficile d'être optimiste et vu tout ce qui nous sépare lui et moi !
- Bon, je vais descendre te faire du café, va prendre ta douche, ensuite on reparlera de ce mur si difficile à atteindre mais pas insurmontable !
Fin du chapitre 21
