« Nous l'avions rêvé » de Diogène

Chapitre 22 « Si Cyrano m'était conté »

« C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière. » Edmond Rostand

Anthony et Candy accueillirent les douze enfants, leurs deux éducatrices et George Johnson à la gare. Pour transporter tout ce petit monde, Anthony avait carrément loué un petit bus avec chauffeur. Ils les suivirent tous deux dans la voiture de Candy jusqu'à leur hôtel. En route, Candy ne put s'empêcher de dire que le petit Thomas avait montré sa joie de revoir Anthony avec une évidente effervescence. Anthony sourit, revivant ce doux moment de l'enfant criant son prénom, sautant du train et presque dans ses bras si Candy ne l'avait freiné pour ménager le dos de l'avocat. Il ne rechigna pas cette fois à l'admettre.

- Oui, il a eu l'air heureux de me revoir et j'adorerais l'adopter mais pour l'instant, c'est impossible.

- Tu peux très bien le faire Anthony, il serait si heureux d'avoir au moins un père !

- Peut-être mais qui s'en occuperait pendant les journées ? Si c'est pour le laisser aux mains des garde d'enfants dans un appartement en ville alors qu'à la maison Pony, il a la nature, des amis ! Non, je ne peux pas le faire venir ici mais je vais lui demander s'il veut venir pour les vacances, j'irai le voir souvent aussi et je paierai son éducation bien sûr ! Ce sera une demie adoption mais si personne ne l'adopte, ce sera mieux que rien !

- Oui sans doute ! Mais tu sais que tu peux aussi compter sur moi pour t'aider dans ce rôle ! Terry ne me contredira sûrement pas si j'avance que Thomas pourrait venir chez nous autant qu'il voudra et que Martha serait folle de joie de l'avoir, et même Peter !

- Je te remercie ma douce, je sais bien que je peux compter sur toi et Terry mais il vaut mieux attendre que vous soyez revenus de voyage de noces pour penser à votre rôle de tonton et tata gâteaux ! Rien ne presse, je dois d'abord m'installer dans ce nouveau projet professionnel aussi !

- Oui c'est vrai ! Et puis… peut-être que d'ici peu, tu trouveras une mère idéale pour Thomas ?

- Ne rêvons pas tout de même ma douce !

Candy, en voyant son profil devenir plus dur, préféra taire ce qu'elle aurait voulu lui dire. Terry lui avait dit qu'il s'occuperait de lui, elle n'allait pas prendre le risque de braquer encore plus Anthony, elle le connaissait bien, il fallait laisser un peu de temps et y aller à pas de loups avec lui.

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Terry arriva en retard à l'hôtel, le réceptionniste lui remit le message de Candy, ils l'avaient attendu jusqu'à onze heures quarante, les petits avaient faim, la note lui disait qu'il les rejoignent au restaurant directement. Il remonta alors dans sa voiture, désolé d'avoir été si long mais Dothy avait en plus reçu un appel de Philippe en sa présence et elle était blanche quand elle lui a répété qu'il voulait la voir avant la représentation pour lui parler d'une chose importante. Elle craignait que ce ne soit pour lui demander de reprendre leur liaison voire pire et était encore désespérée de le blesser et qu'il soit trop mal pour jouer ce soir. Terry ne voyait pas d'autre solution qu'elle accepte de le voir et lui dire la vérité pourtant, quelques soient les conséquences. Il fallut du temps pour la convaincre encore que c'était mieux mais elle avait tellement peur pour la représentation qu'elle promit à Terry qu'elle dirait la vérité à Philippe mais qu'après la pièce par sécurité. Pour l'instant, elle allait le rappeler pour annuler leur rendez-vous et le laisser croire ses utopies. Terry accepta d'abord tièdement mais comme elle rappela Philippe devant lui pour lui dire qu'elle ne lui parlerait qu'après la pièce car elle avait un contretemps, il fut rassuré et la laissa enfin pour rejoindre Candy et Anthony. Mais voilà donc pourquoi il avait tant de retard et qu'il roula trop vite pour rejoindre le restaurant. Alors quand il faillit écraser un piéton, il réalisa sa stupidité, s'arrêta pour s'excuser auprès du monsieur et s'assurer qu'il ne l'avait pas traumatisé. L'homme d'une soixantaine d'années était heureusement quiet et d'une nature pas du tout agressive car il l'excusa facilement mais le reconnut aussi et profita de ce hasard pour lui demander un autographe et une photo dédicacée pour son épouse. Terry signa volontiers son carnet d'adresses mais n'avait pas de photo sur lui à lui donner. Il lui proposa alors de venir avec son épouse à sa dernière représentation de Cyrano ce soir à dix-neuf heures et de les recevoir tous deux dans sa loge quelques minutes avant de jouer. L'homme sembla ravi d'avoir failli se faire renverser et repartit avec son papier signé lui donnant droit à entrer par l'entrée des artistes du théâtre Lincoln. Terry soulagé, repartit d'allure normale. Enfin, à midi trente il put franchir les portes du restaurant et vit enfin les douze enfants attablés, si beaux et joyeux d'être à New York.

Candy soupira en le voyant arriver et donna du coude à Anthony. Celui-ci lui sourit et se leva pour le présenter aux enfants.

- Les enfants, je vous demande de faire un instant de silence et de dire bonjour au monsieur qui arrive, vous voyez, le grand monsieur brun qui vous sourit, car c'est le prince de New York en personne.

- Wow ! fit le petit rouquin aux grands yeux verts à côté d'Anthony et que Terry soupçonna d'être Thomas.

Il le regardait avec une grande curiosité, comme les autres mais avec plus d'interrogations semble-t-il.

- Bonjour les enfants et bonjour mes sœurs, dit-il en s'inclinant face aux deux dames qui le regardaient elles, avec tendresse. Je vous demande pardon d'arriver si tard, j'ai eu des imprévus, mais je suis très content de rencontrer enfin les petits princes et princesses de la célèbre maison Pony et revoir enfin ces chères dames qui m'ont si gentiment accueilli il y a presque six ans. Heureux aussi de vous revoir Georges, rajouta-t-il en serrant sa main.

- Nous nous en souvenons comme si c'était hier, fit mademoiselle Pony avec émotion, oui c'est un beau souvenir et nous nous réjouissons plus encore aujourd'hui des choix de Dieu et des hommes de cœur. Merci de cette invitation Terrence, merci à tous les trois pour ce cadeau.

Les enfants se présentèrent ensuite l'un après l'autre à Terry. Il y avait les cinq filles : Alice, Lisbeth, Jessica, Rubis la plus jeune de quatre ans et demi et l'aînée de onze ans, Hélène. Les sept garçons étaient : les deux frères Jason et Eliott, Ronny, Vince, Paul, Sidney et Thomas de dix ans et l'aîné des garçons, le petit rouquin. Trois enfants n'étaient pas venus car trop jeunes encore, gardés par une nouvelle éducatrice embauchée par Albert. Thomas perdit vite sa timidité et l'abreuva de questions sur la pièce, Anthony finit par le museler pour qu'il patiente, ils rirent et Terry vit tout de suite leur complicité qui l'emplit de bonheur. Candy était aussi harcelée de questions sur le mariage, par les filles et Terry finit par rentrer aussi dans leur monde sous l'œil heureux des dames rassurées sur l'avenir de leur petite Candy. Plus tard Sœur Maria réussit à dire à Terry discrètement combien elle était rassurée désormais, en ayant vu au delà des apparences et a priori, de ses yeux vus. Terry put quand même déjeuner entre deux réponses ou facéties vu la lenteur pour servir tant de monde. Candy lui demanda tout de même aussi comment allait Dothy, il dit qu'elle allait bien mais avait eu besoin de parler un peu et de recevoir des conseils. Candy demanda encore si elle viendrait ce soir, il dit qu'elle essaiera, pour ne pas se mouiller. Il vit Candy hocher la tête, Anthony semblait ne pas avoir entendu, en tout cas, il ne s'occupait que des enfants et Terry admit qu'il savait vraiment y faire avec eux. Thomas n'arrêtait pas de lui demander maintenant comment était Central Park tout en lui tenant la main, pour eux au moins, ça semblait bien parti. Ensuite Terry oublia aussi Dothy, séduit par Hélène qui lui récita un poème et qu'il trouva douée pour réciter et charmer son public. Il lui baisa la main comme à une grande et lui dit :

- Si tu veux faire du théâtre plus tard, je t'engagerai.

Candy lui donna alors un coup de coude qu'il ne comprit pas, ensuite elle lui dit à l'oreille que mademoiselle Pony n'aimait pas qu'on fasse miroiter aux enfants des rêves qu'ils n'avaient pas choisi eux même. Terry accepta ce reproche avec raison, il avait eu tord, il avait tant à apprendre pour aspirer à être un bon père. Il vit ensuite qu'Anthony avait entendu et rajouta à Hélène :

- Ou si tu veux devenir avocate, infirmière, institutrice, couturière ou autre chose, nous t'y encouragerons et t'aiderons tout autant à y arriver du moment que c'est ton rêve à toi.

Mademoiselle Pony sourit, Candy montra son plaisir à constater comme Anthony était si fait pour être papa mais serra aussi la main de Terry bien qu'il ne sembla pas vexé, au contraire, il regardait encore avec admiration l'avocat. Au dessert, deux gros gâteaux au chocolat et aux marrons, Terry pensa bien faire encore en demandant aux sœurs :

- Pensez-vous possible, mes sœurs, de revenir pour notre mariage ?

Terry comprit qu'il avait encore raté une occasion de se taire en voyant les sœurs s'empourprer, Candy rester bouche bée en attente et Anthony baisser la tête. Alors il s'excusa.

- Je vous demande pardon, je comprends que c'est difficile tant de voyages en si peu de temps. C'est de ma faute, j'aurai dû penser à vous inviter à voir la pièce à Chicago ou organiser des dates plus proches pour le mariage et cette dernière là. Mais… si je vous proposais de rester ici jusqu'au sept à la place ?

- Heu… c'est à dire… enfin…

- Terry, tu vois bien que ce n'est pas possible, s'il te plaît, arrête.

C'était Candy qui lui donnait encore du coude et lui murmurait ces mots, presque agacée de sa maladresse, à la fin. Anthony releva alors la tête, il ne vit pas d'autre choix que de s'en mêler.

- Candy, je suis désolé, c'est moi qui suis la cause de ce malaise, ce n'est pas parce qu'elles ne veulent pas revenir que Sœur Maria et mademoiselle Pony sont gênées, c'est parce qu'elles avaient déjà accepté de rester et assister à ton mariage mais qu'on voulait vous en faire tous les deux la surprise, désolé.

- Vous… serez là jusque là ? Oh ! C'est merveilleux ! Merci Anthony ! Merci mes deux mamans ! Je vous aime et ce n'aurait pas été le plus beau jour de ma vie sans vous, merci !

Terry soupira de soulagement sans en vouloir à sa fiancée de l'avoir tancé un peu. D'ailleurs dès qu'elle eut fini d'exprimer son bonheur en embrassant ses mères et Anthony, elle se rassit, lui prit les mains et lui demanda pardon les yeux dans les yeux et devant tous.

- Je suis désolée mon amour, c'est en fait moi qui ait gâché la surprise par ma réaction stupide, mais je ne l'ai pas fait en voulant te manquer de respect, juste par crainte de gêner mes mamans, juste ça. Tu ne m'en veux pas ?

- Bien sur que non, je t'aime même quand tu es… imparfaite.

- Moi aussi Terry, je t'aime quoi que tu feras ou diras.

- Bravo mes enfants, applaudit mademoiselle Pony, vous savez tirer profit d'un petit désaccord, vous êtes bien partis pour réussir, continuez ainsi.

- Nous essaierons mes sœurs, fit Terry avant de se pencher sur les lèvres de Candy pour l'embrasser.

Il comprit cette fois qu'il allait se faire gronder avant de le faire, à un toussotement venant de sœur Maria. Alors son baiser dévia sur la joue de Candy. Mademoiselle Pony sourit, sœur Maria aussi mais avec un clin d'œil qui disait clairement : ce n'est pas moi que ça aurait choqué, c'est juste pour les enfants les plus jeunes. Candy sourit aussi en regardant fièrement son fiancé qui savait apprendre vite aussi. Anthony dut ensuite dire la suite de sa surprise. Les sœurs resteraient mais iraient pendant une semaine après demain s'installer dans un couvent en banlieue de New York pour faire une petite retraite spirituelle. Elles profitaient de ce voyage pour visiter aussi là bas, une amie de Sœur Maria devenue la mère supérieure du couvent. Quand aux enfants, Anthony avait trouvé une solution simple, ils iraient séjourner dans un centre de loisirs éducatifs parfaitement encadré et sérieux, à ses frais. Les enfants avaient su tenir leur langue mais maintenant ils recommençaient à poser plein de questions sur tout ce qui les attendait. Ce n'est qu'une heure après qu'ils quittèrent tous le restaurant. Anthony fit conduire le bus jusqu'à Central Park et remonta dans la voiture de Candy pour ce trajet. Terry suivit avec la sienne mais dut s'arrêter en route car un de ses pneus était dégonflé. Candy fit alors demi-tour et constata comme Anthony que le pneu était bien crevé.

- Décidément, ce n'est pas ma journée ! Bon, j'ai heureusement ma roue de secours mais ça va encore me retarder, c'est mieux que vous y alliez et je vous rejoindrai dès que j'aurai fini.

- J'avoue que je ne peux guère t'aider ! avoua Anthony conscient de son handicap.

- Mais moi si, dit Candy.

- Merci chérie, je ne doute pas que tu en sois capable mais tu risques de te salir et ça n'en vaut pas la peine. J'ai tout ce qu'il faut, ça ne prendra que quinze minutes, allez-y, je vous retrouverai vers les manèges.

- Bon d'accord, à tout de suite mon cœur, et cette fois elle lui fit un baiser sur les lèvres.

- Bon courage ! Anthony serra son épaule et lui donna un mouchoir propre en plus si besoin.

Terry alluma d'abord une cigarette avant de s'atteler à la tâche. Il mit cinq minutes de plus car les écrous étaient neufs et vissés à bloc. Mais il réussit cette tâche sans trop se salir sauf les mains. Il s'essuya au maximum avec son mouchoir puis pensa à la fontaine toute proche et se nettoya mieux les doigts graisseux avec de l'eau. Enfin il les sécha juste en les secouant et préféra respirer le mouchoir d'Anthony qui sentait si bon. Puis ressourcé par les arômes de violettes, il le mit dans sa poche pour le garder en souvenir.

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Dothy se sentait plus confiante en regardant son dessin. Elle y était depuis deux heures mais cette fois, elle le trouva réussi. Anthony avait son sourire confiant, ses yeux lumineux, ses cheveux ensoleillé et il était assis sur son rocking-chair et devant sa roseraie qu'on voyait derrière lui en partie. Elle avait réussi son défi, il restait à réussir le suivant et espérer qu'il lui pardonne ensuite puis rouvre la porte de son cœur.

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Terry arriva sans autre incident à Central Park. Mais il n'y avait que Georges aux manèges, il l'attendait pour lui dire où était la troupe, plus au sud, près de l'étang aux canards. Georges le laissa ensuite pour aller voir des relations, il repartirait pour Chicago dès ce soir mais reviendrait pour le mariage. Terry suivit donc le chemin menant à l'étang mais rencontra en route quelqu'un qu'il connaissait bien, Emma. Elle lui sourit et vu qu'il sembla aussi heureux de la voir, elle osa l'aborder.

- Décidément, le destin nous envoie souvent dans ce parc aux même heures mon ami, comment vas-tu ?

- Très bien Emma, dit-il en lui baisant la main, et toi ?

- Moi je suis toujours heureuse si j'ai de quoi m'acheter ce qui me plaît et une bonne santé, tu vois ! J'ai lu les journaux comme tout le monde mon ami et je te félicite, elle est vraiment belle ta Juliette, je te souhaite un heureux mariage et une belle suite à ton rêve si fidèle.

- Merci Emma, je ferai tout pour. Mais justement, ça tombe bien qu'on se rencontre car je comptais t'appeler dans la semaine pour qu'on se voit et se parle.

- Ah ! J'espère que c'est juste l'ami qui veut me voir Terry !

- Sans aucun doute Emma, mais l'ami compte bien le rester.

- Tu sais que je suis ton amie quoi que tu fasses Terry, je sais comme c'est délicat, ne risque pas ton bonheur pour me prouver ce que je sais déjà.

- Mon bonheur est au courant Emma, elle t'accepte en passé et en présent en me faisant confiance, c'est pour ça que je veux te parler.

- Donc elle est bien aussi exceptionnelle que tu me l'as montrée, je suis fière d'avoir eu à être un peu elle en attendant son retour. Alors tu peux venir me voir quand tu veux si elle est d'accord, appelle-moi juste la veille.

- Oui mais c'est dommage car ma Juliette n'est pas très loin de nous en ce moment, près de l'étang et je pourrai te la présenter si tu as le temps.

- Tu crois ?

- Oui je le crois.

- Alors d'accord, allons jusqu'à l'étang mon célèbre ami.

Elle prit son bras et le suivit mais au tournant elle vit un groupe d'enfants et d'adultes et parmi eux un homme blond qui boitait et qu'elle reconnut. Alors elle stoppa et recula un peu en entraînant Terry.

- Désolée Terry mais je ne peux aller plus loin, j'ai un empêchement.

- Ah ! Pourtant, on y est presque, elle est avec tous ces enfants et leurs éducatrices, ce sont les pensionnaires de la maison Pony venus voir ma pièce ce soir.

- C'est merveilleux Terry mais… je ne peux vraiment pas rencontrer ta Juliette maintenant je t'assure, je dois faire demi-tour, j'ai oublié quelque chose. Mais tu m'appelles comme promis et on se verra chez moi pour discuter, ok ?

- Ok, Emma, je respecte ton choix, à bientôt !

- A bientôt beau rebelle et merde pour ce soir !

Terry la regarda partir, toujours aussi élégante et sexy dans son fourreau de fourrure blanche. Enfin, il repartit vers le groupe. Il eut le temps de s'amuser un peu avec les enfants et Candy se dit qu'il n'aurait pas grand chose à apprendre pour devenir aussi papa. Ils firent voler des cerfs-volants puis Terry dut partir car il était déjà plus de seize heures. Il eut quelques soucis à régler dont un acteur manquant, un second rôle mais nécessaire tout de même. Heureusement, un autre acteur pouvait le remplacer car son rôle n'était pas en même temps que l'autre mais il dut lui faire travailler le texte et Mary Conrad, douée en couture dut lui rétrécir le costume de scène de cet autre emploi. Les autres acteurs arrivèrent tous à l'heure, Becky la dernière mais c'était voulu par Terry qui la savait aussi rodée que Philippe. Mais sa grossesse commençait à se voir et Terry préféra qu'elle ne porte pas la robe blanche sur le balcon mais une autre plus ample. A dix-huit heures trente, Terry était rassuré de sa troupe mais pas de lui avant de s'isoler dans sa loge pour faire le vide, rentrer dans son personnage et le devenir. Puis à dix-neuf heures il redevint un moment Terry pour tenir sa promesse et recevoir l'homme qu'il avait failli renverser et son épouse. Il offrit la photo promise à la dame et apprit qu'elle était une ex chanteuse lyrique et connaissait bien le propriétaire du nouveau cabaret de Brooklyn. Il osa alors lui parler de Lola Rossinella et la dame lui dit qu'elle allait demander à son ami de lui donner une audition préférentielle dans les plus brefs délais. Terry trouva donc encore que le destin était en sa faveur et reçut ensuit deux bouquets spéciaux, un de Susanna avec une composition de fleurs en papier de soie, de boutons, de perles . Elle avait voulu se démarquer, s'était réussis. L'autre était tout aussi original et amusant, fait de bonbons, guimauves, réglisses, sucettes, chocolats et crées par les enfants eux-mêmes, plus un petit mot gentil des sœurs. Mais juste avant de sortir de sa loge, l'ouvreuse lui remit à la hâte un dernier cadeau, une boite en verre transparent contenant une unique rose bleu nuit séchée. Il n'y avait pas de mot avec, pas de nom mais il sut d'où venait ce cadeau unique. Elle était belle et tiédit encore son cœur de joie. Ca en faisait de beaux cadeaux, de grandes attentes aussi alors en professionnel il réussit à redevenir Cyrano et le rester encore deux heures.

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Dothy arriva presque en même temps que le bus et Peter et la limousine emmenant Candy, Anthony, mademoiselle Pony et sœur Maria un peu timides de tant de prestige mais au fond ravies de cette expérience. Candy montra donc sa joie de voir Dothy très belle dans sa longue robe noire mais très sobre. Dothy sut aussi montrer sa joie de revoir les sœurs et les enfants mais resta un peu stupide face au sourire bien indifférent d'Anthony et son rapide baisemain. Elle vit ensuite le petit Thomas ne le lâchant pas et se dit qu'ils étaient vraiment faits l'un pour l'autre. Elle aimerait tant possible à nouveau qu'il lui dise qu'elle aussi était faite pour lui mais pour l'instant, il semblait l'avoir bien oubliée et elle perdit un peu de son optimisme. En plus, elle le trouvait encore plus beau et lumineux dans son smoking blanc, il brillait tel un astre et elle se sentait à nouveau vieille devant lui. Alors elle rasa les murs face à lui et se consacra d'abord aux enfants pour se rendre utile. Elle reconnut la petite Rubis, la plus jeune des filles, quatre ans seulement. Elle lui sourit et comme la petite vint prendre sa main en toute confiance, elle la garda près d'elle. Candy avait réservé une place pour elle à ses côtés, côté gauche, elle garda donc Rubis sur ses genoux car la petite refusa de la lâcher. Anthony étant à la droite de Candy et pile sur le siège central du premier rang comme en invité d'honneur. Thomas était à ses côtés puis les sœurs et deux autres enfants. Les autres enfants étaient du côté de Candy et donc au sien maintenant. Elle s'étonna ensuite de ne pas voir Susanna et Candy lui désigna le balcon des célébrités en lui précisant que Susanna avait préféré la discrétion pour les journalistes et son confort personnel. Elle était avec son fiancé et deux amis et semblait ravie d'être là. Candy avoua aussi à Dothy et Anthony que c'était aussi un clin d'œil à un jour spécial où le poulailler avait permis qu'elle voit pour la première fois Terry sur scène et le revoit tout court. Dothy se souvint de l'anecdote, comme Anthony et elle eut sa première joie au cœur en croisant ses yeux rieurs quelques secondes. Mais le rideau tomba ensuite et elle le vit concentré, bouillonnant, émoustillé, ivre de plaisir et totalement hermétique à autre chose que la pièce durant la première partie, la deuxième et l'entracte ne lui donna pas l'occasion de le voir s'intéresser non plus à elle.

Anthony vécut en effet ces deux heures au delà de ce qu'il avait imaginé en plaisirs, émotions, éclats de rires et d'admiration, éblouissements, étonnements et désolation devant la mort de Cyrano puis la fin de l'histoire. Terry avait été encore époustouflant en Cyrano, dans tous les domaines mais Candy sentit qu'il avait encore été plus énergique et admirable pour son public particulier mais Philippe aussi. Anthony le trouva très bien dans son rôle mais pas assez immense pour égaler un jour l'étoile de Broadway qui possédait quelque chose de plus que tous les autres, le mélange égal du talent et du naturel. Becky avait été parfaite aussi comme madame Conrad très généreuse de son rôle de nourrice. Les enfants avaient bien sûr été plus attentifs aux scènes d'actions que les échanges verbaux en vers mais les filles avaient compris l'intrigue amoureuse et Thomas, presque tout comme le constatèrent ensuite fièrement Anthony et Candy.

La salle applaudit à tout rompre au lâcher de rideau, une salle pleine encore et les bravo verbaux fusèrent doublement au retour de la troupe entourant Cyrano. Anthony l'avait encore face à lui et vit aussi Terry resurgir du personnage, par le regard puis le sourire sous le maquillage chargé du héros âgé avant de s'éteindre. Puis sa voix puissante força la salle à se calmer et il les remercia d'avoir été le dernier public, et un des meilleurs, de Cyrano de Bergerac, ce poète amoureux trop humble pour se croire aimable. Dothy se sentit émue, y voyant aussi un message personnel et regarda discrètement Anthony qui fixait Terry avec tant d'admiration. Mais il ne laissa rien d'autre paraître. Ensuite Terry présenta tous les acteurs et elle se sentit très mal quand il présenta en avant dernier Philippe et que celui-ci lui envoya un baiser en saluant. Terry vit Dothy blêmir, Anthony sourire de coin comme de satisfaction et Candy se mordre la lèvre. Terry se sentit maintenant bien contrarié pour Dothy. Anthony pensait en effet qu'il avait bien eu raison de ne pas croire Dothy malgré ses doutes et se jura qu'on ne pourrait plus jamais se moquer de lui ainsi. Puis il chassa son orgueil et retourna à ceux qui le méritaient et surtout Terry en ce moment. Il applaudit fortement la belle Becky-Roxane que Terry avait gardée en dernier en l'embrassant sur la joue et la remerciant d'avoir si magnifiquement joué encore sa belle Roxane. Enfin, Philippe et Becky conclurent en présentant l'illustre metteur en scène Terrence Grandchester, aussi talentueux que Cyrano mais bien plus beau, précisa Becky d'un clin d'œil à Candy. La salle se releva encore pour ovationner, quelques fleurs volèrent du public, Terry en ramassa quelques unes pour ses actrices et en jeta une à Candy, une belle rose rouge avec un baiser qui fit cette fois sourire Anthony de joie réelle. Enfin le rideau retomba définitivement mais Candy empêcha les enfants de se lever vu qu'il fallait attendre un peu pour rejoindre les coulisses. Elle leur demanda leurs impressions, de tous styles comme dit plus haut, puis celles des sœurs qui n'avaient pas ressenti de déplaisirs pour leur foi tant c'était bien joué et du cœur, même pour les combats qui faisaient partie du livre d'Edmond Rostand et que Terry avait reproduits fidèlement mais sans racolage. Anthony laissa Thomas expliquer tout son ressenti, si simple et profond comme dit avant mais garda pour lui le sien pour l'instant disant juste à l'oreille de Candy : merci pour ça.

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Terry reçut d'abord dans sa loge Susanna qui lui présenta après ses compliments, son fiancé et leur couple d'amis. Michael Dones était à l'aise et agréable avec Terry qui lui parlait pour la première fois et il osa l'inviter officiellement à son mariage avec Susanna, ce qu'il accepta poliment. Ensuite, Terry fit chercher Candy et il fut touché de voir de ses yeux les deux femmes s'embrasser en amies. Susanna conduisit ensuite son groupe voir Mary Conrad qu'elle connaissait bien puis demander un autographe pour ses amis à Philippe et Becky. Pendant ce temps, Dothy n'eut pas le choix, il n'y avait qu'elle pour faire visiter les coulisses aux enfants et elle était terrorisée en voyant Philippe sortir de sa loge et venir vers eux. Heureusement, Susanna quittait la loge de Terry à ce moment et elle l'arrêta en chemin. Dothy poussa donc les enfants vers la loge de Becky qui les attendait et les charma tous, surtout quand les sœurs et Hélène apprirent qu'elle attendait un bébé et se mariait dans quatre jours. Dothy espéra en ressortant que Candy serait de retour, hélas elle la vit bien mais avec Philippe qu'elle présenta à tous comme le grand Philippe Berthier, tellement plus poète que Christian. Dothy essaya de se faire toute petite mais fut tant surprise de la suite qu'elle n'avait pas prévue. Philippe écouta Candy lui présenter tous les enfants, les sœurs puis l'homme blond, Anthony et il le reconnut en lui tendant la main.

- Mais je vous ai déjà rencontré il me semble, dans le train à Chicago, vous aviez un bagage coincé dans le filet, c'est ça ?

- En effet et vous m'avez gentiment aidé à l'en sortir, sans savoir qui vous étiez à l'époque, ni que le wagon que j'occupais serait celui de la troupe de Terry.

- C'est bien ça, dit Philippe en riant, le monde est bien petit, moi j'ignorais aussi que vous étiez le… cousin de Candy.

- Entre autre, précisa Anthony sans rajouter pour les enfants et les sœurs, ce que Philippe savait. Et je suis content de vous revoir monsieur Berthier et admiratif de votre impeccable prestation.

Candy rajouta ensuite qu'Anthony avait aussi croisé Becky et Mary Conrad dans le couloir sans savoir qu'il les reverrait ce soir. Dothy constata qu'Anthony était à l'aise sans paraître forcé avec Philippe. Au moins, il n'y avait pas de conflit pour gâcher la soirée et Philippe ne pouvait deviner comme elle souffrait et adorait cet homme en face de lui. Puis Candy dit que Cyrano était prêt pour la visite de sa loge et il fut difficile de calmer la cohue des enfants se précipitant à qui arriverait le premier. Anthony lâcha la main de Thomas qui s'était retenu de courir sachant l'impossibilité qu'il avait dans ce domaine et le poussa à y aller aussi vite. Du coup il les rattrapa tous et fut le premier à investir la loge ouverte et atterrir dans les jambes de Cyrano, toujours costumé et avec son nez et son épée mais plus de maquillage.

- Wow ! C'est du tonnerre ! s'exclama Thomas en touchant l'épée si lourde et pointue.

- Alors mon bonhomme, quel est ton impression sur la pièce ?

- Heu… du tonnerre bien sûr ! Et plus encore mais Anthony m'a dit de ne pas monopoliser la parole alors je te le dirai mieux plus tard Terry.

- C'est rondement bien dit mon petit, rit Terry, constatant encore comme ce petit était fait pour Anthony, aussi malin et rapide d'esprit.

Puis il se consacra aux autres qui voulurent tous toucher son nez et son épée ou qu'il refasse un combat avec. Anthony assista à tout ça avec bonheur et autant de curiosité que les enfants mais apprécia quand il put avoir aussi un peu d'intimité avec Terry. Les enfants repartirent vingt minutes après poursuivre la visite avec Candy et Dothy qui était nerveuse mais souriante et Terry demanda à Anthony s'il voulait lui tenir compagnie le temps qu'il se change, ce qu'il apprécia. Anthony évita les félicitations et descriptions de son ressenti à Terry sachant bien qu'il était blasé et le savait de toute façon mais il lui dit tout de même :

- J'ai maintenant vu l'acteur de génie, le metteur en scène méritant et le bretteur brillant, ne reste plus que l'étoile face à son nouveau grand admirateur. Je ne vais pas te demander un autographe, je l'ai déjà sur mon dossier de divorce !

- Merci mon ami. Je vais aller me changer derrière le paravent si tu le permets.

- Je permets. Et moi je peux tripoter un peu ton épée et tous ces accessoires ?

- Bien entendu.

Anthony s'amusa donc avec les accessoires et les pots de produits étranges jusqu'à ce que Terry réapparaisse en tenue classique mais encore pas boutonné entièrement du haut de la chemise et la cravate à la main.

- Je parie que tu es doué aussi pour faire les nœuds, dit-il tout sourire. Moi non, peux-tu m'aider ?

- Bien sûr Terry.

Il se leva et lui fit un joli nœud de cravate pas très serré puis le remonta au niveau confortable et termina son boutonnage. Terry siffla d'admiration en se regardant dans la glace.

- Avec toi, je crois que je vais me mettre à aimer les cravates!

Anthony sourit, un peu grisé par tant d'émotions mais en ressentit encore une forte quand Terry sortit de sa poche la boite à la rose bleue et la mit dans leurs deux mains réunies.

- Ceci parle mieux encore que tout entre nous Anthony bien que son histoire m'intéresse aussi énormément. Mais ce sera quand le bon moment viendra, je sais.

Anthony sourit en hochant la tête. Terry se dit alors qu'il devait lui parler un peu tout de suite.

- Est-ce que tu veux bien entendre quelque chose d'important concernant Dothy maintenant ?

- Dothy ? Dis toujours !

- Ne te fie pas aux apparences Anthony, Philippe n'est pas à nouveau son petit ami, il a juste voulu lui montrer qu'il l'aime encore mais ce n'est pas réciproque.

- Terry, je ne t'en veux pas de prendre la défense de Dothy mais là tu ignores autant qu'elle ce qu'elle ressent vraiment pour moi, elle est inconstante.

- Je suis certain que non, qu'elle t'aime vraiment et n'a été maladroite que par peur de ce brutal amour.

- Si elle n'y a pas cru, c'est qu'elle ne m'aimait pas vraiment !

- Parfois, l'amour arrive d'une façon si détournée et imprévue, qu'il faut un peu de temps pour le comprendre et l'accepter, tu sais !

- Je le sais bien mais tu as vu comme moi que Philippe a gardé tous ses espoirs, donc elle n'a pas été claire avec lui encore !

- Elle a choisi de lui parler après la pièce, de peur que si elle lui disait avant qu'elle ne voulait plus rien que son amitié, il n'arrive plus ensuite à jouer son rôle correctement. Elle a pensé d'abord à la pièce, à moi, aux enfants, aux sœurs, à Candy, à toi aussi qui voulait tant la voir, enfin, elle a pensé aux autres avant elle !

Anthony soupira enfin en perdant son air si sûr de lui puis dit :

- Bon, puisque c'est toi qui penses qu'elle mérite encore une chance qu'on s'explique vraiment, je vais écouter ce qu'elle a à dire tout à l'heure mais ça dépendra aussi de ce qu'elle dira avant à Philippe car j'en ai assez qu'elle se comporte en girouette !

- Je comprend très bien mais je suis sûr qu'elle mérite encore une chance, crois-moi !

- Si ce n'était pas toi, je ne ferai pas cet effort Terry, c'est bien parce que toi je te crois que je doute à nouveau de moi !

-OOOoOOO-

Candy réussit enfin à se retrouver seule un instant avec Dothy lorsque les enfants visitèrent la loge de Philippe et que les sœurs partirent aux toilettes. Elle ne chercha pas à perdre du temps en paraboles.

- Je suis de tout cœur avec toi Dothy ! Ne pense qu'à ton bonheur maintenant !

- Merci ma chérie ! Je n'avais vraiment pas prévu que ce soit lui tu sais !

- Je sais bien mais il en vaut la peine et c'est le destin qui a voulu qu'on se rencontre pour redistribuer les cartes ! Accroche-toi Dothy, il t'aime vraiment, Terry en es sûr alors…

- Oui il me l'a dit mais j'ai été si odieuse, voudra-t-il me pardonner ? Oh ! Et puis, il faut que je parle vite à Philippe qui se fait des illusions car je n'ai pas encore été claire ! Que c'est compliqué !

- Mais non, le plus compliqué est déjà fait, il ne reste que les détails !

Dothy fit la moue mais en voyant sortir de la loge de Terry les deux hommes si bien assortis avec chacun leur costume accordé à leurs cheveux, le blanc et le noir, elle frissonna. Ils étaient aussi beaux l'un que l'autre ; même taille, même prestance, même classe. En les voyant avancer vers elles, Dothy se sentit encore nerveuse mais un léger sourire sur les lèvres d'Anthony lui inonda un peu le cœur.

Terry vint l'embrasser puis après qu'elle l'eut félicité, l'avocat revint sur l'anecdote du train qu'ignorait Terry.

- Au fait Terry, je connaissais déjà ton Christian, il a été assez aimable pour sortir mon sac coincé dans le porte-bagages dans le train en arrivée de Chicago, celui que tu as pris ensuite, tu te souviens ?

- Bien sûr puisque nous nous sommes revus quelques secondes. Alors tu avais déjà rencontré Philippe ?

- Oui mais aussi deux belles dames aux merveilleux sourires dans le couloir du train.

- Vu la description, j'imagine Mary et Becky dans ces rôles.

- Tout à fait. Dis-moi Candy, où sont tous nos invités ?

- Les sœurs sont aux toilettes et les enfants sont justement dans la loge de Philippe qui leur apprend plein de choses passionnantes.

- Je suppose qu'il est bien aussi parfait qu'il en a l'air, même avec les enfants ! fit Anthony en regardant maintenant Dothy avec interrogation.

Cette fois, elle comprit immédiatement qu'il lui tendait une perche pour pouvoir lui dire ce qu'elle voulait et elle ne la laissa pas partir. Elle le regarda droit dans les yeux de son air le plus humble puis lui avoua devant Terry et Candy :

- Philippe est en effet quelqu'un de bien, empli de qualités Anthony mais ce n'est pas tout ça qui rend amoureuse, qui fait vibrer le cœur, qui rend aussi stupide et fait faire des idioties par peur de ne pas y croire assez ; mais qui fait tellement mal au cœur, qui donne envie de disparaître sous terre quand cet espoir et celui qui l'inspire disparaît et est blessé et n'a plus confiance. Ce n'est pas la perfection que je recherche Anthony, c'est l'amour et le seul homme sur Terre que j'aime depuis notre vraie rencontre à Lakewood, c'est toi et ça le restera même si tu ne veux plus me pardonner et que tu ne m'aimes pas ! Et pour Philippe, je vais lui dire ce que je viens de te dire dès que les enfants le laisseront, je te le jure sur ce qui me reste encore de fierté et de sincérité !

Elle avait les yeux brillants de larmes, Candy fut tant bouleversée de cet aveu qu'elle en versa aussi, Terry était presque dans le même état et n'osa pas regarder Anthony à ses côtés, par pudeur et respect. Mais il le vit avancer d'un pas vers Dothy et tendre la main vers sa joue qui essuya ses larmes. Puis il entendit comme les autres lui dire :

- Je te pardonne ta stupidité et tes idioties Dothy mais je crois qu'il vaut mieux qu'on laisse passer quelques temps encore pour régler tous nos problèmes avant de recommencer quelque chose qui ne pourra plus cette fois être basé sur des malentendus, des doutes et des peurs mais sur de la confiance, du respect et de la durée ! Tu es d'accord ?

- Oh ! Oui ! Merci mon… amour ! Je ne douterai plus jamais de nous, je te le promets !

Candy ne put supporter plus et lâcha un sanglot et Anthony se tourna vers elle en souriant.

- Ce n'est pas le destin que tu avais prévu pourtant ma douce ?

- Peut-être pas depuis très longtemps non, dit-elle après s'être essuyé les yeux. Mais j'ai quand même deviné seule il y a quelques jours et je te rappelle que je t'ai dit que ton destin était pas bien loin de moi.

- C'est vrai mais nous avons emprunté des routes si tortueuses.

- Mais elles nous ont conduit là où nous voulions être, rajouta Terry en posant sa main sur l'épaule d'Anthony alors que Candy faisait pareil avec Dothy. Celle-ci sourit cette fois de bonheur lorsque Anthony prit sa main dans la sienne. Elle le regarda avec amour et aurait aimé le faire longtemps mais en entendant une cavalcade d'enfants dans le couloir, elle lâcha sa main et lui redit de toute sa certitude :

- Je vais régler ce premier problème maintenant, j'espère juste qu'il comprendra sans trop souffrir !

Ils la regardèrent tous les trois partir d'un pas sûr vers la loge de Philippe et accueillirent les enfants. Thomas raconta toutes les anecdotes de Philippe et la petite Rubis se plaignit que la belle dame n'était pas là. Candy la prit alors dans ses bras pour la consoler en lui disant que Dothy allait revenir bientôt car la belle dame ne pouvait qu'être elle. Terry regarda ce beau tableau en trouvant que Rubis ressemblait à Dothy : brune, joues rondes, yeux bruns en amandes. Il se dit ensuite en voyant Thomas accroché au bras d'Anthony, que ça pouvait faire une belle famille que ces quatre là dans un proche avenir.

-OOOoOOO-

Dothy se sentit à la fois soulagée et désolée en voyant Philippe partir en claquant la porte de sa loge. Elle lui avait dit qu'elle était tombée amoureuse d'Anthony à Chicago, qu'elle ne pouvait l'aimer lui ni envisager à nouveau une liaison. Il l'avait mal pris et elle le suivit dans le couloir en voulant lui dire encore qu'ils pouvaient quand même rester amis. Mais en le voyant se diriger vers Anthony, Terry, Candy et les enfants, elle s'inquiéta.

Terry vit le premier Philippe venir et son air furieux ne le rassura pas plus. Alors il anticipa, laissa son petit monde et se précipita pour l'arrêter. Il l'attrapa par le bras et lui dit à voix basse :

- S'il te plaît, pas devant les enfants Philippe !

Celui-ci retint alors son envie et répondit :

- Alors dis-lui que je l'attend dans ma loge immédiatement !

- Philippe, ce n'est pas de sa faute, sois réaliste !

- Je vois que tu as choisi ton camp Terry !

- Allons, il n'y a pas de camp Philippe, c'est Dothy qui a choisi, pas moi !

Celle-ci arriva justement et lui prit l'autre bras et lui confirma :

- Ne reproche rien à Terry s'il te plaît Philippe, ni à Anthony, même sans lui, je n'aurais pas repris notre liaison vu que je ne suis pas amoureuse, je te l'ai déjà dit quand nous nous sommes séparés !

- Et qu'a-t-il de plus que moi ce type ?

- Rien Philippe, il a même bien moins de points communs avec moi que toi mais… je l'aime, je n'y peux rien.

- Et tu crois qu'il va te rendre heureuse ?

- Non, je ne sais pas. Je ne sais même pas si on va vivre quelque chose ensemble tu sais, nous n'avons échangé qu'un seul baiser jusqu'à présent mais… qu'il m'aime ou pas, qu'on vive quelque chose ou pas, peu importe ! Je lui serai désormais fidèle quand même et l'attendrai toujours !

Philippe baissa alors la tête et la repoussa.

- Si c'est ça l'amour pour toi : attendre un type qui ne sait pas ce qu'il veut, libre à toi alors ! Mais ne viens pas pleurer si tu deviens une vieille fille aigrie et frustrée par la suite !

Dothy hocha la tête, Terry entraîna Philippe plus loin en voyant Anthony les regarder. Il s'était calmé et le suivit sans protester.

- Viens, on va boire un verre quelque part, jouer au poker si tu veux !

- J'irai bien plutôt au bordel cette fois tu sais !

- Sans moi alors ! Mais si tu veux, je connais une professionnelle très belle et vraiment douée pour te faire oublier Dothy !

- Une belle putain ! Pourquoi pas après tout ! Mais elle t'a fait oublié quoi à toi ?

- Pas grand chose c'est vrai mais moi je suis un cas irrécupérable, pas toi !

- Il faut vraiment que je passe à autre chose tu sais car ce n'est pas sûr !

- Alors je vais appeler Emma, j'espère qu'elle sera libre ce soir, pour moi elle acceptera sûrement un changement de programme.

- Tu la vois toujours ?

- En amie oui. Elle était mon amie avant que je sois son client, je n'avais pas de raison de renoncer à son amitié puisque Candy l'accepte.

- Tu as vraiment déniché une perle toi ! Qu'est-ce que j'aimerais qu'elle te quitte pour moi ! Mais faut pas rêver !

-OOOoOOO-

Dothy fut soulagée en voyant Philippe suivre Terry et rejoignit Candy, Anthony, les enfants et les sœurs revenues des toilettes. Elle croisa le regard un peu inquiet de l'avocat et lui sourit pour le rassurer en hochant un peu la tête. Puis elle glissa à l'oreille de Candy :

- Terry est parti avec Philippe !

La blonde hocha aussi la tête puis décida donc de ne pas l'attendre et entraîna sa troupe vers l'extérieur pour rejoindre le car qui emmènerait les enfants au centre de vacances. Peter était aussi revenu avec la limousine pour emmener mademoiselle Pony et sœur Maria jusqu'au couvent où elles vivraient cette semaine avant le mariage. Elles eurent beau protester que cela faisait trop m'as-tu vu d'arriver dans un couvent de sœurs ayant fait vœu de pauvreté, en limousine, Candy leur dit que Terry le voulait ainsi et que ça ne changeait ni leur cœur ni leur âme d'arriver en limousine et les gens vrais ne pouvaient que le penser aussi. Devant pareille sagesse, les deux femmes s'inclinèrent.

Ce fut un peu dur de dire au revoir aux enfants, surtout la petite Rubis qui ne voulait pas quitter les bras de Dothy. La styliste se sentait fondre face à ce petit bout de chou, elle aurait aimer la garder chez elle cette semaine mais elle avait trop de travail avant le mariage et espérait aussi avoir un peu de temps pour enfin pouvoir démarrer d'un cœur léger son bel amour avec Anthony puisqu'il n'y avait plus à le cacher. Elle embrassa alors fort les joues mouillées de Rubis et lui promit qu'elle serait heureuse au camp de vacances avec ses amis, qu'ensuite, elle reviendrait pour voir le mariage de Candy et Terry. Thomas qui avait entendu, promit aussi à Dothy de bien s'occuper de Rubis, la brune l'embrassa alors spontanément avec amour et Anthony en les voyant, se dit que Candy avait raison, il n'était pas impossible qu'il trouve une maman idéale pour pouvoir enfin devenir papa comme il en avait tant rêvé.

Une fois tous partis, Anthony, Candy et Dothy se retrouvèrent seuls et comme il n'y avait plus que la voiture de la styliste, elle leur proposa de les ramener. Candy dit alors d'un sourire :

- Vous devriez plutôt profiter de cette soirée pour vous mes tourtereaux ! Moi je vais demander à Jules de m'appeler un taxi et attendre Terry !

- Candy, je peux te ramener chez toi d'abord ! Ensuite… on verra ! Et puis, Anthony a peut-être déjà prévu quelque chose pour ce soir ! fit Dothy en rougissant un peu, ce qui étonna Candy et qui se dit qu'elle était vraiment folle amoureuse pour réagir ainsi.

Elle scruta ensuite Anthony qui semblait très à l'aise, lui. Il dit alors :

- J'avais prévu d'aller dîner au cabaret d'Harlem et jouer aux cartes mais j'accepte un autre programme avec toi Dothy ! Et je suis d'accord, je préfère qu'on ramène Candy pour être sûr qu'elle rentre et que Terry ne risque pas de la perdre ce soir !

- Je suis désolée Candy, c'est de ma faute si Terry est parti, à cause de mes erreurs !

- Tu ne vas pas t'en vouloir encore Dothy ! Philippe s'en remettra et Terry est son ami, il saura bien lui changer les idées, il l'a déjà fait !

- Oui je sais que c'est grâce à Terry que ça s'est mieux passé que je croyais !

- C'est vrai ! avoua Anthony. Sans Terry, je ne sais pas si j'aurais accepté de t'entendre Dothy ! Je sais que je suis trop fier mais grâce à Terry, je m'améliore de jour en jour !

- Alors, cela valait vraiment le coup qu'on vive tout ce passé non ? fit Candy en les regardant tous les deux avec espoir.

- Oui je crois qu'il fallait le vivre pour nous trouver ! admit Anthony.

- Pour moi, le passé a été clair au début puis confus ensuite mais oui, je ne risque pas de regretter de vous avoir fait vous séparer finalement ! Oups ! Devais-je le dire ?

- Tu devais oui ! dit Anthony en éclatant de rire comme Candy.

Celle-ci dit ensuite :

- Et ça fait du bien de t'entendre à nouveau dire tout ce que tu penses ma chérie ! Cette spontanéité et franchise qui a d'abord un peu déplu à Anthony et qu' il a fini par adorer je crois !

- Tu crois bien ma douce !

-OOOoOOO-

En repartant de chez Terry et Candy, Anthony demanda à Dothy ce qu'elle aimerait faire et la styliste sourit et dit :

- D'abord, je voudrais te demander si tu accepterais de porter un costume créé par moi pour le mariage ?

- Un costume neuf ? Bien sûr ! Ça ne se refuse pas une pareille offre !

- Pourtant, à part Terry, tu n'es que le deuxième à accepter de porter un costume de moi ! Et sans même me dire : à condition quand même de ne pas choisir des couleurs criardes ! Non, je n'habille que les femmes en général car les hommes préfèrent que ce soient des hommes qui les habillent ! Tu n'es pas macho du tout alors en fait !

- Moins que ce que j'ai montré les premiers temps, oui ! Mais je ne suis pas aussi libéré que Terry quand même !

- Je crois que si maintenant ! Et puisque tu as accepté de porter un costume de ma griffe, il faut que je prenne tes mesures très vite car il ne reste qu'une semaine pour le faire et j'ai encore quelques retouches sur la robe de Candy, et je crois que je vais devoir aussi revoir un peu la mienne.

- Pourquoi, tu crains que je ne la trouve trop voyante ?

- Au contraire, je l'avais créée avec mon état d'esprit d'alors et maintenant je veux être un peu plus en harmonie avec celui d'aujourd'hui. Mais juste un peu ! Ce sera Candy la reine ce jour et crois-moi, elle sera voyante !

- J'ai hâte de voir ce chef d'œuvre alors ! Mais dis-moi ma belle, les mesures, tu veux les prendre à ta boutique ?

- Je ne sais pas, on peut aussi les prendre chez moi mais… tu m'as dit que tu avais encore besoin de temps ?

- Donc, il va falloir que je me déshabille pour que tu me mesures ?

- Un peu mais… tu pourras garder tes sous vêtements, rassure-toi !

Il éclata de rire puis dit encore :

- De toute façon, tu m'as déjà vu en maillot de bain, tu sais bien comme je suis recousu moi aussi !

- Oui je le sais et je t'ai déjà dit que j'aime que tes cicatrices te permettent de marcher. Mais… j'aime aussi tout ce qui est ce que tu es, physiquement et mentalement. Tu es très beau Anthony, trop beau pour une vieille femme comme moi en fait mais si je te plais encore, cela n'a pas d'importance.

- Bien sûr que tu me plais toujours Dothy, l'âge n'a aucune importance pour moi encore une fois ! Souviens-toi que je ne peux avoir d'enfants naturellement !

- Je m'en souviens et ça na pas plus changé pour moi, je ne peux pas non plus en avoir sans un papa que j'aime de tout mon cœur ! Tu sais… la petite Rubis est adorable, je ne sais pas si elle est adoptable mais ça me plairait une petite fille comme elle !

- J'ai vu comme elle te ressemble, oui ! Moi j'aimerais beaucoup devenir le papa de Thomas mais sans maman, c'est trop difficile.

- Tu sais, avoir un fils me plairait aussi !

- Et moi j'ai tant envie de créer une rose pour ma fille !

- Alors, on pourrait réaliser ton rêve et le mien si ça se trouve !

- Oui, ce serait merveilleux ma belle !

- Mais il faut quand même qu'on prenne le temps d'y réfléchir mieux vu qu'on a pas encore vraiment commencé notre histoire, non ?

- Personnellement je la trouve bien commencée cette fois mais je crois aussi plus sage d'attendre au moins que nos tourtereaux soient mariés !

Comme ils arrivaient chez Dothy, la conversation s'arrêta là. Elle se gara dans sa cour et il la suivit dans la maison. Une fois qu'elle eut enlevé son manteau, posé son sac, elle aida Anthony à ôter le sien puis lui proposa de boire quelque chose. Il choisit un whisky sans glace et elle se versa un peu de brandy. Elle apporta aussi des pistaches de la cuisine puis alla chercher son mètre de couturière ainsi que le modèle dessiné de la robe de mariée de Candy. En voyant cette splendeur, il resta sans voix.

- C'est ta roseraie qui m'a inspirée, j'ai essayé de faire la robe idéale pour la reine des roses comme toi tu as crée la plus belle rose blanche du monde !

- Elle sera encore plus magnifique en vrai alors, elle est ici ?

- Non, à la boutique, Candy doit venir demain pour les essais.

- Dommage, j'aurais aimé la voir.

- Tu la verras le jour du mariage comme Terry mais tu as un avantage, à lui pas question qu'il voit ce dessin, il ignore tout de cette robe, il faut respecter la tradition même si leur couple ne risque rien.

- Ce n'est pas moi qui vendrais la mèche ma belle. Ce qui est aussi sûr que la solidité de leur couple, c'est qu'il sera aussi émerveillé par le contenu que le contenant ce jour !

- C'est certain ! Bon, et toi, quelle couleur préfères-tu pour ton costume ?

- Je ne sais pas. Terry sera en blanc j'imagine ?

- Oui mais il y aura de l'or pour lui donner plus de prestige. Pour toi, je verrais bien un blanc cassé assorti à ma robe.

- Est-ce une invitation pour être à mon bras tout ce jour faste ma belle ?

- Rien ne me rendrait plus fière Anthony, tu le sais ! Et comme nous sommes les témoins de la mariée, ce serait plus pratique !

- Je préfère accepter pour la première partie de ton argumentation que la seconde belle Dothy !

- Je préfère aussi que tu acceptes pour celle-ci bel Anthony !

Il sourit et sans qu'elle le voit venir, il l'enlaça sur le canapé et se plongea dans ses yeux à dix centimètres d'elle. Elle sentit son cœur palpiter et entoura son cou de ses mains pour savourer ce moment si attendu. Et sa voix douce et charmeuse la séduisit encore un peu plus.

- Je n'ai pas envie qu'on se précipite ma chérie, je voudrais connaître un peu enfin ce qu'ont vécu nos futur mariés : ce doux émoi grandissant, cette certitude et l'envie que ce soit un feu d'artifice des sens, une effusion des cœurs et des corps et peut-être l'accomplissement de notre amour !

- Tu m'aimes un peu alors ?

- Je crois Dothy ! Je ne peux pas encore être catégorique parce que je n'ai jamais été amoureux à part mon amour ambigu mais surtout fraternel pour Candy. Mais je crois que ce désir que j'ai pour toi depuis notre jeu de gamins à Lakewood a une forte envie de grandir, s'enrichir, devenir un vrai amour et passer ma vie à le garder en moi.

- J'aimerais aussi beaucoup cet avenir mon amour, je t'aime avec certitude car j'ai déjà été amoureuse vingt ans plus tôt mais à l'époque j'étais naïve, fragile, pleine d'idées reçues et peu intuitive. Aujourd'hui je suis amoureuse en pleine conscience et expérience et c'est bien plus fort et j'y crois et veux le garder aussi tout le reste de ma vie si tu veux de moi.

Ils se regardèrent encore un peu avec amour puis Anthony s'approcha de ses belles lèvres rouges et les embrassa avec douceur mais volupté. Dothy sentit en elle les frémissements du plaisir et le laissa diriger et c'était si agréable de se laisser porter en toute confiance par l'homme qu'on aime.

Quand il recula et la vit en extase face à lui, il caressa un peu sa gorge jusqu'à son oreille. Il vit qu'elle avala sa salive, gonfla un peu la poitrine, signe qu'elle était déjà toute à lui. Il baisa ensuite longtemps sa main, la paume, les doigts aux ongles longs et rouges puis la lâcha et tout en la regardant d'un air coquin et séducteur qui la rendit fébrile, il enleva sa cravate, sa chemise puis déboutonna son pantalon et s'exclama :

- N'oublions pas mon costume ma chérie, je crois que ça peut aussi être un jeu bien agréable que ces mesures à prendre!

Elle sourit, se leva et se baissa face à lui pour lui délacer ses souliers vernis. Il la regarda faire, il se tint au canapé quand elle les lui ôta un par un. Puis elle tira sur son pantalon, la scène était très érotique, elle à genoux, lui en caleçon et maillot de corps. Et quand elle se releva, elle posa une main sur son torse, l'autre sans son dos puis lui murmura à l'oreille :

- J'ai oublié mon bloc et mon crayon mon bel amour ! Je reviens tout de suite !

Il sourit puis la regarda partir de la pièce. Il avala sa salive en lorgnant ses courbes sensuelles dans sa robe noire moulante et en se sentant durcir en dessous de la ceinture, il se dit que cela allait être difficile de faire durer les choses sans raison valable comme Terry et Candy. Mais que c'était excitant comme chalenge !

Pour calmer sa libido grimpante, il finit son verre de whisky. Lorsqu'elle revint, elle commença par poser son bloc sur la table basse puis se mit face à Anthony et déroula son mètre ruban en souriant. Il la laissa donc le mesurer, d'abord le haut du corps, supportable. Puis le bas du corps et lorsqu'elle entoura le haut de sa cuisse de son ruban mesureur, très excitant. Il se savait bien raide, son caleçon le montrait d'ailleurs mais elle semblait juste concentrée sur ses mesures. Lorsqu'elle mesura l'entrejambe, il sua un peu et demanda :

-Tu as mesuré aussi Terry ?

Elle releva les yeux tout en restant à genoux et répondit en riant :

- Non, c'est Candy qui l'a fait, je lui ai fait confiance.

Anthony soupira puis avoua :

- Je comprend maintenant pourquoi les hommes ne veulent pas de femme pour faire leurs vêtements, ce n'est pas du machisme, juste de la peur de montrer ses faiblesses.

- Mais toi tu sais que la faiblesse ce n'est pas de montrer ses sentiments ou désirs mais de les cacher, n'est-ce pas ? dit-elle en se relevant lentement et se collant presque face à lui.

Il sourit, l'enlaça et mordilla son oreille avant de murmurer dedans :

- Et d'y succomber trop vite !

Elle sourit et se libéra de ses mains pour aller noter sur son carnet ses mesures. Puis elle les relut à voix haute et dit ensuite :

- Tu es plus baraqué que tu ne le parais en fait, juste une taille de moins que Terry pour le haut et la même pour le bas. Tu es dans la catégorie des hommes aux proportions idéales pour porter beau tous les styles. Tu es toujours très élégant d'ailleurs, j'ai remarqué que tu aimais surtout le bleu et tu as de beaux boutons de manchettes et des cravates multiples.

- C'est parce qu'on m'en offre souvent, surtout Candy ! Tu sais, je ne suis pas passionné par les vêtements mais j'aime bien qu'une femme ait envie que je sois élégant pour elle !

- Alors nous sommes faits pour nous entendre au moins sur ce plan !

- Et s' il n'y en avait pas d'autre ?

Elle se releva en le voyant plus sérieux et revint se mettre entre ses bras.

- Et même si tu n'aimes pas les défilés de mode, les soirées festives, les couleurs criardes, la mauvaise cuisine américaine, les pommes sans tarte autour, les voitures trop voyantes et le thé, je suis partante quand même ! On a assez de points communs pour s'entendre maintenant je crois, on a les mêmes meilleurs amis, des enfants à trouver, des blessures à coudre, un dos sujet aux rhumatismes et l'envie de réussir autant notre vie que notre travail!

- Tu as des rhumatismes ma chérie ? Il va falloir que je t'apprenne à bien masser les dos alors !

- Je ne demande que ça mon amour !

Il rit puis ne refusa pas sa bouche à nouveau, pour un long et profond baiser qui le rendit encore plus raide mais qu'elle clôt après juste assez de mise en bouche pour avoir envie de revenir demain.

- Ca me dit bien d'aller à Harlem tu sais, on doit pouvoir y manger quelque chose aussi il me semble !

- Oui ils servent un seul plat unique mais ça se mange.

- Alors allons-y ! Tu vas aussi pouvoir me montrer tes talents au poker ! Je joue tu sais ! Mal mais je peux quand même te suivre à ça aussi !

- Alors tu es bien la femme parfaite pour moi ma beauté !

-OOOoOOO-

Terry revint à vingt-deux heures à la maison. Il avait été jouer un peu au poker au cabaret de Harlem puis Philippe était parti se consoler dans les bras d'Emma qui avait accepté de le recevoir après l'appel de Terry. Il raconta cela à Candy puis lui demanda comment avait réagi Anthony.

- Il est bien parti pour réussir à t'égaler en amour je crois ! dit-elle en le regardant manger l'omelette qu'elle lui avait cuisinée vite fait.

- Nous avons donc réussi notre mission, trouver le Roméo de Dothy et la Juliette d'Anthony ! Finalement c'était facile et on comprend maintenant pourquoi le destin a tracé cette route si tortueuse ; pour réussir à ne pas la quitter trop longtemps et arriver au point final, il fallait tout de même qu'on arrive tous les quatre à devenir aussi ouverts que nous le sommes devenus sinon nous serions toujours sur la route bloquée de nos erreurs. C'est évident maintenant, si nous voulons vivre notre destin désiré, il faut y croire et se débarrasser de tout l'inutile : culpabilité, jalousie, peur, idées reçues, orgueil, étroitesse d'esprit et j'en passe !

- Nous sommes alors comme un carré parfait, chacun ayant un lien unique avec les trois autres !

- En effet et chacun est un multiple de sept et si on additionne nos deux jours de naissance : 7+28= 35. Et si on additionne les deux jours de naissance d'Anthony et Dothy : 14+21=35. Étonnant non ?

- En effet mais que peut signifier ce 35 ?

- Je ne sais pas chérie mais c'est un multiple de sept aussi : 7x5=35.

- Cela pourrait alors vouloir dire qu'il manque un maillon, que ce ne sera pas un carré mais un pentagone, seulement à 5 ce n'est plus équilibré !

- Ça dépend qui est ce cinquième élément ma princesse ! Je sais déjà que le petit Thomas est né un 21 mais peut-être que ce sera toi et moi qui apporteront cet élément qui nous rendra encore plus parfaits !

- Si c'est le cas, nous serons vraiment les plus heureux du monde mon merveilleux futur époux !

-OOOoOOO-

Anthony avait en principe rendez-vous ce samedi à dix-huit heures avec Emma pour une deuxième rencontre. La veille, il avait passé une bonne soirée avec Dothy au cabaret mais ils s'en étaient bien tenus à juste s'amuser, se découvrir et flirter. Ce matin en se levant, il avait essayé d'appeler Emma pour se décommander mais elle ne répondait pas. Puis il se dit que la politesse serait d'aller la voir tout de même, sans avoir recours à ses charmes mais il lui paierait cette heure convenue en lui expliquant en gros qu'il était amoureux d'une femme qui venait enfin d'accepter aussi son amour pour le vivre.

Il arriva un peu en avance et pensa attendre un peu dehors en fumant une cigarette mais en voyant la porte d'entrée de l'immeuble s'ouvrir et en sortir une silhouette bien connue depuis quelques temps, il s'exclama :

- Terry ! Que fais-tu ici ?

Terry sourit et lui serra la main.

- Je suis venu voir une amie ! Mais et toi ? Tu attends quelqu'un ?

- Non, j'ai un rendez-vous mais je suis un peu en avance.

- Un rendez-vous dans ce building ? Le monde est petit alors !

- Oui, on dirait que le destin veut qu'on se rencontre souvent, pourtant New York est immense !

- C'est sûr !

- En tout cas, je suis sûr aussi que tu n'as pas été au même appartement qu'où je me rends, c'est indéniable !

- Je ne sais pas, où as-tu rendez-vous ?

- Au dixième étage !

- Au dixième ! Il n'y a qu'un appartement au dixième ! Celui d'Emma !

- Oui, Emma Powers. Mais… comment le sais-tu ?

- Parce que j'en sors, c'est une amie.

- Une amie ? Tu plaisantes j'imagine ?

- Absolument pas, Emma est mon amie depuis près d'un an.

- Une amie… seulement ?

- Bien sûr ! Enfin, depuis le sept mai, elle n'est plus que ça mais j'avoue que j'ai eu recours à ses services avant et je précise que Candy est d'accord pour qu'elle reste une amie.

- Ah ! Je suppose alors que c'est elle qui a causé cette dispute à Chicago juste avant… Daniel !

- Oui c'est vrai, c'est elle.

- Je suis désolé Terry, j'ai failli croire que tu…

- Il n'y a pas de mal. Mais… toi tu as rendez-vous avec elle pour…

- Oui mais je vais lui dire justement que je ne reviendrai plus, seulement ça.

- Ah ! Alors tout va bien avec Dothy maintenant ?

- Je crois que oui Terry et c'est grâce à toi. Merci de m'avoir poussé à lui laisser une autre chance. Tu avais raison, mon bonheur était sous mes yeux et ma fierté a bien failli encore me le faire perdre.

- Je suis heureux pour vous et pas uniquement parce que cette fin m'arrange ! Dothy est comme ma sœur, son bonheur m'importe beaucoup et je la sais en de bonnes mains avec toi.

- Ça c'est autre chose Terry ! Je n'ai aucune expérience du couple qui s'aime passionnément tu sais et j'aurai bien besoin d'un pro comme toi pour réussir ce défi essentiel !

- Tu peux compter sur moi !

- Je sais ! Bon, il est l'heure que je sonne à Emma. Tu l'as connue comment ?

- J'ai fichu mon poing dans la figure à un type qui l'a insultée à Central Park. Nous avons vite sympathisé vu sa gentillesse et nature joyeuse et sincère.

- J'aurais aimer voir ça ! C'est une sacrée fille c'est vrai, en plus d'être belle et… douée, elle est très attachante aussi ! Enfin, amicalement !

- Oui, c'est pour ça que je veux garder son amitié, c'est une fille géniale.

- Elle compte faire ce métier encore longtemps à ton avis ?

- Je ne sais pas, elle m'a dit qu'elle le ferait tant qu'elle y aurait du plaisir et ne tomberait pas amoureuse.

- Et qui pourrait la faire être amoureuse ?

- Quelqu'un qui l'aimerait vraiment comme elle veut être peut-être !

- Quelqu'un qui ne voudrait pas qu'elle arrête de se vendre alors ! Pas quelqu'un comme nous donc !

- Non, nous avons besoin de fidélité. J'avoue que celui qui saurait aimer Emma telle qu'elle est et sans vouloir qu'elle quitte ce métier serait un sacré pro de l'amour !

- Oui, ce n'est pas facile à accepter quand même !

- Bon, je te laisse aller la voir, je dois maintenant aller chercher les alliances à la bijouterie pour samedi prochain !

- Ne les perds pas en route !

Anthony rit en voyant Terry de dos montrer son pouce baissé pour dire que sa blague était nulle puis alla sonner enfin chez Emma après avoir pris l'ascenseur.

Quand il pénétra son seuil de porte, elle portait son déshabillé rose comme la dernière fois et vint en souriant pour lui ôter sa veste. Il la laissa faire puis une fois posée sur le portemanteau, il lui dit :

- Je voudrais passer un peu de temps avec la vraie Emma, est-ce possible ?

- La vraie Emma ne peut pas être payée monsieur Brown, je suis désolée !

- Même juste pour parler ?

- Vous voulez payer pour qu'on parle ?

- Oui car je ne peux plus payer pour du plaisir vu que je suis amoureux et que c'est réciproque.

- C'est formidable alors ! Félicitations monsieur Brown, je vous souhaite tout le bonheur du monde !

- Merci Emma. Je ne reviendrai plus mais j'aimerais vraiment qu'on se quitte en ayant partagé plus que du commerce de charme, parce que vous me plaisez aussi pour ce que vous dégagez de l'intérieur, une sympathie naturelle.

- C'est un beau compliment monsieur Brown, c'est rare qu'on me le dise alors j'accepte cette offre ! Vous voulez boire quelque chose ?

- Avec plaisir Emma mais pouvez-vous seulement m'appeler Anthony quand même ?

- D'accord Anthony. Whisky, jus de fruit, café italien, bière ?

- Un café italien me tente malgré l'heure tardive !

- Il n'empêche pas de dormir, c'est un véritable expresso importé d'Italie, où j'ai des origines !

- J'ignorais !

- Oui du côté de ma mère qui venait de Naples et qui m'a donné le prénom de sa grand-mère : Emmanuella !

- Joli prénom mais je comprend le tout aussi beau diminutif. Et vous avez déjà été en Italie ?

- Oui, deux fois en vacances depuis que j'ai les moyens de me les payer. Et vous ?

- Non, moi je connais seulement bien la France, Paris surtout, j'y ai vécu quelques années.

- Paris ce sera mon prochain voyage l'été prochain si tout va bien. Je veux aller au Moulin Rouge, aux Folies Bergères, Montparnasse à la Closerie des Lilas, sur la tour Eiffel !

- Beau programme Emma ! Je vous conseille aussi Montmartre et Saint-Germain des prés. Vous savez, l'ami qui est venu vous voir tout à l'heure est aussi mon ami !

Anthony se demanda pourquoi il avait dit ça maintenant, il avait pourtant décidé avant de monter qu'il ne dirait pas que Terry était son ami. Mais la réponse d'Emma l'étonna.

- Je le sais Anthony, il me l'a dit aussi avant vous.

- Ah bon ! Pourtant il ignorait à ce moment que je venais vous voir, je l'ai croisé en bas, il l'a appris là.

- Je n'en doute pas mais il m'a parlé de vous quand même, pour me dire que l'ex-mari de celle qu'il aime depuis longtemps et va bientôt enfin épouser, est devenu son meilleur ami.

- Oh ! Oui, c'est vrai et ça me touche qu'il vous l'ait dit, surtout en disant le meilleur, c'est… un sacré mec quand même !

- Je suis bien d'accord mais il m'a dit que vous en étiez un autre aussi donc vous étiez fait pour vous rencontrer !

- Oui, vu la façon dont le destin nous a conduit ici, c'est indéniable. Terry est mon meilleur ami aussi bien que moi j'ai moins de mérite, je n'avais encore aucun ami ici avant lui alors que lui en a déjà de grands.

- S'il l'a dit c'est que c'est vrai, qu'il a trouvé avec vous malgré tout ce qui vous a séparé, quelque chose qu'il n'a jamais trouvé avant. Et c'est réciproque parce que vous cherchiez aussi dans l'amitié quelque chose de plus complet que les hommes en général ne savent donner entre eux à cause de leur manque d'ouverture d'esprit et peur de se montrer faible.

- Oui, c'est tout à fait ça Emma, vous avez un don certain pour la psychologie.

- C'est le côté que j'aime le plus dans mon métier, quand les hommes me parlent d'eux, de leurs problèmes. Ils se confient plus facilement à une putain car elle ne les trahira pas.

- Mais vous n'avez pas envie de vivre une relation plus… sentimentale un jour ?

- Si, un jour peut-être ! Seulement, je n'ai guère envie de vivre ce que les femmes de mes clients vivent, ni sacrifier ma liberté, ma nature hédoniste et je ne veux pas d'enfants.

- Vous n'avez jamais été amoureuse ?

- Si bien sûr mais je sais rester réaliste et repartir quand ça arrive. Je préfère être un peu amoureuse de plusieurs hommes que beaucoup d'un seul !

- Et aujourd'hui vous en aimez un peu combien ?

- Disons… trois. Un qui vient de partir, un qui partira et un qui arrivera !

Anthony sourit en se demandant qui était celui qui arrivera. Il le saura plus tard, à vingt-et-une heures, un homme franchit cette porte, c'était Philippe Berthier.

Fin du chapitre 22