« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 25 « A l'aube de la nouvelle année »
Ce 21 décembre à 11 heures, Anthony Brown épousa Dorothy Malone à la mairie de Chicago, entourés de leurs témoins : Terrence et Candice Grandchester et d'Albert, Archibald, Annie, James et Georges.
Ce fut la même émotion quand Candy et Terry signèrent l'acte de mariage que pour le leur deux mois plus tôt. La boucle était bouclée, leur carré relié désormais à jamais à l'écrit.
Puis ils rentrèrent tous à Lakewood où les attendaient toute la maison Pony, animatrices comprises. Ainsi qu'Eléonore Baker, Gino et Tristan, Peter, Martha, Mathilde l'amie de Dothy, deux autres amies à elle de New York, Tom et sa femme Betty, un ami d'Anthony avocat à Chicago, le docteur Martin et même la grand-tante Elroy et sa dame de compagnie venues pour une courte apparition mais qui fit son effet.
Les enfants Thomas et Rubis avaient porté symboliquement les alliances pour refaire une petite cérémonie face à tout ce beau monde. Dothy n'avait jamais été si belle et radieuse. Elle avait créé et cousu elle-même sa robe bien sûr, de satin blanc cassé, mi-longue, manches longues de dentelles et resserrée au bassin d'une ceinture en mousseline nouée d'un gros nœud dans le dos. Son front était ceint d'un bandeau de dentelle blanche et de quelques strass argentés. Anthony arborait un smoking noir, un gilet blanc et une cravate bleue azur.
Lorsque le couple dansa dans la grande salle de bal de Lakewood et devant tous les autres la valse des fleurs de Tchaïkovski, tirée du Casse-noisette et brillamment interprétée au piano par Annie, ils furent très admirés et applaudis.
Puis, Thomas rejoint Annie et ils offrirent un duo des plus touchant en jouant la petite musique de nuit de Mozart.
On poursuivit les danses avec un gramophone et toutes sortes de disques : un tango que Dothy dansa avec Archibald et plus surprenant, un fox trot par Candy et Terry resteraient probablement longtemps dans les mémoires de tous.
Quand vint le temps des vœux et cadeaux, Albert le premier trinqua et prit la parole :
- Mon cher Anthony, je voudrais te dire que je suis très heureux et fier de toi aujourd'hui. Tu sais, Rosemary m'a dit un jour peu après ta naissance qu'elle n'avait qu'un vœu pour toi, celui de pouvoir te voir ou te savoir heureux, enfin c'est arrivé et je suis sûr qu'elle nous voit de là-haut où dans la roseraie et pleure de bonheur. Après tant d'épreuves et de chemins pris, grâce au destin, tu as trouvé l'épouse qu'il te fallait, les enfants qui avaient besoin d'un père et d'une mère comme vous deux, d'une grande famille qui vous aime et vous soutient, d'amis fiables et d'un travail idéal et utile comme tu le voulais. Que manque-t-il à ton bonheur mon presque fils, dis-moi ?
- Rien tonton ! dit Anthony en souriant et larmoyant.
- Presque rien c'est vrai Anthony mais j'ai quelque chose qui j'espère rajoutera un peu de bonheur ou au moins de plaisir à tout ce que tu as obtenu par mérite et volonté, c'est juste un tout petit plus mais… je te l'offre avec tout mon cœur, mon fils.
Anthony vit son oncle lui tendre une clef, une grosse clef en argent qu'il reconnut.
- Mais tu es encore jeune William, si tu te mariais et avais des enfants un jour, ne voudrais-tu pas revenir vivre ici ? Ce n'était prévu que bien plus tard qu'elle me revienne ?
- Je sais Anthony mais j'ai bien réfléchi, je ne reviendrai jamais vivre ici à l'année, même si je me mariais et avais une descendance un jour, je voudrais leur offrir une maison à moi. Je sais que vous allez plus souvent vivre à New York mais si cette maison vous accueille déjà pour les vacances avec Candy et Terry aussi bien sûr, et moi à mes retours. Enfin, cela ne changera pas grand chose pour Lakewood que je te donne la clef symbolique et les titres de propriété mais je veux le faire maintenant car c'est le bon jour, ton jour, celui où tu es un homme accompli et ça me fait plaisir de te la léguer de mon vivant pour pouvoir y assister aussi. C'est donc un peu égoïste également !
- Ça me touche beaucoup William, merci ! dit-il en le serrant fort dans ses bras.
Candy essuya ses larmes puis vint aussi vers Anthony et lui tendit une enveloppe.
- Qu'est-ce que c'est ma douce ?
- Une lettre du professeur Berger qu'on a été voir à l'hôpital Lariboisière à Paris. Ce n'est pas ton cadeau de mariage mais j'ai pensé que c'était aussi le bon moment pour te la donner. Il ne t'a pas oublié tu sais, il a été très content d'avoir des nouvelles de toi, de tout ce que tu as accompli. Depuis qu'il t'a opéré en expérimentant sa nouvelle technique de reconstitution du fémur, il l'a refait deux fois avec succès sur d'autres patients. Cette lettre t'en dira plus. Nous avons aussi des tas de cadeaux à New York pour vous quatre mais nous n'avons pas voulu les transporter ici pour devoir les ramener après à New York. Mais j'ai quand même emporté ce petit paquet pour dire de ne pas arriver les mains vides.
Elle lui tendit sa main gauche qu'elle gardait dans son dos tout ce temps, elle contenait un petit paquet. Anthony glissa la lettre du professeur dans sa poche de veste puis prit le paquet et en dénoua le ruban. A l'intérieur il y avait une paire de petits chaussons de bébé de laine blanche.
- Tu penses que c'est ma taille ? dit-il en riant.
Puis il fixa Candy qui souriait et Terry derrière arborant un air très fier. Il revint à Candy puis à Dothy qui était restée près de William, donc derrière lui. Elle avait la bouche ouverte, il vit qu'elle retenait un cri de joie. Il revint à nouveau à Candy.
- C'est bien ce que je crois ma douce ?
- Oui mon chéri, c'est ce que tu crois et attendais depuis longtemps, je vais devenir bientôt maman, fin juin en principe.
- C'est merveilleux ! Oh quel beau cadeau tu me fais ! Vous me faites! rajouta-t-il en regardant Terry qui s'approcha.
Le jeune marié prit dans ses bras Candy puis Terry, Dothy les rejoint et en fit autant.
- Oui c'est le plus beau cadeau que vous pouviez emporter ici pour nous ! Moi aussi je l'avais annoncé et espéré, n'est-ce pas mes amis ?
- Oui et c'est toi qui l'a permis notre belle marraine la fée, dit Terry après avoir embrassé la joue de Dothy.
- Tu dois être fou de joie Terry ? dit Anthony l'œil brillant.
- Oui je suis le plus heureux du monde ! Enfin avec toi bien sûr !
- Oui, tu ne peux l'être plus que moi, juste autant.
- Vous êtes touchants mes enfants, fit Albert en s'avançant, mais ne nous oubliez pas, moi aussi je suis fou de joie de devenir bientôt grand-père et je crois vu leurs têtes que tous les autres sont aussi très émus de cette belle nouvelle.
En effet, l'assemblée était émue, à part Eléonore, Martha, James et Peter qui savaient déjà, les autres apprirent la nouvelle. Mademoiselle Pony, Sœur Maria et Annie montrèrent le plus de joie après Albert. Mais c'était le mariage d'Anthony et Dothy et d'autres cadeaux leur furent offert. Archibald et Annie leur avait trouvé un vase chinois authentique, Eléonore offrit une paire d'anges en porcelaine fine, Gino et Tristan, une petite aquarelle de roses qu'il avait peinte, encadrée de branches tressées réalisées par Tristan, une œuvre à deux mains qui plut au couple.
Il y eut d'autres présents, Thomas et Rubis avaient le plus émouvant, un petit discours de vœux de bonheur à leurs parents. Dothy fondit en larmes, agenouillée et serrant les deux petits sur son cœur. Puis elle releva la tête en éclatant de rire et dit à tous :
- Je suis la plus heureuse du monde mes amis, j'ai 36 ans aussi aujourd'hui et depuis mon dernier anniversaire, j'ai obtenu de la vie tout ce que j'ai rêvé depuis mon huitième, quand je me suis faite la promesse à l'orphelinat que jamais plus je ne pleurerais une fois adulte car j'aurais trouvé mon prince charmant, aurais construit une belle famille, ferais le métier que je voudrais, porterais de beaux vêtements et de beaux bijoux. Ca a été plus facile pour le métier, les robes et les bijoux que l'amour et la famille ; une étoile a accordé mon vœu et placé sur mon chemin Candy, j'ai suivi mon instinct et mon cœur, j'ai appris depuis que c'est la récompense du destin, je suis tellement heureuse et… je t'aime tant mon cher époux et je vous aime tant mes beaux et merveilleux enfants et… je vous aime tous, merci !
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Noël apporta trois jours après un gros tas de cadeaux venus d'Europe pour les enfants. La salle de bal de Lakewood s'était transformée en salle de jeu une fois tous les jouets déballés et étalés au sol autour du grand sapin débordant de guirlandes. On avait espéré qu'il neige la veille mais la messe de minuit à la chapelle et les prières ne permirent pas ce miracle et tous firent avec.
Mais le lendemain, le 25 décembre et donc le vrai jour de Noël, de gros flocons blancs voletèrent dans le ciel de l'Illinois. D'abord épars au matin, pendant le déjeuner traditionnel agrémenté de dinde aux marrons, pommes de terre sous la cendre et de tartes au potiron et aux raisins, un beau tapis blanc couvrit la propriété. Les enfants en profitèrent donc vite une fois englouti leur dessert et au soir, des bonhommes de neige équipés en nez carottes, pipes, chapeaux et autres accessoires trônaient autour de la roseraie en hibernation et ils s'endormirent bien fourbus et emplis de souvenirs d'un Noël magique et inoubliable.
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Le 28 décembre, les Grandchester et Brown repartirent avec Martha, James, Peter, Gino et Tristan et Mathilde à New York en train. Eléonore Baker était repartie pour Boston la veille et Albert partirait en Afrique le cinq janvier et passerait donc à New York prendre son bateau en y restant la journée du 4 pour ses adieux.
A peine rentrés, Terry et Candy firent livrer tous leurs cadeaux chez les Brown. Anthony, en voyant tout ce qu'ils avaient acheté, songea à ce que lui avait dit James : son patron était un vrai panier percé, trop heureux de faire plaisir plutôt qu'économiser. Bien qu'il avait fait reculer Bradley grâce à son chantage sur un dossier pas très clair, il n'était pas certain que le duc de Grandchester ne s'adresse pas à un autre avocat pour tenter encore de récupérer l'héritage de son demi-frère. De plus, Anthony ne se voyait pas taire à Terry qu'il s'était mêlé de ses affaires sans l'avoir consulté car James était trop inquiet à ce moment. Il décida donc de lui dire tout ce lundi 30 en lui demandant de passer le voir à ses bureaux à Harlem. Terry arriva à neuf heures et s'intéressa d'abord à tout ce travail déjà fait jusqu'ici par l'avocat : le dossier complet déposé à la mairie pour le statut de fondation surtout et les deux clients d'Anthony ayant obtenu gain de cause, la divorcée heureuse et un homme escroqué et remboursé.
- A la vitesse où tu améliores le sort des gens, dans un an ou deux ce quartier sera le plus paisible et heureux de New York ! dit l'acteur admiratif ensuite sans vraiment plaisanter et en se levant pour voir de plus près le diplôme de l'avocat encadré et accroché au mur.
- Tu sais, je crains que la prohibition amène plus de problèmes dès le mois de janvier, la loi sera entérinée et cette fois certainement appliquée. J'ai peur que des bandes ne s'organisent comme à Chicago et qu'ici aussi on se retrouve avec des réseaux de trafiquants vu le chômage et le désœuvrement de certains jeunes. Je crois plus à l'éducatif qu'au répressif, nous devons essayer de sauver le plus de jeunes de l'envie de s'enrichir dans la facilité en leur donnant plus de choix de métiers et opportunités.
- Si nous en sauvons quelques uns ce sera déjà bien. Mais dis-moi maître, pour le projet de James, réinsérer des prisonniers ayant purgé leurs peines, c'est encore plus dur de leur trouver un emploi, non ?
- Bien sûr mais j'ai proposé un contrat à différentes industries et artisans, un moyen pour eux de payer moins cher la main d'œuvre en échange de formations, j'attends des réponses, il ne faut pas être trop pressé non plus Terry, les choses évolueront mais pas forcément vite. James tient beaucoup à son projet, il va aussi visiter des prisonniers en leur apportant son témoignage, ça peut aussi donner de l'espoir.
- Oui tant qu'on n'a pas un exemple concret c'est difficile de croire que c'est possible de vivre son rêve ou au moins vivre mieux. Voilà donc plein de projets et un avenir plein de fenêtres ouvertes. Et toi, tu as d'autres buts encore en tant qu'avocat, de buts pas encore avoués ?
- Je n'en suis qu'au début Terry mais cette fois je sens bien ma route droite oui, mais… puisque tu parles de choses pas encore dites, oui j'ai quelque chose à te dire justement, qui te concerne.
- Tiens donc ! fit l'acteur le regard curieux en revenant s'asseoir sur le fauteuil face à l'avocat.
- Pendant ton voyage, James a reçu une lettre qui l'a beaucoup inquiétée et il est venu me demander mon avis dessus.
- Une lettre ? De qui ?
- Du duc de Grandchester.
- Oh ! Voilà autre chose ! Et que dis cette lettre alors ?
- Il réclamait l'héritage de ton père, invoquant que celui-ci n'aurait pas accepté que tu l'utilises pour le donner à la charité publique.
- Eh bien dis donc, il n'a pas digéré la gifle alors pour oser demander ça !
- Tu l'as giflé ?
- Oui. Oh ! J'ai vraiment essayé de rester poli et même au début, de sincèrement essayer de le connaître en me répétant comme Candy l'a fait, qu'il est mon frère mais… il tient plus de sa mère ce petit con, c'est certain ! Quand Candy s'est absentée aux toilettes, il a parlé d'elle comme d'une… gourde parce qu'elle a dit une blague sur les anglais… je n'ai pu me retenir, ma main a volé. Quand elle est revenue, il a fait semblant de rien alors moi aussi mais vu sa froideur, j'ai écourté la visite. Je n'ai rien dit à Candy de cette gifle, je n'ai pas voulu l'attrister davantage, elle a bien vu que cette rencontre n'avait pas été une réussite mais pas à ce point.
- J'aurais probablement réagi comme toi, seulement il a la vengeance rancunière Terry, il n'a pas renoncé à récupérer ton héritage après que je lui ai écrit qu'il n'aurait pas gain de cause car le testament de votre père ne précisait aucune condition sur l'utilisation de cet argent légué et qu'un tribunal américain ne lui donnerait pas raison. Il s'est ensuite adressé à un cabinet d'avocat et a choisi celui de Bradley.
- Bradley ? Bradley a accepté de défendre le duc ? Il va y avoir un procès alors ?
- Je suis allé voir Bradley sitôt reçu sa lettre d'instance Terry, j'ai négocié avec lui et il a renoncé à défendre ton demi-frère.
- Il a renoncé par sympathie pour toi ?
Anthony vit le sourire en coin de Terry, il plaisantait bien sûr, il savait bien que Bradley n'avait pas apprécié la démission d'Anthony même s'il ignorait les détails. L'avocat n'avait pas l'intention de mentir ou trafiquer la vérité de toute façon et il lui avoua :
- Non Terry, il a renoncé parce qu'il n'avait pas le choix, je ne suis pas parti de chez lui les mains vides, je me suis dit que ça pouvait être utile d'emporter un dossier un peu embarrassant pour lui.
- Tu l'as fait chanter ?
- On peut dire ça ainsi Terry, moi je le vois autrement, j'ai juste retourné la menace contre lui, je ne le dénoncerai pas s'il respecte le deal. Par contre, je ne sais pas si le duc a renoncé, l'avenir le dira.
Terry prit un air grave, il se releva et alluma une cigarette puis se posta à nouveau face au cadre du diplôme de l'avocat et dit :
- Tu sais Anthony, je n'aime pas beaucoup la fin de ton histoire ; le début était acceptable, tu as pris l'initiative de rappeler nos lois au duc car James s'est affolé, d'accord, je l'aurais fait moi même si j'avais été là ; tu es aussi mon avocat, l'avocat de la famille, c'était correct. Par contre, je n'aurais jamais accepté que tu utilises le chantage même uniquement par menace sans la mettre en pratique pour m'éviter un procès qui en plus d'après toi ne risque pas d'être perdu ! Alors pourquoi en arriver là si la loi est en ma faveur, dis-moi maître Brown ?
Anthony pâlit en recevant le regard de Terry dans le sien, il s'était retourné sur lui pour cette dernière phrase et il y décela de la déception.
- Je connais bien John Bradley Terry, il m'avait écrit qu'il allait récupérer ton héritage par tous les moyens alors je n'ai pas voulu prendre de risques.
- Ce n'était pas à toi de décider de les prendre ou pas Anthony mais à moi !
- Je sais mais je ne pouvais pas te consulter alors j'ai pris cette décision en sachant qu'elle pourrait te déplaire. Parfois il faut savoir décider de protéger les siens malgré eux et au risque de se faire mal voir. J'assume Terry, Bradley est un avocat cupide et un sale type, je ne me sens pas fourbe d'avoir utilisé la menace, je crois que parfois il faut faire passer les gens qu'on aime avant ses principes et les morales, voilà ce que je crois ! Tu n'es pas d'accord ?
L'acteur le fixa quelques secondes sans rien dire, impressionné par ses arguments et sa franchise. Puis il écrasa son mégot dans le cendrier et admit :
- Oui je suis d'accord Anthony, pour sauver les gens que j'aime, je renoncerai aussi à ma fierté, mes principes, ma liberté mais je ne pense pas que je risquais assez pour que tu ailles aussi loin déjà. Mais… si je préférais choisir mes principes en t'en voulant d'avoir trop craint pour moi et trop voulu me sauver de la ruine, ce serait bien minable et pas digne d'un ami comme toi alors… j'accepte ta méthode et ne te la reprocherai plus. Merci plutôt, oui, merci Anthony.
- Merci à toi Terry, je n'ai pas tant réfléchi en fait, mon instinct m'a dit de le faire, je ne sais pas si c'est plus la peur qui a parlé mais je ne regrette pas non. Mais si le duc s'entête, que veux-tu décider ?
- S'il s'entête, tu me défendras au tribunal Anthony, je te laisse carte blanche, je n'ai pas envie de rembourser l'héritage de mon père, je sais bien qu'il n'aurait pas aimé que je l'utilise pour créer une clinique à Harlem mais je sais qu'il ne me le réclamerait pas même en le sachant. De toute façon, je n'ai plus cet argent et j'aurais du mal à le trouver, à moins de vendre la maison. Mais je n'imagine même pas le faire, Candy perdre sa maison du bonheur ! Non, même pas en rêve !
- Ça n'arrivera jamais Terry, je te remercie de me faire confiance.
Terry sourit puis revint s'asseoir.
- Bon, on va clore ce sujet maintenant. Je voudrais te demander un autre aveu, un plus agréable, ton secret sur la rose bleue que tu m'as offerte pour la dernière de Cyrano ? Est-ce le bon moment ?
- Je crois que oui Terry, je me sens soulagé et rien de mieux que de t'offrir ce petit secret pour poursuivre. Quand j'étais enfant, en regardant ma mère soigner ses roses et m'y découvrant la même passion, je lui ai demandé pourquoi il n'y avait pas de roses bleues dans le jardin. Elle m'a dit que le bleu n'existe en effet pas pour les roses car il est réservé aux yeux des gens les plus emplis de rêves et d'envies de les réaliser car c'est la couleur du ciel et de la mer. Mais comme elle a voulu me faire plaisir, elle m'a dit qu'on pouvait par contre transformer une rose blanche en rose bleue en la colorant de teinture naturelle. Elle m'a crée une rose bleue et m'a dit de la garder précieusement une fois séchée car la rose bleue évoque le mystère, l'atteinte de l'impossible, la patience, l'espoir éternel ou la pureté d'un amour impossible. On croit qu'elle est capable d'apporter la jeunesse à celui qui la détient ou de réaliser ses vœux. Alors, quand tu m'as demandé de faire pousser des Tendre Candy chez toi, j'ai eu l'idée d'en garder une pour la transformer aussi en rose bleue et te l'offrir car tu as montré de l'intérêt pour elles et ma mère m'a dit que si quelqu'un a l'esprit des roses, il mérite un cadeau d'elles. Voilà Terry, c'était mon secret de la rose bleue, j'ai toujours la mienne, j'ai oublié un peu son pouvoir quelques temps mais aujourd'hui j'ai bien l'intention de faire un jardin digne d'elles et de ma famille, j'ai déjà fait plusieurs greffes et espère qu'au printemps prochain, une belle rose couleur rouge rubis naisse dans mon nouveau jardin idéal.
- Quels magnifiques histoire et projet ! fit Terry très ému.
- Oui et un projet qui en amènera d'autres. J'ai des tas d'idées en tête maintenant vu que nous agrandissons notre famille très rapidement.
- Oui c'était inespéré il y a un an seulement mais le destin nous a gâté.
- Et toi, quels projets maintenant ?
- Pour le théâtre ? En fait, on a vu une pièce comique à Paris qui m'a donné très envie de la monter ici après l'avoir traduite. C'est une pièce qui s'appelle en français « La puce à l'oreille » de Georges Feydeau. Tu connais ?
- Non. Mais ce serait une bonne idée de jouer un rôle comique, je sais que tu as ce talent aussi de faire rire, tu peux tout jouer.
- Eh bien merci mais attend de voir. En fait dans cette pièce je devrais jouer deux rôles : un mari prêt à être infidèle et son sosie, un ivrogne simple d'esprit. L'acteur qui le jouait à Paris était génial, il se changeait à une vitesse incroyable, c'est une performance physique et mentale que j'aimerais tenter.
- Alors tente-la Terry !
- Je vais pour commencer, tenter de traduire le texte, j'aurais sans doute besoin de ton aide.
- Avec plaisir ! Je vais vite la lire si tu me prêtes un ouvrage. Un ivrogne idiot et un mari volage, que des rôles de composition alors !
- Disons à moitié alors ! Ivrogne et idiot, ça me parle un peu !
- Mais pas le mari volage !
- Non ça ne risque pas ! Je te donnerai le livret de la pièce bientôt. Au fait, tu as des nouvelles d'Emma et Philippe ? J'ai essayé de les appeler depuis deux jours mais pas de réponse.
- Eh bien, la dernière fois que Dothy a appelé Philippe, il lui a dit qu'il allait passer les fêtes à Miami avec Emma, il y sont sûrement encore.
- Ah ! Je suis rassuré alors. Ça a l'air de marcher leur couple donc ?
- Ça a l'air oui, incroyable même pour toi non ?
- J'avoue que Philippe m'a donné une belle leçon de tolérance, je ne pourrais pas en faire autant non.
- Moi non plus mais Candy et Dothy ne pourraient faire le métier d'Emma non plus. Il faut occulter que le sexe est toujours un acte d'amour et de plaisir en fait, Emma sait le faire mais Philippe a du mérite de le savoir aussi. Et puis… il y a les risques de maladie ou de grossesse, c'est compliqué quand même.
- Emma est stérile en fait, elle est née sans utérus et c'est aussi une raison qui m'a fait accepter ses services, je craignais trop une paternité non voulue. Je te le dis bien que je ne devrais pas mais tu le garderas pour toi.
- C'est certain Terry. Mais je comprend mieux Emma maintenant, elle est amputée elle aussi de pouvoir être mère et a dû se sentir plus libre de faire de son corps un commerce, elle n'a aucun risque ni choix de changer pour un enfant. Et Philippe le sait à cette heure tu crois ?
- Oui je pense car Emma est du genre très honnête, la preuve elle me l'a dit à moi pour que je n'aie pas peur de ce risque en plus de m'aider à compenser mes manques affectifs. Emma est aussi droite que Candy pour ça, Philippe a encore plus de mérite donc car je ne crois pas qu'il avait décidé de ne jamais avoir d'enfants. Enfin on n'a jamais parlé de ça mais je ne vois pas pourquoi il n'en voudrait jamais.
- Alors en effet, il l'aime de façon admirable. Bon, ce n'est pas que je m'ennuie Terry mais j'ai un rendez-vous dans cinq minutes pour de l'assistance administrative, je dois te chasser maintenant.
- Je me sauve, je dois aussi aller voir mon producteur puis faire quelques courses. Candy n'est pas en forme les matins mais les après-midi ça va alors elle veut qu'on aille se promener à cheval vu qu'il n'y a pas encore de neige et qu'il ne fait pas trop froid.
- Tu crois que c'est prudent qu'elle monte à cheval maintenant ?
- Elle m'a juré qu'elle ne risquait rien, on ne fera que du trot, j'y veillerai. Tu sais que je ne la laisserai pas prendre de risques pour le bébé, promis !
- Oui je m'en doute Terry, elle non plus, elle l'a assez espéré ce petit ange. Bon, on se voit demain ?
- Oui à demain chez toi, bonne fin de journée mon ami, travaille bien !
- Je vais essayer, bonne balade à cheval !
-OOOoOOO-
Le lendemain était le dernier jour de l'année 1919. Terry et Candy arrivèrent chez les Brown à quinze heures. Ils comptaient bien achever cette bouleversante année ensemble et fêter les 12 coups de minuit au tintement des coupes de champagne. Dothy avait voulu que ce changement d'année ait lieu chez elle car symboliquement sa maison avait une grande importance dans les souvenirs de son couple idéal qu'elle avait reformé ici mais aussi parce que ce serait plus simple vu qu'Anthony devait plaider au tribunal à quinze heures et rentrerait ainsi tard à la maison. Terry avait déposé Candy chez les Brown puis était reparti chercher les huîtres et la langouste chez le poissonnier. Quand il en sortit avec sa caisse pleine, il vit qu'il commençait à neiger à gros flocons. Il se dépêcha donc de ramener son chargement à destination avant que la route ne soit trop glissante. Il arriva sans encombres mais à peine entré, Dothy lui dit qu'Anthony venait d'appeler, sa voiture refusait de démarrer, il était à Harlem et aucun taxi ne pouvait venir avant une heure. Terry repartit donc pour Harlem chercher Anthony. Il mit le double de temps car le pare-brise s'emplissait plus vite de neige que le balai d'essuie-glace ne l'enlevait, la visibilité était donc mauvaise et il valait mieux arriver lentement mais sûrement. Une fois garé comme il put, il monta au cabinet de l'avocat étant donné qu'il n'était pas en bas mais le trouva clos. Il redescendit donc l'escalier de l'immeuble et le chercha en bas. Mais il n'y avait personne, les bureaux étaient aussi fermés et Terry pensa qu'un taxi avait alors dû venir plus tôt que prévu et emmenait à cette heure Anthony chez lui. Il repartit donc vers son automobile sous les flocons encore plus nombreux. Son pare-brise en était empli d'une bonne couche, il le balaya de la manche puis s'engouffra dans sa voiture et s'essuya aussi les cheveux et le visage de ses mains froides. Il allait tourner la clef de contact quand quelque chose l'empêcha, il vit une lueur furtive dans le bureau d'Anthony, il y avait quelqu'un. Il ressortit et rentra à nouveau dans l'immeuble et grimpa quatre à quatre les escaliers. Il allait tambouriner à la porte quand il huma une odeur de pétrole qui l'inquiéta fortement. Il sentit en lui qu'un grand danger menaçait et qu'il fallait réfléchir avant d'agir. Il mit son oreille sur la serrure, il perçut des bruits de piétinements et de quelque chose qu'on traînait au sol. Il ressentit alors un froid dans son cœur, imaginant que c'était un corps qu'on traînait et donc le corps d'Anthony. L'odeur de pétrole s'accrut, Terry eut la forte intuition que c'était pour mettre le feu au bureau avec tout ce qu'il contenait y compris Anthony. Il ne réfléchit donc plus, il n'avait plus le temps, il devait agir maintenant et ne pas rater son coup. Il recula alors, s'emplit de toute la haine qu'il ressentit en imaginant le pire à son presque frère et canalisa toute sa force en se ruant contre la porte pour la défoncer. Il réussit, sentit son épaule fracturer serrure et montant de porte sans savoir si les craquements n'étaient que dans le bois. Heureusement, cette porte n'était pas très solide et un coup de pied finit de l'ouvrir en grand. Terry vit alors un type lui foncer dessus, il réagit aussitôt et lui envoya une gauche en pleine mâchoire. L'homme tituba un peu mais pas assez, Terry savait sa gauche plus faible mais son épaule droite lui faisait mal. Il vit l'homme lancer son poing droit vers lui et lui envoya un grand coup de pied dans la jambe, le type lâcha un gémissement et se ploya à genoux. Terry lui sauta alors dessus, ils roulèrent, l'homme lui serra la gorge, sa poigne était solide, le gars était lourd mais Terry se dégagea d'un coup de rein, sa souplesse l'avantageait. Mais il n'avait pas prévu que l'homme allait sortit une arme de sa poche, il pointa un revolver sur lui et l'avertit :
- Tu vas devoir crever ici l'ami, ça t'apprendra à te mêler de tes affaires !
- Puis-je savoir au moins pourquoi vous faites ça ? Je n'aime pas l'idée de mourir sans en savoir la raison!
- Je peux t'accorder ce dernier vœu mon gars, tu vas crever car tu es venu m'empêcher de finir mon contrat, tuer cet avocat véreux et foutre le feu à ce bureau pour détruire tout ce qu'il contient.
- C'est un meurtre alors ! Et qui a commandité pareil crime ?
- Tu en demandes trop mon gars !
- Puisque je vais mourir aussi, je ne risque pas de propager votre secret !
- C'est vrai, après tout je m'en fiche ! C'est un autre avocat qui paie pour tuer son collègue qui le fait chanter, c'est tout ce que je sais !
« Bradley ! pensa Terry. Anthony va mourir car Bradley n'a pas supporté son chantage, il craint que les preuves de sa malhonnêteté ne soient un jour dévoilées ! Et Anthony a fait ça… pour m'éviter à moi un procès et le risque de perdre ma maison ! »
- Et si je vous donnais le double que votre client vous a offert pour ne pas nous tuer ?
- Désolé mon gars mais je ne peux pas retourner ma veste maintenant, trop dangereux dans mon métier ! Non, vous allez mourir tous les deux, c'est comme ça !
Terry vit l'homme le viser au cœur, enclencher le chargeur, il se dit que le destin avait décidé que le bonheur avait assez duré pour lui et Anthony, ça avait été court mais intense. Pourtant, l'idée de ne jamais voir son enfant naître et la peine immense de Candy et Dothy étaient insupportable.
- Vous savez, on a toujours le choix de changer son destin, sauver deux vies vous apporterait plus d'avantages que d'inconvénients, je vous le jure, réfléchissez encore !
- Tu cherches à gagner du temps mon gars, tu as dû prévenir les flics, c'est ça ? Ils arrivent ?
- Non, il neige tellement que même si je les avais prévenus, ils n'arriveraient pas avant longtemps ! Mais je n'ai pas pensé à les appeler, personne ne sait rien, je suis le seul à savoir avec mon ami et je vous jure sur mon honneur que ni lui ni moi ne vous trahirons si vous nous épargnez.
- Tu oublies Bradley mon gars, lui ne m'épargnera pas si je le trahis, il a des amis dangereux et influents !
Terry allait encore insister mais il sentit derrière l'homme un bras bouger, il n'avait pas encore vu que cette forme sombre dans la pièce juste éclairée d'une lampe torche posée sur le bureau, était le corps d'Anthony. Il était encore vivant, il se sentit soulagé mais en voyant le doigt du type appuyer sur la gâchette de son revolver, il se dit que ce n'était que pour un cours laps de temps. Pourtant, il sentit un rayon de tiédeur lui traverser le cœur et en voyant le bras tenir quelque chose dans sa main, il comprit ce qu'il devait faire. Il avança vers l'homme et lui dit :
- Sais-tu que le destin arrive quand on y croit très fort mon gars ?
Le type ricana puis tira à bout portant face à Terry plus qu'à deux mètres de lui. Le coup partit mais Terry avait eu le temps de s'écarter alors que le bras d'Anthony s'abattit sur la tête de l'homme qui fut assommé et tomba car la main de son ami était armée d'une boite de verre épais contenant une rose séchée couleur bleue nuit.
- Bon sang, c'est vrai que ce destin est sacrément bien fait ! dit alors son propriétaire en soupirant de soulagement.
Terry fonça vite ramasser le revolver, puis partit sur Anthony à moitié relevé, il l'aida à se déplier entièrement puis lui demanda :
- Tu n'as rien Anthony, c'est vrai ?
- A part une bosse à la tête vu qu'il m'a aussi assommé avant avec un coup de poing, non ça va je crois. Je n'ai donc fait que lui rendre ce qu'il m'a donné et je sais encore plus maintenant comme la rose bleue porte bonheur ! Et toi Terry, ça va ? Tu as pris un gros risque aussi ?
- Oui mais mon intuition m'a dit que je pouvais en te voyant bouger. Mais je peux remercier aussi Cyrano, mon prof d'escrime m'a appris à esquiver, c'est utile.
- Tu m'as sauvé la vie mon merveilleux ami, sans toi je brûlerais en enfer ou ailleurs !
Terry sourit, l'humour cynique d'Anthony le ramena à ce qu'ils avaient évité.
- Oui mais je suis maintenant certain que tu m'as sauvé de pire que la ruine avec Bradley, je crois qu'il faut qu'on se débarrasse maintenant entièrement de cet avocat véreux, et pour nous et pour la ville.
- J'ai des preuves de corruption le concernant en effet mais je n'avais pas les moyens de l'envoyer longtemps en prison, cette fois je crois que je peux et je le ferai pour le bien de tous, je te le promets. Je vais appeler la police, j'ai rencontré récemment un commissaire incorruptible qui ne refusera pas de venir malgré la neige, il s'appelle Théodore Rogers.
- Je vais attacher le type en attendant, en espérant que tu ne l'as pas envoyé en enfer avant l'heure ! Non, ça va, il respire, précisa Terry une fois vérifié.
Il lui fouilla aussi les poches et sortit un portefeuille en cuir. A l'intérieur, il y avait quelques billets, des tickets de métro, un bulletin de pari de course de chevaux, une carte d'adhérent à un club de golf.
- Le club des gentlemen dans le Queens , fit Terry tout haut.
- Tiens, Bradley y va souvent à ce golf, il m'avait même invité à y aller un dimanche sans ma femme, en me disant que c'était le seul sport encore pour moi et qu'on rencontrait toujours des gens utiles dans un club de golf.
Anthony avait demandé un numéro au téléphone, le temps de ce constat et son interlocuteur répondit.
- Allô commissaire Rogers ? Ici Anthony Brown, l'avocat du jeune noir accusé à tort de vol, vous vous souvenez ? Oui, tant mieux, vous savez que je viens d'échapper à une tentative de meurtre ! Non, sans rire, je ne dois la vie qu'à mon cousin et ami qui était venu me chercher à mon bureau car ma voiture est en panne. Tiens d'ailleurs, c'est sûrement mon agresseur qui a dû la trafiquer car elle marchait très bien jusqu'ici. Non, elle n'est pas si vieille, elle est juste bosselée mais… bon on verra à l'expertise mais croyez-moi, c'est du lourd, ce n'est pas une agression pour me voler mais bien m'assassiner et qui est commanditée par mon ancien patron, John Bradley. Oui j'ai des preuves commissaire, mon agresseur a tout déballé, il est ici ficelé par mon ami, et j'ai aussi des preuves écrites de corruption sur Bradley. Oui c'est une affaire qui risque de faire grand bruit en effet, Bradley est considéré comme le meilleur avocat de la ville et n'a jamais été soupçonné, seulement il a voulu me tuer car j'en sais trop, vous voyez le genre. Oui, Bradley a des amis haut placés mais ils le lâcheront vite vu mes preuves, je n'ai pas peur non, et vous ? Alors c'est parfait commissaire, à nous deux nous allons faire un peu de ménage dans cette ville ! Oui je vous attend, vous connaissez l'adresse !
Terry sourit, le regard de l'avocat avait brillé à l'idée de nettoyer la ville de sa crasse, il le sentait bien capable de devenir ce grand avocat qu'il ambitionnait en arrivant à New York, un avocat incorruptible et toujours du côté des victimes.
- Appelle quand même aussi nos épouses que nous serons en retard, maître, lui dit-il ensuite le voyant rêveur.
- Oui tu as raison mais est-ce que je leur dis tout cela maintenant ?
- Non, seulement qu'on attend quelqu'un avant de partir, pas la peine de les inquiéter de plus, on leur dira le reste demain.
- Je crois qu'on va se faire engueuler de toute façon, moi pour mon chantage, toi pour avoir pris le risque de te faire tirer dessus, autant laisser passer le réveillon, ça gâcherait tout.
- Oui demain sera un autre jour, un autre mois, une autre année. 1920 ! Le septième anniversaire de ma rencontre avec Candy, ce ne peut-être qu'une bonne année !
-OOOoOOO-
Il était vingt heures quand ils purent quitter Harlem, le commissaire ayant embarqué le tueur à gage à son commissariat et la plainte déposée avec les preuves contre Bradley. La neige n'avait pas cessé de tomber tout ce temps et Terry dut d'abord pelleter devant sa voiture pour réussir à la faire partir. Il roula très lentement, ils finirent par arriver à la maison de Dothy à vingt et une heure trente. Au vu des têtes déconfites des deux femmes, les hommes préférèrent leur dire l'entière vérité, elles pâlirent souvent pendant le récit puis remercièrent aussi toutes deux le destin d'avoir protégé encore leur carré idéal.
Et donc lorsque les douze coups de minuit sonnèrent, quatre coupes tintinnabulèrent en se cognant entre elles et on entendit dans la salle à manger tiède alors que la neige tombait toujours :
« A 1920, que le destin nous permette de garder tout ce que nous avions rêvé dans nos années de solitude, de tristesse et de doutes : une famille prospère, l'amour et l'amitié à profusion et la liberté de pouvoir aider tous ceux qui en ont moins que nous !
Et souvenons-nous toujours que les rêves peuvent exister si on y croit très fort ! »
Fin du chapitre 25
