A WALK IN THE WOODS


J'ai mal à la tête… je suis menottée à un… un poteau ? Oh mais où suis-je bon sang ! C'est pas possible on dirait une… une cave et… et il fait noir… je crois qu'il fait jour mais…


La trappe s'ouvrit et un homme descendit des escaliers. Robin, étant éblouie par le soleil, ne voyait pas le visage de la personne qui arrivait dans sa direction. Puis, plus il descendait les marches, plus on arrivait à reconnaître Zoro. Ses cheveux verts, ses muscles saillants, sa grande taille, ses formes… Robin l'avait deviné :

« Robin, comment vas-tu ?

- Relâche moi !

- Tu sais, ça ne sert à rien de t'énerver comme ça. Ça finira comme la première fois…

- Mais de quoi tu parles enfin ?!

- Mon amour, à chaque fois que tu t'emportes comme hier, ça tourne mal. Tu ne veux jamais admettre que tu es fautive en plus. Avoue-le qu'on en finisse.

- Mais je n'ai rien fait et tu n'as pas le droit de me faire ça !

- C'est fou tu avais dit la même chose la dernière fois.

- Mais de quoi tu parles ?!

- C'est vrai que tu avais un peu perdue connaissance… bon eh ben je vais te raconter.

- Tu veux pas me détacher d'abord ?

- Nan, bien-sûr que nan ! Il faut encore que tu réfléchisses à tes actes. Enfin bon, je vais commencer. »


Zoro avait pris une caisse et s'était assis dessus pour commencer son récit confortablement :

« Il y a environ trois semaines, tu étais venue me voir au chalet, mais on s'était un peu disputé et tu es partie dans la forêt. Alors au début je me suis dit que j'allais te laisser te calmer seule, mais quand j'ai vu qu'il commençait à y avoir une tempête, je suis venue te voir mais tu étais toujours énervée. Je n'ai donc pas eu d'autres choix que de t'asséner un coup pour te ramener au chalet. »

Robin réfléchit un instant… et puis elle comprit.

« Attend… ça veut dire que… ce jour dans… dans la forêt…il a existé… c'était vrai...tu... l'ombre, la tempête, le coup… tout ! C'était toi ! Tu… tu es l'ombre !

- Eh oui ! Mais ce n'est pas grave mon amour tu…

- Ne m'appelle pas comme ça ! Je ne suis pas ton amour ! Je ne suis rien pour toi ! Et tu n'es rien pour moi !

- Détend toi… comme tu disais dans le tome deux de « Le Siècle Oublié », à la page 96, « la vie est un puzzle qu'il faut reconstituer ».

- Tu as lu mes livres ? Mais… mais tu… t'es un psychopathe ! Je vais t'envoyer en prison ! T'es juste un fan attardé !

- Je suis ton mari et donc ton plus grand fan ! En tant qu'écrivaine tu es connue dans le monde entier et tu as des milliers de fans qui sont capables de faire n'importe quoi pour toi !

- Où est-ce que tu veux en venir ?!

- Tu sais je t'aime plus que tout mais au cours de toutes ses séances de dédicaces j'ai remarqué que tu ne te préoccupais pas vraiment de tes lecteurs.

- Mais je ne comprends rien à ce que tu racontes ! Tu n'es qu'un fan psychopathe qui s'invente une vie ! Zoro relâche moi avant que ce ne soit pire !

- Et qu'est-ce qui va être pire ? Notre relation ?!

- Mais tu ne comprends pas qu'il n'y a RIEN entre nous ! »


Zoro s'énerva, on le voyait à la veine qui apparu sur son front. Il se leva, remit la caisse qu'il avait pris à sa place et regarda Robin avec un regard noir :

« Tu vas réfléchir à tes paroles une bonne fois pour toutes, avant que je n'opte pour une solution plus efficace !

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?! »


Zoro n'écoutait même plus Robin. Il remontait les escaliers, lentement. Et elle, elle criait, elle hurlait, l'implorait de la laisser partir. Mais lui, il avait un large sourire sur le visage qui l'empêchait de se retourner.

Qu'est-ce que je vais faire moi…? Et qu'est-ce qu'il va me faire aussi… Il ne faut pas que je le pousse trop à bout. Il n'a pas hésité à me frapper au crâne à plusieurs reprises alors il peut aller plus loin même si il prétend m'aimer. Quoiqu'il arrive je veux des réponses à mes questions : il faut que j'élabore un plan !


Quelques heures plus tard, Zoro était revenu voir Robin avec un plateau entre les mains. C'était un plateau de fruit de mer.

Robin, elle, était tant bien que mal allongée sur le sol car elle était épuisée.


« Regarde ce que je t'ai apporté ! Tu l'as bien mérité !

- Zoro…

- Oui mon cœur ?

- Tu vas me relâcher ? »

Ce dernier eut un petit sourire en coin et caressa l'humide joue droite de Robin du bout de ses doigts.

« S'il te plaît… Zoro…

- Je ne te garde pas prisonnière tu sais, je te garde à mes côtés. C'est différent.

- Mais peut-être que je n'en ai pas envie, tu sais…

- Ce n'est pas grave.

- Tu comptes me garder à tes côtés toute ta vie même si je ne serai pas heureuse ?

- Ne t'inquiète pas, je te rendrai heureuse.

- Parle moi de nous. »

Zoro regarda la jeune femme d'un œil insistant, comme s'il attendait des précisons :

« Ben quoi ? Je ne me souviens de rien sur nous. Comment on s'est rencontré, qu'est-ce que je faisais dans la forêt, pourquoi est-ce qu'on s'est disputé… s'il faut que je passe ma vie avec toi, mieux vaut que je connaisse notre histoire. »

Zoro était étonné, mais ne le montrait pas. Il prit la tête de Robin et la déposa sur ses cuisses. Il touchait ses cheveux et commença son récit :

« Je t'ai connu il y a cinq ans environ. Je devais avoir dix-sept ans et je cherchais un roman historique à présenter à ma classe. Je n'en trouvais pas et la librairie dans laquelle je me trouvais était vraiment déprimante. Comme je n'avais rien trouvé, j'avais décidé de sortir et je t'ai croisé…

- Tu m'as croisé ?

- Chut ! Ne dit rien et écoute moi. Comme je te l'ai dit, je t'ai croisé. Tu étais entourée de plusieurs garde du corps et tu allais en séance de dédicaces. Je te voyais le visage las, la tête baissée, les lunettes de soleil de marque sur ton nez et une belle capeline noire qui couvrait ton crâne. Tu avais l'air… tellement prétentieuse ! Tu dégageais tellement d'orgueil que le personnage que tu étais m'intriguait. J'ai donc décidé d'assister à ta séance de dédicace. J'étais assis dans un coin, sur des escaliers, et t'observais signer ces livres les uns après les autres. Tu ne souriais même pas à tes lecteurs, tu les regardais à peine et tu ne prenais même pas le temps de les remercier. Et tu sais, la chose qui m'étonnais le plus, c'était que tes fans n'avaient même pas l'air de t'en vouloir. Pendant une bonne heure j'ai regardé leur expression du visage, puis la tienne, la leur, puis la tienne… et c'était pareil à chaque fois : tout le monde souriait, respirait la joie de vivre, mais toi… tu étais là, avec tes lunettes de soleil, à dire « au suivant ! » comme si c'était des machines. Tu n'avais juste aucun plaisir à les voir. Pourtant c'est grâce à eux que tu en es là ! Alors j'ai décidé d'essayer. Je me suis acheté ton livre, et j'ai fait la queue. J'ai attendu cette dédicace alors que je ne connaissais même pas ton nom avant d'avoir ton livre entre les mains. Mais comme je m'étais rajouté à la fin de la queue et qu'il était déjà 19h, un garde du corps m'a dit que c'était trop tard. J'ai insisté, lui demandant de me laisser faire la queue mais il a bien refusé. Alors j'ai tenté le tout pour le tout en m'adressant directement à toi, ma chère femme. Malheureusement, tu avais encore très peu de considération pour moi à l'époque, alors tu as continué à ranger tes affaires et tu as demandé à ce que l'on m'évacue. Pour un habitué de tes bouquins, ça n'aurait pas été de grande importance, mais pour moi… c'était du déshonneur ! J'essayais de comprendre ton personnage, tu m'intriguais. Alors j'ai quand même acheté ton livre, je suis rentré chez moi et est passé ma nuit à le lire. Je n'avait pas dormi et le lendemain n'étais pas allé en cours. Pourquoi ? Tout simplement pour en apprendre plus sur toi. J'ai fait toutes les recherches possible ! Ton enfance, tes études, ton parcours, ta famille, tes interviews, tous tes livres, des reportages, tes réseaux sociaux, tes shooting-photos… absolument tout ce qui était sur la toile. Ensuite je suis allé acheter tes autres livres, et j'ai passé mes journées enfermé dans ma chambre à les lire. Mais tu vois, je ne les lisais pas parce qu'il m'intéressait mais parce que j'essayais de te comprendre. Je n'arrivais toujours pas à trouver qui tu étais. Tu avais un caractère différent et tu te croyais au dessus des autres… mais il manquait quelque chose. Il y avait une de tes facettes que je n'avais pas découvert. Je me suis donc dit que j'allais essayer autre chose. Ça ne suffisait pas d'être ton fan pour apprendre à te connaître complétement donc je me suis dit que j'allais passer à une étape supérieur : devenir un proche. Pendant des années j'ai économisé pour engager des détectives. Ils ont recherché ton adresse pour moi et ça n'a pas été très compliqué pour eux. Après ça, je me suis informé sur tes proches : qui est-ce que tu côtoyais, qui est-ce que tu voyais le plus souvent, à qui tu tenais le plus… et puis avec un hackeur professionnel on t'a envoyé un mail sous le nom de ta maison d'édition, te demandant d'aller dans mon chalet... »

Mais oui… ça me revient maintenant…

« Tu es venue mais ne voyant personne à part moi tu as vite décidé de rentrer chez toi. J'ai essayé de te retenir, de te calmer, mais tu n'as rien voulu entendre ! Et il me manquait toujours cette partie de ta personnalité... j'avais besoin de te garder avec moi un peu plus longtemps donc je t'ai suivi dans la forêt. Je t'appelai, je criais ton nom, mais tu ne me répondais pas. En plus il commençait à pleuvoir, il y avait de la boue partout… et ces orages… Plus tard je t'ai aperçu à terre alors j'en ai profité pour t'assommer avec une bûche de bois humide et te ramener au chalet sans que tu essayes de résister. Le lendemain je t'avais conduit chez toi et t'avais délicatement déposé sur ton sofa. En rentrant au chalet, je cherchais déjà une nouvelle manière de t'aborder, de te rencontrer… mais je n'ai pas eu à le faire, tu es toi-même venue me retrouver dans la forêt. L'opportunité était si grande que… Robin ? »

Robin s'était endormie sur la jambe de Zoro. Il se retira délicatement, arrangea le corps de la jeune femme toujours menottée, laissa le plats de fruits de mers près d'elle, déposa un baiser sur sa joue et s'en alla.


Il est parti ? Très bien, je dois passer à l'action !