Salut à tous !

Voici le chapitre 2 corrigé et réécrit ! Ce n'est pas encore tout à fait ça, mais c'est déjà un peu plus cohérent et au niveau de ce que j'écris maintenant.

Ca va prendre du temps mais je compte bien réécrire tous les chapitres afin que l'ensemble soit plus homogène.
Bonne lecture ou relecture ! ^^


Chapitre 2 : Quatre Hobbits et un Cavalier Noir… non, trois Cavaliers Noirs.

Concerts de cris et de gémissements. Le monde tournait, tournait, tournait encore, alors que la chute semblait ne pas avoir de fin. Le bas devenait le haut, le haut le bas. Tout était flou, maelstrom de couleurs et d'images, de sensations confuses et indistinctes. Un coup par-ci, un autre par-là. La douleur se fit sentir.

Et tout à coup, le choc. Rude et brutal, qui freina net la dégringolade. Le monde redevint stable mais était encore sens dessus-dessous.

- Ouf, c'était moins une…

Pérégrin Touque soupira de soulagement à la vue de l'énorme bouse qui lui faisait front, et dans laquelle il avait manqué tomber face la première. Les corps qui l'écrasaient et le plaquaient à terre remuèrent sur son dos et un gémissement s'éleva.

- Je crois que je me suis cassé quelque chose…

Dans un geste douloureux, Meriadoc Brandebouc se tordit en grimaçant, juste assez pour libérer son bras de dessous-lui. Dans sa main, une carotte effectivement brisée. Quel dommage, mais la perte restait minime et préférable à une côté ou un bras fracturé.

D'une secousse, il fut repoussé et tomba sur les fesses. Sam Gamegie, groggy et quelque peu sonné, se redressa tant bien que mal, crachant une touffe d'herbes attrapée au passage et coincée entre ses lèvres. Se secouant, il remit sur ses épaules le lourd sac de voyage qui lui pesait sur le dos et essaya de déplacer les lanières qui lui mordaient les épaules. Par bonheur, la corde de saucisses qui en dépassait était intacte. Quelle misère c'eut-été si, par la faute de ces deux catastrophes ambulantes, ils avaient perdu une partie de leurs vivres ! Le chemin était encore long, et ils ne pouvaient se permettre de gâcher de la nourriture !

- Fiez-vous à un Brandebouc et un Touque ! grommela-t-il en s'époussetant, frottant ses manches pour en retirer la poussière.

- Pardon ? Ce n'était qu'un détour, un raccourci, contra Merry en s'asseyant.

- Un raccourci pour où ?

Les deux Hobbits continuèrent de se chamailler, sans aucune considération pour le pauvre Pippin sur lequel ils étaient assis. Péniblement, Frodon Sacquet se releva, les considérant tous les trois d'un œil amusé, avant que son regard ne se pose autour d'eux. Ils avaient atterri sur un chemin suffisamment large pour qu'une petite carriole puisse y circuler sans soucis, malgré son aspect irrégulier et légèrement en pente. L'herbe n'y poussait pas, seules les feuilles mortes et les brindilles recouvraient partiellement la terre tassée par le passage.

- Des Champignons ! s'exclama brusquement Pippin.

Il repoussa les deux Semi-Hommes assis sur lui, se redressant vivement pour se précipiter sur cette merveilleuse découverte. Il fut aussitôt rejoint par Sam et Merry, et ce fut dans la bonne humeur retrouvée que tous récoltèrent leur butin, l'enfournant dans un sac de toile.

Frodon fit quelque pas à l'écart, son regard critique se perdant vers l'une des extrémités du chemin : ils étaient sur la route, que Gandalf leur avait formellement déconseillé de prendre.

- Nous devrions quitter la route, leur dit-il en revenant.

Peine perdue. Ils étaient bien trop occupés à cueillir les champignons, trop insouciants pour se préoccuper de ce détail. Certes, Merry et Pippin n'étaient au courant de rien, mais Sam savait lui.

Découragé, Frodon avisa la percée à travers les arbres que formait le chemin. Et il lui sembla entendre, portée par une brise glacée, une complainte perçante. Dans un tourbillon désordonné, les feuilles mortes de l'automne vinrent lui caresser les pieds, fuyant cette litanie étouffée. Ce râle de mourant amplifié par une peur millénaire. Une peur oubliée, mais qui serra brusquement le cœur du jeune Hobbit. Quelque chose arrivait, venait vers eux, les cherchait. Quelque chose qui ne devait pas les trouver et qu'il craignait sans même savoir de quoi il s'agissait.

- Quittez la route ! Vite !

Sans bien comprendre ce soudain empressement et sans vraiment se soucier du pourquoi, les trois autres Hobbits obéirent. Les poches et les sacs chargés de légumes et de champignons, ils s'écartèrent du chemin, sautant par-dessus les racines d'un vieil arbre qui bordait le sentier, et s'abritèrent dans la cavité formée par cet entremêlement végétal. Frodon les y rejoignit, se terrant dans le renfoncement du mieux qu'il put. À ses côtés, les trois éternels gourmets se disputaient leur récolte dans un chuchotis agacé.

Le jour se fit plus sombre, comme si le ciel s'était brusquement voilé de nuages. Hormis les murmures des Hobbits, il n'y eu plus un son, plus un souffle lorsque soudain, des bruits de sabot résonnèrent au-dessus de leurs têtes. Ils se turent soudain. Merry et Pippin échangèrent des regards intrigués et peu rassurés, tandis que retenant son souffle, Frodon leur faisait signe de ne pas bouger.

Sur la route, les bruits de pas s'arrêtèrent et un cheval renâcla.

Frodon releva les yeux, se tordant légèrement la nuque pour voir, à travers une trouée entre les racines, les sabots de l'animal. Noirs et sales, le plus frappant étaient les clous qui en dépassaient, du sang suintant tout autour en des coulées poisseuses et couvertes de poussières. La bête avait le pelage noir et exhalait un halètement inquiétant, rauque et nerveux.

Le cavalier sauta de selle dans un bruit de métal, ses pieds cuirassés emplissant le champ de vision du Semi-Homme. Une ombre immense les recouvrit, tandis qu'une silhouette encapuchonnée, couverte de hardes tissées dans des voiles de ténèbres, se penchait par-dessus eux. Une main gantée de fer se posa sur une racine à quelques centimètres de la tête de Frodon. L'étrange ombre flaira, à la recherche d'un parfum.

Et plus elle respirait de ce reniflement insistant, plus l'air lui-même devenait malsain. Sam retint tout cri, tout mouvement, lorsqu'une énorme araignée se fraya un chemin sur l'épaule de Merry. Elle fuyait. Autour des quatre Hobbits tétanisés, une foule d'insectes, du cafard aux vers de terre, en passant par le mille-pattes, s'enfuirent en tous sens, aussi loin que possible de cette… cette chose qui humait l'air et en aspirait toute parcelle d'espoir.

Et plus elle aspirait, plus un malaise pernicieux s'insinuait dans l'esprit de Frodon, qui glissa doucement la main dans sa poche, en ressortit l'Anneau et l'approcha de son index. Dangereusement près, dangereusement trop près, tant le souffle de la créature au-dessus de sa tête lui emplissait l'âme et le vidait de sa volonté. Il allait mettre l'Anneau, contre toute prudence, ignorant les conseils de Gandalf, il allait le passer à son doigt.

Le reniflement devint plus intense, plus rapide. Le cheval derrière eux renâcla, frappa le sol de son sabot.

- Frodon ! murmura Sam d'un ton alarmé.

D'un geste vif, il posa sa main sur l'Anneau, le repoussant et extirpant Frodon de son malaise. Il ouvrit brusquement les yeux, comme sortant d'un cauchemar et referma ses doigts autour du bijou.

La créature se figea, à l'affût, comme ayant perdue la trace qu'elle tenait. Merry en profita et lança un morceau de bois au loin, de l'autre côté de la route. Aussitôt, la créature se redressa, sauta en selle et partit au galop dans un sifflement perçant.

La pression retomba soudain, les insectes se calmèrent, et les Semi-Hommes purent enfin respirer librement.

- Qu'est-ce que c'était? souffla Merry, encore sous le choc de cette rencontre.

Personne ne lui répondit. Tous étaient encore trop ébranlés pour cela. Merry se redressa pour jeter un coup d'œil sur le chemin. La voie était libre et la créature avait bien disparu. Mais lorsqu'il se rabaissa…

- Heu, Frodon ? Il y a quelqu'un…

Tous se tournèrent vers lui, horrifiés. Face à l'angoisse qui les étreignit, il ajouta:

- Enfin… il y avait déjà quelqu'un.

Et pour confirmer ses dires, il s'écarta, dévoilant aux yeux des autres, dissimulé au plus profond de la cavité, un corps recroquevillé. Sa peau blanche se détachait doucement des ombres, sa chevelure de neige tombait sur son visage en un rideau où se mêlaient brindilles et branchages.


- Elle se réveille, souffla une voix lointaine.

Mierda… Qu'est-ce qu'il s'était passé ? Elle avait la tête lourde et l'estomac noué. Elle se sentait aussi fraîche qu'après un lendemain de soirée bien arrosé. Mais la gueule de bois carabinée qu'elle se tapait d'habitude ne lui donnait mal que sous la caboche, pas dans tout le corps. Elle avait l'impression que chaque centimètre cube de son corps avait était essoré et passé sous une presse. Elle remua le petit doigt et grogna. En plus de ça, elle était toute engourdie. Des milliers de minuscules fourmis lui couraient sous la peau, faussant son appréciation de ce qu'elle touchait et lui donnant la sensation d'être complètement gourde.

Elle avait été heurtée par un train lancé à toute vapeur ou quoi ?

… Non, pas par un train. Par… par un camion, alors qu'elle traversait la rue, alors qu'elle riait aux éclats avec…

- Sam ! hurla-t-elle en se redressant d'un bond, les yeux grands ouverts.

Mais à se relever trop vite, elle fut prise d'un vertige qui la cloua au sol et recouvra d'un voile de brume le souvenir de l'accident. Elle gémit, tentant de forcer son corps à lui obéir, mais rien n'y fit, elle en était incapable. ¡ Joder ! C'était quoi cette impression de ne pas pouvoir contrôler son corps comme elle le voulait ? C'était comme si elle s'en servait pour la première fois et qu'elle devait s'y habituer. Un peu comme changer de lunettes, fallait toujours un temps d'adaptation. C'était complètement idiot, mais elle ne voyait pas comment décrire autrement ce qu'elle ressentait.

- Sam, tu la connais ? demanda une voix quelque part à sa droite.

Une voix masculine à n'en pas douter, mais une voix douce, à l'accent quelque peu fluet.

- Bien sûr que non, m'sieur Frodon, répondit une autre voix d'homme. À part m'sieur Gandalf, je ne connais aucune Grande-Gens.

… c'était quoi cette façon de parler ? Elle ouvrit définitivement les yeux. Sa vue était brouillée, mais au fur et à mesure qu'elle retrouvait de sa précision, elle vit se dessiner au-dessus d'elle tout un réseau de branchages, un feuillage aux couleurs d'automne qui lui servait d'ombrelle. Qu'est-ce que c'était ça ? Depuis quand il y avait des arbres aussi touffus dans Rennes ?

- Vous allez bien ? Vous m'entendez ? s'enquit la première voix.

Elle laissa tomber sa tête sur le côté droit et se retrouva face à face -enfin en contreplongée- avec un jeune garçon. Ses cheveux bruns bouclés encadraient un visage aux traits fins et délicats, quelques peu souillés par la terre. Délicats certes, mais avec une certaine droiture. L'arrête de son nez était droite et sa mâchoire, bien que juvénile avec son menton à petite fossette, était légèrement carrée. Deux yeux d'un beau bleu la scrutaient. Il avait la peau pâle et les joues rougies par un probable effort.

À côté de lui se tenait un autre garçon, un peu plus replet. Lui aussi avait les cheveux bouclés, mais d'un brun plus clair, presque châtain. Il avait les yeux d'un bleu quelconque, dans un visage potelé, au nez large et aux pommettes rondes et saillantes.

- Mademoiselle ? appela une troisième voix derrière elle.

Elle se retourna tant bien que mal et trouva encore deux autres garçons, qui étrangement, différaient physiquement l'un de l'autre, mais avaient quelque chose de commun, une ressemblance qui rendait la différenciation difficile. Ou alors elle voyait encore trouble.

Oui. L'un était plus jeune et plus petit. Il avait un nez aquilin très fin, et un visage aux traits un peu anguleux. L'autre avait au contraire une face en ovale, un profil plus en courbe.

- Mademoiselle, répéta le premier. Comment vous sentez vous ?

Elle parvint enfin à s'assoir, encore groggy, et jeta un regard aux alentours : des arbres à perte de vue, des fourrés, un tapis de feuilles mortes. Elle était… elle était dans une forêt ?!

- ¡ Mierda ! Qu'est-ce que je fous dans une forêt moi ? bougonna-t-elle en se massant l'arrière du crâne.

Autour d'elle, les quatre garçons se lancèrent des regards interloqués. Elle les contempla longuement, se demandant si elle avait la bévue. Tous les quatre portaient de vieilles redingotes à l'ancienne mode, comme on en voyait plus que dans les films. Et aucun ne portait de chaussure, laissant leurs pieds à la pilosité exceptionnelle à l'air libre. Sans compter qu'ils étaient petits. Très petits, même pour des enfants de leur âge.

- Vous êtes qui ? demanda-t-elle, voyant qu'elle n'aurait pas de réponse à sa première question.

Celui au visage rondouillet parut surpris.

- Et bien… Je … je m'appelle Sam, Sam Gamegie, dit-il en rosissant. Mais vous devez le savoir, mamzelle. Vous avez crié mon nom.

Sam… Sam ! ¡ Joder ! Comment avait-elle pu oublier !

- Ce n'est pas vous que j'appelais ! Mais Sam ! Samantha ! Une fille blonde ! Vous ne l'avez pas vue ? Bruyante comme elle est vous n'avez pas pu la louper ! s'écria-t-elle en se jetant sur lui. Le camion… le camion nous a foncé dessus, j'ai tout juste eu le temps de la pousser, mais je ne sais pas ce qu'il s'est passé après !

Elle paniquait, une inquiétude folle lui crispait les traits. ¡ Hostia ! Samantha ne pouvait pas s'être volatilisée ! Elle devait savoir comment elle allait ! S'il lui était arrivé malheur…

Mais aucun des garçons autour d'elle ne comprenait de quoi elle parlait. Frodon, voyant le malaise de son ami Sam face au désespoir de cette jeune fille, lui vint en aide. Lentement, il lui posa une main sur l'épaule. Elle sursauta et se retourna vers lui, haletante et les yeux écarquillés.

- Je ne sais pas ce qu'il vous est arrivé, mais je crois comprendre qu'il s'agit de quelque chose de grave…

Faiblement, elle acquiesça, retrouvant un calme étrange face à cet inconnu. Pour une raison qu'elle ignorait, elle ressentit une bouffée de quiétude. Son regard doux peut-être ? Ou la maturité dont il faisait preuve avec une bienveillance sincère qui la mit en confiance. Elle l'avait jugeait plus jeune qu'elle au premier abord. Mais il était évident que des deux, c'était lui l'ainé, et que ses compagnons devaient eux aussi être plus vieux qu'ils ne paraissaient. Alors comment expliquer qu'ils étaient si petits ? Étaient-ils nains ?

Voyant sans doute qu'elle s'était quelque peu calmée et l'écoutait, il lui sourit. Sourire auquel elle répondit timidement, après un moment d'hésitation.

- Mon nom est Frodon Sacquet. Et vous, comment vous appelez vous ? continua-t-il d'une voix toujours apaisante.

- Luana. Luana Le Guen, dit-elle, soudain gênée.

Elle n'aimait pas dire son nom à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Par gêne, par manque de confiance. Elle avait toujours eu un côté un peu parano là-dessus. Mais face à lui, quelque chose en elle endormait sa méfiance naturelle et ses inquiétudes à propos de son amie.

- Moi c'est Pérégrin Touque, mais appelez-moi Pippin, s'exclama soudain le troisième petit homme.

- Et moi, Meriadoc Brandebouc. Mes amis m'appellent Merry, pour vous servir, salua le dernier en faisant une parodie de révérence avec un grand sourire.

Luana, mettant de côté les nombreuses questions qui la submergeaient, se remit maladroitement sur pieds, encore un peu étourdie.

- Enchantée, dit-elle avec un petit malaise.

Tous lui sourirent, même le pauvre Sam, encore chamboulé qu'elle lui soit tombée dessus comme une furie avec ses questions. Elle se sentit un peu mieux et plus en confiance. Ils avaient l'air gentil. Et chose étrange, aucun n'avait encore fait de réflexions déplacées sur son apparence. Ils la considéraient bien avec un air étonné, mais rien de méchant. Juste de la curiosité, teintée de surprise et d'effarement.

- Comment êtes-vous arrivée ici ? s'enquit le dénommé Frodon.

Elle jeta de nouveau un regard circulaire, prenant conscience qu'il n'y avait aucun signe de civilisation à proximité. Pas même un seul pylône électrique ou un poteau en vue.

- J'en sais foutrement rien… murmura-t-elle d'un ton un peu bourru, complètement perdue.

Face à son accent et son parler, où certaines consonnes étaient comme mâchées, les quatre amis sourirent.

- Et d'où venez-vous ? Je ne crois pas avoir déjà entendu votre accent, ni vu vos vêtements étranges…

Elle examina rapidement sa tenue, et n'y vit rien à redire. Bon, il était vrai qu'à côté de leurs costumes traditionnels, il y avait un sacré fossé. Et puis, ils parlaient lentement comparé à elle. Ils laissaient traîner les mots, presque paresseusement, comme s'ils prenaient leur temps et avaient toute la vie devant eux. Pour elle, c'était eux qui étaient étranges, à ressortir du grenier les vêtements de leurs grands-pères !

- Je… je viens de Rennes. Mais mes fringues ne sont pas si bizarres que ça ! se défendit-elle.

- Rennes ? Où est-ce ? demanda Pippin, de plus en plus intrigué par sa façon de s'exprimer, pour le moins saugrenue.

- Bah, c'est en Bretagne. La France, vous connaissez ? L'Europe, la Terre, ça vous dit quelque chose ? enchaîna-t-elle devant leur mine interdite.

Une inquiétude nouvelle la gagna au fur et à mesure que ces drôles de bonshommes secouaient négativement la tête et la fixaient d'un air de plus en plus perplexe.

- Désolé, je n'ai jamais entendu parler de ces lieux, s'excusa Sam.

Ça sentait pas bon cette histoire... pas bon du tout. Comment pouvaient-ils ne pas connaître au moins un des trucs qu'elle avait cité ? Ce n'était pas possible ! Ou alors… ils se fichaient d'elle. Si c'était le cas, c'était vraiment une très, très, très mauvaise blague. Et ce n'était pas le moment de la lui faire ! Elle faisait assez d'efforts pour ne pas craquer, fallait pas abuser en poussant mémé dans les orties !

- Ce que vous êtes en train de me dire c'est qu'on est pas sur Terre ? Sérieusement ? s'énerva-t-elle.

- Nous sommes ici dans la Comté, en Terre du Milieu, répondit Frodon d'un ton précautionneux.

- La Terre du milieu ? répéta-t-elle, de plus en plus soupçonneuse et sceptique devant toute cette histoire tirée par les cheveux.

Elle commençait à piger. On lui avait envoyé quatre gosses qui avaient l'air plus vieux malgré leur taille, on les avait fringuait bizarrement, pour lui faire croire qu'elle était… où ? Dans un autre monde ? Mais elle n'arrivait pas encore à expliquer qu'on l'ait traînée jusque dans la forêt et pour cette raison elle était de nouveau sur ses gardes.

- Écoutez, reprit-elle lentement, vous êtes bien mignons, sympas et tout, mais j'ai pas de temps à perdre avec ces bêtises. Alors les enfants, rentrez chez vos parents !

Face à sa brusque colère, les quatre gamins eurent l'air choqué.

- Nous ne sommes pas des enfants ! s'offusqua Merry.

- Nous sommes tous des Hobbits adultes ! Enfin presque tous, mais j'ai bientôt la majorité ! renchérit Pippin.

- … Des quoi ?

Une plainte déchirante fit brusquement voler en éclat la quiétude de la forêt. Tous les « Hobbits » se figèrent, horrifiés. Ils lançaient des regards inquiets autour d'eux, se rassemblant et se pressant les uns contre les autres, tels des animaux effrayés et traqués. Luana quant à elle fut complètement ébranlée. Légèrement chancelante, elle scruta les alentours d'un regard incisif. ¡ Mierda ! C'était quoi cette histoire ? Leur blague commençait vraiment à dépasser les limites !

Un second cri lui répondit, beaucoup plus proche, beaucoup plus perçant. Elle vacilla sous le coup qu'il lui portait, transpercée. C'était comme une myriade d'aiguilles qui la traversaient, lui injectaient une dose massive de peur à l'état brute. Il se mourut aussi soudainement qu'il avait commencé. Haletante, le front couvert de sueurs, Luana se redressa. Elle sentit des larmes chaudes et épaisses couler de ses yeux… et de son nez. Atterrée, elle y porta la main et lorsqu'elle la retira, découvrit que du sang lui tâchait les doigts.

Madre de dios

- Courez ! s'époumona Frodon.

Tous obéirent, non pas à l'ordre du Hobbit, mais à leur instinct qui leur hurlait de fuir. Luana attrapa à la volée son sac de sport qui l'avait miraculeusement suivie, et partit comme une flèche. Elle ralentit aussitôt qu'elle vit les petits hommes peiner sur leurs courtes jambes. Elle dut mordre sur sa chique pour ne pas prendre ses jambes à son cou et se barrer, les abandonnant purement et simplement derrière elle. L'idée était tellement tentante. Elle ne savait pas ce qui les poursuivait, ni même s'ils étaient réellement poursuivis. Mais la simple pensée de découvrir ce qui pouvait pousser ce cri l'horrifiait.

C'eut été tellement plus simple de les lâcher là ! Mais elle n'était pas comme ça. Malgré un certain égoïsme et la fâcheuse manie de ne penser qu'à Éric et elle-même, elle n'était pas de ces ordures qui jetaient des gosses entre les pattes de monstre pour mieux fuir. Et puis, ils n'avaient pas l'air méchant ces bonshommes. Ils auraient pu la détrousser pendant qu'elle était dans les pommes. Au lieu de ça, ils l'avaient plus ou moins veillée et réveillée. Ils avaient répondu à ses questions et ne l'avaient à aucun moment jugée. Et elle savait désormais qu'ils ne se fichaient pas d'elle. La terreur qui les habitait était réelle. Elle les croyait même quand ils disaient être adultes. Des enfants n'auraient pas ainsi réagi face à une telle peur…


Il faisait presque nuit noire. Le jour avait drastiquement décliné et toujours ils couraient d'arbres en arbres, avançant prudemment, s'enfonçant toujours plus loin dans la forêt. Seule une lune voilée perçait tant bien que mal le feuillage pour éclairer leur progression laborieuse. Une lourde chape de brume flottait à ras-du-sol, faisant disparaître par moment les petits hommes.

Épuisés par leur course effrénée, ils haletaient. Sam était celui qui peinait le plus à continuer à avancer à ce rythme. Luana restait à son niveau. Elle les admirait ces bonshommes minuscules. Elle-même commençait sérieusement à fatiguer. Elle aurait été incapable de dire exactement depuis combien de temps ils courraient, mais ça devait faire déjà plusieurs heures. Et pourtant ils continuaient encore et encore à passer d'arbre en arbre, même s'ils ralentissaient de plus en plus. Le plus surprenant sans doute était le silence qui suivait leur pas. Ils ne faisaient pas un bruit alors qu'ils foulaient les herbes mortes et les brindilles.

Elle n'avait aucune idée d'où ils allaient, ni pourquoi, et savait encore moins pourquoi elle continuait à les suivre. Ils étaient réellement poursuivis. Ces choses les suivaient. Les cris continuaient à se faire entendre par intermittence. Heureusement, à une distance toujours suffisante pour qu'ils ne paniquent pas purement et simplement. Ou pour qu'elle ne saigne pas de nouveau…

¡ Mierda ! Dans quoi était-elle tombée ?

Frodon s'arrêta derrière un arbre, aux aguets. Tous se figèrent et se planquèrent derrière le tronc le plus proche.

- Vous voyez quelque chose ? s'enquit Sam.

- Non rien…

Luana soupira. Ils se rapprochèrent de Frodon, les petits hommes à court de souffle et en sueur.

- Mais qu'est-ce qu'il se passe ? geignit Pippin.

- Bon sang, qu'est-ce qui vous poursuit ? demanda Luana, tendue.

Il ne répondit pas, toujours anxieux, et finit par murmurer, le regard perdu devant lui :

- Nous sommes revenus sur la route, il faut s'en éloigner…

Luana jeta un coup d'œil critique sur ce qu'il fixait. À quelques mètres devant eux, il y avait bien une troué dans les arbres, toute en longueur, formant une démarcation bien nette. La terre en était tassée par un passage répété. Mais ce n'était en rien ce que l'on pouvait appeler une route ! Un chemin au mieux, un sentier tout au plus.

- Ce cavalier noir cherche quelque chose, ou quelqu'un, dit Merry, toute son attention rivée sur Frodon.

- Quel cavalier noir ? demanda-t-elle agacée.

Un cavalier n'aurait pas fait ce bruit. Ni un cheval…

- Baissez-vous ! siffla Sam.

Frodon et Merry n'eurent pas le temps de réagir que déjà Luana les avait saisis par la capuche. D'un coup sec et brusque, elle les tira en arrière, les faisant chuter sous un buisson d'arbuste. Tous se camouflèrent derrière le feuillage, ne pouvant s'empêcher de scruter la route. Là, sous le clair de lune, une ombre immense apparut. Couverte d'une longue cape noire qui ne laissait rien deviner de sa personne, et d'où ne dépassait que les pieds et les mains, couverts de plaques d'acier. Le grand cheval noir qu'elle montait n'avait rien de naturel. Il y avait chez lui quelque chose de dérangeant, comme une folie dans son regard et ses mouvements nerveux.

Luana sentit des doigts de glace lui empoigner le cœur : cette chose était l'idée exacte qu'elle se faisait de la mort. Il ne manquait plus qu'elle tourne la tête vers eux pour dévoiler un crâne nu sous la capuche, et qu'elle ait une faux à la main.

Après une éternité de quelques secondes, faite d'immobilité et d'angoisse, le cavalier s'éloigna enfin.

- Nous devons quitter la Comté, murmura Frodon. Sam et moi nous nous rendons à Bree.

- Très bien, dit Merry.

Puis, comme s'il avait eu une révélation, il ajouta :

- Le bac de Châteaubouc. Suivez-moi !

Les quatre petits hommes se redressèrent et repartirent en courant, jetant partout autour d'eux des regards alertes. Avec un grognement, Luana les imita et les suivit, cheminant à côté d'eux. Frodon s'en aperçu et tourna vers elle un regard inquiet.

- Pourquoi nous suivez-vous ? Ce cavalier en a après nous ! Si vous restez, il vous pourchassera aussi.

Fallait pas lui dire ça… Elle luttait déjà ferme contre son angoisse pour ne pas les laisser en plan et se casser, là tout de suite.

- Je sais ! Mais ne comptez pas sur moi pour vous lâcher comme ça. Si ce truc vous colle aux basques, je ne vais pas vous laisser vous dépatouiller tout seul !

« ¡ Mierda ! Mais qu'est-ce que je dis-moi ? » songea-t-elle. « Tout ce que je veux c'est me barrer, alors qu'est-ce que je suis en train de foutre à jouer aux héros ? Ce foutu machin à une épée ! »

Elle l'avait vue qui dépassait de la cape. Pourtant, elle savait qu'elle avait dit vrai. Elle se sentait incapable de les abandonner. Elle devait rester avec eux ! Elle le devait ! Peut-être simplement pour retrouver la civilisation… elle n'en savait rien bon sang ! Elle ne comprenait pas !

Soudain, le cavalier noir surgit de nulle part juste devant eux, leur barrant le passage. Dans un concert d'exclamations alarmées, les Hobbits se faufilèrent sous le cheval qui se cabra, tentant désespérément d'éviter les coups de sabot.

- ¡ Joder ! hurla Luana en se jetant à terre en une roulade pour éviter de se prendre un coup.

Elle se rétablit sur ses pieds et se remit aussitôt à courir, suivant Merry et Pippin qui filaient devant elle. Ils sortirent enfin de la forêt, débouchant sur une pâture qu'ils traversèrent au pas de course. Alors qu'ils sautaient par-dessus une clôture, ils furent rejoints par Sam, au bord de l'évanouissement tant le souffle lui manquait. Devant eux, une rivière. Tous les quatre se précipitèrent sur un ponton de bois, au bout duquel attendait une frêle embarcation. Dès qu'ils furent dessus, ils s'afférèrent à défaire les amarres dans des gestes frénétiques et malhabiles. Ce ne fut qu'à cet instant que Luana remarqua un détail. Un détail de poids…

- Où est Frodon ?

En réponse, une complainte gutturale retentit. Elle sentit à nouveau une douleur illusoire lui déchirer les chaires et l'âme. Elle vacilla, et à travers le brouillard rouge qui lui brouillait la vue, elle vit Frodon débouler sur la route, poursuivi par le cavalier qui gagnait du terrain sur lui.

Luana resta là, inerte et interdite. Derrière elle, elle entendit les trois petits hommes appeler Frodon. Elle voulait à tout prix qu'ils s'éloignent de la rive. Qu'ils se mettent hors de portée. S'éloigner de ce cauchemar ! Mais non, elle repartit vers la barrière, droit sur le portail vers lequel accourait Frodon, vers lequel accourait ce spectre de la mort. ¡ Mierda ! Qu'est-ce qu'elle foutait ?

Sans réfléchir, elle se jeta derrière la barrière et saisit la chaîne qui servait à fermer le passage. Une de ses extrémités pendait au piquet de l'autre côté du portail. Elle enroula la seconde autour de sa main et tremblante, le souffle court, attendit, le corps douloureusement tendu.

Une poignée de secondes plus tard, Frodon passait devant elle. Aussitôt, elle tira de toutes ses forces sur la chaîne, la tendant brusquement. L'ombre débarqua à ce moment. Son cheval fut fauché dans son élan par l'entrave, trébucha et s'effondra le museau en premier, précipitant son cavalier dans sa chute. Luana poussa un cri lorsque la chaîne lui tira violemment sur le bras, la propulsant en avant et la faisant s'étaler face contre terre.

Mais elle ne prit pas le temps de geindre sur la douleur qui lui foudroya l'épaule et le poignet. Mordant sur sa chique, elle se redressa rapidement et contourna en courant l'ombre étalée à terre. Elle fit un bond sur le côté et accéléra encore lorsque la chose remua. Frodon, qui avait stoppé sa course en la voyant restée derrière, se remit à cavaler vers le ponton.

Devant eux la barque avait déjà commencé à prendre le large. Merry, Pippin et Sam les encourageaient et les pressaient dans des cris angoissés. Frodon poussa de toute la force de ses petites jambes et se propulsa sur la barque, où les autres l'interceptèrent. Tous tournèrent leur regard vers Luana, prise en chasse par le cavalier qui s'était relevé.

Il y avait déjà quelques mètres d'eau entre la terre ferme et le bac. ¡ Mierda ! ¡ Mierda ! ¡ Mierda ! Ça allait être chaud ! Ça allait être chaud ! Ça allait être chaud ! Mais elle ne ralentit pas pour autant. Il ne fallait surtout pas qu'elle perde en vitesse. Tant pis si elle tombait dans la flotte, elle n'aurait qu'à nager jusqu'à eux. Mais elle s'était entraînée. Elle faisait du parcours depuis des mois. Et c'était l'heure pour elle de faire bon usage de cet entraînement !

Dans un dernier effort, elle posa le pied tout au bord du ponton, donna une puissante impulsion, et se projeta vers l'avant. Les Hobbits s'écartèrent vivement, tandis qu'elle atterrissait de tout son long sur la barque, manquant chuter dans l'eau.

Tous virent avec soulagement la silhouette s'arrêter, impuissante. Dans un cri déchirant qui arracha un gémissement à la jeune femme, elle fit volte-face et sauta sur son cheval, repartant sur le chemin, où elle fut rejointe par deux autres cavaliers.


Voilà, j'espère que cette réécriture en satisfera plus d'un ^^