CHAPITRE 4 : Juste une question de confiance.
Les Hobbits ne dirent pas un mot. Ils ne pouvaient mettre un nom sur ce « ils », mais l'image des trois Cavaliers Noirs vint flotter dans leurs esprits. Luana aussi frissonna à ce souvenir, mais cet homme, non, décidément, elle ne pouvait pas lui faire confiance. Il cachait quelque chose. Quoi, elle ne le savait pas, elle aurait même était incapable de dire si cela avait un rapport avec ce qui leur arrivait.
- Il nous faut partir dès demain, enchaîna Grands-Pas.
- Et pour aller où? demanda-t-elle.
- Vous n'avez pas besoin de le savoir. Seuls les Hobbits m'accompagneront.
- Quoi?
Tous le fixèrent, interdits. Grand-Pas comprit qu'il venait de dire quelque chose qu'il aurait mieux fait de taire.
- Hors de question que je vous laisse partir seul avec eux, s'insurgea Luana en faisant un pas dans sa direction en signe de défi.
- On m'a demandé d'escorter des Hobbits, pas une humaine.
- Et je peux savoir qui vous l'a demandé et pourquoi? Pourquoi tout le monde s'intéresse-t-il à Frodon? Foutez-lui la paix, ¡Mierda!
L'homme parut surpris face à sa réaction, et plus encore par sa façon de parler.
- Pour nous rendre là où nous devons aller, nous devrons passer inaperçu, et je doute que cela soit possible en votre présence, dit-il en évitant de répondre à sa question et avec un regard peu amène.
- Je sais, je suis bizarre, s'emporta-telle, mais pour moi, c'est votre monde qui l'est! Mais ça ne change rien au fait que je ne vous regarderais pas partir avec eux sans savoir ce que vous pourriez leur faire!
- Si je voulais leur faire du mal, je vous aurais tranché la gorge lorsque vous étiez à terre, avant de m'en prendre à eux!
Le ton commençait à monter entre eux, et ils s'étaient rapprochés dangereusement l'un de l'autre. Luana avait plus d'une tête de moins que lui, et pourtant, elle n'avait pas l'air stupide à le regarder droit dans les yeux, au contraire, il y avait une certaine hargne chez elle qui avait de quoi impressionner n'importe qui, même le Rôdeur.
- Ca suffit, intervint Frodon. J'accepte votre aide, dit-il à Grands-Pas, mais Luana nous accompagne. Elle m'a sauvé la vie et je lui ai promis que Gandalf lui viendrait en aide. Je ne reviendrais pas sur ma parole, ni ne laisserai cette dette en suspens.
Il jeta un rapide coup d'œil à la jeune fille, qui le gratifia d'un léger sourire.
- Cela vous honore, monsieur Sacquet, soupira Grands-Pas, et je crains ne pas avoir d'autre choix que d'accepter cette condition.
Cela faisait déjà plus d'une heure que les autres s'étaient endormis. Elle l'entendait à leur souffle, lent, régulier, apaisé. Ce son avait quelque chose de reposant pour elle, elle qui ne parvenait pas à trouver le sommeil, ne pouvait même songer à fermer les yeux. Pourtant, elle essaya, de toutes ses forces. Mais la volonté ne suffit pas toujours. Il s'était passé trop de chose pour qu'elle puisse se glisser dans les bras de Morphée.
Il y avait eu la collision avec le camion. Elle se souvenait d'un moment d'absence, durant lequel elle s'était posé des questions pour le moins … inhabituelles, et surtout durant lequel elle s'était arrêtée au beau milieu de la rue. C'était à cause d'elle que Sam était restée elle aussi en plein milieu, juste devant un camion complètement fou qui se jetait sur elles. Et elle ne savait pas si elle était saine et sauve. Et puis, comment son amie avait elle réagit en la voyant disparaître, pouf, volatilisée?
Et Éric, comment avait il réagit à l'annonce de l'accident, à celle de sa disparition spectaculaire? Il devait être mort d'inquiétude, s'imaginait les pires choses qui auraient put arriver à sa petite sœur, s'être déjà lancé à sa recherche.
Et puis sa rencontre avec les Hobbits. Comment avait elle put atterrir juste sur leur chemin, au beau milieu d'une forêt? Elle ne le comprenait pas, mais elle sentait que, d'un côté, c'était ce qu'il devait arriver, que c'était dans l'ordre des choses. Il fallait avouer que ces semi-hommes avaient quelque chose d'exceptionnel. Elle qui d'ordinaire était si froide avec ceux qu'elle ne connaissait pas, ils avaient réussit à l'apprivoiser en un instant, un mot, un regard. Et ils avaient une sorte de pouvoir apaisant sur elle depuis qu'elle avait croisé leur route, elle avait eu mainte occasion de fondre en larmes, de s'inquiéter, de paniquer, mais aucune n'avait sut la submerger, car ils avaient été là, et ce n'était que depuis qu'ils étaient endormis que ses doutes l'assaillaient.
Il y avait aussi la crainte d'une plainte dans la nuit, une plainte perçante, glaçante, pernicieuse. Elle craignait plus encore ce qu'elle annonçait. Les Cavaliers Noirs. Leur simple souvenir la fit frissonner.
Elle remua, sentant les larmes lui brûler les yeux et des sanglots muets lui secouée les épaules, tentant désespérément de les retenir. Tout ce qu'elle parvint à faire, c'est se cogner contre les accoudoirs de son fauteuil. Après leur « discussion » avec Grands-Pas, il avait été décidé – ou plutôt Grands-Pas avait décidé –qu'ils dormiraient dans une chambre différente de la leur. Celle où ils s'étaient calfeutrés se trouvait de l'autre côté de la cour de l'auberge, juste en face de la première. Mais elle était aussi celle de Grands-Pas, qui voyageait seul, et il n'y avait donc qu'un lit. Les quatre Hobbit étaient parvenus à se glisser à l'intérieur, et y reposaient désormais. Luana eu un faible sourire en repensant à la dispute qui les avait opposés, chacun désirant lui céder sa place dans le lit. Elle avait décliné l'offre pour éviter tout conflit et s'était installée dans un fauteuil à peu près confortable pour passer la nuit.
Oui, ils avaient tous les quatre un pouvoir très spécial même endormis, ils pouvaient lui rendre le sourire et effacer, ou tout du moins diminuer, son chagrin. Mais cela ne lui rendit pas le sommeil pour autant. ¡Mierda! Agacée de se retourner dans ce fauteuil qui se révélé de moins en moins confortable au fur et à mesure que la nuit avancée, elle se leva.
Elle n'était pas la seule à rester éveillé Grands-Pas avait amené son fauteuil jusqu'à la fenêtre et guettait tout ce qui se passait à l'extérieur, son épée serrée contre lui. Grands-Pas. Elle ne savait pas quoi penser de lui. Il ne leur avait rien dit, leur révélant le moins possible, leur cachant l'essentiel. Elle en était persuadée. Qui était-il? Pourquoi attendait-il les Hobbits? Que voulait-il à Frodon? Pourquoi voulait-il les aider? Trop de questions sans réponse pour qu'elle puisse lui faire confiance. Et pourtant. Pourtant, il y avait cette lueur dans son regard qui allumait au fond de l'âme de Luana une petite voix, une petite voix qui lui soufflait des mots rassurants, une promesse bienveillante. Et elle voulait croire en cette petite voix, et donc en Grands-Pas, malgré ses réticences.
Elle était restée là, debout à le regarder. Pas très discret lorsque l'on veut observer quelqu'un sans être découvert. Grands-Pas tourna son regard vers elle, allumant sans le savoir une petite étincelle d'espoir en elle, flamme fragile perdue parmi les doutes et les craintes qui la noyaient. D'un signe de tête, il l'invita à le rejoindre.
Sans un mot, et essayant de faire le moins de bruit possible, elle prit le tabouret que Pippin avait amené dans l'intention de se battre, un peu plus tôt, et vint s'assoir aux côtés de Grands-Pas.
Il n'y eut d'abord aucune parole, puis le Rôdeur brisa le silence dans un murmure :
- Pourquoi faites vous cela?
Elle le dévisagea, surprise. Lui aussi l'examinait, et son expression prouvait qu'il n'approuvait pas tout ce qu'il voyait. Luana avait troqué ses vêtements trempés contre la tenue de sport qui traînait au fond de son sac. Elle n'était pas beaucoup différente de la première pour ce qui était du style, mais apparemment, Grands-Pas appréciait moins la brassière qui ne couvrait qu'une partie de son buste, pas plus qu'il n'aimait le pantalon de survêtement noir à bande blanche. Mais c'était ça, ou elle attrapait la crève.
- Pourquoi je fais quoi?
- Pourquoi vous souciez vous tant de ces Hobbits? D'après ce que j'ai put comprendre, vous ne les connaissez que depuis peu.
- Je pourrais vous poser la même question.
Face à l'expression du Rôdeur, Luana décida qu'il valait mieux ne pas pousser l'impertinence trop loin. Elle se pencha un peu vers l'avant, observant la lune dans le ciel.
- Ne me demandez pas pourquoi, j'en sais strictement rien. Tout ce que je sais c'est que je continuerai à les suivre.
- C'est ce que j'avais crut comprendre, souri Grands-Pas.
Première fois qu'il lui accordait autre chose que du mépris! Luana se sentit un peu plus rassuré sur son compte.
- Et vous, pourquoi vous vous intéressez tant à Frodon?
Silence. Il semblait chercher ses mots, ne sachant pas ce qu'il pouvait lui révéler.
- Frodon ne vous à rien dit? finit-il par éluder.
- Ça vous arrive de répondre aux questions qu'on vous pose? grogna-t-elle.
- Lorsque je le peux, oui.
Luana leva les yeux au ciel, agacée. Comme s'il ne pouvait pas répondre. Le silence s'épaissit, et elle se rendit compte qu'il attendait une réponse. Il pourrait se gratter!
- Non, il ne m'a rien dit et je ne cherche pas à savoir.
¡Mierda! Pourquoi avait elle répondu? Et à quoi ça rimait « je ne cherche pas à savoir »?
Le rôdeur parut surpris.
- Quoi? Vous voulez ma photo?
Il sembla plus perdu encore. Il ne savait pas ce que c'était une photo?
- Vous vous lancez sur les chemins avec quatre Hobbits que vous venez tout juste de rencontrer, vous êtes poursuivie par des Cavaliers Noirs, et vous vous apprêtez à vous engager dans un péril plus grand encore. Et vous ne voulez pas savoir pourquoi? avouez que cela est …
- Si vous dites un truc du genre « bizarre » ou « étrange », je vous jure que je vous en fous une!
Il resta interdit. Jamais une femme ne lui avait parlé de cette façon, aussi ouvertement et sans détour. Elle ne cachait pas ses sentiments et ses émotions. Sauf lorsqu'elle était triste. Il l'avait vu pleurer tandis qu'elle s'agitait dans son fauteuil, cherchant sans doute à dormir, mais préféra se taire pour ne pas attiser sa mauvaise humeur. Mais cela n'empêchait pas qu'elle restait … étrange. Elle ne semblait pas emballée par leur conversation, pourtant elle reprit :
- Je vous l'ai déjà dit, ne me demandez pas pourquoi, parce que j'en sais pas plus que vous. Je le fais, c'est tout, même si c'est complètement stupide. Mais bon, je suis stupide, alors … ajouta-t-elle en se grattant l'arrière du crâne avec une expression gênée sur le visage. Et puis, j'ai confiance en Frodon, et quoiqu'on en dise, je le suivrais, même si je ne sais pas à quoi m'attendre.
- Vous êtes vraiment très …
Un coup de poing dans l'épaule le coupa dans sa phrase. Elle ne l'avait pas frappé fort, même s'il sentait qu'elle aurait facilement put mettre plus de force dans son coup, mais cela le surpris. Il n'aurait jamais crut qu'elle mettrait sa menace à exécution.
- Je vous avez prévenu! Et puis vous devriez être content que je sois si « bizarre», sans ça je ne vous ferai pas confiance, dit elle en lui tirant la langue.
Grands-Pas fronça les sourcils. Il y avait une certaine maturité chez elle, et pourtant, elle avait certaines réactions puériles qui contrastaient terriblement avec le sérieux de la situation. Elle ne semblait vraiment pas réaliser la gravité de leur situation.
- Et en quoi cela vous donne-t-il confiance en moi ?
- Je suis assez bête pour vous faire confiance voilà tout.
Il la fixa longuement, or, elle ne supporter pas qu'on la scrute comme ça !
- Bon ok, c'est parce que j'ai confiance en Frodon, et comme lui vous fait confiance, j'ai pas d'autre choix que de vous faire confiance moi aussi.
Elle se tut, boudant dans son coin. Enfin, bouder, pas exactement, plutôt réfléchir. Réfléchir à ce qu'elle avait dit, à toutes les niaiseries qu'elle avait put sortir. Elle ne chercherait pas à savoir. C'était vrai. Si Frodon ne voulait rien lui dire, alors elle ne le pousserait pas à lui révéler ce qu'il voulait garder pour lui. Et cela ne changeait rien au fait qu'elle le suivrait où qu'il aille, quoiqu'il arrive. Qu'elle imbécile elle faisait ! En revanche, il y avait une chose qu'elle tenait à savoir, et cette chose ce n'était pas le Hobbit qui pourrait la révéler.
- Mais si vous voulez que je vous fasse entièrement confiance, dites-moi où on va.
Grands-Pas poussa un profond soupir, comme s'il avait attendu cette question depuis longtemps.
- Je me doutais que vous ne lâcheriez pas jusqu'à ce que vous le sachiez. Nous nous rendons à Fondcombe.
- Vous êtes sûr qu'on sera à l'abri là-bas ?
- Bien sûr, c'est la demeure du seigneur Elrond, répondit-il comme si c'était l'évidence même.
- Et … en quoi le fait que ce soit « la demeure du seigneur … Elrond », fait qu'on y sera à l'abri ?
Grands-Pas lui lança un regard incrédule. Quoi, qu'est ce qu'elle avait encore dit ?
- Le seigneur Elrond set un seigneur Elfe !
Luana manqua s'étouffer en avalant sa salive, chose ho combien peu probable, mais elle ne s'attendait, mais alors vraiment pas, à cette réponse.
- Un seigneur Elfe ? s'étrangla-t-elle. Vous voulez dire un de ces mecs aux oreilles pointues qui se prennent pour des lutins des bois ? Comme ceux qu'on trouve dans World Of Wardcraft ?
Cette fois, il la dévisagea comme si elle était folle.
- Mais d'où venez-vous don…
Il ne termina pas sa phrase, posant un doigt sur ses lèvres en un signe qui réclamait silence. Luana se figea, se faisant le plus silencieuse possible. Le Rôdeur sembla se concentrer sur des sons qu'elle ne percevait pas. Il était si attentif, si impassible, qu'elle cessa presque de respirer, de peur de le gêner avec sa respiration rauque. Elle tendit l'oreille à son tour, mais n'entendit rien, hormis la respiration calme des Hobbits, et son cœur affolé qui lui cognait douloureusement les côtes. Rien, jusqu'à ce qu'un bruit incertains résonne dans le lointain, un bruit qui se rapprochait, se faisait de plus en plus distinct. On eut dit le martèlement de sabots dans la terre boueuse, et, terriblement proche, le hennissement d'un cheval. Elle se pencha sur la fenêtre, tentant de percer l'obscurité extérieure, quand soudain quatre chevaux noirs surgirent dans la cour, montés par quatre Cavaliers, plus noirs que la nuit, plus noir que les ténèbres. ¡Mierda! Luana faillit crier en les voyant descendre de leurs montures et pénétrer dans l'auberge, mais Grands-Pas la tira en arrière en lui plaquant une main sur la bouche.
- Pas un bruit, lui chuchota-t-il à l'oreille.
Lentement, il la relâcha et se positionna de telle sorte qu'il put voir la fenêtre de la chambre que les Hobbits avaient réservée en arrivant, celle où tous les cinq auraient dut se trouver en cet instant, chacun installé dans un lit différent. Luana en fit de même. Elle ne vit pas grand-chose, mais ce qu'elle vit lui suffit pour comprendre ce qui se passait là-bas : les Cavaliers étaient entrés dans la chambre, et ils étaient en train de massacrer les oreillers que les Hobbits et elle avaient placé sous les couvertures afin de faire penser que quelqu'un dormait dans les lits, sur les conseils de Grands-Pas. Elle dégluti à l'idée que s'ils ne lui avaient pas accordé leur confiance, ils seraient en cet instant transpercés par des épées.
Puis brusquement, le cri tant redouté déchira la nuit. Les quatre Hobbit se réveillèrent en sursaut, paniqué de quitter le monde du rêve pour le cauchemar de la réalité, réalité où ils étaient poursuivis par des créatures sombres et terribles.
Une autre plainte retentit, plus déchirante encore. Luana se prit la tête entre les mains. La douleur que provoquaient en elle ces clameurs était insoutenable. Elle resta immobile paralysait par la douleur qui lui lacérait le corps, lui nouait les entrailles, et lui transperçaient le cœur. Grands-Pas lui jeta un regard inquiet, mais pensant qu'elle tentait juste de fuir la peur, il s'en détourna lorsque Frodon l'interrogea.
- Que sont-ils ?
- Autrefois des hommes, de grands rois. Mais Sauron l'Imposteur les dupa, faisant d'eux l'un après l'autre les esclaves de sa volonté. Ce sont les Nazguls, les spectres de l'Anneau, ni vivants, ni morts.
Les Cavaliers Noirs ressortirent de l'auberge, sautèrent sur leur chevaux et partirent au triple galop, lâchant un dernier cri de rage et de colère, qui arracha à Luana un gémissement misérable.
- Luana ? appela Merry, inquiet.
Mais elle ne réagit pas. Grands-Pas lui posa une main sur l'épaule, la faisant sursauter. Elle redressa la tête, révélant un spectacle glaçant : de ses yeux, de son nez et de ses oreilles, s'écoulaient de fins filets de sang.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, la lumière du soleil commençait à emplir la chambre et un rayon lui tombait en plein sur le visage et l'aveuglait. ¡Joder! Depuis quand se couchait elle avec le store ouvert ? Elle était en weekend et elle pouvait faire la grasse mat' au moins jusqu'à onze heures. Qu'elle cruche elle faisait. Elle se couvrit les yeux et tenta de trouver une position plus confortable que celle recroquevillée dans laquelle elle se tenait. Mais elle se buta dans quelque chose et … bascula en arrière, se retrouvant à terre avec un gros boum.
- ¡Mierda! Cria-t-elle en se redressant.
- Luana, est ce que ça va ? demanda une voix inquiète qu'elle croyait sortie tout droit d'un rêve.
Elle rouvrit les yeux, et vit penchée sur elle, le visage de Frodon, qui l'observait avec curiosité.
- C'était pas un rêve, grommela-t-elle en se redressant.
Puis, un détail lui revint en tête : Grands-Pas avait dit qu'ils partiraient à l'aube, or le soleil était levé depuis pas mal de temps d'après la luminosité ambiante.
- ¡Mierda!, pourquoi vous ne m'avez pas réveillée ? s'écria-t-elle en attrapant son sac de sport et se dirigeant vers la porte.
Celle-ci s'ouvrit au moment où elle l'atteignait, et elle se retrouva nez à nez avec Grands-Pas. Le Rôdeur parut surpris de la voir ainsi sur le seuil de la chambre, échevelée, son sac à la main et peu couverte, dans sa tenue de sport.
- Enfin réveillée, dit il en entrant dans la pièce, la forçant par la même occasion à reculer jusqu'au lit.
Merry, Pippin et Sam entrèrent à sa suite, l'air abattu.
- Pourquoi vous ne m'avez pas réveillée ? répéta-t-elle, énervée.
- Vu l'humeur dans laquelle vous vous trouvez au réveil, je suis bien heureux de ne pas l'avoir fait.
- Mais je croyais qu'on devait partir avant l'aube !
- Nous avons eu un contre temps.
- Un contre temps, dit-elle, la colère laissant place à une sourde inquiétude. Quel genre de contre temps ?
- Rien de grave, vous inquiétez pas, la rassura Sam. Nous auront besoin d'un poney pour transporter les bagages et les provisions. Monsieur Poiredebeurré est partit voir si nous pourrions en acheter un à Bree.
Soulagée, Luana laissa un soupir passer ses lèvres blêmes, et se laissa tomber sur le lit. Elle se sentait ankylosée et raide, suite à sa nuit dans le fauteuil, mais aussi un peu fiévreuse.
- Et puis, on a pensé que vous aviez besoin de dormir un peu. Vous aviez pas l'air bien cette nuit, après que … après que les Cavaliers soient partis, alors, on n'a pas osé vous réveiller.
Il l'examinait comme une mère poule examine son petit qui sortait tout juste d'une vilaine grippe, s'attendant à la voir tourner des l'œil ou frissonner. Luana éprouva de l'affection pour le Hobbit il se souciait d'elle et de sa santé, et il n'était visiblement pas le seul à voir le regard que lui portaient Merry, Pippin et Frodon. Elle leur offrit un sourire sincère et empli d'amitié.
- Merci beaucoup, mais je vais bien, vous inquiétez pas pour moi.
- Sûr ?
- Si ça l'était pas, je vous le dirais pas, répliqua-t-elle en leur tirant la langue.
Tous les cinq éclatèrent de rire.
Grands-Pas les observa, les laissant profiter un peu de ce moment de légèreté. Les Hobbits avaient vu dans quel état les Cavaliers avaient mis leur chambre, l'idée qu'ils auraient très bien put être à la place des traversins éventrés les avaient glacés jusqu'à l'os. Et puis, c'était sans doute le dernier répit, le dernier instant de légèreté qui leur serait offert avant longtemps, car la route sur laquelle il allait les mener était longue et parsemée d'embuches.
- Bon et s'y nous allions prendre le petit-déjeuner en attendant, proposa Pippin.
Les Hobbits et la jeune fille répondirent tous à l'affirmative. Ils se levèrent et tous sortirent, tous sauf Luana, que Grands-Pas arrêta en lui mettant dans les bras un paquet de tissus de couleur sombre. Elle lui jeta un regard interrogateur.
- Qu'est ce que c'est que ça ?
- Une tenue qui devrait moins attirer l'attention sur vous.
- Me dites pas que c'est une robe ! protesta-t-elle sans même vérifier.
- Non, cela ne ferais que nous ralentir, et je me doutais que vous refuseriez d'en porter une. Habillez-vous et retrouvez nous en bas.
Sur ces mots, il sortit en refermant la porte derrière lui.
Luana déposa le paquet sur le lit et le défit. C'était une tenue de voyage noir, semblable à celle que portait Grands-Pas. Il y avait aussi une paire de botte en cuir rêche ainsi qu'une cape de toile grossière. Oui, avec ça, elle allait vraiment ressembler à un Rôdeur. Elle se déshabilla –après avoir verrouillé la porte de la chambre –et rangea ses vêtements de danse dans son sac. Il n'y avait plus beaucoup de place à l'intérieur, entre ses deux tenues venues tout droit de son monde, ses grosse bottes à lacets, ses baskets, le mini hautparleur sur lequel elle pouvait brancher soin MP3 et son matériel pour faire des bolasses enflammées, soit une bouteille d'alcool à brûler et les fameuses bolasses. Elle en tira deux bandes –elle en avait toujours à porté de main au cas où – et les enroula autour de ses pieds, avant de repasser par-dessus ses chaussettes. Elle avait lut suffisamment de romans qui prenaient place dans l'époque médiéval ou de Fantasy pour savoir que les bottes de voyages qu'elle allait devoir mettre allaient lui meurtrir les pieds. Enfin, elle enfila les vêtements donnés par Grands-Pas et alla se contempler dans un minuscule miroir posé au dessus d'une table et d'un broc d'eau.
C'était la première fois qu'elle voyait son reflet depuis qu'elle se trouvait là, dans ce monde, et ce qu'elle vit la surpris. L'hématome qu'elle avait sur la joue avait disparut, et sa lèvre s'était refermée. Il n'y avait plus aucune trace des coups qu'elle avait reçut lorsqu'elle s'était battue au bahut. Pourtant, cela faisait moins de 24 heures, et c'était comme s'il n'y avait jamais rien eu.
- Luana, vous êtes prête ? appela la voix de Sam derrière la porte. Sinon, je crains que Merry et Pippin ne vous laisse rien pour vous petit-déjeuner.
- J'arrive, cria-t-elle. Je descends dans une minute.
Elle rassembla ses affaires, tressa ses cheveux en une longue natte qui lui tombait jusque dans le bas du dos et sortit. Sam l'attendait dans le couloir, et ses yeux s'agrandirent comme des soucoupes lorsqu'il la vit.
- Quoi ? Qu'est ce qu'il y a ?
- Ho non, rien. C'est juste que vous ressemblez à Grands-Pas, habillée comme ça. En beaucoup plus jolie, ajouta-t-il précipitamment, les yeux fixant ses pieds, les joues en feu.
- Merci, ria Luana en lui adressant son plus beau sourire.
Sam rougit plus encore, et faillit partir en courant.
- Heu … et si … si nous y allions, balbutia-t-il.
- Avec plaisir.
Touts deux descendirent et rejoignirent la petite troupe.
Poiredebeurré avait finit par dénicher un poney à vendre, mais, malheur de chez malheur, il fallait que son propriétaire soit Fougeron. ¡Mierda! Et ce … en profita pour leur faire payer plein pot : Trois le prix que cette vieille carne valait en réalité !
L'animal semblait vieux et fatigué, son poil était terne et donnait l'impression de tomber en lambeau sur ses côtes apparente. Pauvre bête, elle crevait de faim et était visiblement battue§ Grands-Pas en vint à se demander si elle n'allait pas mourir à peine se seraient-ils mit en route. Mais c'était le seul poney disponible dans tout Bree et ils en avaient besoin. De plus, Luana sut au premier regard que c'était une brave bête, qui les suivrait jusqu'à ce que la fatigue l'emporte, trop heureuse de quitter ce mauvais maître qu'était Fougeron. De plus, elle semblait s'être tout de suite attachée à Sam, qui l'avait surnommée Bill.
Luana s'en approcha et lui flatta l'encolure.
- Alors mon vieux, toi aussi tu es de la partie ?
Bill agita la tête d'un air satisfait et vint se coller à elle, réclamant d'autres caresses. La jeune fille laissa un rire clair glisser le long de sa gorge, jusqu'à ce que Grands-Pas apparaisse dans la cour. Elle se tut brusquement et le regarda s'approcher. Il semblait mécontent et préoccupé. Il lança un regard peu amène dans sa direction. D'abord vexée, Luana faillit le rabrouer, mais un bruit dans son dos la fit se retourner, et elle vit une multitude de visage agglutinés à l'entrée de la cours. De là où elle était, elle pouvait voir de l'autre côté de la rue des visages curieux se coller aux vitres des fenêtres des maisons.
- Voilà pourquoi j'aurais préféré partir avant l'aube, maugréa Grands-Pas, tout près d'elle.
Luana se sentit visée par cette réplique, et n'osa pas le regarder en face.
- Désolée, dit elle sincèrement.
- De quoi ? demanda-t-il, surpris.
- Bah, de vous avoir retardé. si j'avais pas pioncé jusqu'à je sais pas quelle heure, on serait déjà loin.
- Vous n'y êtes pour rien, lui assura-t-il. Nous avions besoin d'une bête de bât pour partir, et vous étiez déjà réveillée quand nous avons finit par trouver celle-ci, ajouta-t-il en lui caressant le museau. Mais si j'avais put éviter les curieux, je l'aurais fait.
Tous deux jetèrent un regard à la foule de plus en plus compacte qui se formait à l'entrée. Étrangement, tous paraissaient craindre le Rôdeur et reculèrent légèrement lorsqu'il les toisa froidement.
Puis il se détourna d'eux, et s'intéressa de nouveau à la jeune fille.
- Est-ce la première fois ?
- Que je pars en voyage comme ça ? Oui.
- Non, je voulais dire, que vous vous mettiez à saigner en entendant la plainte des Nazguls ?
Luana se sentit mal à la simple évocation du cri de ces créatures. Elle se souvenait parfaitement de la douleur qu'il éveillait en elle.
- Non, ce n'est pas la première fois. Dès que je les entends, c'est comme si on m'écartelait.
Un frisson la parcourut. Grands-Pas lui, ne la lâchait pas des yeux, perdu dans ses réflexions.
- Pourquoi vous me demandez ça ?
Il ne répondit pas, toujours dans ses pensées. Enfin, il tourna les talons sans un mot, et rentra dans l'auberge. Elle resta sur place, ahurie.
- Mais quel … !
Elle trépignait lorsque Bill lui donna un coup de museau dans les jambes, lui rappelant qu'il attendait toujours des caresses.
- Toi au moins, tu ne me laisse pas en plan, lui dit-elle en se penchant et se pendant à son cou, le serrant dans ses bras.
C'était stupide, mais ça lui fit du bien.
