Je sais, c'est un chapitre très court, mais je craignais que le suivant ne soit au contraire trop long, et puis, cela me permet de publier plus tôt ^^
Chapitre 6:Amon Sûl
Le lendemain, Grands-Pas les fit se lever avant que les premiers rayons de l'aube ne paraissent à l'horizon. Il faisait froid, terriblement froid, un fin manteau de gel recouvrait les herbes sèches. Ils gravirent plusieurs collines, peinant dans les montées, trébuchant dans les pentes.
L'effort et le soleil pâle ne firent rien pour réchauffer leurs cœurs gelés, si bien que durant toute la journée, ils marchèrent sans un mot. La lassitude gagnait peu à peu leurs corps et leurs esprits, si bien qu'aucun d'eux ne tenta de percer le silence de mort qui les recouvrait, se concentrant sur leur lente progression, tâchant de ne pas faire de faux pas.
Luana avait remplacé Sam et tenait désormais la longe de Bill, car le Hobbit n'aurait pas put avancer sur les pentes raides tout en guidant le poney. Elle aurait tant aimé que Merry et Pippin ne lui révèlent encore quelque secrets de la Comté, qu'ils chassent les idées noires qui l'assaillaient, elle voulaient qu'ils exercent sur elle leur pouvoir apaisant et facétieux, mais elle n'eut pas e courage de le leur demander, fasse à la fatigue qu'ils affichaient.
Grands-Pas lançait sans cesse des regards aux environs, visiblement mal à l'aise dans ces contrées, ce qui avait le don de l'angoisser. ¡Joder!
Puis, alors que le jour déclinait et que le soleil approchait inexorablement la ligne d'horizon, ils atteignirent le sommet d'une colline, où une imposante tour de pierre avait était bâtie jadis, et dont il ne rester à présent que des ruines.
- C'était la grande tour de garde d'Amon Sûl, leur dit Grands-Pas. Nous y passerons la nuit.
Cette nouvelle réjouit le Hobbits, car ils auraient un semblant de toit pour se reposer, dans ces ruines. Luana, quant à elle, jeta un regard apeuré à l'imposante silhouette de roche qui la surplombait. Non, elle n'aimait pas cet endroit, et aurait tout donné pour ne pas avoir à y faire une halte.
- Luana? Appela le Rôdeur lorsqu'il la vit immobile, les yeux rivés à la tour, refusant obstinément de faire un pas de plus.
Elle réagit enfin à son appel, refoula un frisson et secoua la tête, tentant de retrouver contenance et de chasser cette peur grotesque. Il l'attendit, et se remit à marcher à ses côtés, percevant sans doute son malaise.
Les quatre Hobbits se laissèrent choir le long des parois de pierre de la combe dans laquelle ils trouvèrent refuge. L'endroit était exposé aux vents et aux regards de tous, et n'avait de refuge que le nom. Elle s'assit à côté d'eux, resserrant les pans de sa cape pour conserver le plus possible de chaleur. Le temps était froid, mais ce n'était pas tant cela qui la gelait que l'atmosphère du lieu. ¡Mierda! Pourquoi ne pouvaient-ils pas dormir à la belle étoile, comme il l'avait fait les nuits précédentes?
Les semi-hommes ne semblaient s'en apercevoir, mais elle n'était pas la seule à ne pas être très rassurée ici. Grands-Pas guettait le lointain d'un regard inquiet.
Il étala ensuite devant lui un ensemble d'épées qu'il distribua aux Hobbits. Celle qu'il avait donnée à Luana, il lui avait demandé de la garder auprès d'elle, si bien que la jeune fille l'avait toujours accrochée à sa ceinture par une lanière de cuir.
Tandis que les Hobbits examinaient leurs nouvelles armes d'un air perplexe, le Rôdeur se releva.
- Je vais surveiller les alentours. Restez ici, dit-il avec un regard entendu en direction de Luana.
Elle hocha la tête en signe d'acquiescement, même si l'idée de rester là ne l'enchantait pas, c'est pourquoi elle préféra se relever et aller jeter un coup d'œil en haut de la tour.
Le ciel était dégagé et les étoiles scintillaient au-dessus de sa tête, mais il manquait quelque chose dans ce ciel désespérément vide, et cette absence pesait lourd sur son moral déjà au plus bas. Il manquait la lune, qui s'était éteinte dans les ténèbres, et qui ne dispenserait de nouveau sa lumière froide que la nuit suivante. Luana se sentit plus vulnérable que jamais, dans cette obscurité où elle ne voyait presque rien, et seul son instinct lui permit de ne pas se cogner contre les rochers et les pans de mur effondrés qui trainaient çà et là. Comment Grands-Pas espérait-il pouvoir surveiller les lieux dans ce noir complet? Il leur avait interdit de faire du feu, il n'allait donc pas lui-même s'en servir. Alors, pourquoi sentait-elle une odeur de brûler? Qu'est ce que c'était que cette lueur qu'elle pouvait discerner un peu plus bas, dans le ventre perforé de la colline? ¡Mierda!
Qu'avaient donc fait les Hobbits? En s'aidant de la faible lueur qui éclairait à présent les environs comme la lumière d'un phare, elle revint en courant dans la crique, découvrant avec horreur ce qu'elle craignait. Sam, Merry et Pippin avaient allumé un feu pour cuisiner. Frodon aussi affolé qu'elle, éteignait le feu avec ses pieds, propulsant de la cendre un peu partout, au grand dam de Merry et Pippin.
- ¡Estupidos! S'écria Luana. Qu'est ce que vous avez foutu! Vous voulez signaler notre position à tout le monde, c'est ça?
En réponse à son affolement, un cri déchira l'air, ainsi que les tympans de la jeune fille, qui vacilla tandis qu'un filet de sang s'écoulait de ses oreilles et de son nez. Tous se précipitèrent au bord de leur repère, qui leur offrait une vue imprenable sur les alentours, découvrant avec horreur cinq silhouettes plus noires que la nuit s'élancer au pied de la colline.
- Courrez, cria Frodon en dégainant son épée.
Tous obéirent et prirent leurs jambes à leurs cous.
- Vers le sommet, vite! Hurla Luana en brandissant elle aussi son épée.
Elle la trouvait lourde, terriblement lourde pour ses bras fatigués. Jamais elle ne pourrait se battre avec!
Ils se retrouvèrent sur la plate forme principale de la tour, piégés comme des rats. Ils ne pouvaient plus rien faire, ils n'avaient nul part où fuir: s'ils tentaient de descendre par les flancs de la colline, ils se retrouveraient nez à nez avec les Cavaliers Noirs, s'ils restaient là, ces derniers leur tomberaient dessus, et ils n'avaient nul endroit où se cacher. Ils se mirent dos à dos les uns les autres, ayant ainsi une vue globale, ce qui leur éviterait d'être surpris par derrière.
Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi, dans un silence assourdissant pour Luana, dont les oreilles meurtris devaient encore supporter le son de leurs respirations rauque, et le vacarme de son cœur qui battait trop fort pour que ses côtes puissent le supporter. Ses main étaient moites sur la garde de son épée, elle ne parvenait pas à la maintenir fermement, tant elle tremblait. Alors c'était ça la peur? C'était comme si on la tuait sans qu'on eu à la toucher, la terreur faisait le travail seule.
Soudain, l'air devint glace, son cœur cessa de battre, tandis qu'elle tournait la tête vers une ouverture dans les fortifications du monstre de pierre. Il n'y avait rien, et pourtant, pourtant, une ombre gigantesque se découpa brusquement devant elle. Impuissante, elle la regarda s'avancer vers eux, tirant une lame noire de son fourreau, et continuer à s'avancer d'un pas lent, l'épée tenue droite devant elle.
Elle voulut crier, prévenir les autres, mais sa langue était de plomb, sa gorge fondue dans le même métal. Elle n'eut pas besoin de le leur dire, car les quatre Hobbits se retournèrent instinctivement, pour voir les cinq cavaliers se dresser face à eux, en une barrière infranchissable. Les voir marcher sur eux d'un pas égal, pointer sur eux leurs armes dans un ensemble effrayant.
- GRANDS-PAS! hurla Luana de désespoir, avant de se jeter sur le Cavalier le plus proche d'elle.
Elle entendit derrière elle Sam se jeter à son tour dans la mêlée, mais ne put le voir s'écrouler à terre en recevant un coup qui le propulsa dans les airs, car elle dut parer piteusement l'attaque du Cavalier. Elle recula, se dressant entre leurs adversaires et Frodon, le seul qui soit encore debout. Mais elle fut à son tour balayée par un revers de la main, et sa tête vint donner contre une pierre. Sonnée, elle vit Frodon lâcher son épée, reculer, puis trébucher, apeuré. Il se figea un instant, tout comme les ombres qui étaient sur lui, plongea une main dans une poche de poitrine et en retira l'anneau d'or avec lequel il jouait distraitement à l'auberge du Poney Fringant. Il hésita, trop longtemps au goût de la plus grande et imposante des ombres, le chef des Nazgûls, qui avança, une dague à la main. Et Frodon mit l'anneau, et disparut.
Le Cavalier Noir fendit l'air de sa lame, là où se trouvait le Hobbit une seconde auparavant. Un cri de douleur pur, perdu dans le lointain, retentit.
- Frodon! Cria Luana en se redressant, sentant que son ami était blessé.
Elle se jeta sur le Nazgûl, l'épée en avant, et le transperça au niveau du cœur. L'être de ténèbres resta impassible, comme si la blessure mortelle ne lui faisait rien. Puis il poussa de toutes ses forces sa litanie de mort, qui frappa de plein fouet l'âme de l'impétueuse qui osait se mettre en travers de son chemin. Luana se sentit déchirée, ses genoux ployèrent sous le choc, tandis que son corps s'affaissait, jusqu'à ce qu'une main ganté d'acier ne lui agrippe la gorge et la soulève de terre.
Elle étouffait! Le Nazgûl resserrait de plus en plus son étreinte sur sa gorge, il la privait d'air, il la tuait! Elle vit, à travers les larmes de sang qui lui baignaient les yeux et le visage, Frodon réapparaître, une lamentation de douleur s'échappant de ses lèvres tordue en un rictus d'agonie. Elle vit, alors que le noir commençait à l'envahir, que ses poumons lui brulaient et ne tarderaient plus à imploser, Sam se précipiter sur son maître. Elle allait mourir ici, sans avoir put dire à ses amis à quel point ils comptaient pour elle, sans pouvoir dire adieu à son frère, et lui demander pardon de l'abandonner ainsi, seul. Elle mourrait, le goût du sang et de l'amertume sur les lèvres.
Elle se sentit partir, quand le Nazgûl la lâcha soudain, avec une plainte plus violente encore. Elle sentit le sol venir à sa rencontre, le heurta. De l'air! Elle aspirait de l'air! Elle aspirait la vie! Ses sens lui revinrent tandis qu'elle crachait et reprenait sa respiration avec difficulté.
Grands-Pas! Grands-Pas était là! Grands-Pas &était arrivait à leur secours, et se battait seul contre les cinq Nazgûls, avec pour seules armes son épée et une torche enflammée. Il tournoyait en tous sens, esquivait, parait, frappait, il mit le feu au long manteau d'une des créatures, qui hurla. Tous les Cavaliers noirs hurlaient. Luana s'effondra contre les dalles de pierre, lacérait de toutes parts par leurs complaintes, leurs douleurs, leurs peurs étaient la sienne. Elle sentait son âme s'échapper de son corps, cherchant à fuit par tous les moyens cette souffrance. Les Cavaliers fuirent, se jetant dans le vide plutôt que de subir les flammes. L'un, téméraire, tenta de s'approcher de Frodon, l'épée levait; Grands-Pas ne lui laissa pas le temps d'achever sa salle besogne, et lança sa torche de toutes ses forces, qui vint se planter dans ce qui aurait dut être le visage du Nazgûl. Ce dernier céda et quitta à son tour le champ de bataille, dans une grande plainte.
Le Rôdeur alla à leur suite et vérifia qu'ils avaient disparut, puis il revint vers Frodon, autour duquel Sam, Merry, Pippin et Luana s'était rassemblés. Le Hobbit pleuré tant il avait mal, et les autre ne pouvaient rien faire pour lui.
- Grands-Pas, appela Sam. Grands-Pas, aidez-le.
L'Homme ramassa à terre la dague avec laquelle Frodon avait été poignardé, et alors qu'il l'examinait, la lame vola en fumée et s'évanouit dans les airs.
- Il a été poignardé par une lame de Morgul, déclara-t-il en lâchant la poignée avec dégoût.
Ils étaient là, à veiller le réveil de Frodon qui ne venait pas. Le Hobbit était couvert de sueur, et pourtant, il était froid, si froid. Luana épongeait son front, le réchauffait comme elle le pouvait, ravivait le feu dès que celui-ci faiblissait. Il ne devait pas faiblir, pas comme elle! Elle était épuisée, les larmes coulaient le long de ses joues. ¡Mierda! Elle ne pouvait rien faire d'autre que de chialer? Frodon avait besoin d'elle, elle n'avait pas le droit de se laisser abattre! Merry et Pippin, malgré la fatigue et le chagrin, tenait le coup et leurs yeux étaient secs; Sam était parti avec Grands-Pas chercher elle ne savait quoi, et elle, elle chialer! Elle n'avait pas le droit, elle devait être forte! Elle tenait serrer la main de Frodon dans la sienne, lui parlant, l'appelant, l'encourageant. C'était tout ce qu'elle pouvait faire, c'est-à-dire rien.
Le bruit de l'herbe qu'on foule le fit se relever rapidement, l'épée au poing. Sam et Grands-Pas entrèrent dans le périmètre restreint éclairé par le feu. Avant leur départ, le Rôdeur lui avait demandé de faire bouillir de l'eau –la seule chose qu'elle avait fait d'utile jusque là-; il sorti de ses poches plusieurs poignées d'un plante qu'elle n'avait jamais vu, en arracha les feuilles et les jeta dans la marmite posée sur le feu et remua l'infusion qui résulta du plongeon de la plante dans l'eau bouillante. Un parfum doux et enivrant, un parfum frais qui apaisa un peu les esprits tourmentés de tous, et pansa le cœur et l'âme blessée de Luana, qui ne s'était pas encore tout à fait remise de l'effet qu'avait sur elle la complainte des Nazgûls.
Grands-Pas retira les feuilles de l'infusion, releva les couvertures qui recouvraient le corps inerte et froid de Frodon, et lui dénuda l'épaule, là où la lame de Morgul avait mordu la chaire. La plaie était sale, sombre, les contours étaient marbrés de noir, faisant ressortir sur sous la peau blême les veines, jusque dans le bras gauche du Hobbit. Le rôdeur l'aspergea d'infusion, et il sembla qu'instantanément, le visage de Frodon reprit des couleurs.
-C'est de l'Athelas, expliqua-t-il face à l'air stupéfait qu'elle afficha. Cela retardera le poison, suffisamment j'espère pour que nous puissions rejoindre Fondcombe.
Frodon rouvrit les yeux à cet instant. Luana faillit pleurer à nouveau, non pas de soulagement, mais d'horreur en voyant les yeux du Hobbit habités par une flamme glaciale, comme s'ils s'effaçaient, perdaient de leur chaleur et de leur humanité. Elle se jeta à son cou et le serra fort contre elle. Mais elle n'eut pas la force de lui raconter ce qu'il s'était passé, et écouta, le cœur lourd, le récit que lui firent ses amis.
