Seth
-Seth?
-Quoi?
-Qu'est-ce que t'en penses?
Je décollai mon regard de ce qui retenais mon attention et regarda Colin. Il avait deux ans de moins que moi, mais je n'étais plus grand que d'une demi-tête.
-Qu'est-ce que je pense de quoi?
-De ce que j'ai dis.
-Ah oui, ce que tu as dis...
Je torturais mes méninges pour savoir ce que Colin aurait bien pu dire. Je ne l'écoutais pas, comme vous aurez pu deviner.
-Désolé, je ne m'en rappel plus.
-Tu n'écoutais pas, plutôt.
-Ouais, que disais...
Je m'interrompis, Catherine venait de passer près de moi. L'odeur de sa peau flottait dans l'air, et, sans en avoir vraiment conscience, je lui attrapai le poignet. Elle s'arrêta nette et fixa ses yeux trop bleus sur moi. Elle me lança un regard furieux, mais semblait surtout intriguée.
-Qu'est-ce que tu veux?
Je ne le savais pas. En fait, oui, je le savais parfaitement, mais je ne pouvais pas lui dire. Je ne pouvais pas mettre fin à cette guerre entre nous qui durait depuis l'enfance, je ne pouvais pas mettre fin à la comédie que je jouais. Ça avait pris trop de place dans nos vies pour l'arrêter.
-Si tu n'y vois pas d'inconvénient, je vais reprendre mon poignet.
J'haussai les sourcils. Elle avait dit ça tout doucement, gentiment. Comme si elle ne voulait pas me vexer. Sa voix glissait sur moi et je l'emprisonnais dans un coin de mon esprit pour le ressortir quand cette soudaine chaleur va disparaître.
-Je croyais que mon avis ne t'importait pas.
Elle fronçait les sourcils, comme si elle s'étonnait effectivement d'avoir été gentille avec moi, même si c'était le temps d'une seconde. Puis repris un visage neutre avec une pointe d'agacement. Imperturbable Catherine.
-Il ne m'intéresse pas non plus. Je me fiche bien de ce que tu peux penser du moment que tu me lâche.
Avant même que je desserrai mes doigts, elle arracha brusquement son poignet de ma main. Évidemment, je dû l'agacer d'avantage, même si le cœur n'y est pas. Par habitude. Parce que c'est ce qu'elle attend de moi.
-Tu aurais dû attendre un peu. Des occasions pareilles ne se reproduiront peut-être pas.
-Je l'espère bien, je n'arrive pas à croire que je t'ai laissé me toucher. Je vais devoir me désinfecter au complet maintenant.
-Mensongère Catherine, tu as adoré.
Si seulement ce que je disais était vrai...Ce que je lui ai dit semblait la troublée, pendant un moment, mais elle retrouva son visage imperturbable, sauf que l'agacement fit place à de la colère. Étrangement, je semblais l'avoir piquer au vif.
-Tu sais quoi, Seth? Je me demande comment tes amis font pour t'endurer, tu n'es qu'un loser qui a un seul intérêt : me pourrir la vie.
Ouah, Catherine se mettait à vraiment m'insulter sans détour uniquement lorsque j'avais touché un point sensible. Ce qu'elle avait dit était tellement faux pourtant, si elle savait. J'avais envie de lui dire qu'elle se trompait. Mais ce n'est pas ce que je devais faire. Ce n'était pas ce qu'elle attendait de moi. Elle s'attendait à ce que je réplique, ce que j'aurais fait avant, mais je n'en avais pas envie. Ce que je voulais et ce que je devais faire semblait séparés à des kilomètres de distance.
-Ah ouais, et tu sais quoi Cat? Moi, je me demande comment tes amis font pour te supporter, tu es tellement autoritaire, Mademoiselle Je-Sais-Tout.
Son masque neutre semblait se craqueler et je vis de la tristesse sur ses traits, comme si je l'avais réellement blessée, des larmes inondèrent ses yeux et elle s'enfuit. Sur le coup, je restais secoué. Je lui avais déjà dit des choses bien plus horribles, et mon insulte n'était qu'une ancienne recycler. Je l'avais utilisée des milliers de fois, sans que ça la touche. Ce qui me choqua aussi, c'est que Catherine était forte. C'était l'image qu'elle projetait. Elle semblait au dessus de tout et sans émotion. Je ne la croyais même pas capable de pleurer. Froide Catherine...Mais le pire de tout, c'est que je l'avais fait pleurer. J'avais envie de me tuer pour ça. Pour l'instant, je me contentai de frapper avec vigueur sur le mur. Je ne pouvais pas laisser ça comme ça. Il fallait que j'arrange les choses, que j'efface sa tristesse. J'allais courir dans la direction qu'elle avait prise, mais Colin me stoppa.
-Tu devrais la laisser seule un peu. Je ne crois pas qu'elle veuille te voir pour le moment.
Il avait sans doute raison. Je me rappelai distraitement de quelque chose.
-Au fait, à propos quoi voulais-tu que je te donne mon avis?
-Oh, ça? Pour rien, je voulais juste voir si tu m'écoutais.
Comme seule réponse, il eu un grognement. Et un claque derrière la tête en prime.
Impossible de trouver Catherine. On avait quelques cours ensemble, mais je n'ai pas pus lui parler. Une fois la cloche sonnée, elle disparaissait. À croire qu'elle était invisible. Je ne pris pas la peine de questionner ses amis puisqu'ils n'en sauraient sûrement rien. Catherine était très secrète. Elle n'était pas au réfectoire à leur du déjeuner, ni à son casier après pendant les pauses. À la fin des cours, je partis, sans grand espoirs, à la seule place que Catherine aurait pu se trouver. À la plage. Il y était tout le temps. Non que je l'espionnais. Quoique...J'y courus en priant tous les dieux qu'elle y soit. Il semblerait qu'ils aient entendu ma prière, puisque Catherine y était bien. Je m'arrêtai pour l'observer un moment, avant qu'elle ne me voie. Elle était si belle. Ses longs cheveux bruns et lisses lui descendaient en dessous de la poitrine, sa peau mâte dorait au soleil (trop rare par ici) et ses yeux très, très bleus. Et je n'étais pas le seul à le penser. Tout le monde le constatait. Avant que je m'imprègne d'elle, mes amis me reprochaient de ruiner leurs chances de sortir avec elle et me demandait comment je faisais pour lui résister. Cependant, moi, au contraire des autres, je voyais au-delà de sa beauté. Moi, je voyais la lumière qui brillait en elle, sa douceur (qu'elle ne montrait pas avec moi), sa détermination, sa fougue, bref tout ce qui faisait qu'elle était Catherine. Je m'approchai d'elle doucement. Elle faisait ses devoirs face à la grande étendue d'eau. Elle ne remarqua ma présence que lorsque je m'assis à ses côtés.
-Qu'est-ce que tu fiches ici?
Sa voix n'exprimait pas de la colère, cependant, juste de la surprise et de l'incompréhension.
-Je suis venu m'excuser...
-Quoi?
Ses sourcils se levèrent jusqu'à la racine des cheveux.
-Pour t'avoir fait pleurer tantôt.
Cette fois, un seul sourcil se haussa.
-Tu rigoles, j'espère?
Là, c'est moi qui ne comprenais rien. Son sourcil toujours levé et affichait maintenant un sourire mutin (sa mimique préférée).
-Je n'arrive pas à y croire! Tu as pensé que je pleurais pour vrai? Pour une insulte que tu m'as dite tellement de fois que je la connais par cœur? Non que quelconque insulte venant de toi me ferait pleurer, mais bon...
Mais bien sûr! Je n'arrive pas à croire que j'étais tombé dans le panneau, un vrai débutant. Stratégique Catherine. J'éclatai de rire, soulagé de ne pas avoir cette culpabilité, mélangé à de la colère (envers moi) et de la tristesse (pour Catherine) qui pesait en moi. Cat me regardait comme si j'étais fou. Je l'étais sûrement. Mais d'elle. Elle retourna à ses cahiers et recommença à parler, sans me regarder.
-En tout cas, n'espère pas que toi et moi allions faire ami-ami parce que tu as eu la bonté de venir m'excuser pour mes fausses larmes que tu croyais vraies. Ceci n'est qu'une trêve temporaire. Qui prendra fin dès que tu seras parti. Compris?
-Compris.
Elle garda le silence un moment, me laissant entendre que les vagues, nos respirations et le griffonnement du crayon sur le papier.
-Mais...merci Seth.
Je la regardai, surpris, mais la laissa finir.
-D'être venue ici pour t'excuser. Je ne pleurais pas vraiment, mais tu ne le savais pas. C'était cool de ta part. De t'excuser je veux dire.
Elle semblait chercher ses mots, frustrée de sa maladresse. Catherine à court de mot? C'était rare. Elle semblait très habile avec les mots, au contraire. Finalement, elle dû abandonner, puisqu'elle recommença à écrire. Cette fois, c'est moi qui rompis le silence.
-Tu sais, c'est plutôt cool ce qu'on fait présentement. Se parler, sans s'insulter. Ça arrive rarement.
-Jamais, tu veux dire.
Elle eu un petit ricanement, comme si elle trouvait stupide nos petites histoires. Je continuai de parler, sans savoir où ça allait me mener.
-Ça serait amusant qu'on puisse avoir d'autres trêves comme celle-là.
Elle parût réfléchir, comme si elle pensait réellement qu'on pourrait avoir d'autre trêve de ce genre. Ça me remplis d'espoirs. J'avais cru qu'elle rejetterait l'idée avant même que je la formule.
-Ouais, ça pourrait être chouette. Mais j'ai une condition.
-Tout ce que tu veux.
-Que ça ne soit pas en public. J'ai horreur que les gens me posent de questions pour alimenter les ragots.
Je grimaçai. Je la comprenais parfaitement. Et je savais que c'est ce qui se passerait si on nous voit ensemble.
-Entendu, on n'a qu'à faire ça ici. Il n'y a presque personne. Du moins personne d'assez près pour voir que c'est toi et moi.
-D'accord, et ça dure combien de temps? Une heure?
-Non, autant de temps qu'on veut.
Elle réfléchit un instant et accepta. Une autre surprise qui s'ajoutait à toutes celle qui avait eu sur cette plage. Avec elle, les règles devaient être établies et j'étais étonné qu'elle accepte les miennes.
-Parfait, et on se voit chaque jours?
-Oui, après l'école?
-Ça marche, et on doit y aller chacun de son côté...
Et ça durait encore longtemps. Jusqu'au couché du soleil. Mais je m'en fichais. On discutait sans s'entretuer. Et on le ferait chaque jour, sur cette plage à partir de maintenant.
