Catherine

Je me sentais totalement idiote. Plus qu'idiote même. Je détestais ça. Je n'étais pas une fille naïve et stupide. Mais, présentement, j'admets que ça reste discutable. J'étais à côté de la portière de ma voiture et hésitai à aller sur la plage pour mon « rendez-vous » avec Seth. Et je dis rendez-vous dans le sens totalement platonique du terme. Donc, je restais plantée là, près de ma bagnole, en train de flirter avec l'idée de faire demi-tour. Ce qui était, finalement, mieux que de flirter avec Seth. Je ne comptais pas le draguer mais, il faut dire que, des fois, je le fais sans m'en rendre compte et ce n'est qu'après que je réalise que c'était du flirt. Malheureusement, j'avais peur que ce genre de situation arrive. Mon autre peur était que Seth ce soit moquer de moi et arrive avec une bande de copain juste pour se ficher de moi. D'où le pourquoi je me sentais idiote. Je regardais mon reflet dans la vitre de ma voiture et grimaçai : mes cheveux était tout plats. C'était le problème principal des cheveux lisses, ils n'avaient pas de volume. Je m'attachai les cheveux en un chignon qui-semblait-négligé-mais-qui-ne-l'était-pas-du-tout. Mariah m'avait appris ce truc qui était parfait lorsque nos cheveux nous lâchaient. Comme maintenant. Ben quoi, si Seth arrivait avec ses copains pour se ficher de moi, autant qu'il ait quelques choses de correctement agréable à regarder, non? J'hésitai à m'aventurer sur la plage, de peur que quelqu'un me voit attendre Seth, mais je pris sur moi et m'avançai jusqu'au lieu de rendez-vous. Surprise, Seth y était déjà. Seul. Et moi, pendant qu'il attendait, j'étais restée un million d'années à angoisser à côté de ma voiture. Finalement, peut-être que j'exagérais son potentiel démoniaque. On se regardait, un peu mal à l'aise. Il finit par parler :

-Salut.

-Salut

Peut-on faire plus banal? Un autre silence s'installa. Cette fois, je le brisai d'un petit rire niais.

-C'est étrange. D'être ensemble, je veux dire.

-Ouais. C'est…

Je ne finis pas ma phrase et m'écrasai dans le sable. On était en mai et, malgré l'air frais, je retirai mes ballerines pour enfoncer mes pieds dans le sable froid. Je fermai les yeux et entendis Seth s'assoir à côté de moi. Après, une minute de silence, Seth se mit à parler, avec sa voix qui annonçait qu'il allait m'agacer.

-Tu sais, si tu restes nus pieds dans un sol gelé, tu risque d'attraper un rhume.

Soudain, je me rappelais pourquoi Seth me tapait autant sur les nerfs.

-Mythe : c'est les virus qui donnent le rhume.

-Mouais, mais ça ne doit pas aider de s'enfoncer dans du sable aussi froid que de la neige.

-Non, arrête. De toute façon, je m'en fiche. Je m'installe où j'en ai envie.

-Super, je suis certain que ton petit ami va s'en ficher lorsque tu lui auras transmis tes fameux virus à cause que tu ne voulais pas sacrifier ton confort, Égoïste Catherine.

-Tu sais très bien que je me la joue solo ces temps-ci. Aucune romance en vue.

-Je sais, je ne fais que tourner le fer dans la plaie.

Je rouvris les yeux et le regardais. Il avait un sourire arrogant et ses yeux étaient malicieux.

-Et toi? Tu n'es pas mieux que moi. Ça fait combien de temps que ta dernière relation s'est terminée? Au moins dix-huit mois, non?

-Mm, ça va peut-être t'étonner mais je ne tiens pas de compte. Heureusement que tu t'en souviens pour moi.

Je piquai un fard lorsque je réalisai ce qu'il insinuait. Comme si je m'intéressais suffisamment à lui pour me soucier de ses dernières fréquentations! Pour qui se prend-t-il? Je soufflai sur ma frange pour me redonner contenance.

-Je disais un chiffre au hasard, ne va pas te faire des idées. Ce n'est pas comme si je m'intéressais réellement à toi.

J'avais une ouïe particulièrement fine. Mariah disait que je pouvais entendre des talons aiguilles claquer à des kilomètres à la ronde (elle exagérait, évidemment, mais l'idée restait la même). Normalement, je n'aurais pas du entendre ce que Seth avait dit. Mais les faits étaient que ça ne m'était pas échappé et qu'il était maintenant impossible d'ignorer les conséquences. Il lui avait suffit de murmurer cette phrase :

-Si seulement c'était vrai.

Et maintenant, j'écopais des conséquences. C'est-à-dire, mon cœur qui battait la chamade et mon cerveau qui oubliait de rester rationnel. Je me levai prestement et remis mes ballerines en lui disant au revoir bruyamment (j'ai quasiment hurlé).

Mariah sera tellement survoltée.

Seth

Catherine partie subitement en me criant un salut qui a faillit me défoncer les tympans (elle était tout sauf discrète). Moi, je restais encore un peu. J'avais besoin de réfléchir. Je m'étais rapproché de Catherine comme je le voulais. Mais, une fois obtenue, ce qu'on veut n'est pas comme on l'imaginait. Bien sûr, j'étais heureux de m'être rapprocher d'elle mais, d'un autre côté, pas tant que ça. Enfin, je ne voulais pas en être heureux. Un vieux réflexe sans doute, je n'avais pas l'habitude d'être content de la voir. Sauf si j'avais une nouvelle vanne à lui lancer.

-Bon sang, mais qu'est ce que je suis en train de faire?

Évidemment, personne ne me répondit. La seule personne qui connaissait la réponse devrait être moi. Mais je ne le savais pas non plus. Catherine me détestait et je l'ai détestée jusqu'à ce que je sois un loup. J'ai changé les règles du jeu sans son accord. Catherine ne voulait pas que je l'aime, c'était évident. Elle pourrait avoir n'importe quel mec, pourquoi choisirait-elle celui qui l'agace? Parce que je l'aimais plus que n'importe qui? Comment pourrait-elle le savoir? Devrais-je combattre l'imprégnation?

-Seth, arrête de penser, tu deviens idiot.

Voilà que je me parlais à moi-même. Je ne devenais pas juste idiot, je devenais fou également. Je me levai une fois ma décision prise. Catherine verrait à quel point je l'aime, qu'elle le veuille ou non. C'est ma seule chance. Ça faisait peut-être peur de se donner un défi si gros et de changer ce que j'ai toujours fait, mais, si je ne prends pas ce risque, personne d'autre le prendra à ma place et puis, en amour, tout les coups son permis, non?

…En tout cas, c'est ce que disent les romans de ma mère (avec l'amour et la haine, blablabla)