Catherine
-Arrêtes une minute et recules, tu es en train de dire que tu vois Seth en cachette et que tu ne m'en as pas parlé?
-En fait, c'est assez récent.
Mariah soupira tragiquement et se laissa tomber sur son lit. Je m'assis en tailleur à côté d'elle. La chambre de Mariah donnait l'impression de rentrer dans un gros chewing-gum rose, ce qui était à la fois un peu déstabilisant et super cool.
-Ok, et que c'est-il passé?
-Rien.
-Rien?
-On s'est agacés mutuellement, comme d'habitude.
-Beurk, c'est nul, ça. Pas même un petit flirt?
-Désolée.
Ma meilleure amie se redressa sur ses coudes et me regarda, gardant le silence pendant deux minutes, ce qui devait être son record.
-Tu vas le revoir?
-J'y suis bien obligée, on va au même lycée et on habite dans une réserve grosse comme ma poche.
-T'es vraiment idiote, ma belle. Je veux dire, seule sur la plage.
-J'en sais rien. Je devrais?
- Peut-être. Tu ne risques rien, de toute façon.
-Je gaspille du temps.
-Si c'est le pire qui peut t'arriver…
-Je verrai, j'ai encore du temps pour y penser.
Mariah réfléchit pendant quelques secondes avant de se lever rapidement, aller vers sa coiffeuse et revenir avec une pochette en fausse fourrure blanche. Je savais le contenu de cette pochette et Mariah me fit un clin d'œil en sachant que j'avais deviné.
-Peut-être qu'en discuter pendant qu'on se fait les ongles en écoutant Madonna pourrait t'aider.
Elle ouvrit la fermeture éclair de sa pochette et vida son contenu sur son lit. Des dizaines et des dizaines de flacons de vernis à ongle se répandit sur la couette. Mariah passa sa paume sur l'étendu devant elle, comme si elle caressait les flacons, avant d'en choisir un.
-Je crois que je me sens plus « sable doré de Miami » et toi?
Je me retrouvai donc à me plaindre de ma vie amoureuse avec Mariah, pendant qu'elle me peignait les ongles en rouge foncé, aussi appelé : « framboise glamour ». Avec des tubes de Madonna qui jouait et le volume poussé au maximum. Je secouai mes mains en soufflant sur mes ongles afin de faire sécher le vernis.
-Il ne manque plus que de la vodka.
J'approuvai, tout en sachant que Mariah devait avoir une bouteille cachée quelque part.
-Dommage que ma mère soit là. Elle me tuerait et appellerait ta mère pour te tuer.
J'hochai encore la tête. Parce qu'elle avait totalement raison. La mère de Mariah savait déceler une odeur d'alcool mieux qu'un chien pisteur.
-J'adore « sable doré de Miami ». C'est brillant, c'est couleur or, ça a un nom cool, que demander de plus?
Nouveau hochement de tête. Moi, j'aimais bien « framboise glamour », mais « sable doré de Miami » allait comme un gant à Mariah. On cogna à la porte et la mère de Mariah rentra :
-Désolée de vous déranger les filles, mais quelqu'un à déposer ça pour Catherine.
-Moi?
Madame Johnson (ou Shirley, comme elle préférait que je l'appelle) acquiesça en me tendant une enveloppe où mon nom y était effectivement inscrit.
-Mais je n'habite même pas ici.
Madame Johnson haussa les épaules et s'assit sur la chaise de bureau de Mariah. Elle était aussi curieuse et girly que sa fille. Elle devait se languir de savoir le contenu de la fameuse lettre.
-Moi, je paris sur un admirateur secret.
-Qui l'aurait suivie jusqu'ici pour lui remettre une lettre? C'est trop flippant maman.
Pendant que mère et fille partageait leurs hypothèses sur la fameuse lettre, je déchirai l'enveloppe et parcourus la lettre des yeux. À la fin de la lecture, je recommençai. Et je relis encore après. C'est une blague?
-Alors, Cat, qu'est-ce que c'est?
-J'en sais rien.
Mariah lâcha un soupir las avant de m'arracher la feuille des mains et de la lire à son tour. Rendu au bas de la page, elle était bouche bée. Elle releva les yeux vers moi, ahuris :
-Nom d'un soutien-gorge rembourré, c'est fou. Complètement fou.
Mariah ne faisait rien comme tout le monde. Ce n'est donc pas une surprise qu'elle invente ses propres expressions. Dont celle du soutien-gorge (sa préférée).
-C'est quoi?
J'avais complètement oublié la présence de Shirley. Mariah se retourna vers sa mère, complètement abasourdie.
-Tu avais raison, maman. C'est bien un admirateur secret. Mais cette lettre... elle est incroyable.
-Donne-moi ça!
Madame Johnson s'empara de la lettre et se mit à la lire. Moi, passant pas dessus ma surprise, je me mis à réfléchir.
-Qui ça peut bien être?
-Moi, je crois que c'est une fille. Aucun mec ne pourrait t'écrire un truc aussi… beau.
-Belle déduction. Mais ça m'étonnerait. C'est sûrement une blague.
J'aimais mieux croire que ce n'est qu'une farce pour l'instant. L'espoir fait peut-être vivre, mais ça peut à coup sûr t'humilier lorsqu'il est détruit.
-Pourquoi pas? De toute façon, même pour plaisanter, zéro garçon ne peut écrire une lettre comme celle-là. Ça dépasse leurs compétences.
-Mm, je crois qu'il y a une exception à ta règle, chérie.
Shirley avait finit sa lecture et m'observa intensément, un sourire au bord des lèvres.
-Il n'y a qu'une seule situation où un garçon peut écrire une telle lettre.
-NON!
Mariah poussa une exclamation de surprise et couvris sa bouche à deux mains. Je regardai ma meilleure amie et sa mère, complètement perdue. Elles parlent en langage codé ou quoi? Madame Johnson vit mon air étonné et posa une main sur mon épaule, son petit sourire toujours accrocher à son visage :
-Catherine, trésor, lorsqu'un garçon devient romantique et écrit des lettres comme celle que tu as reçu, il n'y qu'une seule explication : il est amoureux.
-Ou il est un chanteur pop et veut vendre des disques à des adolescentes ou des mères au foyer en manque de passion.
-Merci Mariah pour ce commentaire. Je crois qu'on aurait pu s'en passer ma fille.
-Attendez, Shirley, vous croyez que celui qui a écrit cette lettre est amoureux de moi?
-J'en suis certaine. Et il n'est pas juste un peu amoureux, il est complètement accro.
Sur ce, elle se leva, enleva une mousse de son pull et partis en déclarant qu'elle allait préparer le dîner. La lettre entre nous, Mariah et moi gardons le silence. Pendant trente secondes.
-Trouvons des indices sur son identité!
Elle prit la lettre et la scruta, comme si elle y décelait le secret le mieux garder au monde. Moi, je repensais à ce que Madame Johnson avait dit. Amoureux? Après une minute, Mariah abandonna.
-Pff, c'est écrit à l'ordinateur et il n'y a aucune odeur qui permettrait de l'identifié. Aucune faute d'orthographe ou de syntaxe. Aucun indice. Rien du tout.
Soudain, j'eu une illumination. Un seul mec était assez malin pour m'écrire ses mots, sans aucun indice sur lui. Un seul qui aurait le culot de m'envoyer une telle lettre. Cependant, je doutais que des sentiments amoureux l'aient motivé à m'écrire cela.
