Seth

Je devais reconnaître un truc à Catherine : quand il venait le temps de se venger, elle excellait. Je l'avais expérimenté plusieurs fois à mes dépends, mais la voir en action en étant de son côté était totalement différent. Nous étions dans un coin caché de la bibliothèque et révisions notre plan. Car, oui, une vengeance, ça se révise. Et pas qu'un peu!

-Alors, voilà, Seb va organiser une fête vendredi soir…

-Comment le sais-tu?

Cat me lança un regard condescendant qui me hérissa.

-Seb organise une fête tous les vendredi soirs. Sans exception. Ses parents partent chaque vendredis après-midi pour aller voir sa grand-mère malade à Washington. Ils ne reviennent que le lundi matin. Alors, Seb en profite pour transformer sa maison en boîte de nuit.

-Tu en sais des choses…

-Être informé, c'est la clé. Donc, je disais qu'il va faire une soirée vendredis et pas seulement une petite soirée intime cette fois. Une énorme fête.

-Tu en es certaine?

-À 80%. Seb fait toujours une fête gigantesque lorsqu'il y a une fille qui lui a tapé dans l'œil et qu'il veut conclure. Comme cette façon de faire a toujours fonctionnée, je ne vois pas pourquoi il la changerait. Cependant, est-il prêt à conclure? Là est la question.

-Ce qui veut dire : croit-il qu'il a suffisamment de chance pour tenter le coup?

-Exactement.

-Si la réponse est positive, c'est l'occasion rêvée pour nous.

-Fais-moi confiance, je vais le convaincre de tenter sa chance.

Elle repoussa ses longs cheveux noirs derrière son épaule.

-J'ai quatre jours en incluant vendredis pour le convaincre de me demander de sortir avec lui. C'est plus qu'il m'en faut.

Je n'avais aucun mal à la croire. Catherine était très belle et pouvait se montrer très convaincante également. Une combinaison mortelle. J'adorais lorsque la beauté se mettait au service de l'intelligence.

-Bon, je dois y aller. On se revoit demain pour faire le compte de la journée?

-Ouais, même heure, même lieux. Pars tout de suite, je vais sortir cinq minutes après. On ne sait jamais.

-Parfait.

Je la regardai s'éloignée et un plan se forma dans mon esprit.

Catherine

À peine suis-je sortis de la bibliothèque que je me fis accostée par un mec.

-Salut Catherine.

-Salut.

C'était Chris Emerson. Il y avait un an de plus que moi. Beau, populaire…et totalement dragueur. Je savais qui il était, mais je ne lui avais jamais vraiment parlé. On allait dans les mêmes fêtes, mais ils restaient avec les terminales. Il avait déjà dragué Mariah une ou deux fois.

-Écoute, je sais qu'on ne se connaît pas beaucoup, mais j'aimerais bien remédier à la situation.

-Vraiment?

-Ouais. Tu sais, traîner ensemble, s'amuser et plus si affinité.

-Je ne suis pas certaine de comprendre où tu veux en venir. Je ne suis pas intéressée. Désolée.

-Aller, ne fais pas ton numéro de vierge effarouchée, je sais que tu as réchauffé le lit de Seb. Tu es sexy, ouverte et je crois qu'on pourrait bien s'entendre.

OK, il est temps de le faire redescendre sur Terre.

-Il y a tellement de trucs à dire que je ne sais même pas par où commencer. Premièrement, ce n'est pas un numéro, je suis vierge. Je n'ai jamais couché avec Seb. Deuxièmement, je ne suis pas ouverte à ce genre de proposition. En aucun cas. Troisièmement, on ne s'entendra pas bien. Jamais. Et surtout pas pour ce à quoi tu penses.

Il me prit par la taille et m'attira vers lui. J'essayais de me dégager, mais il me tenait serrer.

-J'adore les filles qui ont du caractère. C'était un joli numéro. Ça m'a allumé grave. Alors, qu'en dis-tu? Toi et moi, ce soir. Chez moi.

-J'en dit que tu risques de m'attendre longtemps.

-Aller, on sait tous les deux que ça va finir au lit. Tu es super sexy et, d'après ce que j'ai entendu dire, tu es bonne. Je sais que tu l'as fait à quelques mecs. Pourquoi pas avec moi?

Avec quelques mecs? De mieux en mieux. Cette rumeur commençait à prendre des dimensions qui ne me plaisaient pas du tout.

-Écoute-moi bien, parce que je ne le répèterais pas. Seb ne m'a pas baisée! Ok? Il ne s'est rien passer! Ni avec lui ni avec aucun de tes petits copains qui crient sur tous les toits qu'ils ont eu une touche avec moi! Alors, va dire à tout le monde que Catherine n'offre pas ce genre de service. Ni maintenant, ni jamais.

Il allait répliquer, mais quelque chose semblait l'arrêter. Je suivis son regard et je vis que Seth se retrouvait derrière moi. Il avait les bras croisés ce qui mettait en valeur les muscles de ses bras. C'était calculé, évidemment. Je profitai du fait qu'il ait relâché sa prise pour me dégager et m'éloigner de lui.

-Salut Cat. Tout va bien?

Je fixai Chris en haussant un sourcil. Il avait l'air de redouté ma réponse. Je souris et m'approchai de Seth.

-Oh, ne t'inquiète pas. J'étais simplement en train de repousser les avances de Chris. Il est seulement un peu lent à comprendre.

-Hey, je suis juste devant toi.

Seth ricana. Il faut dire que l'expression de Chris, à la fois vexé et ahuris, prêtait à rire. Chris semblait vouloir rajouter un truc, mais je le fis taire d'un regard. Je n'avais peut-être pas les muscles de Seth, mais je pouvais me montrer menaçante moi aussi. Je me retournai ver Seth.

-J'ai la désagréable impression que ce ne sera pas un accident isolé.

-Je ne m'inquiète pas trop pour toi. Tu sais tenir éloignées les présences indésirables.

-Pourtant, tu es toujours coller à moi.

-Moi, ce n'est pas pareil, tu ne me fais pas peur.

-Euh… vous n'êtes pas supposés vous haïr, vous deux? Pourquoi vous flirtez comme ça?

On se retourna d'un seul mouvement vers Chris. Il commençait à être lourd.

-Qu'est-ce que tu fais encore là?

Nous devions avoir l'air très effrayants tous les deux, puisque Chris déguerpit drôlement vite.

-Bon, je vais y aller. En espérant qu'il n'y ait pas un autre idiot qui va essayer de me mettre dans son lit.

Mon portable sonna, me coupant dans mon élan. Seth s'éclipsa avec un petit signe de la main pendant que je décrochai.

-Allo?

-Cathou, c'est loooong.

-De quoi tu parles, Mariah?

Elle avait l'air d'être sur le point de mourir. Ou d'écouter un des ces documentaires sur l'histoire dont son père adorait alors que c'était totalement barbant.

-Du livre obligatoire du cours d'anglais. J'ai une interro là-dessus demain et je ne suis rendue qu'au troisième chapitre. Et il y en a cinquante et un. Je crois que je vais mourir.

-Combien de fois je t'ai dis que commencer à étudier la veille d'une interro, ce n'est jamais une bonne idée?

-Au moins un bon millier de fois. Mais tu n'as aucune crédibilité Mlle Je-ne-fais-aucun-effort-et-j'ai-des-super-notes-to ut-de-même.

Je n'y peux rien si j'ai une super mémoire auditive et la bosse des math. Le concierge apparut, pas très content et me fit savoir, de manière pas très gentille, de ficher le camp. Bon, la bibliothèque devait fermée, j'imagine. Je me dirigeai vers la sortie, le portable collé à l'oreille.

-Chacun son talent. Toi, tu es un as du shopping. Moi, je me débrouille bien à l'école.

-Te « débrouille bien » ? Laisse-moi rire. Je paris que ton QI crève le plafond.

-J'en sais rien et ce n'est pas important.

-Pas important? Dans quinze ans, tu seras une scientifique renommée ou une réputée psychologue alors que moi, je vais être mariée à un homme riche, genre un joueur de football ou un avocat. Tu imagine, mon avenir est d'épouser un médecin alors que toi, tu pourrais carrément en être un!

-N'exagère pas. Et des tas de gens étudie en médecine sans être des génies pour autant.

-Peut-être, mais pas toi. Toi, tu vas entrer à Harvard, finir major de ta promotion et tout ça. Alors que je vais…

Mais les affirmations farfelues de Mariah ne m'intéressèrent plus. Devant moi se trouvait ma voiture. Rien d'extraordinaire en soi, sauf qu'elle était couverte de feuilles de papiers. Je m'approchai et décolla une feuille pour la lire. C'était une page de roman. Je la lis et ma bouche s'ouvrit sous le coup de la surprise. J'en arrachai une autre et une autre puis encore une autre jusqu'à ce que toutes ces feuilles se retrouvèrent dans ma main. Toutes ces pages de livre n'étaient pas choisies au hasard pour faire une mauvaise plaisanterie. C'était des pages de passages romantiques, de passages qui parlaient d'amour éternel. Certains mots étaient même surlignés pour y donner encore plus d'importance. L'admirateur secret avait encore frappé et je devais dire qu'il avait fait fort sur ce coup-là.

-Catherine? Ça va? Tu m'écoute?

-Oui, désolée, je dois te laisser, on se reparle plus tard.

Je raccrochai et, les feuilles en main, j'embarquai dans ma voiture. J'allais les gardées, bien sûr. J'étais bien obligée d'admettre que ce n'était pas un mauvais tour, ça semblait bien trop personnel, bien trop travaillée. C'était tellement romantique, tellement fou, tellement parfait.

Qui que soit ce mec, il m'avait conquise. Enfin, pas totalement, mais presque. Parce que, une fille comme moi, ça ne se laissait pas séduire facilement.