Un chapitre qui m'a donné des insomnies tant je ne pouvais plus m'arrêter d'écrire. Alors j'espère qu'il vous plaira! =)

En ce qui concerne la mer de ténèbres qui sépare Luana de Naurofana, je trouve qu'il serait intéressant de savoir ce que vous en pensez... qu'est ce que c'est selon vous? =) Je sais déjà de quelle manière je compte l'expliquer (dans un futur lointain... après bon nombre de chapitres... -_-, ) mais j'aimerais voir si vous arriveriez à deviner ce que j'ai en tête ;)

Si vous trouvez, soit vous êtes entrez dans ma tête, soit vous avez un esprit aussi tordu que le mein Lol

Alors, à vos marques, prêts... spéculez! =D

Reviews:

Maman bouba: heureuse de te revoir! =D En vous retrouvant tour à tour, je me rends compte à quel point ça me manquait de lire vos reviews et la plaisir de voir vos noms s'afficher! Merci, j'espère pouvoir te satisfaire toujous autant si ce n'est plus dans les chapitres à venir, c'est pourquoi je vasi tâcher d'approfondir un peu plus ce lein entre la louve et l'humaine. Ha! Ravie de voir que cette "mer de ténèbres" qui les sépare t'intrigue. Ses remords et ses peurs? Je n'y avait pas pensé, c'aurait put être intéressant à approfondir c'est vrai, mais j'ai autre chose en tête pour l'expliquer ^^. Si sa blessure te donne encore plus envie de lire la suite, je sens que tu voudras avoir le prochain chapitre sur le champ (raison de plus pour moi de m'activer à le pondre ^^)... oups, j'en ai peut être trop dit.

VegetaYouShoulveComeOver: et si, Leggy-chou va morfler! x) est ce qu'il va s'en sortir? hum...c'est bien connu je suis une grande sadique -niarkniarkniark. alors, je le sauve ou je le sauve pas? ^^

Ewynona: ... whoua... lorsque j'ai lu ta review, je me suis sentit toute chose. Je n'aurais jamais crut que ma fiction puisse autant émouvoir quelqu'un (si émouvoir est le terme aproprié...) Je suis heuresue de voir que la façon dont j'ai présenté la mort de Gandalf te plaise autant, c'était le passage le plus important dans ce chapitre pour moi, et j'avais la sensation de ne pas avoir été à la hauteur dans son écriture. Mais si tu me dis que tu en es satisfaite, alors je te crois. Quant au balrog, je ne cherhcais pas vraiment à le magnifier, mais chaque fois que je le vois, je trouve que malgré sa laideur et sa malveillance, il y a dans l'alliance du feu et de l'ombre une poésie magnifique, car il n'y a pas d'ombre sans lumière. Question romatisme et belles histoires, je pense pouvoir dire que ce chapitre te plaira en partie, tout du moins je l'espère. Ha, je me sens moins seule! Et j'avauis peur qu'on me fasse la peau pour avoir amoché "Leggy-chou" ^^ mais entre sadiques, on se comprend! ;) "PUNAISE DES BOIS"... c'est original, j'adore! =D (même si je préfère Iblith... RP!... dsl -_-, ) Merci, tes compliment me touchent énormément. J'avoue que pour le passage des pleurs, je n'ai pas grand mérite, et je me suis fort aidée de la vraie vie. Quoiqu'il en soit, je suis heureuse de voir que cette fin, cet instant d'intimité entre Frodon et Luana, soit aussi poignante.


Chapitre 27: le chant de Nimrodel.

Un vent glacial courut à travers la vallée, souffle de glace expiré par la montagne. Derrière eux, les Caradhras s'élevaient orgueilleusement, masse sombre sur le ciel nocturne, vainqueur sans mérite qui avait sut les chasser de ses flancs, les obligeant à passer par les mines de la Moria. Luana lui jeta un regard méprisant, lui envoyant toute sa peine et sa rancœur, avant de se détourner définitivement, et de s'enfoncer à la suite de ses compagnons sous la voûte des arbres de la Lothlórien.

Ils avaient courut tout le reste du jour, se refusant toute halte, mettant le plus de distance possible entre eux les orques, susceptibles de se jeter à leur poursuite une fois le soleil couché. Mais avec soulagement, ils s'étaient rendus à l'évidence que nulle chasse n'avait été donnée. Ils ne s'étaient pas arrêtés pour autant, et avaient continué leur course des heures durant, malgré la fatigue qui accablait les Hobbits et les faisait trébucher, malgré la faiblesse grandissante de Legolas, dont les vêtements commençaient à se teindre en rouge au niveau de l'épaule. L'Elfe n'en gardait pas moins un rythme soutenu, courant en tête de file aux côtés d'Aragorn.

La Nauro était restée en retrait du groupe, les sens aux aguets, assurant leurs arrières. Sa vue n'était pas excellente en pleine nuit, et elle ne pouvait compter sur l'instinct de la louve qui dorait d'un sommeil profond au fond d'elle, pour autant, sa vision de prédateurs et son ouïe lui avait parfaitement permit de percevoir la présence de Gollum. Il s'était fait discret, marchait sans bruit et à bonne distance, mais il ne pouvait dissimuler la chaleur de son sang, ni les battements de son cœur. Afin qu'il sache qu'elle avait conscience de sa présence, elle s'était arrêtait, avait laissé le reste de la communauté s'éloigner un peu, puis avait jeté une pierre dans sa direction, sans pour autant le viser, afin de l'effrayer, et qu'il garde ses distances. Gimli, lui aussi à la traîne, avait fait volte-face, alarmé par la chute du projectile et 'échos qui en résulta. La voyant seule à l'arrière, il l'avait rejointe et s'était enquit de "ce qui avait bien put lui passe par l'esprit pour qu'elle lui fit une telle frayeur". Ne voulant pas l'inquiéter quant à la présence de Gollum, elle prétexta avoir buté accidentellement contre le caillou, qui était allé ricocher contre les rocs. Le Nain s'en était allé, grommelant dans sa barbe, la laissant à nouveau seule avec ses appréhensions.

Mais maintenant qu'ils étaient dans la forêt, elle était… plus calme, comme hypnotisée par l'atmosphère, à la fois si ancienne et si jeune! Il lui semblait entendre à travers le souffle du vent dans le feuillage la douce voix des arbres qui se murmuraient entre eux, des secrets ancestraux. À travers ses yeux de louve, elle pouvait voir la vie qui coulait à travers leur sève, courant le long des troncs à l'assaut des cimes et des feuilles. Ce fut pour elle comme se retrouver entourée de vieux sages, dont elle crut à maintes reprises percevoir les contours brumeux à travers les jeux d'ombres et de lumière, spectres sans âges, esprits des arbres qui se montraient sous la forme de vénérables vieillards aux allures bienveillantes. À la pâle lueur que leur offrait le clair de lune, les troncs s'irisaient de reflets d'argent, tandis que les feuilles rayonnaient telle une myriade de soleils mourants.

- La Lothlórien! Nous sommes dans le Forêt d'Or, dit Legolas, emplissant ses poumons du parfum des sous-bois.

- La Lothlórien, oui, acquiesça Aragorn comme si un poids lui enlevé des épaules. Je suis heureux d'entre de nouveau le vent dans les arbres! Nous sommes trop proches encore des Portes à mon goût, mais nous ne pouvons aller plus loin. Espérons que la grâce des Elfes nous gardera cette nuit des périls qui viennent derrière nous.

- Si tant est qu'il y ait encore des Elfes ici, bougonna Gimli.

- Il ya longtemps que les miens ne sont revenus jusqu'ici, dit Legolas dans un souffle rauque, l'effort lui devenant de plus en plus pénible, mais nous avons appris que la Lórien n'est pas encore désertée. Ses habitants se laissent rarement voir et demeurent aujourd'hui au plus profond de la forêt.

Ils s'enfoncèrent un peu plus profondément dans les bois, lorsqu'ils entendirent le chant d'un cours d'eau, dont ils atteignirent sous peu les flots noirs, qui s'écoulaient paisiblement, avant de prendre de la vitesse, et de chuter en une cascade de tintements cristallins le long d'une pente, éclaboussant les rochers et les racines alentours de leurs eaux pures.

- Voici la Nimrodel. Sur cette rivière les Elfes Sylvestres composèrent de nombreuses chansons il y a fort longtemps, et nous les chantons encore dans le Nord, nous souvenant de l'arc-en-ciel dans ses cascades et des fleurs d'or qui flottaient dans son écume. Mais tout est sombre à présent.

Et alors qu'il disait cela, l'Elfe vacilla, son corps le lâchant soudain. À quelques pas de lui seulement, Luana fut assez vive pour le rattraper avant qu'il ne s'écroula à même le sol, se glissant sous son bras valide afin de le soutenir.

- Legolas! L'appela-t-elle, le voyant défaillir tout contre elle.

- Je vais bien, ce n'est rien, souffla-t-il dans un soupir presque inaudible.

- Bien sûr que non ça ne va pas!

- Luana! La rappela à l'ordre Aragorn, avant de se tourner vers le reste de la Communauté. Nous passerons à gué la rivière, mais n'iront pas plus loin pour cette nuit et camperons sur l'autre rive.

Le Rôdeur vint lui aussi soutenir l'Elfe, et tous longèrent le cours d'eau, jusqu'à trouver un passage où le niveau était peu profond. À peine eut-elle les pieds plongés dans l'onde que Luana eut un sursaut. L'eau était froide sur sa peau, mais par sa fraîcheur et sa pureté, elle ôta de ses membres engourdis toute lassitude, toutes souillures qui alourdissait ses pas.

La voyant ainsi surprise, Legolas eut un faible sourire, et lui dit doucement:

- La Nimrodel est bienfaisante aux gens fatigués.

Une fois que tous furent sur la rive opposée, ils s'arrêtèrent au bord de l'eau. Les Hobbits se laissèrent tomber sur le sol couvert de mousse, imité de près par Gimli et Boromir. Aragorn et elle aidèrent Legolas à s'adosser au tronc avec milles précautions. L'Elfe était pâle comme un mort: sa peau d'albâtre semblait avoir disparut sous un voile de cendre, son teint étant devenu gris et cireux. De profondes cernes soutenaient ses yeux bleus, eux aussi voilés et fiévreux. Luana ne put s'empêcher de poser une main sur son front brûlant. Legolas parut surpris de son geste, néanmoins, il ne fit rien pour se reculer et ferma les yeux, las, fatigué et à bout de force, appréciant visiblement le contact froid de ses doigts.

- Aragorn, ce n'est pas normal! Fit-elle remarquer en l'entraînant un peu à l'écart par respect pour Legolas.

Elle savait pertinemment que le Rôdeur en avait conscience, mais désirant qu'enfin il lui dise ce qui n'allait pas.

- Il est brulant de fièvre, et la plaie continue de saigner! Je croyais que les Elfes étaient plus résistants que les Hommes! Je croyais qu'ils pouvaient guérir de blessures normalement mortelles, que les maladies ne les affectaient pas, que…

Aragorn lui posa une main à la fois ferme et réconfortante sur l'épaule, la pressant doucement afin qu'elle s'apaise et obtenir d'elle le silence. Il plongea ses yeux dans les siens, et elle sut.

- Les Elfes n'ont certes rien à craindre de certaines blessures, des maladies ou de la vieillesse, ils n'en restent pas moins vulnérables face au poison.

Luana le contempla un long moment en silence, ne sachant plus quoi dire. Lentement, son regard dévia vers Legolas, qui en retour l'observait lui aussi sous ses paupières mi-closes, ses flancs se gonflant douloureusement à chaque inspirations, les traits du visage crispés. Une fine couche de sueur commençait à recouvrir sa peau, chose qu'elle n'aurait jamais crut voir sur un Elfe.

- Est-ce qu'il va…

Elle ne termina pas sa phrase, se refusant à utiliser le mot fatidique.

- Est-ce qu'il va s'en sortir? Reformula-t-elle en déglutissant avec difficulté.

Aragorn la força délicatement à lui faire face, lui prenant le menton entre ses doigts et lui relevant le visage.

- Comme tu l'as fait remarquer, les Elfes sont plus résistants que les Hommes, et les feuilles d'Athelas dont je me suis servie pour nettoyer la plaie ralentissent le poison, mais mes compétences de guérisseurs sont limitées en ces lieux si sauvages, et la perte de sang l'affaiblit un peu plus face à ce nouvel ennemi.

La Nauro sentit à nouveau ses yeux lui brûler tandis que de nouvelles larmes s'agglutinaient sous ses paupières. L'une d'elles parvint à se frayer un chemin parmi ses cils, et perla le long de sa joue. Aragorn l'essuya du pouce tout en caressant sa peau si blanche.

- Même s'il ne devait pas y survivre, seul son corps périra. Son esprit est immortel. S'il vient à quitter cette terre, ce ne sera que pour rejoindre les Cavernes de Mandos, dans les terres de Valinor, où il sera purifié, avant de réintégrer une enveloppe corporelle identique à son corps précédent. Il pourra alors revenir en Terre du Milieu ou rester en Valinor, lui expliqua-t-il afin de lui donner un peu de réconfort, tout en tâchant lui-même de ne pas succomber à la crainte de la perte d'un second ami.

- Comment pouvez-vous en être si sûr? Vous en parlez comme si ce n'était pas qu'un mythe!

- Cela n'en ait pas un. Glorfindel n'est pas de ceux qui racontent des histoires fantaisistes afin d'amadouer les gens qui l'entourent.

- Glorfindel?

- Il est l'un des rares Elfes qui soit revenu de Valinor en ces lieux après son trépas. Il est la résurrection d'un héros d'antan.

Luana digéra l'information sans rien dire. Elle tentait de se convaincre de ne pas être triste, que tout irait pour Legolas quelque soit son destin. Mais elle n'y parvenait pas.

- Je ne veux pas qu'il parte, souffla-t-elle.

Une leur de compréhension s'alluma dans les yeux du Rôdeur, comme s'il venait de découvrir la clé d'un mystère insondable, comme si un secret que l'on ne pouvait révéler lui était apparut au grand jour. Un fin sourire étira ses lèvres, un sourire triste, qui semblait vouloir lui dire tant de chose sans l'oser. Un de ces sourires qu'avait Gandalf, plein de sous-entendus et de sens cachés. Sentant son cœur de nouveau défaillir à cette pensée, Luana se détourna. Saisissant leurs gourdes presque vides, elle alla se poster sur la berge afin de les remplir de l'eau pure de la Nimrodel, laissant derrière elle Aragorn, qui retourna auprès de Legolas afin de lui prodiguer de nouveau soin.

Le silence tomba sur eux telle une nappe de brouillard, un voile de sommeil. Il n'y eut plus un son, si ce n'était les notes claires et limpides qui s'écoulaient des eaux de la rivière, tissant au fur et à mesure une musique douce et apaisante, propre à adoucir leurs humeurs et effacer leurs tourments. Concentrée sur sa tâche, écoutant tout d'abord d'une oreille distraite, Luana n'y prêta nulle attention sur le moment, mais ses sens furent vite accaparés par la mélodie qui tournoyait autour d'elle. Cette mélodie, il lui semblait la connaître. Elle crut percevoir le timbre caractéristique d'un piano, discrètement accompagné, magnifié et sublimé, par la valse lente et délicate des violons, tandis qu'en toile de fond le hautbois et la harpe, presque imperceptibles, achevaient de parfaire l'harmonie de la mélodie. Une voix, à la grâce infinie, s'éleva, s'évadant de sa mémoire, et se mit à chanter dans son esprit des paroles depuis longtemps oubliées. Luana, se laissant bercer, laissa cette voix s'insinuer dans sa gorge, lui prêta son souffle et ses lèvres, la laissant sortir à l'air libre.

Soshite bouya wa nemuri ni tsuita (Et soudain, le garçon tomba dans un profond sommeil)
Ikizuku hai no naka no honoo hitotsu, futatsu to (Les flammes qui se débattent tombent en cendres)
Ukabu fukurami itoshii yokogao
(Une par une, elles s'élèvent et s'étendent jusqu'à ce visage bien-aimé)
Daichi ni taruru ikusen no yume, yume
(Des milliers de rêves, ces rêves, flottent au dessus de la terre)

Gin no hitomi no yuragu yoru ni

(Dans la nuit, lorsque tes yeux argentés frémirent)
Umare wo chita kagayaku omae
(Tu naquis, éclatant de lumière)
Ikuoku no toshitsuki ga
(Des millions de mois et d'années sont passés)
Ikutsu inori wo tsuchi e kaeshite mo
(Peu importe le nombre de prières rendues à la terre)

Watashi wa inori tsuzukeru

(Je continuerai de prier)
Douka konoko ni ai wo (S'il-te plait, livre cet amour)
Tsunaida te ni kisu wo (Joignons nos mains et nos baisers)*

Sa voix s'allia à la musique de la Nimrodel, les paroles conférant aux notes de l'onde claire un sens nouveau, avant que ne se termine la chanson. La rivière n'en garda pas moins une marque indélébile, et continua de chanter ses mots, les transportant dans ses flots afin de les propageait à travers les terres, les faisant écouter à qui saurait les entendre.

Luana resta là un moment, immobile, regardant la Nimrodel emporter ces paroles évanescentes, jusqu'à ce qu'elles disparaissent au coin d'un méandre et qu'elle ne puisse plus les percevoir. Puis elle arracha un bout de sa cape émaciée et en lambeau, qu'elle plongea dans l'eau, l'essora, avant de se relever pour aller s'agenouiller aux côtés de Legolas, qui avait fermé les yeux et semblait se reposer après qu'Aragorn lui eut changé ses pansements. Elle lui tamponna délicatement les tempes à l'aide du tissu humide. L'Elfe souleva ses lourdes paupières et l'observa tandis qu'elle lui humidifiait le visage, passant sur son front, ses joues, ses lèvres et son cou. Il soupira d'aise tandis que la fraicheur de l'eau apaisait le feu qui couvait sous sa peau.

- Quelle était cette chanson? Demanda-t-il dans un murmure.

- C'est une chanson de mon monde. Je ne me souviens plus du titre, mais bizarrement, les paroles me sont revenues.

- Que racontent-elles?

Luana laissa un silence planer au-dessus d'eux, tentant de retrouver la signification des mots. Elle les avait entendues alors qu'elle visionnait les épisodes d'un animé qu'elle affectionnait particulièrement. Étrangement, elle ne se souvenait plus du quel, et bien qu'elle ne parla pas un mot de japonais, cette chanson l'avait profondément touchée, à tel point qu'elle en avait appris les paroles par cœur, ainsi que leur traduction.

- Il n'y a pas vraiment d'histoire dans cette chanson. Elle vient d'une… légende.

- Mais que vous inspire-t-elle? Quel sens lui donnez-vous? Se permit d'insister Legolas avec douceur.

Nouveau silence… que lui inspirait-elle? Avant qu'elle n'en connaisse la traduction, tout en l'apaisant, cette chanson lui insufflait une grande mélancolie, une tristesse sans nom. Elle n'arrivait pas précisément à définir ce qu'elle ressentait, mais les sens des paroles lui avaient laissé entrevoir son émoi.

- Lorsque je l'entends, elle me parle d'un amour auquel la mort n'a laissé aucune chance, mais qui survit malgré tout, traversant les siècles… je sais c'est idiot, mais elle me rend triste, tout en m'insufflant de l'espoir…

Elle se tut, ne sachant trop quoi dire, ni comment exprimer ses émotions avec des mots.

Legolas se crispa, ses traits se tendirent, tandis que ses paupières se refermaient avec force. Se laissant aller contre le tronc de l'arbre, il tâcha de reprendre son souffle, et de faire abstraction de la douleur.

- Elle correspond fort bien à la voix de la Nimrodel, dit-il, gardant les yeux clos. Je vais vous chanter une chanson de la vierge Nimrodel, qui portait autrefois le même nom que la rivière près de laquelle elle vivait au temps jadis. C'est une belle chanson dans notre langue de la forêt; mais la voici en langage ouestrien, telle que la chantent certains à Fondcombe.

Et, de sa voix soyeuse, il commença à fredonner en un souffle la légende de la blanche vierge Nimrodel. Il leur décrivit la beauté de l'étoile de la Lórien, qui vivait au bord de la rivière d'argent baptisée en son nom. Il leur conta l'histoire d'Amroth, un roi Elfe qui, ne pouvant supporter de se voir séparé de sa belle par le navire qui le menait en Valinor, se jeta à la mer afin de rejoindre à la nage les terres où sa bien-aimée demeurait. Au fur et à mesure qu'il avançait dans son chant, la mélodie de l'eau se modifia et suivit la voix de l'Elfe, comme si la rivière se souvenait de ces temps anciens chers à son cœur, chaque goutte lui échappant étant une larme versée sur cet amour inachevé et pourtant éternel. Luana trouva que ce chant était fort similaire à celui qu'elle leur avait chanté, non pas dans l'air, mais dans le fond. La même mélancolie, la même tristesse, le même amour, cette même fatalité qui s'acharnait à séparer les amants. Cette pensée lui serra le cœur, sans qu'elle sache pourquoi, tandis que son regard fut irrésistiblement attiré par Legolas, qu'elle contempla longuement.

La voix de se dernier s'altéra, et seul la rivière continua le chant.

- Je ne puis plus chanter, souffla-t-il, désolé, à bout de force.

- C'est très beau, dit Frodon, qui l'avait écouté avec une attention accrue, subjuguée.

Luana et les autres Hobbits acquiescèrent.

- C'est très beau, confirma-t-elle, mais d'une telle tristesse. Que sont-ils devenus? Je veux dire, Nimrodel et Amroth?

- D'eux, nul n'en entendit plus jamais parler, et bien heureux celui qui saurait ce qu'il advint d'eux.

- En tout cas, je comprends qu'ils n'aient pas voulut quitter cette forêt, dit Sam, sous le charme des lieux. Elle est si magnifique. Je ne comprends pas que les Elfes puissent s'exiler d'un endroit si enchanteur.

- Ne vous y fiez pas, jeune Hobbit! S'exclama Gimli, qui n'avait de cesse de jeter alentour des coups d'œil suspicieux. On raconte qu'une grande ensorceleuse vit dans ces bois. Une sorcière Elfe, aux terribles pouvoirs.

Luana ne put s'empêcher de sourire, d'un sourire las et dénué de toute joie, mais cette nouvelle histoire de la part du Nain à l'encontre des Elfes annonçait sans nul doute un nouvel échange entre Legolas et lui. Bien que cela fût aussi futile que puéril, une joute verbale aurait sans doute quelque peu allégé l'atmosphère étouffante de chagrin qui pesait sur eux. Mais Legolas n'eut pas la force de répliquer, ni même l'envie, et laissa filer. De plus, son sourire s'effaça lorsqu'elle vit Frodon, le regard inquiet, scruter les environs comme s'il cherchait à déterminé l'origine d'un son que lui seul pouvait entendre. La Nauro se concentra afin de percevoir ce son, mais seul le bruissement du vent dans les arbres lui parvint.

- Nous en avons entendu parler en Gondor, déclara Boromir, qui lui aussi se tenait sur ses gardes. L'ont dit que peu de ceux qui l'ont regardée surent résister à son charme, et que de ceux-là, aucun n'est revenu indemne.

- Ne dites pas indemne, le reprit Aragorn, comme si le Gondorien venait de proférer une insulte à l'encontre de cette "ensorceleuse". Mais en disant inchangé vous serez dans le vrai.

- Hé bien, voici un Nain qu'elle n'envoûtera pas si aisément, se targua Gimli. J'ai l'œil du faucon et les oreilles du renard.

Peut être, mais Luana quant à elle avait les yeux, les oreilles, mais aussi le nez d'une louve. Avec un grondement, elle se redressa d'un bond, le nez au vent, capturant une fragrance étrangère. Un parfum de forêt plus puissant, plus antique, lui caressa les narines, tandis que des frôlements imperceptibles lui froissaient les tympans, et que sa vue de prédateur percevait la chaleur de corps en mouvement, qui s'avançaient vers eux dissimulés dans l'ombre, tout en les encerclant.

- Qui va là? Montrez-vous! Grogna-t-elle en un avertissement menaçant.

Alors que toute la compagnie se remettait debout, saisissant haches et épées, une douzaine de silhouettes encapuchonnées surgirent du couvert des arbres, pointant sur eux la pointe scintillantes de flèches meurtrières. Tous se retrouvèrent mis en joue par plusieurs d'entre elles. Legolas, malgré sa blessure et son état de faiblesse évident, bandait lui aussi son arc, mais il y avait tant d'adversaire face à eux qu'il ne savait lequel viser. Aragorn quant à lui, fit signe à ses compagnons –et plus particulièrement Luana- de ne rien tenter qui pourrait être stupide. Une des silhouettes s'avança vers le Rôdeur et ôta son capuchon, révélant un visage indéniablement elfique. Ses longs cheveux d'or scintillèrent doucement au clair de lune.

- Le Nains respirent si fort que nous aurions put le tuer dans l'obscurité la plus totale. Vous venez de pénétrer dans les bois de la Lothlórien. Veuillez nous suivre sans opposer aucune résistance.

Luana jeta un coup d'œil interrogatif à Aragorn. Si elle le voulait, elle pourrait sortir Naurofána de son sommeil réparateur et se lier à elle; régler leur compte à ses Elfes, sans les tuer bien entendu, serait alors un jeu d'enfant. Mais il lui fit clairement comprendre qu'il en était hors de question, et déclara haut et fort qu'ils coopéraient. Tous remirent leurs épées au fourreau et rassemblèrent leurs affaires, avant de suivre les Elfes, qui les surveillaient avec une vigilance sans faille. La Nauro perçut chez la plupart des regards appuyés à son encontre, parfois accompagnés de murmures incompréhensibles pour elle. Legolas, qui marchait à ses côtés, ne sembla quant à lui pas les trouver à son goût, car il fronça à plusieurs reprises les sourcils en directions des indiscrets.

Ils marchèrent ainsi, dans le noir et sous bonne escorte, pendant une quinzaine de minutes, avant que l'Elfe qui s'était adressé à eux, ne donne l'ordre de s'arrêter au pied d'un arbre au tronc immense, aux branches épaisses et éparses. Il dit quelque chose en elfique, s'adressant visiblement à la cime de l'arbre. Une échelle de fine corde fut alors descendue. Toujours sous la menace des flèches, la Communauté n'eut d'autre choix que d'y monter. Luana l'escalada avec autant d'agilité que les Elfes qui la précédaient, et une fois arrivée au bout, elle déboucha au beau milieu d'une plateforme ouvragée, posée à même les branches de l'arbre et éclairée par des lampes à la pâle lumière blanche bleutée. Se retournant, elle aida les Hobbits à se hisser dessus. Une fois que tous furent grimpés, l'échelle fut remontée, et

Celui qui semblait être le chef de cette escouade de lutins des bois daigna à nouveau s'adresser à eux, mais cette fois, avec plus de civilité. Si parler en elfique et ne s'adresser qu'à Aragorn et Legolas était poli selon lui tout du moins. Tous deux répondirent néanmoins et saluèrent, eux aussi en elfique.

- Voici donc la légendaire courtoisie des Elfes! Se renfrogna Gimli, dont l'irritation ne cessait d'aller en grandissant. Ils parlent une langue qui nous est inconnu.

L'Elfe, qui s'était présenté sous le nom d'Haldir, se tourna vers lui et le toisa d'un air hautain, lui répondant avec mépris:

- Nous n'avons pas eu de rapports avec les Nains depuis les Jours Sombres...

- Et vous savez ce que le Nain répond à cela ?

Luana ne comprit rien des mots de pierres, aux consonances rocailleuses, qu'éructa le Nain à la face de l'Elfe, mais il aurait fallut être idiot ou naïf pour croire qu'il s'agissait de mots doux.

Aragorn pinça les lèvres, avant de le saisir par l'épaule avec mécontentement.

- Cela non plus n'est pas très courtois.

Haldir fit le tour du groupe, les examinant chacun tour à tour avec minutie. Lorsque son regard se posa sur Frodon, il se fit dur et froid. Cela n'empêcha pas Luana de percevoir au fond de ses pupilles, une crainte dissimulée à grand peine.

- Vous apportez un grand danger avec vous.

Puis il sembla enfin remarquer la Nauro, pour son plus grand déplaisir.

- Que fait un serviteur de l'Ennemie dans vos rangs? Demanda-t-il tandis que les Elfes sous ses ordres se faisaient plus menaçants à l'encontre de la jeune fille.

- Non mais ça va pas! s'écria-t-elle, effarouchée. ¡Joder! Dites aussi que je suis un Nazgûl ou un orque pendant que vous y êtes!

Aragorn lui posa une main réconfortante sur le bras, lui intimant par la même occasion de rester calme et en retrait.

- Vous êtes bien pire que cela. Vous êtes une engeance de la race de Draugluin*, lui fit remarquer Haldir, comme si cela prouver qu'elle était responsable de tous les maux de la Terre du Milieu.

Luana ne savait pas ce qu'était, ou qui était, ce Draugluin, mais la haine que ce nom semblait inspirer aux Elfes la fit frémir, tant de dégoût que de colère.

- Retirez ces mots, ou par ma hache, je m'en vais vous les faire ravaler! S'exclama Gimli en prenant la défense de la Nauro comme si l'on venait de l'insulter de la pire des manières.

Luana le retint. Le regard emplis d'animosité d'Haldir la ramena dans son monde. Il ne savait rien d'elle, ne la connaissait pas, il se permettait pourtant de la juger, comme tout ceux de son monde, qui la rejetaient et la méprisaient pour sa différence.

- Laissez Gimli, ça n'en vaut pas la peine.

Le Nain l'observa d'un air sidéré, ne comprenant visiblement pas comment elle pouvait se laisser ainsi injurier, bafouer. Avec un sourire douloureux et infime, elle lui dit d'une voix blanche et atone:

- Il y a longtemps que les mots ne m'atteignent plus.

Puis se tournant vers Haldir, elle darda sur lui le même regard fier et indomptable qu'elle adressait à ceux qui l'abominaient en son monde, et puisa au fond d'elle tout ce qu'elle avait en patience.

- Je me fous de ce que vous pouvez dire ou penser de moi, juger moi tant que vous le voudrez si ça vous éclate, mais il est hors de question que vous jetiez mes amis en pâture aux orques par ma faute. J'en ai rien à foutre de votre forêt et de votre peuple, mais sachez que c'est aussi pour vous qu'on en bave depuis des semaines, pour vous protéger de cet enfoiré de Sauron!

Non, sa patience n'avait pas suffit à contenir sa mauvaise humeurs et cela se fit sentir dans son langage. Et? Elle s'en foutait royalement. ¡Mierda! Elle était usée, fatiguée, accablée par le chagrin, tiraillée par ce hijo de puta de sentiment de culpabilité qui se refusait de la lâcher ne fusse qu'une seconde. Alors oui, elle devenait grossière, et que ceux à qui ça ne plaisait pas aillent se faire…

Aragorn la considéra avec gravité, visiblement fâché de sa vulgarité. Mais il ne semblait pas non plus accepter de laisser une infamie salir le nom de la Nauro.

- Luana n'est en rien habitée par un esprit maléfique au service de Sauron. Elle a enduré bien des épreuves dans le seul de but de protéger le porteur de l'Anneau, souvent à un lourd prix. Elle n'est pas une Gaur*, mais une Nauro. La louve qui sommeille en elle est de la race des loups originels, pas un Warg.

Ha! Elle commença à comprendre l'étendue de l'insulte, et dut s'avouer qu'elle était sans nul doute la plous blessante qui lui avait été destinée.

Haldir écouta attentivement les dires du Rôdeur, sans pour autant s'en montrer convaincu ou changer d'attitude à son égard.

- Vraiment? Son insolence et l'indécence avec laquelle elle s'accoutre, il est aisé d'en douter, railla-t-il tout en la scrutant de haut en bas, plissant e nez à la vue de la brassière et de son ventre nu.

- Ma tenue n'a d'indécent que le regard que vous lui portez, siffla-t-elle, tâchant pour une fois et pour ne pas décevoir Aragorn de ne pas employer un langage de charretier.

Ils s'affrontèrent un instant du regard. Ni lui ni elle n'était prêt à céder. Néanmoins, agacé par ce petit jeu, Aragorn rappela Luana à l'ordre. Satisfait de cette maigre victoire, Haldir se détourna d'elle avec dédain et dit:

- Quoiqu'il en soit, vous ne pouvez aller plus avant.

Luana faillit exploser pour de bon. De quel droit se permettait-il de…

" Luana, assez!" la jeune fille sursauta, n'ayant pas sentit Naurofána sortir de sa torpeur, s'attirant l'attention de tous. Les ignorants, elle se concentra sur la voix grondante qui montait au fond d'elle. "La Terre du Milieu n'est plus aussi sûr, toi-même n'as pas put ne pas t'en apercevoir" Luana tique face à la remarque cinglante. "L'ombre de Sauron ne cesse de s'étendre, n'épargnant aucun royaume, aucun territoire. Ces Elfes ne font que protéger leur forêt, l'unique demeure qu'il leur reste. Tu ne peux les blâmer d'être méfiants. Laisses-moi m'adresser à eux à travers toi."

" Tu es sûre?"

" Ils ne nous connaissent pas, ne savent rien de nous, et c'est pour cela qu'ils nous craignent. S'ils refusent de voir qui nous sommes, montrons leur, et peut être accepterons-t-ils de nous laisser passer par leurs terres."

"Entendu" soupira Luana.

Fermant les yeux, elle s'écarta de son corps sans pour autant plonger au fond de son être, laissant juste assez d'espace à Naurofána pour qu'elle prenne le contrôle de sa voix.

Lorsque ses paupières se relevèrent, tous ceux qui étaient présents, qu'ils furent membres de la Communauté de l'Anneau ou Elfes de le Lothlórien, eurent un hoquet de surprise. Les iris autrefois d'argent, avec un fin liseré doré autour de la pupille, étaient désormais deux soleils flamboyants dans la nuit.

- Seigneur Haldir, fit la voix grondante de Naurofána alors que les lèvres de Luana s'agitaient. Nous ne voulons en rien attirer sur votre peuple et votre royaume les sombres desseins de l'Ennemi, mais la mauvaise fortune ne nous à guère laisser le choix, et nous nous sommes retrouvé dans l'obligation de passer par vos terres afin de rejoindre le Mordor, dans le but de détruire l'Anneau Unique, et porter ainsi le coup de grâce à son maître Sauron. Si nous venions à échouer dans cette quête, combien de temps croyez-vous pouvoir encore préserver la belle Lothlórien des flammes et du sang que répandent les armées de Sauron?

Tous la contemplèrent avec stupeur. Le discours de la louve était indubitablement habité d'une sagesse à toute épreuve, et le triste reflet de la réalité.

Haldir la dévisagea, tandis que la louve refluait vers les brumes de l'inconscient, puis il emmena Aragorn à l'égard, laissant derrière eux le reste de la Communauté. Les autres Elfes de l'escouade s'en furent à leurs occupations, les uns s'asseyant pour discuter discrètement, les autres se postant pour monter la garde.

Il ne leur restait donc plus qu'à attendre…Sam, Merry et Pippin s'installèrent dans un coin de la plateforme, tournant le dos à tout le monde. Legolas observait les étoiles et les jeux de lumières qu'offrait le clair de lune en se reflétant sur les feuilles d'or, restant résolument droit malgré la douleur et la faiblesse qui se peignait sur son visage. Gimli s'appuya sur sa hache avec nonchalance, semblant déjà s'ennuyer. Boromir et Frodon parlèrent entre eux. Entendant le nom de Gandalf, Luana préféra ne pas se mêler à la conversation. Et elle? Que pouvait-elle faire? Alors que le sommeil et la quiétude des sous-bois l'inviter à s'assoupir sur un tapis de mousse moins d'une heure auparavant, la simple idée de rester inactive lui était insoutenable à présent. L'incertitude quant à leur chemin l'angoissait, et trop de pression lui pesait sur le cœur. Elle avait la sensation que si elle venait à la relâcher, son cœur cesserait de battre à tout jamais. Elle devait continuer de se mouvoir, tant que leur situation ne serait pas éclaircie. Et à voir le débat qui opposait Aragorn et Haldir, dont elle ne comprenait pas un traître mot, n'était pas très encourageant. Avisant une branche à bonne hauteur au dessus de sa tête, elle prit son élan, l'attrapa et se hissa dessus à la force des bras avec aisance. Les Elfes, bien qu'ils voyaient clairement son manège, ne firent rien pour le faire redescendre. Au moins avait-elle encore assez de liberté de mouvements! Mais alors qu'elle s'apprêtait à poursuivre son ascension vers la cime, une douce lamentation, comme un dernier soupir, glissa dans la nuit juste sous elle. baissant les yeux, elle vit avec horreur, le corps inerte de Legolas basculer dans le vide.

* 1- Ce sont les paroles de Tsunaida Te Ni Kiss Wo, extrait de la bande originale du manga D Gray Man. Vous pourrez la trouver sur Youtube sous ce nom ou en tapant "d gray man Allen piano" ou "partition du quatorzième".

2- Draugluin est le plus puissant des Loups-Garous au service de Sauron.

3- Gaur= loup-garou en Sindarin (Nauro est en Quenya)