Chers amis lecteurs... je tiens à rappeler avant que vous ne lisiez le chapitre qui va suivre, que je suis parfaitement saine d'esprit et qu'il est strictement interdit de s'en prendre à l'auteru de cette fic... et donc, merci de ne pas me taper même si vous me haïssez à mort! Merci! ^^,
Reviews:
VegetaYouShoulveComeOver: mouhahaha! je suis le méchant, et je vais tuer la gentille! Vive les Biomans! (ou les Nuls, comme tu veux XD ) quel enthousiasme de voir que notre cher pfince de Mirkwood continuera à vivre! ^^ Hum, l'idée de Sauron est pas mal... mais lit et tu sauras pourquoi
LinaLelfle: ne t'inquiètes pas, même si je ne poste pas à allure régulière, je n'ai pas l'intention de laisser cette fic infinie! ^^ j'espère que ce chapitre te plaira =)
Chapitre 30: descente aux enfers
Les jours passèrent, lentement, délicieusement calmes et sereins. La divine cité de Caras Galadhon offrait aux membres de la communauté de l'Anneau une oasis de paix et de sécurité. Pas d'orques ou de gobelins à combattre, pas d'espions aux yeux desquels il fallait se dissimuler, pas la moindre ombre menaçante à l'horizon. Juste le repos et la quiétude, permettant ainsi à tous de guérir de leurs souffrances, qu'elles fussent physiques ou psychiques…
Le chagrin face à la disparition de Gandalf ne trouva nul apaisement, mais au moins leur fut-il plus aisé de le supporter une fois reposés.
Oui, tous se remirent pleinement de leurs mésaventures passées, puisèrent la force de se relever dans ce lieu enchanteur qu'était la Lothlórien. Tous sauf une…
Le soir de leur arrivée, une fois que Frodon l'avait laissée seule comme elle le lui avait demandé, Luana n'était pas rentrée à leur campement de toute la nuit. Elle s'était métamorphosée en louve et avait parcourut tout Caras Galadhon de long en large, sans jamais sortir de l'îlot que formait la cité elfique, et ce jusqu'à l'épuisement, dans l'espoir vain d'échapper au désespoir qui la taraudait. Mais même l'union avec Naurofána n'y avait rien changé. Elle s'était juste sentit lâche et complètement épuisée. Aussi reprit-elle forme humaine et regagna-t-elle le hamac installé à son intention, accroché au racines, tandis que la lune se rapprochait de plus en plus de l'horizon, chassée par l'ombre grandissante. Elle avait dormit toute la matinée, ne prêtant nulle attention à l'activité environnante de ses compagnons. Ceux-ci la laissèrent se reposer, estimant qu'elle en avait grand besoin. Mais nul ne savait, hormis Frodon qui s'en doutait, qu'elle n'avait pas dormit de la nuit. Quant enfin elle s'était éveillée dans le courant de l'après-midi, ce fut une Luana faussement ragaillardie qui leur sourit. Elle avait fait bien des efforts pour leur cacher son trouble, mais l'éclat artificiel de son sourire n'avait sut dissimuler aux regards des autres l'ombre qui dansait dans ses yeux, ni même la distance qu'elle maintenait avec eux, et plus encore avec Frodon.
L'Anneau qui pendait au cou du Hobbit agissait à présent sur elle tel un répulsif, et elle ne parvenait pas à lutter contre, malgré la promesse qu'elle lui avait faite dès la départ, celle de ne jamais le quitter, de toujours le suivre quelque soit sa destination, en une litanie incessante, mais de plus en plus vide de sens.
Aucun n'avait fait de commentaire, songeant qu'elle tentait juste de dissimuler son chagrin, tout comme eux. Elle avait d'ailleurs prit l'habitude de s'éloigner lorsque le nom de Gandalf était prononcé, annonçant le retour des souvenirs de chacun à propos des instants passés en compagnie du Mage Gris, de ses paroles sages, de ses conseils, de ses histoires…
Ce n'était que passager.
Mais le soir même, alors que tous étaient partis se couler dans les bras de Morphée, Luana s'était encore éclipsée. Cette fois-ci, elle ne s'était pas transformée. Étrangement, elle ne trouvait plus rien de réconfortant ou de rassurant dans la présence de Naurofána au fond d'elle. L'océan de ténèbres qui les séparaient semblait charrier au fils de ses eaux sombres et infects de sourdes menaces, étouffant les mots empli de tendresse et d'amour de la louve, ne laissant filtrer que des grondements inquiétants. Elle s'était juste enfoncée dans la nuit, tout comme elle s'enfonçait un peu plus profondément dans son désespoir. Et le lendemain, c'avait été le même manège. Et le surlendemain. Et le jour d'après…
Cela faisait près de deux semaines qu'ils avaient trouvé refuge en la demeure du Seigneur Celeborn et sa Dame Galadriel. Deux semaines que Luana s'éloignait un peu plus chaque jour de ses compagnons, n'acceptant pour seule compagnie que celle de la solitude et de la culpabilité. Aragorn avait bien tenté de savoir ce qui n'allait pas, de lui parler. Elle avait juste répondu qu'elle était fatiguée, que tout allait bien, avant de tourner les talons et de partir errer à nouveau. Boromir, craignant lui-même de sombrer dans la détresse et la dépression, c'était acharnée à vouloir l'entraîner à l'épée, de sorte de la forcer à se battre contre elle-même. Elle avait jetée son épée à terre au bout de dix minutes, sans qu'il n'y ait eu une once de colère, de rage, ou de quelque sentiment qui fait que l'on se bat, sur son visage, juste de la lassitude. Il lui avait lancé bien des piques dans l'espoir de la voir réagir enfin. Elle n'avait même pas paru les entendre. Gimli avait puisé dans toutes ses richesses de bonhommie et d'enjouement pour la faire rire et lui rendre le sourire. Elle lui avait offert un faible sourire, avant de détourner le regard et de fixer un point invisible, des pensées sombres se reflétant dans ses prunelles. Les Hobbits avaient bien essayé de lui changer les idées en l'emmenant se promener dans les bois environnants, partant à la découverte des merveilles de la forêt de Lórien. Elle avait décliné l'invitation. À force d'errer dans les sous-bassement de la cité, elle en connaissait chaque recoin. Quant aux alentour, elle n'avait pas oublié la promesse que Legolas lui avait faite, celle de visiter en sa compagnie la Lothlórien. Elle chérissait de façon presque maladive, possessive, cette promesse, qui était encore l'une des seules choses qui lui permettait de ne pas franchir le point de non retour, bien que celui qui la lui avait faite ne semblait plus guère s'en soucier, ni même s'en souvenir.
Il était le seul de la communauté à ne pas avoir tenté de lui rendre le sourire, de savoir ce qui n'allait pas. De Boromir, cela ne l'aurait pas étonné, ce fut même le contraire qui l'avait surprise dans son indolence, mais de lui, cela la blessait, bien plus que cela n'aurait dut. L'Elfe avait reprit des forces et retrouver quasiment toute sa vigueur, et en avait usé pour profiter de la compagnie de Lindoïlin. Les premiers jours, il avait dut rester allongé, la belle dame c'était fait un devoir de s'occuper de lui, ne laissant nulle autre qu'elle s'en approcher. Et le prince de Mirkwood n'avait pas parut s'en plaindre. Dès l'instant où il avait été en mesure de se lever et marcher, tout deux avaient passé de longues journées à se promener. Non, en réalité, Legolas n'avait pas oublié sa promesse, juste qu'il avait décidé de l'offrir à celle que son cœur couvait d'un amour doucereux, plutôt qu'à une pauvre fille qu'il ne côtoyait que parce qu'ils s'étaient lancés dans la même quête suicidaire. Chose que Luana concevait parfaitement, et espérait qu'il sorte vivant de cette aventure afin de vivre le parfait amour avec Lindoïlin, comme il le méritait. Mais elle n'arrivait pas pour autant à supporter cette idée.
Aussi continuait-elle d'errer seule, encore et encore, sans jamais sortir des limites de la cité.
Ses doigts devinrent vite bleus tant l'eau était froide, mais elle ne recula pas. Tremblante, elle fit sa toilette tant bien que mal, mais ses membres peinaient à lui obéir et son esprit s'engourdissait sous ce froid mordant. Finalement, ses jambes la lâchèrent, la clouant au sol, et elle resta là, recroquevillée sous le jet glacé, se laissant submerger par l'engourdissement.
Dans l'espoir de faire disparaitre la sensation de saleté qui imprégnait son corps un peu plus chaque jour, n'en pouvant plus de se contenter d'une pauvre bassine d'eau tiède pour se laver sommairement, était partie à la recherche d'une fontaine, ou d'un quelconque bassin ou cours d'eau dans lequel elle aurait put se baigner. Jamais elle n'aurait crut tomber sur un ruisseau, alimentait par une fine cascade dont l'eau glaciale se jetait dans le vide de plusieurs mètres de haut. Une douche était aussi bien qu'un bain à ses yeux. Et peu importait qu'elle fut gelée. Elle s'était dénudée sur la berge, laissant ses vêtements et le drap qu'elle avait emporté pour ce sécher ondoyer sous la brise hivernale, suspendus à une branche basse. Glissant un pied dans l'onde claire, elle n'avait put retenir un frisson lui courir le long de la peau tandis que la morsure du froide refermé ses crocs sur l'épiderme. Elle avait néanmoins avancé jusqu'au centre du courant, l'eau lui arrivant au genou, et s'était glissée sous la chute d'eau. Elle en avait eu le souffle coupé, retenant un cri de justesse, et avait courageusement laissé l'eau couler sur sa peau et dans ses cheveux.
Mais maintenant, prostrée et de l'eau jusqu'au menton, les genoux ramenés contre sa poitrine et enserrés de ses bras, elle se demandait pourquoi elle le faisait. Il fallait vraiment être maso
Pour se baigner à une telle température. Pourtant, ça lui avait parut une excellente idée sur le coup. Le froid et la souffrance physique aurait dut chasser de son esprit les tourments qui ne cessait de revenir, encore et encore, tissant leur toile de plus en plus serrée autour d'elle, au point de l'en faire étouffer. Elle avait espéré Que le froid aurait engourdit et ralentit son cerveau, l'empêchant de songer à toutes des choses toujours si sombres, si… funestes! Au lieu de quoi, son cerveau, indolent et sans défense, se retrouva submergé par un flot dépressif.
La culpabilité et le pressentiment mortuaires qu'elle ressentait n'avaient toujours pas trouvé d'explication. À qui étaient-ils destinés, si ce n'était ni à Frodon, ni à Legolas? Si c'était pour Gandalf, pourquoi n'avait-il pas cessé immédiatement après sa mort, comme il l'avait fait la dernière qu'ils avaient campée en son cœur pour ne le quitter qu'une fois le drame réalisé? Elle savait au fond d'elle qu'ils ne pouvaient s'être trompés. Que celui ou celle pour lequel ils étaient venu mourrait. Et ce, quoiqu'elle fasse pour l'en empêcher. Elle devait rester là à attendre que cela arrive, qu'un nouvelle personne meurt sous ses yeux, sans rien avoir tenté pour la sauver. Elle devait patienter, sentant que le moment tant redouté approchait sans cesse, dépassant un paroxysme jamais atteint jusque là. Cela arriverait bientôt, et elle n'y pouvait rien. C'était bien cela qui la rendait le plus malade, son impuissance sur ce qui allait survenir. Savoir sans pouvoir. La seule chose qu'elle pouvait faire, s'était s'éloigner de ceux à qui elle tenait, dans 'espoir que la distance qu'elle mettait entre eux les préserverais du cataclysme, car elle savait que la source du malheur à venir était elle et elle seule. Elle avait d'ailleurs le fol espoir que s'il devait se passer quelque chose, il n'y aurait qu'elle d'atteinte. Elle ne voulait en aucun cas que Boromir, Gimli, Sam, Pippin, Merry, Aragorn, Legolas et Frodon aient à subir la calamité qu'elle était.
Et encore, la culpabilité, bien qu'elle fût le pire, n'était pas le seul maux à avoir élu domicile en son âme. Un profond désespoir s'était ancré dans le vide qui séparait la conscience de l'inconscience. Un désespoir dévorant, qui lui inspirait bien plus: de la haine, du dégoût, une soif de pouvoir, de mort, de domination, qui s'éveillait à chacun de ses gestes, de ses pensées, et prenait pour cible toute chose qui tombait sous la coupe de son regard, comme si autre chose qu'elle voyait à travers ses yeux et méprisait ce monde. Tant de sentiments qui l'effrayaient et l'écœuraient.
Elle ne pouvait même pas e parler à qui que ce fût. Personne n'aurait put la comprendre. Elle était seule en ce monde qui n'était pas le sien. Désespérément seule.
"Luana, ne reste pas ainsi dans l'eau glaciale. Tu vas tomber malade" souffla Naurofána, avant de se taire.
La louve avait prit l'habitude d'intervenir de temps en temps, de façon brève et exceptionnelle, respectant la volonté de la jeune fille que ne pouvait plus supporter la voix grondante de l'animal.
Luana soupira lourdement. Le froid aurait dut la revigorer. Il n'avait fait que la rendre aussi froide à l'extérieure qu'elle l'était à l'intérieur.
Se remuant enfin, elle se redressa et sortit de l'eau, se sécha et machinalement, et enfila les vêtements elfique qui lui avaient étaient prêtés. Comme elle pouvait détester la mode elfique!
Elle se figea. Voilà, voilà le genre de pensée qui faisait qu'elle commençait à se craindre elle-même!
Ravalant ses craintes pour mieux les ignorer, elle retourna telle une aveugle vers leur campement. Elle n'avait aucune envie d'y aller, ais Aragorn lui avait reproché son comportement, s'inquiété pour elle. Elle n'avait donc pas d'autre choix que de passer du temps en leur compagnie, même si cette dernière elle l'indisposait. La seule compagnie qui fut la bienvenue, c'était la solitude. Elle ne méritait que cela, être seule et délaissée des autres. Mais elle devait avouer être étrangement fatiguée ce soir là. La lassitude n'avait jamais pesé si lourd sur ses épaules et ses paupières.
Tous étaient réunis autour du feu, savourant les effluves d'un copieux repas que préparaient les Hobbits, discutant de tout et de rien, ignorants et insouciants quant au malheur à venir. Elle les rejoignit, s'installant un peu à l'écart, sous le regard insistant d'Aragorn.
Une bonne odeur s'élevait de la marmite fumante. Une odeur chaude et prometteuse d'un dîner convivial et savoureux, pas comme les tristes rations de pains et de viandes séchées mâchonnés dans le noir et le vent depuis leur départ de Fondcombe. Mais tout ça lui retourné le tripes. La simple idée de manger lui était insupportable depuis plusieurs, plutôt se laisser mourir de faim que d'avaler quoique ce soit! Sans parler des discussions inutiles et absurdes que tous tenaient les uns avec les autres, de-ci sur l'herbe à pipe, de-là les "merveilles de la Lothlórien" qui restaient encore à découvrir, et, immanquablement, les sempiternels contes et légendes chantonnés d'une voix mielleuse. Ça, c'était surtout Lindoïlin! Elle ne pouvait s'en empêcher! Elle devait toujours faire profiter aux autres de sa voix honteusement magnifique!
- Êtes-vous allées vous baigner dans la rivière? Demanda soudainement cette dernière.
Luana ne réagit pas tout de suite. Il lui fallut un moment avant de comprendre que s'était à elle que l'on s'adressait. Elle releva la tête, observant la belle dame, assise aux côté de Legolas, avec des yeux emplis d'une froide suspicion. Comment savait-elle? L'espionnait-elle?
- Vos cheveux sont dégoulinants d'eau, et vos lèvres sont encore bleuies par le froid, souffla l'Elfe en réponse à sa question muette. Il n'est pas judicieux de se baigner dans cette eau glacée, et cela en plein hiver. Pourquoi ne pas avoir demandé que l'on vous fasse couler un bain chaud?
Luana ne répondit rien. Elle tira l'élastique noir enroulé autour de son poignet, tira ses cheveux en arrière comme elle avait l'habitude de le faire depuis des années, dégageant totalement son front, ne laissant aucune mèche derrière, avant de le nouer en une queue de cheval stricte. Elle ne tressait plus sa chevelure comme le lui avait appris Arwen.
- Pourquoi vous coiffez-vous toujours de la sorte? reprit Lindoïlin, inconsciente du ressentiment qu'elle faisait enfler en la Nauro. Cette coiffure ne vous correspond pas, elle ne fait pas ressortir votre côté libre et sauvage, votre franchise. Elle vous rend sèche et sévère, si rigide et froide. Ainsi tirée et strict, elle n'est point votre image.
Qu'elle aille au diable! Elle et ses beaux conseils, sa voix magnifique, sa perfection, et l'amour que lui accordait Legolas! Luana la foudroya du regard, mais ne lui accorda pas le moindre son, la moindre réponse.
Elle tint tant qu'elle put, désespérément silencieuse, les pensées sombres tournoyants autour d'elle tels des vautours dans le ciel ou des mouches sur un cadavre putréfié.
- Vous souvenez vous de ce changeur de peau, cet homme étrange capable de se transformer en ours, et dont nous avait parlé Gandalf? Demanda naïvement Pippin, espérant refaire partir la conversation et effacer le froid qu'avait jeté la jeune fille sur l'assemblée.
Il n'en fallut pas plus. Luana se leva et s'éloigna du feu en direction de son hamac, n'en pouvant plus.
- Luana! L'appela Aragorn. Où vas-tu?
- Dormir, fit-elle sans même se retourner.
- Mais, et le repas? Tu ne manges presque plus rien depuis plusieurs jours! S'inquiéta Frodon.
Le Hobbit, plus que quiconque, avait parfaitement conscience de l'état de son amie. Il voyait bien mieux qu'eux qu'elle se laissait dépérir.
- Je n'ai pas faim, juste sommeil. Bonne nuit.
Sans plus les laisser ajouter un mot, elle se glissa dans le hamac, s'enroulant dans la couverture, sa cape de voyage par-dessus, et leur tourna le dos, les yeux clos.
Le sommeil ne viendra pas, elle le savait. Il y avait près de deux semaines qu'il lui avait fait faux bond, ne lui accordant que de brèves visites après des heures d'errances nocturnes. Il tarderait encore à venir ce soir là, malgré sa fatigue, mais elle était persuadée que le Rôdeur ne la laisserait pas partir de nouveau en concupiscence, son besoin impérieux de contrôler tout ce qu'elle faisait l'agaçait prodigieusement. Il n'avait pas à jouer les pères avec elle! Elle n'en avait pas besoin, elle avait apprit à vivre avec l'absence paternelle depuis des années! Quant au rôle de grand frère, il était déjà prit! Ô Éric! Comme il lui manquait! En cet instant! Elle ne désirait qu'une seule chose, une seule! Revoir son grand frère! Son seul et unique grand frère! Son grand frère adoré, le seul à l'accepter telle qu'elle était dans son monde, chez elle!
- Ne trouvez-vous pas notre jeune Nauro étrange ces temps-ci? Demanda Boromir dans son dos.
Qu'est ce que ça pouvait lui faire à ce cabron? Il s'en foutait complètement d'elle! Il la méprisait, la haïssait! Il ne valait pas mieux que tous ceux de son monde!
- Si c'est encore ce butor d'Haldir qui a osé l'insulter, je m'en vais redessiner ses oreilles pointues du fil de ma hache! S'exclama Gimli.
Qu'il se taise! Elle était très bien capable de se défendre seule! Qu'il ne se serve pas d'elle comme prétexte pour nourrir les conflits entre Elfes et Nains!
- Je doute que ce soit cela, intervint Aragorn. Les mots et les regards des autres passent sur elle telle la brise, la faisant tout juste frissonner, avant qu'elle ne les oublie. Ce doit être bien plus grave.
- Ca me rappelle Fondcombe. Quand elle s'est réveillée avec un bras en moins, souffla Pippin.
Bravo! Bravo, crétin de Touque! Voilà ce dont elle avait besoin! Qu'on lui rappelle ce moment où elle n'était qu'une loque, plus rien!
- On avait l'impression de ne voir qu'un fantôme, ajouta Merry, sombre. On a l'impression qu'elle n'a plus aucune envie de sourire, même si elle se force devant nous, et elle semble toujours fatiguée.
Bien sûr qu'elle n'était qu'un fantôme, elle se sentait mourir de l'intérieur et s'enfoncer dans l'ombre!
- Elle dort peu ces temps derniers, dit Frodon. Souvent la nuit, je la vois se lever et partir, pour ne revenir que peu de temps avant que l'aube ne se lève.
S'il la voyait, c'était que lui-même ne dormait pas, alors ce n'était pas à lui de dire cela! Mais il ne disait pas ce qu'il avait vraiment sur le cœur. Elle était persuadée qu'en cet instant, il songeait au soir de leur arrivée, où le désespoir avait planté ses crocs en elle et avait commençait à la ronger.
- Et lorsqu'enfin le sommeil l'emporte, les larmes inondent son visage, murmura à son tour Legolas. Je donnerais tant pour connaitre ses peines et les effacer, revoir ses yeux de nouveau emplis de joie.
Luana se crispa dans son hamac. Il n'avait pas le droit, pas le droit de dire ça, alors qu'il l'ignorait, qu'il n'avait d'yeux que pour sa douce et belle Lindoïlin. Il n'avait pas le droit de faire semblant de s'intéresser à elle, de s'inquiéter, de vouloir revoir ses sourires alors que jamais il ne les avait remarqué!
- Elle pleure son frère, continua l'Elfe. Elle souffle son nom entre chaque sanglot, mes aussi ses parents. Elle les supplie de lui pardonner, leur jure qu'elle est désolée.
- Mais de quoi? S'enquit Aragorn, désireux de comprendre les tourments de celle qu'il considérait bien plus que comme une compagne de route, une jeune sœur sur qui il se sentait obligé de veiller, par amour, par tendresse. Que peut-elle bien avoir fait? Et pourquoi maintenant, pourquoi cela la tourmente-t-il maintenant, après plusieurs passé en notre monde?
Tous se turent. Nul n'avait la réponse. La réponse, il n'y en avait aucune, alors pas la peine de chercher. Qu'ils aillent tous se faire foutre!
Luana se figea. Comment pouvait-elle penser cela d'eux? Comment pouvait-elle avoir toutes ses pensées si sombres, si mauvaises à leur égard, après tout ce qu'ils avaient partagé, vécu, fait les uns pour les autres! Elle se faisait peur, peur à elle même. Ces pensées n'étaient pas les siennes, mais elle ne pouvait s'empêcher de les formuler dans son esprit. Oui, elle avait peur.
Le lendemain, elle ne parvint pas à ouvrir les yeux, tant ses paupières lui parurent lourdes. Elles étaient comme scellées les unes aux autres. Elle avait la certitude qu'il ne fallait pas qu'elle les soulève, qu'elle devait se rendormir et attendre le lendemain pour se réveiller, ne pas voir les mots qui traînaient aux coins de ses yeux. Mais elle se força tout de même. Et quand enfin elle y parvint, plusieurs larmes se libérèrent, perlant le long de ses joues en un flot continu. Elle pleurait, sans pouvoir s'arrêter, encore et encore. En silence, sans un son, sans même trembler. Juste les larmes.
La culpabilité et sa souffrance intérieure avaient atteint leur apogée en ce jour, elle le sentait. Mais plus que la douleur qu'ils lui insufflaient, ce fut une mélancolie poignante, une détresse amère qui l'écrasait.
Pourquoi? Pourquoi ces nouveaux tourments s'ajoutaient-ils aux autres? Pourquoi aujourd'hui, si brusquement? Peut être parce que ce jour là était un premier février. Peut être parce que ce jour précisément, elle aurait dut le passer avec Éric, et fêter comme il le lui avait promit ses 18 ans…
Les larmes affluèrent, plus nombreuse encore, à cette évocation. Éric lui avait promit de célébrer en grande pompe son dix-huitième anniversaire et la majorité civique qu'elle ce targuait tant de bientôt avoir. il n'avait pas les moyens d'organiser quelque chose d'exceptionnel et qui sorte réellement de leur ordinaire, mais sa simple présence en cet instant aurait suffit à la combler de joie et chasser tout ce qui la rendait malheureuse. Le simple fait de le voir là, à ses côtés, aurait suffit à lui rendre le sourire. Elle voulait le revoir lui! Pas rentrer chez elle, juste continuer de vivre avec lui! Même si ce devait être en Terre du Milieu!
Elle resta là un long, très long moment, à pleurer discrètement, avant d'être en mesure de repousser la couverture, de sortir du hamac, et finalement rejoindre ses compagnons encore présents, soient les quatre Hobbits, occupés à préparer la collation de onze heure, et Aragorn, qui entretenait son épée.
- Ha Luana! Tu tombe à pic! S'exclama Merry en lui servant une assiette d'omelette. Goutte-moi ça! Omelette aux champignons de Lothlórien. Si ce n'est pas beau!
Elle lui offrit un faible sourire en remerciement et s'assit avec eux, les écoutant discuter entre eux sans rien dire, piquorant dans son assiette. Elle tentait de se dire que pour un petit déjeuner d'anniversaire, c'était bien, entouré de ses amis. Le regard perdu dans son assiette, ne sachant pas trop où se poser dans cette masse jaune doré parsemé de morceau de champignons noirs, elle s'imagina un énorme gâteau au chocolat, nappé de chantilly et émergeant d'un lac de crème anglaise, comme Éric savait si bien les faire, sur lequel brillerait dix-huit bougies. Elle s'imagina faire le vœu de revoir son frère et souffler les bougies.
- Bon anniversaire Luana, ne put-elle s'empêcher de soupirer avec tristesse.
Les Hobbits, ainsi qu'Aragorn, levèrent les yeux vers elle, peu sûrs d'avoir bien comprit ce qu'elle venait de murmurer. Mais alors que Frodon allait l'interroger, un cor elfique résonna sous la voûte des arbres en un appel urgent, pressant.
- Le cor d'Haldir! It Aragorn en se levant précipitamment. Restez ici, leur ordonna-t-il en se dirigeant vers le provenance du son.
Haldir, une fois déchargé d'eux, s'était empressé de repartir surveiller les frontières nord de la forêt. Le voir revenir aussi vite n'annoncer que des mauvaises nouvelles. De toute façon, qu'elles fussent bonnes ou mauvaise, elle s'en fichait, et elle ne bougerait pas de là, trop lasse pour faire quoique ce soit.
Une brise souffla alors, entraînant dans son sillage le parfum des sous-bois.
Luana lâcha brusquement son assiette et bondit sur ses pieds, à la plus grande surprise des Hobbits, qui sursautèrent. Elle leur fit signe de se taire tandis qu'elle humait l'air avec attention, le nez au vent. Son odorat développé de louve avait perçut quelque chose d'anormal dans cette brise. Le relent douçâtre, écœurant de la mort, ainsi qu'autre chose… une fragrance chaude, musquée, un parfum… qui n'avait rien de naturel, et qui éveillé en elle un souvenir fiévreux. ¡Mierda! Ce parfum, c'était du parfum Hugo Boss! Non! Ce ne pouvait pas…!
Sous les appels de Frodon, Sam, Merry et Pippin, Luana s'élança à travers les troncs. Elle trébucha à de nombreuses reprises, se relevant sur le champ, ne se laissant nul pause, percuta plusieurs Elfes qui comme elle, se rendait à l'endroit d'où était parvenu le son du cor, là où devait encore se trouver Haldir et ses sentinelles. Tous la regardèrent passer telle une furie, les yeux fous et brûlants de larmes, le souffle court. Son cœur battait une marche funèbre à toute allure, menaçant de lui briser les côtes et de sortir de sa poitrine, tentant de fuir l'étreinte étouffante de l'angoisse. La culpabilité revint d'un seul coup, tel un cheval au galop, piétinant tout sur son passage.
Elle déboula ainsi sur une clairière en bordure de la rivière. Là se tenait tout un rassemblement d'Elfes. Plusieurs portaient la tenue des soldats, et certains d'entre eux étaient blessés. Il y avait eu un affrontement, mais elle s'en balançait, ce qu'elle voulait, c'était savoir!
La voyant arriver à toute allure, paniquée et dans tous ses états comme si la mort était à ses trousses, Aragorn, qui n'avait pas encore atteint la masse des nouveaux venus et de ceux qui venaient à leur rencontre, s'arrêta et tenta de la stopper, inquiété par l'expression bouleversée et affolée qu'elle arborait. Mais elle l'ignora et le bouscula sans ménagement, ne laissant aucun obstacle entre elle et son but. Elle devait savoir!
- Luana! L'appela le Rôdeur en se lançant à sa suite.
À ce cri, Luana vit Legolas tourner vers elle. Son visage, d'ordinaire si parfait et imperturbable, se figea en une expression alarmée. Le prince de Mirkwood s'interposa et l'attrapa avant qu'elle ne puisse voir le triste spectacle que la compagnie d'Haldir avait ramené avec elle. Il tenta tant bien que mal de la calmer, lui dire de partir, mais c'était peine perdue.
- Luana, je vous en prie! Calmez-vous! Vous ne devez pas! Vous ne pouvez pas!
Elle se démenait contre lui, refusant qu'il la retienne ainsi prisonnière de ses bras alors qu'elle ne voulait qu'une seule, une seule et unique chose: savoir! D'une ruade, elle parvint à desserrer l'étreinte qu'il exerçait sur elle et se libéra. Elle bouscula tous ceux qui s'étaient regroupés autour d'un même point, se frayant un chemin vers cette chose que nul ne voulait qu'elle voit. L'angoisse, la culpabilité, le sentiment d'impuissance, ne cessaient d'augmenter tandis que l parfum devenait de plus en plus fort, entêtant, malsain. Et lorsqu'enfin elle parvint au centre du rassemblement, elle découvrit un long paquet de tissu blanc. Haletante, troublée, perdue, elle mit une seconde ou deux avant de comprendre qu'il s'agissait d'un corps, enveloppé dans ses linceuls. Non! Lindoïlin était penchée dessus. Tout comme Legolas, son masque de perfection se fissura et laissa apparaître de la… pitié! Non!
- Luana… commença-t-elle doucement.
Mais la Nauro ne l'écoutait pas. Elle se jeta à genou à terre, aux côtés du corps, et, d'un geste vif, elle retira le voile qui couvrait le visage du défunt. Des cheveux châtains foncés, un visage aux traits anguleux et à la peau légèrement hâlée, deux yeux vitreux ouverts sur le ciel qu'ils ne pouvaient plus voir, aux iris d'un brun profond, hantait par une brume verte. Non!
- Éric…
Luana resta figée un long moment, avant de caresser du bout des doigts se visage tant aimé, figé à jamais. Non, ce ne pouvait pas… Ce ne pouvait pas être vrai! Ce n'était pas lui! Ce n'était pas Éric! Ce n'était pas son frère! Ce… cadavre ne pouvait pas être son frère! Éric ne pouvait pas être ici, en Terre du Milieu, MORT!
D'un seul coup, toute sa culpabilité éclata, tandis qu'elle comprenait enfin pourquoi.
- Ériiiiiiic! NOOOOOOOOON!
