Hey!

Disclaimer: les personnages nommés appartiennent soit à Hidekaz Himaruya, soit à la légende arthurienne.

Note 1 : voici le chapitre deux, un rien plus long que le premier. Il vous livre un peu plus d'infos sur les histoires personnelles de certains personnages ou les relations qu'ils entretiennent entre eux... J'espère que ça vous plaira!

Note 2 : merci pour les deux reviews laissées sur le chapitre un et à mes trois followers *w*

Note 3 : je n'accroche pas à skyrock... C'est assez brouillon. J'ai un deuxième blog, sur WordPress, appelé lui aussi "l'esplumoir de Niniel" (pour le moment, en tout cas). Je trouve ça plus clair. Le lien se trouve également dans mon profil. Ceci dit, je garde le premier, parce que plus de gens auront la possibilité de commenter s'ils le veulent :)

Voili, voilou, je vous laisse avec le chapitre 2 ^^ Bonne lecture!


Chapitre 2: La Table Ronde

-... Et j'ai passé les six derniers mois à former Matthew, en parcourant l'île. acheva Alfred.

Désormais tous deux rafraîchis et changés, les deux frères récemment réunis étaient assis dans la salle de la Table Ronde, et le cadet avait passé plusieurs heures à raconter à son aîné les deux dernières années qu'il avait passées sur les routes.

Pendant ce temps, Arthur avait bu ses paroles, profité de chaque son qu'émettait cette voix qui lui avait tant manqué, observé chaque trait du visage de son frère pour s'imprégner des moindres détails, admiré cette musculature développée par les combats et les dures conditions de la vie d'un chevalier itinérant. C'était désormais une certitude: Alfred avait initié son voyage adolescent, et en était revenu adulte.

Tout à sa contemplation dans le silence qui s'était installé, Arthur sursauta lorsqu'un serviteur frappa à la porte de la salle et annonça:

-Majesté, vos invités sont arrivés.

-Oh. fit-il. Sont-ils tous là?

-Oui, sire.

-Amène-les ici.

Le serviteur s'inclina et disparut à nouveau.

Le roi s'adressa à Alfred:

-J'ai une bonne raison de t'avoir fait chercher et ramener ici. Je vous l'expliquerai à tous dès qu'ils seront présents. Je retourne à ma chambre chercher un élément essentiel de cette histoire.

Alfred hocha la tête, compréhensif.

Il resta seul dans la pièce sombre, sur son siège de bois finement taillé, autour de la table sculptée et divisée en treize à partir du centre.

Bientôt, la porte s'ouvrit à nouveau et plusieurs personnes firent leur apparition. Alfred en compta une dizaine, et Matthew se trouvait parmi elles également.

Elles ne lui étaient pas inconnues: il reconnaissait au moins leurs armoiries. L'un venait du fin fond de l'est de l'Europe, un autre du sud de l'Espagne, d'autres du nord de la Scandinavie. La curiosité d'Alfred ne faisait qu'augmenter: pourquoi Arthur les avait-il fait venir de si loin?

Il les salua tous courtoisement.

Ils prirent tous la liberté de s'asseoir de part et d'autre du trône d'Arthur.

Enfin, le roi revint. Tous se levèrent à son arrivée, mais il les fit rasseoir d'un geste de la main et d'un sourire.

Arthur les inspecta alors tour à tour.

Il reconnaissait Antonio Fernandez Carriedo, l'Espagnol au sang chaud, Francis Bonnefoy, le prince héritier de Petite Bretagne, Gilbert Beilschmidt, le Germanique à l'ego démesuré, Roderich Edelstein, le chevalier de marbre, Ivan Braginski, la terreur de l'est, Matthew, le protégé de son frère. Il devinait aisément qui étaient Lukas Bondevik, lui aussi disciple de Merlin, et son accompagnateur Matthias Kohler.

En revanche, deux autres visages lui étaient inconnus.

L'un deux était assis à côté de Carriedo.

-Qui es-tu, jeune homme, je ne crois pas t'avoir convié...

-Hé, j'te...

-Couché, Romano. lui intima Antonio. C'est mon écuyer. répondit-il à Arthur.

-Il n'est pas chevalier?

-Non.

-Mais il le sera. Avec celui que tu m'as amené, Alfred, ça fera l'affaire. Nous serons douze! Quel est ton nom?

-Il n'a jamais voulu me le dire... Il se fait appeler Romano.

-Je m'appelle Lovino Vargas. trancha l'adolescent.

Antonio se tourna vers lui, choqué.

-C'est pas juste, tu ne me l'as jamais dit, à moi! Lui, tu le connais depuis deux minutes, et...

Lovino s'abstint de tout commentaire.

-Magnifique, nous n'aurons pas de chevalier sans nom...

-Mais, protesta Lovino, je n'ai pas de fief, je ne suis même pas de noble lignage!

-Tu crois qu'on reconnait un bon chevalier par sa naissance?

-J'imagine bien que non, mais je n'ai pas brillé par les armes jusqu'à maintenant non plus... Et puis même si c'était le cas, vous ne seriez pas au courant. Cette promesse d'adoubement est absolument prématurée. J'tiens pas à avoir les mêmes devoirs barbants que l'autre bâtard!

Arthur répliqua:

-Pour tout t'avouer, je me fiche qu'il s'agisse de toi ou d'un autre. Il fallait douze compagnons pour la quête, tu as été désigné comme l'un d'eux. Et si tu es l'écuyer d'Antonio, j'imagine que tu as un peu d'expérience en maniement d'armes...?

Il interrogeait Antonio du regard.

-Je lui ai appris les bases...

-Tu t'amélioreras en chemin. Cette quête sera ton voyage initiatique. Quant aux avantages que toi-même tu en retireras, je t'offre l'occasion de devenir l'égal de ton actuel maître.

-Ca c'est une sacrée motivation, je dois dire...

-C'est méchant, Roma... marmonna Antonio.

-Si tu me rends d'assez importants services, je pourrais envisager de te céder un fief. poursuivit Arthur. De plus, la condition d'un chevalier est bien plus avantageuse que celle d'un misérable écuyer. La gloire, la renommée, la richesse t'attendent, Lovino Vargas.

Ce dernier fit la moue, réfléchissant.

-De toute façon, j'ai pas le choix. finit-il par accepter.

-Enfin une réplique sensée. commenta Arthur. Je t'adouberai demain soir. D'ici là, j'espère qu'on t'aura trouvé une épée de meilleure facture que cette lame émoussée...

Il désigna d'un signe de tête l'épée courte et grossière ceinte à la taille de Lovino.

-Bien, maintenant, à toi. reprit Arthur en s'adressant au chevalier hongrois. Tu es le représentant du Comte Hedervary, visiblement?

-Exact. répondit le chevalier portant les armes sinoples à trois bandes d'argent. Je suis son fils. Il est... Mort, il y a quelques semaines maintenant. Nous ne pouvions laisser votre invitation sans réponse, je...

-Comment t'appelles-tu?

-El...

Il s'éclaircit la gorge et reprit:

-Daniel Hedervary.

-Bienvenue à la Table Ronde.

Le Hongrois s'inclina en signe de reconnaissance.

-Venons-en enfin au but de votre venue. commença le roi. Si je vous ai convoqués, c'est pour que nous partions à la recherche de Merlin, mon maître, qui a disparu. Mais il se pourrait que cette quête débouche sur une autre dont je ne suis pas encore tout à fait sûr... Je vois depuis tout à l'heure des regards interrogateurs se porter sur nos amis venus du Nord.

Tous les yeux se tournèrent vers Lukas et Matthias. Ce dernier était assez mal à l'aise, tandis que son compagnon n'exprimait aucune émotion. Comme toujours.

-Je vous présente Lukas Bondevik. Tout comme moi, il a été disciple de Merlin.

Le blond salua l'assemblée d'un signe de tête.

-Cela fait des mois que Merlin a disparu, peut-être le savez-vous. Je persiste à croire que cela n'est pas volontaire. Je suis pratiquement certain qu'il est séquestré quelque part sans aucun moyen de s'échapper.

-Comment est-ce possible de garder prisonnier un magicien de sa trempe? intervint Roderich.

Ce fut Lukas qui lui répondit:

-On peut imaginer qu'il existe un magicien plus puissant que lui. Ou plutôt une magicienne...

-Si y a des filles, j'accepte de venir sans aucune condition!

-Merci, Herr Beilschmidt, pour ce commentaire édifiant. soupira l'Autrichien en levant les yeux au ciel. Expliquez-vous, Lukas.

-Merlin voyait l'avenir et savait quel serait son sort. Arthur et moi avons échangé nos avis par missives. Nous sommes tombés d'accord sur plusieurs points: Merlin a préparé son départ. Il nous a laissé des indices pour le retrouver. Lors de notre dernière conversation, il a évoqué ses conquêtes de jeunesse, et a mentionné une certaine Viviane qui causerait sa perte. Certains éléments me laissent penser qu'il lui aurait lui-même enseigné le moyen de le retenir prisonnier à jamais. Quant à Arthur, Merlin lui a laissé une carte.

-J'estime donc que Merlin comptait sur Lukas et moi pour unir nos forces et partir à sa recherche.

Arthur marqua une pause et attendit les réaction des chevaliers.

-Et quel intérêt pour nous autres? demanda Ivan Braginski.

-Dois-je te rappeler qu'un chevalier ne doit jamais refuser l'aventure quand elle se présente? rétorqua Arthur avec un sourire. J'ai failli être destitué de mon titre par quelques barons pour avoir refusé de prendre part à des quêtes ces derniers mois.

Le Russe écarta les mains, vaincu par l'argument numéro un de la chevalerie. Bien sûr que retrouver Merlin lui importait peu, mais, appelé, il se devait de participer à la quête.

-Tu sais par où commencer? demanda Francis Bonnefoy.

-La dernière fois que je l'ai vu, il m'a demandé si je connaissais la forêt de Brocéliande, en Petite Bretagne. Il m'a affirmé que c'était le meilleur endroit pour vivre éternellement. C'est pour cette raison que tu es là, Francis. Tu vas nous conduire à Brocéliande, grâce à la carte qu'il m'a léguée.

-Je ne connais pas Merlin personnellement, mais il semble qu'il ait le sens de l'humour... Brocéliande est tout sauf un endroit agréable, d'après ce que l'on raconte par chez moi. Cette forêt est ensorcelée, il est impossible de s'y repérer. Tous ceux qui y sont entrés ont été vaincus par les créatures qui vivent là, ou en tout cas n'en sont jamais revenus. Je doute que cette carte nous serve à quelque chose. S'il s'agit bel et bien de celle de la forêt, elle est certainement approximative ou erronée. Puis-je la voir?

Arthur lui tendit un rouleau de parchemin, que Francis déroula aussitôt et observa longuement.

-Elle nous présente une forêt traversée d'un bout à l'autre par une route en ligne droite, et quelques noms de lieux annotés. Cette route n'existe pas. Il n'y a aucun chemin à Brocéliande, autant dire qu'il y en a des milliers. C'est un lieu hors du temps et de l'espace, dont la disposition, dit-on, change constamment et qui s'allonge à l'infini pour maintenir les voyageurs captifs. La carte n'est d'aucune utilité.

-Je ne crois pas. Elle est scellée par magie. Merlin ne devait pas vouloir que n'importe qui perce le secret de cette forêt, il n'aurait pas passé son temps à la protéger de la sorte si elle était inutile.

-Ce qui nous pose un petit problème supplémentaire. souligna Lukas. Il faut qu'on la décrypte et que nous apprenions à nous en servir.

-J'ai besoin de toi pour ça. A deux, nous serons plus efficaces. sourit Arthur.

Il y eut un moment de silence, pendant lequel Lukas acquiesça, et qui fut rompu par Gilbert Beilschmidt.

-Et nous, pourquoi on est là, au juste? Tu devrais savoir, Arthur, que je suis bien trop génial pour être versé dans la magie...

-Oui, je sais pertinemment que tu n'as pas les compétences requises pour pratiquer l'art noble et nécessitant une certaine intelligence qu'est la magie... Cependant, cette discipline n'est pas indispensable aux chevaliers dont j'ai besoin. La forêt de Brocéliande est dangereuse et des forces obscures y sont à l'oeuvre. Nous ne serons pas trop de douze pour les repousser, crois-moi.

-Exact. approuva Francis. On dit que cette forêt est celle du Diable, cela veut tout dire.

-On raconte que Merlin est le fils du Diable. objecta timidement Matthew. Et qu'il est omniscient, aussi. Je doute qu'avec de telles qualités, une forêt soit réellement un mystère.

-Personne d'autre que lui n'aurait pu faire une carte aussi fiable. Il suffit de la décrypter, même si ce ne sera pas toute façon, nous n'avons pas le choix. J'ai quelque chose à accomplir là-bas, mais aussi en dehors, à mon retour. C'est mon destin, alors j'en ressortirai. Nous tenterons de décrypter la carte dès demain. En attendant...

Arthur regarda Alfred intensément avant de continuer:

-Allons manger et festoyer au nom de nos retrouvailles et de nos nouvelles rencontres!

oOo

La salle était sombre, uniquement éclairée par de grosses chandelles trônant sur les tables. Il y faisait presque irrespirable tant il y avait de gens: chevaliers de Bretagne, peuple de Camaalot, la famille royale, les invités venus d'Europe. Au centre du u formé par les longues tables de bois, un groupe de musiciens et de bardes talentueux animaient la fête. Les plats étaient vides et les convives remplis, l'heure était à présent à la danse.

...Ou pas.

Les invités d'honneur n'avaient pas l'air de vouloir danser. Arthur regardait ses sujets effectuer une carole avec amusement, appuyé seul contre un mur, une chope de bière à la main.

Du coin de l'oeil, il vit Francis arriver près de lui. Il se plaça à ses côtés, muet un moment.

-Tu as l'air en pleine forme, Arthur. dit-il finalement. Tu vas mieux qu'il y a deux ans, on dirait.

-Je vais très bien, merci. répliqua Arthur d'un ton cassant.

Francis fut surpris de l'agressivité dans sa voix, mais continua le discours qu'il avait à peu près préparé.

-Tu m'as manqué, tu sais?

Arthur le dévisagea, comme surpris par cette interrogation. Il jaugea longuement le Breton. Puis il vida sa chope d'un trait et, attrapant par la taille une jolie femme rousse, que Francis reconnut comme la reine Guenièvre, qui passait par là, il rejoignit la piste de danse.

Le prince de Petite Bretagne resta coi dans son coin.

Il avait oublié qu'Arthur s'était marié entre-temps. Comment avait-il pu effacer ce douloureux souvenir? Il n'avait même pas été invité, ce qu'il avait très mal pris. Mais moins que le fait en lui-même qu'Arthur ait épousé une femme.

Il avait cru... Un instant... Que...

-Tu devrais faire gaffe, Francis. déclara une voix grave à sa gauche.

-Par le calebard de Merlin, Gilbert, tu m'as fait peur! s'écria Francis, une main sur le coeur.

-Je savais que tu ne nous avais pas remarqués. Tu étais tellement plongé dans tes pensées... Ou devrais-je dire dans la contemplation de Sa Majesté...

-Je ne vois pas de quoi tu parles...

-C'est cela, oui...

-Tu ne l'as pas quitté des yeux depuis qu'il a invité Guenièvre! remarqua Antonio. Dans le genre discret...

-J'crois que tu as oublié de nous raconter certains détails de ton dernier voyage en Grande-Bretagne. conclut Gilbert. Mais t'inquiète pas! On se doute de leur nature. Quoi qu'il en soit, puisque ce bâtard de Breton t'a gentiment éconduit, il faut que tu te détendes au lieu de broyer du noir... Et même si aucune donzelle n'est véritablement engageante à la danse dans cette salle hors mise cette charmante Irlandaise qu'est ta concurrente, bois, amuse-toi!

En vérité, aucun chevalier de la Table Ronde n'avait l'air de vouloir prendre part aux danses.

Au fur et à mesure de la soirée, ils se rassemblèrent donc en un petit groupe autour de chopes.

Si certains avaient l'air parfaitement à l'aise dans ce milieu de beuverie, certains n'y étaient pas habitués.

Lukas, par exemple, regardait suspicieusement la chope qu'on -Matthias- lui avait fourré dans les mains.

Le taciturne chevalier hongrois se tenait quand à lui un peu à l'écart.

Gilbert prit l'initiative d'essayer de l'intégrer.

-Tu ne danses pas?

Il arborait un sourire arrogant et chargé de sous-entendus qui ne plut pas du tout au brun. Cette perpétuelle provocation dans la voix de l'albinos l'exaspérait au plus haut point.

-Aucune gente dame ici présente n'est à ton goût, damoiseau? continua-t-il.

-Au tien non plus, apparemment! répliqua Daniel avec exaspération.

-Kesese. rit Gilbert. C'est vrai... J'ai une préférence pour les demoiselles un peu plus aventureuses.

Il joua distraitement avec une mèche de cheveux du jeune Comte, qui lui asséna une claque sur la main pour le faire cesser.

Avec un sourire, il continua:

-Malheureusement, c'est assez rare... J'ai bien peur de ne pas vraiment être un homme à femmes, en vérité.

Il se détourna du Hongrois et reporta son attention sur Antonio, qui levait sa chope de bière.

-A notre prochaine quête, et à notre nouveau chevalier qui a recouvré son nom!

Les convives levèrent leur verre, y compris le principal concerné. Alors qu'il le portait à ses lèvres, l'Espagnol lui donna une claque affectueuse dans le dos, le faisant sursauter.

Et la bière se renversa sur sa tunique.

-Cazzo, Antonio...

Mais il fut interrompu dans sa déblatération d'insultes par un souffle dans son oreille:

-Admets que "Lovi", c'est beaucoup plus mignon que "Romano"...

Le sang chaud de Lovino ne fit qu'un tour.

Cette remarque l'énerva au plus haut point et il dégaina d'un geste vif une dague de sa botte, qu'il plaça sur la gorge de l'Espagnol.

-Ne m'appelle plus jamais comme ça, bastardo! gronda-t-il.

Avec un dernier regard chargé de mépris pour celui qui, quelques heures encore, demeurait son maître, Lovino quitta la salle.

Les chevaliers de la Table Ronde avaient contemplé la scène, gênés. Ivan commenta:

-Il ne doit pas être facile à vivre, ce garçon...

Antonio se remit rapidement de ses émotions et répliqua après un petit rire nerveux:

-Il est adorable, seulement un rien susceptible, on va dire... Mais je n'ai pas le droit de m'en plaindre... C'est ma punition pour avoir exigé le fils de ce chevalier romain en guise de trophée...

-En tout cas, tu as l'air de t'en prendre plein la gueule sans arrêt avec lui, niveau insultes... remarqua Matthias.

-Ah ça, c'est vrai... D'ailleurs, je crois que ça a assez duré. Il est temps que j'aille rappeler cet impertinent à l'ordre...

Il adressa un sourire pas si énigmatique que ça à Francis et Gilbert et s'éclipsa à son tour.

Il eut un moment de silence au sein du groupe, puis Francis reprit la parole. Il posa à Lukas une question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment déjà.

-Excuse-moi mais... Est-ce que... Tu connais bien Arthur?

Le Norvégien porta sur lui un regard glacé avant de répondre:

-Non. Je savais seulement qu'il était aussi un élève de Merlin. Même si nous sommes en contact depuis plusieurs mois, nous ne nous sommes rencontrés qu'aujourd'hui même.

-Ha... Et toi, Alfred, tu sembles proche de lui, je me trompe?

La voix de Francis était pleine de sous-entendus.

Le blond sortit le nez de sa chope en haussant les épaules.

-C'est mon frère. rétorqua-t-il calmement.

Francis laissa échapper un soupir d'aise. Toutefois, son soulagement fut de courte durée.

-Enfin... nuança le plus jeune. J'ai appris il y a quatre ans seulement que nous n'étions pas réellement frères de sang, plutôt frères de lait, en réalité. Je ne connais pas les détails, mais Merlin l'aurait confié à mes parents alors que je n'avais que quelques jours et ma mère l'a élevé comme mon frère aîné. Mais nous n'avons, à ma connaissance, aucun lien de parenté réel.

-Ca a dû vous faire un choc... Une telle révélation après tant d'années passées comme une famille. commenta Francis.

-Cela fut une période assez troublée, en effet. Notre... Mon père nous a révélé ses origines lorsqu'Arthur est devenu roi. Il m'a nommé sénéchal et, peu après, je suis parti pendant plusieurs années... Je crois que nous allons seulement redécouvrir notre relation maintenant que nous sommes réunis. Je souhaite seulement rester un soutien pour lui, comme un frère et un sénéchal exemplaire.

Francis s'abstint de tout commentaire. Il ne croyait pas qu'Alfred dissimulait la nature de sa relation avec Arthur, mais concernant ce dernier...

Francis ne se souvenait que trop bien de la peine d'Arthur quand, deux ans auparavant, Alfred l'avait quitté. Il ne pouvait pas croire que les sentiments d'Arthur étaient aussi innocents et légitimes que ceux de son cadet.

Ce n'est pas bien Francis. Gilbert te l'a dit. Il faut arrêter de penser à lui et te détendre.

Il reprit une gorgée de bière.

Heureusement, Gilbert changea rapidement le sujet de la conversation.

Il s'adressa au petit blond discret aux yeux améthyste si particuliers qui se tenait à côté d'Alfred.

-Et toi, on ne t'a pas encore entendu! Comment tu t'appelles?

Le jeune chevalier fut surpris d'être ainsi interpellé. Il répondit, étonné:

-Matthew...

Alfred précisa:

-Nous avons effectué un voyage à travers toute l'Ile ensemble. Il est plutôt timide, mais c'est un bon chevalier.

-Je n'en doute pas! rétorqua Gilbert avec un grand sourire. Arthur n'a convié que d'excellents chevaliers, je suppose. J'en suis la preuve la plus probante! Hein, Roddy? Dis-leur, que je suis le meilleur!

Roderich se contenta de hausser les sourcils.

-Tu m'excuseras, je préfère aller me coucher...

Il esquissa un mouvement pour s'en aller, mais l'albinos le retint d'une interrogation:

-Tu ne m'attends pas pour ça?

L'Autrichien le gratifia d'un regard noir puis quitta l'assemblée.

Matthias rit sous cape d'un tel râteau. Reprenant son sérieux, il consulta son compagnon d'un regard et, ayant obtenu son approbation, il annonça:

-Nous aussi, nous allons vous quitter. Lukas aura besoin de beaucoup d'énergie pour le décryptage de la carte, demain. Il vaut mieux que nous ne nous éternisions plus. Merci pour la soirée, ce fut... Très distrayant.

Les deux nordiques disparurent de la salle. Arthur, qui quittait le domaine des danseurs, les salua et leur souhaita une bonne nuit.

Puis il rejoignit le groupe d'invités.

-Excusez-moi de vous avoir délaissés, mais on ne refuse pas quelques danses à une dame... La reine s'étant retirée, je suis tout à vous!

Il chercha le regard d'Alfred.

-Une vraie perle, ton épouse, Arthy. Tu as beaucoup de chance. commenta Gilbert.

-C'est sûr que tu n'en aurais aucune avec elle. répondit Arthur. Et d'ailleurs, ne t'avise pas de l'approcher.

-Loin de moi une telle idée... Je t'admire de supporter les dames de la cour, Arthur. Comme je le disais tout à l'heure, ce n'est pas mon cas. Toi, par contre, Dan.

Le Hongrois releva la tête.

-Tu dois être un vrai tombeur. Aucune pucelle ne doit te résister, je me trompe?

Son ton était clairement moqueur, une fois de plus. Le brun dégaina son épée et en dirigea la pointe vers la gorge de l'albinos.

-Depuis le début tu ne cesses de me provoquer... Prends garde, ma patience à des limites!

Ses beaux yeux émeraude brillaient d'une lueur assassine. Arthur préféra intervenir.

Il posa sa main sur l'épaule du brun et lui dit:

-Je t'en prie, il plaisante! Pas de combat aujourd'hui. Range ça.

Après quelques secondes d'hésitation, il rengaina sa lame. Il fixa Gilbert d'un regard noir et sans un mot de plus, quitta la salle à son tour.

Francis soupira et se moqua de son ami:

-Tu as l'art de les faire fuir, toi, dis-moi...

Le Germanique ne se laissa pas démonter.

-Ho, si tu parles de Roderich, il n'est pas toujours aussi glacial... Ca lui arrive même d'être brûlant, quand nous partons seuls à l'aventure...

-C'est difficile à croire... marmonna Ivan.

-Attendez d'être à Brocéliande! leur promit Gilbert. Il ne me résistera pas deux jours.

La voix calme et douce de Matthew s'éleva:

-C'est plutôt toi le "tombeur", alors?

-Kese. Oui. Vois-tu, je suis awesome, comme vous dites ici, et...

Alfred se lassa vite du discours un rien répétitif de Gilbert à propos de sa génialité. Il se tourna vers Francis:

-Tu es déjà allé à Brocéliande?

-Si j'y étais allé, rétorqua le blond, je ne serais pas ici. Personne n'en est revenu.

-Mais la forêt est difficile à trouver pour des étrangers, c'est pour ça qu'il est là. intervint Arthur.

-Oui, et je ne suis pas impatient de la trouver. grommela Francis. Il y a des chances pour que nous n'en revenions pas.

-Brocéliande ne nous vaincra pas. Nous sommes les chevaliers de la Table Ronde! leur rappela Alfred.

-Toi, au moins, tu en reviendras. assura Arthur. Jamais je ne te laisserai mourir là-bas.

-Comme cet amour fraternel est touchant! s'écria Gilbert avec une voix faussement émerveillée.

Arthur haussa un sourcil.

-Messires, annonça-t-il, je crois qu'il est temps pour nous tous de regagner nos chambres...

oOo

Francis quitta la salle le dernier, précédé de peu par Alfred et Arthur.

La chambre du sénéchal était voisine de celle du roi.

-Bonne nuit, Arthur! dit le cadet avec un sourire, la main sur la poignée de sa porte.

Ils échangèrent un long regard. Arthur se rapprochait d'Alfred, tel un prédateur avançant lentement pour ne pas effrayer sa proie.

Alfred ne bougea pas.

-Tu n'as pas idée de combien tu m'as manqué... Al... déclara-t-il.

Sa main s'égara sur son visage, qu'il caressa tendrement. Alfred frissonna.

-Qu'est-ce que tu fais...?

A vrai dire, Alfred n'était pas stupide au point de ne pas comprendre les intentions du souverain. Simple question rhétorique, pour ne pas avoir l'air de se laisser faire.

Mais Arthur appuya ses intentions en posant ses lèvres sur celles du plus jeunes.

Ce dernier eut un moment d'égarement. Il ne réalisait pas. Il ne réalisait pas qu'Arthur était en train de l'embrasser, doucement, comme pour ne pas le brusquer.

Mais cet instant fut de courte durée. Il détourna la tête et murmura:

-Arrête ça...

-Ne fais pas comme si tu n'en avais pas envie, Al... Tout va bien... Je ne suis pas ton frère.

-Tu l'as été pendant seize ans.

Il se libéra de l'étreinte d'Arthur et, ouvrant sa porte pour de bon, le gratifia d'un "bonne nuit" un rien froid.

Arthur s'appuya contre le mur, rejeta la tête en arrière et soupira.

Il n'en revenait pas.

Non seulement il s'était laissé aller, mais en plus Alfred l'avait rejeté. Il avait dû abuser de la bière et surestimer les sentiments de son "petit frère".

Et ça faisait mal...

Il brûlait d'amour pour l'être dont il savait tout, qui savait tout de lui. Celui qui avait été élevé comme son frère. Presque la moitié de son âme.

Et il l'aimait depuis quatre ans.

Bien sûr, ils avaient toujours été très proches et inséparables -à l'exception de quelques querelles d'enfants, rien ne les avait déchirés. Et quatre ans auparavant, Arthur était monté sur le trône, découvrant par la même occasion ses origines troubles qui étaient tout, sauf celles d'Alfred.

Dès lors, ses propres sentiments avaient changé.

L'amour fraternel qui lui était devenu interdit s'était transformé en amour tout court.

Il avait essayé de prendre ses distances de son ex-cadet. Parce qu'il trouvait cela malsain. Parce que de toute façon, Alfred et lui étaient trop jeunes.

Mais le plus jeune était sans arrêt revenu vers lui. Arthur avait alors espéré... S'était forgé une réalité...

Puis Alfred était parti.

Pendant deux ans qui lui semblèrent une éternité. Et aucune aventure d'un ou deux soirs n'avait pu le soulager. Pas même ... Francis. Pas beaucoup plus longtemps que les autres en tout cas.

La passion ne s'était pas tarie avec le temps, ni avec la distance.

Et Arthur avait cru que ce qu'il éprouvait était ce qu'Alfred ressentait.

Il avait tout faux.

Et ça faisait mal.

Peut-être qu'il lui fallait seulement du temps. Peut-être.

Ou peut-être pas.

oOo

Francis sortit de l'ombre, faisant sursauter Arthur. Il prit la direction de sa propre chambre, située un peu plus loin dans le couloir, mais s'arrêta en face du souverain.

-C'est douloureux d'être éconduit, n'est-ce pas? Je suis prêt à parier que tu ne me repousserais plus si je décidais de te consacrer un peu de temps, là, maintenant... Que tu m'accepterais une fois de plus comme un amant de remplacement, parce que tu ne peux obtenir celui que tu désires...

Il franchit la distance qui le séparait d'Arthur et souffla, à quelques centimètres de ses lèvres:

-Mais ne compte pas sur moi pour être le jouet de tes sautes d'humeur. Ne compte pas sur moi pour céder uniquement quand ça t'arrange. Bonne nuit, Arthur.

Il s'abstint d'un baiser. Savoir que le blond avait embrassé son sénéchal quelques minutes auparavant lui en avait enlevé l'envie.


Encore une fois, je réalise que j'oublie toujours l'espace traduction sur le premier chapitre...

Je reprends donc.

Chapitre 1

Atya : père, (hongrois)

Giasz : deuil (hongrois)

Bastardo : bâtard (italien)

Razza di bastardo: espèce de bâtard (italien)

Guten Tag : bonjour (allemand)

Hola : salut (espagnol)

Chapitre 2

Cazzo : putain/merde (italien)

J'espère que ce deuxième chapitre vous aura plus. Il me semble que j'avais plein de choses à dire, et que là, j'ai tout oublié... Pour le chapitre suivant, je noterai :p

Pensez à reviewer, s'il vous plaît :)

A la prochaine, ici ou sur mes deux blogs!

P.S.: je commence les examens dans une semaine, ce qui veut dire que j'aurai peu de temps pour écrire ces sept prochains jours, mais que dès qu'ils auront réellement commencé, ça devrait aller mieux :)

A bientôt ~