Bon, comme c'est assez cruel de vous laisser ainsi sur votre faim, je me suis dépêchée afin de vous offri la suite le plus tôt possible... Bon ok, je l'avoue, ce n'est pas par pitié pour vous que je l'ai fait. Primo parce que je suis sadique (on l'aura compris ^^) et deuxio, surtout parce qu'avec la crève que je l tape en ce moment j'ai du mal à me mettre à l'écriture... Remerciez donc Roselia001 dont les menaces ont sut me motiver _

Reviews:

VegetaYouShoulveComeOver :Et si Eric... aussi, à force qu'on me dise pas Luana ou pas Leggy-chou, je sais plus à qui m'en prendre moi! lol ON va la perdre? bah... lis et tu verras ^^

elfic : ta review m'a particulièrement touchée. Voir que mon travail d'écriture plaise autant, et plus au vue de tes mots, me fait extrêmement plaisir, et m'encourage à persévérer dans mes autres projets littéraires que j'aimerais voir, un jour peut être, publiés. Merci, sincèrement, merci beaucoup! =D mais il faut dire que toi aussi tu semble avoir une excellente plume, et je suis sûre que tes passages descriptifs valent amplements ceux-là (il va me falloir d'ailleurs faire un petit tour par ta fic ^^ )! ;) Désolée si le chapitre 30 t'as traumatisé, je m'en vais de ce pas te le faire oublier avec un autre chapitre encore plus... pognant? (ce que j'espère en tout cas ^^ )

LinaLelfle: alors comme ç_a tu te doutais q'Ertic allait y passer? Je dois avouer que dès la création de ce personnage, j'avais en tête de le faire mourir, même si je ne savais pas encore comment j'allais présenter sa mort... Quant à l'attitude de Legolas, tu veux dire pendant qu'elle sombre ou juste avant qu'elle ne découvre le corps d'Eric? Parce que je tiens à préciser que tout du long de sa morne dépression, ce n'est que le point de vue un peu fausset de Luana auquel nous avons le droit.

Small-she-wolf:désolée de t'avoir fait patienter ^^ j'espère que ces chapitres ont sut me faire pardonner =) Je suis heureuse de savoir que j'ai put t'apporter un peu de réconfort dans ce cas =D Whoua! 0 toute vous entendre, on croirais que me écrits sont des chefs d'oeuvres! ça me fait rougir de plaisir! ^^ merci beaucoup à toi en tout cas! Aïe, je me doutais que tu allais m'en vouloir, mais bon j'ai quand même tenté! ~_~, Mais enfin, faut pas pleurer!Il faut se dire que c'est luana, et qu'elle trouvera bien un moyen de remonter la pente (qu'est ce que ça va être durant ce chapitre? je me le demande! lol ) quant à Leggy-chou... va falloir attendre pour voir ça ;) en tout cas, bonne lecture à toi! =D

Roselia001: Rose, ma Rosie, toi et moi savons très bien que tu ne peux me haïr quand je suis aussi sadique! XD Toi même tu n'es pas mieux avec Te Repousser Pour Mieux T'Aimer, que je conseille soi dit en passant à tous les fans du film le roi Arthur, car c'est la meilleure fanfic de ce fandom! Jeune fille? crois tu que je sois beaucoup plus jeune que toi? ^^ Houl)à, mais tu sais que tu ferais presque peur comme ça? ~_~, (je crois que je suis entrain de batifoler avec la mort là nan? -_-, ) Pourquoi! La grande question existentielle! A laquelle je n'ai malheureusement pas la réponse x) ranges ton épée s'il te plait, sinon je ne vais pas pouvoir donner d'explication tout au long de la fic! Ha, toi aussi tu n'aime pas le pays des bisounours? Perso je préfère le Pays Tout Mignon (Vive Kaeloo! ^^ ) ou le monde merveilleux de Happy Tree Friends! x) mais faut pas avoir peur de l'avouer, de toute façon on sent bien ton côté sadique quant on te lit! ;) Mais je l'aime comme ma propre fille! (je sais, j'ai pas de gosses et alors?) ça fait peur pour l'avenir mais chut! ^^, Bah oui c'est fait exprès, qu'est ce que tu crois! J'adore vous savoir en train de ruminer cette fin pour le moins... merdique! mdr Je suis gentille quand mêm, je te sers la nouveau chapitre le jour suivant! (faut dire, tu sais être extrêmement convaincante! je sais maintenant d'où vient le caractère d'Enora et sa capacité à obtenir tout ce qu'elle veut! ;) ) Par contre le "Je vous aie eu bande de poulette"... on repassera! XD Mais pourquoi donc tout le monde haïe Lin doilin? la pauvre elle a rien fait, à part naître parfaite! lol Bobo, tu le réserve à Bors?... je vais adorer le passage où elle va lui sortir ça pour la première fois! En parlant de ta fic... si tu ne publie pas très bientôt la pràvhaçin chapitre, je sens que toi et tous les autres lecteurs allaient rester sur votre fin très trèèèès longtemps... niarkniarkniark!


Chapitre 31: requiem for a dream

Le chagrin l'aveuglait! Non, ce ne pouvait pas être vrai! Il ne pouvait… il ne… il… ¡Ô, madre de dios! Ça ne pouvait pas être vrai!

- Nooooooooon!

Luana hurla de toutes ses forces, une folle douleur lui embrouillant l'esprit et lui broyant le cœur. Ce n'était… ce n'était…Ce n'était qu'un rêve?

Haletante, perdue, elle ouvrit grand les yeux. Elle était… elle était dans SON lit, dans SA chambre, les cheveux en bataille, dégoulinants de sueurs, les draps enroulés autour de ses jambes. Elle était… éveillée… chez elle… dans son monde. Alors… TOUT CA N'ÉTAIT QU'UN REVE ?

Elle resta un long moment assise, adossé à la tête de lit, ne parvenant pas à y croire. Elle était belle et bien chez elle. Pas dans une forêt elfique, dans un monde menacé par un quelconque seigneur des ténèbres. Rien de ce qu'elle avait vécu n'était vrai? La Terre du Milieu, son histoire, ses peuples, rien de tout ça n'était réel, juste un univers imaginé dans son sommeil? Et Frodon, Sam, Merry, Pippin, ses braves petits hommes avec qui elle avait traversé tant d'épreuve, avec qui tout avait commencé et pour qui elle avait éprouvé une amitié sans borne, ils n'étaient que des amis imaginaires? Aragorn, avec qui elle avait eu bien du mal à s'entendre pour finalement se retrouver incapable dans les moments difficiles de se passer de sa présence rassurante, ce n'était que son esprit qui lui avait fourni un père de substitution? Et Gandalf, Boromir, Gimli… Legolas… ils n'avaient jamais existaient autre part que dans son subconscient?... Naurofána!

Se concentrant du mieux qu'elle put, malgré sa fébrilité, elle tenta de plonger au fond d'elle-même. Au bout de cinq minute de ce petit jeu, pas le moindre résultat, pas le moindre grondement amusé montant du fond de son esprit. Rien. Elle dut se résoudre à avouer, avec une immense déception, qu'il n'y avait rien au fond d'elle, pas même un océan de ténèbres. Qu'est ce qu'elle croyait aussi? Une louve… une louve au fond de son être… mais où est ce qu'elle était allée chercher ça?

Elle ne ressentait même plus ce sentiment de culpabilité écrasant qui l'avait suivit en Terre du Milieu. Même si ce sentiment, elle l'avait déjà connu éveillée, dans la réalité.

Elle eut un petit rire. Un rire qui n'exprimait rien, nulle joie, nulle peine. Puis l'hilarité la prit, lui nouant le ventre et lui étirant les lèvres en un rictus amusé. Un fou rire historique la fit se plier en deux, l'empêchant de respirer tant elle riait, tant elle riait d'elle-même… avant que les rires ne se transforment en larmes. Elle pleura, prostrée sur l'oreiller, parcourues de frissons et de secousses incontrôlables, tandis qu'elle prenait conscience de tout ce que cet univers saugrenu, tous ses habitants, avaient représenté à ses yeux, et ce qu'elle perdait en sortant de ce rêve. Elle croyait avoir vécu plus de six mois dans ce monde onirique. Six mois à côtoyer des êtres et des personnes qui l'avaient acceptée pour qui elle était, avec qui elle avait vécut des aventures dignes des légendes des temps anciens, avec qui elle avait tissé des liens plus solides que des câbles d'acier. Tout ça, pour se réveiller et découvrir que ce n'était qu'un simple rêve?

Mais alors que cette constation l'accablait, que l'absurdité de sa situation la frappait tel un coup de poing, une idée trotta dans son esprit, jusqu'à faire surface, et de lui arracher un cri de joie parmi les sanglots: Éric était vivant! Il n'était mort que dans son rêve, et c'était ça qui l'avait réveillé!

Folle de joie, Luana sorti du lit, tout juste habillée d'un shorty et d'une brassière, et parcourut chacune des quelques pièces de leur modeste appartement, hurlant le nom de son frère.

N'obtenant nulle réponse, l'angoisse commença de nouveau à l'étreindre, avant que l'évidence ne lui apparaisse en un flash de lucidité. Elle se frappa le front. S'il n'était pas dans l'appart', qu'il ne lui répondait pas, c'était qu'il était au boulot! Il bossait le weekend, vu qu'il était cuistot dans un grand resto! Mais, si lui était déjà parti, quelle heure était-il?

Courant à sa chambre, elle se jeta sur le lit et attrapa à la volée son auto-réveil, posé sur la table de chevet! Onze heures!

- ¡Puta de mierda!, je suis en retard!

Elle avait rendez-vous avec son crew à dix heures et demie pour répéter! Mais pourquoi son réveil n'avait pas sonné?

Se changeant à l'arrache, enfilant une tenue de survêt' à la "walegene", et elle sorti en trombe de l'appart', sans prendre de petit-déjeuner, sans passer par la case cuisine, ni même remarquer le paquet posé sur la table à manger ou le mot qui l'accompagnait.


Dans le tram qui l'emmenait à la salle des répet', Luana songea avec une certaine nostalgie à ce monde qu'elle s'était créé, à la Terre du Milieu. Une certaine tristesse s'installait dans son cœur à l'idée de ne plus revoir les immenses étendues de terre sauvages, les torrents aux eaux claire et pures, les jardins de Fondcombe, les bois de la Lothlórien, qu'elle s'était juré de visiter en compagnie de Legolas. Cette pensée lui fit plus mal que tout le reste. Elle s'était énormément attachée à tous ceux qu'elle y avait croisés; Arwen, les jumeaux Elladan et Elrohir, qu'elle avait un peu considéré tous trois comme des frères et sœurs; Elrond, qui avait toujours était si bon avec elle; Glorfindel, qu'elle avait peu côtoyer mais dont elle garderait toujours un bon souvenir; Bilbon, qui avait vite sut prendre la place de son "papy" qu'elle n'avait que très peu connu au final; Gimli, qui malgré son air bougon avait un cœur en or; Merry et Pippin, avec qui elle avait put être de brefs instants la gamine espiègle qu'elle n'avait put être; Sam, dont elle s'amusait de la timidité; et même Boromir, qui sous ses airs hautains et méprisants, l'avait tant de fois encouragé à mi-mots; et plus particulièrement Frodon et Aragorn, qui étaient à n'en pas douter, les amis les plus chers qui lui avait été donné d'avoir. Ils étaient même bien plus que des amis pour elle. Mais Legolas… avec lui, tout lui semblait différent, elle se sentait bien en sa présence, même s'ils n'avaient échangé que peu de paroles, passés que peu de moment l'un avec l'autre. Ce qu'elle éprouvait pour lui, jamais elle ne l'avait éprouvé pour quiconque jusqu'à ce jour. Elle ne savait pas de quoi il s'agissait, mais elle était persuadé que jamais, non plus jamais, elle ne ressentirait pareil sentiment pour qui que se soit, tant que ce n'était pas lui. Elle aurait aimé le voir une dernière fois, comme tous les autres, et lui dire à quel point elle était heureuse pour lui qu'il ait trouvé une compagne telle que Lindoïlin.

Mais plus que l'absence de ses êtres chimériques qui n'existait que dans son imagination, c'était l'absence de Naurofána qui lui pesait le plus. C'était tout bonnement ridicule, après tout, elle n'avait jamais existait. Pourtant, ses conseils, sa présence rassurante, maternelle, lui manquait terriblement. Elle ne se sentait pas elle-même sans cette partie d'elle qu'elle n'avait fait qu'imaginer.

Le front posé contre la vitre froide, Luana soupira. Ce n'était qu'un rêve, alors pourquoi s'en souvenait-elle si clairement? Pourquoi n'arrivait-elle pas à le caser dans un coin pour ne plus y penser? Tentant par tous les moyens de ne plus laisser ses pensées voguer en ce sens, elle se concentra sur le paysage extérieur. Le ciel était étrangement gris, l'air bien trop froid pour un mois de septembre. Elle avait eu l'impression d'entrer dans une chambre froide dès qu'elle avait mis le pied dehors. Foutu dérèglement climatique! Il n'y avait décidément plus de saison dans ce triste monde! Elle se foutu une baffe monumentale, sous les yeux des réprobateur et craintifs des autres passagers. Leurs regards… toujours les mêmes, froids, méprisants, intolérants. C'était son monde à elle quoi. Pas de quoi en faire tout une histoire. C'était ce qu'elle se répétait telle une éternelle litanie, tentant de s'en persuader. Comme elle avait envie de se retrouver entourée de toutes les personnes qui avaient sut passer au-delà de sa différence! Mais ici, il n'y avait que les gars de son crew, Samantha, Éric… comme il lui tardait de les revoir. C'était comme si cette courte nuit avait été une vraie éternité pour elle. Une éternité dont elle n'arrivait pas à s'extraire. Elle sentait, au fond d'elle-même, malgré tous ses efforts pour l'ignorer, que cette vie, celle passée en tant que Luana Naurofána, représentante du peuple des Nauror aux seins de la Communauté de l'Anneau, celle passée à marcher aux côtés de Frodon, cette vie, elle ne parviendrait jamais à s'en défaire. La vie qu'elle se destinait à vivre dans son monde à elle, bien qu'accompagnée de son frère, cette vie, serait comme une mort pour elle. Elle savait que les mois qui viendraient la verrait dépérir, telle une fleur que l'on aurait privé d'air, d'eau et de soleil, les seules choses qui lui permettait de vivre.

Non, elle ne devait pas se laisser aller comme ça, juste pour une illusion! Elle se donnerait à fond à l'entraînement, histoire de chasser les souvenir de son rêve pour ne plus jamais y penser, tourner la page et ne plus ressentir un tel vide, un tel désir de retourner dans cet univers. Mais avant, elle tâcherait de se souvenir d'une ou trois brides de ce rêve, afin de les raconter à Sam. Sa meilleure amis lui dirait encore une fois qu'elle était complètement folle, et que c'était pour cela qu'elle l'adorait. Quant à Éric, elle lui montrerait à quel point elle l'aimait. Le voir mort, même pour de faux, lui avait fait prendre conscience que jamais elle ne pourrait assez le lui montrer, mais elle ferait le maximum pour qu'il comprenne.

Quand enfin elle descendit du tram à l'arrêt le plus proche de la salle, à la périphérie de Rennes elle dut sprinter dans l'espoir de ne pas voir son retard s'allonger un peu plus. Romain serait furax! Elle arriva à bout de souffle et trempée de sueurs devant la porte d'une vieille salle de danse qu'ils louaient au mois, délabré et vétuste, mais plus qu'assez pour eux s'entraîner. Derrière le battant de bois au verni écaillé, les basses résonnaient, faisant vibrer l'air d'un son électro. Elle se figea un instant. Elle avait reconnut l'air de "Till The World Ends". Du Britney Spears? Ils étaient sérieux là? Tous avaient juré qu'ils préféreraient mourir que de danser sur une de ses chansons!

Intriguée, elle haussa néanmoins les épaules, jugeant qu'elle s'en contrefichait, et poussa la porte, déboulant dans la salle comme si de rien n'était.

- Salut! Désolée pour le retard! S'écria-t-elle pour couvrir la musique. Mon réveil m'a fait…

Elle se figea, incapable de terminer sa phrase. Les gars du crew, ses potes, ses compagnons de rues, ses coéquipiers de danse, de parcours, et de toutes les disciplines qu'ils avaient put pratiquer ensemble, se tenaient dans une position qu'elle n'aurait jamais crut leur voir. Certains étaient à genou ou allongés aux pieds d'une blondasse peroxydée et anorexique quasiment à poil tant sa minijupe et sa brassière étaient petits, d'autre lui tournaient autour comme s'ils voulaient la violer, tandis qu'elle se trémoussait comme une chaudasse ouvrant grands les jambes pour que tous voient qu'elle ne portait pas de sous-vêtements, tordant du cul comme une pute à la recherche d'un maquereau. ¡Joder! C'était quoi ce merdier? Et c'était quoi cette chorée de merde? Ils avaient établit comme règle d'or que dans chacune de leur danse, ils mettraient en valeur le style et les capacités de chacun! Là, ils ne faisaient que se coller à elle, se soumettre, se rendre invisible pour qu'on ne voit plus qu'elle! Un à un, ils s'aperçurent de sa présence, jusqu'à ce que ce fut le tour de Romain, qui alla direct éteindre la musique.

- Luana?

Il la regardait avec des yeux exorbités, comme s'il voyait une revenante. Elle, elle restait là, immobile, bouche bée. Personne ne savait quoi dire.

- Heu… je… hum… on a une nouvelle recrue? Demanda-t-elle d'une voix blanche.

- Nouvelle recrue? Répéta-t-il, abasourdi.

Luana lui désigna la pouf qui la toisait de haut en bas avec un regard hautain et méprisant, le nez plissé de dégoût.

- Jess? C'est… ta remplaçante…

Romain semblait complètement perdu, il répondait comme si lui-même n'arrivait pas à réfléchir clairement.

- Ma remplaçante? S'écria Luana, atterrée, furieuse. Attends, j'ai même pas une heure de retard, et tu me jarte pour mettre una puta à ma place? ¡Mierda! Tu te fous de ma gueule!

- Hein? C'est toi qui te fous de ma gueule là! S'emporta-t-il, reprenant enfin ces esprits. Tu disparait du jour au lendemain et tu nous laisse en plan pour le plus important battle de notre vie, celui qui nous aurait rapporté un max de fric et nous aurait ouverts les portes de plus grands battles, pour te ramener des mois plus tard comme si de rien n'était! Putain, c'est quoi ton problème!

Luana eut un choc. Que… que venait-il de dire?

- Je… je n'ai pas disparut, qu'est ce que tu racontes? J'ai toujours était là…

- T'as disparut pendant plusieurs mois putain!

Elle ne parvenait pas à comprendre. Un vertige la saisit tandis que les mots de Romain résonnaient dans son esprit. Plusieurs… Mois? Elle jeta un regard alentours. Tous lui jetaient un regard mauvais, comme si elle avait gâché leurs rêves d'avenir, tous leurs espoirs. Mais il y avait aussi, au fond de leur pupilles, quelque chose qui ressemblait… à de la peur?

- Mais que… qu'est ce qu'il c'est passé? Je… je ne comprends pas! souffla-t-elle, les larmes lui nouant la gorge et lui brûlant les yeux.

- Tu devrais demander à ta copine Sam, j'ai entendue dire qu'elle serait ravie de te revoir, cracha la dénommée Jess avec un ton mauvais, qui n'inspirait rien de bon à Luana.

Sam. Samantha… le passage piéton… le camion… l'accident… ho non! Non, non, non! Reculant d'abord avec lenteur, ne voulant pas comprendre, Luana finit par se jeter sur la porte et sorti en trombe dans la rue.

Samantha habitait à deux kilomètres environs. Elle devait y aller, elle devait la voir, elle devait voir a meilleure amies, sur le champ! Elle devait savoir! Elle voulait comprendre ce que c'était que ce putain de bordel! ¡Mierda! Courant tant qu'elle put, à corps perdu, de toute la force t la vitesse de ses jambes, elle s'élança dans la rue, sautant par-dessus tous les obstacles qui tentaient de l'arrêter, escaladant les grillages, enjambant les murets, slalomant entre les passants quand elle ne les bousculait pas au passage, évitant de justesse les voitures lorsqu'elle traversait sans même regarder. On eu dit une démente poursuivie par l'enfer. Ses cheveux volant aux vents, ses yeux fous, ses traits tirés par l'angoisse, tout en elle n'était que folie.

Elle courait à en perdre haleine. L'urgence la faisait voler, allongeant ses foulées, les accélérant. Mais ses jambes commençaient à fatiguer, ses poumons lui brûlaient, le souffle lui manquait, tous menaçant de la lâcher. Elle transpirait à grosse goutte, non pas sous l'effort, mais sous l'effet de l'effroi. Des sueurs froides perlaient le long de son visage, s'ajoutant aux larmes et lui piquant les yeux, lui coulaient dans le dos. Elle ne voyait pas le passants la regarder comme si elle était folle, elle n'entendait pas leur cris et leurs exclamations indignées. Elle ne voyait que la route qui la séparait encore de son but, elle n'entendait que son souffla rauque qui résonnait à ses oreilles comme un râle d'agonie, les battements frénétiques de son cœur qui l'assourdissait, son sang qui lui battait les tempes avec violence. Elle courait, bien plus que lorsqu'elle tentait de rattraper les Nazgûls lancés à la poursuite de Frodon, au bord de la rivière qui gardait Fondcombe. Non! Tout ça n'était qu'un rêve! Et elle allait le prouver! Sam allait l'en persuader, lui fournir la preuve que rien de tout cela n'était pas réel! Qu'elle n'avait pas disparut! Que plusieurs mois ne s'étaient pas écoulés! Qu'il n'y avait pas eu de collision avec un camion qui l'avait envoyé dans un autre monde!

Elle trébucha en arrivant enfin devant le portail de chez Samantha, s'égratignant les mains et déchirant son pantalon de survêt' sur les graviers, et remonta le petit chemin jusqu'à l'entrée en quelques enjambées. Telle une démente, elle frappa de ses poings crispés le battant de porte avec violence, encore et encore, au point de s'en faire mal aux mains et de faire saigner ses phalanges! Mais la porte restait désespérément close, alors qu'il lui semblait tambouriner dessus depuis une éternité

- Ouvres-toi! ¡Mierda! Ouvres toi!

Alors qu'elle allait défoncer la porte d'entrée, celle-ci finit par s'ouvrir, lentement, terriblement lentement. Trop lentement! Luana l'ouvrit à la volée et entra dans le hall en s'écriant:

- Sam! Samant…

Mais son cri mourut au fond de sa gorge, lorsqu'elle se retrouva nez-à-nez avec sa meilleure amie. Qui la dévisagea longuement avec étonnement, assise… dans un fauteuil roulant!

Luana, en retour, la contempla de haut en bas. Sam, sa meilleure amie, celle avec qui elle avait passé tant de bons moments, à rire, à faire les idiotes, à dire des âneries, avait tant changée… Elle avait l'impression de se retrouver en face d'une inconnue. Une affreuse cicatrice la défigurait, traversant son autrefois si beau visage, qui en ce jour n'était plus qu'un masque de laideur. La blonde ultra sexy, aux mensurations de rêve, aux yeux bleus pétillants de vie et aux sourires ravageurs, qu'elle connaissait depuis qu'elle était entrée au lycée, avait laissé place à un corps flasque et adipeux, aux jambes squelettiques, aux cheveux ternes et gras, au regard vide et éteint. Non, pas au regard vide, car dès qu'il l'eut reconnu, il s'emplit d'une colère féroce, que jamais auparavant elle n'avait vu dans ses yeux. Une colère dirigée vers elle.

- Luana! Gronda-t-elle.

Elle fit un pas en avant, les larmes aux yeux, prête à se mettre à genou et à prendre son amie dans ses bras, ignorant l'animosité qui animait celle-ci. Mais Samantha fit reculer son fauteuil, comme si elle avait eut peur qu'elle la touche, comme si elle avait eu peur qu'un simple contact ne la contamine ou ne la maudisse à jamais.

- Ne t'approche pas! cria-t-elle, furieuse et la voix déformée par la rage. Ne songe même pas à me toucher ou à pleurer devant moi salope!

Qu… quoi? Luana la fixa longuement, le souffle court, la gorge noué par les sanglots qu'elle se refusait à laisser sortir. Sam, Samantha, sa meilleure amie, la seule qui l'acceptait, l'insultait? Elle le faisait tout le temps, c'était vrai, elles se traitaient mutuellement de tous les noms, mais affectueusement, un sourire, une lueur dans les yeux, un rire venant contredire la dureté des mots. Mais pas là. Là, il n'y avait que du dégoût, du mépris, de la haine! Sa meilleure amie la haïssait!

- Sam… mais… qu'est ce que… Qu'est ce qu'il t'est arrivé? Qu'est ce qu'il se passe? Souffla-t-elle, ne parvenant pas à croire ce qu'elle voyait.

- Qu'est ce qu'il m'est arrivé? Qu'est ce qu'il m'est arrivé? Tu te fous de ma gueule en plus, sale pute!

- Sam, je… je comprends rien à ce qu'il m'arrive. Je… je sais pas ce qu'il se passe, aides moi, je t'en supplie! C'est moi, Luana! Ta best! Tu te souviens? Ta meilleure am…

- Ta gueule! Je t'interdis de dire que tu es mon amie! Tout ça c'est de ta faute, bordel de merde! Hurla-t-elle en désignant le fauteuil roulant et ses jambes inertes. Ta faute à toi! Tu as gâché ma putain de vie, alors que je te croyais mon amie!

Luana recula, sa plaquant contre le mur, tandis que Samantha hurlait sa colère et sa rage, lui crachait sa haine au visage. Elle se ratatina, les mains plaquées contre ses tempes, tentant de fuir tout cela. Elle avait peur, peur de Sam, peur de comprendre.

- Sam, qu'est ce qu'il c'est passé? Je t'en pris, dis-moi. J'y comprends plus rien…

- Tu as disparut putain de merde! Après avoir tenté de me tuer!

Luana hoqueta de douleur et de surprise à ces mots! Disparut… après… avoir tenté de la tuer?

- Qu… quoi? Qu'est ce que tu as dit?

- Tu as clairement entendu! À cause de toi, je suis restée au beau milieu de ce putain de passage piéton! Par TA faute, je me suis bouffé ce putain de camion en pleine gueule! Par TA faute je me suis retrouvée à l'hôpital! Par TA faute je suis condamnée à vivre en fauteuil roulant pour le restant de mes jours! Et toi, tu as fuit, bordel! Tu m'as abandonnée!

- C'est faux! Je me suis jetée sur toi pour te pousser, pour prendre ta place! C'est moi que le camion a percuté! J'étais prête à mourir pour toi!

- La ferme! Tais-toi! Tais-toi! Je ne veux plus jamais entendre tes putains de mensonges! Tu ne m'as jamais considéré comme ton amie, je t'ai tout donné, j'ai tout fait pour toi, j'ai pas écouté les autres quand ils disaient que tu étais un monstre, que tu étais complètement tarée! Mais ils avaient raison! Putain de bordel de merde, mais qu'est ce que j'ai put être conne! Tu as tout gâché! Je te déteste! Je te déteste! Je te hais!

Samantha avait les yeux brûlants de rage et de larmes. Elle semblait hystérique, folle de désespoir. Luana quant à elle ne parvenait plus à retenir ses larmes. Elles coulaient, encore et encore, lui brouillant la vue, lui coupant la respiration. Les sanglots la secouaient toute entière. Toutes deux pleuraient, face à face, l'une ne sachant plus quoi dire, quoi faire, désespérant de comprendre ce qui lui arrivait, l'autre ne sachant plus comment exprimer son désespoir, sa colère et sa haine.

- Sam, c'est faux… bredouilla Luana, la voix déformée par les pleurs. Je t'ai toujours aimé, tu as toujours était mon amie. Jamais je n'aurais fuit, plutôt mourir!

- Alors pourquoi t'es toujours en vie, sale pute! Pourquoi t'es debout, alors que moi je suis dans ce putain de fauteuil roulant! Pourquoi t'as disparut pendant plus de six mois!

- Sam…

- Dégages! Je veux plus t'entendre, plus jamais te revoir! Va te faire foutre, Luana, va te faire foutre! Je souhaite qu'une chose, que tu crève comme une chienne, seule et dans la merde! Tu ne vaux que ça, de la merde! Tu ne mérite même pas d'avoir un frère comme Éric!

- Éric…

Ce nom frappa l'esprit de Luana comme une cravache, le lançant au triple galop. Éric… si tout ce que Samantha et Romain disaient, si elle avait bien disparue, si six mois étaient bien passés, ça voulait dire que… non! Non! NON! Ça ne pouvait pas être vrai!

- Maintenant, dégage! Vire de chez moi! Disparait, sale monstre!

Sam commença à avancer avec son fauteuil, lui roulant dessus, la repoussant au dehors. Lorsqu'enfin Luana se retrouva sur le perron elle referma la porte, après lui avoir adressé d'une voix d'outre-tombe, ces derniers mots:

- Et je ne te souhaite pas un bon anniversaire!

Nooon!

Prise de panique, Luana repartit en courant; le souffle toujours saccadé par les sanglots qu'elle ne parvenait pas à étouffer, les larmes inondant son visage en un flot continu. Elle reparti en sens inverse, en direction de leur appart', celui dans lequel elle vivait depuis des années avec Éric. Il devait avoir finit son service du midi, il devait être là-bas, chez eux, à se reposer! Il ne pouvait pas être dans un monde qu'elle avait inventé, il ne pouvait pas être mort! ¡Conchatumadre! Non, c'était un cauchemar! Un véritable enfer!


Luana, ma petite sœur adorée,

Je ne sais pas pourquoi j'écris cette lettre, ni même pourquoi je t'ai acheté ça. C'est idiot, mais je garde en moi l'espoir que tu reviennes un jour. Cela fait six mois que tu as disparut, mais je n'arrive toujours pas à abandonner l'idée de te revoir.

Lorsque l'on m'a appelé pour m'annoncer l'accident de Sam, et que tu avais disparut, je n'y avais pas crut. Je sais que tu n'es en rien responsable de ce drame, que quoi que disent les autorités, tu ne fuis pas pour éviter les représailles.

Non, au fond de moi, j'ai la certitude que si tu es partie, c'est pour savoir qui tu es. Tu es une fille intelligente, bien plus que tu ne le crois, et je sais que tu as deviné la vérité sur notre famille, sur toi, depuis longtemps. J'aurais aimé pouvoir te l'avouer moi-même, te dire de vive voix que je t'ai toujours aimé comme ma petite sœur, peu importe les liens du sang, tout comme les parents t'aimaient et avaient prévu de le faire, une fois que tu aurais été prête à l'entendre. J'avais en tête de le faire le jour de tes dix-huit ans.

Tu attendais ce jour avec tant d'impatience. Pour beaucoup, être responsables de ses actes et de soi et une plaie, mais pour toi, c'est à croire que ce n'est pas assez. Tu prends sur toi la faute des autres, tu es prête à tout pour aider autrui, même ceux qui ne le méritent pas. Mais tu es comme cela, on n'y peut rien, et je tiens à ce que tu saches, qu'en aucun, tu ne dois changer ça. Celle que tu es réellement vaut bien plus que celle que voient les autres.

Si tu reviens un jour à notre appartement, j'espère que tu trouveras cette lettre, et le paquet qui l'accompagne. Je les laisse derrière moi, afin de te dire que je vais bien. Je n'ai pas disparut rassure toi. J'ai arrêté de te chercher, comprenant enfin que je ne te retrouverais pas tant que tu ne reviendrais pas de toi-même. Je suis parti m'installer à Paris, où un grand restaurant m'a fait une offre que je ne pouvais refuser. Je t'y attends. Mais si tu as enfin trouvé ta place ailleurs, alors, je te souhaite d'y vivre heureuse, et de trouver des personnes qui sauront te voir tel que je te vois.

Je t'aime Luana, saches le, de tout mon cœur. Malgré ce que tu peux croire, je n'ai jamais cessé d'être fier de toi, fier d'être ton grand frère, et jamais, tu n'a été une gène pour moi.

Vis Luana, vis comme tu as choisit de vivre ta vie, soit heureuse, et bats toi pour préserver ce bonheur.

Ton grand frère qui t'aime,

Éric.

Luana relut une énième fois la lettre, encore et encore, peinant à saisir le sens des mots qui défilaient sous ses yeux. Elle l'avait découverte dans la cuisine, après avoir fouillé toutes les pièces de leur appart' à la recherche de son frère, après avoir téléphoné au restaurant où il travaillé dans ses souvenirs, et s'entendre dire que son frère n'y étais plus cuistot depuis des mois.

Des coulées d'encre diluée déformaient les mots par endroits, tandis que de légères marques circulaires, aux bords éclaboussés, plissaient le papier. Des larmes avaient été versées sur cette lettre. Pas celles de Luana, bien qu'elles coulassent avec une intensité redoublée, le flot enflant au fur et à mesure qu'elle avançait dans sa relecture.

Alors… elle avait bel et bien disparut? Pendant six mois? Elle avait bel et bien vécut en Terre du Milieu? Elle avait bel et bien rencontré Frodon, Sam, Merry et Pippin après l'accident avec le camion? Elle avait réellement traversé toutes ces épreuves, avait vécu toutes ces aventures qui hantaient ses souvenirs? Rien n'était un rêve? C'était la réalité? Mais alors, elle pourrait retourner auprès d'eux! Elle pourrait les rejoindre, continuer à marcher et avancer à leur côtés! Son cœur enfla de joie à la perspective de tous les revoir. Elle pourrait à coup sûr récupérer Naurofána, et sentir de nouveau la présence rassurante de sa louve ou fond d'elle. C'était si beau, qu'elle ne parvenait pas à y croire. Mais cette réalité avait aussi son lot de souffrances. Si tout était réel, alors. Éric était bel et bien mort.

Luana était perdue, écartelée entre l'envie de rire, de laisser éclater l'espoir de quitter son triste monde pour celui, si merveilleux à ses yeux, de la Terre du Milieu, et l'envie de fondre en larme, de laisser éclater son chagrin.

Ne sachant trop quoi faire, elle relut encore une fois la lettre, et plus elle s'en imprégnait, plus elle lui trouvait des airs d'adieux, de dernière volonté. Il prétendait avoir trouvé un poste à paris, mais il ne donnait aucun non de restaurant, ni même d'adresse où le retrouvais, pas même un numéro de téléphone où le joindre. Comme si… comme s'il savait, malgré tous ses espoirs, que jamais il ne la reverrait, que jamais il ne pourrait lui dire toute ces choses.

¡MIERDA!

Avec un cri tourmenté, emplit de souffrance, elle se leva et balança sa chaise à travers la pièce, qui alla se fracasser contre le mur. Une sombre folie et une rage implacable s'emparèrent son esprit, ne laissant plus de place à la raison, ni à aucune pensée censée. Elle déversa toute sa douleur sur ce qui l'entourait, mettant la cuisine sans dessus dessous; tout objet lui tombant sous la main eut à subir la fureur de son chagrin, toute la vaisselle que contenaient les tiroirs et les étagères se retrouva réduite en mille morceaux, les meubles renversés et éventrés laissaient des flots d'ustensiles de cuisine se déverser sur le carrelage. D'un coup de poing, elle fracassa la vitre du buffet, s'entaillant profondément la peau du bras, éclaboussant de son sang tout le fatras et le chaos qu'elle avait provoqué. La douleur la ramena à un semblant de lucidité. Saisissant une serviette, elle se fit un bandage de fortune et tenta d'arrêter l'hémorragie, avant de se laisser aller à même le sol, s'adossant à la table oblique, qui ne tenait plus que sur deux pieds. Là, au milieu de ce champ de bataille, elle éclata en sanglot, pleurant, pleurant toutes les larmes de son corps, hurlant de toutes ses maigres forces.

¡Joder! Pourquoi? Pourquoi est ce que ça se passait comme ça? Pourquoi, après ses parents, fallait-il qu'on la prive de son frère, la seule famille qui lui restait, le seul qui comptait réellement pour elle! Le seul qui ne pouvait se résoudre à lui en vouloir, à la haïr, malgré tout ce qu'elle avait put lui faire! La seule chose qui la retenait en ce monde de merde! Le seul qui lui donnait une raison de vivre ici! Sans lui, elle n'était rien, personne! Juste une pauvre fille perdue en mer, à qui l'on venait d'arracher le seul point d'ancrage auquel elle pouvait encore s'accrocher! Elle n'avait plus rien, elle n'était plus rien! ¡Mierda!

Cherchant à l'aveugle quelque chose sur quoi déverser toute sa hargne, de quoi adoucir son supplice, elle saisit entre ses doigts un paquet enveloppé de papier kraft. Elle leva le bras afin de la balancer loin d'elle, quand son regard fut capturé par une carte, collée à l'emballage. Dessus, l'écriture fine et italique d'Éric s'étalait, tracée au crayon à l'encre dorée et pailletée: Joyeux Anniversaire Luana.

Elle hésita un instant, avant que son bras ne retombe de lui-même, fatigué, déposant au passage le paquet sur ses genoux. Elle le contempla un long, très long moment, les larmes continuant de couler le long de son visage, les sanglots lui secouant les épaules, mais au moins ne hurlait-elle plus. Puis, après une éternité d'attente et de doute, elle se résolut à l'ouvrir. Des ses doigts tremblants, elle déchira le papier, découvrant un ballot de tissus soyeux, d'un bleu aussi sombre qu'un ciel nocturne, irisé de reflets argentés. Les mains parcourut de frisson, elle s'en saisit, et leva devant elle ce qui ressemblait être un kimono* en soie. Un kimono à la forme originale, destiné à ne couvrir que la partie supérieure du buste, dissimulant les bras sous ses amples manches, à la découpe droite et s'élargissant vers l'extrémité, enserrant la poitrine de son rabat, tandis que la ceinture s'enroulait autour du ventre laissé nu. Peinant à en croire ses yeux, Luana l'examina sous toutes les coutures, faisant courir la soie entre ses doigts. Sur le dos du vêtement brillait un croissant de lune, au centre du quel reposait le kanji désignant le mot lune en japonais, tandis que des étoiles dorées s'étalaient sur le reste de l'étoffe, s'ébattant sur les manches tels des pétales de cerisier emportés par une brise satinée. Elle resta sans voix. Elle n'avait jamais était fan du japon et tout ce qui était oriental, mais lorsque son regard s'était posé sur ce vêtement, lors d'une promenade sur un marché estival, elle avait eu un coup de cœur. Elle l'avait tant désiré! Et il coûtait si cher! Depuis plus d'un an elle avait économisé dans le but de se l'offrir, mettant de côté le peu d'argent gagné" lors des battles qu'elle gardait pour elle, glissant le reste des gains dans le portefeuille d'Éric, afin de l'aider financiè voilà que son frère le lui offrait… lui offrant toute la panoplie même! Il y avait encore dans le paquet, un hakama* de la même teinte crépusculaire et la même matière que le kimono, ainsi qu'une paire de ballerine de cuir noir, souples et légères, et deux pics à cheveux, ornés de perles.

Luana serra contre son cœur ces cadeaux si précieux, les derniers et les plus beaux qu'on ne lui ait jamais offert, hormis l'amitié et la vie bien entendu. Éric… il avait promit de faire en sorte que le jour de ses dix-huit ans serait l'un des plus inoubliables jours de son existence. Il avait réussit bien au-delà de ses espérances. Non pas par sa mort, mais par ses mots, ses actes. Une dernière fois, elle relut la lettre. Il savait que là où elle se trouvait, elle était heureuse. Oui, malgré tous les malheurs, toutes les épreuves et les souffrances qu'elle avait connus en Terre du Milieu, elle y était heureuse! Elle y avait rencontré les êtres les plus fabuleux qui fut, elle avait tant connu avec eux, tant apprit, sur le monde, sur elle-même! Ils l'avaient reconnut comme l'une des leurs, accepté pour ce qu'elle était, pour qui elle était! Elle était chez elle, non pas en ce monde, mais là bas, auprès d'eux! Éric l'avait comprit. Il était le seul point qui la rattachait à cet univers où elle n'avait pas sa place. Elle se senti coupable de cette pensée, mais sa mort la libérait définitivement de cet enfer d'incompréhension, d'intolérance et de solitude qu'avait toujours été ce monde-ci. Elle avait tant désiré qu'il la rejoigne, qu'il vive avec elle et rencontre tous ces gens à qui elle s'était attachée, qu'il avait finit par se retrouver à son tour aspiré par cet univers parallèle. Ô, comme elle s'en voulait! Si elle n'avait pas fait le vœu silencieux et inavoué de ne plus avoir de quelconque attache avec ce qui jusque là avait été sa réalité, il serait encore en vie!

La culpabilité revint à la charge avec son torrent de larmes, mais une pensée vive, brûlante de sens et de vérité lui bloqua le passage et la fit fondre comme neige au soleil. Elle avait souhaité qu'il la rejoigne, mais envie! Elle n'avait jamais souhaité sa mort! Tout comme elle, il avait dut arriver en Terre du Milieu vivant, pas sous forme d'un cadavre! Quelqu'un ou quelque chose l'avait tué!

La peine laissa place à une colère glacée. On avait tué son frère. Cette certitude lui injectait dans les veines le funeste poison de la vengeance. On lui avait volé son bien le plus précieux, et elle tenait bien à savoir, qui, pourquoi, et comment, avant de laisser s'abattre sur le ou les coupables toute l'étendu de sa colère, de sa haine et de sa souffrance! Elle leur ferait payer le prix fort!

Mais plus que la vengeance, elle deviendrait suffisamment forte pour que plus personne ne meure par sa faute, pour protéger tous ceux à qui elle tenait: Frodon, Aragorn, Legolas, Gimli, Merry, Pippin, Sam, Boromir, Arwen, Elladan, Elrohir… Tous! Elle faisait le serment de se battre jusqu'à la mort pour tous les sauver, sacrifiant sa vie pour préserver la leur. Et pour cela, il lu fallait être forte, il lui fallait laisser derrière elle les ruines du passé et avancer, ne plus regarder en arrière. Elle garderait enfouit en son cœur les souvenir d'Éric, mais elle ne pleurerait plus dessus. C'était ce qu'il voulait, sa dernière volonté, qu'elle vive, qu'elle se batte, pas qu'elle se morfonde et se laisse dépérir!

- Merci Éric, souffla-t-elle en un dernier adieu.

Les traits tendus par cette nouvelle résolution, les yeux secs mais brulants, tant sous l'effet des larmes que celle de la flamme nouvelle qui incendiait son cœur, elle se leva, le cadeau d'Éric dans les bras, et se dirigea vers la salle de bain. Là, elle soigna un peu mieux son bras scarifié et ses paumes écorchées. Avec les capacités de Naurofána, tout ça aurait déjà cicatrisé. Mais ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'elle ne retrouve sa louve.

Elle enfila ensuite le kimono, savourant au passage le toucher de la soie, se drapa dans le hakama, glissa ses pieds dans les ballerines, avant de se contemple dans le miroir. Elle avait l'air… d'une héroïne de manga, ainsi vêtue, mais plus que tout, d'une jeune fille prête à tout pour être heureuse et vivre sa vie, dans le monde où elle avait sa place, auprès de ceux qui lui étaient chers, une Nauro prête à se battre.

Glissant les doigts dans sa chevelure, elle défit sa queue de cheval, laissant l'élastique tomber sur le sol sans même y prêter attention, et remarqua enfin un détail troublant: deux mèches de cheveux étaient devenues d'un noir d'encre, sur le devant du crâne, encadrant le visage et tranchant sur la blancheur de sa peau. Que…

Jugeant qu'elle s'en contrefichait, Luana décida d'ignorer cette étrangeté, et tira ses cheveux en arrière. Mais ainsi, les mèches sombres juraient terriblement avec les fils de soie blanche, telles deux ombres sur la neige immaculée. Lui revint alors à l'esprit une remarque faite pas Lindoïlin. L'Elfe regrettait qu'elle tire ainsi ses cheveux, dénudant complètement son front. Elle prétendait que cette coiffure ne lui correspondait pas.

Luana avisa les deux pics ornementaux offert par Éric… Il avait décidément tou envisagé… comme s'il savait… Elle en prit un, enroula tout autour une longue natte de cheveux, et le remonta pour en faire un chignon improvisé et sauvage, plusieurs fines mèches s'égaillant en tout sens, centré à l'arrière du crâne. Elle réitéra l'expérience avec le deuxième pic, les plantant l'un l'autre dans le chignon opposé, et laissant voleter librement les deux mèches noires qui épousaient les contours de son visage. Cette coiffure lui conféraient des allures plus sauvages, plus libres, néanmoins, il y avait quelque chose aussi plus réfléchit, un soupçon de subtilité.

Et maintenant? Il était bien beau d'avoir un objectif, d'avoir trouvé un sens à sa vie. Mais encore fallait-il savoir comment retrouver tous ceux qu'elle s'était fait un devoir de protéger, comment retourner en Terre du Milieu. ¡Mierda! Ce simple constat fut pour elle comme se retrouver dans une impasse, avec d'un côté un mur gigantesque quoi l'empêchait d'avancer, et de l'autre un gouffre sans fond qui l'empêchait de reculer. L'abattement faillit avoir raison d'elle, avant qu'elle ne se rappelle la promesse faite à Éric. Elle ne reculerait pas, mais elle ne resterait pas non plus sur place à ne rien faire. Elle avancerait, sans jamais regarder derrière elle, encore et encore, s'interdisant de douter. Se posant, elle réfléchit au moyen de parvenir à ses fins, comment retrouver le chemin de "chez elle".

La première fois qu'elle avait atterrit en Terre du Milieu pour se réveiller entourée de Hobbits, mais aussi son retour, son réveil le matin même. Elle devait se rappeler de ces fois là. Qu'y avait-il eu de si particulier à cet instant précis? Qu'est ce qui rendait possible le voyage entre les deux? Il y avait eu le choc avec le camion, la certitude de mourir. Oui, mais depuis, elle avait crut mourir par deux fois. Ce n'était pas ça. Qu'y avait-il eu d'autre… un sentiment… de malaise… comme si… elle n'était pas à sa place. Oui, c'était ça! Elle avait éprouvé l'étrange désir de se trouver ailleurs, bien qu'elle ne savait pas à l'époque où se situait exactement ce "ailleurs". Et elle avait ressentit ce même désir ardent, ce même besoin lorsqu'elle avait découvert le corps sans vie d'Éric.

À cette pensée, elle perdit le fil de sa réflexion. Les larmes menacèrent de rompre le barrage de sa détermination. Elle devait être forte!

Alors… elle avait ardemment souhaiter se retrouver dans ce qu'elle considérait alors chez elle, le monde moderne et pourri dans lequel elle avait vécu la quasi-totalité de son existence. Elle voulait rentrer dans sa réalité afin de s'assurer qu'Éric n'était pas mort.

Persuadée d'avoir trouvé l'élément clé, Luana ferma les yeux et se concentra sur son désir, le besoin impérieux de serrer Frodon, Aragorn et tous les autres dans ses bras, visualisa sous ses paupières closes les bois enchanteurs de la Lothlórien. Et lorsqu'elle les rouvrit, elle se vit elle, toujours devant la glace de la salle de bain.

Non, ce n'était pas ça! Il manquait quelque chose! Mais qu…

La réponse lui apparut soudain, évidente. Elle avait déjà faillit mourir plusieurs fois en Terre du Milieu, et elle n'en était pas pour autant revenue dans cet univers où elle avait grandit. N'empêche… quand elle avait sentit la culpabilité exploser en elle tandis qu'elle était penchée sur le cadavre de son frère, elle avait souhaité la mort. Souhaité mourir elle aussi. Il ne fallait non pas mourir pour changer de monde, mais souhaiter mourir. Avec Samantha, elle avait été prête à mourir pour sauver son amie. La clé de la solution, c'était qu'il fallait être prêt à tout quitter.

Elle n'avait plus… qu'à se suicider… Cette perspective l'effraya. Et si elle se trompait, et si ce n'était pas le moyen de rentrer en Terre du Milieu, elle mourrait, bêtement et simplement. Mais si elle avait raison, elle pourrait enfin aspirer au bonheur. Elle unirait de nouveau ses forces à elles des autres membres de la Communauté de l'Anneau, elle porterait Frodon sur son dos jusqu'en Mordor s'il le fallait, elle ferait tout pour qu'enfin l'Anneaux et Sauron soient détruits à jamais, que la paix et la lumière règnent sur ce monde. Et une vie ici serait pire que la mort.

Il ne lui restait plus qu'à trouver le meilleur moyen pour elle de quitter cette vie-ci à jamais.

Elle sorti de la salle de bain et laissa son regard vagabonder à la recherche d'une idée. C'est alors que le balcon apparut dans son champ de vision. Leur appartement faisait parti de l'une des nombreuses résidences des Horizons, ces immenses tours jumelles à usage d'habitation qui trônaient au centre de Rennes, et plus précisément dans Horizons I, l'immeuble le plus haut de la ville, d'une hauteur de presque cent mètres.

Avec un sourire triomphant, Luana ouvrit la baie coulissante et sorti dans l'air frais de février. Le froid lui piqueta la peau tandis qu'elle penchait la tête en arrière pour apercevoir le sommet de l'édifice. Leur petit F2 se situait au 26e étage. Il ne lui restait donc que neuf étages à escalader. Prenant son élan, elle se jeta à l'attaque de l'ascension la plus importante de sa vie.

Son corps lui s'emblait étrangement lourd et gauche en comparaison de ce qu'elle avait put expérimenter avec ses capacités de louve, mais elle s'en fichait. Pour elle ne comptait que les retrouvailles avec Naurofána et tous les autres. Oui, elle rentrait chez elle!

Tandis qu'elle progressait toujours plus haut, des exclamations et des clameurs commençaient à retentir partout au-dessous d'elle. Les gens se précipitaient à leur fenêtre pour le voir passer. Luana se risqua à jeter un coup d'œil en bas, et vit une foule impressionnante de badauds se regrouper au pied du bâtiment. Tous suivaient avec attention ce qui ressemblait pour eux à une démonstration d'escalade ou de parcours. S'ils savaient… très vite, le spectacle virerait au drame à leurs yeux.

Tirant une dernière sur ses bras fatigués, elle parvint enfin à se hisser sur la corniche du toit. Des applaudissements résonnaient loin en-dessous d'elle. Les pauvres fous! S'ils savaient!

Le soleil se couchait à l'horizon, profitant d'une faible éclaircie afin d'embraser le paysage urbain de ses feux mourants. Il descendait, lentement, se cachant sous l'horizon. Perchée au bord du vide, Luana le contempla longuement, profitant de son dernier coucher de soleil en ce monde. Elle ne regrettait en rien son choix, ne le regretterait jamais, elle l'assumait pleinement et en savourait chacune de ses conséquences. Tandis que le soleil disparaissait, elle fit ses adieux à tout ce qu'elle abandonnait derrière elle sans une once de remord, et lorsqu'enfin l'astre de feu disparut totalement, Luana se laissa tomber dans le vide, un sentiment de plénitude totale parcourant chaque parcelle de son être, sans qu'aucune peur ne vienne gâcher cet instant de grâce où elle se senti flotter dans le vide. Et alors que des cris s'élevaient autour d'elle et que le sol se rapprochait à vitesse grand V, il lui sembla que le vent sifflant à ses oreilles portait en lui l'air mélancolique de Requiem for a Dream.


*Pour celles et ceux qui voudrait avoir une idée plus précise que je me fais de cette tenue, voici le lien (vous n'avez qu'à ôter les espaces avant chaque "ht") : .fr/imgres? q=le+gardien+du+manuscrit+sacr%C3%A9&um=1&hl=fr&client=firefox- a&rls=:fr:official&biw=1440&bih=781&tbm=isch&tbnid=pY5KQBTNacmTyM:&imgrefurl= .fr/photog-10312-4. html&docid=upu3VKPNx4FogM&imgurl= .&w=266&h=400&ei=LEFAT-6jF8ephAeI3LDoBQ&zoom=1

** sorte de pantalon japonais (ceux que l'on porte en aïkido par exemple…)


Alors? notre petite Luana va-t-elle s'écraser comme une crêpe sur le bitume, et ainsi se terminera l'histoire de Naurofana? mouhahahahaha!