Disclaimer: tous les personnages nommés appartiennent à Hidekaz Himaruya ou à la légende arthurienne.
Note: je suis désolée T-T J'avais promis ce chapitre pour Noël, et je suis en retard... Mais je l'ai terminé hier soir (tard, ok, mais hier quand même!) et je n'ai jamais pu me connecter au site. Bon du coup, je vous souhaite un joyeux Noël avec un peu de retard, et une bonne année avec un peu d'avance, parce qu'il y a peu de chances que je poste encore d'ici là.
Concernant le chapitre, il est un peu plus long que le précédent et il ne s'y passe pas grand chose d'important pour la suite (quoique...). Le quatrième sera plus riche en action!
Bonne lecture, merci à ceux et celles qui penseront à reviewer ;)
Chapitre 3: Le douzième chevalier
Lovino arriva le dernier dans la salle de Camaalot. Il arborait de larges cernes et des traits tirés.
Il n'avait pas beaucoup dormi.
La faute à ce stupide bâtard, plus connu dans le monde de la chevalerie comme Antonio Fernandez Carriedo.
Oui parce que, il fallait préciser quelque chose: la présence de Lovino n'avait pas été prévue par Arthur.
Autrement dit, aucune chambre ne lui avait été attribuée.
Et évidemment, Antonio avait bondi sur l'occasion pour lui proposer...
Rayez cela.
Pour l'obliger à partager sa chambre.
Pas qu'ils n'en avaient pas l'habitude. Ca arrivait fréquemment qu'ils dorment ensemble lorsqu'ils étaient sur les routes, ou bien qu'Antonio prétexte avoir besoin de sa présence pour s'endormir.
Mais généralement, ils ne partageaient pas le même lit. Pas avec l'intention première d'y dormir, du moins.
Cette fois, il avait dû s'y résoudre, à moins de coucher sur la pierre glacée du sol. Cela aurait été une très mauvaise idée, bien pire que celle de dormir aux côtés de son maître.
Mais de plus, la veille au soir, Lovino était d'humeur assassine. A cause d'Antonio, encore une fois.
Ce qui signifiait que l'Espagnol l'avait supplié de le pardonner des heures durant. Encore une fois.
Et que ces vaines tentatives avaient mis Lovino encore plus hors de lui, encore une fois.
Excédé, il avait fini par lui grogner un:
-Oui, bon, ça va, j'te pardonne, bastardo.
Ce n'était pas du tout une faiblesse de sa part, absolument pas! C'était seulement cet imbécile heureux qui avait un regard de chien battu plus irrésistible qu'il n'était permis.
Et après tout, si tout se passait comme prévu, il allait bientôt être libéré de l'emprise de l'Espagnol. Un genre de cadeau d'adieu, en quelque sorte.
Mais il n'avait pas été tranquille pour autant, parce qu'Antonio n'était pas du genre à laisser son cher écuyer s'en aller dans les bras de Morphée ou de tout autre que lui alors qu'ils étaient si proches. Donc il avait tout fait pour le garder dans ses bras, cette nuit-là.
Et Lovino avait fini par céder aux baisers, chastes d'abord, enflammés ensuite, qu'Antonio avait déposés sur ses lèvres, dans son cou. A ces mains chaudes, brûlantes qui avaient délicatement ôté la tunique du plus jeune et délié son ceinturon. A ces bras puissants qui l'avaient poussé sur le lit et à ces magnifiques yeux qui lui avaient demandé son accord comme si ç'avait été la première fois. A ce sourire rassurant empli de promesses de plaisir.
Pour cela, Lovino devait bien reconnaître que c'était de sa faute à lui. Antonio était peut-être stupide et légèrement esclavagiste, il avait conscience du jeune âge de son écuyer et ne se serait jamais permis quoi que ce soit sans l'accord de son partenaire. Mais comment résister aux innombrables atouts de l'Espagnol dans ce domaine?
Lovino n'en avait plus jamais été capable depuis une soirée un peu trop arrosée quelques années auparavant...
D'où la mine effroyable du lendemain matin.
Lovino s'affala violemment sur le banc, à côté de l'albinos dont il avait oublié le nom, en face d'Antonio.
-Merci de m'avoir réveillé, cretino. dit Lovino en grinçant des dents.
-Bien le bonjour à toi! rétorqua l'Espagnol avec un grand sourire. Je suis navré, mais tu étais tellement adorable, entortillé dans les draps, je n'aurais pas osé te réveiller...
-C'est cela, oui...
Lovino détourna les yeux pour éviter de croiser ceux d'Antonio.
C'était toujours ainsi après une nuit d'amour. Lovino avait honte de s'être laissé aller, bien qu'il ait eu toutes les raisons du monde de le faire. Il ne savait pas encore vraiment ce qu'il ressentait pour l'Espagnol. Il se laissait faire et appréciait, était-ce donc seulement une attirance physique? Des sentiments se cachaient-ils derrière l'apparente haine de l'écuyer envers son maître? Après tout, certes, il l'insultait sans arrêt, mais au fil du temps c'était devenu plus une habitude que de réels reproches. Et puis, il n'avait jamais pensé à s'enfuir... Peut-être était-ce parce que quelque chose le retenait aux côtés du chevalier, finalement.
Il secoua la tête.
Vraiment, penser à des choses tellement compliquées et abstraites le matin après une nuit... agitée, pour ne pas dire torride, était vraiment une mauvaise idée.
Il tendit le bras et s'empara d'une tranche de pain moelleux dans laquelle il mordit avec hargne et appétit.
oOo
Arthur attendit que tous aient terminé leur petit-déjeuner pour se lever et annoncer:
-J'espère que vous avez bien mangé! Trouvez quelque chose pour vous occuper aujourd'hui, pendant que Lukas et moi-même tenterons de décrypter la carte!
Il fit signe au Scandinave de le suivre et ils quittèrent la salle ensemble.
Le silence parmi les chevaliers fut de courte durée. Gilbert proposa immédiatement:
-Que diriez-vous d'un tournoi amical, histoire de garder la forme et d'évaluer les capacités de chacun?
-Apprendre à connaître ses compagnons avant de partir ensemble pour une quête est une bonne idée, je dois bien te l'accorder... déclara Roderich.
-Ce sera l'occasion d'apprendre deux ou trois choses à Lovino. Je suis d'accord! approuva Antonio.
Ledit Lovino n'émit qu'un grognement qu'ils interprétèrent comme approbateur.
-Très bien! se réjouit l'albinos. Tirons au sort notre adversaire...
oOo
La lame vola dans les airs, le chevalier valsa au sol.
Lovino s'écrasa violemment dans la boue, salissant encore ses vêtements qui avaient déjà morflé et malmenant son corps un peu plus douloureux à chaque échange.
Il n'avait pas eu de chance avec le tirage au sort. Il était tombé sur Gilbert Beilschmidt.
Certes, cela valait probablement déjà mieux qu'Ivan, mais en matière de sadisme et de technique, cet adversaire était lui aussi redoutable.
Il avait décidé, pour l'apprentissage du jeune homme, de le jeter dans un combat presque réel sans rien lui apprendre. Et même si Antonio s'égosillait à hurler des conseils à son écuyer, ce dernier se faisait laminer.
Il mettait de plus en plus de temps à se relever. Le moment arriva où il resta sur le dos, les bras en croix, le visage entaillé, maculé de boue et de poussière, les yeux tournés vers le ciel, comme vides.
Il ne se releva pas.
Antonio paniqua et se précipita à ses côtés.
-Ca va, Lovi... No?
Même très affaibli, il faisait confiance à l'Italien pour lui refaire le portrait pour avoir osé l'appeler par un diminutif affectueux.
-A merveille... grogna l'écuyer, avant de se détourner pour cracher du sang.
Il s'essuya la bouche avec sa manche, roula sur le côté et tenta de se relever.
Tout en soutenant le plus jeune, Antonio proposa:
-On va peut-être en rester là pour aujourd'hui, Gil? Il n'est plus en état, de toute façon...
-Kesese. A vos ordres. répliqua le Germanique.
Lovino reprit un peu de contenance et se dégagea du bras secourable de l'Espagnol.
-Pas besoin de toi... dit-il d'une voix faible.
Il tituba un peu dans l'herbe. Antonio le vit vaciller et s'empressa de l'empêcher de tomber. Cette fois, il ne broncha pas.
-Des volontaires? interrogea Gilbert en se tournant vers les autres chevaliers, restés sur le côté de l'aire de combat.
Francis s'étira avant de s'avancer vers le milieu de l'arène improvisée dans la cour du château de Camaalot.
-Moi, je suis volontaire. Si messire le Sénéchal veut bien se donner la peine...
Alfred quitta le muret où il s'était installé et répondit sur le même ton:
-Je suis toujours prêt pour vaincre.
Alfred ne comprenait pas très bien pourquoi, mais Francis ne semblait pas le porter dans son coeur. Au contraire, il était un rien sarcastique à son égard. Il ignorait pourquoi, mais le Breton semblait le considérer comme un rival depuis leur rencontre.
En revanche, il était hors de question qu'Alfred se laisse marcher sur les pieds, aussi adoptait-il la même attitude.
Alfred se pencha pour ramasser l'épée d'entraînement abandonnée au sol par Lovino, tandis que Gilbert envoyait la sienne à Francis d'un geste souple et précis.
-Tu ne m'en tiendras pas rigueur si je n'y vais pas de main morte? s'assura Francis tout en se mettant en position.
-Je n'en attendais pas moins de toi, au contraire...
-Et si vous arrêtiez de gamberger, un peu? lança Ivan.
Alfred sourit avec malice.
-Excellente idée. Je t'attends, le Breton...
Francis attaqua. Quelques pas légers et rapides dans la direction de son adversaire, lame parallèle au sol, il visa le buste du plus jeune, qui esquiva d'un pas sur le côté. Il profita de l'élan du Breton pour tenter de le déstabiliser pas derrière, mais il resta bien campé sur ses jambes.
Ils se séparèrent, la hargne dans les yeux.
Puis ils repartirent à l'assaut.
Alfred, agile et filiforme, esquivait toutes les attaques de Francis et ripostait comme il pouvait, mais touchait rarement son adversaire qui était d'une dextérité sans pareille. Francis, de carrure plus imposante, était moins rapide mais ses mouvements plus amples avaient plus de chances d'atteindre leur cible.
Les autres chevaliers les regardaient échanger leurs attaques, parades et bottes, fascinés. Ils étaient d'un excellent niveau et presque équivalent, chacun avec ses atouts propres.
Aucun n'osait émettre de commentaire sur l'issue du duel car elle était très incertaine.
Alfred sembla se lasser au fil des échanges. Il ripostait avec moins de conviction et se laissa même toucher une ou deux fois.
Finalement, il se laissa presque tomber au sol et Francis pointa sa lame de bois contre son torse.
-Tu t'es défoulé, tu es content? lança le plus jeune.
-Non, je ne suis pas pleinement satisfait. Tu ne t'es pas donné à fond.
-On aurait pu continuer comme ça des heures. C'est lassant. Je préfère affronter plus fort que moi, ça me donne une motivation sans pareille pour me dépasser. Et puis, il faut laisser la place aux autres. Nous avons combattu un peu plus longtemps que les précédents, déjà.
-Crois-tu vraiment ce que tu dis ou bien as-tu réalisé que tu n'étais pas de taille? l'interrogea Francis.
Alfred sauta lestement sur ses pieds.
-Je suis le sénéchal d'Arthur, je te rappelle. Ce n'est pas pour rien. Et cesse de faire le fanfaron, tu sais très bien que face à lui, ni toi ni moi ne sommes de taille.
Il tourna le dos au Breton et quitta l'arène.
Au moins, le Prince se sentirait un rien supérieur au Sénéchal et peut-être lui épargnerait-il l'impression d'être en compétition...
-A qui le tour? demanda-t-il aux autres chevaliers. Matthew?
Le blond releva la tête vers son mentor et l'interrogea du regard.
-Oui?
-Fais en sorte que je sois fier de toi, d'accord?
Du coup, le jeune homme n'eut pas le choix. D'autant que son adversaire, Daniel, était déjà debout.
Il déglutit et se leva à son tour, marchant avec une détermination vacillante vers le milieu de la cour.
Il avait pourtant l'habitude des duels, et se débrouillait bien. Mais il avait peu combattu contre d'autres chevaliers qu'Alfred, et encore moins en public.
-Tu n'as pas l'air à l'aise. remarqua Daniel.
-B...Bien vu. bredouilla Matthew. Je ne suis pas encore vraiment expérimenté. Du moins, je suis loin d'atteindre le niveau d'Alfred.
Il choisissait la carte de l'honnêteté. Peut-être que l'impitoyable chevalier de l'Est le ménagerait un peu.
-Ne t'inquiète pas. marmonna le Hongrois. Je ne suis pas là pour te faire du mal volontairement, juste pour nous évaluer et satisfaire le crétin albinos.
Matthew eut un petit sourire. Décidément, c'était presque une guerre ouverte entre ces deux-là...
A l'issue du combat, le blond s'estima assez fier de lui. Il avait certes été un peu malmené par l'autre jeune homme mais s'en sortait seulement avec quelques bleus et contusions... Ce qui était également le cas du Hongrois.
Le plus grand honneur fut de recevoir les encouragements de son maître et un grand sourire comme récompense.
Vraiment, Matthew était d'accord avec lui quand il disait qu'il devait avoir davantage confiance en lui pour se mesurer à d'autres. Rien que pour ça, ça en valait la peine...
-Kesese, tu es plutôt bon, Birdie...
Matthew se retourna vers l'albinos qui lui avait adressé ce compliment et le remercia d'un sourire timide.
Il s'assit non loin, à côté d'Alfred, et il n'avait pas besoin de miroir pour savoir qu'il rougissait légèrement. Il était loin d'avoir un aussi bon niveau que le Germanique, aussi recevoir ce genre d'encouragement lui faisait énormément plaisir.
-Bon, ça y est, tu as assez réfléchi, Roddy? reprit la voix rocailleuse de l'albinos à l'adresse de son compagnon d'aventure.
Le brun haussa à peine un sourcil au surnom mais répliqua:
-Non, je cède ma place à Ivan et Matthias. Antonio est occupé avec son protégé, de toute façon.
-J'm'appelle Lovino, cretino, et je suis pas le protégé de cet imbécile, j'suis son esclave... grogna une voix d'outre tombe.
-Epargne tes forces, Lovi, et cesse de dire des sottises...
Un large sourire se dessina sur le visage du Russe présent et il déclara d'un ton enjoué:
-C'est à nous, Matthias!
Ce dernier partit d'un grand rire mal à l'aise.
-Haha... C'est que je vais me faire rétamer, à l'épée... Voyez-vous, je combats exclusivement à la hache... Au marteau à la rigueur.
Il désigna l'arme pendant à sa ceinture.
-Ce n'est pas un combat égal... approuva Ivan.
-Je ferai avec. Quelqu'un me prête une lame...?
Gilbert lui tendit la sienne, puis les deux adversaires se placèrent face à face. Matthias soupesa l'arme, parfaitement équilibrée, ce qui perturbait grandement l'habitué de la hache qu'il était.
Essaye de te rappeler des quelques attaques qu'on t'a apprises...
Durant leurs nombreux voyages, à Lukas et lui, il avait eu l'occasion d'apprendre un peu cette pratique inconnue de l'escrime, mais faute de pratique, il ne la maîtrisait pas. Il devait s'inspirer des techniques des chevaliers qu'il avait vaincus...
Ivan Braginsky s'assura que son adversaire était prêt et entama l'échange.
Matthias bloqua la lame de bois qui arrivait vers lui à une vitesse affolante avec la sienne, en un pur réflexe. Mais l'autre ne lui laissa pas le temps de se reposer sur ses lauriers et enchaîna les attaques, que le Scandinave parait tantôt avec succès, tantôt sans.
Matthias parvint toutefois à lui rendre la pareille, une fois ou deux. Mais attaquer était aussi ardu que se défendre: habitué à une arme à plus grande portée, la petite épée était vraiment frustrante pour lui.
L'épée, c'est vraiment la merde... Ce n'est pas avec ça qu'on fracasse des crânes, en ...
Matthias ne finit pas sa pensée. Il ne l'avait pas vu venir, ce coup de pommeau-là...
oOo
-Matthias?
Le blond ouvrit un oeil et distingua ce qui l'entourait avec difficulté.
Lorsque sa vision fut rétablie, il fut happé par les deux lacs glacés qui le contemplaient d'un air inquiet.
Lukas était agenouillé à ses côtés. D'ailleurs, qu'est-ce que Matthias faisait par terre?
Ha oui, le coup traître de pommeau à la tête.
Ivan se tenait d'ailleurs sur le côté, un peu mal à l'aise et arborant un sourire timide.
-J'ai perdu...?
-Bien vu, imbécile... répliqua Lukas en grinçant des dents.
-Et les autres? Je veux dire, Roderich et Antonio se sont affrontés?
-Oui. acquiesça le premier, un air victorieux imperceptiblement marqué sur son beau visage. Encore une fois, j'ai prouvé que la stratégie vaut mieux que les longs affrontements.
Les épaules d'Antonio s'affaissèrent et Gilbert lui asséna une claque affectueuse.
-Allez, Tonio, remets-toi! Tu n'avais aucune chance, Roderich connaissait ton niveau et avait préparé une stratégie en conséquence.
-C'est râlant quand même. Ca a été à une vitesse... Je ne l'ai pas touché une seule fois!
-Je te comprends... Je suis bien content qu'il soit mon allié!
Et l'albinos partit de son grand rire si particulier et si bruyant.
-Tu comptes rester couché longtemps? demanda soudain la voix d'Arthur.
Matthias saisit immédiatement la main tendue de Lukas et se hissa sur ses jambes.
-Vous avez déchiffré la carte? l'interrogea Francis.
-...Non. avoua Arthur.
-Je l'avais bien dit!
-Mais nous avons découvert qu'elle était conçue pour ne s'ouvrir que dans la forêt, à un certain moment... Merlin ne voulait pas qu'elle soit utilisée par n'importe qui... Il l'a scellée jusqu'à un moment donné de mon destin, pour être sûr qu'elle ne soit utilisable que par moi. Donc nous en sommes arrivés à la conclusion qu'avant de nous lancer dans l'aventure, nous devions quand même recueillir quelques informations. C'est pourquoi nous allons nous rendre en Northumberland, chez le chroniqueur de Merlin, maître Blaise. J'espère qu'il pourra nous donner des indications sur les desseins de Merlin et qui sait, peut-être sur mon destin.
Il marqua une pause et dévisagea l'assemblée.
-Le départ est prévu pour demain matin. annonça-t-il finalement.
Les chevaliers digérèrent l'information tandis que le roi tournait les talons en signalant:
-Je fais tout préparer pour ton adoubement, Lovino. Ce soir, à la tombée de la nuit, dans la grande salle. Ne soyez pas en retard!
oOo
Lovino, revêtu de sa tunique blanche éclatante, faisait les cent pas dans la grande salle. Seul Antonio s'y trouvait aussi, nonchalamment assis sur l'accoudoir du trône du royaume.
-Détends-toi, Lovino, tu...
-Que je me détende? C'est une blague? Plus j'y pense et plus je me dis que je ne suis pas fait pour ça... Je ne tiens pas debout deux secondes dans un duel, je...
-Gilbert y est allé un peu fort...
-Qu'est-ce que ça change? Un adversaire réel aurait l'intention de me tuer ou de gravement me blesser. Je n'ai pas assez d'expérience. Questo re è un vero imbecille... siffla-t-il entre ses dents.
Il fut interrompu dans ses protestations par l'ouverture des deux grandes portes de la salle, qui laissèrent entrer le Roi et son Sénéchal.
-Tu es prêt? demanda-t-il.
-Non, écoutez, je crois qu'il est encore temps de renoncer, je...
-Pas de discussion... Tu comptais rester un écuyer toute ta vie? Quel que soit l'ordre dans lequel tu réalises ces actions, elles sont immuables: deviens un chevalier et apprends à te servir d'une lame. Apprends à te servir d'une lame et deviens un chevalier.
-Mais...
-Assez. Tout est prêt, et voila le public.
En effet, les autres chevaliers arrivèrent à leur tour. On ferma les portes et, dans l'atmosphère pesante de la salle obscure, Arthur se tint debout devant son trône.
-A genoux, Lovino Vargas. ordonna-t-il d'un ton impérieux.
Le jeune homme cessa de protester et se plia à la volonté du roi.
Ce dernier le dominait de toute sa hauteur. A la lumière vacillante de quelques chandelles éparpillées dans la salle, Lovino le trouva très impressionnant.
-Jures-tu de protéger les faibles contre l'injustice et le mal?
-Je... Je le jure.
-Jures-tu d'être fidèle à l'Eglise, de la protéger et d'observer ses enseignements? Jures-tu de combattre les infidèles avec acharnement?
-Je le jure.
-Jures-tu d'aimer le pays où tu es né et le pays où tu fus armé chevalier? Jures-tu de remplir les devoirs que tu dois à ton seigneur?
-Oui, je le jure.
-Jures-tu enfin de ne jamais fuir devant ton ennemi même si la mort devait être l'issue du combat? Jures-tu de ne jamais mentir et de rester fidèle à ta parole?
-...Je le jure.
-Sois fort et sans peur face à tes ennemis. Sois brave et généreux pour être aimé de Dieu. Honore et n'oublie jamais ton serment.
Un chevalier de la cour s'avança, une longue épée étincelante à la faible lumière, à la poignée travaillée et au pommeau incrusté d'une gemme ambrée, dans les mains.
Arthur s'en saisit et lui donna les trois coups du plat de la lame sur les épaules et la nuque, ce qui fit chanceler un peu le jeune garçon.
Le blond présenta ensuite la garde à Lovino en concluant:
-Un nouveau chevalier est né.
Les autres chevaliers applaudirent.
-Qu'est-ce que c'est? demanda Lovino au roi avec gêne, profitant du brouhaha.
-On appelle ça un cadeau du roi. rétorqua Arthur.
-Un dono dal re. traduisit Lovino, pensant que c'était le nom de l'épée. Ca me convient...
-Relève-toi, chevalier.
Il s'exécuta et aussitôt, Antonio rappliqua et l'attrapa par derrière entre ses bras puissants et le félicita.
-Lovi, je suis tellement content pour toi! Et je suis si triste, aussi...
Lovino rougit en disant, gêné:
-C'est pas parce que je suis chevalier que... Qu'on... Qu'on va être séparés, imbecille.
oOo
En tête du groupe de cavaliers, Arthur fit ralentir sa monture et signifia aux suivants de s'arrêter aussi.
Ils s'exécutèrent et Alfred demanda:
-Qu'est-ce qu'il se passe?
-Nous allons nous arrêter ici pour la nuit.
Plus bas, pour que seul son sénéchal l'entende, il ajouta:
-J'ai l'impression que nous sommes suivis depuis un moment...
Ils étaient partis le matin-même pour le Northumberland et plus ils progressaient vers le Nord, plus la température diminuait et la lumière se faisait moins présente.
Ils descendirent de cheval et commencèrent à monter le camp.
Aussitôt, les passions se déchaînèrent.
-C'est hors de question que je partage ta tente, l'albinos. grogna Daniel.
-Fais pas ton asocial, princesse, on ne va pas te manger! Tu as peur de moi?
C'en fut trop pour l'orgueil du Hongrois, qui arracha la toile de la tente des mains de Gilbert et commença à la planter dans le sol, rapidement aidé par Roderich ainsi que par un Gilbert goguenard.
Un peu plus loin, Francis tentait sa chance:
-Sa Majesté me laisserait-elle partager son logement?
Arthur le dévisagea froidement, pesant rapidement le pour et le contre et arrivant à la conclusion qu'il y avait beaucoup de "contre" et peu de "pour". Mais un argument de taille jouait en sa défaveur:
-Nous n'avons pas assez de tentes pour que j'en occupe une tout seul. Mais je te préviens: à la moindre tentative douteuse, je t'envoie valser dehors.
-Marché conclu! rétorqua Francis avec un clin d'oeil.
S'il lui était interdit de courtiser le roi cette nuit-là, il n'allait pas pour autant arrêter ses projets, à savoir éloigner Sa Majesté du détenteur actuel de son coeur...
-Hé, Alfred? l'apostropha Francis en se dirigeant vers le plus jeune, actuellement occupé à monter la tente -qu'il partagerait aussi avec Arthur.
Le Sénéchal releva la tête de son ouvrage et contempla le Breton qui arrivait pour l'aider.
-Je suis désolé que nos relations n'aient pas été très bonnes jusqu'à maintenant... Nous ne sommes pas partis sur de bonnes bases, il me semble. Mais comme nous sommes amenés à cohabiter, que dirais-tu de faire la paix?
Le prince breton n'était pas très sincère, il se fichait bien d'améliorer leurs relations, mais cela faisait partie de son plan.
L'autre haussa un sourcil mais un fin sourire se dessina ensuite sur ses lèvres.
-Tu as raison... acquiesça-t-il. Pourquoi pas?
-Parfait! Je suis content que tu acceptes. Nous partageons la même tente si je comprends bien?
-Exactement! répondit Alfred avec un sourire.
La discussion était engagée. C'était presque dans la poche...
oOo
Attroupés autour d'un feu de camp, les chevaliers terminaient leur repas en silence ou en discutant à voix basses en petits groupes.
Arthur, quant à lui, voyait rouge. Même s'il tentait de n'en laisser rien paraître.
Alfred et Francis avaient entamé une conversation et ne cessaient de discuter, de rire et de, somme toute, se rapprocher.
Pire.
Francis avait carrément commencé à essayer de séduire le Sénéchal, et ce dernier se laissait faire! Le Breton se penchait sur son visage pour lui murmurer Arthur ne savait quelles âneries qui étaient visiblement au goût d'Alfred.
Mais comment cet innocent ne voyait-il pas que Francis jouait avec lui? Parce que c'était bel et bien ce qu'il faisait, n'est-ce pas? L'avant-veille encore, le Breton courait après Arthur...
De bien méchante humeur, le roi mit fin à leurs presque roucoulades d'un: "Alfred, je dois te parler." glacial.
Le regard interrogateur, le plus jeune le suivit dans sa tente, sous l'oeil attentif et le sourire en coin de Francis.
Il avait gagné.
-Je peux savoir à quoi tu joues? l'interrogea Arthur, agressif.
-De quoi tu parles? rétorqua Alfred.
-De ta soudaine bonne entente avec Francis Bonnefoy.
-Qu...? Qu'y a-t-il de mal à cela? Je croyais que tu préférais être accompagné de chevaliers soudés et qui s'entendent bien.
-Est-ce une raison pour rentrer dans son jeu? Tout ce qu'il veut, c'est profiter de toi pour t'éloigner de moi! Comment ne peux-tu pas voir qu'il recherche seulement un amant puisqu'il ne peut m'avoir?
-Personne ne profite de moi! Et entre parler amicalement avec quelqu'un et le mettre dans son lit, il y a un monde, Arthur. Tu vois le mal partout! Si cela peut te rassurer, je n'ai aucunement l'intention d'aller aussi loin que toi avec lui, et même si c'était le cas, je crois que ça ne te regarde pas!
-Comment peux-tu dire une chose pareille? Bien sûr que ça me regarde, je... Je tiens à toi! Pour ton propre bien, défends-toi. Ne le laisse pas s'approcher et proteste plus que ça!
-Depuis quand ai-je des comptes à te rendre? l'interrogea le cadet avant de quitter violemment la tente.
Il en avait assez de discuter -ou de se disputer. Son frère était beaucoup trop possessif envers lui, et pour rien. Ca en devenait malsain.
S'éloignant des autres, il aperçut du coin de l'oeil la fine silhouette de Matthew se lever et le suivre discrètement.
Ce fut Alfred qui rompit le silence.
-Tu avais raison... soupira-t-il. J'aurais dû mettre les choses au point dès mon retour. Maintenant c'est trop tard, il a recommencé...
-J'ai entendu... fit la petite voix de Matthew.
Il parlait peu en public, à cause de sa timidité presque maladive. Mais avec Alfred, c'était différent. Ils s'étaient rencontrés quelques mois auparavant et Matthew, alors complètement inexpérimenté dans le monde de la chevalerie, avait demandé à ce qu'il devienne son mentor.
Mais au fil des mois, des quêtes, des apprentissages et des soirées à la belle étoile, Alfred s'était pris à considérer son élève comme un ami, voire même un petit frère. Et il s'était confié à Matthew, notamment au sujet d'Arthur. Même si Matthew restait discret sur sa propre histoire et ses soucis, il avait été à l'écoute et de bon conseil. Celui par exemple de parler avec Arthur, dès qu'Alfred serait rentré. Mais ledit Alfred avait eu peur...
-Pourtant, il faudrait vraiment que tu lui dises... reprit doucement Matthew.
-Je sais mais... J'ai trop peur... De le perdre. fit Alfred en baissant la tête. Tu l'as vu comme moi, ce Francis est un peu envahissant mais on ne faisait rien de mal, je... Je ne que sais trop bien qu'il est jaloux et possessif, mais... J'aimerais pouvoir lui dire... Que je ne l'aime que comme un frère. Que se passerait-il alors? Il m'en voudrait et m'abandonnerait. Je ne veux pas cela. Déjà comme ça, il va m'en vouloir pendant des semaines, et ça va me rendre malade.
-Trouve quelque chose pour te faire pardonner. suggéra Matthew. Tout en lui signifiant que tes sentiments ne sont pas les mêmes que les siens.
-Je vais y réfléchir... soupira Alfred.
oOo
Ivan Braginski se leva un peu après que la tempête Arthur se soit tue, quitta le cercle de chevaliers et regagna sa tente. Ses colocataires, Matthias et Lukas, s'y étaient déjà retirés, le magicien prenant comme prétexte la fatigue due à la chevauchée.
Le Russe découvrit Matthias assis sur la couche de son compagnon, ce dernier lui aussi assis contre son torse doucement bercé dans les bras du Danois. L'ébouriffé sourit à Ivan, le regard tendre pour son amant, en lui signifiant de ne pas faire de bruit.
Ivan s'y appliqua tout en songeant que, s'ils avaient eu une tente pour eux deux, les Scandinaves s'en seraient très certainement donné à coeur joie.
oOo
Le lendemain, à l'aube, les chevaliers étaient en selle et quittaient la clairière où ils avaient établis leur camp, en route vers le nord et les réponses qu'ils cherchaient.
Traductions
Cretino: crétin (italien)
Questo re è un vero imbecille : ce roi est un véritable imbécile (italien)
Bastardo: bâtard (italien) (je crois que ce ne sera bientôt plus nécessaire que je le note, celui-là :p)
Concernant l'adoubement de Lovino: les chevaliers avaient différents devoirs qu'ils devaient jurer de remplir, je les ai un peu mis à ma sauce pour le serment de Lovino. Ceux qui ont vu le film auront peut-être reconnu quelques phrases du serment que j'ai en partie reprises de Kingdom of Heaven (magnifique film, au passage) parce que cette scène me fait frissonner à chaque fois :o
Si vous souhaitez des informations complémentaires à n'importe quel sujet (sauf la suite de l'histoire, ou du moins ça dépendra des questions), je reste à votre disposition :3
J'espère que vous aurez apprécié, on se retrouve dans quelques temps pour le chapitre 4 un peu plus croustillant :3
