Bien le bonsoir les amis :D

Je suis de retour, pour mon plus grand plaisir, et le vôtre j'espère :)

Voila, je n'ai pas chômé ces dernières semaines depuis le cinquième chapitre... En plus de déprimer de ne pas aller à la MIA à Bruxelles et d'étudier pour mes examens, j'ai entamé le chapitre suivant et j'ai commencé à écrire Blind Liebe, un projet PruAus que j'ai depuis cet été et que j'ai enfin trouvé la motivation de mettre en route. Si vous êtes intéressé, jetez un oeil de temps en temps sur ma page Twitter, vous y trouverez toutes les infos (en plus de choses totalement random sur ma petite vie sans intérêt).

Ca c'était pour les news...

J'espère que ce chapitre vous satisfera ! Vous y trouverez de l'action, encore de l'action, de la peur, du sang et de la magie. En plus de quelques points psychologiques parce que j'aime les torturer, haha.

Merci pour les reviews que j'ai reçues et qui me font énormément plaisir :') Merci aux nouveaux followers (et aux anciens bien sûr) ! N'hésitez pas à me laisser votre avis pour ce chapitre.

On se retrouve en bas de page, je vous souhaite une bonne lecture ;)


Chapitre 6 : Angoisses

Lovino laissa échapper un énorme soupir –un de plus– lorsqu'il se pencha pour la énième fois afin de ramasser du bois mort.

La nuit tombait, pour arranger le tout. Non seulement l'Italien était de corvée de collecte de combustible, mais il était seul, plutôt loin du camp, avec pour seule compagnie une épée qu'il maniait à peu près correctement, dans une forêt réputée dangereuse et dans laquelle il faisait sombre à toute heure, à plus forte raison la nuit.

Il en avait marre.

Il cherchait de quoi chauffer les fesses de Sa Majesté Arthur Kirkland et de sa clique depuis deux bonnes heures. Il était écuyer, chevalier même, pas horticulteur!

Et il ne comprenait toujours pas pourquoi c'était à lui que cette tâche incombait, alors que les autres se tournaient les pouces bien à l'abri entre les tentes. Sérieux, qu'est-ce que c'était que cette connerie? Il était le plus jeune, donc il était taillable et corvéable à merci?

Antonio allait l'entendre. Oh oui, ça allait barder pour l'Espagnol quand il reviendrait au camp.

Et dès qu'ils sortiraient de cette maudite forêt, Lovino prendrait ses cliques et ses claques et repartirait en Italie, c'était décidé. Et rien n'y personne ne l'en empêcherait, non, pas même les beaux yeux de cet imbécile d'Antonio. Ca lui apprendrait à prendre Messire Vargas pour son vassal, non mais.

Lovino ramassa une branche et l'ajouta au tas qui s'était formé entre ses bras.

Il estima que c'était assez lourd.

Il reprenait en grommelant la direction du bivouac lorsqu'il entendit des hurlements barbares.

'Tain j'ai toujours dit que ces Nordiques n'étaient pas fréquentables.

Mais les hurlements étaient aigus, et en y réfléchissant, il imaginait mal Matthias ou Lukas pousser des cris à ce point étranges.

Il accéléra le pas et se hâta encore un peu plus lorsqu'il distingua parmi le bruissement des arbres et les cris qui ne cessaient pas le bruit de flèches décochées.

Il arriva en vue du campement, et écarquilla les yeux.

Les arbres entourant le cercle de tentes étaient en flammes et le feu risquait de se propager au camp.

Lovino lâcha son tas de bois et se mit à courir.

Il découvrit le bivouac en pleine agitation. Ses compagnons s'affairaient à repousser des… Des… Suppôts de Satan? Des petits bonshommes à la peau rouge sombre et au visage hargneux qui maniaient des courtes lames noires ou des arcs biscornus, et qui avaient manifestement pris le camp d'assaut.

Il s'immobilisa, tétanisé.

"Tu as une épée." lui soufflait une voix téméraire dans sa tête.

Il dégaina son arme.

Bien, Lovi. Et après?

Qu'est-ce qu'il pouvait faire à part regarder ses amis depuis l'extérieur? A quoi leur servirait-il s'il se jetait dans le combat, pauvre tête brûlée maladroite à l'escrime qu'il était?

Il se sentait impuissant face à la détresse des chevaliers, qui se battaient à onze contre… Une centaine? Lovino n'aurait su dire combien étaient les assaillants, les estimations et lui, ça faisait plus que deux. Surtout quand il paniquait.

Que faire?

Antonio lui avait appris à se battre… Mais comment s'en sortirait-il face à de vrais ennemis?

Il était peut-être encore temps de fuir…

Cazzo, t'es un chevalier, oui ou non?

De toute façon, il n'avait plus le choix. Des êtres l'avaient repéré et accouraient dans sa direction, et visiblement, ce n'était pas pour l'inviter à boire un verre.

Lovino inspira profondément et saisit fermement son épée. Il repoussa les quelques créatures qui se dirigeaient vers lui de grands mouvements de sa lame, qui entama les chairs et fit gicler le sang.

L'une des abominations l'atteignit à la cuisse.

La douleur lui parut insoutenable, mais sans réfléchir, il riposta et envoya balader la tête de son adversaire à quelques mètres de son corps.

Il boitilla un peu plus avant vers le camp. Il surprit quelques créatures par derrière, qui ne se laissèrent pas tuer gentiment et se défendirent de leurs armes étranges, causant quelques entailles ça et là à l'Italien.

Il battit en retraite.

Il avait mal, comme si mille aiguilles le piquaient en même temps là où il avait été atteint par les créatures.

Il souffrait trop.

Les combats, ce n'était pas fait pour lui, vraiment.

Pourquoi il avait voulu devenir chevalier, déjà?

Ah oui, il ne l'avait pas voulu. Il y avait été forcé. Logique, il n'aurait jamais voulu une vie de coups et de blessures de son propre chef… Pas si stupide…

Il avait vu de nombreuses fois Antonio revenir couvert de blessures bien plus graves et trouver le moyen de lui dire en riant "ce n'est rien, Lovi, je vais bien!". A croire qu'il aimait souffrir. Très peu pour Lovino, tout ça…

Il planta son épée dans le sol et s'appuya à un arbre pour reprendre son souffle et tenter de se calmer.

Il devait fuir, il n'était pas encore assez loin, et les attaquants risquaient de le découvrir.

Il inspira, fermant les yeux.

Lorsqu'il les rouvrit, une chose, une seule retint son attention.

Il oublia sa propre douleur, qui lui parut enfin aussi insignifiante qu'elle l'était en réalité.

Il oublia qu'il savait à peine se battre.

Il oublia son égocentrisme.

Il oublia qu'il devait fuir, parce qu'à quelques pas de lui à peine, Antonio était à terre, à la merci de l'adversaire, serrant les dents pour continuer à bloquer l'attaque de la créature qui voulait l'achever.

Il n'avait plus besoin de réfléchir et de s'apitoyer.

Lovino se saisit de son épée et courut jusqu'à son ancien maître, assénant un grand coup circulaire à la forme rougeâtre qui s'effondra au sol.

Antonio ne réalisa pas tout de suite qu'il était momentanément sauf; un autre monstre arriva pour terminer l'œuvre du précédent.

Lovino se jeta devant le chevalier désormais à genoux et para le coup.

Un geste qu'il avait déjà eu quelques années auparavant, pour défendre son petit frère cette fois. Un geste désespéré, parce qu'il savait que sans son interposition, il serait tué.

Qu'est-ce que ça voulait dire?

Pourquoi avoir la même réaction pour cet ancien seigneur un rien tyrannique que pour l'être qui lui était le plus cher?

Antonio n'en revenait pas, tandis que Lovino s'étonnait lui-même. Mais ce fut l'Italien qui se reprit le premier et cria, narquois:

-Donne-moi la preuve que je ne me ferai pas tuer parce que mon attention sera tournée vers toi et non vers mon adversaire parce que tu es incapable de te défendre!

Antonio saisit l'allusion et avec un pâle sourire, lui lança:

-Merci, Pequeno!

Il se relança aussitôt dans la bataille, aux côtés de son disciple.

Lovino se battait maladroitement, sans respecter un quelconque style, mais il se battait. Il repoussait ses adversaires avec plus de succès que d'échecs et s'épargnait de nombreuses blessures, sauvait même encore parfois la mise à l'Espagnol, qui pour sa part gardait un œil sur son protégé.

Il ne pouvait s'empêcher d'être fier de ce dernier, qui prouvait enfin qu'il était capable de tenir plus de deux secondes dans un combat réel et surtout qu'il avait l'étoffe d'un chevalier. L'Italien ignorait en effet contre quoi il se battait, mais protéger ses proches en danger lui paraissait un motif suffisant pour risquer sa vie. Antonio avait quand même réussi à inculquer quelque chose à cette tête de mule…

oOo

Les derniers démons prirent la fuite, alors seulement l'adrénaline d'Arthur retomba et il prit la peine de réfléchir et de regarder autour de lui à nouveau.

Il réalisa enfin l'étendue des dégâts. L'incendie déclenché par les Gobelins avait été maîtrisé et le campement sauvé, mais les dommages humains risquaient d'être plus graves.

Arthur balaya le camp des yeux.

Gilbert se tenait l'épaule avec une grimace, son visage d'albâtre maculé de sang noir, de terre et de boue.

Les vêtements de Roderich étaient déchirés en de nombreux endroits, probablement car il s'était précipité en haut d'un arbre afin de cribler leurs ennemis de flèches, quitte à devenir la cible des leurs, et il boitait.

Daniel était allongé au sol, sous un Gobelin mort dont il peinait à se séparer.

Quant à Arthur, sa tête le lançait et saignait, suite à quelques collisions répétées avec le sol, des boucliers gobelins ou des arbres.

Le beau visage de Francis était déformé par la douleur et il contemplait sa main gauche avec inquiétude, tentant de faire bouger ses doigts douloureux sans hurler.

Ivan enleva une dague de son flanc avec un grognement et s'appliqua à compresser la plaie tout en déchirant sa tunique pour se créer un bandage de fortune afin de limiter l'hémorragie. Matthias, mordu par un des monstres à l'épaule, regardait autour de lui, hagard. Il trouva celui qu'il cherchait et laissa tomber sa hache, se ruant sur Lukas, qui jusqu'à l'arrivée de son amant, était coincé entre un arbre et un bouclier grossier de facture gobeline planté perpendiculairement dans l'écorce, juste à hauteur de sa gorge.

Finalement, Antonio s'en tirait avec quelques blessures bénignes seulement, et observait avec panique le bras à moitié arraché de Lovino, qui avait enfui sa tête dans l'épaule de l'Espagnol.

Arthur se détendit imperceptiblement.

Certains avaient besoin de soins mais ils étaient tous vivants…

Soudain, il paniqua de nouveau.

Il ne voyait pas Alfred.

-Al…?

Il cracha un peu de sang et une molaire.

Il chercha frénétiquement des yeux son petit frère, en proie à la panique.

Finalement, il le trouva.

Il était agenouillé au sol, couvert de sang. Il était difficile de distinguer ses propres blessures ou même de dire si c'était son sang, celui de ses adversaires ou celui de… Matthew, qui gisait au sol, frappé par deux flèches, une au flanc, l'autre dans le torse.

Arthur ouvrit de grands yeux, scandalisé, et se précipita vers les deux chevaliers. Il se jeta à leurs côtés et s'attela immédiatement au cas de Matthew, dont la respiration faiblissait.

Il s'appliqua, fébrile, à inspecter le corps du jeune homme, dans l'espoir de ne pas trouver de nouvelles blessures.

-Al… Tu vas… Bien? Tu n'as rien?

-N… Non, ça va, je… C'est Matthie…Qui a tout pris pour moi…

Arthur se sentit comme abandonné par Dieu lorsqu'il arracha violemment l'une des flèches, arrachant un cri terrifiant au blessé, et qu'il comprit.

Les flèches des Gobelins étaient empoisonnées…

La pointe de la flèche dégoulinait d'une substance inconnue à la couleur proche du noir, qui à l'heure qu'il était devait déjà avoir investi le corps du jeune homme.

Le front de Matthew était perlé de sueur, ses yeux papillonnaient et se remplissaient de larmes.

Il se sentait brûler de l'intérieur, comme si l'incendie allumé précédemment et désormais éteint continuait de se consumer en lui.

Il ne distinguait plus rien autour de lui, il percevait à peine des sanglots et des directives affolées criées à côté de lui.

Arthur était désemparé.

Réfléchis. Que dois-tu faire face à du poison?

Il ignorait de quelle sorte de maléfice il s'agissait, et même s'il le savait, ses connaissances en médecine étaient médiocres.

Il réalisait son impuissance. Il pouvait se défendre et se battre grâce à la magie. Mais il ne s'était jamais penché sur la magie curative.

-Je… Je ne peux rien faire… murmura-t-il imperceptiblement.

Il eut une idée.

Il se retourna et chercha Lukas.

Lui, il devait savoir.

Le jeune Norvégien était aux prises avec Matthias, qui le serrait tellement fort dans ses bras qu'il peinait à s'en délivrer. Visiblement, le Danois s'était beaucoup inquiété pour son compagnon et laissait libre cours à sa joie de le savoir sain et sauf.

-Lukas! le héla Arthur.

Matthias libéra le jeune homme, comprenant au ton employé par le roi qu'il en avait besoin, et tout de suite.

Le Norvégien analysa la situation en deux centièmes de seconde et sembla comprendre immédiatement –ce qui n'était pas compliqué vu que Matthew, plus ou moins inerte et couvert de sang, gisait au sol, qu'Alfred restait en pleurs, hébété, à ses côtés et qu'Arthur fixait les blessures du jeune chevalier avec une moue d'impuissance.

Le jeune Nordique s'accroupit à côté du roi, qui commença:

-Ces flèches sont…

-Empoisonnées. Je vois cela… compléta Lukas.

Il remonta les manches déchirées de sa tunique et se mit au travail.

Il prépara d'abord le terrain.

Il dessina un cercle autour du corps de Matthew, afin d'isoler le flux de magie et de concentrer son énergie dans cette zone pour ne pas la gaspiller.

Il sortit d'une bourse de cuir suspendue à sa nuque quelques feuilles séchées d'herbes médicinales, dont les vertus seraient décuplées grâce aux incantations.

Enfin, il se concentra et ferma les yeux. Lukas plaqua les feuilles sous sa main droite qu'il appliqua sur le torse de Matthew.

Et il commença à chanter.

Il ne s'agissait ni de Latin, ni de la langue natale du jeune magicien. C'était un langage oublié et disparu, hérité des mages du Nord. A la fois chantant et guttural, profond et aigu. Plus personne n'osa bouger le petit doigt.

Tous les chevaliers restèrent cloués sur place par la profondeur du chant de guérison. Il contait un combat, celui de la vie sur ce qui tentait de la détruire, celui de la lumière contre les ombres, celui du bien contre la douleur. Il était la rivière glacée atténuant le feu.

Arthur contemplait, fasciné, Lukas qui chantait, la magie qui opérait peu à peu.

Il ne connaissait pas du tout cette sorte de magie. Lui était habitué aux incantations à but précis, à la rigueur à quelques filtres ou potions aux effets ciblés. Tandis que cette déclamation semblait à la fois provenir du fond des âges et être parfaitement adaptée à ce cas précis, comme remaniée pour lutter contre le mal de Matthew.

Lukas semblait luire, comme entouré d'une aura glacée.

Chacun retenait son souffle, espérant percevoir un signe témoignant que l'état du blessé s'améliorait. Mais il n'y avait que la tête du blond qui s'agitait, alternant à droite, à gauche, comme prise de spasmes. Seul un volute de fumée noire sembla émaner de son corps et se dissiper dans l'air.

Lorsque le chant fut terminé, le Norvégien retira sa main. Les feuilles avaient disparu, transformées en ondes de magie.

Il se releva solennellement et déclara:

-J'ai fait ce qui était en mon pouvoir. Je ne peux rien faire de plus et je ne peux promettre qu'il survive. A présent, ce n'est plus qu'une question de volonté… Et de chance.

Il se tourna vers les autres chevaliers, rassemblés en un groupe, et demanda:

-Lequel d'entre vous est le plus atteint?

oOo

Le feu sembla s'apaiser, même s'il sommeillait encore quelque part.

Matthew était épuisé. Il avait l'impression que jamais plus il ne pourrait reprendre connaissance et sortir des ténèbres. Il n'avait même pas la force de garder les yeux ouverts, il clignait sans arrêt des paupières. Il savait que s'il se laissait aller et fermait les yeux, se serait pour de bon. Il devait lutter.

Il sentit sa cage thoracique se libérer d'un poids.

Matthew avait l'impression d'être léger, que toute souffrance avait quitté son être.

Je vais… Mourir?

oOo

Une main se posa sur l'épaule d'Arthur, toujours agenouillé non loin de Matthew.

-Viens… Rester ici ne servira à rien, tu ne peux rien faire pour lui.

C'était la voix de Francis, qui lui parlait doucement.

Arthur saisit sa main et s'en servi pour se relever.

Francis l'emmena un peu plus loin, près du feu que quelqu'un avait finalement eu la bonne idée d'allumer. Les chevaliers, à l'exception d'Alfred et de Matthew, étaient tous assis autour, tandis que Lukas soignait les plus gravement atteints.

Le bras de Lovino était plus ou moins remis en place, immobilisé dans une écharpe de fortune. Sa plaie était refermée. L'Italien, d'ordinaire halé, était blême. Probablement à cause du choc, de l'hémorragie et de la fatigue.

-Qu'est-ce que c'était que ces machins? demanda-t-il tout bas.

-Des Gobelins. répondit Arthur comme si c'était l'évidence même.

-Et qu'est-ce qu'ils nous voulaient? l'interrogea à son tour Antonio.

-Je ne parle pas le Gobelin, figure-toi. répliqua Arthur. Et au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, ils ne nous ont pas vraiment laissé l'occasion de parlementer. Je suppose qu'ils revendiquaient ce territoire comme le leur…En tout cas, ils ne risquent pas de revenir, nous les avons impressionnés pour un bon moment.

-Mais à quel prix? grommela Ivan.

-Vous connaissiez tous les risques de cette quête.

-Tu sembles oublier que tu ne nous as pas laissé le choix. objecta Daniel d'un air sombre.

Arthur était surpris de l'entendre. Généralement, le jeune Hongrois se taisait et ne participait pas –ou peu– aux discussions.

Arthur regarda ses compagnons.

Il avait l'impression que tous le fuyaient du regard. Etait-ce de sa faute s'ils avaient été attaqués?

Il se laissa tomber au sol, s'installant entre Francis et Antonio, qui berçait doucement Lovino en lui marmonnant des paroles réconfortantes, tantôt en espagnol, tantôt en italien.

-Si vous voulez m'abandonner ici, rien ne vous retient. reprit Arthur à l'adresse de Daniel. Sachez seulement qu'alors, vous serez considérés comme des lâches toute votre vie, et non plus comme des chevaliers.

-Personne ne t'abandonnera. intervint Francis. C'est trop tard, maintenant. Et même si nous décidions de partir, qui sait si nous arriverions à quitter la forêt?

Arthur allait le remercier, lorsque le Français ajouta:

-Néanmoins… Je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi nous nous entêtons à braver tant de dangers pour une simple relique… Admets que j'ai raison. C'est notre premier jour ici, et nous voilà déjà tous blessés, voire… Mourants…

Il regarda dans la direction de Matthew, son front se plissant en une ride de tracas.

-Crois-tu, reprit-il, que nous pourrons maintenir cette cadence longtemps? A ce train-là, dans une semaine, nous serons tous morts.

-Tu l'as dit toi-même, essayer de quitter la forêt ne nous assurerait pas d'en trouver la sortie! Il n'y a qu'une seule solution, c'est continuer.

-Non, Arthur. le contredit Francis. Il y a trois solutions. Soit nous continuons comme aujourd'hui, au hasard, sans savoir où nous allons et nous courons à notre perte. Soit tu actives cette carte et nous la suivons jusqu'à atteindre le Graal. Soit tu actives cette carte et nous rebroussons chemin, en étant à peu près sûrs de rentrer chez nous en un seul morceau.

-Je dois continuer, c'est mon destin. s'énerva le roi.

-Pourquoi essayer de sacrifier le nôtre? répliqua Francis. Toi, tu sais que tu a de grandes chances de t'en sortir. On te l'a prédit. Mais nous… Tu ne peux pas profiter de nous comme ça alors que tu as la possibilité de peut-être nous sauver la vie. Active cette carte, Arthur…

Les yeux de Francis semblaient le supplier.

Le jeune roi ne put supporter cette vision et se releva, vacillant un peu suite à sa blessure à la tête.

-Je prends le premier tour de garde. Je vous suggère d'aller vous coucher. Demain, nous devrons lever le camp, j'espère que vous serez tous en état de voyager.

Il s'éloigna du cercle et s'assit contre un arbre, à bonne distance des tentes.

Il s'en voulait de fuir ainsi les reproches, il se sentait lâche.

Mais il ne pouvait pas leur dire ce qu'il y avait au bout du chemin…

Et il ne pouvait pas supporter que Francis le supplie.

Il ne pouvait pas supporter de le décevoir...

Arthur passa sa frustration sur une pauvre branche qui traînait autour de lui et qu'il cassa en deux, avant d'en envoyer les morceaux loin derrière lui.

Depuis quand, par le sang du Christ, l'opinion du Français à son égard lui importait à ce point?

oOo

-Tu es blessé? demanda Lukas à Daniel.

-N… Non, je vais bien. rétorqua le Hongrois. Quelques contusions, rien de grave.

Lukas soupira et sembla un rien se détendre.

Il avait inspecté et soigné chaque chevalier, en usant et abusant de la magie quand leur état le nécessitait. Il avait tout tenté avec des remèdes normaux, mais souvent, ça ne suffisait pas…

Par chance, lui-même n'avait été que légèrement blessé, aussi avait-il eu suffisamment d'énergie à consacrer à ses prouesses magiques.

Mais à présent, il se sentait épuisé.

Mine de rien, il s'était battu comme un lion, assénant des coups de hache à tout va, ce qui l'avait déjà bien esquinté.

Il avait désormais l'impression d'être complètement vidé de son énergie, après tous ces soins prodigués.

Son teint était encore plus pâle que d'ordinaire, et Matthias s'inquiétait vraiment à son sujet. Il savait son amant plein de ressources et d'une résistance insoupçonnée, mais c'était la première fois qu'il devait s'occuper d'autant de gens après avoir lui-même combattu.

Arthur ne lui avait pas demandé de s'occuper des autres, dans un état moins critique que le jeune chevalier.

Non, Lukas avait décidé de son propre chef de jouer les guérisseurs, car il savait qu'il était le seul à même d'endosser ce rôle.

Il y avait cette répugnance à voir les autres souffrir, aussi, qui le poussait à soigner. A chaque fois.

Et il y avait ce côté terre à terre. Lukas avait les pieds sur terre, même s'il s'égarait parfois dans les méandres de la magie.

Il savait que les dangers étaient omniprésents.

Il savait qu'ils risquaient d'être attaqués à tout moment, et que s'il laissait ses compagnons dans leur état, la moitié au moins ne survivrait pas à un nouveau combat.

Il ne pouvait pas se permettre de courir un tel risque, il fallait qu'ils soient tous plus ou moins en forme pour affronter les prochains jours et leur lot de périls.

Matthias intercepta le regard de Lukas et quêta une approbation, qu'il finit par recevoir.

Le Danois se remit à la hauteur du Norvégien, lui prit la main et l'entraîna vers la tente qu'ils partageraient une fois de plus avec Ivan.

Lukas tombait de fatigue, ses yeux étaient emplis de sommeil.

Matthias eut un sourire attendri tandis que Lukas s'allongeait sur sa couche.

Il l'embrassa sur le front et se coucha à ses côtés.

-Tu en as trop fait… le réprimanda Matthias.

-Hm. approuva vaguement le Norvégien. Il faudrait que j'apprenne un truc ou deux à Arthur…

Si Lukas était assez esquinté pour s'endormir instantanément, Matthias peina à trouver le sommeil.

Il s'inquiétait trop pour se reposer paisiblement, même si se trouver simplement aux côtés de son amant l'apaisait déjà. Il avait peur qu'à son réveil, il ne trouve Matthew dans un pire état qu'il ne l'était actuellement. Il avait peur de ne pas se réveiller, égorgé dans son sommeil par des Gobelins désireux de se venger. Il avait peur que les jours suivants ne soient pires que celui-là.

oOo

Gilbert, pourtant toujours optimiste, ne trouvait pas les mots.

Autour de lui, ils avaient tous une salle tête. Oh, il ne prétendait pas que la sienne soit beaucoup mieux, même si se savait incroyablement irrésistible maculé de sang et de boue.

Antonio paraissait avoir pris dix ans tant il s'était inquiété pour son ancien écuyer.

Francis avait l'air perdu dans ses pensées.

Avec qui d'autre Gilbert aurait-il pu détendre l'atmosphère? Bien sûr, l'ambiance n'était pas à la beuverie ni à la franche rigolade, mais un ou deux sourires n'auraient pas fait de tort, que du contraire.

Et plus encore que la tête d'enterrement que ses compagnons tiraient tous, il y avait cette boule dans son ventre. Cette angoisse qui menaçait de le submerger à chaque fois qu'il tournait la tête et apercevait du coin de l'œil Matthew et Alfred à son chevet, à même le sol.

Il se faisait du souci pour ses compagnons, tous autant qu'ils étaient –même pour cet insubmersible nounours russe et même pour ce petit crétin de roi de Bretagne. Il était déjà bien soulagé que Roderich se porte presque comme un charme.

Mais ça ne suffisait pas.

Pour la première fois de sa carrière de chevalier, il ne faisait pas cavalier seul, ni seulement avec Francis et Antonio pour lesquels, en temps normal, il n'y aurait pas lieu de s'inquiéter. Son duo avec Roderich s'était sensiblement agrandi –une dizaine de compagnons en plus. Pour la première fois de sa carrière de chevalier, il s'était trouvé des compagnons d'aventures dont il se souciait réellement, qu'il voulait protéger et garder en bonne santé.

Pour la première fois, il trouvait inimaginable de prendre leur malheur à la rigolade. Il n'avait même pas envie de charrier Daniel, c'était dire.

Ils vivaient ensemble depuis quelques mois maintenant, et il avait eu l'occasion de s'attacher à chacun de ses compagnons… Il avait donc sincèrement de la peine pour Alfred, et même s'il essayait de se convaincre que tout irait bien, il ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire pour Matthew.

Il sauta sur ses pieds et fit signe à Roderich de le suivre.

Ils allèrent voir Alfred.

Voir le torse de Matthew se soulever imperceptiblement et presque régulièrement rassura un peu l'albinos.

-Vous n'allez pas passer la nuit ici, quand même? demanda-t-il au blond. Roddy et moi allons le transporter dans sa tente.

Roderich n'eut pas le courage de le réprimander pour le surnom, ni même de lever les yeux au ciel.

Alfred leva vers Gilbert un visage affreux, mêlant larmes, sang, crasse, fatigue, angoisse.

Le Sénéchal se releva et les laissa soulever le corps de Matthew, qu'ils emmenèrent doucement jusqu'à la tente qu'il occupait normalement avec Antonio et Lovino.

-Je vais rester ici cette nuit. les prévint Alfred.

Antonio, qui amenait justement Lovino, le rassura.

-Je n'y vois aucun inconvénient. Mais tu ferais bien de dormir. La journée a été dure pour tout le monde, même pour toi.

Alfred acquiesça d'un signe de tête.

L'Espagnol salua les derniers chevaliers encore dehors et alla se coucher.

Le camp se fit silencieux, on n'entendait plus que le crépitement du feu de bois.

Tous finirent par se résigner à dormir.

oOo

Les ombres l'envahirent. Matthew n'aurait su dire s'il s'était endormi ou s'il était mort.

Mais il supposa vaguement que s'il était mort, il ne saurait plus réfléchir. Et normalement, s'il n'était plus de ce monde, toutes ses souffrances auraient dû disparaître…

Alors que la sienne revenait peu à peu, même si elle restait tolérable.

Il se sentait vivant, et pourtant, aussi faible qu'un cadavre.

Les secondes, les minutes, les heures s'écoulèrent, sans qu'il puisse se rendre compte du temps qui passait.

Soudain, les ténèbres s'éclaircirent.

L'air frais du matin pénétra dans ses poumons.

La lumière du soleil à travers la toile l'aveugla.

Un cri de surprise lui vrilla les tympans.

Matthew avait ouvert les yeux.


J'espère vous avoir fait flipper. Rien qu'un peu. Je ne sais même plus pourquoi j'ai jeté mon dévolu sur Matthie... Je m'en veux un peu D:

Il n'y a pas de traductions pour ce chapitre, vous connaissez déjà tout ;)

Et au niveau des explications, je n'ai rien relevé qui nécessitait d'être développé ici...

Donc en gros, quatre lignes pour annoncer que je n'avais rien à dire...

J'espère que vous aurez apprécié :)

Merci de votre soutien et je vous remercie déjà pour vos reviews (car oui, vous allez en laisser, n'est-ce pas? :D )...

A bientôt~