Salut tout le monde ! Bon je sais, ça fait plus de trois mois que j'ai pas publié, aussi vous ai-je écrit un bon gros chapitre, et qui va rabibocher certains et certaines avec un de nos amis à oreilles pointues.

Merci qui ? ^^

Et pour répondre à la question de plusieurs : je ne sais pas encore si Boromir va survivre ou non. Vous pouvez continuer à me dire si vous êtes pour ou contre sa mort, mais je ne me déciderais qu'à la dernière seconde, alors ne cherchez pas à savoir, vils grugeurs ! x)

Et non, je ne ferais pas de Luana X Boromir, Luana X Faramir, Luana X Haldir ou Luana X Eomer... Mais vous pourriez tout de même avoir des surprises ! ;)

Sur ce, bonne lecture à tous !

Reviews : un grand merci à Roselia001 ; Maman bouba ;Chibi-kotori ; Pistifliower Didi ; Calico ; VegetaYouShoulveComeOver ;Small-she-wolf ; Hinata ; Rawenal717;Galatelenn Hinaya-chan Sacharissacorneblanche.

Didi : merci, ta review me fait très plaisir, et je suis touchée que tu considère Naurofana comme ta fic préférée. Mais j'ai l'impression que personne ne pense à la grosse tête que je vais avoir à force de lire pareille reviews ;) Bonne lectureCalico : Bon ok, allez y, dîtes le tous que je suis méchante à vous faire pleurer ! ^^ Oui bon bon, je sais que je tarde vraiment pour les derniers chapitres, mais quand on a pas l'inspiration, dur d'écrire ! Je ne veux pas vous jeter en pâture quelque chose dont je ne suis pas satisfaite. Une nouvelle furie contre Lindoïlin ? Franchement, j'aurais jamais crut que cette pauvre elfe aurait été aussi ma vue par la majorité, alors qu'elle n'a rien fait de mal, au contraire ! ^^ Merci à toi pour ta review, et bonne lecture.

Hinata : merci, ton enthousiasme me fait chaud au cœur ! Pas mal de personnes m'ont mis en garde contre le syndrôme de Mary-Sue, alors j'ai fait attention à ne pas over cheater Luana et à lui en mettre plein la tronche ! ;) Mais de rien, voir l'effet que cela fait sur le lecteur est une immense récompense en soi ! =D Tes souhaits sont des réalités !

Pistifliower : Wowowowowowow ! Mais c'est un roman que tu m'as fait là ! =D Je ne vais pas m'en plaindre, les longues reviews détaillées sont les meilleurs selon moi, et ce la me permet de connaître exactement les points forts ou les faiblesses de ma fics ^^ Je te conseilles d'autre fanfictions du fandom de LOR, qui selon moi sont bien meilleurs. J'ai l'impression d'être un dealer, refourguant sa coke... x) Les héros de LOR ne sont malheureusement pas mes personnages, je ne fait que les interpréter à ma façon, en tâchant de rester fidèle à l'œuvre originale. Mais merci quand même ^^ Frodon, je ne l'aime pas trop dans le film, trop mou, mais dans le livre ça passe mieux. Si tu aime les délires entre Merry, Pippin et Luana, tu vas être srvie dans ce chapitre ! ;) Bizarre que les gens aime bien Boromir dans ma fic, alors que d'ordinaire ils l'excrètent, je ne comprend pas pourquoi... Enfin une rewiew où on ne me reproche pas de faire pleurer, mais rire. MDR ! D'habitude c'est sur Lindoïlin que tout le monde s'acharne ! T'es bien la première à me dire ça ! Tant mieux, comme ça j'aurais pas à la partager avec toi ! Mais si cela peux te rassurer, ce chapitre va te rabibocher avec notre lutins de bois préféré ^^ Heureuse de voir que mes deux « créations » te plaisent. Mais non, je ne compte pas la caser avec Faramir ou Eomer (déjà pris tout les deux), ni même avec Haldir, parce qu'ils ne vont pas dut tout ensemble, et encore moins avec Boromir, déjà parce qu'il n'est pas sûr de survivre, et ensuite parce qu'il est beaucoup trop vieux ! Mais je vais voir ce que je peux faire pour lui trouver un homme qui lui correspond, ne t'inquiète pas (mouahahaha!) Et non je ne comptes pas abandonner Naurofana, je te rassures. Même si les périodes entre chaques publication sont longues et irrégulières, ça ne veut pas dire que j'arrête, juste que je n'ai pas l'inspiration pour le moment. Surtout pas avec ce que je vous prévoit !Et puis, trop de personnes m'en voudrait si je l'arrêtais ^^


Chapitre 35 : Cerin Amroth

J'ai peur que quelqu'un sache… sache ce que cache mon cœur. Chaleur infime, infirme douleur. Sentiment inconnu et délicieux, reconnu et odieux. Cela fait mal, désir amoral, plaisir anormal. Ardeur qui me rend sourde, langueur qui me rend lourde.

J'ai peur que quelqu'un voit… voit ce que broie mon âme. Douleur, rancœur. Que de noirceur. La haine m'enchaîne et me déchaîne. M'emmène sur un chemin incertain. Mais qu'importe mon destin, seuls comptent mes desseins.

J'ai peur que quelqu'un découvre… découvre ce que couvrent mes sourires. Pas de rires, des soupirs. Rances espérances, immonde décadence, résurgence des souffrances d'un paradis déchu, une utopie perdue.

J'ai peur… peur de ce qui reste. Origines célestes, ou souillure funeste ?

- Je persiste à dire qu'on ne mélange pas des œufs, du lait et du sucre pour le gâcher avec du pain dont même un orque ne voudrait pas! Enfin, Luana, ce n'est pas sérieux ! Quel plaisir y a-t-il à manger du pain rassis quand on en a du frais !

- Et moi je te dis, je signe et je persiste, Peregrin Touque, que le pain perdu, accompagné de miel, de chantilly, de crème de marron ou tout ce que tu veux, est un bien meilleur petit déjeuner qu'un petit dèj' à l'anglaise à répétition!

- C'est quoi un « petit dèj' à l'anglaise » ? demanda Sam, un peu perdu dans la conversation qui opposait depuis près d'une heure Merry et Pippin à Luana.

Legolas ayant abandonné la compagnie de la Communauté pour celle de ses semblables et ne revenant que le temps de partager un repas, Luana s'était vue attribuer son lit. Et après une bonne nuit de sommeil passée dans un cocon chaud et moelleux, au parfum de sous-bois après le passage de la pluie, la Nauro s'était mise en tête de se faire un petit déjeuner spécial.

Même si, au vue de l'heure tardive, il s'agissait plus d'un brunch. Entraînée par sa bonne humeur, elle voulut en faire profiter tout le monde et prépara en quantité conséquente.

Mais lorsque les Hobbits l'eurent vue tremper du pain vieux de trois jours, devenu dur et sec, dans un mélange d'œuf, de sucre et de lait, ce fut l'Apocalypse et le début de la Troisième Guerre Mondiale. Autant Sam et Frodon s'étaient-ils tenus tranquilles, cherchant à savoir où elle voulait en venir, autant les deux derniers avaient rendu impossible la préparation. Se refusant à la voir aller jusqu'au bout dans ses terribles agissements, Merry s'était emparé de la poêle avant qu'elle n'ait pu la mettre sur le feu. Il se tenait à présent aussi loin que possible de Luana, de l'autre côté du foyer, tandis que Pippin tentait de la faire revenir sur le droit chemin. La Nauro quant à elle serrait dans ses bras le bol dans lequel son pain flottait dans une mixture jaune, de peur que les semi hommes ne fassent tout disparaître, d'une façon ou d'une autre. Et tout cela sous les yeux atterrés, blasés, indifférents ou amusés de la Communauté –enfin presque toute la Communauté.

- Un petit déj' à l'anglaise, Sam, c'est ce que vous faites dès que vous avez des œufs, du jambon ou des saucisses à portée de la main. Je suis pas contre, j'adore ça ! Mais je commence doucement à m'en lasser, es comprendo ? Alors maintenant Merry, tu vas gentiment me remettre cette poêle, avant que mes tartines, déjà archi imbibées, ne se disloquent, et que ma préparation soit fichue !

- Je suis sincèrement désolée Luana, mais, en tant que Hobbits, nous ne pouvons pas te laisser faire une telle chose !

- Mais c'est que de la cuisine ! ¡Joder! C'est pas comme si j'allais tous nous empoisonner. Vous en voulez pas ? Très bien ! C'est pas moi qui vais vous forcer, loin de là !

- Luana, en cuisine, il y a des règles, que dis-je, des lois qu'il faut respecter, se défendit Pippin. Et en tant que gourmets, nous sommes les garants de ces lois.

- Je mange du pain perdu depuis que je suis toute gamine ! Ma mère nous en faisait le dimanche matin, tout simplement pour nous faire plaisir. Je ne vais pas me priver parce que vous avez décidé que c'était contraire à vos façons de faire ! Boromir, dites-leur que j'ai le droit à mon pain perdu !

Le Gondorien, surpris d'être ainsi pris dans la dispute, lui jeta un regard méfiant.

- Pourquoi me mêlez-vous à tout ça ?

- Parce que le passé a déjà montré que Grands-Pas n'a aucune autorité sur ces deux-là, déclara-t-elle sans prêter attention à l'expression abasourdie du Rôdeur. Vous avez l'habitude de commander aux Hommes, alors allez-y, montrez-nous que vous savez vous faire obéir.

- Je sais commander aux Hommes, comme vous dites, pas aux semi hommes. Et Aragorn n'a pas plus d'autorité sur vous, que je sache.

- Merci de votre soutien Boromir, dit le concerné avec ironie.

Il n'était néanmoins pas vexé le moins du monde, puisque c'était la réalité. Il était impossible de gérer ces trois-là s'ils n'avaient pas l'intention d'écouter. Il en allait ainsi depuis la veille. Depuis que Luana, après avoir disparue tout l'après-midi, était revenue au soir en compagnie de Boromir, avec qui elle discutait de façon civilisée. Aragorn, surpris de ce brusque changement, devait apprendre par la suite ce qu'il s'était passé durant tout ce temps de la bouche même du Gondorien. Il avait craint que ce dernier adieu n'ait meurtri la Nauro plus profondément qu'elle ne l'était déjà, mais au lieu de cela, il semblait qu'elle avait définitivement tourné la page, bien décidée à avancer. Depuis, elle était redevenue la jeune fille turbulente et pleine de vie qui avait déjà troublé la paix de Fondcombe. Il était temps à présent que Caras Galadhron découvre la tornade qu'elle abritait.

- Gimliiii ! Dites leur vous ! implora Luana en se tournant vers le Nain qui tranquillement les regardait depuis le début, fumant sa pipe et se bidonnant des pitreries des trois loufoques de service.

- Ha non ! Ne me mêlez pas à vos histoires ! Même si je ne dis pas non quant à goûter à cette recette.

- Ben pour la peine, vous n'en aurez pas ! Nah !

Sur ce, elle lui tira la langue d'un air boudeur, le faisant de nouveau glousser, avant de se retourner vers les deux Hobbits, cherchant un moyen de récupérer la poêle sans avoir à brusquer Merry et Pippin. C'était pas pour dire, mais sa force s'était accrue, et elle n'y était pas encore tout à fait habituée. Elle avait la sensation d'avoir des moissonneuses batteuses à la place des bras, sans parler de la lenteur avec laquelle elle se forçait à se mouvoir, histoire d'être à la même allure que tout le monde. Elle ne voulait surtout pas blesser les Hobbits par accident.

Compter sur Frodon ou Sam était inutile ils avaient clairement fait comprendre qu'ils ne prendraient le parti d'aucun des deux camps. Il fallait désormais rayer de la liste des options les noms d'Aragorn –même si elle le lui avait demandé, il lui aurait dit de s'arranger calmement avec ces deux fripouilles… -Boromir et Gimli. Aucun ne voulait lui prêter main forte. ¡Mierda! Comment allait-elle faire maintenant ? Plus personne ne pouvait lui venir en aide à présent.

- Aurais-je manqué quelque chose ?

Merry et Pippin, comme tous, se tournèrent afin de voir arriver Legolas, qui surgit à cet instant du couvert des arbres, pile derrière eux.

« Voilà ma chance ! »

Se projetant vers l'avant, Luana contourna Pippin, sauta par-dessus les flammes mourantes du foyer, fit une roulade et se redressa derrière Merry. Avant que le Hobbit n'ait le temps de faire volte-face, elle lui arracha la poêle des mains, la brandissant tel un trophée d'un air victorieux. Enfin, surtout hors de portée du semi homme.

- Hey !

- Mouhahahaha ! Cette fois vous ne pouvez plus m'en empêcher !

Luana leva le regard vers Legolas. Si la scène avait surpris, étonné, ou abasourdi l'Elfe, ce dernier ne le montra pas de façon très expressive, se contentant d'hausser un fin sourcil, un très léger sourire collé aux lèvres, les fixant sans mot dire.

- Merci Legolas ! Pour la peine, vous aurez le droit de goutter mon pain perdu !

Des éclats de rire résonnèrent derrière elle.

- Encore faudrait-il qu'il t'en reste ! s'esclaffa Merry.

- Comment ça faudrait qu'il m'en reste?

Et c'est avec consternation que Luana découvrit le spectacle pitoyable de ses tartines au pain perdu, lamentablement étalées dans les feuilles mortes et la poussière, baignant encore dans une minuscule flaque d'œuf, de lait et de sucre, que le sol ne tarda pas à absorber. Trop heureuse de sauter sur l'ouverture que l'arrivée de Legolas avait générée, la Nauro avait omis de déposer le saladier contenant sa préparation, tant et si bien qu'elle avait tout renversé, et qu'elle se retrouvait avec, dans les mains, un bol vide.


- Tu boudes ?

Silence.

- Elle boude Pippin. Tu le vois bien.

Re-silence.

Si ces deux-là croyaient qu'ils allaient réussir à lui arracher le moindre mot, ils se mettaient le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Oui elle boudait, obligée qu'elle était de manger son petit dèj' à l'anglaise.

« Tu ne peux en vouloir qu'à toi-même. Tu n'avais qu'à réfléchir avant d'agir. » gronda avec mécontentement la voix de Naurofána.

« Toi qui est si maligne, t'avais qu'à me dire au lieu de laisser faire ! »

« Et quelle leçon en aurais-tu retiré ? Que je suis toujours là pour t'éviter les erreurs ? Ce ne sera peut-être pas toujours le cas Luana. Dans les mines de la Moria, ça ne s'est joué que d'un cheveu. La prochaine fois, rien ne nous dit que nous aurons cette chance. »

« Pourquoi faut-il que tu me prenne la tête dès le matin ? »

« Parce qu'avant de te voir aussi lamentablement échouer dans la coordination et l'enchaînement de tes mouvements, je ne savais pas que tu bougeais aussi mal. »

« Hey ! Je sais bouger ! Tu crois que je faisais quoi lors de mes entraînements ?! »

« Je croyais que tu avais appris à manier ton corps et faire appel à ses capacités, mais il est évident que tout ça fut vain. »

« ¡Joder! Nana ! Comment tu veux que ça ait servi à quelque chose ? J'ai jamais eu cette putain de force ou cette vitesse avant ? Je suis obligée de rester concentrée pour les maintenir à la normale ! »

« Sauf que tu n'es pas normale ! Quand vas-tu le comprendre ? »

« Je peux savoir ce qui te prend Nana? Qu'est-ce que t'as aujourd'hui à m'en balancer plein la face ? »

« Il y a que nous reprenons la route dans moins d'une semaine, et je tiens à parer à toutes éventualités. Il est impératif que tu te mettes en tête que tu n'es plus la même qu'autrefois, que tu n'es plus une humaine. Tu as désormais plus de force qu'Aragorn et Boromir réunis, tu es aussi agile et rapide qu'un Elfe, même sans être sous notre forme animale. Mais cela ne te servira à rien si tu chute en plein combat, parce que tu te seras emmêlé les pieds. Tu dois abandonner ta réserve pour te concentrer sur tes mouvements. Réfléchir à ce que tu vas faire. »

Luana se pinça l'arête du nez, sentant monter la migraine et l'agacement.

« Explique-moi pourquoi c'est forcément ma forme humaine qui pose problème ? »

« Parce que lorsque nous fusionnons, combattre et se mouvoir devient tout naturel. »

« Désolée si pour moi, se battre n'est pas naturel. A l'origine je dansais ! J'avais pas prévu de devoir défendre ma peau je te signale ! »

Naurofána se tut. Voyant qu'elle ne répondait rien, Luana crut qu'elle en avait fini avec elle. Mais la louve finit par dire :

« Alors réapprend à danser. »

« Quoi ? »

« Si danser est si naturel pour toi, alors danse, apprends à utiliser tes nouvelles capacités, ta force, ta souplesse, ta rapidité pour danser comme jamais tu ne l'as fait. Tu te servais de ta danse pour te défendre dans ton monde. Alors pourquoi ne pas en faire autant dans celui-ci ?»

« Nana, t'es sérieuse ? Et comment je fais sans musique ? J'ai plus de mp3 ou de hauts parleurs je te signale. »

« Je n'ai pas pour habitude de prendre les choses à la légère, tiens le pour dit. Quant à la musique, je ne vois pas le problème. »

« Le problème, c'est que je peux pas danser sans musique, estúpida. » fit remarquer sans méchanceté Luana, quelque peu désappointée par l'idée saugrenue de sa louve.

« Je n'ai jamais dit le contraire, juste que ce n'était pas un problème. Lorsque tu auras finis ton petit déjeuner froid, nous commencerons. »

Son petit déjeuner froid ? Sortant enfin de ses pensées, Luana jeta un coup d'œil à son assiette. Elle était restée si longtemps inerte, concentrée sur la conversation avec Naurofána, qu'elle en avait oublié son assiette, qui avait eu amplement le temps de refroidir.

Mierda! ¡Es frío ahora!

Elle piqua sa saucisse de sa fourchette, et la souleva à hauteur d'yeux. Bon qu'est-ce qu'elle faisait ? Elle mangeait ou elle abandonnait ? Elle aurait voulu du pain perdu pour le petit déj', elle avait droit à un petit déj' à l'anglaise, froid qui plus est. D'un autre côté, elle n'était pas pressée de voir ce que Naurofána lui réservait, alors si elle pouvait encore un peu traîner d'une façon ou d'une autre…

- Hostia, souffla-t-elle. J'ai vraiment pas de pot aujourd'hui.

- Qu'avait donc à te dire Naurofána que tu ais ainsi oublié de manger ? demanda Frodon avec un sourire.

Luana se tourna vers lui et lui rendit son sourire. Malgré tout, elle ne put s'empêcher de tiquer lorsque son regard se posa sur l'ombre qui enveloppait le Hobbit. Le simple fait de la voir, savoir qu'elle se trouvait tout près d'elle, qu'elle pourrait l'infecter, la rendait malade. Elle en venait presque à craindre de toucher Frodon. Se tenir à proximité de tant d'horreur et d'ignominie concentrées en un si petit anneau suffisait à lui dresser les cheveux sur la nuque, car elle sentait sans cesse les vagues de ce pouvoir malsain lui courir sur la peau, lui couler le long du dos comme une boue visqueuse, accompagnant les frissons qui lui courraient de haut en bas de l'échine. Ne fusse que le fait d'être près de Frodon lui était devenu difficile, malgré tous ses efforts pour ignorer son malaise et sa répulsion. Mais ses sens lupins étaient désormais trop développés pour cela, la menace trop grande.

Comment pouvait-il donc supporter une telle abomination?

Frodon sentit son trouble, et son sourire se fana. Elle aurait tant aimé le prendre dans ses bras, le serrer contre elle, lui ôter du cœur ce fardeau trop lourd pour lui seul, mais elle ne pouvait pas, elle n'en avait pas la force.

- Nana s'est mise en tête que je devais reprendre tout mon entraînement.

- Cela veut-il dire que je vais être de nouveau obligé de recommencer votre apprentissage, alors que vous n'êtes toujours pas capable de tenir une épée convenablement ? s'horrifia Boromir, relevant les yeux de sa lame qu'il entretenait à cet instant.

Luana se tourna vers le Gondorien. Il ne restait, en plus de Frodon, de Sam et de la Nauro, que lui autour du feu, ainsi que Legolas et Gimli qui, aussi incroyable que cela puisse paraître, entretenaient une conversation on ne peut plus normale. L'elfe expliquait au Nain comment il avait été possible aux gens de la Lothlórien de bâtir une telle architecture dans les arbres sans entamer leur écorce. Sujet très intéressant soit dit en passant, surtout si Legolas en faisait l'exposé.

« Oui passionnant ! » ironisa Luana, tentant d'oublier la brève et étrange pensée qui venait de lui effleurer l'esprit. « Pour un Nain, peut-être, pour un Elfe, sûrement.»

« Maintenant que tu as perdu autant de temps que possible en pensées futiles, laisse donc cette assiette et lève-toi. Je serais ton professeur. »

- Je vous rassure, vous n'aurez pas à lever le petit doigt. En matière de danse, c'est plutôt moi qui devrais vous en apprendre ! Et puis c'est Nana qui prend la relève, grimaça-t-elle en se levant, tandis que Sam récupérait l'assiette.

Elle salua les deux Hobbits d'un rapide mouvement de la main, adressa un bref signe de tête au Gondorien, à l'Elfe et au Nain, avant de se détourner et s'éloigner, le poids d'un regard soutenu lui pesant sur les épaules.

Elle partit à la recherche d'un endroit où s'entraîner sans être dérangée, et si possible à l'abri des regards. Ne sachant ce que la louve lui réservait, elle préférait ne pas avoir de public.

Elle finit par trouver son bonheur dans une clairière, de la taille d'un petit terrain de football, juste à la lisière des bois abritant la cité de Caras Galadhron. Elle avait pensé un instant à s'aventurer plus en avant, l'envie de visiter les alentours la titillant. Mais elle ne le fit pas, une certaine aigreur lui prenant la gorge. Elle oubliait difficilement les promesses faites, qu'il s'agisse des siennes, ou celles des autres.

La trouée parmi les arbres laissait passer un timide rayon de soleil. La froidure du mois de janvier avait laissé place à celle, moins mordante mais tout aussi terrible, de février. Le couvert des bois de la belle Lothlórien formait une chaude couverture et protégeait la cité et ses occupants du gel et de la bise glacée. Mais cela n'empêchait pas le fond de l'air d'être frais, alors, au beau milieu de cette étendue dégagée sans nul couvert, il faisait frisquet, pour ne pas dire froid. La soie légère et fine de sa tenue ne protégeait guère Luana, qui ne put s'empêcher de frissonner violemment, alors qu'un nuage de buée se formait devant sa bouche.

« Et tu veux que je m'entraîne par ce froid de canard ? Je vais me faire un claquage ! »

« Je ne te savais pas si précieuse. Échauffe-toi, et tu verras que le froid ne t'atteindra plus. »

« Ok, ok c'est bon ! Je m'y mets. »

Secouant ses épaules et faisant aller ses bras, la Nauro commença alors à faire le tour de la clairière d'un pas vif et rapide. Elle sentait ses muscles rechigner, tendus et contractés par le froid. La différence de température entre l'air extérieur et l'intérieur de ses poumons rendait la respiration difficile.

« Ne te restreint pas de la sorte. Cours, aussi vite que tu le peux »

« Il fait trop froid ! Si je commence à courir comme une dératée, mon corps ne va pas suivre ! »

« Laisse mon énergie monter en toi. Cela te réchauffera. »

Luana s'exécuta tant bien que mal. Se concentrant sur le passage de lumière la reliant à l'inconscient, elle tenta de l'élargir un peu plus, alla chercher le filet d'énergie qui montait vers elle. Le saisissant de ses mains immatérielles, elle remonta à la surface et tira dessus, trottinant toujours. Le filet, limpide et fluide comme de l'eau, s'enroula autour de ses membres. Si le pouvoir de Naurofána était frais tel un clair de lune, sa force vitale était tiède comme un foyer accueillant. Luana sentit ses muscles se détendre en quelques secondes, savourant cette douce chaleur. Sa respiration n'était plus brûlante, mais profonde et régulière.

« Maintenant, donne tout ce que tu as ! »

Et elle s'élança ses enjambées se firent souples et bondissantes, ses foulées s'allongèrent dans l'espace, alors qu'elles se rapprochaient dans le temps. Elle fit un rapide tour de piste, survolant le sol, dévorant les mètres. C'était si simple ! Pourquoi donc Naurofána s'inquiétait-elle ? Elle maîtrisait parfaitement sa vitesse, et avec un plaisir non dissimulé, son manque d'entrain des premiers instants, envolé. Elle se sentait incroyablement bien, et aurait pu courir l'éternité.

Elle en fit un deuxième, un troisième, un quatrième, un cinquième. Au sixième, son souffle se fit plus court, plus sifflant au septième, son rythme changea au huitième, ses jambes commencèrent à lui peser au neuvième un point de côté lui dévorait le flanc. Elle fit un dernier tour, mais la force n'y était plus. Elle se traînait plus qu'elle ne courait.

Essoufflée, prise d'un furtif vertige, Luana s'arrêta et prit appui contre un arbre, pliée en deux, les mains appuyées sur les genoux. Ses poumons étaient un brasier, tandis que tout son corps tremblait.

« Nana, qu'est-ce qu'il m'arrive ? Je croyais avoir ta rapidité et ton endurance ! »

« Tu les as mais tu n'y as pas recours. Tu es encore sur tes propres forces et tes propres capacités. Tu ne parviens pas à faire tienne la force qui t'a été offerte.»

« J'ai la tête qui tourne. »

« Si tu avais mangé, tu ne serais pas si affaiblie. Il faut se nourrir convenablement pour tenir. »

« Lo sé ! Pas de ma faute si rien ne va ce matin ! »

La Nauro se redressa, inspirant un grand coup. Une fine pellicule de sueur commençait à recouvrir sa peau et à imprégner ses cheveux et ses vêtements, favorisant le retour du froid.

« Et maintenant ? C'est quoi l'étape suivante ? »

« Recommence. » gronda Naurofána d'une voix ferme et autoritaire.

« Quoi ?! Pourquoi ? »

« Fais ce que je te dis. »

- ¡Mierda!

Pendant encore un nombre indéterminé d'heures, Luana continua de courir, se forçant à toujours courir le plus vite qu'elle en était capable, ou tout du moins autant que le lui permettait son corps de plus en plus pesant. Le soleil avait fortement baissé et le crépuscule ne tarderait plus à tomber lorsque, ivre de fatigue, elle trébucha, s'emmêlant les jambes, et tomba en avant. Elle eut le réflexe de placer ses mains devant elle dans l'espoir de se rattraper, mais bien trop tardivement. Elle se retrouva face contre terre, haletante, incapable de bouger. Elle avait mal. Son corps se plaignait d'un tel traitement.

Elle ne comprenait pas ce que lui faisait faire sa louve. Elle ne parvenait pas à percevoir le pourquoi. Et c'était bien là le pire. Si au moins elle savait le but de cette manœuvre !

Elle pensait pouvoir comprendre Naurofána d'un simple effleurement de la pensée, mais cette dernière s'était retranchée dans les limites de son domaine, veillant au bon déroulement des opérations. Un peu comme un contrôleur dans une centrale nucléaire, chargé de surveiller que les réacteurs ne surchauffent et implosent.

« Nana, j'en peux plus. J'ai atteint mes limites. »

« Tu n'as atteint que les limites que tu t'imposes. Tu n'atteins tes vraies limites qu'en poussant ton corps jusqu'au bout. »

« Je peux pas faire une pause dis ? »

« Debout ! »

N'ayant plus la force de jurer, Luana poussa un faible grognement, se remettant debout tant qu'elle le pouvait.

« Recommence ! »

La jeune fille se remit à courir, mais à peine eut-elle fait une centaine de mètres, que ses jambes refusèrent de la porter plus loin. Elle eut à peine conscience du choc qui se propagea sous son crâne quand ce dernier entra en contact avec le sol. Les yeux grands ouverts, elle vit sa vision se flouter, se couvrir d'un voile noir. Elle fut tentée de se laisser bercer par cette calme obscurité, laisser à son être le repos, ne fusse que pour quelques secondes.

Mais un rai de lumière argenté traça une ligne d'horizon dans la nuit lointaine. Le rai devint faisceau, le faisceau, l'univers. Luana se retrouva entièrement baignée de cette clarté lunaire. Toute fatigue s'envola, toute douleur s'effaça. De nouveau, elle sentit la vitalité l'envahir. Elle glissa sur le dos, les yeux de nouveau lucides fixés sur le ciel parcouru de nuages. Elle se sentait aussi légère qu'une de ces pelotes de coton flottant au gré des vents.

« Tout ça juste pour me donner ton énergie… » Ne put-elle s'empêcher de penser.

« Ce n'est pas mon énergie, mais la tienne. La force que je t'ai donnée n'est plus mienne. Désormais, tu possèdes tes propres réserves, si je puis utiliser ce terme. »

« Ça sonne bizarre mais je ne vais pas chipoter pour ça. » La Nauro laissa filer un moment de réflexion. « Si je comprends bien, tu m'as fait faire tout ça pour… que je vide mes ″réserves ″ de mon ″énergie d'humaine″. Une fois vides, mon énergie de Nauro les a remplis, me laissant accès illimités à cette source. C'est ça? »

« Tout à fait. Avant, tes réserves étaient divisées entre tes ressources humaines et Nauro. Après un effort, tes réserves humaines étaient en partie vidées. Mais tant qu'il restait ne fusse qu'une goutte de ton énergie d'antan, celle-ci pouvait encore se régénérer, bloquant le passage à toute autre source. Maintenant que tu n'as plus à jongler entre ces deux forces, tu vas pouvoir libérer toute ta puissance. »

Luana se redressa sur son séant, le dos droit penché en arrière, les bras tendus derrière afin de garder l'équilibre.

« C'est cool tout ça, mais j'aurais préféré que tu m'expliques ! »

« Et qu'aurais-tu fait si je t'avais dit que je comptais t'épuiser jusqu'à n'en plus avoir la force de respirer ? »

« … »

« C'est bien ce qu'il me semblait » répliqua Naurofána d'un grondement amusé, décrispant Luana, piquée par la véracité des dires de sa louve.

« Et maintenant on fait quoi ? »

« Maintenant tu vas aller te reposer et surtout te sustenter ! Tu ne t'en es pas encore aperçue, mais ton estomac crie famine ! »

Et pour confirmer les dires de Naurofána, un gargouillis tonitruant fit trembler le ventre de Luana. Cette dernière faillit éclater de rire tant la situation lui parut étrange et absurde.

« C'est vrai que j'ai une faim de loup ! » plaisanta-t-elle.

« Haha, très drôle Luana. File rejoindre les autres. Je sens d'ici l'odeur d'un ragoût préparé par les Hobbits. Nous attaquerons les choses sérieuses dès demain matin. »

En effet, une odeur, presque imperceptible de là où elle se tenait, vint chatouiller les narines de la Nauro, lui mettant l'eau à la bouche.

Ce soir-là, le repas de la Communauté fut égaillé par un concours du plus gros mangeur de ragoût qui opposa Merry, Pippin et Luana.


Le lendemain, Luana retourna à la clairière où elle s'était entraînée précédemment. Ce jour-là aussi l'air fut froid, avec une certaine humidité, descendu des nuages qui encombraient le ciel.

« Alors, maestra, quel est le programme pour aujourd'hui ? »

« Comme promis, tu vas danser. »

Luana acquiesça d'un bref mouvement de tête, avant de se souvenir que Naurofána ne pouvait la voir.

« Ok. »

« En utilisant toutes tes capacités. »

« Je sais. C'est pour ça que j'ai couru à en plus pouvoir hier non ? Maintenant que j'ai cette énergie, c'est bon ! »

« Ce n'est pas si simple. Pour le moment, mis à part t'être sentie plus fraîche, as-tu remarqué une quelconque différence dans ta façon de te déplacer ? »

« Heu… non. » concéda-t-elle.

« Tu as désormais accès à ton énergie Nauro, mais tu ne puises que le minimum. Instinctivement, tu ne prends pas plus que nécessaire pour bouger comme tu en avais l'habitude. Savoir ainsi te limiter est très bien, mais si tu viens à relâcher la pression que tu exerces sur toi-même, tu ne contrôleras plus le flux d'énergie. Sans maîtrise, qui sait de quelle manière ton corps réagira face à cette brusque poussée. Tu pourrais faire beaucoup de dégâts, à toi-même comme à tout ce qui t'entoure. »

« Et tu m'as laissée rentrer au bivouac avec cette bombe à retardement ! »

« Je connais tes limites mieux que tu ne les connais toi-même. Je savais que tu ne lâcherais pas d'ici là. »

« Merci, ta confiance fait chaud au cœur. » bougonna Luana avec ironie, sachant dans le fond à quel point ses paroles étaient véridiques, et que Naurofána le percevrait.
« Assez parlé. Tout ce que tu as à faire c'est danser en donnant le meilleur de toi-même. Laisse tomber le barrage que tu as érigé afin de contrôler le flux d'énergie. »

« Je veux bien moi, mais je danse sur quoi ? J'ai rien pour faire la musique ! »

« Et sur quoi souhaiterais-tu donc danser je te prie ? »

« Bah… un truc qui punch ! Je commencerais bien avec du break ! »

« Un titre me serait plus utile. »

« Alors c'est parti pour Make some noise, de The Crystal Method. »

« Tu ressors les classiques ? Bien. Maintenant écoute-moi attentivement. Dès que la musique commencera, tu laisseras tomber toutes tes barrières. Sans aucune exception. Tu laisseras ton énergie se déverser de toi sans aucune retenue, et tu la modèleras pour danser. Pense au mouvement qui suivra, anticipe, afin de ne pas être prise au dépourvu.»

« Compris. Envois la musique ! »

Il y eut un silence. Nul son, nul bruit, nul soupir de la part de Naurofána. Puis brusquement, une note s'éleva de l'inconscient, emplissant tout entier l'esprit de Luana, qui ne put s'empêcher de sursauter. La musique ne résonnait pas à l'extérieur, n'emplissant pas la clairière, n'allant pas se perdre en échos dans les sous-bois. Elle était bel et bien dans sa tête, faisant vibrer ses oreilles de l'intérieur.

Chaque impulsion de la musique était un coup de boutoir, ébranlant le barrage que Luana avait dressé afin de confiner son énergie. L'onde de choc se répandit dans le corps de la Nauro tel une vague, le faisant tanguer, balancer les épaules en rythme, puis le buste.
Luana laissa l'introduction s'écouler et faire son ouvrage. Et lorsque enfin elle se sentit prête, elle donna le coup de grâce à la muraille qui confinait son pouvoir jusque-là, qui se déversa tel un raz-de-marée, vague tiède et épaisse s'enroulant autour d'elle.

La Nauro sentit la puissance gonfler ses muscles, enfler en elle au point de l'étouffer. L'énergie se répercuta à travers tout son corps, faisant vibrer la moindre de ses fibres, résonnant dans ses os, faisant onduler sa peau, dans l'espoir de trouver assez de place dans ce réceptacle trop petit pour le contenir. Le seul moyen de lui offrir cet espace était de le faire sortir, de l'exploiter et le laisser s'écouler.

Posant sa main droite sur le sol herbeux, Luana s'élança dans un tomas, la figure de base du break, avec en tête d'enchaîner sur une coupole. Truc tout bête, qu'elle avait appris à maîtriser dès le début de sa formation de B-girl, et qui demandait justement de la force et de la vitesse.

Mais lorsqu'elle balaya le sol derrière elle de sa jambe droite et balança la gauche en l'air, elle se retrouva étalée sur le dos, sans trop savoir le comment du pourquoi.

L'arrière du crâne endoloris et le souffle coupé par l'impact avec le sol, elle resta étendue là, les yeux écarquillés, tentant de comprendre ce qui s'était passé.

¡Mierda! Comment avait-elle put rater ce mouvement ?

« Nana. Que… qu'est-ce que c'était que ça ? » demanda-t-elle en pensée, trop choquée pour trouver une réponse par elle-même.

« La raison pour laquelle je m'inquiétais quant à savoir si tu es capable de faire appel à toutes tes capacités. Jusqu'à présent, tu ignorais tout de tes réelles capacités de Nauro. Et maintenant que tu les découvre, tu es incapable de les appréhender. Tu n'as pas réussi à contrôler ton corps et tes mouvements pour deux raisons. La première, c'est que tu n'as fait que te focaliser sur la quantité d'énergie que tu jugeais nécessaire pour réaliser ta figure, et la deuxième est que tu as cherché à la rejeter hors de toi. »

« Et tu voulais que je fasse quoi ? » grogna-t-elle alors qu'elle sentait l'énergie frémir sous sa peau, tourbillonner en un flux bouillonnant et parcouru de courants contraires.

« Tu ne sens pas la force venir et elle t'échappe. Ce n'est pas apprendre à la doser en fonction de ton corps qui te permettra de la contrôler, mais apprendre à ton corps à s'y adapter pour la canaliser. Tu dois la faire circuler en toi en fonction de tes besoins, et non pas la restreindre. Tu ne pourras en réguler l'afflux et donc contrôler ta puissance qu'une fois cette leçon retenue et appliquée. »

Luana resta un moment allongée sans rien dire, tentant de reprendre son souffle, et de comprendre ce que Naurofána attendait d'elle. Car elle avait beau réfléchir, se creuser la tête, elle ne parvenait pas à savoir à quoi tout cela rimait.

« Mais comment je fais ça ? Pourquoi garder l'énergie en moi ? Quoique je fasse, elle doit bien sortir par quelque part, sinon je ne serais jamais fatiguée et je péterais toujours la forme »

Ce fut le tour de la louve de garder le silence, réfléchissant à la manière la plus appropriée pour lui faire comprendre. La Nauro percevait quelques brides de pensées monter de son inconscient, mais c'était comme regarder la télévision chinoise en zappant de chaîne toutes les cinq secondes. Incompréhensible et impossible à suivre.

« Te souviens-tu de tes cours sur l'électronique, en physique ? » demanda soudain Naurofána.

Luana ne sut quoi répondre sur le moment. C'était quoi le rapport ?

« La rapport, c'est l'analogie entre ton corps et un circuit fermé. Représente-toi ton corps comme un circuit imprimé, avec différents composants. Des moteurs pour les muscles par exemple, une pile pour tes réserves d'énergie, que sais-je encore. »

Devant les yeux de la jeune fille apparurent en image les dires de sa louve. Elle visualisait son enveloppe corporelle, parcourue de lignes reliant divers éléments électroniques. C'était aussi drôle que déconcertant.

« Maintenant, saisis-tu où je veux en venir ? »

Elle ne répondit pas tout de suite, examinant chaque détail de cette représentation mentale de son corps et la superposition d'un circuit électrique dessus. Elle tenta de percevoir le courant circulant le long des lignes conductrices, essayant de se figurer que son énergie était sous forme d'électricité, de particules chargées positivement qui entraient dans un de ses composants, pour en ressortir sous forme négative. Mais elle constata avec consternation qu'au lieu de suivre aucun tracé donné, suivant un parcours précis, son énergie partait tout bonnement en vrille. Ça faisait très… psychédélique.

« Quoique je fasse, mon énergie ne sort pas directement de moi. Elle s'épuise parce que mon corps fait office de résistance, et rejette une partie de l'énergie sous une autre forme comme la chaleur. Ça marche de la même manière que l'effet Joule. Ce que je dois faire, ce n'est pas tenter de l'extérioriser. Je dois tracer moi-même le circuit que va emprunter mon énergie. Je dois creuser des canaux dans mon corps afin de l'irriguer de façon égale et efficace. » finit-elle par souffler. « Le circuit que tu me montre n'existe pas, c'est un exemple de ce qui devrait-être. »

« C'est tout à fait ça. » approuva la louve avec contentement. « Maintenant que tu sais ce qu'il te reste à faire, recommence. »

« Je sais ce que je dois faire. Le problème c'est comment ? »

« Je te l'ai dit au tout début. C'est une question de concentration. Guide ton énergie comme si tu voulais faire passer un fil dans le chas d'une aiguille. »

« Mais c'est galère ton truc ! Je pourrais pas faire ça au beau milieu d'un combat !»

« Ne t'inquiète pas. Cela deviendra plus facile avec le temps. Plus tu créeras de canaux et les entretiendras, plus ton énergie s'y engouffrera, choisissant le chemin le plus court pour arriver à destination; un peu comme l'électricité. Par la suite, il ne te restera qu'à la répartir. Lorsque je parlais d'adapter ton corps, c'est cela que j'avais en tête. Maintenant relève-toi et reprenons. Il nous reste moins d'une semaine pour te préparer au mieux. »

Rassérénée par les explications de sa louve et heureuse de comprendre enfin ses faiblesses et comment y remédier, Luana acquiesça, prête à reprendre l'entraînement. Avec précaution, elle se redressa, se focalisant sur le bouillonnement qui ne cessait de s'agiter en elle, tâchant de lui imposer sa volonté et de le diriger. Mais lorsqu'elle se mit sur ses pieds, elle retomba à terre, un vive élancement lui foudroya les jambes, des orteils jusqu'aux hanches.

- ¡Joder! J'ai des crampes ! grimaça-t-elle, s'étirant dans l'espoir de faire passer la douleur.

« Je n'avais pas envisagé cela » songea Naurofána avec perplexité. « Ton énergie est si brute et ton corps si peu habitué que cela force la contracture involontaire des muscles. Je pense pouvoir dire que dans un premier temps, chaque partie de ton corps que tu irrigueras de la sorte sera victime de crampes. »

La journée durant, Luana ne cessa de tomber, pour se relever à chaque fois, pestant et jurant toujours plus. Les mouvements qui pour elle étaient devenus des automatismes prirent des airs de travaux d'Hercule. Même le plus minables des six-steps lui opposaient des difficultés monstres. Dès lors qu'elle souhaitait donner un peu de force à un mouvement, balancer une partie de son corps, toute cette masse énergétique s'y précipitait et s'y engouffrait. L'impression que cela rendait était proche de ce que l'on ressent lorsqu'on nous lâche une enclume entre les mains sans prévenir.

Elle eut beau se concentrer de toutes ses forces, elle n'arrivait pas à faire circuler le flux d'énergie dans le sens qu'elle désirait, ni même à lui donner une forme. Ce n'était qu'un gros nuage pesant et tourbillonnant. Elle eut beau s'acharner à vouloir le tisser pour obtenir un fil conducteur, elle ne parvenait à rien.

Se concentrer sur son énergie, tout en réfléchissant à chacun de ses gestes, était déjà du domaine de l'impossible. Trop de chose venait lui effleurer l'esprit, trop de pensées parasites lui faisaient perdre le contrôle. Mais comme si ce n'était pas assez, il fallut ajouter à cela les crampes, qui s'amusaient à la saisir n'importe quand, et à lui ôter toute concentration.

Naurofána eut beau l'exhorter à faire abstraction de toutes ces distractions, rien n'y fit. Et toujours elle tombait, et toujours elle se relevait.


Les jours qui suivirent ne furent guère meilleurs. Luana eut beau s'entraîner, donner tout ce qu'elle avait, elle ne parvint pas à enchaîner plus de trois mouvements, et donc aucune figure, aucun enchaînement. Elle avait laissé tomber le break dance pour la pop et le turf. Sans succès.
A certains endroits, des bosses marquaient l'emplacement de chute particulièrement rude. Ou tout simplement là où Luana avait pris appui, et où son pied ou ses mains s'étaient enfoncés sous l'effet de sa force incontrôlée. Les Hobbits, qui venaient chaque jour assister quelques instants aux entraînements –parfois accompagnés d'autres membres de la Communauté –s'étaient alarmés face aux airs de champs de batailles que prenait la clairière. Gimli avait plaisanté en demandant si un troll n'était pas passé par là. Boromir préféra se taire, malgré l'envie évidente qu'il avait de lancer une pique. Aragorn quant à lui avait simplement tenu à dire que les Galadhrims n'apprécieraient pas forcément de découvrir de quelle façon elle avait ravagé une si jolie prairie.

Luana avait bien tenté de leur expliquer pourquoi elle s'entraînait si dur, des premières lueurs de l'aube au crépuscule, ils ne comprenaient pas la raison pour laquelle elle s'acharnait à tomber et se relever, encore et encore. Ils craignaient que cela n'influe sur son état de santé.

Les crampes ne la quittaient plus d'ailleurs; elles avaient enroulé leurs doigts autour de ses muscles et étaient bien décidées à ne pas lâcher prise, serrant toujours plus afin de s'ancrer au mieux. Lindoïlin lui avait, malgré la réticence de la Nauro, appliqué à plusieurs reprises des baumes et des onguents parfumés, massant avec soin et délicatesse les zones courbaturées et contractées. Cela faisait effet le temps de la nuit, pour que tout recommence le lendemain.

Le soir, lorsqu'elle rentrait au bivouac bien après le coucher du soleil, et se laissait tomber près du feu, grimaçant de douleur et divaguant de fatigue. Naurofána maintenait un blocage sur l'énergie indisciplinée, afin d'éviter à Luana tout accident malheureux, mais cela ne suffisait pas toujours, aussi devait-elle se déplacer avec d'infimes mouvements, désespérément lents.
Sautant à chaque fois le repas du midi, elle dévorait avec appétit la double ration que Sam ne manquait pas de lui servir –sur la demande insistante d'Aragorn –avant de s'endormir sur place en écoutant les autres discuter. Le Rôdeur ne manquait pas de la porter jusqu'à sa couche où il la bordait avec soin, sachant pertinemment que le lendemain matin il découvrirait le lit vide.

A la voir se dépenser ainsi sans compter, s'investir dans son entraînement jusqu'à l'évanouissement, il se serait sans doute inquiété pour elle plus encore qu'il ne le faisait déjà, s'il n'avait pas été évident qu'elle le faisait par détermination et désir de bien faire, plutôt que par désespoir comme il l'avait craint au début.

Ce fut ainsi que s'écoulèrent les derniers jours de Luana en Lothlórien. Elle aurait aimé pouvoir profiter des décors et de la quiétude, mais elle devait à tout prix maîtriser ses capacités avant leur départ. Si elle n'en était pas capable, le moindre mouvement deviendrait dangereux, pour elle autant que pour les autres. Et elle ne préférait même pas penser ce qu'il adviendrait d'elle s'ils devaient combattre. Elle serait tout bonnement incapable de se défendre et n'aurait d'autre choix que de laisser le reste de la Communauté la protéger. En somme, elle serait un fardeau plus lourd encore qu'à leur départ de Fondcombe, lorsqu'elle avait isolé Naurofána.

Et plus le temps passait, plus l'angoisse de ne pas y arriver la prenait, plus la rage de se voir échouer montait, la déconcentrant inexorablement, la faisant sans cesse chuter.
Quand arriva l'avant-dernier jour de leur séjour, Luana s'acharna plus que jamais, sous la surveillance étroite de sa louve. Le soleil avait beau poursuivre son parcours dans le ciel, elle n'en démordait pas, continuant, recommençant, chutant, se relevant. La lune était déjà haute dans le ciel lorsqu'elle s'effondra dans l'herbe tendre de la clairière, à bout de souffle, son corps meurtri. Mais cette fois-là, elle ne se releva pas, la fatigue accumulée des jours précédents l'emportant et lui fermant les yeux, sans même qu'elle ne s'en aperçoive.


Le lendemain matin, se furent le soleil matinal et la rosée sur son visage qui se chargèrent de la réveiller. Encore trop ankylosée, Luana resta longuement allongée, se refusant à ouvrir les yeux, dans l'espoir de pouvoir garder un peu de ce bien-être qu'elle ressentait en cet instant. Les derniers jours l'avaient épuisée, et elle commençait sérieusement à désespérer. Elle ne serait jamais prête avant leur départ. Il ne lui restait plus qu'un jour de paix, un jour à profiter de la quiétude des bois de la Lothlórien. Encore eut-il fallut qu'elle en ait jamais profité, et qu'elle en profite ce jour-là… Désormais, elle regrettait profondément de ne pas avoir pris pleinement le temps de savourer la plénitude des lieux. Elle n'avait fait qu'y gouter lors de brefs moments. Elle n'avait même pas visité les alentours avec Legolas.

Mais elle ne devait pas y penser. Elle avait encore beaucoup de travail devant elle, et elle ne s'arrêterait pas maintenant. Un jour. Encore au moins un jour pour comprendre comment diriger son énergie et établir les canaux sensés la diriger. Il lui fallait se dépêcher de se remettre au travail. Et vite… Maintenant aurait été une bonne idée.

¡Joder! Elle eut beau s'exhorter à soulever ses paupières, à se redresser et à reprendre l'entraînement, elle ne parvint pas à se motiver. Même Naurofána ne chercha pas à la booster, alors à quoi bon se relever, si c'était pour se casser la margoulette toute la journée ? Elle était trop bien installée. L'herbe et la mousse de la clairière formaient sous elle un matelas doux et moelleux, l'air sentait bon le sous-bois après la pluie, tandis qu'un tiède cocon la maintenait bien au chaud.

Bien au chaud…

Pas normal.

Comment pouvait-elle avoir chaud après plusieurs heures d'inertie alors qu'elle passait d'ordinaire son temps à grelotter à cause de la froidure du temps pendant qu'elle s'entraînait ? Les yeux toujours clos, elle souleva ses doigts engourdis avec peine, et découvrit qu'une couverture la recouvrait.

La curiosité la galvanisant suffisamment, Luana parvint enfin à ouvrir un œil. La lueur du soleil était assez pâle en ce matin nuageux pour ne pas l'aveugler, aussi réussit-elle avec bravoure à le garder ouvert plutôt que de le refermer et se rendormir.

- Vous voici enfin réveillée, souffla doucement une voix à sa droite.

Elle laissa tomber sa tête sur le côté, pour découvrir Legolas, assis en tailleurs à moins d'un mètre d'elle. Il lui adressa un fin sourire, auquel elle répondit par un rictus endormi.

- Legolas, qu'est-ce que vous faites là ? bafouilla-t-elle d'une voix pâteuse.

- Ne vous voyant guère revenir hier soir, nous sommes venus nous assurer qu'il ne vous était rien arrivé. Nous vous avons trouvé profondément endormie. Aussi avons nous préféré vous laisser dormir ici, plutôt que de vous réveiller.

- C'est gentil, mais vous étiez pas obligé de rester vous savez, ne put-elle s'empêcher de répondre avec en arrière-pensée une Lindoïlin vexée de ne pas pouvoir profiter ce soir-là du prince de Mirkwood.

- Il était hors de question de vous laisser si vulnérable et à découvert. Je ne tiens pas à vous voir de nouveau la proie des Uruk Hai. Et je m'aperçois aujourd'hui que je fus longtemps absent alors que ma présence était nécessaire.

Luana ne répondit rien, comprenant où l'Elfe voulait en venir : s'en voulait-il de ne pas avoir été là quand elle allait si mal ? Peu importait, car sa présence n'aurait rien changé de plus quand celle combinée des autres membres de la Communauté n'avait pas suffi. Elle s'était elle-même isolée, qu'il cherche à lui tenir compagnie à l'époque l'aurait agacée plus qu'autre chose.

Tournant le regard vers le ciel, Luana inspira profondément, avant de laisser sa poitrine retomber lentement en un long soupir. Puis, grimaçant, elle se releva tant bien que mal, ses articulations émettant des grincements plaintifs. Un petit peu d'huile ne leur ferait sans doute pas de mal.

- Allez, c'est reparti, grinça-t-elle en tentant de se remettre sur pieds.

Legolas s'empressa de se lever et de la soutenir. Déconcertée par ce geste, Luana faillit avoir un mouvement de recul, mais se retint, car premièrement elle risquerait de vexer l'Elfe, et deuxièmement elle sentit que sans lui elle se serait retrouvée sur les fesses.

- Êtes-vous sûre de vouloir continuer aujourd'hui ? Vous semblez fatiguée, et nous reprenons la route demain. Mieux vaudrait vous reposer d'ici là.

- Je ne peux pas. Si je ne parviens pas à maîtriser mon corps et ma force, je serais une gêne pour vous tous. Et ça je refuse. Je dois y arriver aujourd'hui.

Legolas lui prit le menton et la força à le regarder droit dans les yeux. Son regard de glace ne dissimulait pas une certaine colère, que Luana ne comprit pas.

- Je vous interdis de dire pareilles choses. Je vous dois la vie, et pour avoir marché et combattu à vos côtés, je puis vous assurer que jamais vous n'avez été une gêne pour qui que ce soit, même dans les pires situations.

- Même lors de mon trip à la Roméo et Juliette ? demanda-t-elle avec une mine de petite fille, démentie par un sourire en coin moqueur.

Entendre l'Elfe parler ainsi d'elle lui réchauffa le cœur. Mais pour rien au monde elle ne l'aurait montré, alors autant se cacher derrière une blague pas forcément bien choisie.

Legolas se figea un bref instant, tenant toujours le menton de la Nauro entre ses doigts fins, maintenant leur visage près l'un de l'autre. Si près que Luana sentit son souffle chaud sur son visage, la senteur des sous-bois après la pluie la recouvrant et l'enivrant. Si près, qu'il n'avait qu'à légèrement pencher la tête pour l'embrasser.

L'image d'un balcon vint automatiquement danser dans ses pensées, avec elle dessus, voilée d'une belle robe bleue nuit, Legolas perché sur la rambarde et laissant ses lèvres si douce effleurer les siennes.

WHAT THE FUCK ?

Comme s'il perçut la violence de cette pensée telle une onde de choc, Legolas recula soudainement et la lâcha, une expression ressemblant à de la gêne peinte sur le visage.

- Je vous l'ai dit par le passé : ce n'était guère pour me plaire sur le moment, mais cela eu le mérite de rendre le sourire à nos compagnons.

La Nauro acquiesça faiblement, ne cessant de remercier tous les dieux de lui avoir offert le don de ne pas rougir ! Autrement, elle aurait mis le feu à la forêt !

L'Elfe se pencha pour ramasser sa cape, qu'il avait posée sur le corps endormi de la Nauro, et l'enfila, avant de se tourner vers elle.

- Il me semble vous avoir promis que nous visiterions les bois de la Lothlórien. Acceptez-vous toujours de m'accompagner ? demanda-t-il en lui offrant son bras.

Luana le considéra un moment, son regard faisant l'aller-retour entre le bras tendu qu'il lui proposait, et ses yeux de givre. Elle avait attendu qu'il le lui propose depuis le début de leur séjour à Caras Galadhron, et maintenant qu'il le faisait, elle hésitait. Il lui fallait s'entraîner, elle le savait, mais le désir d'accepter la tiraillait. D'un côté, prendre le bras qu'il lui offrait la mettait mal à l'aise, quand d'un autre pouvoir s'appuyer sur ce bras secourable ne serait pas une mauvaise chose elle était fatiguée et ses jambes ne la portaient plus qu'avec difficulté. Semblant lire dans ses pensées, il sourit doucement et dit d'une voie apaisante :

- Près d'une semaine d'entraînement intense ne vous a menée nulle part, et je doute qu'une journée fasse la différence. Mais je ne m'inquiète pas, je sais que le moment venu, vous trouverez la solution.

- Comment vous saviez à quoi je pensais ? s'offusqua-t-elle.

- Il est aisé de lire sur votre visage, se moqua-t-il gentiment. Vous détendre ne peut vous faire de mal Luana, surtout durant les dernières heures de quiétude qui nous sont offertes, termina-t-il avec une note grave dans la voix.

- Entendu, soupira-t-elle en lui prenant le bras, tâchant de ne pas trop peser sur lui.


Le soleil s'était élevé dans le ciel, et les nuages s'étant évaporés, il resplendissait et réchauffer la terre de ses rayons. Ils étaient mi-février, et l'hiver était encore bien présent, mais ce dernier commençait à s'essouffler. Bientôt le printemps serait de retour. Luana aurait aimé voir les feuilles d'or de la Lórien tomber pour former un tapis d'or, remplacées dans les branches par des fleurs tout aussi éclatantes. Dommage qu'ils soient obligés de partir si tôt.

- Dites, vous pensez qu'on pourra revenir ici une fois toute cette histoire finie ? demanda-t-elle à Legolas.

Tous deux marchaient désormais côte à côte. Les crampes avaient cédé un peu plus de liberté aux muscles de la Nauro, et la fatigue avait commencé à refluer, aussi avait-elle finit par lâcher l'Elfe et s'en était un peu éloignée, le remerciant de l'avoir supportée jusque-là –dans tous les sens du terme.

- Rien ne nous en empêchera dès lors que Sauron sera défait. Les Galadhrims ne nous chasseront pas en temps de paix après nous avoir accueillis quand le danger planait sur nous. Moi aussi j'aimerais y revenir. Il serait dommage de ne pouvoir voir les arbres fleuris une fois les feuilles tombées, souffla-t-il en écho aux pensées de Luana.

Ils avançaient sans se soucier de là où leurs pas les menaient, sans chercher désespérément à remplir le silence qui s'était établi entre eux et les entourait.

Aussi finirent-ils par déboucher sur un espace ouvert. Luana stoppa ses pas à l'orée, émerveillée par le paysage qui s'étendait sous ses yeux. Un immense tertre trônait au milieu de la clairière, couronnée de deux cercles d'arbres, et dont la chevelure herbeuse défiait la plus belle des émeraudes de lui opposer sa couleur verte, si terne en comparaison. Des petites étoiles piquetaient l'herbe de leurs reflets dorés ou blancs comme neige. En y prêtant plus attention, la Nauro s'aperçut qu'il s'agissait de fleurs.

Les arbres forant l'extérieur de la couronne étaient nus de toutes feuilles et leur écorce était blanche, alors que ceux de l'intérieur étaient d'argent, coiffés de leur feuillage d'or. Et tout au centre de ce cénacle trônait un autre arbre, au sommet duquel un flet blanc dominait l'ensemble.

- C'est magnifique, murmura-t-elle, sous le charme.

- D'après ce que m'ont appris les Elfes de Caras Galadhron, nous sommes à Cerin Amroth.

- Amroth, comme celui du chant de la Nimrodel ?

- Celui-là même. Ici se dressait sa maison, avant que l'on y érige un tertre en sa mémoire.

Tous deux s'avancèrent et grimpèrent au sommet. Là, Luana tourna dans la brise, avant de se laisser tomber, s'étendant de tout son long dans l'herbe fraîche et tendre, dont l'odeur lui chatouillait les narines avec délice.

Qu'il faisait bon de se trouver en ce lieu. Qui aurait pu dire qu'à l'extérieur de cette bulle encore vierge de toute souillure, la guerre faisait rage ? Cet endroit resplendissait de lumière quand l'ombre s'étendait sur le monde.

Legolas s'assit à côté d'elle, gardant le buste droit et les épaules carrées.

- Vous me disiez de me détendre, mais c'est valable pour vous, vous savez ? Lâchez-vous un peu ! le taquina-t-elle, ne supportant plus de le voir toujours si droit.

Elle finirait par croire qu'il avait un balais dans le…

Elle ne termina pas sa pensée, l'Elfe s'étant tourné vers elle. Il arborait le petit sourire qu'il lui offrait souvent, ce sourire qui ne parvenait à faire fondre la glace de son regard qu'en de très rares occasions. Mais il ne se laissa pas pour autant aller et garda sa posture rigide.

La Nauro haussa subrepticement les épaules, avant d'abandonner la lutte. Elle n'allait pas le taquiner plus que ça. Pour une fois qu'ils avaient un moment complice, elle n'allait pas le gâcher.

Fermant les yeux, elle savoura pleinement l'atmosphère claire et limpide de Cerin Amroth, avant de demander d'une voix ronronnante de bien-être.

- Comment est votre forêt ? Vous m'avez demandé de décrire celle de mon ancien monde, mais je ne vous ai jamais entendu parler de chez vous.

- Contrairement à ce que suggère son nom, la Forêt noire est lumineuse et pleine de vie. Elle n'a certes pas cette perfection sans âge que possède la Lothlórien, mais elle inspire à quiconque y vit une impression de puissance calme et tranquille. C'est là que se dressent les monts d'Emyn Duir, où prend sa source la Rivière Enchantée. Le chant de ce cours d'eau me berçait dans ma prime enfance, et souvent je m'échappais afin d'aller l'écouter.

Tiens, le prince de Mirkwood était donc un fugueur en couche culotte autrefois ? L'image fit sourire Luana malgré ses efforts pour le cacher.

- Si cette forêt est si belle, pourquoi lui donner un nom si sombre ?

L'Elfe la regarda, la mélancolie et la tristesse se lisant dans son regard. Tout d'un coup, il lui parut bien plus vieux que ce que laissait penser son apparence. La Nauro se doutait bien qu'il devait avoir quelques siècles au compteur, mais jusque-là elle n'avait jamais vraiment eu conscience de ce que cela impliquait.

- Elle fut rebaptisée ainsi lorsque le Seigneur Ténébreux y fit construire la tour de Dol Guldur. Depuis, de sombres créatures ont envahi les sous-bois, forçant les Elfes Sylvains à se replier vers le nord.

- Quels genres de créatures ?

- Elles sont malencontreusement trop nombreuses pour que je puisse vous les énumérer, et je ne doute pas que bon nombre d'entre elles me soient inconnues. Celles auxquelles mon peuple doit le plus souvent faire face sont les orques, les wargs et les araignées.

- Les araignées ? pouffa Luana. C'est pas méchant comme bestiole ! Et puis c'est pas la petite bête qui va manger la grosse !

- Vous semblez les apprécier, répondit l'Elfe avec un ton légèrement sec et pincé.

- Quand j'étais petite, je m'amusais à les prendre dans mes mains et à les laisser courir sur mes bras. Parfois, quand j'en trouvais une dans la cour de l'école, je l'attrapais et la relâchais sur les tables de la classe, juste pour faire peur aux autres filles! Je pouvais passer des heures à les regarder tisser leur toile.

Legolas éclata d'un rire doux et chaleureux, pareil à une brise d'été, qui fit rapidement oublier à Luana le ton froid dont il avait usé quelques instants plus tôt. Puis elle se rendit compte que c'était la première fois qu'elle l'entendait rire, et trouva ce son merveilleusement beau.

- Quoi, qu'est-ce que j'ai encore dit de drôle? Fit-elle mine de s'offenser, un large sourire lui étirant les traits.

- Je doute que vous puissiez prendre celles-ci dans vos mains, car il s'agit d'araignées géantes.

- Ha oui… Là ça pose problème. Mais sinon, avouez que quand c'est tout petit, c'est tout mimi.

- N'allez pas le répéter à Gimli, commença-t-il avec un léger rictus, mais j'ai une sainte horreur des araignées depuis que l'une d'elle s'en est prise à mes amis, ainsi qu'à moi-même, lorsque nous étions enfants.

Luana promit de ne rien dire à personne, trop heureuse d'en découvrir un peu plus sur lui, apprendre des anecdotes sur son enfance. Et surtout qu'il lui confie ainsi une de ses faiblesses ! Le grand Legolas, prince de Mirkwood, toujours droit et imperturbable, horripilé par les araignées, fallait le faire ! M'enfin, s'il avait connu que des araignées géantes, ça se comprenait aisément.

Qu'il lui confie ainsi ses secrets éveilla en Luana un sentiment nouveau, qu'elle ne parvenait pas à identifier. Une chose était sûre, c'est que grâce à cela, elle se sentait plus proche de l'Elfe. Néanmoins, elle ne put s'empêcher de se demander s'il avait fait cette confidence à Lindoïlin.

- Désormais, lorsque je me retrouverais au cœur d'une bataille, je songerais à Cerin Amroth, souffla doucement Legolas tout en fermant les yeux, se laissant visiblement subjugué par le calme des lieux.

Luana le contempla un instant, tandis qu'il souriait au soleil, un tiède rayon de lumière éclairant son visage.

- En pleine bataille ? C'est pas un peu dangereux de penser à autre chose qu'à se battre ?

Il rouvrit les yeux et se tourna à nouveau vers elle.

- Bien au contraire. Penser à ce lieu me permettra de ressentir la paix qui y règne, comme si je m'y trouvais. De cette façon, je pourrais faire le vide dans mon esprit et être plus réceptif à ce qui m'entoure, et donc réagir en conséquence.

- Vous ne réfléchissez pas à ce que vous faites ?

- Pas dans le sens où vous l'entendez. Je laisse mon corps réagir, guidé par l'instinct. Trop réfléchir encombre les sens et ralentit la réaction. L'important est de se vider l'esprit.

- Se vider l'esprit, souffla Luana.

Brusquement, elle se leva, à la grande surprise de Legolas, qui la retint juste à temps quand son énergie la propulsa vers l'avant, manquant de la faire chuter tête la première. D'un signe de tête, elle le remercia, avant de s'éloigner de lui et de s'enfoncer à travers les cercles d'arbres. Se plantant au pied du tronc central, elle ferma les yeux et inspira, faisant entrer en elle la plénitude de Cerin Amroth, avant d'expirer, et de la rejeter hors d'elle, laissant une sorte de vide dans sa cage thoracique, au creux de son ventre. Elle réitéra la manœuvre plusieurs fois, expulsant par la même occasion toutes les choses qui lui tournaient dans la tête. De façon détachée et presque inconsciente, elle constata que plus son esprit se faisait clair et épuré de toutes les pensées parasites, plus le flux tourbillonnant qui tempêtait en elle s'apaisait, jusqu'à ne plus être qu'un nuage inerte et immobile.

Alors seulement la Nauro appela sa louve.

« Oui Luana ? »

« Lorsque tu te bats, est-ce que tu réfléchis ?

« Je suis une louve, seul mon instinct me guide quand ma survie en dépend. »

« Envoie Not Afraid, s''il te plait. »

Naurofána ne posa aucune question, ne fit aucun commentaire. Et la musique s'éleva du tréfonds de l'inconscient. L'énergie sembla y répondre, frémissante, puis pulsant de plus en plus fort. Suivant ce que lui dictait son instinct et non sa raison, Luana la fit remonter dans sa poitrine, et synchronisa son rythme cardiaque sur celui de la musique, battant à l'unisson avec l'énergie. Lorsqu'enfin cette dernière s'ancra au cœur, la Nauro la laissa se diviser en fins filaments, qui ondoyèrent et s'étirèrent. Ils s'enroulèrent autour de ses muscles, certains s'arrêtant et plongeant entre les fibres, d'autres continuant pour s'enraciner plus loin. Un réseau lumineux commença alors à prendre forme dans le corps de la jeune fille.

Quand chaque membre, chaque muscle, fut connecté, Luana commença à danser. Toute la lourdeur qu'avaient connue ses mouvements dans les jours derniers s'était envolée, les rendant incroyablement fluides et légers. Ils jaillissaient hors d'elles sans demander l'avis de personne, libres de s'exprimer, entrainant dans leur ivresse ici un bras, ici une jambe, guidant l'ensemble dans une chorégraphie indisciplinée, sans suite logique, mais répondant à une harmonie que jamais Luana n'avait atteinte, malgré des années passées à se perfectionner. En cet instant, elle était en transe.

Legolas avait rejoint le second cercle d'arbre, et la contemplait. Il lui fut vite évident que quelque chose avait changé dans sa manière de danser. Les rares fois où il l'avait vue se mouvoir sur une de ses étranges musiques, ses gestes semblaient n'être qu'une suite bien agencée, répondant à un ordre strict dont ils ne pouvaient sortir.

Cette fois, c'était tout autre. Ses oreilles n'entendaient nul chant, nulle note, mais cela ne l'empêcha pas de les percevoir avec ses yeux. Le corps de Luana était un orchestre qui modulait l'air et l'espace en une sourde symphonie. Il alternait des gestes doux et langoureux à des coups plus violents et bruts. Il se fit tantôt souple et docile comme le roseau sous la brise, ondulant tel un serpent tantôt raide et cassant comme le chêne dans la tempête, les mouvements saccadés brisant la ligne des bras ou des jambes.

Legolas imagina la Nauro au milieu d'une horde d'ennemis, et il lui fut aisé de placer cette danse dans le cours du combat. La fluidité pour esquiver, la dureté pour frapper.

Quand la chanson prit fin, Luana resta longuement immobile, laissant l'énergie circuler en elle par l'intermédiaire des canaux.

« J'ai réussi », pensa-t-elle, les brumes de la transe commençant à s'estomper.

« Oui tu as réussi mais ne te repose pas sur tes lauriers Luana. Il te faudra recommencer afin d'étoffer ton réseau d'énergie. Une fois cela fait, alors tu pourras te battre sans même y penser. »

- J'ai réussi ! s'exclama la Nauro, laissant éclater sa joie.

Elle se tourna vers Legolas, qui n'avait pas bougé d'entre les arbres c'était grâce à lui qu'elle avait compris comment contrôler son énergie. Elle courut jusqu'à lui et se jeta à son cou. Petit problème, Luana avait oublié de ramener le plus gros du flux vers le point d'ancrage au niveau de son cœur, si bien qu'elle percuta l'Elfe avec toute sa force et toute sa rapidité.

Tous deux chutèrent et roulèrent le long du tertre, avant que leur course ne soit stoppée une fois arrivés au pied. Ils restèrent un moment sans voix, reprenant leur souffle, étendus côté à côte, à quelques centimètres l'un de l'autre. Ils se regardèrent, et Luana parti dans un grand rire, qui résonna dans toute la clairière et se répercuta sur le tronc des arbres. Legolas quant à lui se contenta de sourire, la couvrant d'un regard empli d'un bonheur nouveau.


Alors, alors? J'espère que ce chapitre vous a plu.

Un entraînement commando avec Naurofana, qui est pour? ^^ Pour ceux qui ont eu du mal avec mon trip d'énergie et capacités, n'hésitez pas à demander, je vous expliquerais ;)

Maintenant, tous ceux qui en voulaient à Legolas d'abandonner Luana sont-ils satisfaits? Ou faudra-t-il encore quelque tête à tête de ce genre pour vous rabibocher avec lui?

Sur ce, rendez-vous au prochain chapitre, qui, je l'espère, ne tardera pas trop! Quoiqu'il en soit, même si je ne publie pas tout de suite, ne désespérez pas, je n'abandonnerais cette fic!