Yop yop!
C'est moi :D Et devinez qui j'amène? Toute la clique de Twelve's Quest pour un chapitre 7 qui arrive un peu plus tard que prévu... Il est tout chaud, je viens de le terminer.
Disclaimer: tous les personnages nommés appartiennent pour la plupart à Hidekaz Himaruya.
Merci énormément pour votre fidélité, vos encouragements et vos reviews :D Ca me fait très plaisir et chaud au coeur...
J'espère que ce chapitre vous plaira. Personnellement, j'en suis un peu moins satisfaite que des autres... Mais n'hésitez pas à me donner votre avis ;)
Pour me faire pardonner de mon léger retard, je vais essayer de poster le premier chapitre de Blind Liebe sous peu. Je suis en vacances pour les deux prochaines semaines, je devrais pouvoir trouver le temps d'avancer dans divers projets, dont ce PruAus (je sais, ce couple n'est pas en odeur de sainteté chez tout le monde, mais c'est un de mes OTP, va falloir vous y faire ;D).
Sinon, concernant ce chapitre: baignade, sentiments, dangers et ennuis en perspective.
Je croise les doigts!
Chapitre 7 : Sauveurs
-Matthie!?
-…Al…Fred?
-Tu es vivant! Ne me refais plus jamais une frayeur pareille! T'as failli avoir ma peau…
Matthew sourit tristement.
-Désolé. Sincèrement. Je n'ai pas été à la hauteur.
-Ca n'a rien à voir! Et puis le principal c'est que tu ailles bien! Nous étions tous extrêmement inquiets. Tu as mal quelque part?
Matthew passa mentalement son corps en revue.
Il esquissa un mouvement vers son flanc avec une grimace, mais précisa:
-C'est supportable. Maintenant. J'ai bien cru que j'allais mourir.
-Les flèches étaient empoisonnées. Heureusement, Lukas a fait des merveilles, et…
-Et Lukas te dit de te taire et de laisser Matthew se reposer. J'ai fait des merveilles, mais pas des miracles. Il faut que tu reconstitues tes forces de toi-même. répliqua Lukas en entrant dans la tente, alerté par les voix qu'il avait entendues du dehors.
A sa suite, il y avait Matthias, bien sûr, Arthur, Francis et Gilbert qui passèrent la tête par l'ouverture de la tente pour essayer d'apercevoir le rescapé.
-Tout le monde dehors, je vais l'examiner. ordonna Lukas.
Sa voix était toujours aussi dénuée d'expression, mais pourtant sans appel.
-On te laisse. approuva Arthur. Quand tu auras fini, n'oublie pas, tu dois m'enseigner la magie de soins.
-Compte sur moi. Hors de question que je m'esquinte à nouveau comme hier, tu peux me croire…
Lukas et Matthew se retrouvèrent seuls.
-Merci… De m'avoir sauvé. le remercia Matthew.
-Je t'avoue que je n'étais pas sûr que tu survives. Le poison était violent.
Il ôta la chemise de lin dont Alfred avait vêtu son apprenti durant la nuit et ouvrit les bandages posés la veille.
Il découvrit les plaies causées par les flèches, deux entailles circulaires rouges qui se détachaient distinctement sur la peau claire du blond. Elles étaient profondes, mais le début de la cicatrisation était déjà visible et Lukas déduisit qu'il n'y avait plus lieu de s'inquiéter.
-Il va falloir que tu évites de te lever et de bouger pendant plusieurs jours. Mais le poison a définitivement quitté ton corps, il n'y en a plus une trace.
Il se releva et quitta la tente, non sans avoir ajouté:
-Bon retour parmi nous, Matthew.
oOo
-Tu as l'air indécis. remarqua Francis à Arthur, qu'il observait depuis plusieurs minutes.
Il était près de midi et les chevaliers étaient réunis devant la tente de Matthew, en cercle, pour manger. Francis, entre Antonio et Gilbert, faisait face au Roi et voyait qu'il hésitait, se décidait puis se ravisait à prendre la parole.
L'entrain était revenu parmi les compagnons. Grâce à Lukas, les blessures de tous n'étaient presque plus que de mauvais souvenirs, mis à part Matthew, aussi les conversations allaient-elles bon train.
-Je le suis, c'est vrai. avoua Arthur après un moment de silence.
L'attention fut de nouveau centrée sur lui.
-On peut peut-être t'aider à te décider. De quoi s'agit-il? demanda le Français.
-J'hésite à lever le camp. Nous devrions le faire car, en restant au même endroit, nous sommes une cible plus facile et il est plus aisé de nous surveiller pour quiconque voudrait le faire. Et plus nous avancerons, plus nous aurons de chance d'atteindre notre but. D'un autre côté, Matthew doit bouger le moins possible et je crains que voyager ne soit néfaste à sa guérison… Et puis, cette zone est désormais passablement sécurisée. Les Gobelins ne se ramèneront pas de sitôt et les autres habitants potentiels sont avertis de notre puissance… Vraiment, je ne sais pas quoi faire.
Francis pesa le pour et le contre des différents arguments, imités par les autres chevaliers.
Une fois s'éleva de la tente.
-Votre Majesté…
Arthur se leva et entra dans la tente du convalescent, qu'Alfred aidait à manger.
Matthew ne lui laissa pas le temps de prendre la parole.
-Je ne veux surtout pas être un poids pour la quête.
-Tu n'es pas un poids, c'est normal que tu doives récupérer…
-Donnez-moi deux jours, et je serai capable de voyager.
Le ton du jeune homme était décidé et sans appel. Ses yeux fatigués s'enflammaient de volonté.
Arthur le regarda dans les yeux un moment et n'eut pas le courage de le prendre pour un faible.
-Deux jours. Parfait. Je te fais confiance.
oOo
Les deux jours furent consacrés à l'exploration. Gilbert était à la base de cette idée. Il ne supportait pas l'inactivité et, tandis que Matthew reprenait des forces, il souhaitait se rendre utile.
Il était allé avec Francis et Roderich –Antonio restant au camp avec Lovino dont le bras encore un peu fragilisé limitait les mouvements– aussi loin que le temps leur permettait vers le sud, puis vers l'est et l'ouest, en repérage dans les environs.
Gilbert espérait ne pas tomber sur des créatures autochtones. Leur première rencontre avec les habitants de la forêt de Brocéliande ne leur laissait pour ainsi dire pas un excellent souvenir…
Et heureusement, ils ne trouvèrent aucune trace d'animaux étranges, seulement des lapins, des cerfs et des renards. Il n'y avait aucun signe de leurs poursuivants non plus.
Arthur leur avait raconté sa mésaventure en Ecosse, et avait précisé qu'il était peu probable qu'on les laisse tranquilles… Mais, par chance, ils ne semblaient pas les surveiller de près, cette fois.
En fait, dans un périmètre de dix kilomètres autour du camp, les environs étaient sûrs.
Mais le trio ne s'était pas risqué plus loin.
Ils s'étaient arrêtés, au sud, au bord d'un grand lac d'eau limpide, dans une clairière verdoyante et avaient, une fois revenus au camp, immédiatement relayé l'information à Arthur.
Le roi les avait approuvés: c'était un bon endroit près duquel établir le campement la prochaine fois…
oOo
Arthur ne fut pas déçu de l'endroit dégotté par ses compagnons qu'il découvrit après quelques heures de marche au pas –il avait en effet choisi de ralentir l'allure pour ne pas perdre Matthew en cours de route.
C'était presque une vision féerique.
Le soleil, qui parvenait enfin à se frayer un chemin jusqu'au sol de la clairière, brillait sur la surface lisse de l'eau claire.
Des poissons y nageaient en toute tranquillité.
L'herbe, au bord du lac, était douce et verdoyante.
Une légère brise soufflait sur le visage d'Arthur, qui savoura la sensation un instant.
L'endroit respirait la sérénité, et il espérait que ce n'était pas seulement un piège tendu par une quelconque puissance magique qui voulait leur peau.
Mais il ne pouvait s'empêcher de penser que cet endroit était trop beau pour être vrai…
Arthur aida toutefois ses colocataires à planter leur tente.
Gilbert avait déjà ôté sa tunique et relevé le bord de son pantalon, prêt à profiter de l'eau fraîche.
-Hey, Arthy. le héla-t-il, déjà les pieds dans l'eau. Je propose du poisson grillé pour ce soir!
Il avait un grand sourire sur les lèvres et Arthur, d'un signe de tête, l'autorisa à pêcher.
-Wunderbar! se réjouit Gilbert. Roddy… Ah non, pas Roddy, t'aimes pas te mouiller, pas vrai? Frannie, Tonio, vous venez vous mesurer à ma géniale personne? Celui qui attrape le plus de poissons a gagné.
Les deux acolytes se jetèrent à l'eau à leur tour.
-Je peux me joindre à vous? demanda Ivan avec un sourire.
-Bien sûr! acquiesça Francis. Daniel, Matthias, Alfred, n'hésitez pas, si le cœur vous en dit…
Daniel hocha négativement la tête mais s'assit non loin de l'eau, dans l'herbe, à côté de Matthew dont le visage encore pâle était réchauffé par le soleil et un sourire heureux.
-Je vais gagner! promit Alfred en se ruant dans l'eau.
Quant à Matthias, il eut un grand sourire et commença par ôter ses bottes, puis sa tunique, et il rejoignit les chevaliers.
Sur la terre ferme, il restait Arthur et Lukas, en grande discussion, Roderich qui gardait un œil sur le grand enfant qu'était Gilbert –ça ne l'aurait pas surpris outre mesure que l'albinos s'aventure trop loin et finisse par perdre pied– , Daniel, qui fixait l'horizon, perdu dans ses pensées, Matthew, qui reprenait des couleurs, et Lovino, qui contemplait –soi-disant– discrètement Antonio pêcher et rire, le buste dénudé et offert à son regard. Etrange que l'Italien n'ait pas encore rougi, d'ailleurs. Il se s'était peut-être pas encore rendu compte qu'il matait sans vergogne son ancien maître…
oOo
L'impression de sécurité d'Arthur ne dura pas longtemps du tout.
Peu après leur arrivée, bien que le ciel soit toujours aussi bleu et ensoleillé, il sentit comme une ombre s'abattre sur eux.
Il n'était pas à l'aise, l'atmosphère l'oppressait. Il y avait de la magie dans l'air.
Un magicien.
Et ça ne devait pas être n'importe qui.
-Lukas… C'est moi ou…
-Nous ne sommes pas les seuls magiciens dans les parages? J'ai la même impression… Et ce lac ne m'inspire pas vraiment confiance.
Arthur approuva d'un signe de tête, mais reprit:
-Ne gâchons pas l'ambiance pour autant. Ils sont ravis de pouvoir se baigner, et le soleil semble faire un bien fou à Matthew. Dans la forêt, c'est impossible d'en recevoir autant…
-Certes. Mais ne nous attardons pas ici plus que nécessaire.
-Nous partirons demain matin.
-En espérant que rien de fâcheux ne survienne d'ici là… ajouta le Norvégien d'un air sombre.
oOo
-Tu m'épates, Matthias! dut bien Gilbert à la fin de leur partie de pêche.
Le Danois avait en effet attrapé le plus de poissons, loin devant Gilbert et Alfred qui étaient pourtant en tête.
-Des années et des années d'entraînement. Sauf que j'attendais des heures au-dessus d'un trou dans la glace pour attraper les rares poissons qui passaient. La rapidité me connaît, dans ces cas-là…
Sortis de l'eau, ils s'étalèrent dans l'herbe, au soleil qui commençait à descendre, pour sécher un temps soit peu.
Antonio retourna près de Lovino, qui avait les bras croisés et le regardait par en-dessous, visiblement un tantinet de mauvais poil.
-Laisse-moi deviner… Je t'ai manqué? tenta l'Espagnol devant la moue boudeuse de son apprenti.
-Bastardo, bien sûr que non! Ahem…Tu l'as fait exprès, hein?
-De tuer des poissons? Oui, c'était un peu le but du jeu, tu sais, Lovi…
-Je parlais pas de ça, cretino… marmonna Lovino en rougissant.
Les images du torse mouillé de l'Espagnol luisant au soleil ne quittaient pas son esprit.
Antonio s'approcha un peu plus près et murmura à son oreille:
-Quoi que j'ai fait, pardonne-moi…
Il déposa un chaste baiser dans le cou de l'Italien, qui rougit encore un peu, puis se redressa et lança joyeusement:
-Mais je n'ai fait que mon devoir! Sans moi, tu serais peut-être mort de faim, ce soir…
-C'est cela, intervint Francis, surtout avec cinq autres pêcheurs… Bien sûr… Bref, Lovino, qu'est-ce que tu dirais de venir m'aider à les cuisiner, ces poissons?
-Hum… Moui, pourquoi pas.
Il suivit Francis vers le feu qui commençait à prendre, autour duquel attendait le fruit de la pêche avant d'être cuisiné et consommé.
Antonio ne se formalisa pas de cet abandon et rejoignit Gilbert, un peu plus loin, qui discutait avec les autres chevaliers.
Ils s'étaient une fois de plus installés en cercle, non loin de l'eau, et les échanges étaient enjoués et animés. La journée avait été bonne et sereine, aussi le moral des troupes s'en trouvait-il amélioré.
Arthur était ravi de cette constatation, bien que son malaise n'ait pas disparu, et il se prépara mentalement à passer une bonne soirée avec ces compagnons, sans aucun problème à déplorer…
Mais il dut stopper là ses projets.
Daniel, qui faisait face au lac, se releva soudainement en fixant le point d'eau, blême et visiblement paniqué.
-Qu'y a-t-il? demanda Arthur, fronçant les sourcils.
Il n'obtint aucune réponse de la part du Hongrois, qui se contenta de fendre le cercle de chevaliers et de courir vers le lac en hélant dans sa langue natale:
-Atya!
-C'était un éternuement? tenta Gilbert avec un sourire en coin.
Il se retourna vers le lac, où se trouvait maintenant Daniel. L'eau lui arrivait aux genoux, et il continuait sa progression vers le centre.
Gilbert fronça à son tour les sourcils, arborant désormais la même moue perplexe que ses compagnons.
Ce n'était pas du genre du brun de se faire remarquer par une telle attitude, ni de crier.
"Atya"… Ce mot lui disait quelque chose, il l'avait déjà entendu.
C'était dans la chapelle du palais de Carleon. Ils avaient eu bien le temps de vaquer à leurs occupations en attendant le retour d'Arthur et Alfred, et, en ce qui concernait Gilbert, il avait exploré le château.
Et il s'était retrouvé dans la chapelle, où il avait surpris Daniel, agenouillé devant l'autel, les mains jointes en une prière mêlant latin et hongrois.
Gilbert, qui, malgré les apparences, pouvait faire preuve de discrétion et de tact, s'était avancé, aussi silencieux qu'une ombre, et il avait saisi quelques mots.
-Veille sur moi, Atya…
Gilbert savait que le chevalier hongrois n'était pas en train d'invoquer un dieu païen pour le protéger.
Il savait aussi que le père Hedervary était décédé quelques mois auparavant.
Et donc, il en était arrivé à la conclusion que "atya" devait être le mot hongrois pour "père"…
Autrement dit, en cet instant précis, dans le lac, Daniel appelait son père tout en continuant de nager vers le centre du lac.
Ce n'était pas normal.
Le chevalier avait-il perdu la raison pour agir de la sorte?
Sans plus réfléchir davantage, Gilbert se leva à son tour et courut dans l'eau à la suite du brun.
Il fallait qu'il le rattrape.
A partir d'un certain point, le lac devenait plus profond et ils n'avaient plus pied. L'albinos pouvait deviner au comportement du Hongrois que, soit il ne savait pas nager, soit il était trop perturbé pour le faire, se contentant de courir dans l'eau et s'y enfonçant toujours plus profondément. Il continuait d'appeler, désespéré, son père décédé, en se débattant pour atteindre l'autre rive.
Gilbert peinait à avancer. La nuit étant tombée, l'eau avait refroidi et son corps s'engourdissait à ce contact prolongé.
Sur la rive, près du camp, il entendait les chevaliers l'appeler, d'autres courir au bord de l'eau pour tenter de l'aider en interceptant Daniel par l'autre côté.
Daniel qui était en difficulté. Tout à ses hallucinations, il se débattait dans l'eau pour essayer de se maintenir à la surface, mais il faiblissait.
Son visage brillait à la lumière blafarde de la lune, mais nul n'aurait su dire si c'était à cause des éclaboussures de l'eau ou des larmes qui ruisselaient sur ses joues.
Gilbert le voyait s'enfoncer dans l'eau, centimètre par centimètre, à mesure que lui-même se rapprochait de son but.
Le Hongrois sembla se calmer un peu, tandis qu'il ne restait que deux mètres à parcourir pour que Gilbert le récupère.
Il s'enfonça dans l'eau. Il tendit une main vers le ciel, semblant caresser le visage d'un spectre invisible. Ses lèvres s'ornèrent d'un sourire, mais il disparut bientôt sous la surface de l'eau.
Gilbert commença à franchement paniquer.
Il arriva enfin à hauteur du jeune chevalier et s'empressa de le saisir sous les aisselles pour le remonter.
Le visage de nouveau émergé, il hoqueta et crachota.
Gilbert mit un bras sous ses jambes et l'autre dans son dos et entreprit de faire le voyage en sens inverse. Daniel accrocha ses mains dans le cou du Germanique et se blottit contre le torse de son sauveur.
La traversée fut longue et pénible. Mine de rien, le brun faisait son poids, surtout avec ses vêtements mouillés.
Enfin arrivés à terre, Matthias et Ivan réceptionnèrent le brun, tandis qu'Antonio offrit une main et une épaule secourables à son meilleur ami, à qui Francis tendit une couverture.
-Beau réflexe… marmonna Arthur.
-C'est sûr que s'il avait fallu compter sur l'un de vous… grommela Gilbert.
Il se laissa tomber au coin du feu et s'ébroua, sous le regard sombre de Roderich qui le dévisageait, une expression que l'albinos ne lui connaissait pas sur le visage.
-Est-il fou, suicidaire ou bien cet incident a-t-il un rapport avec le lac? demanda-t-il d'un ton détaché.
Ivan frottait frénétiquement le dos du Hongrois, enroulé dans une épaisse couverture. Il n'avait apparemment pas compris ce qu'il s'était passé, lui non plus.
-Que lui est-il arrivé? Que criait-il sans arrêt?
-Je crois qu'il a vu son père… fit Gilbert. C'est cela qu'il criait en hongrois. Il lui manque, d'où sa réaction.
-Il a mangé des champignons? s'enquit Alfred. Ca l'a pris si soudainement…
-Il paraissait aller bien, cet après-midi. renchérit Matthew.
Arthur et Lukas échangèrent un regard. Le Nordique acquiesça imperceptiblement à la question muette du Roi.
-Ce sont des esprits des lacs. annonça-t-il. J'ignorais que celui-ci était habité. Ce sont des esprits magiques qui peuvent changer d'apparence à volonté tout en gardant un aspect aqueux, et décider de se rendre invisibles… Ou partiellement.
-D'ordinaire, compléta Lukas, ils sont inoffensifs… Mais une force hostile est à l'œuvre, ici.
-Evidemment, puisque nous sommes dans la forêt du Diable. répliqua Francis.
-Ils ont choisi une proie facile à troubler pour se débarrasser de l'intrus… comprit Gilbert.
Il jeta un coup d'œil à la silhouette grelottante de Daniel. Il semblait encore trop choqué que pour émettre le moindre son.
-Eloignons-nous du lac. suggéra Arthur. Nous quitterons cet endroit demain à la première heure.
Ils entreprirent de reculer le campement à l'orée du bois.
Enfin, ils mangèrent dans le silence, sur leurs gardes.
oOo
Daniel, un peu remis de ses émotions mais toujours muet, alla se coucher rapidement après avoir mangé.
Gilbert se leva peu après lui pour l'imiter, mais le regard que Roderich porta sur lui l'arrêta dans ses projets.
L'albinos retourna une interrogation muette à son compagnon, qui se leva à son tour.
-Je vais me promener un peu. annonça-t-il.
-Tout seul? s'enquit Ivan, surpris. La mésaventure de Daniel ne t'a pas servi de leçon?
-C'est bon, je vais avec lui. le coupa Gilbert.
Bien. Il avait compris le message de Roderich. Celui-ci en était content, même s'il ne le montrerait pas.
Ils s'éloignèrent en silence du campement, Roderich en tête.
Gilbert était très intrigué par la conduite du brun. Il n'était pas comme d'habitude.
Il espéra que son ami n'avait pas été la proie d'une quelconque force obscure, lui aussi. Si c'était le cas, ce n'était vraiment pas le jour de Gilbert…
-Tu es bizarre, Roderich. se décida-t-il enfin à dire. Quelque chose ne va pas?
-… Tu as été… Héroïque, aujourd'hui.
-Ca, ce n'est pas nouveau, je le suis tout le temps. remarqua Gilbert. Ce n'est pas de moi dont il s'agit.
-Si, tu es le nœud du problème, Gilbert.
-Ce n'est pas moi qui aie un comportement étrange. Que signifient ces regards, Roderich?
Le brun prit une profonde inspiration.
-Ne me dis pas que tu ne le sais pas… Que tu ne le comprends pas. On récolte ce que l'on sème, comme on dit…
-Au risque de te décevoir, non, je ne comprends pas où tu veux en venir.
-Tu proposes à Daniel de partager notre tente. Tu es toujours prêt à lui lancer des moqueries affectueuses. Tu le sauves de la noyade… Tu le laisses se serrer contre toi. Tu allais le suivre dans la tente… Tu t'inquiètes pour lui. Tu ne t'inquiètes jamais pour moi.
Gilbert avait peur de comprendre.
Roderich… N'était quand même pas en train de lui faire une crise de jalousie?!
-Merde, Roddy! Tu crois que c'est vraiment le moment d'avoir des préoccupations puériles? Je te croyais mature et réfléchi…
-Tu n'as qu'à t'en prendre à toi-même. l'interrompit Roderich, blessé. Tu t'es débrouillé pour être… Attirant. Pour me… Séduire. Tu y es arrivé… Est-ce de ma faute si tu as réussi à me rendre possessif et jaloux?
Dans l'obscurité de la forêt, Gilbert ne pouvait voir le visage de son homologue prendre une teinte cramoisie. Ca ne lui était jamais arrivé de dire ce genre de choses. Ni même d'imaginer que Gilbert avait finalement obtenu autre chose de lui que sa virginité… Qu'il avait obtenu les sentiments qu'il quémandait.
-Je n'ai fait que répondre à la question que tu m'as posée. reprit Roderich. Je sais très bien que nous avons d'autres priorités, pour le moment. Et je crois…
Sa gorge se noua. Ses yeux le piquaient et il ne savait même pas pourquoi il se sentait blessé.
-…Que si mes états d'âmes ne sont pour toi que de puériles préoccupations, nous ferions mieux de ne jamais en reparler et de…
Il se sentit attiré vers l'avant par un bras puissant.
Roderich eut la surprise de constater que Gilbert déposait un léger baiser sur ses lèvres.
-Je te croyais mature et réfléchi. répéta Gilbert. Tu devrais savoir que c'est parfaitement mon genre, tout ça.
-Quoi donc?
-Secourir les demoiselles en détresse. Mais en aucun cas en tomber amoureux.
Il serra un peu plus la taille de Roderich entre ses bras, qui ne put s'empêcher de sourire.
-J'avais, une fois de plus, raison. remarqua Gilbert.
-A quel sujet? répliqua Roderich.
-Tu n'es pas comme d'habitude. Ca n'était jamais arrivé que tu demandes de l'attention. D'ordinaire, tu fais mine de m'éviter.
Roderich ne répondit pas mais enfuit un peu plus son visage dans l'épaule de son amant.
-Qu'est-ce qu'il représente pour toi, alors?
-Un compagnon d'armes. Un ami, peut-être bien. J'aime bien me moquer de lui. Il n'y a rien de plus.
Roderich fit la moue, plus ou moins convaincu.
Il mit fin de lui-même à l'étreinte, quelques instants plus tard.
-Merci. murmura-t-il.
-Toujours un plaisir, Roderich… lui assura Gilbert.
Roderich reprit la direction du camp, tandis que l'albinos ne pouvait réprimer un sourire attendri.
Ce n'était pas tous les jours que Roderich manifestait ses sentiments. D'ailleurs, ça n'arrivait jamais.
Pour une fois, ça avait été le cas.
Le brun avait eu besoin de réconfort et c'était auprès de Gilert qu'il l'avait cherché.
Et même s'il n'avait pas exprimé explicitement son attachement à son amant, il avait dit qu'il était jaloux. Et possessif.
C'en était bien assez pour Gilbert.
Entre eux, il n'avait jamais été question de marques d'affections outrancières, de tendresse inutile et de futilités mielleuses.
Tout ce qui importait, c'était qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre. Qu'ils se connaissaient si bien qu'ils pouvaient se faire confiance, les yeux fermés. Qu'ils étaient complémentaires au combat. Que la présence de l'autre était nécessaire, même sans le dire.
Leur relation avait évolué, Gilbert pouvait l'affirmer, désormais. Si, au départ, il ne s'agissait que d'une ou deux parties de jambes en l'air au cours de quêtes communes pour tuer le temps lors de longues soirées autour du feu, c'était à présent certain que ça n'avait plus rien à voir.
Les sentiments commençaient à s'en mêler, même s'il n'était pas question de tomber dans la mièvrerie.
oOo
Ils dormaient tous au coin du feu, sous les minces tentes.
Ou du moins ils essayaient.
Arthur venait de se réveiller en sursaut avec un terrible mal de tête.
Il avait rêvé.
Encore.
Toujours la même fille qui lui apparaissait en rêve. La même que celle avec qui il avait apparemment passé une nuit, pensant qu'il s'agissait d'Alfred.
Cette fois, elle avait un enfant sur les genoux. Il devait avoir environ huit ans, au vu de sa taille.
Il était blond et avait d'étranges sourcils, déjà bien fournis malgré son jeune âge.
"Tu auras bientôt de la visite, petit frère…" avait-elle susurré. "Ne t'inquiète pas, Arthy. J'ai seulement l'intention de te faire du mal."
oOo
Francis avait pris le premier tour de garde.
Appuyé contre un arbre face au feu dont les dernières braises se consumaient, il guettait les environs, l'oreille aux aguets et l'œil attentif.
Il fronça les sourcils en voyant Arthur émerger de la tente, hébété, les cheveux ébouriffés.
Le feu donnait au Français un regard de braise alors qu'il regardait le Roi.
-Je vais te relever. annonça-t-il.
-Hors de question. répliqua Francis. Tu as besoin de dormir, toi aussi.
-Je n'y arrive pas. Je fais sans arrêt des cauchemars.
-Depuis quand?
-Depuis l'Ecosse…
Il s'assit à côté du blond, à même le sol, contre l'arbre massif.
-Tu veux en parler? demanda doucement Francis.
Arthur sembla hésiter un instant, puis parla.
-J'ai l'impression que ce sont plus que de simples rêves…
Et il se mit à raconter toute l'histoire, depuis le début. Les paroles de son agresseur, près du domaine d'Antor, puis le rêve-souvenir qu'il avait fait durant son inconscience. Les cauchemars qui le poursuivaient depuis lors.
-… Je ne sais même pas pourquoi je te raconte ça, à toi…Mais voilà.
-Parce que je suis le seul à t'écouter.
-C'est faux. se braqua Arthur. Alfred a toujours…
-Oui, je sais. le coupa tristement Francis. Alfred est parfait. C'est pour cela qu'il dort comme un bienheureux alors que tu vas mal. Endors-toi, Arthur. Je veille sur toi.
Arthur décida d'obéir.
Il s'endormit rapidement et son visage vint s'échouer sur l'épaule de Francis.
Étrangement, il ne fit plus ni rêve ni cauchemar.
Ca m'a l'air bien parti pour notre petit FrUK, pas vous?
Désolée pour la scène de PruAus, elle est trop mielleuse à mon goût :/ Elle n'était pas prévue à la base, elle remplace une mésaventure de Lovino qui se soldait par une scène de spamano choupi, mais trop similaire à ce que j'ai déjà écrit. Je l'ai donc supprimée mais la mésaventure de Daniel (on pourra bientôt de nouveau l'appeler Elizabeta!) à débouché sur une petite scène de jalousie entre Roddy et Gilbert. Parce que oui, mon petit Roderich que j'aime est aussi un humain, et un humain amoureux.
Je raconte n'importe quoi moi, faut que j'aille dormir ...
Pas de traductions nécessaires cette fois. J'espère que vous aurez apprécié malgré tout et que vous continuerez à me lire et à me soutenir. Laissez-moi un commentaire ;)
A bientôt ~
