Hello hello!
Comme quoi, vacances ou pas, il me faut quand même deux semaines pour écrire un chapitre. Je me déteste, vous savez, pour ma flemmardise o.o
Disclaimer: tous les personnages appartiennent à Hidekaz Himaruya ou à la légende arthurienne.
Note: je pars à Londres mercredi, jusqu'à vendredi. Trois jours où je ne pourrais pas avancer dans mes fics, à part dans le scénario d'un projet Saint Seiya. Donc, pour me faire pardonner de l'éventuel potentiel retard que ça pourrait occasionner pour le chapitre suivant, j'ai posté le premier chapitre de Blind Liebe :3 J'espère que vous me soutiendrez pour cette nouvelle fic aussi.
Concernant ce chapitre, des révélations, des flammes et des combats sont à prévoir!
Chapitre 8 : Femmes & flammes
Arthur fut réveillé au matin par les premiers rayons de soleil qui perçaient les arbres.
Il émergea doucement d'un sommeil sans rêve et massa sa nuque endolorie.
-Bonjour. murmura la voix chantante de Francis.
Arthur réalisa alors.
Avait-il… Vraiment… Passé la nuit aux côtés de Francis? En tout bien tout honneur, certes, mais…
Jamais il n'aurait cru dormir si bien avec la présence si proche du Français.
Enfin, si bien… Tout était relatif. Dormir la tête posée sur l'épaule de quelqu'un, adossé à un arbre, n'était pas des plus confortables et se faisait douloureusement ressentir au réveil, mais c'était peu cher payer une nuit réparatrice.
C'était tellement différent… Tellement différent des autres nuits, torrides celles-là, qu'ils avaient déjà passées si près l'un de l'autre, quelques années auparavant.
-…B'jour… marmonna Arthur, toujours très inspiré au réveil.
Il se surprit à espérer que personne ne vienne troubler cet instant. Que les autres chevaliers émergent doucement sans venir brusquer Arthur. Sans venir rompre le charme du matin d'une journée qui s'annonçait dure. Le matin qui succédait à une bonne nuit de sommeil. Une bonne nuit tout court.
Finalement, il daigna se lever et libérer l'épaule de Francis pour de bon.
Ensemble, sans un mot, ils regagnèrent le bivouac.
Le Français voyait qu'Arthur était gêné de leur proximité passée… Mais il ne l'en blâmait pas.
Il n'en était que plus adorable…
oOo
Après un rapide petit-déjeuner pris tous ensemble, Arthur annonça:
-On lève le camp. Nous prendrons la direction du sud.
Tous comprirent le message et se levèrent.
Néanmoins, Gilbert traîna un peu à commencer à se préparer, et il soupira:
-A quoi ça sert? On ne sait même pas où on est, ni où on va.
Arthur lui lança un regard noir.
Il n'aimait pas qu'on doute de lui.
Et au-delà de ça… Il ne supportait pas que la discorde puisse s'installer entre les chevaliers.
Cette quête devait être un succès. Non seulement pour ce qu'elle leur apporterait, mais en plus pour les amitiés qu'elle permettait de créer.
Si celles-ci perduraient, en tout cas.
-Tu préfères rester sur place et n'avoir aucune chance d'atteindre notre but?
Gilbert ne répondit pas mais se détourna avec un haussement d'épaule.
Il était un homme d'action, ce n'était un secret pour personne. Il avait besoin d'une ligne de conduite, et non d'une errance.
oOo
Lukas regarda le ciel menaçant à travers un trou dans la cime des arbres.
Il s'assombrissait, des nuages venus du nord prenant place dans l'étendue bleue.
Il n'était pas à l'aise.
Ils avaient voyagé toute la journée, progressé encore et encore plus profondément dans la forêt. Et le malaise qu'il éprouvait depuis l'épisode du lac n'avait pas disparu.
Ils étaient surveillés, suivis par un magicien. Un puissant magicien. Qui avait, c'était indéniable, bien plus d'énergie magique en réserve que lui. Peut-être qu'en conciliant la sienne avec celle d'Arthur, ils pourraient tenir si un affrontement se présentait…
Mais rien n'était moins sûr.
Deux bras puissants s'enroulèrent par derrière autour de sa nuque, et il sursauta.
-Tu es soucieux. constata Matthias en déposant un baiser sur la tempe de son amant. Tu es mignon quand tu es soucieux. Mais je n'aime pas quand tu te tracasses…
Lukas leva les yeux au ciel et se retourna vers son compagnon.
-Ne t'inquiète pas. Ce n'est rien. Rien de grave. Pour le moment.
oOo
Dans la soirée, alors que la nuit tombait, il commença à pleuvoir.
Et l'orage gronda une première fois.
Une pluie violente et drue se mit à tomber, surprenant les chevaliers qui préparaient le repas en puisant dans les réserves encore abondantes de nourriture emportées depuis l'Angleterre.
En quelques minutes, ils se retrouvèrent trempés jusqu'aux os et grelottants. Les tentes résistaient tant bien que mal à l'humidité mais, c'était certain, ils seraient tous malades le lendemain. Par ce temps, pas moyen d'allumer un feu pour se sécher…
A moins de dégotter un endroit à l'abri des intempéries.
-Il y a une grotte à moins de deux cent mètres d'ici! annonça Lukas, élevant la voix pour essayer de couvrir le bruit de la pluie.
Arthur hocha la tête.
-On y va. Prenez toutes vos affaires. Gilbert, va rechercher Daniel. Il a pris le premier tour de garde.
L'albinos lâcha la tente qu'il avait commencée à replier et s'en alla, sans protester.
Il découvrit Daniel à quelques centaines de mètres du camp.
Ou plutôt, il vit une silhouette assise contre un arbre, nue à l'exception d'une mince chemise et d'un fin pantalon de lin blanc trempés, les cheveux dénoués et ruisselant de pluie, le visage tourné vers le ciel qui n'en finissait pas de pleurer. L'épée de Daniel était posée à son côté, dans son fourreau, prête à être dégainée au moindre danger.
Danger qui se présenta apparemment sous l'apparence de Gilbert.
Une branche craqua sous ses pas alors qu'il approchait de l'arbre, et aussitôt, le chevalier se tourna vers lui, lame au poing.
Son visage sembla se radoucir un peu lorsqu'il constata qu'il ne s'agissait que de Gilbert, mais il vit le sourire médusé qui ornait les lèvres de l'albinos et l'effroi se peignit immédiatement sur les traits du Hongrois.
Qui n'avait plus rien d'un jeune chevalier mais tout d'une jolie et sauvage Hongroise.
Ainsi dévêtu, Gilbert pouvait constater que les suppositions qui le hantaient depuis leur première rencontre étaient avérées.
A travers le tissu mouillé et sous les cheveux épais, il pouvait sans peine distinguer une poitrine généreuse. Et sans armure, aucune doute n'était possible. "Daniel" avait des formes typiquement féminines, bien qu'il… Elle… Soit très mince et musclée à la manière d'un homme.
Trop choqué pour bouger, il contempla ce qu'il devait désormais considérer comme une jeune fille rougir et retirer son armure de cuir de sous un bosquet, où elle était à l'abri de la pluie, et la renfiler fébrilement.
-Un mot aux autres … commença la brune…
-Et tu me tues? Enfin, tu essaies de me tuer? Ca manque cruellement d'originalité, tu ne crois pas? Ils méritent la vérité.
Il s'assit à côté d'elle et reprit:
-De toute façon, je ne saurais pas me retenir de leur annoncer. Et vu que tu as fait tes preuves, leur opinion à ton sujet ne risque pas de changer… Si ce n'est pas indiscret, pourquoi avoir enlevé ton… La protection de ta féminité alors que n'importe lequel d'entre nous aurait pu débarquer sans crier gare?
-Le cuir. Je ne voulais pas qu'il soit mouillé. L'eau l'abîme, et avec ce qu'il s'est passé hier, je ne voulais pas en rajouter…
-Préoccupation purement féminine! se moqua Gilbert. Tu étais plus vulnérable. Et j'ai découvert ton secret. Tu as de la chance que je ne t'aie pas sauté dessus, ma jolie.
-Tu crois que je t'aurais laissé faire?
-Tu ne sais pas ce que tu aurais raté… Il paraît que je suis doué… Au dire de ces dames.
-Mais… Je croyais… Enfin, toi et Roderich…
-Roderich ne le dira jamais, mais lui, il sait que je suis un excellent amant. Parce qu'il n'y a qu'avec lui que je m'applique réellement. Si tu veux tout savoir.
-Non, je m'en fiche, en fait…
-Mais il m'arrive… De céder aux avances de jolies demoiselles. Pour m'amuser. Pour me rire de l'amour et du désir que je vois dans leurs yeux. Pour me rire de leur bêtise. Elles croient que je les aime… Que ça me plaît. Elles sont si naïves qu'elles ne comprennent pas que je trouve seulement cela amusant de me servir de leurs sentiments sans rien éprouver pour elles. Je me moque d'elle du début à la fin. Et il n'y en a pas une pour s'en rendre compte.
-Tu me dégoûtes.
-Oh, mais toi c'est différent! Je t'ai considérée assez longtemps comme un garçon –trop efféminé, certes, mais comme un garçon quand même– pour ne pas me moquer de toi. Une dernière chose, gente dame. Pourquoi nous avoir caché si longtemps votre nature? Du reste, cela tient de l'exploit, c'est stupide d'être découverte pour si peu.
La jeune femme soupira.
-Mon père avait été convié à cette quête par Arthur… Mais il est décédé avant de recevoir la convocation. On ne pouvait la laisser sans réponse, et pourtant, je suis fils… Fille unique. Je n'avais pas le choix. Je me suis fait passer pour un homme, parce qu'il me semble évident que vous ne m'auriez pas acceptée si vous aviez su que j'étais une femme. Toi, tu ne m'as déjà pas facilité la tâche avec tes remarques… Et avec tes avances. J'ai bien cru que tu allais me mettre dans ton lit, et ça aurait été une catastrophe.
-Je viens de te dire que ça aurait été la meilleure nuit de ta vie.
Gilbert ricana un moment, mais elle changea de sujet.
-Qu'est-ce qui t'amenait?
-On a levé le camp. Ils élisent domicile dans une grotte, pour échapper à la pluie. On y va.
Il se remit sur ses pieds, imité par la jeune Hongroise.
-Dernière question et après j'arrête de vous importuner, demoiselle. Daniel n'est pas ton vrai prénom, n'est-ce pas?
-Elizabeta.
Gilbert haussa un sourcil.
-C'est comme ça que je m'appelle.
-Oh… Lizzy? Parfait.
oOo
Elizabeta et Gilbert rejoignirent enfin le reste de la compagnie dans la grotte, où un feu avait déjà été allumé. En cours de route, il avait réussi à la convaincre de dire la vérité aux autres.
Assis en demi-cercle autour du feu, les chevaliers attendaient plus ou moins patiemment que Francis annonce que le repas était prêt et aussi bon que possible dans une forêt.
Roderich crut voir un éclat rieur dans les yeux rubis de Gilbert. Il avait l'air… D'excellente humeur, ce qui n'était pas le cas avant son départ. Quant à Daniel, il avait l'air gêné et renfrogné.
-Chers amis, lança Gilbert à l'assemblée. On m'a envoyé chercher un homme, mais je n'ai trouvé qu'une charmante demoiselle.
La perplexité se peignit sur les visages. Daniel sembla en plein conflit intérieur, hésitant à mettre son poing dans la figure d'albâtre.
-Ce jeune homme intrépide, courageux et bon chevalier… Est en réalité une jeune fille.
-Daniel est… Une fille…? sembla comprendre Roderich.
-Hum hum! acquiesça Gilbert. Cette délicate personne s'appelle…
-Ferme-la! lui intima Elizabeta en se laissant tomber au sol entre Ivan et Matthias. Je suis capable de me présenter seule. Je suis la fille du Comte Hedervary… Pas son fils. Fils qu'il n'a jamais eu, d'ailleurs.
-Je me suis toujours dit que j'ignorais qu'il en avait eu un. remarqua Roderich.
-Mais pourquoi nous l'avoir caché? demanda Arthur.
-Pour prendre part à la quête malgré sa mort, bien sûr. Vous m'en auriez empêché, si vous aviez su…
-C'est probable… concéda Arthur. Mais à l'heure actuelle, tu fais partie intégrante de notre compagnie… Et femme ou homme, nous ne pouvons nous passer d'un bon épéiste. Te relâcher dans la nature signerait ton arrêt de mort, de toute façon. Reste avec nous.
-J'avais pas l'intention de partir. Mais si Gilbert me fait encore une remarque, je ne réponds plus de rien. Vous êtes prévenus.
Un ton de défi était clairement audible dans sa voix, et elle semblait être bien plus bavarde qu'auparavant maintenant qu'elle ne devait plus en camoufler les accents féminins.
-Bien… Voilà un rebondissement inattendu… intervint Francis. Et donc, comment tu t'appelles?
-Dan… Ahem. Elizabeta.
oOo
Alors que le repas battait son plein, avec à peine un peu de gêne quant aux récentes révélations, le feu s'éteignit brusquement.
Arthur sentit Alfred se raidir à côté de lui.
-Quelqu'un… commença-t-il. Aurait remarqué un coup de vent? Ou bien quelqu'un trouve ça normal qu'un feu bien lancé se soit étouffé d'un seul coup?
Alfred avait compris que quelque chose n'était pas naturel.
L'obscurité régnait dans la grotte et personne n'osait faire le moindre geste.
-Nous ne sommes pas seuls. annonça Lukas. Arthur?
-Je confirme. Reste à savoir… Où se cache notre invité.
Une voix féminine raisonna dans la cavité.
-Mais je ne me cache pas, très cher!
Une voix de femme. Nombreux furent ceux à soupçonner immédiatement Elizabeta. Après tout, elle leur avait dissimulé son identité…
Peut-être que tout cela n'était qu'une mise en scène et qu'elle profitait de la révélation de sa nature pour les attaquer et les tuer un par un dans le noir…
Ivan chassa cette pensée. Il fallait rester raisonnable et écarter les théories douteuses.
Ce n'était pas la voix d'Elizabeta, puisque la jeune femme se trouvait à sa droite et que la voix venait du fond de la grotte.
Et puis les deux voix étaient différentes. Elles n'avaient pas la même expression. Celle qui venait de s'élever semblait mielleuse, chantante, manipulatrice. Celle d'Elizabeta, pour peu qu'ils l'aient entendue, était plus franche, plus mordante, plus… Grave.
-D'ailleurs, reprit la voix, je vais vous rendre votre précieuse lumière… Petits êtres effrayés par l'obscurité…
A ces mots, le feu revint.
Non seulement au milieu du groupe, mais aussi autour des chevaliers, qui se retrouvèrent encerclés par les flammes, coupant toute retraite vers l'extérieur ou vers les profondeurs de la grotte.
Les chevaliers se relevèrent instantanément, prêts à se défendre contre toute attaque supplémentaire.
Une silhouette se révéla alors à leur vue.
Une femme s'avança hors des ombres.
Sa peau pâle rougeoyait à la lumière des flammes. Ses cheveux bouclés étaient blonds et encadraient un beau visage aux traits fins et à l'expression mesquine, presque diabolique. Ses yeux se résumaient à deux émeraudes étincelantes. Elle portait une robe de voyage d'une inquiétante couleur de sang.
-Bonsoir, Arthur. dit-elle en s'adressant au roi. Si tu savais comme je suis ravie que nous nous rencontrions enfin, après toutes ces années…
-Pourquoi ne pas être venue me voir plus tôt, dans ce cas?
-Oh, voyons…! La réponse est simple. Il y a onze personnes ici qui vont voir le légendaire et invincible roi Arthur en difficulté… Voire même mort, cela dépendra de mon humeur, chéri.
Un grand sourire orna ses lèvres fines.
Francis retint un frisson. Cette femme était la plus machiavélique qu'il avait eue l'occasion de rencontrer. Et de toute évidence, elle était aussi un peu dérangée psychologiquement.
-Pas d'empressement… dit posément Arthur. Peut-on savoir qui tu es, avant d'entamer les festivités?
-Tu me déçois, Arthur. fit la femme, apparemment véritablement contrariée. Je croyais que tu aurais deviné. Je m'appelle Morgane, et je suis ta sœur… Ta demi-sœur, si tu tiens aux détails.
-Comment peux-tu avancer une telle énormité? Je n'ai plus de famille.
-Ne dis pas ça, tu vas finir par blesser ce pauvre Alfred… remarqua-t-elle sans paraître le moins du monde compatissante. Ce n'est pas parce que tu ne te souviens pas de ta naissance que tout le monde l'a oubliée. Un mauvais souvenir, si tu veux mon avis, mais que veux-tu… Je ne peux plus rien n'y faire. Veux-tu vraiment toute la vérité, Arthur Kirkland? Veux-tu connaître tes origines? Me faire parler fera gagner du temps à Roderich pour établir une stratégie avant les… festivités, si c'est cela que tu cherchais à obtenir.
Roderich fronça les sourcils. Comment cette femme pouvait-elle savoir qu'il étudiait les différents plans d'attaque possibles?
-Il était une fois, dans un pays dont tu es présentement éloigné, une joyeuse famille… royale. Une reine, son mari devenu roi et sa fille, qui te parle actuellement. Malheureusement… Le pauvre roi a été assassiné et la reine a rapidement trouvé du réconfort dans les bras d'un vagabond venu de Rome… Et elle s'est retrouvée aussi enceinte qu'abandonnée par ce chevalier. Voilà comment toi, Arthur, tu as été conçu. Tu n'es qu'un bâtard, mon frère, et tu n'as qu'à moitié le droit de ceindre la couronne d'Angleterre. Mais revenons-en à notre conte de fée…Tu as pris la vie de ta mère en venant au monde, et peu après ta naissance, tu as été enlevé par un magicien, qui s'est chargé de te trouver un nouveau foyer. Quant à moi, je suis restée un moment seule et puis, une magicienne de passage m'a recueillie et prise pour disciple. Dommage pour toi, petit frère…
Arthur prit une grande inspiration et tenta de ravaler la rage que provoquaient de telles révélations.
-Si je comprends bien… Tu m'en veux parce que j'ai tué ma mère et que je suis roi alors que je n'en aurais pas le droit… Pas autant que toi, c'est cela?
-Oh non, Arthy! C'est bien trop banal… Je n'ai rien à faire du pouvoir, c'est tellement ennuyeux. Je préfère te tourmenter… Après tout, tous les frères et sœurs font ça. Nous n'avons seulement pas eu l'occasion de nous disputer lors de notre enfance, c'est pourquoi je rattrape le temps perdu maintenant que j'ai retrouvé ta trace!
-Comment tu as su que c'était moi alors que moi-même, je l'ignorais?
-Ce magicien qui t'a enlevé… Il a continué à te rendre visite, à te former. Ce sont des choses que je peux sentir, et en me renseignant un peu, je me suis rendue compte que tout coïncidait. Je t'ai surveillé… D'ailleurs, au fait, ça m'a fait bien rire que tu t'associes avec quelqu'un comme lui. Après tout, lui aussi… C'est ton demi-frère.
Elle désigna Lovino du doigt.
L'Italien releva la tête vers elle, perplexe.
-Comment ça?
La perplexité laissa soudain place à de la colère.
-J'ai aucun lien du sang avec ce type! se défendit-il.
-Que tu le veuilles ou non, ton père s'est perdu dans le lit de sa mère… J'en suis la première dégoûtée, crois-le bien. rétorqua Morgane avec lassitude.
Son regard retrouva une étincelle de gaieté et elle reprit:
-Oh, tant que nous parlons d'heureux événements, j'ai quelqu'un à te présenter!
Elle fit une pause théâtrale et Arthur s'inquiéta aussitôt… Cela n'augurait rien de bon.
Arthur, qui fixait celle se revendiquant sa demi-sœur dans les yeux pour anticiper toute attaque, sentit qu'on agrippait sa tunique, au niveau de la taille.
Baissant la tête, il constata qu'il s'agissait d'un enfant.
L'enfant du rêve, blond, avec les étranges sourcils semblables à ceux d'Arthur et des yeux dans lesquels se reflétaient la perplexité. Cette fois, il semblait être âgé d'une dizaine d'années.
-Je l'ai appelé Peter. Qu'en penses-tu? Ca te plaît? minauda Morgane.
-Qui est cet enfant? demanda Arthur avec une pointe de colère dans la voix.
Il commençait sérieusement à se lasser de ce petit jeu.
-C'est le nôtre, très cher.
Arthur eut un mouvement de recul. C'était la première fois qu'il voyait cette femme réellement en face de lui… Ce n'était pas possible… Et puis vu l'âge du Peter en question, Arthur devait avoir au plus douze ans lors de sa conception… Définitivement impossible.
-Tu espères me faire gober une énormité de ce genre?
-Tu ne te souviens pas? C'est regrettable, frangin, tu semblais avoir passé une si bonne nuit à mes côtés… Oh, mais où avais-je la tête, c'est vrai, tu ne saurais t'en rappeler… Tu étais persuadé qu'il s'agissait d'Alfred, dans ce lit.
Arthur rougit. De gêne. Parce qu'il ne tenait pas à ce qu'Alfred soit au courant de ce genre de… détail. Et puis qu'allais dire Francis…? Effacez, il n'avait pas pensé cette phrase. Jamais il n'aurait pensé une chose pareille. Qu'est-ce que l'avis du Français pouvait bien lui faire?
Et puis de rage. Elle s'était servie de lui, de son mal-être et de son amour, pour prendre la place de l'être aimé?
-C'était il y a quatre ans! se défendit Arthur.
Il dévisagea l'enfant, toujours agrippé à sa tunique, effrayé par les flammes et les visages médusés alentours, puis il reprit:
-C'est impossible qu'un enfant conçu il y a quatre ans en paraisse dix!
-Impossible est un mot qui n'existe pas pour les magiciens. Pour les bons magiciens. précisa-t-elle avec un rictus mauvais. Il est presque prêt, Arthur. Après cette rencontre, il suffira de lui dire que l'homme de la grotte était le vilain père qui l'a abandonné et causé tant de chagrin à sa chère maman pour qu'il ait envie de te tuer. Tu sais comment sont les adolescents…
Elle partit d'un grand rire mesquin.
Alfred n'en pouvait plus d'entendre tout cela sans rien faire. Trop de questions restaient sans réponses et il ne voulait pas qu'Arthur s'expose au danger, à l'avenir, sans en connaître la raison.
-Pourquoi veux-tu tellement le voir disparaître? cracha-t-il à l'adresse de la femme.
Elle le dévisagea un moment, ayant retrouvé son sérieux.
-Messire le Sénéchal est curieux… Tu es jaloux de l'attention que ton soi-disant frère m'accorde en ce moment?
-Non, je tente seulement de comprendre la raison pour laquelle tu essaies désespérément de l'attirer sur toi. répliqua-t-il.
Ils se jaugèrent un instant.
-Tu veux le savoir? Je te préviens, l'évoquer va très probablement m'énerver, et tu ne voudrais pas être la cause de leur mort à tous, n'est-ce pas?
-Nous savons nous défendre. objecta Francis avec défiance et fierté.
Morgane ne lui prêta pas un regard. Les mains des chevaliers trouvèrent tout naturellement le chemin de la garde de leur épée. Au moindre geste de la part de l'intruse, ils dégaineraient et signeraient ainsi le début du combat.
La blonde claqua des doigts et le dénommé Peter disparut, laissant un Arthur livide fixer l'endroit où il se tenait deux secondes plus tôt.
Se pouvait-il qu'il soit réellement… Qu'il ait réellement… Que cet enfant soit le sien?
-Soit, si vous êtes tous ouïes, je veux bien vous expliquer.
Ses yeux verts se voilèrent un instant de nostalgie.
-J'aimais mon père. Plus que toute personne au monde. La nuit lors de laquelle il a été assassiné, ma mère était justement en train de le tromper avec ton père. Il s'agit là d'une coïncidence à laquelle j'ai du mal de croire. Ton père a assassiné le mien, c'est indéniable. Avec l'aide de Merlin, d'après mes informations. C'était "écrit" paraît-il.
-Tu accuses un homme qui a pourtant l'alibi parfait.
-Le lâche s'est servi de tueurs.
-Et tu veux venger ton père?
-J'ai déjà rétabli une partie de la justice, si tu veux tout savoir. Cette chienne qui t'a donné la vie est morte en couche. Merlin n'est plus en état de nuire. Quant à l'assassin, je n'ai eu aucun mal à le retrouver et à lui rendre la pareille. Pas de chance pour toi, petit, fit-elle en se tournant vers Lovino, son dernier mot n'a pas été pour toi, mais pour un certain Feli. Je m'égare. Arthur, tu es la dernière erreur qu'il faut réparer avant que l'honneur de mon père ne soit restauré.
Lovino bouillait de rage. Son poing tremblait, l'autre était serré autour du pommeau de son épée.
Cette femme voulait le mettre en colère. C'était précisément ce qu'elle recherchait. Parler de son père, de Feli… Il n'y avait aucun doute. Elle était suicidaire.
-Qu'est-ce que tu lui as fait? rugit Lovino en se ruant sur elle, toute lame dehors.
Antonio n'eut pas le réflexe de le retenir alors que l'Italien parcourait la distance qui le séparait de la blonde.
Il s'arrêta à une distance de lame du corps majestueux et la regarda, incendiaire.
-Je veux savoir. Qu'est-ce que tu lui as fait?
-A ton cher père?
-Il ne se serait jamais laissé tuer comme ça. Parle.
-Lovi… l'avertit Antonio. Pas de geste inconsidéré…
L'Italien pointait sa lame vers la magicienne, qui le regardait, dédaigneuse, un sourire en coin sur les lèvres.
-Je l'ai égorgé… Comme il l'avait fait faire à mon père… Et je l'ai laissé se vider de son sang. Après quoi je l'ai traîné derrière un cheval autour du tombeau de mon père et je…
Avec un cri de rage, Lovino attaqua.
Mais il fut projeté en arrière, à quelques centimètres à peine de la barrière de flammes, avant que son épée n'ait pu envisager d'atteindre sa cible.
Antonio perdit toute capacité de réflexion.
Si Elizabeta se rua sur Lovino pour s'inquiéter de son état, lui ne fit ni une ni deux et se précipita vers Morgane.
Arthur l'arrêta toutefois, signifiant d'un geste de l'épée que ça ne servait à rien.
-Les lames n'auront d'autre utilité que de vous protéger des démons qu'elle pourrait invoquer. Lukas… MAINTENANT!
Le Norvégien réagit au quart de tour et activa un pentacle qu'il avait discrètement gravé dans la roche. Aussitôt, le corps d'Arthur se retrouva entouré d'un halo bleuté, tel une bulle, qui le protégerait des attaques tant magiques que physiques que Morgane dirigerait contre lui. Du moins il l'espérait.
Au même moment, Arthur lança son propre sortilège. User des flammes contre Morgane n'aurait servi à rien, aussi avait-il opté pour une magie plus dangereuses pour cette magicienne du feu. Son arme serait l'eau.
Grâce à cette alliée, il pourrait à la fois essayer d'éteindre l'incendie et permettre ainsi une retraite à ses compagnons, mais il aurait également la capacité de contrer les attaques de sa sœur.
Sa stratégie était simple: emprisonner sa sœur dans une sphère d'eau et la priver ainsi de toute capacité à attaquer, et qu'elle accumule assez de puissance dans cet espace clos dans l'espoir de le briser, jusqu'à ce qu'elle explose d'elle-même. Et fasse exploser tout le reste, probablement…
C'était risqué et seul, Arthur savait qu'il serait incapable de mener ce plan à bien. Heureusement, il bénéficiait de l'aide précieuse de Lukas, qui lui envoyait sa propre énergie et soutenait ses sortilèges avec sa propre puissance.
Et il aurait bien besoin et de cette énergie, et de cette puissance. S'il ne voulait pas révéler ses intentions à son adversaire dès les premiers affrontements, il fallait qu'il la convainque qu'il n'avait pas de réelle stratégie et qu'il frappait au hasard. Mais ces sortilèges ne s'employaient pas sans qu'on leur ait livré suffisamment de "combustible".
Arthur lança une première attaque. Des lames d'eau qui auraient dû percer les défenses de Morgane et la blesser tant elles étaient acérées. Mais la jeune femme décomposa leur forme et se camoufla dans les gerbes ainsi formées pour mieux préparer sa riposte.
Elle s'inspira de la créativité de son frère et donna la même forme à ses flammes. Mais elle eut l'avantage de la surprise, puisqu'Arthur ne vit venir les flammes qu'une fois l'eau de son attaque retombée en flaques sur le sol.
Les épées enflammées étaient tellement chargées en énergie qu'elles traversèrent quand même la barrière dressée par Lukas, en perdant toutefois une bonne partie de leur intensité.
Il encaissa le coup en plein abdomen. Sa tunique brûla à cet endroit et déjà, des plaies lacérèrent son ventre. Seul point positif, le feu ligaturait les blessures qu'il avait lui-même infligées… Mais ce n'était pas sans douleur.
Il serra les dents et se força à garder les yeux ouverts. Morgane n'allait pas avoir la prévenance de lui laisser un moment de répit. La prochaine attaque n'attendrait pas…
Effacez, n'attendit pas. Arthur s'était à peine redressé qu'il vit filer vers lui de nouveaux projectiles de feu.
Il se prépara mentalement à les recevoir. Trop tard pour consolider ses défenses.
Mais la douleur ne vint pas.
Lukas s'était interposé.
Il s'était créé un bouclier avec de l'eau. Suffisamment puissant pour que les lames s'écrasent dessus et cessent de nuire.
Morgane regarda la scène avec une moue contrariée, puis eut un sourire et créa autre chose.
Qui ne fut pas du tout pour plaire à ses adversaires: un serpent.
Entièrement constitué de flammes, il ondoyait dans la grotte.
L'effroi se peignit sur les visages des chevaliers. En même temps que la rage de ne pouvoir rien n'y faire.
Alfred eut une idée et se glissa près de Lukas, qui réfléchissait justement à une parade contre le monstre.
-Lukas.
Le blond lui signifia d'un signe de tête qu'il l'écoutait, sans pour autant détourner son regard du monstre qui lui faisait face.
-Est-ce que c'est possible de rendre nos armes dangereuses pour ce monstre? En leur insufflant une puissance d'eau, j'en sais rien, n'importe quoi…
Lukas sembla comprendre la requête et le plan du Sénéchal, qui vit aussitôt l'épée qu'il tenait en main être renforcée par une fine épaisseur de liquide bleu semblant flotter autour de la lame et irradiant de puissance.
-L'arc de Roderich… indiqua ensuite Alfred. On attaque sur plusieurs fronts. Le but est qu'il se désintéresse de toi et Arthur et que vous le supprimiez. C'est peut-être un animal dangereux, mais il ne doit pas être doué d'intelligence… Chaque attaque a une faille.
Lukas se chargea des flèches de l'Autrichien, qui en avait déjà préparé une et qui sursauta lorsque la pointe s'orna du même halo que la lame d'Alfred.
Le Sénéchal et le brun échangèrent un bref regard et ils se comprirent.
-Gil. appela l'archer. Soulève-moi.
-Quoi?
-Soulève-moi! J'ai besoin d'être en hauteur pour tirer!
-T'es fou! Il va venir vers nous et on n'a aucun moyen de se défendre!
-C'est toi qui le dis. Fais-moi confiance!
Il s'exécuta et présenta son dos à son amant, qui grimpa avec agilité dessus.
L'arc avait l'avantage de s'utiliser à distance. Ainsi, Roderich restait plus ou moins en sécurité tandis qu'Alfred, et désormais Matthias dont la hache arborait à présent les mêmes couleurs que les pointes de flèches, durent s'approcher plus avant de leur adversaire.
Morgane s'était installée en centre de la grotte, aux côtés de son compagnon. Mais même elle n'avait pas la possibilité de voir ce qu'il se passait aux quatre coins de la grotte, elle ne pouvait gérer à la fois les attaques magiques d'Arthur et Lukas et les coups portés par Alfred et son compère danois, encore moins les flèches de Roderich qui se tapissait dans les alcôves sombres de la caverne pour tirer en toute discrétion.
Finalement, tandis que les magiciens unissaient leurs forces et que Roderich distrayait le monstre, Matthias s'éleva dans les airs et trancha la tête enflammée.
Elle roula un instant sur le sol et les flammes se consumèrent jusqu'à ce qu'il n'en reste aucune trace.
Morgane sembla bouillir de rage.
Mais les chevaliers étaient désormais tous rodés et prêts à réagir. Ils ne lui laissèrent pas le temps de préparer une nouvelle calamité. Roderich la cribla de flèches, Ivan de petits poignards dotés des mêmes capacités, Matthias tenta d'entamer sa protection de flammes avec sa hache.
Ce fut Lovino qui porta le coup de grâce à cet œuf protecteur.
Il n'en pouvait plus de haine contre celle qui avait assassiné son père et, d'un geste rageur et irréfléchi, il lança son épée dans la direction de la blonde. Il ne sembla au départ n'y avoir qu'une insignifiante fissure, puis, tout se craquela et enfin la protection disparut.
Arthur s'empressa de profiter de cette vulnérabilité et de la surprise qu'engendra l'événement pour l'emprisonner, comme prévu, dans une sphère aqueuse.
Il la façonna et la fit rouler d'un geste de la main. Elle était si épaisse qu'on ne voyait plus la jeune femme prisonnière à l'intérieure, mais seulement les rougeoiements de ces tentatives infructueuses de créer du feu… A l'intérieur même de l'eau.
-Son énergie augmente considérablement. Sortez! cria Arthur à ses compagnons.
-Hors de question! répliqua Alfred. On ne te laissera pas seul ici!
-Faites ce que je dis! reprit Arthur, devant les visages hésitants des chevaliers. Je ne la retiendrai plus longtemps, tout va exploser.
-Venez. fit Lukas, se dirigeant vers la sortie et éteignant les flammes qui en barraient l'accès.
Alfred fixa Arthur, interdit.
-Tu ne vas quand même pas… Te sacrifier…
-Alfred, ce n'est pas le moment…!
Francis échangea un long regard avec Arthur. Il semblait le supplier.
Emmène-le…
Alors Francis hocha la tête et attira Alfred vers la sortie, faisant peu de cas des protestations et des cris du jeune Sénéchal.
Ils quittèrent la grotte.
Et laissèrent Arthur seul face au danger.
oOo
La pluie et l'orage n'avaient pas cessé, dehors.
Francis tentait tant bien que mal de retenir Alfred. Il ne fallait pas que le Sénéchal retourne dans la grotte, c'était trop dangereux. Arthur, protégé par la magie, avait peut-être une chance de s'en tirer, mais les autres…
Alfred fut interrompu dans ses protestations par un grand bruit.
Une explosion.
L'intérieur de la grotte avait explosé. Une gerbe de flammes et de débris de roche sortit par l'ouverture dans la paroi qui subsistait.
Tout, dans la caverne, avait été soufflé par l'explosion.
Les chevaliers restèrent un moment figés sur place, choqués.
Puis Alfred tomba à genoux. Il poussa un cri de désespoir.
Matthew ne cacha pas les larmes qui coulaient en silence sur ses joues. Roderich sentit ses yeux s'humidifier mais tenta de rester digne, au contraire d'Elizabeta qui enfuit son visage dans l'épaule d'Ivan. Lovino, Antonio, Matthias et Francis restèrent interdits et choqués.
Gilbert marmonna:
-C'était un grand roi.
Il avait mis de côté ses différends avec Arthur. Il s'était sacrifié pour les sauver. Alors il pouvait bien laisser sa fierté de côté, pour une fois.
Dans le silence de recueillement seulement troublé par les sanglots, les hoquets et les "Arthur" faiblement murmuré par Alfred, un rire retentit.
Lukas, d'ordinaire si impassible, s'était mis à rire.
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