Et oui, me voilà enfin de retour, après une énième et très longue absence. Mais j'ai d'excellentes raisons! ^^
- Première excuse: un manque total d'inspiration pour ce chapitre, jusqu'à l'étincelle qui m'a fait écrire bien plus que ce que j'avais prévu -_-'
- Deuxième excuse: les profs n'ont pas idée de nous donner autant de boulot! Ils ne savent pas qu'on a des trucs vachement important à faire? Comme de satisfaire ses lecteurs adorés ^^
Review: un grand merci à tout le monde! =D
Vos reviews et votre soutien me poussent à toujours m'améliorer dans mon écriture et à rester fidèle au caractère de la fic, encore une fois: MERCI! =D
Jade: merci beaucoup pour ta review, qui est arrivée à point nommé pour me remotiver =D
Houla, encore une nouvelle victime? Je vais finir par avoir des ennuis si tous vous devenez accro à ce point XD
Possible de sauver Boromir? Hé bien, on ne va pas tarder à le savoir ;)
Bonne année et bonne santé à toi aussi =)
Emmanuelle: A quand le rapprochement? Hé bien tout dépendra de nos deux tourtereaux, mais je pense qu'ils auront encore quelques surprises d'ici là ;)
Merci beaucoup pour ta review =)
Aurore: Salut! Merci, tu me flatte ^^ Ha quels chapitres t'ont ennuyé? Mais pourquoi tout le monde pense qu'il y a eut quelque chose? x) Pauvre Lindoilin...
Merci énormément pour ta review =D
Guest: décidément, les lembas ont du succès XD C'était ça ou le voir réduit en charpie -_-
Merci pour ta review =)
Hinata: yo Hinata! =D Mais Boromir n'est pas u mauvais bougre, d'ailleurs il reconnait Aragorn comme étant son roi dans l'histoire originale ^^ Tu es sûre? Je suis persuadée que Nana serait gentille ^^
Un grand merci pour ta review, çame fait toujours plaisir de te voir =D
Jofrench22: bon je vois pas mal de pour et de contre, mais de toute façon le choix et fait, et tu vas pouvoir bientôt le découvrir ^^ Pour Leggy... ça va se préciser ;)
Merci pour ta review, j'espère que tu aimeras ce chapitre =)
Bonne lecture à tous, et surtout, ne m'en voulez pas XD
Chapitre 37 : un long fleuve pas si tranquil
Cela faisait un moment déjà qu'ils voguaient sur les eaux du fleuve. Le soleil avait commencé sa lente descente vers l'horizon, mais ses rayons réchauffaient encore agréablement le ciel de février, parant la surface des flots de doux reflets.
Les bois qui bordaient le cours d'eau n'étaient plus d'or et d'argent, leur indiquant qu'ils avaient quitté le couvert de la Lothlórien, revenant à la réalité du monde de l'extérieur.
Luana avait perçu le passage entre les deux univers non pas visuellement, mais de la façon que l'on se réveille de sa propre volonté, quittant un doux rêve, après une nuit salvatrice et un sommeil réparateur. Pourtant, lorsqu'elle jeta un regard à chacun de ses compagnons, il était évident que tous n'avaient pas encore tout à fait émergés. Ils avaient les yeux encore emplis d'émerveillement, le regard lointain, un léger sourire flottant sur leurs lèvres. Pas un mot n'avait était échangé depuis leur départ, tissant autour d'eux un silence cotonneux. Jusqu'à ce que Gimli en déchire la trame de sa voix rocailleuse.
- Lors de ce départ, j'ai reçu ma pire blessure, car j'ai jeté un ultime regard sur ce qu'il y a de plus beau.
Luana se tourna vers lui, et capta au passage l'expression bienveillante et compatissante de Legolas. Ils échangèrent un sourire, avant d'écouter le Nain, dont le visage exprimait une joie et une tristesse indicible.
- Dorénavant, je ne parlerai plus de beauté si ce n'est du cadeau qu'elle m'a offert.
Il se tut un instant, comme songeur, tandis qu'une larme couvrait ses iris d'un voile opalescent.
- Dites-moi, Legolas, pourquoi me suis-je joint à cette quête ? Je ne savais guère où gisait le principal danger ! Elrond disait vrai quand il déclarait que nous ne pouvions prévoir ce que nous trouverions sur notre route. Le danger que je redoutais était le tourment dans les ténèbres, et il ne m'a pas retenu. Mais je ne serais pas venu si j'avais connu celui de la lumière et de la joie. J'ai maintenant reçu ma pire blessure dans ce départ, dussé-je même aller cette nuit droit au Seigneur Ténébreux.
- Non, dit Legolas. Hélas pour nous tous ! Et pour tous ceux qui courent le monde dans les jours à venir. Car ainsi va-t-il : on trouve et l'on perd, comme il paraît à ceux dont l'embarcation vogue au fil des eaux. Mais je vous considère comme heureux, Gimli fils de Gloïn, car votre perte, vous la subissez de votre propre gré et vous auriez pu faire un autre choix. Mais vous n'avez pas abandonné vos compagnons, et la moindre récompense que vous en aurez sera que le souvenir de la Lothlórien demeurera à jamais clair et sans tache dans votre cœur, et il ne s'estompera ni ne vieillira jamais.
- Peut-être, dit Gimli, et je vous remercie de ces paroles. Des paroles vraies, sans doute, mais un tel réconfort est froid. Le souvenir n'est pas ce que le cœur désire. Ce n'est qu'un miroir, fût-il aussi clair que le Kheled zâram. Tout au moins est-ce ce que dit le cœur de Gimli le Nain. Les Elfes peuvent voir les choses autrement. En vérité, j'ai entendu dire que pour eux le souvenir ressemblait davantage au monde qui s'éveille qu'au rêve. Il n'en est pas de même pour les Nains.
Luana les écouta en silence. Elle ne les interrompit pas, ne dit rien, par respect, mais surtout car leurs mots résonnaient en elle comme un écho lointain. Contrairement à Gimli, elle savait pourquoi elle avait rejoint la Communauté, et n'en avait pas douté un seul instant. Elle avait craint pour sa vie, certes, tout autant qu'elle craignait pour celle de ses compagnons, mais elle n'avait pas craint les ténèbres jusqu'à ce qu'elle ne les rencontre, et la lumière avait su panser ses plaies. Ce n'était toutefois pas cela qui agitait aux tréfonds d'elle un sentiment étrange, comme s'ils décrivaient non pas la situation présente qui couvrait chacun d'eux, mais ce qu'elle vivait. Elle avait tant perdu, et tant gagné à la fois, lorsqu'elle avait atterri en Terre du Milieu. Désormais, sa hantise était de voir de nouveau tout disparaître, à tel point que pour garder précieusement ces trésors, elle en avait sacrifié son monde. Elle avait laissé derrière elle ce qui fut autrefois sa demeure, ses amis, son univers. Tout simplement son passé. Elle l'avait perdu et n'en gardait qu'un souvenir, mais c'était pour gagner un avenir. Elle avait fait ce choix, pour continuer de marcher aux côtés de Frodon et de tous les autres.
Gimli avait mis le doigt sur un détail qui la troublait plus que tout : ce qui tenait du simple souvenir n'était pas qu'un vague élément immatériel de la mémoire et l'inconscient il pouvait devenir, ou tout bonnement être la réalité. Et si le rêve et le souvenir était la même chose, ce pouvait-il que le rêve soit la réalité, et inversement ?
¡Estupida! Luana secoua la tête, ne parvenant plus à suivre elle-même la voie qu'avaient prise ses pensées. Un chemin compliqué et tortueux qui ne menait nulle part. Un chemin tout bonnement idiot.
- C'est bien beau tout ça, mais on est en train de couler là ! lâcha-t-elle pour sortir définitivement de cette réflexion rababsurdot. On est trop lourd avec tout ce matériel et je galère à diriger la barque !
- Laissez-moi m'en charger, proposa Legolas. Pourquoi ne profiteriez-vous pas de la traversée pour prendre un peu de repos ? Je doute que ce luxe nous soit encore accordé bien longtemps.
Luana tiqua. Depuis quand l'Elfe se la jouait-il macho ? Elle lui jeta un bref regard par-dessus l'épaule et remarqua qu'il ne semblait en aucun cas vouloir la faire passer pour une faible chose incapable de manœuvrer une barque. Elle comprit alors qu'il s'inquiétait encore pour elle. Il devait craindre qu'elle n'ait pas assez récupéré de sa semaine d'entraînement intensif et tenait à s'assurer qu'elle ne se fatigue pas. Cette supposition l'irrita. Elle était bien assez grande pour veiller à ce genre de chose, sans compter qu'il n'y avait aucune raison qu'elle se ménage alors que d'autres trimaient.
« Il ne fait cela que par gentillesse Luana. Il n'a pas l'intention de t'offenser, et moins encore de te sous-estimer » gronda doucement Naurofána.
« Je sais » souffla la jeune fille. « Mais j'en ai marre qu'on s'inquiète pour moi. ¡Mierda! Je suis capable de me débrouiller seule. Qu'ils arrêtent de me voir comme si j'étais une poupée en sucre ! Je vais pas me casser ou m'effriter !»
Et la soudaine attention de l'Elfe commençait à l'énerver. Il l'avait ignorée durant la quasi-totalité de leur voyage, et plus particulièrement lors de leur séjour en Lothlórien. D'un côté, c'était compréhensible. Lors du départ de Fondcombe, ils se connaissaient à peine. Il l'avait bien conduite jusqu'à la salle de réception lors du banquet donné en l'honneur de la Communauté, il était vite fait passé voir leurs entraînements de danse, mais après, qu'avaient-ils vraiment partagé avant leurs longues journées de marche ? Et même pendant ?
Alors qu'il se préoccupe soudainement d'elle parce qu'il n'avait plus sa précieuse Lindoïlin auprès de laquelle il pouvait jouer les princes servants, non merci !
« Tu oublies facilement qu'il t'a dissimulée à la vue des Crébains du Pays de Dun, portée du sommet au pied du Caradhras alors que tu étais inconsciente, rappela la louve au fond d'elle. Il a veillé sur toi alors que tu dépérissais, t'a protégée, t'a remis l'épaule en place alors que vous étiez entourés d'ennemis, t'a extirpée des pattes répugnantes des Uruk-Hai. Tu es bien ingrate de penser cela de lui. »
« Oui bon, ok il a fait tout ça pour moi. Mais si ça n'avait pas été lui ça aurait été Aragorn ou un autre. C'est juste que les choses sont tombées comme ça, voilà tout. »
« Tu es d'une mauvaise foi aberrante, Luana. »
La Nauro ne répondit rien. Elle n'appréciait déjà pas lorsque sa mère lui faisait ce genre de remarque autrefois, alors que sa louve, qui pouvait lire chacune de ses pensées et percevait la moindre de ses émotions, s'y mette… Elle avait vraiment la sensation d'entendre sa mère. Les mêmes reproches, le même ton désappointé et déçu, le même timbre de voix.
Se forçant néanmoins à se détendre, elle se tourna vers Legolas et lui offrit un sourire aussi sincère que possible.
- Et rater l'occasion de m'entraîner ? Hors de question ! Mon corps n'est pas encore assez habitué à mes nouvelles capacités. Je dois travailler ma force. Et ça fait trop longtemps que je n'ai pas fait de canoë-kayak pour ne pas en profiter maintenant.
- Du kayak ? interrogea Frodon dans la barque d'Aragorn, à proximité de la leur.
- C'est du canoë, mais seul et avec une double-pagaie si tu préfères. J'adorais en faire avec mon frère et mon père.
- Ta mère ne vous accompagnait pas ? interrogea Merry. J'aurais pensé que…
- Que parce qu'elle est ma mère et qu'elle vient de mon monde, elle aurait fait la même chose qu'un homme ? proposa Luana, en appuyant bien ses mots pour les oreilles de certains.
Le Hobbit acquiesça, franchement amusé.
- Et donc, pourquoi ne vous accompagnait-elle pas ? reprit Pippin.
- Disons qu'elle n'aimait pas notre manière de pratiquer.
- Pourquoi, que faisiez-vous ?
- Ho, certaines choses.
- Mais encore ?
- Tu tiens vraiment à le savoir ?
- Je ne le demanderais pas si je ne tenais pas à savoir.
Aragorn remarqua la moue malicieuse et l'étincelle qui éclairèrent le visage de la Nauro, et plus encore la manière dont elle ramena sa pagaie.
- Luana… commença-t-il, espérant la retenir.
- Hé bien, on faisait ça !
Et elle envoya une gerbe d'eau froide d'un coup de pagaie sur l'embarcation des deux cousins et du Gondorien. Les Hobbits eurent le réflexe de se baisser et évitèrent le gros de l'attaque, mais Boromir se retrouva trempé, les yeux écarquillés et la bouche bée.
- Oups ! Je suis désolée, c'est pas vous que je visais !
- Luana ! la réprimanda Aragorn.
La Nauro grimaça un sourire d'excuse en rentrant la tête dans les épaules, attendant avec appréhension la réaction du grand héritier de l'intendant du Gondor. Les traits de ce dernier se durcirent, son regard se fit froid et menaçant. Elle remarqua qu'il resserra sa prise autour du manche de sa rame, une seconde avant qu'une gerbe d'eau ne l'atteigne en pleine face.
Dégoulinante, elle eut un instant d'absence. ¡Mierda! Il s'était passé quoi là ? Un rire tonitruant la sortie de son étourdissement, et elle eut la surprise de découvrir Boromir rire aux éclats.
Des regards furent échangés, et une brusque tension s'abattit sur les trois embarcations. Pippin, Merry et Boromir échangèrent un clin d'œil, et Luana se sentit brusquement vulnérable. Il y eu une nouvelle salve, mais à la surprise de tous, c'était Gimli qui avait lancé la charge.
Ce qui devait arriver arriva, et la compagnie toute entière, les belligérants tout comme les neutres, durent se serrer au soir autour du feu pour sécher leurs vêtements trempés.
Trois jours s'écoulèrent encore tranquillement au rythme des flots de l'Anduin. Ils naviguaient du lever au coucher du soleil, mais au moins n'étaient-ils pas à se hâter sans considération. Merry et Pippin, afin d'accélérer le temps, avaient longuement raconté des histoires de la Comté à la Nauro. Des histoires qu'elle avait déjà entendue une fois ou deux, à force de veillées et d'heures de marches égayées par leurs dons de conteurs, mais elle n'avait pas eu le cœur de leur dire qu'ils radotaient. De son côté, elle s'était retrouvée obligée de leur narrer les aventures de Pocahontas, après avoir été surprise par Legolas à chantonner Au détour de la rivière tandis qu'ils voguaient paisiblement sur les flots.
Néanmoins, les jours qui suivirent ne furent guère aussi sereins. Luana avait perçu dans l'air un parfum d'angoisse et d'insécurité. L'ambiance jusqu'ici douce, presque légère, s'était de nouveau épaissie. Le chant même de la forêt ne sonnait plus de cet accord harmonieux qui les avait accompagnés les premiers temps.
Au tout début, elle avait tenté de l'ignorer, pensant que c'était la simple idée de retrouver l'insécurité des routes qui l'angoissait et lui jouait des tours. Mais au soir, elle n'avait eu d'autre choix que d'accepter le fait que quelque chose de malsain s'approchait d'eux, et en avait averti Aragorn. Le Rôdeur avait tout de suite pris son ressenti très au sérieux, d'autant plus que Legolas avait lui aussi perçut ce changement. Depuis, même si l'information avait été écartée des oreilles des Hobbits, l'atmosphère du groupe s'en était trouvée affectée. L'émerveillement et la quiétude laissés par leur séjour dans le domaine du seigneur Celeborn et de sa Dame Galadriel avaient cédé leur place à une inquiétude inavouée pour certains, dissimulée pour d'autres. Mais plus qu'à la peur, c'était face aux vices et aux meurtrissures de l'âme qu'ils s'étaient retirés. Car les yeux de Boromir étaient de nouveau hantés par le spectre de l'Anneau. Luana n'était pas aveugle aux regards lourds de sens et de convoitise que le Gondorien lançait à Frodon. Et cela inquiétait grandement la Nauro. Non seulement elle craignait ce que l'Homme pourrait faire sous l'influence maléfique, mais surtout, elle craignait qu'il ne change, et que celui qu'elle avait appris à respecter ne disparaisse et devienne un être assujetti par le pouvoir de l'Anneau.
Le soir du septième jour, alors que tous dormaient, ou tout du moins auraient dû le faire, elle entendit une dispute entre Boromir et Aragorn, qui s'étaient retirés à l'écart, derrière un pan de roche. Sans avoir à tendre l'oreille, elle suivit la conversation houleuse, principalement menée par le fils de Denethor.
- Minas Tirith est la route la plus sûre, vous le savez. De là nous pouvons nous regrouper, pour nous préparer à combattre le Mordor en force.
Cela confirmait les craintes de la Nauro : Boromir n'avait que faire de la cohésion de la destruction de l'Anneau, mais seulement la volonté d'apporter ce maudit morceau d'or et de ténèbres à sa cité, et surtout son père.
« Il a à cœur la sûreté du royaume du Gondor et de son peuple » gronda doucement Naurofána. « L'Anneau transforme cette force en faiblesse, faisant miroiter dans l'esprit de Boromir ce qu'il adviendrait si la Communauté échouait à détruire l'Anneau et son maître. »
- Il n'y a plus de force en Gondor qui puisse nous être utile, objecta la voix du Rôdeur.
- Vous avez été prompt à faire confiance aux Elfes. Avez-vous si peu foi en votre peuple ? Oui, il y a de la faiblesse, il y a de la fragilité, mais il y a aussi le courage et le sens de l'honneur chez les hommes. Mais vous ne le voyez pas.
Comment ne pas sous-estimer les hommes, après une vie passée aux côtés des Elfes ? Eux, qui semblaient si parfaits, ne faisaient que mettre en évidence les faiblesses et les vices des autres races.
- Vous avez peur ! Toute votre vie, vous vous êtes caché dans l'ombre, effrayé par ce que vous êtes, qui vous êtes !
À ces mots si durs et si mauvais envers Aragorn, Luana avait failli se lever pour aller remettre le Gondorien en place. Toute sa vie, Aragorn avait arpenté la terre du milieu pour en protéger ses peuples et ses villages des attaques d'orques. De quel droit ce fils à papa se permettait-il de le traiter de la sorte ?
Mais comme à son habitude, Naurofána l'avait retenue, la forçant à assister impuissante à la scission du groupe. Autant la quiétude de la Lothlórien avait renforcé les liens entre les différents membres, que la reprise de la route fragilisait cette union si forte qui avait pu être forgée entre chacun d'eux. Le doute commençait à ronger le cœur de tous, creusant de plus en plus profondément le fossé qui les séparerait, le gouffre dans lequel ils ne manqueraient pas de tomber si cela continuait ainsi.
Bien sûr, il y avait des amitiés qui résistaient à cela. Merry et Pippin restaient inséparables, quoiqu'il puisse arriver Gimli et Legolas, bien qu'encore assez réservés, devenaient de plus en plus complices et amicaux l'un envers l'autre.
Mais il était des crevasses et des fissures qui ne cessaient de gagner en ampleur. Boromir, qui par tous les moyens cherchait à attirer la Communauté près des terres du Gondor, près de son territoire, de son père. Il n'avait aucunement l'intention de détruire l'Anneau pour défaire l'ennemi. Ce qu'il voulait, c'était reproduire l'erreur du passé, de garder ce bijou de malheur pour lui et s'en servir contre Sauron, ne comprenant pas qu'en faisant cela, il mènerait sa famille et ce royaume qui lui était si cher à leur perte. Quant à Frodon, le porteur de l'Anneau, celui que tous avaient pour devoir et mission de protéger et d'escorter, il se faisait de plus en plus lointain, s'enfonçant toujours plus loin dans ses sombres pensées. Il recherchait de manière presque maladive la solitude, devenant presque méfiant envers ceux qui l'avaient suivi dans sa quête pour l'aider et le soutenir jusqu'au bout. Même d'elle, qui ne pouvait plus supporter que difficilement l'aura lourde et poisseuse qui le recouvrait à présent. Sam, qui était l'un des seuls à ne pas éveiller cette défiance, veillait à ce qu'il se repose et se nourrisse suffisamment, ce que le Hobbit semblait oublier de faire de plus en plus souvent.
- Je ne conduirais pas l'Anneau à moins de cent lieux de votre cité, claqua soudainement la voix d'Aragorn, l'extirpant de ses tristes constatations.
Tandis que les deux hommes revenaient dans une ambiance tendue, la Nauro referma les yeux et fit mine de s'endormir. Elle resta longuement allongée, priant pour que le sommeil vienne la prendre dans ses bras et la bercer, mais elle dut se résoudre à écouter la respiration désormais lente de chacun.
Mais alors qu'enfin ses sens glissaient enfin vers l'inconscient et le repos, Luana sentit une odeur caractéristique. Une odeur qu'elle connaissait déjà, et qu'il lui avait semblé percevoir durant leur voyage sur le fleuve, sans pouvoir le dire de façon certaine. Là, elle en était sûre : Gollum ne les avait pas lâchés.
Elle se redressa vivement et silencieusement pour découvrir Frodon, lui aussi réveillé et assis, guettant une forme sombre, qui dérivait sur les eaux noires du fleuve, s'approchant inexorablement d'eux. À travers sa vue de prédateur, Luana distingua clairement un corps chétif et distordu. Une fois arrivée sur la berge, la chose, qui n'était autre que cette vermine de Gollum, pris appui sur l'une des barques et braqua sur eux ses immenses yeux globuleux, qui brillaient d'un éclat opalescent, fantomatique. Dans un même mouvement, Frodon saisit son épée Dard et la tira du fourreau de quelques pouces, alors que la Nauro se laissait tomber à quatre pattes, prête à se transformer, un grondement roulant déjà dans le creux de sa gorge.
L'éclat dangereux s'éteignit aussi sec, tandis qu'un bruit d'éclaboussure leur apprenait que Gollum avait fui.
Aragorn se releva, alerté par leurs bruits, et les rejoignit.
- Qu'est-ce ? demanda-t-il dans un souffle.
- Gollum, répondit Frodon. Ou du moins, le crois-je.
- C'était bien lui, confirma Luana en un murmure.
- Il nous a suivis à travers toute la Moria et tout du long jusqu'à la Nimrodel, déclara sombrement le Rôdeur. Depuis que nous avons pris les bateaux, il s'est allongé sur un tronçon de bois, et il a pagayé des pieds et des mains. J'ai essayé de l'attraper une ou deux fois, la nuit, mais il est plus rusé qu'un renard et aussi glissant qu'un poisson. J'espérais que le voyage sur le fleuve viendrait à bout de lui, mais il est trop habile marinier.
- Je peux l'avoir, déclara-t-elle d'une voix sûre. Jamais un renard n'a échappé à un loup.
- Non Luana. Nous ne prendrons pas ce risque. Nous essayerons d'aller plus vite demain, afin de le semer. Sans compter la possibilité d'un meurtre de nuit pour son propre compte, il pourrait mettre n'importe quel ennemi sur nos traces. Couchez-vous maintenant, et je veillerai pour le restant de la nuit.
- Nous veillerons. Rendors-toi sur tes deux oreilles Frodon, on monte la garde, lui dit-elle avec un clin d'œil.
Le Hobbit acquiesça, guère rassuré pour autant, et se recoucha. Surmontant son dégoût et le frisson qui la saisirent lorsqu'elle entra dans le nuage sombre qui le couvrait, elle vint se poster à côté de lui, ne pouvant s'empêcher malgré son malaise de lui caresser le front et ses boucles brunes du bout des doigts. Ils échangèrent un bref regard, qui laissa espérer à la Nauro que malgré l'impression qu'il lui avait donnée ces derniers jours, le semi-homme ne la considérait pas comme une menace susceptible de lui prendre son précieux Anneau.
Elle attendit que son souffle se fit lent et assoupit, bien que toujours tendu, pour se tourner vers le Rôdeur.
- Pourquoi vous ne voulez pas que je chasse ce cucaracha de Gollum ?
- Gollum nous suit en longeant la rive est, que je soupçonne être infestée d'orques. T'éloigner du groupe serait aussi dangereux qu'inutile, car Gollum est bien plus redoutable et rusé que tu ne le pense. Il te mènerait droit à eux dans l'espoir de se débarrasser de toi.
- Ce n'est pas quelques orques qui vont réussir à arriver à bout de Naurofána.
- Nous devons rester groupés Luana.
- On devrait surtout rester soudés, bougonna-t-elle, songeant à la dispute d'un peu plus tôt.
Aragorn la considéra, et elle sut à son soupir qu'il avait deviné qu'elle les avait écoutés, et qu'elle aussi sentait cette tension au sein du groupe.
- Dites… qu'est ce qui va se passer ? Je veux dire, si on n'est pas tous d'accord sur la route à prendre, comment on va se décider ?
- Je ne le sais pas. Pendant ton sommeil, peu après ton retour, nous nous sommes concertés, afin de savoir ceux qui souhaitaient reprendre la route ou restez en Lothlórien, avant de rentrer chez eux.
- Je suis au courant, coupa-t-elle, un tantinet agacée par le fait qu'il ne juge bon de la mettre au courant que maintenant.
- Comme nous avions déjà des doutes quant à la route à suivre, nous avons choisi d'attendre d'avoir dépassé les portes l'Argonath et atteint le lac de Nen Hithoel. Là, chacun choisira quelle voie il veut suivre, et quelle voie la Communauté et l'Anneau prendront pour rejoindre le Mordor.
- À quoi bon avoir palabré à Caras Galadhon, si c'est pour refaire le même choix maintenant ?
- À ne pas éloigner plus encore de chez eux ceux qui désiraient faire marche arrière. Tous ont décidé de continuer la route, mais nous ne pouvons forcer ceux dont le chemin dévie de suivre celui que nous nous sommes choisi.
- Alors, c'est vraiment la fin de la Communauté ? souffla-t-elle, soudainement emplie de tristesse et de mélancolie à l'idée de les voir tous se séparer. J'ai vraiment envie d'en mettre une à Boromir, de lui dire ses quatre vérités, histoire qu'il se réveille et voit sa connerie. Mais je sais que je ne ferais que l'offenser et le rendre moins agréable qu'il ne l'est déjà. Il ne changera pas d'avis, tout du moins, pas avec mes méthodes, conclut-elle avec un sourire sans joie.
Ils restèrent un long moment silencieux, elle couvant Frodon du regard, lui la considérant longuement. Qu'est-ce qu'elle avait pu détester qu'il fasse cela. Mais ça, c'était avant. Quand elle avait été fraichement débarquée en Terre du Milieu. Cela faisait une éternité à présent à ses yeux, et qu'il reste à la fixer ainsi ne la dérangeait plus. Elle n'aimait pas particulièrement, mais elle savait que c'était sa façon d'agir. Il cherchait sans doute à lire en elle, à comprendre des choses dont elle ignorait tout.
- Tu as beaucoup changée, finit-il par dire.
Elle tourna un regard interrogateur vers lui.
- En quoi exactement ? Je ne me sens pas plus différente qu'avant.
- Depuis notre départ de Fondcombe, tu as grandement mûri. Je sais que les évènements ne t'ont pas laissé le choix, ajouta-t-il en levant la main avant qu'elle ne puisse répondre. Et c'est une bonne chose, néanmoins je tiens à te dire ceci : tu n'as pas à changer celle que tu es pour supporter les peines de tous et te soucier de choses auxquelles tu n'y peux rien. Tu es encore bien jeune pour porter ainsi le fardeau des autres.
- Parce que vous trouvez que je fais vieille fille peut-être ? plaisanta-t-elle, histoire de couper court à cette conversation qui la mettait mal à l'aise, et agitait au fond d'elle des sentiments douloureux. J'ai pourtant l'impression d'être une vraie gamine parfois.
Le Rôdeur laissa filer un soupir amusé.
- C'est le cas. Et c'est aussi ce que je veux que tu gardes précieusement, sans jamais changer cela. Cette légèreté et ce côté enfantin te permettront de surpasser bien plus d'épreuves que tu ne le penses, et tu aideras ceux qui t'entourent plus efficacement par ton rire que si tu prenais toutes leurs peines.
Voyant que quoiqu'elle fasse, la discussion dérivait sur ce sujet, Luana préféra ne rien répondre et se focalisa sur les bruits et les odeurs environnantes.
- Gollum est parti. Il ne nous embêtera plus cette nuit.
Aragorn acquiesça, avant de lui poser une main sur l'épaule, la serrant doucement.
- Repose-toi maintenant. Toi aussi tu as besoin de repos. Ne dis pas le contraire. Crois-tu que je ne vois pas ta fatigue ? Tu as encore besoin d'entrainement pour maîtriser convenablement ton corps et ta force. Cela te demande beaucoup d'énergie et d'efforts. Dors pour les quelques heures qu'il nous reste avant de repartir.
La Nauro soupira avec un air théâtral, levant les yeux au ciel.
- Oui papa ! lâcha-t-elle sur le ton de la rigolade, avant de s'enrouler dans ses couvertures et de s'étendre auprès de Frodon.
Le voyant s'agiter dans son sommeil, elle s'approcha de lui, et enroula ses bras autour du Hobbit, faisant tout ce qu'elle pouvait pour repousser cette sombre horreur que lui inspirait l'aura maléfique de l'Anneau. Elle serra le petit corps contre le sien, se concentrant sur la sensation de chaleur qu'il lui transmettait, plongeant le nez dans ses cheveux. Doucement, elle lui chanta Hijo de la Luna, espérant chasser les cauchemars qui le hantait.
« Quoiqu'il puisse arriver, je le suivrais jusqu'au bout. Peu importe les ténèbres qui le dévorent, je plongerais toujours plus loin pour l'en sortir. » songea-telle avant de fermer les yeux.
Le lendemain, alors que le soleil frôlait la cime des arbres, enflammant le cours d'eau donnant l'illusion qu'ils naviguaient sur un torrent de lave, tandis que loin derrière eux, le ciel bleu nuit était piqueté de diamants.
- Allons ! dit Aragorn. Nous allons risquer encore un voyage de nuit. Nous arrivons à des parties droites du fleuve que je ne connais pas bien ; car je n'ai jamais voyagé par eau dans ces régions, pas entre ici et les rapides de Sarn Gebir. Mais si je ne me trompe pas dans mon estime, ceux-ci sont encore à de nombreux milles. Il y a néanmoins des endroits dangereux même avant d'y arriver : des rochers et des îlots pierreux dans le courant. Il faudra ouvrir l'œil et ne pas essayer de pagayer vite.
Sam, qui se trouvait la proue de l'embarcation de tête, fut désigné pour surveiller les eaux au-devant d'eux. Néanmoins, Legolas souffla quelques mots à Luana, lui demandant poliment de garder les sens aux aguets. Comme ils se laissaient glisser sur le courant sans toucher aux pagaies les heures suivantes, la Nauro avait déposé sa rame dans le fond de leur barque, et se concentrait sur le fleuve. Sa vision nocturne n'était pas des meilleures, mais le clair de lune qui montait toujours plus haut dans le ciel nimbait les flots d'une lueur argentée, dessinant autour les contours des arbres et des rivages. Durant un long moment, il n'y eut strictement rien à signaler. Les seuls bruits qui lui parvenaient étaient ceux de la nuit et de la respiration de ses compagnons. Mais au détour d'un méandre, un grondement sourd et lointain vint froisser son ouïe. Alors qu'ils continuaient de naviguer, le son emplissait l'air avec de plus en plus de puissance et Luana finit par distinguer clairement le vacarme de l'eau se fracassant contre la roche avec rage.
- Aragorn ! Rapides droit devants ! hurla-t-elle.
Mais il était trop tard, déjà le courant se faisait plus fort, les entraînant vers les rochers.
- En arrière, en arrière ! cria le Rôdeur. Virez ! Virez si vous le pouvez !
Luana se saisit de sa pagaie, et avec l'aide de Legolas, tenta d'éloigner leur barque des récifs, tandis que Gimli jurait avec véhémence et s'agrippait à ce qu'il pouvait. Ils pagayèrent avec force et désespoir, parvenant à faire demi-tour tant bien que mal, et à s'extirper de l'attraction des chutes. Néanmoins, au déplaisir d'Aragorn, ils étaient sans cesse ramenés vers la rive est.
- Je me suis trompé dans mon estime. Je ne savais pas que nous étions parvenus aussi loin : l'Anduin coule plus vite que je ne le croyais. Sarn Gebir doit être déjà tout proche.
« Luana ! » gronda Naurofána en un avertissement urgent.
Une odeur écœurante de chaires en décomposition et de pourriture vint effleurer les narines sensibles de Luana, qui se tourna vivement vers la masse noire des arbres. Trop concentrée sur leurs manœuvres, elle n'avait pas perçu les pas lourds et les respirations rauques qui secouaient les fourrés. À travers ses yeux de louve, elle perçut plusieurs sources de chaleurs se mouvant lourdement, plusieurs cœurs battant à l'ombre des bois, des réseaux de filaments rouges, emplit de sang et de vie, qui serpentaient à travers une douzaine de corps difformes et monstrueux.
Elle ouvrit la bouche pour donner l'alarme, mais fut coupée par le claquement sec de l'arc et le sifflement des flèches. Tous se baissèrent à temps, et nul ne fut victime des projectiles.
- Des Yrch ! fulmina Legolas.
- Des Orques ! traduisit Gimli avec colère.
Alors que le courant les menaient toujours plus prêts de leurs assaillants, la barque menée par l'Elfe heurta violemment un récif. De nouvelles flèches sifflèrent tout autour d'eux. Luana en esquiva une de justesse, mais ne put s'écarter suffisamment. La pointe d'acier lui entailla la pommette, et un fin filet chaud et poisseux lui coula sur la joue. Elle l'essuya d'un revers de la main, avant de s'élancer hors du canoë. Il était temps qu'elle voit ce que donnait son entraînement. Elle atterrit sur le rocher glissant, en un équilibre plus que précaire, tandis que de nouveaux traits la frôlèrent et finir leur course dans l'eau.
« Nana, je vais avoir besoin de toi, ou on va finir en passoire ! »
La fine silhouette vêtue de la cape grise des Galadhrims laissa place à l'immense louve blanche. Un rayon de lune accrocha sa fourrure de neige en un éclair argenté tandis qu'elle se jetait dans les sombres profondeurs des sous-bois. Il y eut des hurlements, des grondements, des claquements des arcs, puis le silence.
Des barques, les membres de la Communauté, continuant de lutter pour sortir du courant, jetèrent des regards atterrés vers la terre ferme, et virent sortir des fourrés Naurofána, les poils couvert d'un sang noirâtre et pestilentiel.
- Je vous avais bien dit qu'une bande d'orques ne viendrait pas à bout de moi. Venez, grogna-t-elle. Il n'y a plus de danger, et l'ombre des arbres couvre une petite crique.
- Non, répondit Aragorn. Nous devons rejoindre au plus vite la rive occidentale. D'autres orques ne tarderont pas à arriver.
La louve redevint alors jeune fille, et Luana eut surprise de découvrir ses vêtements intacts réapparaitre en même temps que sa forme humaine. Elle n'eut guère le temps de s'en émerveiller et s'empressa de retourner au bord de l'embarcation que Legolas avait rapprochée du bord pour la récupérer. Ils pagayèrent à nouveau pour rejoindre l'autre côté du fleuve. Comme l'avait prédit le Rôdeur, de nouveaux archers du Mordor eurent tôt fait de trouver leurs compagnons décimés par la Nauro, poussant des hurlements et des éructions épouvantables. Mais ils étaient déjà hors de portée de flèches, abrités dans une petite crique sur la rive opposée, dissimulé par le feuillage des fourrés qui bordaient les flots.
Tous restèrent silencieux, reprenant leur souffle. Jusqu'à ce que Legolas ne bondisse sur la terre ferme, l'arc offert par Galadriel à la main, une flèche encochée, ses doigts caressant la corde.
- Legolas, qu'y a-t-il ? souffla Aragorn.
L'Elfe ne répondit rien, ses yeux scrutant les cieux nocturnes, l'éclat des étoiles se reflétant dans ses yeux, ses fines oreilles pointues à l'écoute du moindre son porté par le vent. Le vent, qui s'éleva en une brusque rafale glacée, et vint s'enrouler autour de Luana en un souffle étouffant angoissant une peur soudaine lui noua le ventre, une sueur froide lui coulant le long de la colonne, un frisson lui dressant les poils et lui courant le long de l'échine.
« Nana ! Qu'est ce que c'est que ça ! »
« Je crois que tu le sais déjà. » grogna la voix lointaine de la louve.
Des profondeurs de la nuit, une ombre gigantesque surgit.
- Elbereth Gilthoniel ! souffla Legolas.
La masse de noirceur prit la forme d'une immense bête ailée, et Luana crut défaillir en reconnaissant les contours indécis de ce qui semblait être un dragon. Mais plus que cette créature terrible et légendaire, ce fut autre chose qui la transperça d'horreur : une sombre aura se déploya au-dessus d'eux, et de ses doigts de glace, elle pressa le cœur de la Nauro au point de lui arracher un gémissement et lui couper la respiration. À travers les larmes qui lui brûlaient les yeux, Luana vit Frodon, plus chamboulé encore, porter une main tremblante à son épaule, là où s'étalait, elle le savait, la cicatrice infligée par le Nazgûls à Amon Sûl. Elle fit un mouvement vers lui, et s'affala dans le fond de la barque, les muscles figés et crispés. Les ténèbres qui la séparaient de Naurofána s'agitèrent violemment en elle, lui retournant les tripes.
La chimère se dirigeait droit sur eux, ses pattes griffues prêtes à saisir le Hobbit.
Le chant clair et cinglant de la corde de l'arc de Legolas résonna. Un cri strident déchira la nuit, une plainte de mort qui propagea la peur dans le cœur de chacun, une sourde litanie qui traversa Luana telle une vague dévastatrice.
Alors que la sombre forme disparaissait de leur vue, mortellement touchée, la Nauro resta longuement étendue dans l'embarcation, un bras lui couvrant la tête. Elle percevait le son de ses compagnons qui s'activaient tout autour d'elle, déformés, étouffés, comme lointains, ses oreilles maltraitées ne parvenant pas à les capter correctement. Au fond d'elle, Naurofána grondait quelque chose, mais là encore, son esprit trop embrumé, courbaturé, pour comprendre.
Aragorn était penché sur Frodon, s'assurant qu'il ne lui était rien arrivé, cherchant à savoir ce qui le troublait de la sorte. Les autres guettaient encore le ciel, dans la crainte d'en voir encore surgir une autre monstruosité.
- Loués soient l'arc de Galadriel et la main et l'œil de Legolas ! dit Gimli. Ce fut un beau tir dans l'obscurité, ami ! Hé bien, jeune Luana, vous ne félicitez pas avec moi notre Elfe des bois ?
Legolas revint à la barque, déposa son arc avec précaution, et se pencha sur la Nauro. Il l'appela, sans qu'elle ne réagisse. Aussi la retourna-t-il doucement, pour découvrir son visage hagard, sa peau blanche sillonnée de traînées de sang qui s'échappait de ses yeux, ses lèvres, ses oreilles. Il la prit dans ses bras et la sortit de la barque avec mille précautions. Il sentait son corps trembler contre lui, sans connaître la raison de cet abattement. Il la déposa sur un tapis de feuilles mortes, enveloppée dans sa cape. Aragorn arriva alors, et essuya le sang qui maculait le visage de la jeune fille, avant de nettoyer la fine coupure qui lui barrait la pommette et commençait déjà à cicatriser, sous son regard intense et insistant. En elfique, il questionna le Rôdeur sur ce fait étrange. Mais, chose plus étonnante encore, l'Homme éluda sa question, affirmant que ce n'était rien de grave et qu'elle serait très vite remise, qu'il lui fallait juste un peu de repos. Ces mots rassurants ne parvinrent pas à effacer ses doutes et le trouble qui le prenait à la vue de la Nauro léthargique.
Ils montèrent en hâte un bivouac, n'allumant aucun feu, restant silencieux. En de brefs murmures, ils s'interrogèrent sur la nature de la chose qui les avaient attaqués. Des propositions furent faites, mais nulle certitude ne vint les confirmer.
Luana de son côté sortit lentement de l'état de choc dans lequel elle était plongée, tandis qu'un rayon de lune la baignait de sa clarté, la berçant d'une douce mélodie, pansant ses blessures intérieures. Lorsqu'elle retrouva l'ouïe et l'esprit, elle suivit un instant leur débat, jusqu'à ce que ses yeux croisent ceux de Frodon. Le Hobbit n'avait dit mot depuis l'attaque. Néanmoins, elle et lui étaient les seuls à savoir de façon exacte ce qui les avait agressés. Aragorn avait sans doute des soupçons, bien qu'il ne les ait pas exprimés.
Mais seul Frodon et Luana savaient que l'ombre n'était autre qu'un des spectres de Sauron. Un Nazgûl.
Mouahahahahaha! Il y a longtemps que je n'avais pas fait de fin frustrante XD
Vous attendiez probablement tous de découvrir le sort de Boromir! ^^ ce sera pour la prochaine fois =P (enfin... peut être x) )
