Alléluia! Me revoilà, avec un nouveau chapitre! Non s'il vous plait, rangez vos couteaux! Je tiens à vous rappeler que s'il arrive quelque chose à l'auteur, et bien... il n'y a plus de suite x)

Mais je tiens à ce que vous sachiez, et vous le comprendrez en lisant ce chapitre, que les évènement relatés sont vraiment très importants, et que je tenais à ce que le récit soit à la hauteur; pour être franche, j'ai peur de vos réactions ou que ça ne vous plaise pas

Enfin bref, j'espère que malgré tout, vous apprécierez ce qui va suivre =)

Un grand merci pour leurs reiews à: LegolasKili, Roselia001, Althed D Sora, sosoguillemot, Erwynia, Aya72, psychedelik, jade, Guest, Eclipcia, Maman bouba, Dede.A, Hinaya-chan

Jade : cool si tu as apprécié. Merci pour ta review =)

Guest : oui, et voilà encore une autre suite ;)

Eclipsia : Arrête, j'ai les chevilles qui vont enfler ^^^ Je suis ravie de voir que tu aime cette fiction à ce point =) Merci pour cette review et ton soutien. Je sais que les périodes entre chaque publication sont longue, je m'en excuse -.-

Erwynia : Doucement mais sûrement ;) Ils vont bien finir par se retrouver ensemble si ça continue ! XD (et oui je fais traîner les chose, mais sinon c'est pas drôle x) ) Carrément ouais. Je n'ai fait que reprendre ce passage dans le livre ! ^^ La suite ? Tout de sute ! ;P

Althed D Sora : tu es pardonné(e ?) en ce cas =)
je suis parfaitement ta logique et comprend tes craintes. De toute façon, le sort en est jeté, on ne peut plus rien changer ^^' Il a pas l'air de s'en plaindre pour le moment le bougre ! XP
Merci pour ta review =)

Bonne lecture à tous! =D


Chapitre 38 : Ne partez pas.

Je sens ton souffle sur ma nuque, froide brise éphémère, qui en un instant me glace et me désespère. Tu es là, derrière moi, immuable et inévitable. Tu m'emplis de ce souffle mortel, qui transforme mes yeux en miroir et mon sang en glace. Je ne sais si je dois fuir, partir ou mourir, je ne peux bouger, tu me lies, m'étouffes de ce souffle. Je suis lourde, pesante et maladroite, je ne sais vers qui je puis me tourner. Quoique je fasse, où que j'aille tu seras toujours là, à me suivre dans mes moindres pas, ombre lancinante et menaçante, qui jamais ne lâche sa proie. Je rêve du jour où tu me quitteras, utopie perdue, rances espérances, je sais que cela n'arrivera pas. Mais je ne puis m'empêcher d'imaginer, ce que la vie sans toi serait. Un vide immense, où lutte un sentiment de solitude, ou bien une libération, un renouveau, une naissance dans toute sa plénitude ?
Je sens ton souffle sur ma nuque, je sais que tu es là, au fond de moi. Mal qui me consume, graine qui me ronge, rire strident, sourire dément.

Le lendemain, tous deux firent mine que rien ne s'était passé, bien qu'ils eussent passé la nuit collés l'un à l'autre, se faisant face, blottis dans la même couverture. Luana dès lors que tous se furent endormis, s'était levée et glissée jusqu'à Frodon, qu'elle sentait frissonner dans la nuit froide. Elle avait enroulé ses bras autour de lui, l'avait serré contre elle avec force, coulant son corps autour du sien tel un berceau, le couvrant de sa chaleur pour chasser le froid qui avait engourdi le bras gauche du Hobbit. Elle-même se sentait glacée jusqu'à l'os au souvenir de l'ombre, de ce qu'elle avait agité en elle, de la douleur lancinante qu'elle avait éveillé, mais elle puisait dans la lumière du clair de lune et la force de Naurofána suffisamment de chaleur pour les réchauffer tous deux.

Frodon en retour, lui avait doucement caressé les joues, du bout des doigts comme pour en effacer la sensation du sang sur sa peau, la remplaçant par la douce caresse de sa peau tiède. Nul mot n'avait été échangé. Juste des souffles, des soupirs, des frissons un long regard, que ni l'un ni l'autre ne lâcha tandis que les heures défilaient.

Aragorn les retrouva ainsi au petit matin, à l'heure où les étoiles commençaient à peine à s'effacer dans le ciel, luttant tous deux contre le sommeil, la peur de l'ombre les hantant encore. Il s'était alors posté en silence à proximité de ce cocon tremblotant, leur offrant dans un regard l'assurance qu'il veillerait sur le peu de repos qu'ils pourraient espérer prendre. Soulagé de cette sécurité relative, le Hobbit avait abandonné la lutte, entraînant avec lui la Nauro, la berçant de son souffle assoupi.

Le brouillard s'était levé et avait recouvert les flots et la forêt de son voile inconsistant, empêchant de voir plus loin que la distance d'un bras tendu devant soi. Aussi fut-il décidé d'attendre que la brume se dissipe pour que la Communauté reprenne sa route. Ce qui ne se fit que tard dans la matinée, lorsque le soleil atteignait presque son zénith, laissant ainsi à tous le loisir de se reposer plus longtemps.

Mais les rapides qui avaient failli les entraîner la veille leur barrant toujours le passage, il était hors de question de retourner sur les flots impétueux : les embarcations elfiques seraient retournées comme des coquille de noix dans la violence des flots et brisées contre les rochers.

Legolas et Aragorn partirent à la recherche d'un autre chemin, à travers les arbres et la roche, grâce auquel ils pourraient contourner cet obstacle. Ils revinrent longtemps après et apprirent aux autres l'existence d'un ancien passage de portage, désormais oublié de tous, qui menait au pied des rapides.

Boromir et Aragorn se chargèrent de soulever et mener la première embarcation à travers le sentier, suivis de Legolas et Luana qui portaient la seconde. Pour la dernière embarcation, il fut décidé qu'ils s'en chargeraient tous les quatre, les provisions faisant peser la coquille bien plus lourde que les deux autres. Cela leur prit toute l'après-midi, tant et si bien que la nuit noircissait de nouveau le ciel lorsqu'ils eurent enfin terminé, et la fatigue avait pris chacun d'entre eux tant et si bien qu'ils n'eurent d'autre choix que de monter le camp sans plus avoir avancé.

La nuit fut sombre, les nuages dissimulant l'astre nocturne, et peu reposante pour certains.

Le jour suivant, ils retournèrent sur les flots, longeant la rive occidentale. Les falaises de chaque côté de l'eau s'élevèrent et formèrent un ravin, dans lequel courait le fleuve avec force et vigueur, les entraînant sans qu'ils eussent à pagayer.

Luana, la pagaie posée devant elle, prête à être saisie, se laissait porter, les yeux rivés aux parois rocheuses, se laissant hypnotiser par les courbes tantôt douces, tantôt abruptes de la roche. Mais alors que son regard partait au-devant, suivant toujours la pierre, il se perdit dans une trouée de ciel bleu, là où les falaises prenaient brusquement fin et révélaient à leurs yeux deux géants qui se dressaient devant eux, le bras tendu, la main leur présentant leur paume en un geste impérieux d'avertissement. Coiffés de casque et drapés tels des rois, portant l'épée, ils encadraient le fleuve, comme deux gardes impériaux et impérieux devant une porte.

- L'Argonath, souffla Aragorn, rayonnant. J'ai longtemps désiré contempler les images d'Isildur et d'Anarion, mes pères du temps jadis. À leur ombre, Elessar, la Pierre d'Elfe, fils d'Arathorn de la Maison de Valandil fils d'Isildur, héritier d'Elendil, n'a rien à craindre !

La communauté toute entière fut frappée d'admiration, tandis qu'ils s'approchaient, étant de plus en plus dominés par les hautes statues et leur autorité. Luana se sentit brusquement bien peu de chose face à tant de majesté, et plus encore lorsqu'ils passèrent entre les deux titans de pierre.

Ils débouchèrent sur un vaste lac, à l'extrémité duquel une trouée, scindée d'un haut piton rocheux, laissait deviner à travers les collines grises qui la bordaient, la brume rageuse d'une cascade. Ils traversèrent l'étendue, et ramenèrent les barges vers la rive à peu de distance de la chute, accostant sur une petite plage de galets blancs.

Luana bondit hors de la barque, ses jambes ankylosées et engourdies d'être restées pliées tout ce temps-là suppliant de les laisser se dégourdir. Elle soupira de bien-être tandis qu'elle s'étirait, faisant craquer quelques vertèbres lorsqu'elle courba le dos en arrière, bras tendus au-dessus de la tête. Elle savait qu'ici s'arrêtait leur voyage fluvial, et elle s'en félicitait, car il lui devenait long et difficile de rester tout le jour assise dans une coque de noix, ne pouvant pas s'étendre ni se mouvoir sans être gênée par le mouvement de l'embarcation et ses parois.

Mais sa joie relative fut de courte durée. Alors qu'elle se retournait pour aider à décharger le matériel et les vivres, son regard tomba sur Boromir, toujours assis au fond de sa barque, tête baissée, laissant un lourd soupir franchir ses lèvres. Le Gondorien semblait malade, comme si ce long périple sur les flots lui avait donné quelque mal. Mais aux coups d'œil fiévreux qu'il lançait à Frodon, Luana devina que ce n'était pas le mal de mer qui le faisait souffrir. Avec un soupir tremblant, incertaine et hésitante quant à la marche à suivre, la Nauro s'avança vers lui, et lui tendit une main secourable pour l'aider à sortir du bateau.

- Heureusement qu'on retrouve la terre ferme une bonne fois pour toute, dit-elle en souriant tandis qu'il la considérait avec suspicion.

Avec un grognement, l'homme se remit debout seul et lui fit un bref signe de tête, avant de la contourner et s'éloigner. Luana resta un instant sur place, interdite, la main toujours tendue devant elle. Elle finit par l'abaisser, serrant le poing. Aragorn lui disait de rester une enfant dans l'âme, que cela les aiderait. Mais en réalité, cela semblait en agacer plus d'un, Boromir en premier. Elle voulait juste lui montrer qu'il n'était pas seul, qu'elle était là pour lui, l'espoir de voir la hache de guerre définitivement enterrée entre eux.

« Nana… Pourquoi, lorsque j'essaie de faire quelque chose, j'échoue à chaque fois ? Pourquoi est-ce que je suis incapable de faire les choses bien, et surtout d'aider ceux qui sont autour de moi ? Qu'est-ce que je fais de travers ? »

« De quoi parles-tu ? Tu as sauvé plus d'une fois les membres de la communauté, tu te bats pour eux avec acharnement et loyauté, et tu protèges Frodon de toutes tes forces. Qu'y a-t-il de mal dans cela ? »

« Ce n'est pas vrai. Je n'ai pas été capable de sauver Gandalf. Je ne suis pas capable de protéger Frodon de l'Anneau, et maintenant, je ne peux que regarder Boromir s'enfoncer dans la noirceur de la tentation. ¡Mierda! Pourquoi est-ce que je ne peux pas les aider ? »

« Écoute un peu ce que te dit Aragorn, Luana. Ton rôle n'est pas de tout faire pour tout le monde, ni même essayer de porter le fardeau des autres. Ton rôle est de faire ce que tes capacités te permettent de faire. Cesse d'agir comme une enfant.

« Je croyais que je devais écouter ce qu'Aragorn me disait de faire. »

« Il t'a dit de garder ton innocence, ta joie de vivre, même si cela est dur dans les circonstances actuelles. Mais cela ne veut pas dire te comporter comme une gamine capricieuse. »

« La gamine capricieuse te remercie. »

« Tu sais très bien ce que je veux dire » soupira la louve. « Nena, essaie de comprendre. Réfléchis un peu avant d'agir et de parler. Pose-toi la question de savoir si tu peux réellement le faire, et si cela aidera vraiment les personnes que tu souhaites soutenir plutôt que de les entraver. Chacun doit faire sa part des choses pour avancer. »

« Mais Boromir… »

« Tu ne peux pas forcer les gens à accepter ton aide Luana, même lorsqu'elle leur serait bénéfique. Et malgré toute la bonne volonté du monde, tu ne pourras rien faire pour Boromir l'Anneau a trop d'emprise sur lui, et nous ne pouvons rien contre le pouvoir de Sauron. »

« Comment ça, nous ne pouvons rien ? Bien sûr que nous pouvons lutter contre lui ! La lune nous offre sa lumière, c'est pour chasser l'ombre ! Je ne laisserais pas cet anneau de malheur et son bastardo de maître avoir Boromir. C'est un homme bon et fort! Il doit rentrer chez lui pour veiller sur son peuple et sa famille. Ils ont besoin de lui. »

« La lune ne chasse pas les ténèbres. Elle ne fait que les éclairer afin que celui qui y est puisse retrouver son chemin. »

« Alors nous éclairerons Boromir. Nous l'aiderons à rentrer chez lui. »

Un grondement sourd répondit à la Nauro, mais elle perçut clairement au fond de son être les pensées de sa louve « Si seulement tout était si simple. »

Luana sursauta lorsqu'une main se posa sur son épaule, l'arrachant à son inconscience et la ramenant devant les eaux scintillantes du lac. Elle n'avait pas bougé depuis que Boromir l'avait plantée là. Battant doucement des paupières, comme sortant d'un rêve, elle se retourna vers Aragorn qui la considérait d'un air consterné. Encore troublée par sa discussion avec Naurofána, elle ne pensa même pas à sourire au Rôdeur afin de dissiper ses inquiétudes. Elle remarqua que le soleil avait baissé dans le ciel, signe qu'elle était restée immobile un long moment.

- Où est Frodon ? demanda-t-elle dès lors qu'elle remarqua l'absence du Hobbit.

- Parti réfléchir, seul.

Elle laissa un silence passer, le regard fixé sur la rive est, avant de lâcher :

- Et maintenant ?

- Maintenant, c'est à Frodon de décider. Soit nous irons vers Minas Tirith, soit nous traverserons le lac à la tombée de la nuit, pour atteindre le Mordor par le Nord.

- Oui, et il nous suffira de trouver notre chemin à travers Emyn Muil, un labyrinthe infranchissable fait de rochers coupant comme des rasoirs, grogna Gimli derrière eux.

Le Rôdeur et la Nauro tournèrent la tête vers lui pour l'écouter. Le Nain, assis sur les galets tandis qu'il entretenait un petit feu de camp, les considérait avec un œil grave.

- Et après cela, ce sera encore mieux une région de marécages puants et gluants à perte de vue.

- Oui c'est notre route. Si Frodon le décide, répliqua Aragorn. Je vous suggère de prendre du repos afin de retrouver vos forces, Maître Nain.

- Retrouver mes f… répéta Gimli, avant de gronder tout bas, indigné.

Luana se détourna, un léger sourire planant sur ses lèvres, et contempla à nouveau les flots.

- J'en conclus que Gimli reste, dit-elle à mi-voix, soulagée de savoir que d'autres qu'Aragorn et elle continueraient d'accompagner Frodon.

- Tout comme Legolas et Sam. Boromir est libre de retourner à Minas Tirith. Sans doute emmènera-t-il Merry et Pippin avec lui, afin qu'ils puissent par la suite rentrer en Comté sans encombres.

La jeune fille acquiesça. Legolas, qui jusque-là s'était tenu à la lisière des bois, aux aguets, s'approcha d'eux, l'air agité.

- Nous devrions partir maintenant.

- Non, pas tant que Frodon n'aura pas pris de décision. Et même si nous prenons la rive est, les orques y patrouillent. Il vaut mieux attendre que l'obscurité nous cache.

- Ce n'est pas la rive est qui m'inquiète, souffla l'Elfe. Une ombre et une menace grandissent dans mon esprit. Quelque chose approche, je le sens.

Il jeta un regard à Luana, comme s'il cherchait à voir au fond d'elle si elle aussi pressentait ce danger. Mais la Nauro, trop préoccupée par la probable dissolution de la Communauté n'y prêtait guère attention : la seule menace qu'elle percevait ne venait pas de l'extérieur, mais de Boromir.

C'est alors que ses yeux se posèrent sur le bouclier du Gondorien, appuyé contre un arbre, abandonné là. Elle scruta le reste du camp afin d'en trouver le propriétaire, mais il n'y avait nulle trace de lui.

- Grand-Pas, murmura-t-elle, où est Boromir ?

Le Rôdeur fouilla lui aussi du regard les environs, constatant à son tour l'absence du fils de Denethor.

- Luana, reste ici avec Gimli et Legolas. Veillez sur le Hobbits.

- Grand-Pas !

- Reste ici ! lui ordonna-t-il avant de partir dans les bois.

La Nauro voulut le suivre, tenaillée par l'angoisse de savoir ce que Boromir, dans sa folie et sous l'emprise de l'Anneau, pourrait faire à Frodon, son Frodon, qu'elle aimait plus qu'un frère. Legolas la retint, une main posée sur l'épaule. Elle se dégagea d'un geste brusque, mais ne bougea pas, le regard perdu sur les flancs boisés, se mordant la lèvre. Devait-elle y aller ? Elle pourrait facilement retrouver Frodon et Boromir avec son flair et ses sens. Elle pourrait retenir le Gondorien, le ramener à la raison.

« Luana, seul Boromir peut lutter face à la pression que l'Anneau exerce sur son cœur. C'est un combat qu'il doit mener seul. Ne t'en fais pas, comme tu l'as dit, il est un homme fort. »

Luana finit par acquiescer en silence. Aragorn lui avait demandé de rester ici, elle le ferait. Et puis, elle ne devait pas penser qu'à Frodon. Il y avait aussi Sam, Merry et Pippin. Le Hobbit jardinier n'était certes pas un très bon combattant, mais au moins pouvait-il veiller seul sur lui-même, ce qui n'était pas le cas des deux cousins, qui avaient l'art de se fourrer dans les ennuis.

Elle soupira, avant d'aller s'allonger aux côtés des Hobbits, paupières closes. Elle se sentait lasse, malgré un besoin dévorant de bouger qui la faisait frémir. Son corps réclamait de s'entraîner, mais elle était fatiguée. Mieux valait se reposer en attendant qu'Aragorn revienne avec Frodon et Boromir.

Elle commençait tout juste à se détendre, quand au loin retentit la voix puissante du Gondorien. Elle était infime, à peine un souffle de là où ils étaient, mais ses oreilles ne la trompaient pas : l'Homme était en train d'appeler désespérément Frodon, le suppliant de lui pardonner.

¡Joder! Qu'avait-il fait ?

Avant même que les Hobbits et le Nain ne comprennent ce qu'il se passait, la Nauro était sur ses jambes et courait à en perdre haleine à travers les arbres. Elle entendit Legolas l'appeler, mais ne perdit pas de temps en explication Frodon était en danger. Pas seulement à cause de Boromir, car planait à présent une odeur fétide, l'odeur de chairs putrides se mouvant, le martèlement de pieds immenses et impies faisant gronder le sol. Les oiseaux eux-mêmes s'étaient tus, les animaux s'étaient cachés, sentant la menace grandissante arriver à grands pas. Quelque chose approchait. Un groupe d'orques.

Non, pas des orques. Quelque chose de plus terrible encore.

Luana stoppa sa course, levant le nez au vent, tâchant d'ignorer la pestilence qui gagnait l'air, captant la moindre odeur familière. Elle perçut le parfum fort et musqué du Gondorien celui, plus sauvage, sentant l'athelas et la terre d'Aragorn celui plus discret, presque imperceptible de Frodon le tout recouvert d'une fragrance désagréable. De la peur.

Elle abandonna la piste de Boromir lorsqu'elle dévia de celle du Hobbit et du Rôdeur, qui continuait sa route vers le sommet. Elle la suivit à travers les bois, parsemés de bloc de pierre taillés : il y avait là des escaliers, des restes de statues, des murs effondrés, des colonnes abattues. Plus elle avançait, plus la menace contre laquelle Legolas les avait mis en garde grandissait, chauffant son esprit à blanc. Elle crut percevoir un mouvement sur sa droite. Mais des grondements et des mugissements retentirent un peu plus haut, accompagnés de l'éclat de l'acier de lames qui s'entrechoquent, aussi ne s'arrêta-t-elle pas, et se retrouva brusquement sur le crête de la falaise, en terrain découvert, là où se battait Aragorn contre des flots de créatures repoussantes plus grandes que des orques, plus repoussantes que des gobelins, couvertes d'armures noires marquées de la main blanche. Des Uruk-Hai ! Comme ceux qui avaient tué son frère, sur ordre de Saroumane ! ¡Maldito sean!

Avec un cri de rage, Luana fit jaillir les lames de ses bracelets de cuir et se jeta dans la bataille. Les premiers guerriers de Saroumane à sa portée n'eurent pas le temps de voir la tornade blanche leur sauter dessus : une fois sur eux, elle plongea ses lames dans le cou de deux d'entre eux, les transperçant de part en part avant de les trancher d'un ample mouvement des bras. Les deux têtes volèrent, et avant même qu'elles ne touchent le sol, un troisième Uruk-Hai se retrouva empalé, les tripes pendant misérablement en dessous de la cuirasse, son sang noir et poisseux gouttant sur l'herbe verte. La Nauro se retrouva soudainement submergée par un nombre impressionnant de ces monstres. Tranchant et perforant, dansant un ballet de mort, elle parvint tant bien que mal à se tailler un chemin jusqu'à Aragorn. Le Rôdeur, perché et luttant sur un édifice en pierre, sauta et atterrit à ses côtés. Une des créatures profita des quelques secondes qu'il fallut à l'homme pour se rétablir et abattit son cimeterre. Aragorn parvint tout juste à bloquer l'attaque de son épée, encore instable sur ses pieds. Luana se jeta l'Uruk, et d'un coup de pied dans la glotte, le repoussa, avant de lui sauter dessus et de lui décocher un coup de poing en pleine face sa lame, toujours sortie, se glissa dans l'interstice du casque contre lequel la Nauro s'entailla les phalanges, s'enfonçant dans un des orbites. Un liquide translucide et gluant s'écoula, et recouvrait l'acier lorsqu'elle se dégagea. Une tête vola à côté d'elle, l'éclaboussant d'hémoglobine noirâtre au passage. Se retournant vivement, elle découvrit le corps d'un Uruk-Hai décapité, qui s'effondra pour découvrir Aragorn, l'épée tendue à l'horizontal. Tous deux échangèrent un sourire, mais furent vite rappelés à l'ordre par une nouvelle vague d'assaillants.

- Trouvez le semi-homme ! tonitrua un Uruk-Hai plus grand que les autres, le visage peint en rouge, sur lequel la main blanche s'étalait avec orgueil.

Le sang de la jeune fille ne fit qu'un tour. Elle ne les laisserait pas toucher ne serait-ce qu'à un cheveu de Frodon !

- Aragorn, où est Frodon ? rugit-elle en s'abaissant pour éviter le cimeterre d'un énième adversaire, s'agenouillant pour planter une de ses lames dans le pied de la créature, avant de remonter, le poing tourné vers le haut en un uppercut du gauche imparable, et d'enfoncer sa seconde arme dans le menton et le palais de l'Uruk.

Ne recevant nulle réponse, elle jeta un bref coup d'œil au Rôdeur, qui dégageait son épée d'un corps mort. L'expression qui marquait son visage lui suffit à comprendre. Le Hobbit était parti. Le Porteur de l'Anneau avait pris sa décision : il continuerait son chemin, mais seul.

Abasourdie par la nouvelle, Luana baissa sa garde, ne pouvant détacher ses yeux horrifiés d'Aragorn, laissant un des guerriers putrides s'approcher dangereusement d'elle. Il la frappa à la tempe avec la garde de sa lame, l'envoyant au sol.

- Luana !

Une flèche se planta entre les deux yeux de l'Uruk, bientôt rejointe par une hache de lancer. La Nauro, roulant au sol et se remettant rapidement sur pied, vit avec soulagement la cavalerie arriver. Gimli surgit de derrière un amas de pierre, fauchant à coups de hache tout ce qui était à sa portée, tandis que Legolas décochait flèche sur flèche. Il accueillit un des ennemis de deux flèches, glissée entre ses doigts, et qu'il planta dans la gorge de son adversaire, avant de les retirer et de les glisser sur la corde de son arc, les fichant dans le dos de deux autres soldats de Saroumane.

- Attrapez la fille-louve ! mugit le chef.

Un nouveau flot d'Uruk se déversa autour de la Nauro, qui se retrouva submergée. Ne parvenant plus à repousser ses assaillants, elle faillit prendre sa forme de louve pour défendre chèrement sa peau, mais le Rôdeur vint lui prêter main-forte.

- Allez-y ! leur cria Legolas, tandis qu'il descendait un à un les Uruk-Hai qui les encerclaient, Aragorn et elle.

Il était hors de question qu'elle fuit ! Ils la voulaient ? Et bien ils allaient la trouver ! Elle allait leur faire payer !

Mais Aragorn l'attrapa par le bras et la tira en arrière. Frodon était parti, et ils devaient s'assurer qu'il n'était pas tombé entre les mains des serviteurs de ce cabron de magicien blanc pourri jusqu'à la moelle !

Avec un cri de rage et un dernier cadavre d'Uruk, Luana tourna les talons, suivant le Rôdeur. Tous deux dévalèrent la pente à la poursuite des Uruk qui s'étaient lancés à la recherche du Hobbit. Plusieurs d'entre eux s'arrêtèrent et leur bloquèrent la route. Le Rôdeur se jeta parmi eux et lutta de toutes ses forces, tandis que Luana se taillait un chemin parmi leurs rangs.

- Luana, retrouve Frodon !

La Nauro lui jeta un dernier regard, avant de se lancer de nouveau dans la course folle, priant pour que le fils d'Arathorn, roi du Gondor, s'en sorte.

Elle entendit au loin les voix de Merry et Pippin, appelant à grands cris les Uruk-Hai, attirant leur attention et les entraînant loin de la piste de Frodon. Les fous, ils allaient se faire tuer !

Suivant l'odeur du Hobbit et se fiant à son flair, elle revint jusqu'à la petite plage de galet où ils s'étaient arrêtés. Les cendres du feu émettaient une faible fumée, lui agressant l'odorat, leurs affaires étaient encore en vrac, éparpillées un peu partout. Et il manquait l'une des embarcations. Levant les yeux vers la rive est, elle découvrit la barque manquante rendue au milieu du lac. Et dessus, manœuvrant le bateau à l'aide des rames en des gestes maladroits, deux petites silhouettes, deux fois plus petites que celles des hommes, aux boucles sombres, et qui lui tournaient le dos.

- Frodon ! appela-t-elle désespérément.

Sam et Frodon se retournèrent vivement. Malgré la distance, elle put voir l'expression blessée sur le visage du Porteur de l'Anneau, les larmes luire au fond de ses yeux, ses lèvres remuant doucement en une supplique lui demandant de ne pas les suivre.

- Frodon ! hurla-t-elle à nouveau, se refusant à le laisser l'abandonner.

Non ! Il ne pouvait pas partir ! Pas sans elle ! Elle s'était juré de le protéger, jusqu'au bout, quoiqu'il arrive ! Elle lui avait fait le serment qu'elle serait toujours à ses côtés, qu'elle l'accompagnerait jusqu'en Mordor, le porterait sur son dos s'il le fallait ! Alors pourquoi ? Pourquoi la lassait-il derrière ?

Elle s'élança dans l'eau froide, prête à les rejoindre à la nage, à traverser tout le lac si nécessaire. Elle les accompagnerait.

Mais retentit brusquement l'appel d'un cor, se répercutant sur la pierre en échos pressants. C'était le cor du Gondor. Boromir !

Luana prit soudain conscience, cet appel à l'aide résonnant douloureusement à ses oreilles, qu'elle aussi s'apprêtait à abandonner les autres. Gimli et Legolas, qui luttaient au sommet, Aragorn, qui lui avait offert la possibilité d'arriver jusque-là en restant derrière pour lutter. Merry et Pippin, qui avaient joué les appâts pour permettre à Frodon de s'en sortir indemne. Boromir, qui lui aussi devait faire face aux Uruk-Hai, et qui réclamait à grands coups de cor un soutien qu'elle pouvait lui fournir, mais qu'elle se refusait à lui donner, obstinée qu'elle était à vouloir suivre Frodon, qui refusait sa protection et son aide, préférant la compagnie discrète de Sam. Il avait fait son choix. À elle de faire le sien.

Les Hobbits l'observaient tous deux, inquiets face au silence qui avait suivi le chant de la corne de brume. Le visage de Frodon n'était plus que douleur. Il n'osait plus avancer. Et elle le retenait.

Un autre appel tonna à travers la forêt. Luana pouvait entendre les bruits de batailles, les lames qui cognaient avec violence, les armures qui grinçaient et sonnaient à chaque coup porté elle sentait l'odeur du sang et de la mort flotter.

- Frodon Sacquet ! appela-t-elle une dernière fois, désespérément, la gorge nouée, la voix enrouée, les lèvres tremblantes, les larmes coulant le long de ses joues. Je t'interdis de mourir ! Je viendrai te chercher jusqu'en Mordor s'il le faut, et je te trainerai par la peau du cou ! Alors tu as intérêt à revenir entier, tu m'entends ! Et c'est valable pour toi aussi, Sam Gamegie ! Veille bien sur lui !

Elle s'étrangla en un sanglot long, le visage crispé en une grimace douloureuse de chagrin, avant de se détourner, sans un regard en arrière et de se jeter sous le couvert de arbres, se lançant au secours de Boromir.


- Fuyez ! Fuyez !

L'ordre désespéré résonnait lugubrement dans les bois, telle une complainte lancinante qui présageait le plus funeste des destins, une litanie de mort.

- Fu…

Un claquement sec coupa net la voix du Gondorien, qui mourut en un soupir surpris et douloureux. Boromir se figea, étonné de sentir la douleur fulgurante qui lui mordait les chairs. Le souffle court, il baissa les yeux et découvrit une longue flèche noire, à la tige épaisse et à l'empennage grossier, fichée dans sa poitrine. Il la considéra, incrédule, ne comprenant pas tout de suite ce qu'il s'était passé. Un grondement et des pas lourds roulèrent derrière lui. Il raffermit sa prise sur son épée, ignorant cette flèche qui le transperçait. Dans un cri de rage, faisant volte-face, tailladant d'un ample mouvement l'Uruk-Hai, massacrant tous ceux qui osaient approcher des deux Hobbits qui se tenaient derrière lui. Un coup brisa le cor qui pendait à son cou, la corne se fendant en deux sous l'acier. Il se battit avec plus de violence encore, la colère et le désespoir le gagnant. Jusqu'à ce qu'un second trait ne le cueille en plein ventre, le faisant reculer et ployer, s'effondrer à genoux. Peinant à respirer, haletant, il leva les yeux vers Merry et Pippin. Les semi-hommes le contemplaient avec horreur, hagard. Il se devait de les protéger. Il n'avait pas le droit de les abandonner, de les trahir. Comme il avait trahi Frodon. Il se battrait jusqu'à ce qu'ils soient hors de danger, jusqu'à ce qu'Aragorn et les autres ne viennent lui prêter main forte. Jusqu'à la mort. Rugissant, il se redressa et se jeta sur les nouveaux assaillants, leur barrant le passage, les tenant en respect loin des Hobbits. Il planta son épée dans le dos d'un Uruk envoyé à terre, l'arracha des chairs putrides et repoussa un cimeterre, surgit de quelque part à sa droite. Sa lame se brisa sous le choc, juste sous la garde. Il enfonça le maigre morceau d'acier qui restait dans le cœur de celui qu'il venait de repousser.

Brusquement, il s'effondra. Sa vision se troublait. Il ne parvenait plus à reprendre son souffle. Son sang s'écoulait sur sa peau, chaud et poisseux, lui emplissait les poumons, le faisant tousser et recracher une bile écarlate, tandis que le froid s'infiltrait à travers ses blessures. Il eut un moment de flottement, un voile sombre couvrant son esprit, le monde étant englué dans le temps qui s'écoulait lentement comme ralenti. Il put voir, sans rien faire, Merry et Pippin être arrachés de terre et enlevés dans des bras noirs et repoussants.

Un immense Uruk-Hai s'avança vers lui, inexorablement. Il tenait dans entre ses doigts un arc, sur lequel une flèche était déjà encochée. Le guerrier marqué de la main blanche s'arrêta, déterminé à en finir, brandit son arme, et le visa en pleine tête. Alors que Boromir se débattait désespérément pour se libérer de ce linceul, un claquement sinistre retentit. C'était la fin.

Un hurlement déchira l'air, arrachant le filet invisible qui le liait, afin qu'il puisse sentir, ayant pleinement conscience de son corps, du carreau qui s'enfonçait dans ses chairs.

Mais il ne sentit rien. Nulle douleur.

Un éclair blanc passa devant ses yeux troublés, et un glapissement remplaça le cri de souffrance qu'il aurait dû pousser. Le Gondorien vit, ahuri, Naurofána s'effondrer à quelque pas de lui, une ligne noire ressortant avec violence de son pelage de neige, fichée dans le cou, juste au niveau de la jugulaire. Un flot rouge teinta la fourrure immaculée dans un bouillonnement sanglant. L'immense louve se redressa sur ses pattes, vacillante mais aussi vaillante que faire se pouvait, et se dressa tel un bouclier entre les hommes et les Uruk-Hai qui s'étaient regroupés autour de lui. Les babines retroussées, crocs révélés et le poil hérissé, elle se mouvait en fonction de chaque geste et déplacements de ses adversaires, sans jamais cesser de protéger de leur vue le Gondorien. Le grand Uruk-Hai la regardait d'un œil mauvais, presque jubilatoire.

- Attrapez-la ! rugit-il. Tuez l'humain !

Incapable de se mouvoir, se sentant de plus en plus défaillir, Boromir vit l'animal se jeter sur les créatures répugnantes en un rugissement haineux et colérique avant qu'elles n'aient pu faire le moindre geste. Elle en renversa plusieurs sur son passage, les piétinant sans merci, les lacérant de ses griffes alors qu'elle foulait leurs corps. Dans un claquement de mâchoire, elle broya de ses crocs une tête couverte d'un heaume, la cervelle et le sang se répandant dans sa bouche et coulant le long de ses babines, telles une écume noire de rage. Un Uruk-Hai se glissa derrière elle et chargea le Gondorien à terre. Naurofána, encerclée, se démena pour les rejoindre, mais il était trop tard.

Boromir plongea son regard dans les yeux de sa mort, prêt à l'accepter, malgré le sentiment d'impuissance et le ressentiment qui lui tenaillaient les tripes. Il était condamné de toute façon. Quoi qu'il fasse, il était mort, et ne pourrait pas racheter ses erreurs, ni demander pardon à Frodon.

Mais une fois de plus, un obstacle se dressa devant lui. Surgi de nulle part, Aragorn percuta de plein fouet l'Uruk, les envoyant tous deux au sol. Ils roulèrent en une ruade frénétique, l'un cherchant à prendre le dessus sur l'autre, les coups pleuvant en tous sens. Boromir eut tout juste la force de se reculer, avant que son corps ne refuse de le porter plus longtemps. Il s'effondra dos à un rocher, son œil vague assistant à un combat auquel il aurait aimé pouvoir prendre part.

Naurofána luttait toujours pour se dégager et le rejoindre. Le cercle qui s'était formé autour d'elle s'éclaircissait de plus en plus, un monticule de corps grandissant autour d'elle. Les flancs de la louve étaient couverts de lacérations, dévoilant les côtes, tandis que son dos était hérissé de flèches à l'empennage non pas noir, mais d'un jaune nauséeux, maladif. Les Uruk-Hai tombaient un à un. L'un d'eux leva haut son cimeterre et l'abattit sur l'arrière train de Naurofána, se fichant entre la hanche et la cuisse, brisant l'os dans un craquement affreux. La louve gronda sourdement, avant de se retourner, d'arracher le bras coupable et d'écraser de sa large patte la tête de la créature, qui éclata comme un fruit trop mûr. Elle se tourna alors vers le dernier de ses adversaires, le grand Uruk-Hai, qui n'avait cessé de la cribler de flèches.

Tous deux disparurent à sa vue alors que d'un bond, elle entraînait l'Uruk dans une crevasse.

Le Rôdeur acheva son adversaire d'un coup de poignard dans la gorge, avant de se relever le nez en sang, avant de se tourner vers lui. Son visage se décomposa en découvrant la face cadavérique du fils de Denethor. Sa peau avait la teinte de la cendre, et du sang perlait au coin de ses lèvres. Sa poitrine transpercée se soulevait de plus en plus difficilement et de façon désordonnée, trop rapide.

- Boromir. Non ! souffla-t-il en se précipitant vers lui et s'agenouillant à ses côtés.

- Ils ont enlevé les petits, gargouilla-t-il malgré le sang qui lui emplissait la gorge et la bouche.

- Restez tranquille, lui intima Aragorn, auscultant ses blessure d'un œil alarmé.

- Frodon, où est Frodon ? demanda-t-il en s'agrippant désespérément à la veste du Rôdeur.

- Je l'ai laissé s'en aller. Le destin de Frodon n'est plus entre nos mains.

- Alors vous avez fait ce que je n'ai pas pu faire, murmura-t-il dans un sanglot désolé. L'anneau, j'ai essayé de le lui prendre.

- Sachez à présent que l'anneau est hors d'atteinte.

Un hurlement terrifiant les fit sursauter violemment. Se retournant, Aragorn vit Naurofána reparaître, remontant lentement la pente. Trainant la patte, et se mouvant avec difficulté, la louve les rejoignit.

- Boromir, gronda-t-elle doucement, les oreilles baissée, ses grands yeux mordorés luisant d'un voile humide.

- Pardonnez-moi, je n'avais pas réalisé. À cause de moi vous avez tous échoué.

- Non Boromir, vous avez combattu bravement, le contredit le Rôdeur. Votre honneur est sauf.

- Vous avez gagné une bataille que bien peu d'hommes auraient pu mener, souffla la louve à son tour.

Le Gondorien sembla rassuré face à leurs mots rassurants. Oui, il avait gagné. Tardivement, mais il avait su vaincre l'attrait de l'Anneau. Il aurait tant aimé pouvoir se rattraper. Aragorn tendit la main, prêt à extraire un des flèches toujours incrustée dans le torse du capitane du Gondor.

- Laissez-la ! l'arrêta-t-il en lui saisissant la main. S'en est fini. Le monde des hommes va s'effondrer. Tout ne sera que ténèbres. Et ma cité sera détruite.

- J'ignore quelles sont les forces qu'il me reste, mais je vous jure que jamais je ne laisserais prendre la cité blanche. Ni notre peuple échouer.

- Notre peuple. Notre peuple.

Boromir sourit doucement. Il semblait soulagé, rasséréné de savoir que le royaume du Gondor ne serait pas abandonné seul face à son destin. Il tendit une main tremblante vers la garde son épée brisée qui gisait à ses côtés. Aragorn l'aida à s'en saisir, avant de la déposer sur la poitrine du mourant.

- Je vous aurais suivi mon frère. Mon capitaine. Mon roi.

Gimli et Legolas arrivèrent enfin. Ils stoppèrent leur course face au spectacle qui s'offrait à eux. Aragorn, roi du Gondor, baisait doucement le front de celui qui un jour aurait pu devenir son intendant. La louve, assise à quelque pas derrière, gardait la tête baissée, les yeux fermés en une expression peinée.

- Ils attendront… mon retour de la tour blanche, murmura Boromir. Mais je ne reviendrais pas. Partez. Partez maintenant. Sauvez… les Hobbits.

- Partez, je resterais avec lui jusqu'à la fin, gronda doucement Naurofána.

Aragorn la contempla, incertain.

- Les dernières flèches étaient empoisonnées, expliqua-t-elle dans un grognement ténu. Il me faudra plus de temps pour m'en remettre. Partez, je veillerais sur lui.

Le Rôdeur acquiesça faiblement, ses pupilles grises comme l'acier brillant de larmes.

- Fais ce qu'il faudra. Ne laisse pas son corps à la merci des bêtes sauvages, ou de bien pire, chuchota-t-il tout bas, trop bas pour qu'un autre que la louve ne l'entende.

- Je ferais ce qui devra être fait. Partez, je vous rejoindrais une fois guérie et ma tâche accomplie.

L'homme se leva, jetant un dernier regard vers son compagnon mourant. Le Gondorien lui fit un bref signe de tête, un petit sourire sur les lèvres, une lueur suppliante au fond des prunelles : sauvez les Hobbits.

Sans plus attendre, il s'élança à la poursuite des Uruk-Hai qui avaient enlevé Merry et Pippin. Legolas et Gimli, après un dernier adieu, se détournèrent et le suivirent.

Naurofána, vacillante, s'allongea aux côtés de l'homme mourant, posant son imposante tête sur les jambes du Gondorien. Boromir, dans un ultime effort, leva difficilement la main et la guida tant bien que mal jusqu'au pelage souillé de noir et de rouge mêlés. Il fit plonger ses doigts dans la fourrure, caressant doucement la grosse tête, avant que son bras ne retombe et que sa main repose sur le long museau.

- Pardonnez-moi, souffla-t-il dans un râle tremblotant. Pour tout ce que j'ai pu dire… ou faire. Je regrette… de ne pas avoir cherché plus… à vous connaître. Vous êtes une amie précieuse. J'ai été stupide de ne pas le voir. Pardonnez-moi, répéta-t-il dans un sanglot étranglé.

- Il n'y a rien à pardonner Boromir, dit doucement la louve avec douleur. Malgré les disputes et les tensions, vous avez toujours été là pour soutenir la part de moi qui est Luana. Vous étiez présent quand elle avait besoin de vous. Vous seul savez réellement la pousser de l'avant quand elle ne peut plus avancer, par vos mots et par vos actes. Elle vous admire bien plus que vous ne le pensez, et était heureuse lorsque que vous lui avez accordé votre sympathie. Plus que tout, c'était votre amitié qu'elle recherchait.

L'homme laissa un soupir frémissant filtrer ses lèvres.

- Puis-je… lui parler ?

La louve ferma les yeux. Son corps ondula doucement, sa fourrure rentra sous la peau. Luana reparut, toujours allongée, la tête sur les genoux de Boromir. Ses yeux d'or et d'argent étaient emplis de larmes qu'elle s'évertuait à contenir, ses épaules meurtries secouées de sanglots silencieux. Elle se forçait à garder un masque inexpressif, mais tout ce qu'elle affichait n'était rien d'autre qu'une grimace de souffrance.

- Je suis désolée. Je ne suis pas arrivée à temps, pleura-t-elle, laissant les larmes couler le long de ses joues. J'aurais dû…

- Shhhht, fit-il en lui posant un doigt hésitant sur les lèvres. Vous avez fait ce que vous pouviez. Sans vous, je serais déjà mort.

- Mais…

La Nauro ne put en dire plus, son souffle se bloquant dans sa poitrine. Il lui fit signe de venir plus près de lui. Avec lenteur et précaution, Luana se redressa et vint se glisser sous son bras, posant sa tête sur son épaule. Le Gondorien, appelant le peu de force qu'il lui restait, la serra contre lui.

- Pourquoi pleurez-vous ?

- Parce que… parce que vous allez nous quitter. Je ne veux pas que vous partiez, sanglota-t-elle. Je vous en prie, ne partez pas!

- Ne pleurez pas, je vous en prie. J'avais espéré… ne plus vous voir pleurer après la mort de votre frère. S'il vous plait… ne pleurez pas pour moi. Je vais rejoindre ma très chère mère.

Luana enfouit son visage dans le creux de son cou, ses sanglots redoublant. Il passa ses doigts dans la chevelure blanche.

- Mon amitié. Comme je regrette… de ne pouvoir vous l'offrir, murmura-t-il, déglutissant difficilement, son souffle devenant de plus en plus erratique.

Luana pouvait percevoir les battements de son cœur qui ralentissait irrémédiablement, faiblissant à chaque pulsion, sa respiration sifflante peinant de plus en plus à soulever sa poitrine. Se mordant la lèvre, la jeune fille tâcha de calmer ses pleurs, ravalant ses sanglots et emprisonnant ses larmes. Elle ne devait pas. Boromir lui demandait d'être forte. Elle le serait pour lui. Elle releva la tête, et ses yeux rencontrèrent ceux du Gondorien.

Je regrette... toutes les fois où je vous ai insulté. Toutes les fois où j'ai été insupportable. Merci, Boromir, de m'avoir supportée tout ce temps.

Elle tenta tant bien que mal de sourire, mais ses lèvres semblaient figées. Boromir en revanche lui offrit l'un des rares sourires dont il la gratifiait, et porta ses lèvre jusqu'au front blanc.

- Luana. J'aurais tant aimé… pouvoir marcher à tes côtés… plus longtemps, dit-il dans un souffle infime.


Alors? ce chapitre a-t-il était à la hauteur? é.è

Je sais, vous me détestez (au moins ceux qui souhaitaient voir Boromir vivre). je sais je suis immonde, mais j'aime ça! XP

Et vous comprendrez que pour la suite des évènements, sa mort état nécessaire.

Je tient juste à préciser pour ceux qui auraient de l'espoir, que si je n'ai pas relater le dernier souffle (quoique, les derniers mots sont les derniers qu'il prononcera) c'est juste que je ne me sentais pas de taille pour écrire la souffrance de Luana une fois qu'il se serait définitivement éteint -.-