Hey hey hey! Non vous n'hallucinez pas, j'ai mis moins d'un mois pour vous pondre ce chapitre ^^
Bon il est un peu plus court que les précédents, mais je ne e voyais pas arrêter ce chapitre à un autre moment (promis pas de cliffhanger cette fois! x) )
Un grand merci pour leurs reiews à: Charlieandcie, Aureus, Eclipsia, Guest, Luja, Pawliiin3, CaelRanya guest, Hinata, Lucie227, , psychedelik , Maman bouba, Hinaya-chan, Loveyaoi-15, LegolasKili
Aureus: Haaaa, que c'est doux d'entendre pareils mots ^^ Mais à quoi vous vous attendez de ma part aussi? A ce que les petits poneys débarque et fassent des cacas arc-en-ciel? XP
Merci, ça me va droit au coeur, et me soulage au vue de doutes que j'avais pour la mort de Boromir =)
Eclipsia:Merci pour ta review =)Hey! T'as vu pour une fois j'ai été rapide à publier! ^^ Bonne lecture =)
Guest: ça pourrait être intéressant, mais malheureusement pour Boromir, les Nauror ne sont pas les loups-garou que nous connaissons. et puis pas sûr qu'il aurait apprécié de devenir poilu x)
Luja: t'as de la chance que j'aime mes lecteurs ^^ parce que pour moi ça n'a pas été des vacances au vue du boulot à faire pour l'IUT. Mais j'ai fait aussi vite que possible. Bonne lecture
CaelRanya guest: mes chevilles! XD Je vais bientôt plus pouvoir enfiler la moindre paire de chaussettes x)
Merci pour ta review =)
Lucie227: merci beaucoup =)
Ne t'inquiète pas, une review est toujours la bienvenu et j'aime avoir l'opinion de mes lecteurs ^^ encore merci et bonne lecture =)
Hinata: je te pardonne et te plains de tout coeur ;) J'espère que tu apprécieras toujours autant Luana, malgré les transformations qu'elle va vivre... mais j'en dis pas plus! x) Je pensais pas que ce chapitre pouvait être le préféré de quelqu'un, vu la fin XD Mais ça fait plaisir à lire! =) Merc, de ma part pour la review et de la part de mon égo pour tous ses éloges qui le flattent à merveille (un peu trop peut être, je vais devoir faire gaffe à pas prendre la grosse tête x) )
Bonne lecture =)
Chapitre 39 : Cavalcade
- Non sans raison tombent les feuilles de la Lórien.
Contemplant avec espoir la broche en forme de feuille, faite d'émeraude et d'argent, Aragorn frotta du pouce la terre et la crasse qui maculaient le bijou. Cela faisait trois jours et trois nuits qu'ils poursuivaient les Uruk-Hai et leurs prisonniers. Trois jours et trois nuits à courir, sans manger, sans boire, sans se reposer, et enfin, ils étaient récompensés de ce signe, cette preuve qu'au moins un des Hobbits était encore en vie, et avait eu assez conscience pour leur laisser cette trace de leur passage. L'herbe sèche était piétinée et retournée, la terre ravagée par la course des immondes créatures de Saroumane.
Legolas le dépassa, jeta un bref regard à l'avant, et revint sur ses pas, découvrant avec soulagement la broche.
- Ils sont peut-être en vie, dit-il avec espoir.
Son cœur se réjouit, première lueur depuis le jour sombre qui avait vu la dissolution de la Communauté. Ils n'étaient désormais plus que trois. Boromir et Gandalf n'étaient plus Frodon et Sam avaient pris un autre chemin, décidant de faire seuls le reste du voyage Luana ne les avait, malgré tout ce temps, toujours pas rejoints et Merry et Pippin n'étaient plus qu'avenir incertain. Ils ne pouvaient rien pour les autres, mais il en allait autrement pour les deux Hobbits. Ils les retrouveraient et les sauveraient.
Aragorn se redressa et fit quelque pas, genoux fléchis, scrutant le sol à la recherche du moindre indice, d'une piste.
- Et ils ont moins d'un jour d'avance, déclara-t-il. Continuons !
Tous deux se remirent à courir, quand un fracas de tôle et de protestations retentit derrière eux. Legolas se retourna brièvement. Gimli se releva difficilement de sa dégringolade entre les rochers. Le paysage était aride, rocailleux. La terre maltraitée par les vents était déchiquetée, lacérée par les pierres et les pans rocheux qui se dressaient vers le ciel tels des crocs affamés. Un paysage triste, désolé, qui inspirait à l'Elfe un malaise. Il avait hâte de quitter cette région. Raison de plus pour eux d'accélérer leur course.
- Plus vite Gimli ! Nous gagnons du terrain ! exhorta-t-il le Nain, reprenant la poursuite sans perdre de temps.
- Les longues distances m'épuisent ! Nous les Nains nous sommes des sprinteurs, redoutables sur les courtes distances !
Dans un râle, au bord de l'asphyxie, il parvint à suivre l'Homme et l'Elfe jusqu'au sommet d'un apique rocheux, surplombant les collines environnantes, dévoilant partout le même spectacle de terre, de pierre et d'herbes sèches.
- Le Rohan, souffla le Rôdeur en faisant une halte, enveloppant la lande du regard. Quelque chose est à l'œuvre ici. Une force maléfique donne des ailes à ces créatures et se dresse contre nous. Legolas ! Que voient vos yeux d'Elfe ! cria-t-il au fils de Thranduil, parti un peu en avant.
- Les traces dévient au nord-est. Ils conduisent les Hobbits en Isengard !
- Saroumane, murmura Aragorn avec dégoût.
- Raison de plus pour les arrêter avant qu'ils ne l'atteignent ! Même si je ne serais pas contre une visite à ce maudit sorcier !
Tous trois se retournèrent vivement. Une large forme blanche, tâchée de noir et de rouge, bondit de roche en roche et atterrit à quelques mètres d'eux. Trop concentrés sur ce qu'ils poursuivaient, tendus vers l'avant, nul n'avait songé à vérifier leurs arrières, et nul n'avait perçu la présence et l'avancée de l'immense louve qui les avait rejoints. Le pelage couvert de sang et de sueur, les flancs encore marqués de ses dernières blessures, elle les contemplait sans bouger.
- Naurofána, la salua Aragorn en s'approchant. Nous ne t'espérions plus.
- Vous en avez mis tu temps pour nous rejoindre ! tonitrua Gimli de sa grosse voix, tentant par l'humour de dissimuler l'inquiétude qui jusque-là le rongeait.
- Je ne le sais que trop bien, gronda-t-elle tout bas en baissant la tête. Le poison était plus virulent que je ne le pensais, et en trop grande quantité. Il m'a plongé dans une sorte de léthargie ralentissant le processus de cicatrisation. Mais ne perdons pas plus de temps !
D'un bond, elle se retrouva aux côtés du Nain.
- Grimpez !
Il la contempla avec surprise, puis indignation. D'un pas ferme et décidé, il descendit la pente dans l'intention de rejoindre Legolas, qui les attendait plus bas.
- Je n'ai pas besoin de grimper sur votre dos et de me laisser porter. Nous autres Nains, sommes résistants à toute épreuve !
- Mais vous ne parvenez pas à suivre le rythme et ralentissez notre course. Ne tentez pas de me faire croire que vous n'êtes pas à bout de souffle maitre Nain. Je vous entends souffler comme un bœuf depuis trois bonnes lieues.
Sans lui laisser le temps de protester, elle se glissa devant lui et se baissa à sa hauteur.
- Maintenant montez, avant que les Uruk-Hai ne prennent plus d'avance !
Dans un grommellement, Gimli, fils de Gloïn, faillit refuser avec obstination. Seuls les regards de l'Homme, de l'Elfe et de la louve l'en dissuadèrent, et ce fut avec réticence et disgrâce qu'il enfourcha l'animal tel un destrier.
- Allons-y ! s'exclama Legolas, les entrainant à sa suite.
Brusquement, leur course gagna en puissance et en vitesse. N'ayant plus à moduler leur pas et leur vitesse aux courtes jambes et au manque d'endurance de Gimli, Aragorn et Legolas s'élancèrent à toute allure, avalant la distance, galvanisés par l'espoir qu'une feuille de Lórien, tombée sans raison loin de sa forêt, sur une terre où nul arbre ne poussait, avait apporté en chacun d'eux.
Cela faisait déjà plusieurs heures que la louve les avait retrouvés, courait à leurs côtés et portait sur son dos, tel un sac de grain encombrant et mal attaché, Gimli, fier Nain du royaume d'Erebor. Ce n'était rien en comparaison du chemin qu'elle avait fait depuis la chute d'un héros et l'abandon d'un ami jusqu'à ce jour. Le rythme qu'elle maintenait pour tenir à leur hauteur, tâchant de ne pas les distancer, n'était rien face à celui qu'elle s'était imposé ces derniers jours et ces dernières nuits. Mais le voyage, les kilomètres dévorés depuis, commençaient à peser sur son corps et son esprit. Tenir sous forme de louve tout ce temps était, pour la Nauro, un défi. La fatigue, la faiblesse liées aux blessures mal cicatrisées et au poison qui avait mis tant de temps à s'écouler hors de ses veines, rendait la liaison entre l'humaine et la bête difficile. Et l'inquiétude qui éperonnait l'esprit de la jeune fille n'arrangeait rien. Elle avait peur, pour Frodon, pour Sam. Mais pour eux elle ne pouvait rien de plus que les laisser suivre leur propre voie. C'était l'angoisse des retrouvailles avec Merry et Pippin qui la rendait fébrile. Elle craignait de ne retrouver de ses chers Hobbits, si joyeux et pleins de vie, chaleureux et aimable, que des corps vides et froids.
- Ils courent comme si les fouets de leur maître étaient à leurs trousses, déclara soudainement Legolas.
- Qu'ils me laissent m'occuper de lui, et nous verrons qui de lui ou de moi ils craignent le plus, gronda-t-elle sourdement, trop bas pour être compris de l'Homme ou du Nain.
L'Elfe jeta un bref coup d'œil à la louve, le regard troublé.
- Il faut respirer, conseilla Gimli à sa monture en s'accrochant du mieux possible à la fourrure, percevant son grondement comme un signe de fatigue. C'est la clé. Respirer !
Le jour déclinait rapidement. Le soleil frôlait l'horizon, embrasant le ciel et les bas de nuages de milles nuances d'or aussi flamboyantes que le feu, et de rouge, aussi vives que le sang.
Aragorn ralentit l'allure, guettant la piste.
- Nous ne pourrons bientôt plus continuer, la nuit tombe.
- Et qu'est ce qui nous en empêche ? demanda le Nain. Nous l'avons bien fait ces trois dernières nuits.
- Mais la piste allait alors tout droit, et à aucun moment les Uruk-Hai n'avaient changé de cap, répondit Legolas.
- Maintenant qu'ils ont pris la direction du nord-est et se rapprochent d'Isengard, je n'irai guère prendre le risque de manquer le moindre changement. Je suis à même de suivre une piste, même invisible aux yeux de quiconque, je n'en suis néanmoins pas capable lorsque je suis aveugle, et retrouver une piste que l'on aurait perdue dans cette immensité nous ferait perdre un temps précieux.
- Alors fiez-vous à moi, grogna Naurofána, la truffe au vent. Leur odeur est si forte qu'elle me brûle les narines. Je serais votre guide pour cette nuit.
Et ainsi fut-il fait. Du coucher du soleil et durant les heures sombres, la louve prit les devants, guettant la moindre variation dans les traces olfactives, répugnantes et immondes, qui l'assaillaient. Contrairement aux craintes du Rôdeur, il n'y eut nulle scission du groupe. En revanche, ils changèrent de cap, se dirigeant un peu plus vers l'est. Ni Aragorn ni Legolas ne semblèrent faiblir. Tel en était le cas pour l'Elfe, qui paraissait infatigable. Quant au Rôdeur, même s'il maintenait une allure rapide et régulière, son souffle ne trompait aucun de ses deux compagnons encore éveillés. Gimli lui, somnolait sur le dos de Naurofána, se maintenant toujours en selle par le plus grand des mystères, s'éveillant à chaque secousse ou déséquilibre. La lune, qui perçait de temps à autre les nuages, rendait aisée la tâche de suivre l'animal, son pelage blanc tranchant l'obscurité alentour, brillant tel un second astre nocturne.
Lorsque le soleil se leva, ils avaient parcouru bien plus de lieux qu'ils n'auraient pu le compter, ou ne fusse que l'espérer. Mais quelque chose dans l'air affola la louve. Une senteur lointaine, portée difficilement par le vent. L'odeur du feu, et des chairs calcinées. Chassant tant bien que mal l'image qui se formait dans son esprit épuisé, elle tâcha d'ignorer cette odeur, se focalisant sur celle atrocement infecte des Uruk-Hai. Elle ne fut cependant pas la seule à percevoir de sinistres présages.
Legolas stoppa sa course un bref instant, contemplant l'aube naissante avec anxiété.
- Un soleil rouge se lève, souffla-t-il. Beaucoup de sang a dû couler cette nuit.
Naurofána ralentit et lui lança un bref regard, empli d'irritation.
- Ne proférez pas pareil présage, vous allez apporter sur nous plus de malheur que nous n'en avons déjà, gronda-t-elle avec nervosité avant de se détourner.
Même si elle avait conscience de la véracité des dires de l'Elfe, elle préférait ne pas y penser, rejeter les possibilités que cela impliquait.
- Que vous dit votre instinct de Nauro? demanda Gimli, entre deux grommellements sur les désagréments du voyage à dos de loup.
- Je ne me risquerai pas à l'écouter en cet instant. L'inquiétude et l'angoisse faussent mes intuitions.
Alors qu'ils atteignaient le sommet d'une énième colline, la brise porta à portée de flair un nouveau fumet : celui du crin fouettant l'air, de la sueur coulant le long des flancs, des sabots martelant avec violence la terre asséchée. Avant que la louve n'aie put donner l'alarme, un hennissement retentit dans le lointain. Tous s'arrêtèrent aux aguets, et Aragorn leur fit signe de se dissimuler derrière des blocs rocheux de bonne taille. Une fois à l'abri des regards, Naurofána fit descendre Gimli de son dos, avant de reprendre forme humaine.
Luana apparue, essoufflée et la mine fatiguée. Ses habits étaient sales de poussière et de sang, sa cape de Galadhrim couverte de brins d'herbe et de salissures pendait de travers sur ses épaules. Elle grimaça doucement en se tenant les côtes. De vilaines cicatrices, boursoufflées et rouges s'étendaient sur la peau blanche là où s'étaient plantées les flèches Uruk-Hai empoisonnées quatre jours plus tôt. Le Rôdeur contempla les blessures, mais retint toute remarque tandis qu'un martellement sourd retentit, s'approchant de plus en plus, faisant trembler le sol sous leurs pieds. Une armada de chevaux passèrent devant leur cachette, tous montés d'hommes vêtus de lourdes armures, un heaume dissimulant leurs visages, portant des capes vertes. Nombreux étaient ceux à tenir une lance, quand d'autres faisaient flotter au-dessus de leur groupe des étendards couleur émeraude. Nul ne remarqua les quatre silhouettes tapies dans l'ombre, qui les observèrent passer en silence, tendues. Aragorn et Legolas échangèrent un regard, semblant reconnaître les cavaliers. Le rôdeur se releva, et s'avança posément à découvert, suivi de l'Elfe. Luana et Gimli les considérèrent, avant que le Nain ne leur emboîte le pas, entraînant à sa suite la Nauro.
- Cavaliers du Rohan ! cria Aragorn. Quelles nouvelles des Hommes de la Marche ?
Le chevalier de tête leva haut sa lance et tourna bride. Tous en firent de même, et les quatre compagnons attendirent patiemment, observant les chevaux faire demi-tour et revenir dans leur direction.
- No me gusta eso… souffla Luana.
- Ce qui veut dire? La questionna Grands-Pas sans se détourner.
- Que j'aime pas leur manège !
Et pour cause. Dès lors qu'ils furent à leur niveau, les cavaliers les encerclèrent, les écrasant du poids de leurs montures, les étouffant dans un cercle restreint, serrant les rangs pour ne laisser aucune échappatoire. Legolas, Aragorn, Luana et Gimli se collèrent dos à dos, n'offrant à leurs assaillants ni faille ni angle mort. Le Rôdeur posa discrètement une main sur le bras de la Nauro, lui indiquant silencieusement, de ne rien faire d'inconsidéré ou stupide, et de le laisser faire. La Nauro, mal à l'aise devant les grands coursiers qui se pressaient les uns contre les autres et ruaient nerveusement, déglutit, avant de répondre faiblement par un signe.
Une myriade de lances s'abaissa brusquement et les pointa avec intimidation. Un cavalier fendit les rangs et s'arrêta devant, les toisant de toute la hauteur que lui conférait sa taille et celle de son cheval. Il était large de carrure, et de son heaume, décoré d'une tête de cheval, s'échappait une longue tignasse dont le blond était obscurci par la crasse. Il avait les traits fins mais l'air dur, et ses yeux sombres dardaient sur eux un regard empli de méfiance et de soupçons.
- Que font un Elfe, un Homme, une enfant et un Nain dans le Riddermark ? Répondez ! Ordonna-t-il d'une voix puissante et impérieuse.
- Donnez-moi votre nom, dresseur de chevaux, répondit avec calme Gimli. Je vous donnerais le mien.
Le visage de l'homme s'assombrit. Aragorn s'avança et posa une main protectrice sur l'épaule du Nain tandis que la cavalier vidait les étrilles et marcha vers lui.
- Je vous couperai volontiers la tête, Nain, si elle sortait un peu plus du sol, cracha-t-il, sinistre.
Luana gronda face à l'insulte et la menace proférés à l'encontre de Gimli, retroussant les lèvres à la manière d'un loup. D'un mouvement de bras, elle fit sortir les lames de ses bracelets, tandis que pris dans la même impulsion, Legolas dégainait son arc et visait de la pointe de sa flèche la gorge de l'homme.
- Vous seriez mort au moindre geste !
- Attendez que je vous raccourcisse un peu les jambes, et on en reparlera !
Les lances se pressèrent autour d'eux, prêtes à les transpercer s'ils faisaient mine de mettre leurs menaces à exécution.
L'Elfe et la Nauro ne baissèrent pas leurs armes, jusqu'à ce qu'Aragorn ne saisisse l'arc de Legolas et l'oblige à détourner sa flèche, intimant d'un signe de tête à la jeune fille d'en faire autant. Gimli laissa un léger soupir s'échapper, s'apercevant de la dangerosité des conséquences que ses mots auraient pu engendrer. Mais la tension n'en baissa pas pour autant, les regards assassins ne cessant d'être échangés. Tout en rentrant ses armes, Luana jubila intérieurement de voir que pour une fois, l'Elfe de la bande ne faisait pas preuve de l'éternelle sagesse de son peuple. S'il pouvait perdre son sang-froid lorsque l'on insultait et menaçait leur Nain, tout espoir n'était pas perdu pour lui.
- Je suis Aragorn fils d'Arathorn, tempéra le Rôdeur, coopérant. Voici Gimli, fils de Gloïn, Luana Le Guen et Legolas, du royaume Sylvestre. Nous sommes les amis du Rohan, et de Théoden, votre roi.
Il y eut un silence, durant lequel Luana perçut un malaise courir parmi les cavaliers. Quelque chose ressemblant à de la peine traversa l'expression de leur chef, tandis qu'il observait leur petit groupe.
- Théoden ne reconnait plus ses amis de ses ennemis, déclara-t-il d'une voix sourde. Pas même les siens, dit-il en retirant son casque.
Les piques se relevèrent dans un bruit de bois entrechoqué, et l'ambiance se fit moins oppressante.
- Saroumane a empoisonné l'esprit du roi et a revendiqué la suzeraineté de ses terres.
La Nauro grinça des dents au nom du magicien. Ce maudit ver de terre avait vraiment le don pour pourrir la vie des gens, rampant et contaminant tout ce qu'il touchait de sa convoitise. Ce corbeau de malheur… elle se ferait un plaisir de lui voler dans les plumes, d'écraser ce cucaracha une bonne fois pour toute et lui faire payer pour ses crimes.
- Mes cavaliers son loyaux au Rohan. Et pour cela, nous avons été bannis. Le magicien blanc est rusé. Il va et vient à ce que l'on dit, vieillard enveloppé d'un capuchon, et ses espions se faufilent partout à travers nos filets.
Il leur jeta un regard peu amène et empli de sous-entendu, fixant avec insistance Legolas et ses oreilles pointues, Luana et sa peau blanche, ses vêtement décalés, Gimli et son aspect rustique de Nain.
- Nous ne sommes pas des espions, assura Aragorn. Nous pourchassons un groupe d'Uruk-Hai en direction de l'Isengard. Ils ont emmené captifs deux de nos amis.
- Les Uruk ont été détruits. Nous les avons massacrés pendant la nuit.
- Mais il y avait deux Hobbits ! S'exclama Gimli, alarmé. Avez-vous vu deux Hobbits avec eux ?
- Ils seraient petits, des enfants à vos yeux, précisa Aragorn.
- Bruyants comme ils sont, vous ne pouvez pas les manquer !
Le meneur de chevaux ferma les yeux et hocha négativement la tête, avant de déclarer avec gravité :
- Il n'y a pas de survivants.
Luana sentit quelque chose en elle se brisait. Son cœur fragilisé par la perte d'êtres chers, fissuré malgré tous ses efforts pour consolider les brèches, laissa tomber au fond d'elle un morceau de chair sanguinolent et meurtri, faisant s'agiter la noirceur qui séparait l'humaine et la louve. Non…
- Nous avons empilé les carcasses et les avons brûlées, ajouta-t-il en pointant du doigt l'horizon, d'où s'élevait une colonne de fumée noire et épaisse.
Les quatre compagnons échangèrent des regards emplis d'effroi et d'horreur. Legolas, le visage figé en un masque d'incrédulité et de douleur, ne pouvait détourner les yeux de la fumée malsaine. Merry… Pippin…
- Morts ? dit Gimli dans un souffle rauque, ne pouvant y croire.
- Non… murmura la Nauro, refusant ne serait-ce que d'envisager cette possibilité.
Dans un élan de solidarité et de compassion, l'Elfe posa une main qu'il aurait voulue réconfortante sur celle du Nain, et se rapprocha de la Nauro.
- Je suis désolé, déclara avec maladresse l'homme du Rohan, avant de qu'un sifflement aigue ne franchisse ses lèvres. Hasufeld, Arod !
Deux montures répondirent à son appel, et s'approchèrent de sa main tendue. L'un avait le poil blanc, légèrement tacheté de gris, le second portait une robe brune, légèrement cuivrée. Il en saisit les rênes, et les tendit à Aragorn et Legolas.
- Puissent ces chevaux vous apporter meilleur fortune qu'à leurs derniers maîtres. Adieu.
Il se détourna et rejoignit son propre coursier en se recoiffant de son casque, remontant en selle avec habilité.
Il passa à côté d'eux, et se pencha pour dire :
- Cherchez vos amis. Mais n'ayez pas trop d'espoir. C'est peine perdue sur ces terres. Vers le Nord ! cria-t-il à ses hommes.
Tous s'élancèrent au galop et dévalèrent la pente, les laissant seuls.
L'Elfe flatta distraitement l'encolure du cheval blanc, le regard perdu dans le vide, tandis qu'Aragorn et Gimli regardaient les cavaliers s'éloigner.
Luana, tournée vers le bûcher qui au loin enfumait le ciel, cherchait par tous les moyens de se convaincre que Merry et Pippin, ses amis, ses Hobbits, étaient sains et saufs. Et si, par le plus grand des malheurs, ils découvraient leur cadavres calcinés, alors Saroumane verrait débarquer en Isengard, non pas ses maudits Uruks, mais une louve enragée. Aucun orque ou autre monstruosité, aucun mur ni aucune tour ne pourraient la retenir et l'empêcher de broyer de ses crocs, la tête de l'homme à l'origine de toutes ses souffrances ! Elle s'assurerait que sa mort soit la plus lente et douloureuse possible. Elle ferait tout pour le garder en vie, jusqu'à ce qu'elle juge qu'il ait suffisamment payé pour ce qu'il avait fait. Mais avant cela, elle détruirait tout ce qu'il avait construit dans ses sombres desseins, et ferait s'effondrer devant lui son empire onirique et illusoire, le ramenant à la réalité : il n'était qu'une larve, un étron pourri qui se croyait capable de dominer le monde. Elle lui montrerait à quel point il était minable et pitoyable. Elle briserait ses rêves et ses espoirs comme lui s'amusait à le faire !
« Luana ! Ne laissa pas la colère et le chagrin te guider. Si tu venais à te conduire de la sorte, tu ne vaudrais guère mieux que lui et tous ceux contre qui vous luttez. »
La Nauro tiqua à la voix de sa louve. Elle était fatiguée, cassée, éraillée. Mais pleine de vérité. Une vérité qu'elle tâcherait néanmoins de changer elle ne deviendrait jamais aussi mauvaise qu'eux. Elle se vengerait et rendrait la justice aux morts, à ses amis tombés. Elle se ferait le juge et le bourreau. Elle n'irait pas plus loin.
« C'est déjà bien trop ! » tonna Naurofána. « La vengeance ne te mènera nulle part si ce n'est à plus de souffrances. Une fois entrée dans ce cercle vicieux, tu ne pourras plus en sortir et t'enfonceras toujours plus loin dans l'erreur. Fais ce qu'il te semble juste de faire, mais ne te crois pas capable de juger les actes d'autrui et de donner une quelconque sentence. Personne n'a légitimement ce pouvoir, et ceux qui s'en croient permis payent un jour ou l'autre. »
« Mais… »
« Il n'y a pas de mais ! De plus, rien ne nous prouve que Merry et Pippin fassent partie des morts. Allons le vérifier plutôt que d'avancer des suppositions morbides et de fomenter des plans de vengeance. »
Luana soupira. Quoiqu'elle dise, sa louve ne serait jamais de son avis. Mais elle sentait en elle, quelque part dans la noirceur qui les éloignait, une sorte d'assentiment pour son projet, une bénédiction qui l'incitait à aller de l'avant, à aller trouver Saroumane et se faire justice elle-même. Sa souffrance ne devait pas rester enfermée. Elle devait s'exprimer, se communiquer et contaminer tous ceux qui en étaient les pères. Elle devait leur revenir comme un boomerang en pleine face, un retour de flammes qui les brûlerait et les réduirait en cendre.
- Que faisons-nous maintenant ? demanda Gimli. Notre course fut inutile. Nous avons échoué.
- Non ! Merry et Pippin ne peuvent pas être morts ! s'écria Luana, les nerfs à vifs et se refusant à croire en cette horreur. Ils sont bruyants, mais ils savent se faire discrets. Ils sont agiles et habiles à se cacher.
Aragorn la considéra un instant, la mine triste. Il se tourna vers la selle de sa monture et commença à régler les sangles.
- Luana a raison. Nous ne pouvons perdre espoir sans avoir de preuves que leur sort fut funeste cette nuit. Nous nous rendrons donc là-bas pour nous assurer des dires des Rohirrims.
Legolas acquiesça et s'occupa lui aussi du harnachement de sa monture. Malgré que celle-ci semblait vive et réticente, il enleva la selle et défit les rênes, avant de sauter avec légèreté sur le dos de l'animal, qui se montra brusquement docile et doux comme un agneau.
- Gimli, vous monterez en croupe avec Legolas. Luana, avec moi.
- Montez ! dit l'Elfe au Nain en lui tendant la main.
- Personne ne verra jamais un Nain monter à cheval ! Je préfère aller à pied plutôt que de m'asseoir sur le dos d'une si grande bête.
- Mais il vous faut monter à présent, sans quoi vous nous retarderez.
Dans un bougonnement grincheux et mal à l'aise, Gimli s'exécuta de mauvaise grâce et se retrouva derrière Legolas.
- Luana ! appela Aragorn en la voyant s'éloigner des bêtes avec un air horrifié.
- Hors de question que je monte là-dessus !
Le Rôdeur fronça les sourcils, ne voulant pas perdre de temps pour ses enfantillages.
- Et pourquoi cela ? Allons, monte !
- J'aime pas les chevaux !
Tous trois la considérèrent avec surprise. Il y eut un silence stupéfait et incrédule.
- Comment cela ? Je croyais que tu adorais Bill.
- Mais Bill c'est un poney, tout petit, tout mimi, pas une monstruosité montée sur échasses, fourbe et imprévisible ! s'exclama-t-elle en croisant les bras d'un air mal assuré. C'est pas pour rien que Derpy est Petit Poney plutôt que un Grand Cheval !
- Que racontes-tu là ? Tu as marché aux côté du cheval de Glorfindel jusqu'à Imladris.
- C'était pas la même chose ! J'étais pas dessus et je voulais pas que Frodon tombe ! ¡Mierda! J'ai pas envie qu'il me mette à terre et me piétine !
Agacé, Aragorn, s'approcha, mais sa monture elle-même ne semblait pas vouloir avancer plus près d'elle, et rua, frappant du sabot la terre.
- Vous voyez !
- Votre peur se communique au cheval, Luana, dit doucement Legolas. C'est pour cela qu'il est si nerveux. Faites-lui confiance et il sera ravi de vous porter.
- Mais je suis pas une Elfe, moi ! Et puis j'ai pas besoin de monter là-dessus, je peux encore courir sous forme de louve.
« Mais je suis fatiguée Luana. La course de ces derniers jours m'a épuisée, et la guérison de nos blessures puise toute mon énergie. Sans compter que les restes de poison nous brûlent encore de l'intérieur. Pour l'évacuer, il me faut du repos et de la concentration. »
« Nana, tu sais pourquoi j'aime pas les chevaux et encore moins les monter. Je peux rester à proximité et passer outre, mais me force pas à m'assoir sur l'un d'eux, s'il te plaît. »
« Entendu » soupira lourdement la louve.
Grands-pas ne semblait pas dupe non plus de l'état de la Nauro, mais n'ajouta rien. Il tourna bride et leur fit signe de le suivre. La jeune fille laissa place à la louve. Durant quelque seconde, les chevaux paniquèrent, mais sous la main experte du Rôdeur et les mots de l'Elfe, ils se clamèrent rapidement. Bien que nerveux, ils toléraient la présence du prédateur pour faire plaisir à leurs nouveaux maîtres.
Ils repartirent au galop. Malgré la fatigue de l'Homme, du Nain, de l'Elfe, de la louve et des chevaux, ils atteignirent rapidement le lieu indiqué par les Rohirrims. Une grimaçante tête d'Uruk-Hai les accueillit en leur tirant la langue. Les chairs noires et putrides de son cou coupé net étaient plantées sur une pique à la manière d'une pastèque trop mûre. Juste à côté fumait doucement un tas de cadavres calcinés, noircis par les flammes. Cela faisait plusieurs lieues que Naurofána souffrait de l'odeur de chair brûlée qui se dégageait en volutes écœurante. Juste à côté du charnier, cela en devenait étouffant, irrespirable. Même Gimli semblait indisposé par la puanteur. Les chevaux se cambrèrent et s'excitèrent à l'odeur de la mort, effrayés par ce qu'elle annonçait, où tout simplement par les souvenirs qu'elle leur rappelait en ce lieu.
Aragorn, Legolas et Gimli sautèrent à terre, tandis que Luana se métamorphosait, Naurofána ne pouvant plus assurer leur lien, trop épuisée. Elle tenta de flairer l'air à la recherche de l'odeur des Hobbits, mais la fumée lui piquait le nez. Pendant que les autres examinaient les alentours à la recherche d'indices, de traces, le Nain se jeta à l'assaut des restes fumants, dégageant des ossements, des morceaux d'armure incinérés à l'aide de sa hache, fouraillant dans le tas immonde. Il en ressortit un petit fourreau noirci, qui pendait au bout d'un morceau de cuir raide et carbonisé. Il le montra à ses compagnons, hagard, les yeux emplis de larmes.
- C'est une de leur ceinture, dit-il douloureusement.
Legolas tête baissé, alourdie par le chagrin, entonna une prière en elfique. Aragorn, fulminant d'impuissance, frappa de toutes ses forces un casque, qui vola plusieurs mètres plus loin, poussant un cri de douleur et de rage. Il tomba à genou, abattu. Luana contemplait le triste spectacle, ne parvenant pas à comprendre ce que cela signifiait. Elle était parvenue à se convaincre que les Hobbits, ses chers Hobbits, son Merry si joyeux et bonhomme, son Pippin si maladroit mais si attachant, étaient en vie. Qu'ils n'avaient pu périr ici, et finir dans le même tas de cendre que leurs ravisseurs, que ces immondes créatures. À tel point qu'elle ne comprenait pas, ne pouvait comprendre, le sens de leur funeste découverte.
- On les a abandonnés, murmura d'un ton coupable le Nain.
- Non ! hurla brusquement Luana. Ils ne sont… Ils ne peuvent pas…
Trop c'était trop. Trop, elle n'en pouvait plus. Plus de pleurer. Pleurer les morts. Qui ? Qui d'autre y passerait, Qui serait le prochain ? L'inquiétude la rongeait depuis des jours, elle avait eu l'espoir que tous ses efforts serviraient à quelque chose, qu'ils éloigneraient la mort.
Ses yeux lui faisaient mal, non plus à cause de la fumée, mais des larmes qui dévalaient ses joues. Legolas s'approcha, et la prit dans ses bras, hésitant. Voyant qu'elle ne le repoussait pas, se laissant au contraire aller contre lui, il la serra doucement, lui caressant tendrement le dos, cherchant à l'apaiser. Ses épaules étaient secouées de violents sanglots, tandis que la fatigue et le chagrin cumulés avaient raison de sa force et sa résistance. Elle était à bout. Avec désespoir, elle jeta ses bras autour du cou de l'Elfe, pleurant dans le creux de son épaule, s'agrippant à lui comme à une bouée de secours. Elle voulait plonger dans ce parfum de forêt après la pluie et ne plus en ressortir, pour oublier, ne plus souffrir.
- Un Hobbit était allongé ici.
Ne pouvant stopper ses pleurs, Luana parvint tout de même à relever la tête, ses yeux coulant toujours de larmes se posant sur Aragorn, agenouillé, qui scrutait le sol avec intensité.
- Ils ont rampé, dit-il en se mouvant, suivant une piste invisible, caressant les herbes arrachées et la terre retournée. Leurs mains étaient ligotées.
Il se releva, poursuivant la piste qu'il tenait. Luana se détacha lentement de Legolas, s'approchant du Rôdeur. Une lueur d'espoir s'était rallumée en elle.
- Leur liens ont été coupés ! s'exclama-t-il en ramassant un morceau de corde tranché net. Ils ont couru par ici. Ils étaient suivis.
Il s'élança, marchant dans des pas que lui seul pouvait voir.
- Les traces s'éloignent du combat. Et vont dans la forêt de Fangorn.
- Alors ils sont en vie, souffla Luana, l'espoir l'embrasant soudain.
- Peut-être pas pour longtemps, déclara sombrement Gimli. Fangorn… Quelle folie les a conduits là ?
- Quoi ? Comment ça ?
- On raconte que Fangorn est maudite, gronda le Nain.
- Non pas maudite, corrigea Legolas. On raconte dans la Forêt Noire qu'elle est la demeure des Onedrim, que les Hommes les nomment Ents, et qu'ils en sont les gardiens.
- Maudite ou protégée, on raconte que nulle personne s'étant aventuré loin dans la forêt de Fangorn n'en est ressorti.
- La colère des arbres est grande. Ils punissent ceux qui s'en prennent à eux.
Luana soupira lourdement. Elle n'avait pas besoin que ces deux-là repartent dans un de leurs éternels débats. S'il y avait une chance, même infime que Merry et Pippin soient encore en vie, il n'y avait pas de raison de traîner. Moins encore si les arbres eux-mêmes pouvaient représenter une menace pour les deux semi-hommes. Jetant un regard entendu à Aragorn, elle pénétra sous le couvert des arbres, suivie de près par le Rôdeur.
Cela faisait déjà un long moment qu'ils marchaient dans les sous-bois. La forêt était sombre, malgré le manque de feuillage au-dessus de leur tête. Il planait une atmosphère lourde. Alors qu'en Lothlórien l'âme des arbres se montrait à elle et la saluait, discutait doucement en sa présence, celle de cette forêt était silencieuse, craintive et méfiante. Elle se cachait, refusant qu'elle puisse la voir. Elle le sentait. Tout comme elle sentait leur colère, leur indignation. Ils étaient outrés de voir ainsi des êtres marchant sur deux pattes se mouvoir et se déplacer parmi eux. Mais quelque chose d'autre semblait les indigner. Pour le peu de murmures de leur part qu'elle avait perçu jusque-là, elle avait saisi qu'une autre créature avait pénétré dans les bois, et que cette chose leur déplaisait plus que tout le reste. La Nauro ne se demandait pas quoi. En plus de l'odeur des Hobbits, son flair percevait celle répugnante d'un orque. Gimli confirma ses soupçons lorsqu'il récupéra sur un buisson un liquide noir et poisseux.
- Du sang d'orque, avait-il craché après y avoir gouté.
Ils continuèrent plus en avant, traversant un fin ruisseau. Aragorn s'arrête brusquement et s'agenouilla, guettant de nouvelles traces.
- Ces empreintes sont étranges.
- Je sens que l'air est lourd ici, répondit Gimli.
- Cette forêt est vieille, souffla Legolas. Très vieille.
- Et sinistre.
La pression que les arbres exerçaient sur eux, leur ressentiment pesaient lourdement sur le moral de la Nauro. Cet endroit était être vieux certes, et devait être beau dans le temps. Là, il était juste sombre et triste, appelant désagréablement à l'adolescente qu'elle était la Forêt Interdite dans Harry Potter. En pire.
- Pleine de souvenir, continua l'Elfe. Et de colère.
À ses mots, les arbres se mirent à grincer avec amertume, craquant et grondant. Tous jetèrent des regards alertés autour d'eux, Gimli et Aragorn ne s'attendant pas à un tel phénomène, n'ayant jamais entendu la voix des arbres, Luana surprise d'une telle réaction après un si long silence.
- Les arbres se parlent entre eux !
Le Nain, affolé, eut la mauvaise idée de brandir sa hache, s'agitant nerveusement, tournant en tous sens. La voix des arbres enfla, et es trois compagnons se tournèrent à l'unisson vers lui.
- Gimli, appela Grands-Pas. Abaissez votre hache !
Comme pris en faute, encerclé, le fier fils de Gloïn s'exécuta, levant les mains en signe de rémission.
- Je crois qu'ils n'apprécient pas trop les haches, déclara Luana en un petit sourire.
Elle s'approcha de l'arbre le plus proche, en partie soulagée de les avoir entendus. Elle caressa du bout des doigts l'écorce épaisse et râpeuse.
« Nous ne vous voulons aucun mal. » songea-t-elle à leur intention. « Nous ne souhaitons que retrouver nos amis. Soyez en paix, arbres de la forêt. Nous ne sommes pas venus dans le but de vous nuire. »
L'arbre qu'elle touchait pulsa doucement sous sa peau, et la brise souffla dans ses branches dénudées, tel un soupir de soulagement.
- Ils ont des sentiments mon ami, dit Legolas avec douceur et confiance. Et cela grâce aux Elfes. Ils ont réveillé les arbres, et leur ont appris à parler.
- Des arbres qui parlent, bougonna le Nain. Et les arbres, de quoi est-ce que ça parle, hein ? À part de la consistance des crottes d'écureuil ?
- Ils parlent du temps qui passe, du monde qui change, dit songeusement la Nauro, perdu dans les paroles que l'arbre lui murmurait.
- Aragorn ! appela soudainement Legolas, avant d'ajouter quelque chose en elfique.
La Nauro perçut en cet instant une autre odeur, mais qu'elle ne put identifier. Sa vue de louve, sa vue magique, perçut dans la périphérie de son champ de vision un éclat blanc, pur et puissant.
- Le magicien blanc approche, chuchota l'Elfe, leur faisant comprendre par un signe que le danger venait de derrière eux.
Luana se crispa les ongles s'enfonçant dans la chair de ses paumes. Le magicien blanc. Saroumane. Il était venu jusqu'à eux très bien. Elle saurait lui réserver l'accueil qu'il méritait.
- Ne le laissons pas parler, conseilla Aragorn dans un souffle tendu. Il nous jetterait un mauvais sort.
Tous se crispèrent. L'Elfe caressa l'empennage de la flèche encochée sur la corde de son arc. Le Nain resserra sa prise sur le manche de sa hache. Le Rôdeur porta la main à la garde de son épée et tira hors du fourreau de quelques pouces d'acier. La Nauro se tenait prête à faire jaillir ses lames hors des bracelets.
- Il faut faire vite.
Tous se retournèrent brusquement et se jetèrent à l'attaque. Un éclair de lumière aveuglant explosa, mais cela n'empêcha pas Legolas de tirer sa flèche, ni Gimli de jeter sa hache. Toutes deux atteignirent leur but, mais ricochèrent comme de vulgaires graviers sur un bouclier. La lame d'Aragorn devint rouge, le métal chauffant dangereusement, le forçant à lâcher l'arme. Luana fut paralysée, comme privée de volonté. Mais cela n'était pas du fait du sorcier qui se tenait devant eux, dans un halo blanc qui le gardait hors d'atteinte de leurs yeux. C'était le fait de Naurofána.
Tous les quatre reculèrent, aveuglés et désarmés, impuissants.
- Vous êtes sur les traces de deux jeunes Hobbits, tonna soudain une voix grave et caverneuse, rebondissant en échos surnaturels.
- Où sont-ils ?demanda Aragorn avec fureur.
- Ils sont passés par ici. Hier. Ils ont fait une rencontre à laquelle ils ne s'attendaient pas. Est-ce que cela vous rassure ?
- Qui êtes-vous ? souffla le Rôdeur, intrigué. Montrez-vous !
La lumière se fana, s'éteignant brusquement, et révélant une haute silhouette couverte d'une robe blanche. De longs cheveux et une barbe immaculée comme la neige tombaient dessus en cascade. Deux yeux d'un bleu électrisant, surplombés de sourcils broussailleux, les fixèrent avec intensité. L'individu saisit à deux mains le blanc bâton sur lequel il s'appuyait, et les considéra en silence. Tous étaient trop ahuris, abasourdis pour ne serait que penser à respirer. Aragorn le premier retrouva ses esprits et s'avança.
- Cela ne se peut.
Gimli resta sans voix, hypnotisé.
- Pardonnez-moi, dit Legolas en s'agenouillant, tête baissée, son arc posé à côté de lui, et fut imité par le Nain. Je vous ai pris pour Saroumane, déclara-t-il d'un air contrit et coupable.
Luana ne put bouger. Ce n'était pas possible. Ce n'était qu'un mirage, une illusion. Un piège de Saroumane !
- Je suis Saroumane, déclara le spectre qui se tenait devant eux. Ou plutôt Saroumane tel qu'il aurait dû être.
- Gandalf… ne put-elle s'empêcher de murmurer.
Le mage gris, revenu d'entre les morts, se tourna vers elle et lui offrit son sourire bienveillant.
- Gandalf, répéta-t-il avec un air songeur, avant que son visage ne s'éclaire de la flamme de la compréhension et du souvenir. Oui. C'est ainsi que l'on m'appelait. Gandalf le Gris. C'était mon nom, ajouta-t-il avec une mine mystérieuse et rieuse.
- Gandalf, répéta Gimli, au comble de la joie.
- Je suis Gandalf le Blanc. Et je reviens vers vous, en ce moment décisif.
Il se passe pas grand chose dans ce chapitre, je sais. Mas après celui sur la mort de Borormir, je pensais qu'il valait mieux repartir doucement ^^
J'espère qu'il vous aura plus quand même =)
Promis, dans le prochain il y aura plus d'action ;)
