ENFIN! Direz-vous peut-être...

Après tout, ça fait presque un mois que j'ai updaté et quinze jours que je vous promets ce chapitre... Voulez-vous un responsable? D: Ils sont dix. Ils font partie d'une organisation malveillante qui nuit à la santé mentale des élèves. Les examens.

Bref, j'espère que les vôtres se sont bien passés/se passent bien et que vos vacances s'annoncent bien :3

Pour ma part, j'espère participer à votre décompression en vous offrant ce chapitre.

Au programme: foi et crise de foie potentielle.

Je vous laisse découvrir ça et je vous souhaite une bonne lecture :)


Chapitre 11 : La Prière du Diable

-Prêt? demanda la Dame du Lac d'une voix douce.

-Autant qu'on peut l'être, j'imagine… grommela Arthur d'une voix plus sombre qu'il l'aurait voulu.

Bien sûr, même s'il essayait de se montrer détaché et confiant, il n'avait pas l'adresse de Lukas au niveau de la neutralité de la voix et du visage, aussi son appréhension était-elle clairement audible.

Il sentait une boule d'angoisse se former dans sa gorge et son estomac se nouer.

En vérité, il était terrifié.

Et si ça ne fonctionnait pas? Si le Diable ne répondait pas à sa prière et que les promesses faites par Arthur à ses compagnons étaient vaines? Comment pourrait-il se présenter à eux? Comment pourrait-il regarder Francis et Alfred en face? Comment pourrait-il supporter sur lui le regard de Matthew qui avait frôlé la mort par sa faute pour rien?

Au contraire, si sa prière était entendue… La Dame du Lac parviendrait-elle réellement à contenir la puissance du Malin ou Arthur serait-il consumé de l'intérieur par cette force démentielle? Et si, malgré les paroles rassurantes de son hôte, la foi d'Arthur disparaissait et qu'il terminait en Enfer?

Il jouait beaucoup de choses en cet instant précis.

Son honneur face à ses compagnons, sa vie sur Terre, sa vie ailleurs.

Mais il ne pouvait s'y soustraire. Car repousser encore ce moment aurait signifié qu'il était un lâche.

Et un lâche, il l'avait été assez longtemps.

Il ne voulait plus en être un. Plus jamais.

Et il l'avait promis. Il allait prendre ses responsabilités.

Il ferma les yeux et poussa un soupir pour se donner du courage.

Lorsque ses paupières se soulevèrent à nouveau, il vit la Dame du Lac dans sa robe courte bleue, Oneira qui adressa un clin d'œil réconfortant à Arthur, Lukas qui, malgré son impassibilité, semblait adresser à son compagnon d'armes des encouragements muets, et deux disciples de la magicienne attendant patiemment que la cérémonie commence.

Tous les cinq étaient disposés en cercle autour d'Arthur, chacun sur une pointe d'une pentacle dessiné au sol dont le roi était le centre.

Arthur aurait aimé que Francis soit là, pour l'assurer de son soutien, mais chaque chevalier avait été mis dehors et emmené par les apprenties près du lac pour se détendre loin de toute la tension qui régnait dans la pièce où se trouvait présentement Arthur.

-A rien ne sert de patienter encore. décréta la Dame du Lac. Commençons. Arthur, c'est quand vous voulez.

Arthur tenait dans sa main droite la carte de Merlin. Il ne savait pas trop comment prier le Diable, mais n'eut pas l'audace d'interrompre les cinq magiciens dans leur intense concentration pour le leur demander.

Il joignit donc les mains, instinctivement. Il baissa le front et marmonna:

-Qui que tu sois… Entends-moi… Dieu ne peut m'aider cette fois, je me tourne vers toi. Aide-moi… Donne-moi la force de trouver mon chemin dans cette forêt qui est tienne. Entends ma prière… Je te prie de venir à moi… Je t'offre mon corps. En échange, permets-moi de me repérer dans Brocéliande…

Toute clarté disparut de la pièce en même temps qu'un malaise surprenait Arthur, qui vacilla sur ses pieds et refoula un haut-le-cœur.

Une présence écrasante se manifesta dans la salle. Un ricanement se fit entendre.

La prière était parvenue aux oreilles du Diable et il répondait à l'appel d'Arthur.

La Dame du Lac lança une incantation, qui fusa dans la salle et surprit quelque peu leur invité. Aussitôt, les cinq énergies magiques convergèrent d'abord vers Arthur, ensuite vers la Dame du Lac et l'objet qu'elle tenait dans ses mains.

La présence fut comme aspirée par le médaillon que brandissait la magicienne, et bientôt, le ricanement se tut.

La lumière revint.

Seul subsista de la présence de l'Esprit le malaise d'Arthur.

Une fois l'opération terminée, Lukas se dépêcha de quitter sa place et d'aller soutenir Arthur dont les jambes tremblaient et qui peinait à se maintenir debout.

A son tour, la Dame quitta sa place et se dirigea vers Arthur. Elle enfila autour de son cou la croix en argent qui contenait à présent une partie de l'essence du Diable.

-Oneira, Lukas. fit-elle d'une voix douce mais autoritaire. Emmenez-le à sa chambre. Il a besoin de repos, comme nous tous. Vous pouvez disposer, dit-elle ensuite à ses apprenties. Merci à tous les quatre pour votre participation.

Une fois seule, elle se laissa aller contre l'une des colonnes bordant la pièce et s'autorisa un soupir.

Cette entrevue l'avait considérablement affaiblie, bien plus qu'elle ne l'aurait cru. Heureusement que tout s'était bien déroulé, et que c'était elle qui avait dépensé le plus d'énergie et non Lukas, ou même Oneira. Elle, elle aurait tout le temps de se reconstituer des réserves d'énergie, mais Lukas et Arthur n'auraient pas ce loisir, connaissant la fougue et l'impatience du roi. Quant à sa seconde, la Dame du Lac était toujours prise d'un élan maternel envers elle et cherchait à la protéger, même si Oneira avait presque les mêmes capacités magiques qu'elle.

La Dame du Lac sortit finalement prendre le soleil sous un pommier, les yeux clos.

Bientôt, un chevalier arriva au sommet des escaliers menant à cette terrasse et s'assit à côté d'elle, sans déranger son repos.

-Il n'est guère possible de te tenir éloigné de lui, Francis… fit-elle comme un reproche affectueux.

-J'en ai bien peur, en effet… répondit-il avec un petit sourire. Comment va-t-il?

-Bien. Bien, je suppose. Il ira forcément mieux après quelques heures de sommeil, l'épreuve a été éprouvante. Mais il est hors de danger. crut-elle bon d'ajouter devant le froncement de sourcils inquiet qu'arborait Francis.

Le blond se détendit sensiblement.

-Tu as l'air d'être très inquiet pour lui. C'est normal, évidemment, c'est un de tes compagnons d'armes… Je veux dire que tu as l'air bien plus attaché à lui qu'à n'importe lequel d'entre eux. C'est encore différent de ton lien très fort avec Antonio et Gilbert.

-On ne peut rien te cacher… Est-ce donc si flagrant?

-Qu'est-ce qui est flagrant, d'après toi? Le fait que tu ne te tiennes jamais à plus de cinq mètres de lui, le fait que tu le couvres de regards et de sourires tendres sans même que tu ne t'en rendes compte, le fait que tes yeux se baladent sur tout son corps lorsqu'il part nager, le fait qu'aucun de ses gestes ne t'échappe, tes sous-entendus salaces à son égard, ou encore le fait que tes yeux sont rêveurs lorsqu'on aborde le sujet?

Les joues de Francis rosirent un peu. Il était un rien gêné que celle qui l'avait connu petit garçon lui parle désormais de sujets de ce genre.

-On dirait que je suis démasqué…

-Le déguisement était léger.

-C'est vrai… concéda-t-il avec un soupir. Je ne cherche pas vraiment à me cacher. Tout le monde est au courant parmi les chevaliers. Personne n'a de problème avec ça. Et ce n'est pas toi qui risque d'aller en parler à sa femme. Je crains que si je me cache maintenant, alors que je l'ai toujours provoqué, il croie que je ne veux plus de lui. Je ne veux surtout pas que cela arrive maintenant alors qu'il semble enfin prêt à… Qu'il semble enfin disposé à ressentir quelque chose pour moi. J'ai attendu trop longtemps qu'un changement ne s'opère en lui dans ce sens pour tout gâcher maintenant. Je n'ai que faire de l'opinion des autres.

-Depuis quand…?

-Oh, cela fait plus de quatre ans que l'on s'est rencontrés. A l'époque, il n'était pas marié et son frère adoptif venait de partir en voyage initiatique avant de devenir chevalier. Arthur venait d'obtenir le trône de Bretagne mais il était abattu que l'homme qu'il aimait s'éloigne de lui… C'est là que je suis arrivé. Avec mon père, pour rendre hommage au nouveau roi… Nous avons passé plusieurs nuits ensemble… J'ai essayé de faire comme lui, au début, de me dire que c'était seulement un ou deux coups, comme ça. Sans rien de plus. Mais très vite, j'ai réalisé qu'Arthur était bien plus qu'un coup d'un soir, pour moi. Je lui ai dit, un soir, après nos… Enfin, je ne voudrais pas te choquer. Bref, je lui ai dit, un soir, et sa réaction m'a profondément blessé. Il m'a littéralement chassé et quelques mois après, j'ai appris son mariage. Je l'ai très mal pris, après ce que nous avions partagé, je m'attendais à… Autre chose. Je suis revenu à la charge lorsqu'il m'a convié pour la quête. Il semblerait qu'Arthur n'avait toujours pas oublié son amour pour Alfred malgré quatre ans de séparation et que son mariage ne parvenait pas à lui ôter son sénéchal de la tête. Lorsqu'il s'est avéré qu'Alfred n'était pas intéressé par plus que de l'amour fraternel, Arthur a été très affecté… Mais j'étais là. Et je crois qu'il m'en est reconnaissant, et qu'il commence à se rendre compte que plus qu'Alfred, plus que quiconque… Je serait toujours là pour l'épauler et le soutenir. J'ai de bons espoirs de lui faire comprendre ses propres sentiments.

-Jamais je ne t'aurais imaginé si persévérant, toi qui, petit, étais tellement impatient et impétueux.

-Devenir chevalier m'a apporté quelques vertus, en plus d'une vie de débau… Je veux dire, d'aventures…

-Je suis… Fier de toi. finit par conclure la Dame du Lac, un sourire éclatant éclairant son visage hâlé. Et, Frannie, je te souhaite d'être heureux. Que tout s'arrange entre Arthur et toi et que vous soyez heureux, tous les deux, loin d'ici…

-Quand nous sortirons d'ici avec le Graal, tout s'arrangera.

-J'aimerais en être aussi sûre que toi…

oOo

Lorsqu'Arthur se réveilla, les derniers rayons de soleil de la journée mouraient à l'ouest et éclairaient encore sa couche.

Il battit des paupières et, se sentant suffisamment vigoureux, il roula sur le côté et se redressa sur le coude.

-Bonsoir, Arthur. fit la voix de la Dame du Lac. As-tu bien dormi?

-Assez bien, je dois dire… Je m'attendais à rencontrer le Diable en songes, mais… Rien.

-J'en suis fort aise. Je ne vais pas te cacher qu'Oneira a pris la liberté de veiller sur ton sommeil… Avec un petit sort…

-Elle peut… Faire ça? s'étonna Arthur.

-Oui, elle a établi pour toi un bouclier autour de ton subconscient pour t'éviter de mauvais rêves ou de mauvaises rencontres.

-C'est très gentil à elle…

-Malheureusement, cela ne se peut qu'en sa présence. Une fois sorti de mon domaine, je crains que tu ne doives faire face à des rêves indésirables.

-Si c'est le prix à payer, je l'accepte.

-Je n'en attendais pas moins de toi. Cependant, je dois te mettre en garde contre d'autres choses. Il n'y a pas qu'en rêves qu'il peut t'apparaître…

-Comment cela?

-Arthur, tu portes une partie du Diable en toi. Une part de son âme. Il ne serait guère étonnant qu'il veuille avoir des conversations avec toi… Qu'il essaye de te faire basculer de son côté. Peut-être va-t-il essayer de te faire sombrer dans la folie. Tu ne peux rester seul. Jamais, à aucun moment.

-Je suis toujours accompagné…

-Tu ne comprends pas? Il pourrait te pousser à t'isoler, car seul, tu seras plus vulnérable. Je préviendrai Francis, il te suivra comme ton ombre.

Arthur ne put s'empêcher d'être séduit par l'idée. Mais il s'abstint de tout commentaire.

oOo

Le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil, Arthur se leva et se rendit dans la salle où il avait l'habitude de prendre ses repas, avec ses compagnons, Oneira et la Dame du Lac.

En chemin, il rencontra Ivan, qui allait dans la même direction.

-Tu as l'air d'aller bien… remarqua-t-il.

-Ce n'est pas qu'une impression.

-Je suis surpris… Tu n'as rien de… Diabolique…

-Il en faudra plus qu'une partie du Diable pour venir à bout de moi! rit Arthur.

-C'est bien… marmonna Ivan. Je suis content que tu ailles bien. Et que l'on puisse savoir vers où on va.

-Tu ne supportais pas l'errance?

-Qui le pouvait? Nous avions un but et aucune idée de notre destination, de notre distance par rapport à lui… Ne trouves-tu pas cela frustrant?

-Oh si…

-Et puis, ajouta le Russe, je ne crois pas que j'aurais été prêt à finir ma vie comme ça… Si tu n'avais pas décidé de sacrifier ta foi… Nous n'aurions peut-être jamais atteint notre but, et je ne l'aurais supporté. Je n'aurais pas pu quitter la quête, question d'honneur, mais… Il y a quelqu'un que je me suis promis de revoir. A qui j'ai promis de rentrer. Je ne pourrais supporter de finir ma vie sans l'avoir revu. Je suppose que, donc, je dois te remercier.

-Tu me remercieras lorsqu'on aura trouvé le Graal, qu'en dis-tu?

Ivan lui adressa un petit sourire.

-Ca ne devrait plus être long…

Arthur aurait aimé partager son enthousiasme, néanmoins, il taisait ses espérances. Trop souvent il avait été déçu, trop souvent il avait rencontré des obstacles alors qu'il s'était réjoui trop tôt. Cette fois, il ne laisserait libre cours à sa joie qu'une fois le Graal entre ses mains.

Ils arrivèrent dans la salle à manger et prirent place, répondant aux saluts et aux sourires de leurs compagnons arrivés avant eux.

Le cœur d'Arthur fit un bond dans sa poitrine lorsqu'il croisa le sourire tendre et éclatant de Francis.

Après tout, peu importait qu'il trouve le Graal ou non, il avait trouvé quelque chose de bien plus précieux.

Des amis et des sentiments.

Le voilà bien.

Arthur attrapa une grappe de raisins dans un plat et se servit du cidre dans son gobelet de verre, délicatement orné de volutes dorés. Il accepta avec un sourire la tranche de pain qu'Oneira lui tendait et attendit que Lovino ait fini de prendre du miel pour lui réclamer l'amphore miniature dans laquelle il se trouvait.

Les chevaliers mangèrent dans le calme, écoutant Matthias raconter une joyeuse histoire de banquet nordique tout en se goinfrant –avec distinction quand même.

Lorsqu'Arthur termina son gobelet de cidre et la déposa d'un geste décidé sur la table, Matthias termina à la hâte son histoire et tous lui furent bientôt tous ouïes.

-Comme vous le voyez, comme vous le savez puisque vous avez tous pris de mes nouvelles, je vais bien. L'état général des troupes est optimal, d'après mes informations. Nous avons tous bien profité et mis notre séjour ici à profit.

Des acquiescements approuvèrent ses dires, et il continua:

-Et, chères hôtes, bien que je sois tombé amoureux de cet endroit, de cette maison, il est temps pour nous de reprendre notre route, de retourner en quête de notre but. Nous disposons d'une semaine pour préparer notre départ, nous faire à l'idée que nous ne reviendrons peut-être plus jamais mais que nous partons vers un glorieux destin, et dire adieu à nos hôtes.

Les mines se firent déconfites à l'annonce du départ, puis les chevaliers se rappelèrent leur but, leur honneur, la gloire à venir, et peut-être l'immortalité.

Alors leur tristesse disparut et ils reprirent leur fier visage de conquérant.

-A l'aube du huitième jour, nous repartirons en chasse. conclut Arthur.

Les sourires se dessinèrent, confiants et enjoués.

Les troupes étaient relancées.

oOo

Le soir du septième jour fut bien différent des précédentes soirées paisibles qu'ils avaient passées chez la Dame du Lac.

Pour le dîner, les chevaliers furent accueillis en plein air, sous les châtaigniers, pommiers, saules et oliviers sur les feuilles desquels les derniers rayons solaires dansaient.

La table avait été dressée là, et à côté, les jeunes apprenties de la magicienne les attendaient déjà en jouant de la flûte, de la lyre, de la harpe et elles chantaient, accompagnées par des tambourins et des petites percussions.

On leur servit ce soir-là des dindes farcies, des poissons accompagnés de sauces au miel, aux herbes, au citron, de toutes sortes.

On leur proposa aussi de la bière et de l'hydromel.

La Dame du Lac donna tout de suite le ton.

-Je souhaite que vous n'oubliiez jamais cette soirée. Je souhaite que vous vous amusiez et que vous gardiez le meilleur souvenir possible de votre séjour chez nous.

Après le repas, la table disparut et les chevaliers se retrouvèrent entraînés dans une danse enjouée et haletante.

Arthur tenait le bras de deux jeunes magiciennes qui l'avaient enrôlé de force dans ce quadrille incessant et, les premiers temps de gêne passés, il trouva l'ambiance fort agréable. La bière aidant, il ne s'arrêta pas de danser, et il ne fut pas le seul.

Ivan prit le contrôle de la musique à un moment et fit danser les convives sur les rythmes de son pays, rejoint par Elizabeta qui ajouta une note hongroise aux tonalités russes.

Matthias tenta tant bien que mal de faire danser Lukas, mais comme le Norvégien avait apparemment un piètre sens du rythme, ils se mirent un peu à l'écart et ne dansèrent que pour eux-mêmes, sur un rythme lent qu'ils étaient les seuls à connaître, et surtout, Lukas sur les pieds et entre les bras de Matthias.

Matthew suivait avec assiduité les conseils d'Oneira et s'était trouvé une partenaire de danse, jeune et jolie magicienne à la peau claire et aux cheveux d'or.

Alfred changeait quant à lui de complice à chaque nouvelle mélodie. Son succès était indéniable…

Lovino avait d'abord essayé de se la jouer asocial et au-dessus de tout cela. Finalement, il dansait avec un Antonio aux anges riant aux éclats, tandis que l'Italien était un peu gêné, le rouge aux joues mais un sourire boudeur aux lèvres. Fidèle à lui-même, en somme.

Roderich avait habilement réussi à éviter les danses, ce que Gilbert trouvait dommage lui qui adorait le voir se trémousser dans les fêtes de ce genre, car l'Autrichien avait un grand sens du rythme. Le brun s'était vite réfugié du côté des musiciennes. Enfin, des instruments. Il avait pris la place d'une flûtiste que Gilbert s'était empressé de dérober pour une danse.

Car oui, l'albinos était occupé à tester ses charmes sur les jeunes apprenties. Bien sûr, il restait décent, pour une fois.

Un arrêt fut marqué dans la musique alors qu'il était près de minuit. Arthur s'octroya enfin un peu de repos, comprenant que la fête était terminée, et ses yeux se posèrent sur Gilbert qui était occupé à séduire une innocente adolescente –certes, il n'y avait pas de souci à se faire, elle était parfaitement capable de se défendre– mais le cœur du roi se serra lorsqu'il songea que Francis était probablement occupé à faire la même chose.

Ce n'était pas pour rien si le Français s'entendait si bien avec l'albinos. Ils avaient les mêmes façons de passer le temps…

Mais alors, où se terrait Francis?

Etait-il… S'était-il éclipsé avec une jolie demoiselle?

Arthur sentit une boule se former dans sa gorge à mesure que cette hypothèse qu'il tentait de refouler s'emparait de son esprit.

Il balaya la foule du regard, se sentant soudainement étouffer.

Nulle trace d'une chevelure dorée ondulée.

Nulle trace d'yeux bleus rieurs et malicieux.

Nulle trace de maintien fier et altier.

Nulle trace de sourire entendu mais infiniment tendre.

Francis… N'était pas là.

-On dirait que tu cherches quelqu'un, Arthur… fit une voix suave à son oreille.

Le jeune roi sursauta et tourna vivement la tête.

Ils étaient là, ces cheveux, ces yeux, ce maintien, ce sourire, ce visage. Ces lèvres…

…Qui étaient si proches de son visage…

Arthur sentait le souffle chaud de Francis dans sa nuque.

Il dut se faire violence pour éviter de se retourner complètement et sauter sur le chevalier.

Il se rappela qu'il ne devait pas faire ça.

Pas ici…

Fort heureusement, la voix claire de la Dame du Lac résonna:

-Allons, les enfants! Demain sera une dure journée! Allez tous dormir.

Sa voix était sans appel, et de toute façon, table, boissons et instruments s'étaient volatilisés. Il ne restait plus rien pour faire la fête.

Arthur profita du mouvement de foule pour s'éloigner de Francis et regagner les bâtiments.

Il fut bientôt à l'abri dans la pénombre du couloir menant à sa chambre. Mais il entendit des pas derrière lui et se rappela que la chambre de Francis se trouvait juste en face de la sienne.

Le roi s'arrêta sur le seuil de la pièce et sentit presque instantanément la présence du Français dans son dos.

-… Bonne nuit, Francis. lança Arthur sans se retourner.

Il devait éviter de penser à cet homme dans son dos. Proche. Si proche…

Francis ne se laissa pas démonter par ce refus.

Il attrapa le bras d'Arthur et le força à se retourner. Se faisant désormais face, le Français lui souffla:

-Voyons, Arthur… Jusqu'à quand vas-tu te mentir et refuser de te faire plaisir?

-Je ne…

-Te mens pas? compléta Francis. Je t'en prie, Arthur. J'ai pris sur moi et affronté tes refus… Parce que je savais à quel point ta situation sentimentale était délicate et que j'étais bien conscient qu'il te faudrait du temps. Maintenant, je suis sûr que tu ne ressens plus rien pour Alfred… Qui d'ailleurs ne répondra jamais à tes sentiments. Le bonhomme est un pieux chevalier exemplaire toujours prêt à se trouver une pucelle en détresse. Une demoiselle, Arthur. Pas un jeune roi beau comme un dieu qui n'a besoin de strictement personne pour se protéger.

-… Je sais tout ça! le coupa Arthur avec humeur.

-Alors qu'est-ce qui te retient? Aurais-tu peur, Arthur?

La pique de Francis eut l'effet escompté. Le roi vit rouge devant la provocation et se rua sur les lèvres de Francis, offertes et étirées en une sourire triomphant alors qu'il lui rendait son baiser.

Qu'Arthur rompit un instant pour susurrer:

-Sache que je n'ai peur de rien, Francis Bonnefoy.

-Je n'en attendais pas moins de vous, altesse…

Arthur recula dans la chambre, entraînant Francis dans son sillage.

La température était montée en flèche. Les doigts brûlants du Breton parcouraient, touchaient, découvraient la moindre parcelle de l'anatomie de Francis qui fut bientôt libérée de toute entrave textile et offerte à la vue et au toucher du roi, tandis que Francis, sans délaisser les lèvres de son amant, les faisait tous deux basculer sur le lit pour qu'ils se retrouvent comme les deux amants qu'ils avaient été jadis et qu'ils redevenaient présentement.

oOo

Le matin vint bien trop vite au goût de Francis, qui aurait préféré rester éternellement aux côtés d'Arthur, dans ce lit, après une nuit d'amour, de passion et de tendresse.

Un rayon solaire vint chatouiller sa joue et lui fit ouvrir les yeux.

Etendu à côté de lui, il découvrit le regard serein et détendu d'Arthur.

Il fut subjugué par cette vision d'Arthur réduit à sa plus simple expression: complètement nu sous un drap délicat, les traits complètement exempts de tout souci.

Il était rare de le voir si insouciant. D'ordinaire, son visage marquait toujours sa contrariété mal dissimulée. Francis était simplement heureux d'avoir pu le contempler ainsi.

En douceur, le Français se leva et enfila une tunique à la hâte.

Arthur s'éveilla à son tour et, après un bâillement somme toute peu majestueux, il dit:

-Tu me quittes déjà?

-Bonjour, Arthur. Loin de moi l'idée de te quitter. Aurais-tu oublié? On m'a donné pour mission de ne plus jamais te laisser seul. Et c'est avec plaisir que je la remplirai, tu peux me croire…

Il déposa un chaste baiser sur les lèvres de son amant, qui le lui rendit et répondit:

-Je sais que je peux compter sur toi… Merci.

-Un plaisir, Arthur. Un véritable plaisir.

Un sourire tendre étira les lèvres du roi.

Plus jamais. Plus jamais il n'oserait dire qu'il ne s'était pas menti.

Bien sûr que si qu'il avait toujours eu besoin de Francis à ses côtés.

Et il était tellement heureux en ce moment même d'enfin être en accord avec lui-même…

oOo

De retour dans la forêt de Brocéliande après un mois d'absence, les chevaliers, sur la terre ferme, saluaient leurs hôtes.

La Dame du Lac avait une larme à l'œil. Ce jour-là vêtue de bleu, elle se fondait dans l'eau limpide du lac derrière elle. Quant à Oneira, elle avait tressé ses cheveux de fils d'or et revêtu une robe légère de couleur verte, qui rappelait avec nostalgie la verdure de la demeure de la Dame aux chevaliers.

-N'hésitez pas à repasser nous voir, maintenant que vous savez où vous allez.

-Francis, ne fais plus dix ans sans me donner de nouvelles! recommanda la magicienne présentement réduite à la condition de mère poule par procuration.

-Je ne suis pas sûr de vouloir te revoir si c'est pour te voir pleurer…

Il frotta la joue mouillée de sa nourrice et pressa sa main délicate dans la sienne.

Avec un dernier signe de la main et des sourires, les deux magiciennes disparurent de la surface de l'eau.

Les chevaliers restèrent un moment immobiles, puis firent volte-face et s'éloignèrent du lac.

-Alors, Arthur? fit Matthias. C'est par où?

Le roi sortit la carte d'un pli de sa tunique, tout content d'enfin pouvoir apporter une réponse à cette question, et annonça triomphalement:

-A l'est. Suivons le soleil.

-Je te suis depuis bien longtemps, Arthur. murmura Francis pour que seul le roi puisse l'entendre et rougir.

Arthur se reprit bien vite et savoura un moment l'impression d'avancer avec un cap, une direction à suivre.

La quête s'annonçait enfin sous les meilleurs auspices.

Enfin, presque.

C'était sans compter les avertissements que la Dame du Lac avait transmis à Arthur et que ce dernier avait préféré passer sous silence face à ses troupes.

"Tu connais le chemin maintenant, Arthur. Mais ne crois pas qu'il ne sera pas semé d'embûches. Quoi qu'il arrive, n'abandonne pas ton âme au désespoir… Ni au Diable."


Mouais, j'ai un vague souvenir de vous avoir promis de l'action pour ce chapitre, mais en dehors du lit ce sera pour le 12.

Je sais, j'ai fui le lemon u.u Mais je me réserve pour les Spamano de deux prochaines fics. Vous avez le droit de me fustiger, faites-vous plaisir ;)

Bon mais sinon, ça ne s'annonce pas trop mal pour eux, si? *sourire de sadique*

Je vous avoue que le prochain chapitre n'est pas encore entamé, donc va falloir attendre... Mais comme je suis en vacances, je devrais pouvoir m'y consacrer dès mercredi!

N'hésitez pas à reviewer ;)

Ciao ciao ~