Bien le bonsoir ~

Disclaimer: tous les personnages nommés appartiennent à Hidekaz Himaruya ou à la légende arthurienne.

Note: ce fut long, douloureux, laborieux... Mais le chapitre 12 est enfin là! Ecrit en partie pendant le match Belgique/USA, il a parfois des allures de match de foot... (même si il faut bien l'avouer, j'ai rapidement délaissé mon texte pour me concentrer sur le match parce que... What a great game, quoi.)

J'ai vraiment eu des difficultés à l'écrire... Par peur des répétitions, de la monotonie, peur de vous décevoir... Parce que je n'aime pas ce chapitre. Il est beaucoup trop long mais je m'en suis rendue compte trop tard. Je suis désolée si vous ne l'aimez pas non plus, je ferai de mon mieux pour me rattraper avec les prochains.

A ce sujet, il reste normalement trois chapitres, voire quatre s'ils sont trop longs et que je dois les scinder. La fin approche, ne m'abandonnez pas xD

Merci pour les reviews, je compte sur vous pour laisser une trace de votre passage sur ce chapitre également ;)


Chapitre 12 : Joutes

Ils atteignirent le château du Graal en deux jours.

Mais le miracle résidait surtout dans le fait qu'ils n'avaient croisé aucun ennemi sérieux en chemin. Pas une fée, pas un esprit, pas une créature magique quelconque.

Ce qui avait permis de prolonger un peu le repos accordé aux chevaliers chez la Dame du Lac, mais qui, en même temps, avait laissé une drôle d'impression aux compagnons.

Sans cesse sur le qui-vive, ils se demandaient quand la catastrophe allait leur tomber dessus.

Mais ils se trouvaient désormais à quelques centaines de mètres des douves du château, qui leur apparaissait, squelettique, sous la lumière de la lune, et aucun opposant ne s'était encore manifesté. Aucun esclandre diabolique à déplorer non plus.

Mais ce n'était qu'une question de temps.

Arthur aurait aimé s'introduire dans le château tant recherché, il avait l'œil brillant et fiévreux de convoitise.

-Il vaut mieux attendre le matin. le freina Francis d'une voix douce pour ne pas le brusquer.

-Non. répliqua Arthur. Nous avons suffisamment attendu. Allons-y de suite.

-On ne sait pas ce que ce château nous réserve comme surprises…

-Tu deviens paranoïaque.

-Et toi inconscient, apparemment. Crois-tu vraiment que le Graal trônera dans une salle claire et dénuée d'ennemis défenseurs?

-Les ennemis défenseurs, nous les avons déjà affrontés. Les esprits du lac, les Gobelins, Morgane… Le Graal est là, derrière ces murs, il nous attend…

-Tu mélanges tout, Arthy. se désola Francis. Morgane n'en avait qu'à ta tête. La tienne. Et la nôtre parce que nous te défendions. C'était une histoire personnelle qui n'avait rien à voir avec la quête ou le Graal. Les Gobelins n'ont fait que défendre leur territoire qu'ils ont cru attaqué. Les esprits… C'est dans leur nature de créer des illusions. Si cette forêt en elle-même était toute entière dévouée à la protection du Graal, la Dame du Lac n'aurait jamais élu domicile ici.

-Mais c'est pourtant vrai… Il n'y avait qu'un château ici, et le Diable a voulu éviter que la foi ne se propage… Qu'on vienne adorer le Graal. Il a entouré cette relique d'une forêt hostile pour empêcher les chrétiens de la trouver.

-Qu'est-ce que tu racontes?

-Je le sais… Il me l'a dit…

-Tu ne dois pas le laisser te parler, Arthur.

Le ton de Francis était bien plus alarmé qu'auparavant.

Si aucune crise visible n'avait été à déplorer, apparemment, mentalement c'était autre chose. Et Francis, à qui on avait confié la mission de protéger Arthur, ne pouvait s'empêcher de culpabiliser.

-Je n'ai pas besoin que tu me dises ce que je dois faire. rétorqua Arthur avec colère.

-Tu t'entends? intervint Alfred.

Alfred.

Qui fit l'effet d'une douche froide à Arthur en prenant la défense de Francis.

Arthur réalisa alors qu'il n'avait plus tout à fait les idées claires. Il se donna une claque mentale et fut tout de suite plus lucide.

-… Oui… Vous avez raison… Nous… Nous attendrons le matin.

Son front perlait de sueur, et il préféra tourner le dos à son Sénéchal et à son ami pour retourner dans sa tente.

Un malaise grandissait en lui.

Qu'est-ce qui lui arrivait?

oOo

Francis avait passé la nuit au chevet d'Arthur, bien trop inquiet quant à l'état moral du roi pour fermer l'œil. Il avait surveillé le moindre mouvement du jeune homme, le moindre froncement de sourcils qui aurait pu annoncer une conversation entre le Diable et le subconscient du Breton.

Mais rien n'était venu.

Si conversation il y avait eu, aucun signe extérieur ne le laissait soupçonner.

Ce qui n'était pas pour rassurer Francis.

Mais Arthur ouvrit les yeux à l'aube, et cette lueur fiévreuse avait disparu. Son regard émeraude avait recouvré sa pureté.

oOo

Le campement était replié. Les douze chevaliers étaient sur le départ, faisant face au château. Au signal d'Arthur, ils se mirent en marche et franchirent les quelques centaines de mètres qui les séparaient de l'objet de leur quête…

Ivan, en éclaireur, s'arrêta net lorsqu'il arriva devant les douves.

Ils n'étaient pas seuls.

Il y avait, campant aux portes du château, une centaine de chevaliers en armes, de tous horizons. Sarrasins, Scandinaves, Européens, Bretons.

Comme sortis d'une autre époque, ils les attendaient de pieds ferme, armés.

Ivan eut tôt fait de prévenir Arthur, se repliant en courant vers le reste du groupe.

Informés de cela, ils s'arrêtèrent.

Roderich, agile archer, escalada un arbre jusqu'à arriver à un bon poste d'observation.

Il observa le campement, les chevaliers, les infrastructures, les armes, les attitudes.

Et il tira des conclusions, dont il fit part à ses compagnons.

-Ils n'attaqueront pas.

-Comment peux-tu en être si sûr? demanda Arthur, fébrile.

-Nous avons fait du feu cette nuit, ils nous ont forcément repérés. S'ils avaient voulu nous attaquer, ils auraient profité de notre sommeil au lieu d'attendre que nous allions vers eux. De plus, ils sont restés près de leur campement, ce qui signifie qu'ils n'ont pas l'intention d'en faire un champ de bataille. La plupart des chevaliers, bien qu'ils soient en armes, vaquent à des occupations tout ce qu'il y a de plus banales, ce qui n'est pas vraiment ce qu'on attend de soldats qui s'apprêtent à combattre. Il n'y a qu'un détachement d'une dizaine de chevaliers qui ne fait rien, qui semble nous attendre. Ah, et, dernier détail, l'un d'eux porte un étendard. Un étendard blanc immaculé.

-Merci Seigneur, nous ne nous battrons pas aujourd'hui. soupira Francis.

-Quand bien même nous devions combattre, nul ne s'y serait soustrait. leur rappela Gilbert, tout sourire. Aucun chevalier digne de ce nom ne fuit le combat, camarades, c'est la règle. Et personnellement, je suis chaud pour me faire quelques têtes ennemies.

-Freine tes ardeurs, Gil. lui intima Antonio. Il n'est pas dit qu'ils sont nos ennemis.

-Ils ne sont probablement pas nos amis non plus. répliqua l'albinos.

-Arthur? consulta Francis pour mettre fin au débat de ses deux compères.

Le roi leva vers lui un regard décidé.

-S'ils sont une dizaine à nous attendre… Nous serons douze à aller à leur rencontre. Je serai notre porte-parole.

-Hors de question que tu ailles discuter tout seul avec ces types! intervint Alfred. Je suis ton sénéchal et je viens avec toi.

-Il est également hors de question que tu fasses un pas sans moi sur les talons, mon lapin… fit Francis avec un sourire.

-Mouais. lança Gilbert. Alfred protège son roi, Francis essaye de ne pas lui sauter dessus… Je me porte volontaire pour couvrir vos arrières au cas où nous serions attaqués en traître pendant les discussions. Puisque les soucis démocratiques ne sont pas mes affaires, je surveillerai les environs.

-Nous nous tiendrons prêts à intervenir en cas d'échec des négociations. assura Matthias en enserrant le manche de sa hache d'une main et en englobant Lukas, Roderich, Matthew, Ivan, Elizabeta, Lovino et Antonio de l'autre.

-Hé bien voilà, nous sommes prêts, me semble-t-il. décréta Arthur en reprenant sa progression vers le camp adverse.

oOo

Les deux délégations se rencontrèrent à bonne distance du château, environ à mi-chemin entre le camp établi la veille par les chevaliers de la Table Ronde et celui qu'occupaient leurs homologues.

Ces derniers étaient plus âgés que les chevaliers d'Arthur. Ils semblaient également avoir plus d'expérience, au vu des cicatrices qui ornaient les parties visibles de leurs corps protégés par des armures.

Celui qui parla était un Breton d'âge mûr, aux cheveux noirs striés de mèches blanches, bâti comme un chêne. A l'instar de deux ou trois hommes qu'Arthur put voir derrière lui. A côté d'eux, se mélangeaient plusieurs types de combattants. De l'asiatique filiforme à l'armoire à glace scandinave.

Ils se saluèrent cordialement selon l'usage, après quoi le plus âgé fut le premier à prendre la parole.

-Qui est votre chef? D'où venez-vous?

-C'est moi. fit Arthur en sortant de la ligne qu'il formait avec Alfred, Francis et Gil. Je suis Arthur Kirkland, roi de Bretagne.

-Tu es bien téméraire… le complimenta le plus âgé avec un sourire. Tu ne connais pas le terrain, tu pourrais être la cible de dizaines d'archers dissimulés alentours… Et tu te présentes tête nue devant moi, dans une armure de cuir… Pour ainsi dire sans protection.

-Mais à ce que je vois, vous arborez armes, blasons et armures. répliqua Arthur, un rien insolent. Je vous considère donc comme les chevaliers que vous êtes. Honorez votre code d'honneur, ou vous ne serez plus dignes de porter ces armes. Sachez que vous ne me faites pas peur, pas plus que vos archers, fussent-ils des millions.

-Téméraire, comme je le disais. Et trop confiant, peut-être. conclut le Breton. Tu as de la chance, petit roi, d'être tombé sur des chevaliers loyaux à leur serment et non des mercenaires. Heureusement que nous ne sommes pas là pour vous tuer lâchement.

Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas là pour nous tuer…

-Peut-on nous aussi savoir à qui nous avons l'honneur de parler? demanda Arthur.

-Nous sommes les défenseurs du Graal. Si c'est ce que vous cherchez, sachez qu'il vous faudra nous passer sur le corps pour pénétrer dans ce château.

-Des défenseurs? répéta Arthur, incrédule. Nous ne venons pas pour le détruire.

-Crois-tu que c'est notre seule crainte? L'immortalité est une chose bien séduisante pour la race humaine. Tu ne peux le nier, toi-même tu es venu pour ça. Je le sais. Je le sens. Tous ceux qui t'ont précédé avaient la même motivation. Moi, également. Il y a toujours eu des défenseurs, Arthur Kirkland, et ils m'ont arrêté à ce même endroit. Je suis devenu l'un des leurs, il en a toujours été ainsi. Ceux qui n'ont pas atteint le Graal sont voués à le défendre corps et âmes jusqu'à la fin des temps… Ou jusqu'à ce qu'ils soient vaincus par ceux qui y parviendront. Vous suivrez le même sort que moi et que tous les autres. L'usage veut que les défenseurs et les pillards s'affrontent en un tournoi de chevalerie, à cheval. Seuls les vivants ont le droit de pénétrer dans le château. Les morts le gardent.

-Et si nous refusons? intervint Alfred. -Alors vous serez massacrés sur le champ sans avoir le droit ou le temps de vous défendre. Oh, j'oubliais un détail. Ce tournoi sera un tournoi à mort. Quant à vos adversaires, vous les voyez derrière moi, ils vous attendent. Appelez donc vos compagnons restés en retrait: le tirage au sort va commencer. oOo

L'ordre de passage fut en effet tiré au sort par chaque chevalier. Le premier à combattre serait Francis, suivi d'un Lovino au bord de l'évanouissement, d'Elizabeta, d'Ivan, de Lukas, que suivraient Matthew, Gilbert, Matthias, Antonio, Roderich, Alfred, et enfin Arthur, avec sa légendaire bonne fortune. Leurs adversaires avaient eux aussi tiré au sort, mais ils ignoraient l'identité de leur opposant respectif.

-Mes amis… commença Arthur. Peu importe quel adversaire le destin nous réserve. Peu importe si ce tournoi s'annonce mal. Nous devons le gagner. Nous le remporterons, et tous, nous entrerons dans le château. Nous avons commencé notre quête à douze. Et à douze, nous la mènerons à bien.

oOo

Francis hérita d'une montagne de muscles suédoise. Fort heureusement pour lui, il ne s'en tirait pas mal car il était plus rapide, plus agile et plus intelligent.

Ses amis contemplaient le spectacle depuis la tente qu'on leur avait assignée, sur le côté de l'aire de combat.

Lovino n'avait pas le cœur à regarder. Il était bien trop occupé à stresser, à édicter ses dernières volontés à voix haute et à refouler des larmes de peur et de colère.

Jamais il ne sortirait vivant de ce tournoi.

Peu importait son adversaire, Lovino ne ferait de toute façon pas le poids. Tous les défenseurs étaient des hommes puissants, forts et très entraînés.

Et le malheureux poids plume qu'était l'Italien tremblait face à eux.

Il avait peur comme jamais encore il n'avait eu peur dans sa vie.

A ce jour, son seul tournoi –à pieds, par-dessus le marché– avait consisté en un combat contre Gilbert.

Qui n'avait pour ainsi dire pas la réelle motivation de le tuer, mais plutôt d'évaluer son niveau. Ce qui était sensiblement différent.

Lovino n'avait jamais été si anxieux. Il n'avait jamais senti sa mort si proche.

Il ne pouvait s'empêcher de penser à son petit frère qu'il ne reverrait jamais. A cette carrière de preux chevalier qu'il n'aurait jamais le loisir de mener à bien. Et égoïstement, il se demandait si Antonio aurait un peu de peine de le perdre, son écuyer… Son amant. Ou bien s'il aurait tôt fait de s'en trouver un autre qui remplirait les mêmes fonctions.

Antonio quitta un instant l'entrée de la tente pour rejoindre Lovino dans un coin. Il l'attrapa par le torse et le retourna contre sa poitrine, le serrant fort contre lui.

Le combat de Francis touchait à sa fin.

L'Italien monterait bientôt sur l'aire de combat.

Lovino s'accrocha à l'armure de l'Espagnol comme si sa vie en dépendait. Il avait les doigts crispés sur les protections de cuir, la tête enfoncée dans le buste de son ancien maître.

-Lovi… Tout va bien se passer. le rassura Antonio.

-N…Non. Je ne suis pas prêt pour ça, Tonio, je…

-Mais si. Bien sûr que tu es prêt. Tu es mon écuyer, Lovino Vargas. Tu as affronté des Gobelins. Tu as vaincu Oneira à l'escrime! Tu es tout à fait capable de battre un humain.

C'était vrai… Lovino avait quand même quelques minces victoires à son actif. Et c'était ainsi que les grandes victoires commençaient: par des petites. Alors pourquoi pas…

Francis déboula dans la tente, en sueur, en sang et essoufflé, l'épée souillée de sang poisseux et écarlate. Son armure était fendue à plusieurs endroits mais il ne semblait pas avoir de blessures sérieuses. Ses jambes tremblaient et il dut s'allonger pour éviter qu'elles ne le lâchent mais dans l'ensemble, il s'en tirait mieux que son adversaire qui gisait, inerte et vidé de toute vie, dans l'arène.

L'arrivée précipitée du blond fit se séparer les deux amants méditerranéens et resurgir les craintes du plus jeune.

C'était à son tour maintenant.

Il devrait monter en selle, dégainer son épée et laisser libre cours à la sauvagerie et aux techniques de combat qui sommeillaient en lui.

Son cœur battait la chamade.

Mais Antonio lui adressa un sourire d'encouragement et son regard brillait de confiance.

Lovino ne voulait pas décevoir son amant alors qu'il croyait à ce point en lui, en ses capacités et en sa victoire.

Mais l'anxiété était toujours présente, bien que l'adrénaline commençait à l'éclipser.

Lovino marcha vers son destin, sous les regards confiants, anxieux ou encourageants de ses compagnons d'armes.

Avant de pénétrer dans l'arène, il se retourna une dernière fois.

Ses yeux ambrés rencontrèrent les prunelles émeraude d'Antonio et s'y accrochèrent longuement.

Le jeune chevalier n'y tint plus et franchit en courant la distance qui le séparait de son amant, pour sauter sur ses lèvres offertes afin de réclamer son baiser d'encouragement.

Et il l'obtint.

Fougueux, profond, passionné, désespéré.

Il état à la fois un encouragement, un adieu, une promesse de retour.

Enfin, Lovino rompit le baiser et adressa ses dernières paroles à l'homme qu'il aimait.

-Si je meurs, je te tue.

Puis il se mit en marche pour de bon vers son destin, qui avait pris la forme d'une cavalière de l'Est, souple, agile et mince. Ses muscles saillaient sous une fine armure de cuir résistant. Ses cheveux blonds noués en queue de cheval claquaient dans le vent.

Elle possédait non seulement une épée, mais aussi de petites dagues multiples et des cercles de pointes en métal.

Lovino prit une grande inspiration, sortit son Dono dal Re de son fourreau et chargea.

La cavalière ne parut pas déstabilisée par une charge si soudaine.

Elle mit son cheval au galop et la rencontre entre elle et Lovino fut inévitable.

Lorsque les chevaux furent côte à côte, l'Italien asséna un ample coup d'épée en direction de son adversaire, mais cette dernière se pencha en avant, se plaqua sur l'encolure de sa monture et esquiva.

Cependant, la contre-attaque ne se fit pas attendre. Elle profita du mouvement trop ouvert de Lovino et de la course des chevaux pour lancer l'un de ses cercles de pointes, qui atteignit le flanc gauche de l'Italien.

Lovino serra les dents. Il ne devait pas crier, ni même montrer sa douleur. Après tout, elle était supportable. Il avait déjà enduré bien pire dans sa courte carrière de chevalier. Lors du combat contre les Gobelins, par exemple. Il avait dû attendre assez longtemps avant qu'on ne soigne son bras presque arraché, et ça n'avait pas vraiment été une partie de plaisir.

Antonio, aux premières loges, avait eu le même réflexe que son amant. Sa mâchoire s'était crispée sous la douleur que ressentait son écuyer. Il ne s'agissait que d'une piqûre, cependant vive et intense.

Et elle était d'autant plus douloureuse qu'elle était la première.

Mais Lovino fit demi-tour, prêt pour la deuxième charge.

Cette fois non plus, il n'atteignit pas sa cible.

Quant à la guerrière, elle innova en matière d'esquive. Elle se pencha sur le côté, suspendue à la verticale à la selle du cheval, et planta une dague dans la jambe du jeune homme, avec laquelle elle la taillada de la cuisse au mollet.

L'Italien hurla de douleur et perdit le contrôle de son cheval, qui s'était emballé suite à la pression exercée par les jambes crispées de son cavalier. Pour couronner le tout, la monture fut bientôt elle aussi la cible des projectiles de leur ennemie et désarçonna Lovino d'une succession de ruades dues à la douleur.

Lovino atterrit lourdement au sol, s'écrasant sur sa jambe meurtrie avec un cri de souffrance. Il dut rouler sur le côté pour éviter d'être piétiné par son cheval, rendu fou par les multiples pointes dont il avait été criblé.

Déjà l'adversaire revenait à la charge, toute lame dehors, prêt à achever l'homme, si jeune soit-il, qui gisait au sol.

Lorsqu'il vit cela, Lovino bondit sur ses pieds et anticipa le coup d'épée en se baissant et en entraînant la bride de la monture lancée au trot de son ennemie vers le sol.

Lovino ne devait pas lâcher prise. Malgré l'allure du cheval, il tira ses rennes vers le sol et parvint à le déporter vers l'arrière, tandis que sa cavalière continua sa course vers l'avant, passant au-dessus de l'encolure et terminant son vol plané dans la boue avec un craquement sinistre.

Elle peinait à se relever. Son bras droit pendait, inerte et brisé, contre son flanc. Elle allait devoir se fier uniquement à son bras gauche pour combattre.

Du moins si Lovino lui en laissait l'occasion.

Il se rua sur elle alors qu'elle était à genoux, méprisant la douleur lancinante de sa jambe, alors que la cavalière était à genoux et désarmée. Dans l'esprit de l'Italien, la question d'épargner une femme qui l'aurait, elle, tué sans hésitation ne se posa que brièvement.

Il leva sa lame, ajusta la frappe, abattit son arme et détourna les yeux au moment où elle rencontra la chair.

Antonio lui avait dit un jour qu'il n'oublierait jamais le premier homme qu'il avait tué. Le regard de l'être humain qui s'éteint.

Il était à peine plus âgé que Lovino à l'époque, et il venait d'entrer au service d'un seigneur qui partait en croisade contre les hérétiques. L'épreuve avait été difficile. L'horreur du monde, son incohérence et sa laideur s'étaient résumées dans les yeux de cet homme qui mourait, devant les yeux tétanisés de l'Espagnol.

Il lui avait dit aussi: "quand ce sera à ton tour, Lovino, ne détourne pas les yeux. Regarde ton ennemi mourir. Alors tu comprendras l'importance de réfléchir avant d'ôter une vie."

Lovino posa alors à nouveau les yeux sur son adversaire vaincue, qui rendait son dernier soupir. Ses yeux pers le fixaient, voilés, comme faisant déjà partie d'un autre monde.

L'Italien pouvait distinctement voir la flamme de vie s'éteindre.

Par sa faute.

Oui, il avait vaincu, comme Antonio le lui avait dit. Il avait gagné son combat.

Mais il n'avait même pas le cœur à s'en réjouir. Au plus bénissait-il son ange gardien d'être encore en vie.

Il était fier d'avoir remporté ce combat, et pourtant, il était malheureux. Malheureux comme la pierre.

Une main vint le saisir par derrière et l'attira en arrière, vers la tente.

Antonio.

Lovino se laissa guider, les yeux rivés vers la femme qui était désormais retombée au sol, définitivement.

Une fois dans la tente, et toujours en état de choc, tremblant, il lâcha son épée et chercha la chaleur rassurante du cou d'Antonio, qu'il étreignit.

L'Espagnol lui rendit son étreinte et murmura:

-Bienvenue dans le monde des adultes, Lovi…

oOo

-Antonio. l'apostropha Lukas, autoritaire malgré la neutralité de sa voix. Il ne va pas s'envoler. Laisse-le s'allonger. Je vais m'occuper de ses blessures.

Antonio dévisagea le Norvégien, Lovino toujours échoué entre ses bras.

-Tu ne peux pas t'occuper de tout le monde…! Tu as un combat à mener, toi aussi!

-L'état de Francis ne nécessite pas mon intervention, ses blessures sont bénignes. Mais la jambe de Lovino…

-Lukas… soupira Matthias.

-Je ne compte pas utiliser la magie. le rassura son amant. J'ai quelques baumes et onguents qui feront l'affaire en attendant…

Il fit allonger Lovino sur le lit voisin de celui de Francis et déballa un paquetage dont il sortit quelques fioles et flacons.

Alors qu'Elizabeta s'avançait sur l'aire de combat et découvrait un adversaire maniant un lourd gourdin hérissé de pointes, Lukas appliqua les mixtures sur la plaie de Lovino, après avoir fait un garrot avec la ceinture de son patient.

L'Italien, épuisé, finit par s'endormir sur le lit, vidé de ses forces, sa main serrant toujours celle d'Antonio.

oOo

Ce n'était pas encore le tour d'Arthur.

Il avait encore le temps de voir venir.

Et pourtant…

Pourtant, à l'extérieur de la tente, près de l'entrée, il assistait à tous les duels et était autant sur le qui-vive que s'il s'agissait de son combat.

Il ne fallait pas qu'il arrive quelque chose de fâcheux à ses hommes… Il ne fallait pas que l'un d'eux meurt…

Arthur ne voulait pas que l'un de ses compagnons, l'un de ses amis, meurt.

Bien sûr, ils avaient été conscients des risques dès le début mais… Il ne s'en remettrait jamais si un des chevaliers venait à mourir par sa faute, au cours d'une quête à laquelle Arthur l'avait convié.

C'était Elizabeta qui combattait à présent. Elle portait un casque dont seuls dépassaient ses épais cheveux bruns. Son corps était à l'abri dans son armure. Epée au poing et bouclier au bras, elle résistait tant bien que mal aux assauts de son adversaire et du gourdin meurtrier.

L'avantage d'une telle arme, c'était qu'on pouvait la contrer –pour peu que le bouclier tienne le coup. L'inconvénient, c'était son envergure et la puissance du choc.

Lorsque la jeune femme valsa au sol sous l'impact, Arthur grinça des dents.

Mais elle se releva prestement et se remit en garde, prête à mettre une raclée à l'adversaire.

Cette fois, elle utilisa la force de ce dernier contre lui-même. Elle détourna la frappe grâce à son bouclier et envoya l'arme à quelques mètres en frappant le poignet de l'adversaire, le laissant désarmé et médusé et s'empressant de l'achever.

A son tour elle retourna dans la tente, vidée de toute force, et souhaita bonne chance à Ivan qui entra dans l'arène à son tour.

Le combat s'éternisa. Son adversaire était à peu près de son niveau, de sa carrure, mais plus occidental.

Le cheval d'Ivan reçut l'un des coups à la place de son cavalier et s'écroula, broyant au passage la jambe du Russe. Néanmoins, la perte de sa monture alluma une rage nouvelle dans le regard d'ordinaire effroyablement doux et il se remit à combattre avec encore plus de hargne, de vigueur et de force, indépendamment de sa claudication et de la douleur.

Il terrassa son adversaire grâce à un coup de bouclier dans la mâchoire qui lui fit faire un tour sur lui-même et laissa la possibilité à Ivan de le frapper dans le dos.

Ce n'était peut-être pas très honnête, mais il s'agissait d'un combat à mort. Alors tous les coups étaient permis.

Et puis l'honneur importait peu à Ivan dans de telles circonstances.

Son cheval l'accompagnait depuis son adoubement. C'était son ami d'enfance et amant, Yao, qui avait dressé le jeune poulain et qui lui en avait fait cadeau. Le jeune palefrenier n'accompagnait en effet que rarement son amant dans ses quêtes, ce qui ne rendait leurs adieux que plus douloureux et leurs retrouvailles que plus heureuses. Mais il lui avait offert sa monture comme pour lui rappeler sa présence à ses côtés, toujours, en pensées du moins. Pour qu'Ivan n'ait pas trop le mal du pays malgré la distance qui les séparait. Ivan avait surnommé son cheval Yao, parce qu'il n'arrivait pas à prononcer son véritable nom en chinois, de toute façon. Ils avaient vécu toutes leurs quêtes, toutes leurs aventures ensemble.

Cette perte lui faisait mal. Horriblement mal.

Lorsque son adversaire eut rendu son dernier soupir, le Russe se traîna jusqu'à son compagnon d'aventure, embrassa le chanfrein et caressa longuement l'encolure de l'animal tremblant et agonisant pour le rassurer.

Lorsqu'à son tour il s'éteignit, le Russe enlaça une dernière fois son cheval, puis s'adressa froidement aux chevaliers adverses et ordonna qu'on lui élève une sépulture sous un arbre non loin du camp où ils avaient dormi la veille.

Puis il repartit, boitant, vers la tente et Arthur s'empressa d'aller à sa rencontre pour le soutenir, mais il refusa son aide et se laissa tomber, la mine sombre, sur un lit, non loin des autres blessés.

Arthur fut peiné d'être ainsi rejeté, alors il retourna au chevet de Francis le temps que l'on évacue le cadavre et la brave monture qui avait défendu son cavalier de son corps.

-Comment tu te sens? demanda le roi à son amant qui oscillait entre veille et sommeil.

-Bien. Vraiment. J'ai rarement connu des jours meilleurs…

-Tu es stupide.

-Non. Non, Arthur. Je le pense. A moitié, c'est vrai. Mais que tu te soucies de moi… Que tu t'inquiètes pour moi… Que tu me montres que tu tiens à moi… Ca valait bien un petit duel!

Arthur ne réprima pas le sourire qui survint.

Malgré sa fatigue et son état, Francis plaisantait quand même… Et restait éperdument amoureux. C'était une bonne nouvelle… Et les épaules d'Arthur se détendirent sensiblement de constater que son amant allait plutôt bien, si on le comparait aux autres combattants.

Alors le roi repartit à son poste d'observation, juste à temps pour entendre Matthias murmurer des mots, d'encouragements ou d'amour, en Norvégien à son amant.

Il désigna ensuite la hache du blond.

-N'oublie pas… Aussi longtemps que tu emploieras Tvilling Vaben, nos forces seront conjuguées. Je combattrai avec toi.

Lukas ne répondit rien, mais raffermit sa prise autour du manche de son arme et offrit un sourire à son amant. L'un de ses rares, trop rares sourires.

Matthias ne put s'empêcher de penser que c'était peut-être le dernier.

Son inquiétude était clairement visible, chez lui aussi.

Les mains jointes devant son visage, le Danois priait apparemment tous les dieux qui se présentaient pour le salut de son âme sœur.

Mais Lukas avait un avantage considérable sur son adversaire. L'envergure.

Il pouvait se permettre d'esquiver les attaques lors de la confrontation des deux chevaux et de frapper lorsqu'ils s'étaient déjà un peu éloignés.

Il ne manqua pas de s'en servir, fit d'abord voler le bouclier en éclats et puis s'attaqua au chevalier ennemi, qui succomba à ses blessures sans avoir pu toucher le Norvégien, dont la souplesse et l'agilité avaient été le meilleur des boucliers.

Il céda sa place à Matthew, qui, bien qu'anxieux, avait de bonnes chances de venir à bout d'un homme d'une quarantaine d'années venu d'Allemagne et maniant des couteaux aiguisés.

Ceux-ci firent des ravages, bien évidemment. Mais ce fut Matthew qui asséna le coup de grâce à son adversaire, lui-même à genoux.

Alfred vint l'aider à se relever en personne et l'aida à regagner la tente en le félicitant chaleureusement pour ses exploits.

Vint le tour de Gilbert, qui arborait un sourire en coin débordant de confiance.

Mais qui s'effaça bien vite lorsqu'il vit s'avancer un chevalier qui faisait deux fois sa largeur et qui le dépassait d'au moins une tête.

Fidèle à lui-même, Gibert pensa avant tout à embrouiller l'adversaire, enchaînant les attaques, les techniques et diversifiant ses méthodes. Puisque le Prussien était plus à l'aise sur la terre ferme pour combattre, il eut tôt fait de sauter sur son ennemi pour le mettre à terre. Après quelques roulades et coups de poings gantés dans la mâchoire, il se releva et entraîna l'homme avec lui, qui pour le coup ne comprenait pas trop ce qu'il lui arrivait mais qui se demandait d'où sortait cette impétueuse tornade blanche.

Gilbert repassa à l'épée et mélangea tous les styles qu'il connaissait, qu'il avait appris lors de ses voyages aux quatre coins de l'Europe.

Lorsqu'il en eut terminé avec son adversaire, il retourna à la tente, globalement en bon état, très essoufflé, mais presque indemne.

Il ne recueillit aucun sifflement admiratif ou aucun compliment. Les chevaliers étaient bien trop médusés de la façon dont il avait mené ce combat.

Seul l'attendait Roderich, à l'entrée de la tente, les bras croisés et arborant un sourire satisfait, presque… fier de son amant. Et Gilbert n'ôta même pas ses gantelets de fer pour s'emparer du visage de l'Autrichien et l'embrasser avec fougue.

Matthias était en meilleure condition pour combattre que s'il avait précédé Lukas. Au moins, il était sûr que le Norvégien était en vie et il pouvait se permettre de stresser exclusivement pour son combat.

Il avait devant lui un Asiatique qui ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans. Filiforme, il tenait plus du contorsionniste que du chevalier. Le Danois grimaça. Lui-même étant plus imposant, la rapidité était son point faible…

Alors que les chevaux étaient lancés au grand galop, lorsqu'ils furent à la même hauteur, l'Asiatique sauta sur le cheval du blond, qui fit un écart sous la surprise, et planta une dague dans l'épaule de Matthias, profitant de son étonnement, avant de retourner au sol.

Il était rapide, agile et était plus que probablement capable d'esquiver n'importe quel coup d'épée…

Matthias n'avait plus qu'à espérer qu'il ait rarement été confronté à une hache.

Le vrai combat commença et il s'avéra que la rapidité n'était pas suffisante pour se défaire d'un adversaire maniant une hache. Le Danois reprit l'avantage. Fort heureusement, il était droitier et l'épaule poignardée était la gauche. Donc la blessure entravait moins ses mouvements.

Et Matthias put –une fois de plus– prouver que la meilleure arme pour fracasser un crâne était la sienne.

Il fallut littéralement tirer Antonio jusque dans l'arène pour qu'il daigne lâcher la main de Lovino et se remettre dans l'état d'esprit d'un combat.

Les chevaliers adverses semblaient confiants. Car ils avaient envoyé à Antonio un chevalier nord-africain qui pratiquait les techniques de combat de sa civilisation. Et que par conséquent, l'ennemi –Antonio– serait déstabilisé par ce style venu d'ailleurs.

Mais ce ne fut pas le cas. Avant qu'il ne rencontre Lovino, son pain quotidien avait été d'affronter des chevaliers, des hérétiques, qui s'avançaient trop loin dans les terres d'Espagne.

Il connaissait leurs bottes par cœur.

Il retrouva avec aisance ses anciens réflexes, et se retrouver après quelques années face à un style contre lequel il avait fait ses armes le remplit de joie. Il avait également besoin d'évacuer toute la tension dont il regorgeait suite au combat de Lovino, et prit donc un malin plaisir à se mettre en danger, à se laisser guider par l'adrénaline pour riposter, attaquer, feinter… Et finalement vaincre.

Vint finalement le tour de Roderich. En face de la tente des chevaliers d'Arthur, il restait trois hommes, que Roderich avait eu le temps de détailler lors du combat d'Antonio. Il avait préparé un plan d'attaque pour faire face à chacun des trois chevaliers.

Lorsqu'il vit un homme d'une corpulence normale s'avancer en même temps que lui dans l'arène, Roderich fut un peu soulagé. Mais son optimisme ne dura pas. Il se souvint de son analyse.

La seule particularité de son adversaire était qu'il ne maniait aucune arme. Son corps tout entier en était une, potentiellement dangereuse.

L'Autrichien avait vite compris que son ennemi ne visait pas les lésions externes, mais qu'il avait probablement une connaissance pointue de l'anatomie humaine et qu'il savait exactement où frapper pour faire mal, briser un os, sectionner un tendon, déchirer un muscle.

Le combat à cheval représentait pour lui un handicap car il ne pouvait user de ses attaques comme il le voulait.

Aussi Roderich s'évertua-t-il à rester en selle, même si cela imposa de se prendre un coup dans la jambe qui fut comme engourdie pendant quelques minutes.

Le brun dut toutefois se laisser tomber au sol pour éviter un coup de pied qui se dirigeait dangereusement vers sa tempe et qui l'aurait probablement sonné et laissé à la merci de son adversaire s'il l'avait encaissé.

Au sol, il se releva prestement, un peu étourdi par le choc, ce qui laissa le temps à son adversaire d'exercer une pression avec deux doigts dans la nuque de l'Autrichien.

Ce fut comme un éclair, une décharge dans les yeux de l'archer. Le félon avait neutralisé son nerf optique pour un laps de temps inconnu. Il ne voyait plus rien. Tout était blanc et aveuglant autour de lui.

Mais Roderich ne se laisserait pas avoir aussi facilement.

Malheureusement pour l'ennemi, il était allé à la chasse avec Gilbert.

"Si tes yeux constituent ton seul atout, tu seras un piètre chasseur." lui avait-il dit un jour. Et cela se vérifiait, même en dehors du domaine de la chasse.

Bien que son adversaire avançait avec discrétion, Roderich pouvait entendre le bruit de ses pas sur le sol, dans la boue flasque et collante. Il pouvait entendre sa respiration, sentir son odeur déplacée par le vent.

La seule chose qu'il ne pouvait pas faire, c'était anticiper ses attaques.

Il fut de nouveau mis à terre d'un coup dans les genoux. L'adversaire marcha sur sa main et l'obligea à lâcher son arme. Il le maintint au sol d'un coup de pied au visage et l'éloigna de son arme. Alors qu'il s'asseyait sur lui pour lui asséner un coup de tête et le mettre hors d'état de nuire pour le tuer tranquillement, Roderich bougea son bras trop vite pour qu'on le bloque, s'empara à l'aveugle d'une flèche dans le carquois toujours attaché dans son dos et l'enfonça dans la cage thoracique de l'adversaire au moment même où ce dernier se penchait pour concrétiser ses plans.

Dans un cri d'agonie, son visage se tordit. Tant qu'il perdait son temps de la sorte, Roderich jugea bon d'abréger ses souffrances et surtout de s'assurer plus vite de son trépas en ajoutant une flèche, en plein cœur cette fois.

Au bout d'une ou deux minutes, la forme assise sur lui qu'il ne distinguait pas tomba sur le côté et le libéra.

Il roula sur son flanc et tâtonna pour retrouver sa lame.

Puis il resta debout au milieu de l'arène, ne sachant pas où il était et à quelle distance de la tente.

Mais une voix rocailleuse et goguenarde l'interpella et grâce à elle, il put se guider et retrouver ses compagnons.

-Scheiße, Roddy! Tu as géré!

-Tu en doutais? répliqua l'Autrichien, un rien vexé.

-Mais nan! Au passage, plus tu es couvert de boue, plus tu es magnifique. Mais heu… Roderich?

-Hum?

-Je suis de l'autre côté. Tu parles à Arthy, là. Qui ne t'écoute pas parce qu'il s'inquiète à mort pour Alfred. T'y vois rien, ou quoi?

-Non, c'est exactement ça. Je ne vois rien… Pour le moment.

-Ouais, ben y a intérêt à ce que ce soit momentané…

Roderich ignora l'air bougon de son amant et appela:

-Alfred?

Le Sénéchal se présenta devant lui

-Qu'y a-t-il?

-L'un des deux qui restent… Je l'ai vu enduire ses lames tout à l'heure. Il y a des chances pour qu'il ne soit qu'un médiocre chevalier et qu'il se repose sur du poison pour tuer ses adversaires… Je ne sais pas si c'est toi ou Arthur qui va l'affronter, mais je crois qu'il serait plus plausible que le chef des défenseurs combatte le chef des intrus. Alors… si ce que je pense s'avère être vrai… Ne le laisse pas te blesser. Car tu en mourrais.

Alfred rejeta la peur dans un coin de sa tête, asséna une claque amicale sur l'épaule de Roderich et dit avec un sourire:

-Ne t'inquiète pas pour moi. Dans le pire des cas… Lukas a quelques antidotes préparés par la Dame du Lac dans son sac.

Tandis que de son côté, Arthur se rongeait les sangs et sentait une sueur collante et glacée couler dans son dos.

L'hypothèse de Roderich fut vérifiée.

Chétif et à première vue pas très bien portant, le chevalier qui fut l'adversaire d'Alfred maniait deux lames effilées. Il n'avait probablement aucune force physique et sa santé précaire ne lui permettait pas de porter des coups fatals… Du moins sans poison.

Ses armes étaient luisantes. Fraîchement empoisonnées.

Al déglutit. Puis il se rappela qu'il était le sénéchal du roi Arthur.

Et que par conséquent rien ne pourrait lui arriver.

Il se lança dans la bataille avec acharnement, enchaînant les parades et les attaques, blessant son ennemi à chaque coup.

Ennemi qui ne cherchait pas vraiment à se défendre non plus, apparemment.

Il levait mollement son bouclier –trop lentement. Il esquivait les coups –trop tard.

Alfred fit un grand mouvement circulaire avec sa lame, qui aurait achevé le défenseur s'il ne s'était pas laissé tomber de cheval.

Le blond le rejoignit au sol. L'ennemi tenait à peine sur ses jambes, n'avait aucune position de défense. Il semblait attendre sa mort.

Alfred ne se fit pas prier et, d'un grand coup perpendiculaire, il enfonça sa lame dans le corps du malade, puis la retira, faisant gicler un flot de sang qui vint s'écraser sur le plastron du sénéchal.

Satisfait, ce dernier tourna les talons, déjà sûr de sa victoire.

Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était que le mourant trouva la force de lancer l'une de ses dagues empoisonnées.

Qui frôla la main d'Alfred et y laissa une profonde et longue entaille qui se mit à brûler le sénéchal.

Il se rendit compte de ce que cela signifiait.

Le poison était dangereux.

Probablement mortel.

Et il était dans son organisme.

Plus affolé après le combat qu'avant, il retourna à la tente aussi vite que ses jambes tétanisées le lui permirent, tandis que son adversaire quittait ce monde avec un sourire narquois sur les lèvres.

Arthur se rua sur Alfred et le couvrit de questions sur son état, mais le sénéchal l'écarta violemment.

-Al… murmura Arthur.

-Ne t'occupe pas de moi, Arthur. lui ordonna son second. Tu as autre chose de bien plus important qui t'attend. Tu as un combat à gagner.

Le roi, un rien choqué, s'empara de son épée et marcha jusque dans la zone de combat.

Il ne restait qu'un homme adverse qui n'avait pas encore combattu.

Le porte-parole.

Ce qui voulait dire un homme plus âgé, plus expérimenté, plus fort, plus grand qu'Arthur.

Un homme, une montagne de muscles, une armoire à glace, qui s'avança dans l'arène, tenant dans la main droite une longue épée et dans la gauche un manche relié par une lourde chaîne à un boulet de métal hérissé de pointes.

Arthur regarda tour à tour son bouclier de métal déjà cabossé et sa lame.

Puis ses yeux revinrent sur le spécimen en face de lui.

Là, Arthur, t'es foutu.


J'espère ne pas vous avoir perdu en cours de route :/ Trop de combats, tue le combat...

Une petite review pour me cribler de reproches? xD

Traductions:

Dono dal Re: don du roi (italien). Vous vous souvenez, c'est cette traduction de Lovino qui est à l'origine du nom de son épée (cfr chapitre III).

Tvilling Vaben: arme jumelle (danois approximatif). Le nom de la hache de Lukas, offerte par Matthias. C'est une anecdote que je ne crois malheureusement pas pouvoir exploiter dans la suite, mais voilà: c'est Matthias qui a fait forger leur hache respective et qui a fait cadeau de Tvilling Vaben à Lukas. Celle de Matthias porte le même nom en Norvégien et elles sont identiques.

Scheiße: merde (allemand)

Encore désolée, et à bientôt ~