Chapitre 6 : un été ensoleillé


Hermione n'aurait pas cru pouvoir être aussi heureuse. Elle se sentait en accord avec elle-même avec Sirius et les Lupins comme elle les appelait affectueusement. Ils formaient un si beau couple avec leur complémentarité, lui si calme et elle si vive. Ils n'avaient pas posé beaucoup de questions, ce dont elle leur était reconnaissante. Elle se découvrait une Hermione plus décontractée et riante qui faisait le bonheur de Sirius qui l'avait adoptée.

Après quelques jours de cohabitation hésitante, ils s'étaient tous fait à la présence des uns et des autres. Timidement d'abord, avidement ensuite, Hermione s'était mis à poser des questions. Elle avait déjà demandé à Sirius de lui raconter tout ce qu'il savait sur Harry. Il en savait peu de chose mais avait bien voulu lui raconter ce dont il avait connaissance.

Harry avait passé son enfance avec les Dursley. Cela avait été un petit garçon turbulent. Il avait fait des apparitions publiques chaque année à son anniversaire si on en croyait la Gazette du sorcier de l'époque. Une célébrité très bien gérée par les Dursley qui avaient travaillé l'image publique de l'élu avec efficacité. Le petit garçon était arrivé à Poudlard encore plus aimé et adulé que précédemment.

D'après les racontars de Molly Weasley, il s'était retrouvé dans le même wagon que Drago Malefoy et Blaise Zabini. C'était là que Ronald, accompagné d'Harmony Granger les avaient rencontrés. Ils cherchaient le crapaud de Neville Longdubat. La rencontre s'était très mal passée et les enfants étaient tout de suite devenu ennemis. Les maisons rivales n'avaient rien arrangées. Harry était devenu attrapeur lors de sa deuxième année.

Quand Sirius l'avait rencontré, à ses 13 ans, ils avaient tenté de créer des liens en discutant du sport préféré des sorciers mais cela n'avait absolument pas marché. D'un côté parce que Sirius était déçu de ne pas voir James en Harry, de l'autre car Harry trouvait pitoyable l'état dans lequel était le dernier des Black.

Drago Malefoy avait accompagné l'élu dans l'une de ses rares visites à Square Grimmaud, l'été des 15 ans de Harry, pour voir "la maison de ses ancêtres". Cela s'était tellement mal passé que Harry était reparti en jurant de ne plus adresser la parole à Sirius, ce qu'il avait fait avec constance depuis plus d'un an.

Sirius en était visiblement très vexé et triste, même s'il lui avait avoué que le fait de s'être fait insulté de bon à rien par son filleul l'avait motivé à retrouver un travail, ce qui lui avait permis après 3 ans de reconstruction de vraiment remonter la pente.

Hermione avait attendu un peu après ces confessions avant de poser de nouvelles questions. Elle lui avait demandé des nouvelles anodines du monde sorcier mais rien de ce qu'elle ne connaissait ne semblait avoir changé. Sirius lui avait un peu raconté son parcours à lui : il avait tenté son évasion après avoir vu la photographie de Peter Pettigrow métamorphosé en rat, comme dans la réalité alternative que connaissait Hermione. Cependant il n'avait jamais eu l'intervention de Ron pour retrouver Croutard.

Hermione avait craint un instant pour la vie de Buck mais il s'avérait que Harry Potter et Drago Malefoy n'avaient jamais pris soin aux créatures magiques. Ils avaient préféré l'arithmancie (Sirius pensait que le professeur Rogue l'avait fait exprès, car il savait que James avait détesté cette matière, c'était étrange mais après tout, elle approuvait ce choix d'option). Sirius avait bien vu de loin le cours sur les hypogriffes mais cela ne l'avait pas marqué, il ne s'était rien passé. Il avait retrouvé Peter par un autre biais, en volant sous la forme de chien la carte du Maraudeur, après raté son agression de la Grosse Dame. Hermione avait eu un petit pincement au cœur quand elle avait appris que Cédric Diggory avait adopté Pattenrond qui avait aidé Sirius cette fois-ci également.

Sirius avait donc retrouvé Peter et l'avait attrapé dans la cabane d'Hagrid, pendant l'absence de ce dernier. Le rat était déjà dans un pot incassable, il n'avait eu strictement rien à faire que de le maintenir fermé et de l'envoyer avec un mot d'avertissement en colis au directeur de Poudlard. C'était incroyablement simple mais cela avait très bien marché.

Depuis, le calme régnait dans le monde sorcier.

Des zones d'ombres subsistaient dans ce futur mais elle avait le temps de s'en préoccuper! Elle avait tout écrit dans un journal pour ne pas oublier et c'était suffisant. Pour la tristesse d'avoir perdu ses parents, cela prendrait plus de temps mais elle tentait de dépasser ce traumatisme. Bien sûr, son inconscient lui rappelait dans ses cauchemars mais si les nuits d'Hermione étaient compliquées, les jours passaient sans heurts.

Pour aller mieux, elle avait trouvé la solution : elle se maintenait toujours occupée. Ainsi, elle s'était mise en tête de refaire toute la maison. Elle était si froide avec ses grands murs miteux, ses portes grinçantes, ses innombrables pièces toujours parcourues de courants d'air! Au grand étonnement de Sirius, les habitudes ayant la vie dure, elle avait d'abord refait la bibliothèque, où elle avait trouvé un médaillon étrange mais très élégant. A sa grande joie elle était tombée sur le vrai médaillon mais s'était contentée de le ranger dans un coffret scellé par magie, elle avait tout son temps et voulait profiter des habitants de square Grimmaud et de sa nouvelle vie tant qu'elle en avait l'occasion. Puis elle avait méthodiquement tout transformé. Sa chambre était maintenant très jolie, chatoyante de tons doux à l'œil. Elle avait enfin réussi à se débarrasser du portrait de Mrs Black qu'elle avait rapetissé et offert généreusement à Kreattur, s'attirant la reconnaissance éternelle de Sirius. C'était une manière de s'approprier cette vieille maison et de reconstruire sur les sombres fondations un foyer qui soit chaleureux. Au fur et à mesure qu'Hermione rendait la maison lumineuse, son âme se libérait des deuils et lui pardonnait un peu ses erreurs.

Ce grand chantier ne guérissait pas seulement Hermione. La surprise fut totale pour Sirius le jour où elle s'intéressa à la salle à manger et qu'elle s'occupa de l'imposante tapisserie dominant à jamais le salon, elle qui était sujet de toutes les haines. Quand Sirius se leva ce matin là il ne pu retenir un hoquet de surprise: la vieille tapisserie avait laisser place à une superbe tapisserie ocre aux broderies rouges qui formaient les arbres et les noms. Seuls ressortaient dans cet arbre les noms qui le soir d'avant encore étaient effacés. Brillants avant par leur absence, ces noms brillaient maintenant de mille feux et hurlaient aux visiteurs l'existence de ceux qui avaient été oublié. Sirius resta longtemps immobile à l'observer. Il était saisi malgré son agitation intérieure. Il n'entendit pas Hermione arriver.

« Alors, ma petite surprise te plait?

-Oh, Hermione! C'est... inattendu.»

Il se retourna et Hermione se relaxa et laissa de côté ses appréhensions: elle lut dans son regard toute la gratitude d'avoir été compris et reconnu. Il la serra enfin dans les bras et lui chuchota simplement « merci ». Il ne pouvait pas exprimer toute sa gratitude et toute sa reconnaissance mais il savait qu'il ne laisserait jamais cette étrangère qui n'en était désormais plus une. Ils devenaient de plus en plus proches. Leur lien ne pouvait que grandir.

L'été touchait à sa fin et laissait déjà sa place à un automne rayonnant en cette fin août quand ils rencontrèrent Dumbledore. Jamais Poudlard n'avait parut si beau à Hermione avec ses hauts créneaux et ses remparts biscornus. Elle retrouva avec satisfaction Dumbledore dans son traditionnel bureau empli d'objets hétéroclites. Il y avait aussi un peu d'appréhension mais la présence de Sirius la rassurait. Elle savait ce qu'elle avait à dire, pour le reste, comment Dumbledore pourrait-il deviner d'où elle venait vraiment? Ce n'était pas comme si il pouvait lire dans les pensées.

« Bonjours mademoiselle Black, heureux de vous rencontrer; j'ai reçu les test de miss Tonks et vous me semblez avoir le niveau demandé dans toutes les matières. C'est très rare une telle culture générale pour une jeune fille élevée chez elle.

- Ma mère avait beaucoup d'ambition pour moi.

- Je vois. Vous voulez les garder toutes si j'ai bien compris.

- Oui, à l'exception de l'étude des moldus et de la divination.

Hermione sourit en repensant mentalement aux entraînements avec Tonks: ces entraînements lui avaient même permis de devenir animagus. Un sourire ironique fit tressauter discrètement le coin des lèvres de la demoiselle. Le niveau demandé, non mais quelle blague! Le sourire d'Hermione devint plus sincère. Elle adorait être cette magnifique chouette et nouveauté elle adorait voler, elle qui avait une peur indépassable des balais.

- Je le note.

- Puis-je vous demander si une classe d'alchimie a pu être ouverte?

- Oui, il n'y a que deux élèves. Vous seriez intéressée? Vous devrez rattraper un an de cours, dans ce cas.

- Le défi ne me fait pas peur.

- Sachez cependant que compte tenu du niveau actuel de la classe, vous ne verrez que les bases, c'est à dire la manipulation simple des 4 éléments.

- Je serais déjà très contente de découvrir cette approche!

Dumbledore la regarda longuement de ses yeux perçants, comme s'il avait compris qu'il avait affaire à une élève qui conservait sa part de mystère. Hermione se sentit rougir devant ce regard inquisiteur mais le regard soudain moins sur de Sirius la fit sourire de nouveau. On aurait pu le prendre pour un enfant pris en faute. Oui, c'était bien un enfant malgré les apparences!

- Bien. Alors je vous dit à la rentrée mademoiselle..., conclu-t-il. Il vous a acceptée dans sa vie. Les choses vont dans les deux sens, être sa fille est une grande responsabilité.

Sirius se détendit et lui lança un regard plein de joie et de malice. Il était déjà devant la porte quand elle acquiesça et se leva. Dumbledore l'arrêta, hésita puis ajouta si bas qu'elle douta l'avoir entendu

-... si vous êtes aussi intelligente que vous le semblez, n'oubliez pas que Sirius a souffert et qu'il a bien besoin de tendresse et d'une famille. Il vous a acceptée dans sa vie. Les choses vont dans les deux sens, être sa fille est une grande responsabilité.»