Buongiorno!

Je vous ai manqué? Non, évidemment… Ca fait pas assez longtemps depuis le quatorzième chapitre, n'est-ce pas ? :D

Disclaimer : les personnages appartiennent soit à Hidekaz Himaruya soit à la légende arthurienne.

Note : J'en suis encore sur un petit nuage! Merci très sincèrement pour vos reviews, dont la promptitude m'a fait chaud au cœur *w* Là-dessus, j'étais motivée et en, je crois, trois soirées j'ai terminé ce chapitre. D'ailleurs je compte bien tenir le rythme pour le dernier. Ce qui fait que Seguimi O Uccidimi et Don't Marry Her, ainsi que le SuFin successeur de La Lettre de Métal sont un peu délaissés. Mes plus plates excuses…

C'est peut-être présomptueux de ma part, mais si je peux vous conseiller un livre pour patienter jusqu'au prochain update, lisez le premier tome des Salauds Gentilshommes : Les Mensonges de Locke Lamora (par Scott Lynch). C'est juste génial.

Concernant ce chapitre, tout ce que vous avez à savoir est que j'ai longuement hésité à l'intituler "Ca porte malheur d'avoir une femme à bord" mais je me suis retenue… Il est aussi plus long que le précédent, pardonnez-moi :3

Bonne lecture, n'hésitez pas à laisser un commentaire!


Chapitre 15 : Nouvelles de Bretagne

-Nous sommes prêts. constata Arthur.

Les paquets étaient faits. Les couvertures et tentes perdues en cours de route, remplacées. Les réserves de nourriture et de boissons réapprovisionnées. Les chevaliers, sur pieds et en pleine forme, pressés de quitter Brocéliande et de rentrer en héros.

-Certes. approuva Francis. Maintenant, Arthur, si nous pouvions nous pencher sur un petit problème...

-Quoi? demanda le roi, un rien exaspéré par le pessimisme de Francis.

-Le Diable t'a quitté et c'est une bonne chose… Mais ça signifie que la carte de Merlin est de nouveau inutilisable, n'est-ce pas?

Arthur leva les yeux au ciel.

-Oui, tu as raison. Mais j'ai pris la précaution d'en dessiner une copie… Plus schématique, certes, mais…

Il sortit un morceau de parchemin froissé de sous sa tunique et le montra au Français.

-Je l'ai faite un peu après avoir conclu ce pacte avec le Diable, chez la Dame du Lac. Ici, tu as le château… Et si nous nous dirigeons vers le nord, nous atteindrons l'orée de la forêt en quelques jours. Une semaine, tout au plus. Après, je prévois de nous rendre dans votre fief, Messire Bonnefoy, et de prendre un bateau pour tous vous emmener à Londres, prendre un peu de repos tous ensemble avant que je ne vous libère de votre engagement.

-Je vois… On te suit, dans ce cas.

-On ne devrait pas aller saluer Vash? demanda Matthew.

-Pourquoi faire? répliqua Gilbert, touchant par réflexe une mèche de cheveux roussie.

-Il nous a soigné. remarqua Roderich.

-Il a essayé de me tuer deux fois, oui! objecta le Prussien. Et il nous tuerait tous si on avait l'impudence de l'interrompre encore une fois.

-Ca me fait mal de l'avouer, mais Gilbert a raison… marmonna Arthur. En route.

oOo

Comme Arthur l'avait prédit, il ne leur fallut que six jours pour traverser la forêt. Et ils ne rencontrèrent que peu d'obstacles en route.

Mis à part un groupe de nymphes aguicheuses qui avait essayé pendant longtemps de les séduire, mais sans succès, les chevaliers n'étaient tombés que sur un griffon en chasse qui s'était attaqué à Gilbert.

Mais il n'y avait eu que plus de peur que de mal, et ils avaient pu admirer la vitesse de régénération des blessures dues aux coups de bec grâce au sang désormais miraculeux qui coulait dans ses veines.

Quelques minutes après l'incident, l'albinos était de nouveau frais comme un gardon.

A présent, ils avaient atteint la limite de la forêt.

Ils sentaient le soleil sur leur visage. Le vent dans leurs cheveux. Le bonheur d'en être sorti dans leur cœur.

Francis prit dès lors la direction des opérations et du groupe, cheminant au trot ou au grand galop jusqu'à arriver à la limite du territoire des Bonnefoy.

Dans le premier village qu'ils rencontrèrent, Francis s'arrêta, se donna à connaître auprès d'un aubergiste et on leur offrit l'hospitalité de bonne grâce.

Ils passèrent une soirée au coin du feu, riche en bières et en rires, mais ne s'attardèrent pas, tous heureux qu'ils étaient de retrouver des chambres convenables –et un peu d'intimité avec leur compagnon.

oOo

Lorsqu'Arthur se réveilla, le lendemain matin, il était déjà tard.

Francis avait quitté leur lit bien avant lui, il lui avait indiqué quelque chose, mais Arthur n'avait pas compris quoi –il était encore trop endormi pour cela.

Le roi roula dans sa couverture et se redressa, les yeux encore pleins de sommeil.

Il se leva finalement et ramassa ses vêtements, éparpillés au sol suite à l'effeuillage sans cérémonie de la veille. Il avisa une malle de bois dans un coin de la chambre et y découvrit du linge propre, neuf et de bonne facture. Une mince chemise de lin blanc rehaussée de broderies argent et des hauts de chausses de la même couleur grise, par-dessus lesquelles il enfila ses bottes de cuir.

Après quoi, il arrangea ses cheveux devant un miroir reposant sur un meuble finement sculpté.

Lorsqu'Arthur s'estima présentable, il descendit dans la salle commune de l'auberge.

Matthias et Ivan jouaient aux dés. Les autres chevaliers manquaient à l'appel. Et aucun client ne mangeait.

-Bien dormi, Arthur? s'enquit Matthias.

-Très bien, merci. sourit Arthur. Dites-moi, quelle heure est-il?

-Presque onze heures, je crois. répondit Ivan. L'heure du petit-déjeuner est révolue…

Arthur soupira et se laissa tomber en face du Russe, sur le banc occupé par Matthias.

-Et l'un de vous peut-il me dire où est passé Francis?

-Il a accompagné Alfred, Matthew et Lukas en ville. Ils se rendaient au marché, mais lui a spécifié qu'il avait autre chose à faire.

-Oh… Comme… Voir quelqu'un?

-Peut-être…

Arthur fit la moue.

-Hé, t'inquiète donc pas! Il est dingue de toi, te fais pas de soucis.

-Je ne suis pas jaloux! Mais il aurait pu me le dire, qu'il sortait…

-Tu dormais, apparemment… objecta Ivan.

-Ouais. Peu importe. Je meurs de faim, je vais acheter à manger en ville. L'un de vous m'accompagne?

-Je peux y aller avec toi, si tu veux. annonça une voix féminine depuis les escaliers.

Arthur se retourna vers son origine et s'apprêta à remercier Elizabeta pur son offre mais ce qu'il vit le… Choqua un peu.

La jeune femme –car il était désormais indéniable qu'elle en était une– portait une robe vert foncé, au corsage raisonnablement décolleté et brodé de fils dorés traçant des motifs floraux. Les manches ballons et longues formaient une pointe sur le dos de ses mains, tandis qu'une large fente dans le tissu vert de l'avant de la jupe laissait apparaître un épais jupon blanc.

Elle avait tressé ses cheveux et les nattes s'enroulaient à l'arrière de sa tête en un chignon compliqué maintenu en place par une épingle représentant une feuille verte vernie bordée d'argent, dégageant un visage net, impeccable et lumineux.

-Oh… Oui… Bien sûr. Avec plaisir, Milady.

Elle sourit.

-Par pitié, Arthur, considère-moi comme ton compagnon d'armes et pas comme une de tes courtisanes, car je ne le supporterai pas longtemps.

-Si je me mets à te donner des claques amicales dans le dos et à boire avec toi en public comme nous avons l'habitude de le faire tous ensemble, j'ai bien peur qu'on ne me considère comme un rustre. Car je serai en présence d'une Dame.

Elle roula des yeux.

-Je ne t'en demande pas tant. Mais ne sois pas plus poli que de coutume. Est-ce qu'on te sert du Votre Majesté, nous? Est-ce que nous agissons comme tes sujets? Non. Alors je t'en prie, ne commence pas avec moi.

-… D'accord. Hé bien, allons-y, alors… Lizzy?

-C'est mieux.

Elle le gratifia d'un grand sourire et ils sortirent de l'auberge.

Les rues de la petite ville étaient pavées, bordées d'auberges, de tavernes et d'échoppes vendant de tout: armes, pains, douceurs, vêtements, fromages, salaisons et légumes.

-Tu sais, je crois que l'aubergiste t'aurait servi quelque chose… Il est probablement en train de préparer le déjeuner.

-Je sais, mais… J'avais envie de sortir. dit Arthur avec un sourire. Marcher dans les rues d'une ville me manquait. Et sans y être reconnu, sans garde du corps, sans qu'on s'agenouille sur mon passage… C'est agréable. Et puis, ça fait partie du domaine de Francis, je trouve cela intéressant d'aller à la rencontre de ses sujets.

-Tu n'as pas besoin de te justifier. le rassura la jeune femme. C'est presque irréel pour moi aussi de… Me promener en ville, comme ça, après tout ce qu'il nous est arrivé. Des mois passés en forêt… C'est presque comme s'éveiller d'un rêve et reprendre sa vie en cours.

-J'ai la même impression.

Ils s'arrêtèrent devant l'étal d'un boulanger. Arthur saliva devant une tourte à la viande qui avait une alléchante couleur dorée, et proposa à Elizabeta de la partager, ce que la jeune femme accepta avec plaisir. Après cette emplette, ils poursuivirent leur promenade dans les rues, et rencontrèrent en cours de route Lukas, Alfred et Matthew qui avaient profité de leur sortie pour faire entretenir leurs armes chez un forgeron. Lukas était aussi passé chez un herboriste pour refaire ses stocks de plantes médicinales, poudres et autres composants de soins. Nulle trace de Francis à leurs côtés.

Alfred se montra très enthousiaste à l'idée de la tourte, et ils la partagèrent sur une petite place, assis sur la margelle d'une fontaine de pierre brute.

-Alors… Francis vous a abandonnés? demanda Arthur quand ils eurent terminé leur en-cas.

-En effet. Il nous a quittés lorsqu'on est passés par le marché au poisson… Pas loin des quais.

-Vous parliez de moi? demanda une voix derrière eux, amusée.

Arthur se retourna lentement, histoire de se composer un visage un rien renfrogné alors qu'il était absolument ravi de l'entendre.

Francis avait noué ses cheveux en catogan à l'aide d'un ruban argent. Comme un fait exprès, il s'était habillé dans les mêmes tons qu'Arthur. Un pourpoint gris perle avec des rubans et broderies bleus, et des hauts de chausses d'une couleur entre le bleu et le gris.

-Exact. fit Arthur avec une moue boudeuse. On peut savoir où tu étais?

Francis contourna la fontaine et lui fit face, un sourire jovial aux lèvres. Il ébouriffa les cheveux blonds du roi, et lança:

-Je te l'ai dit ce matin, mon lapin! Je n'en peux rien si tu ne m'as pas écouté. Je suis allé au port, voir si un bateau appareillait un de ces jours pour la Bretagne.

-Oh… C'était donc ça… marmonna Arthur.

-Tu croyais que j'étais allé conter fleurette à la première demoiselle venue?

-…Non… J'ai cru que… Tu étais allé voir quelqu'un… C'est chez toi, ici, alors…

-Non, cette ville est le fief d'un vassal. Je suis connu, mais je ne connais pour ainsi dire personne. Soit. Un marin m'a informé qu'il vendait son bateau avec son équipage, parce qu'il est trop vieux pour naviguer désormais. Je l'ai acheté, et nous pouvons partir demain matin.

-C'est vrai?

-Ah, tu sais que tu es adorable avec cette bouille d'enfant émerveillé?

oOo

La brise marine, salée, humide, soufflait dans les cheveux de Lukas. Sa cape de voyage claquait dans le vent, alors qu'il se trouvait sur le pont, la tête reposant sur ses coudes posés sur le bastingage.

Ils avaient abordé les côtes anglaises. Le bateau s'était arrêté, amarré à un quai solitaire et inutilisé de la côte.

Une plage d'une centaine de mètres s'étendait sous leurs pieds, avant qu'un village ne vienne briser la vue.

Arthur apparut aux côtés du Norvégien, l'air soucieux.

-Un problème? demanda la voix neutre du Nordique.

-C'est calme… D'ordinaire, ce bourg est animé et fréquenté par des voyageurs, des marins… Aujourd'hui, on dirait qu'il n'y a pas âme qui vive dans le village, et les quais sont déserts. Mon royaume est-il donc tombé aussi bas pendant que j'avais le dos tourné?

Lukas n'avait jamais eu le chic pour rassurer les gens. Il choisit de se taire.

Ce fut Alfred, qui se tenait non loin, qui arriva et lança, en même temps qu'une claque dans le dos d'Arthur:

-Allons, ne t'en fais pas! L'automne est déjà bien avancé, la haute saison est terminée! En plus, la mer a été mauvaise, ces derniers jours, d'après l'équipage. Peu de marins se seront aventurés vers la Bretagne, c'est tout. C'est d'ailleurs un miracle que nous y soyons arrivés sans encombre.

Arthur apprécia la tentative, mais son air sombre ne disparut pas.

Ce village était censé abriter un marché quasiment perpétuel. Des marchands de chevaux pour les voyageurs qui, comme eux, arrivaient par bateau avant de s'aventurer à l'intérieur des terres. Et les habituels vendeurs de bière, vin et nourriture pour remplir les besaces des voyageurs.

Tous manquaient à l'appel.

oOo

Ils étaient descendus du bateau tandis que l'équipage nettoyait le pont, vérifiait l'état du navire ou faisait l'inventaire des stocks.

Matthias menait la troupe sur l'avancée de bois qui menait au village, suivi de Gilbert qui précédait Arthur.

-Il y a une taverne là-bas où nous pourrons demander ce qu'il se passe. signala Arthur en désignant un bâtiment au bout de la jetée.

-Ca a l'air fermé… remarqua Matthias. Je vais voir.

-Je te suis. décida Gilbert.

Les deux hommes avancèrent sur la jetée.

Gilbert avait un mauvais pressentiment. Les villes fantômes du genre ne lui inspiraient pas confiance. Il s'y sentait menacé. Comme observé alors qu'il ne voyait personne.

-En tout cas, le peuple n'a pas l'air à la fête que le roi Arthur soit de retour au pays… constata Matthias.

Pour toute réponse, l'albinos porta la main à son épée, tandis que le Danois ouvrait à la volée la porte de la taverne indiquée.

-Bon…

Il fut stoppé net dans sa salutation par un carreau d'arbalète fiché dans l'abdomen.

Gilbert ouvrit des grands yeux, Matthias grogna de douleur.

L'albinos l'écarta vivement de l'ouverture, dégaina son épée et enfila son bouclier, qui reposait jusqu'alors dans son dos, sur son bras gauche et pénétra dans l'établissement.

Plongée dans la pénombre, seule la lumière du jour qui perçait la crasse des vitres éclairait la taverne.

Il n'y avait pas de tenancier.

Il n'y avait pas de serveurs. Ni de serveuses.

Aucun personnel.

Seulement une vingtaine d'hommes en armures, épées, arcs ou arbalètes au poing.

Gilbert fut criblé de flèches, qui se fichèrent dans son bouclier.

Il ne s'aventura pas plus loin et sortit de la taverne. Matthias, au sol, fixait le carreau. Sa respiration était erratique. Son poumon probablement touché.

Si on lui retirait le carreau, l'effet du Graal se ferait probablement. Mais ils n'avaient pas le temps de s'en préoccuper.

-Désolée, Matt, tu vas devoir souffrir un peu!

Gilbert hissa rapidement le chevalier sur son dos, grognant sous l'effort. Le Danois était plus imposant que lui, ce ne serait pas facile de courir rapidement avec une telle charge sur le dos.

Gilbert fit quelques mètres, mettant de la distance entre lui et la petite escouade qui avait élu domicile dans la taverne. Ils dépassèrent quelques autres maisons, commerces, habitations. Derrière les fenêtres, Gilbert vit dépasser des casques, des hauberts et des arcs.

La ville était aux mains d'une armée.

Et elle semblait les attendre.

De toutes parts, les portes sautèrent, s'ouvrirent et dévoilèrent de nouveaux hommes, qui couraient après les deux chevaliers.

Gilbert reçut un carreau dans le bras.

-Scheisse!

Puis il se rappela des autres.

Leurs compagnons étaient imprudents.

Seul Gilbert avait une légère tendance à la paranoïa qui lui dictait de ne jamais sortir sans armure dans un lieu inconnu. Il n'avait gardé que sa cotte de maille sous un manteau léger.

Mais les autres…

Matthias souffrait énormément, et Roderich, Francis, Antonio et les autres subiraient le même sort s'ils n'étaient pas prévenus. Il était presque certain qu'ils ne mourraient pas de leurs blessures potentielles, mais autant leur éviter la douleur… Il fallait qu'ils regagnent le bateau, et qu'ils soient avertis du danger le plus rapidement possible.

Il n'avait pas le temps d'attendre d'être de retour parmi eux.

Car ils seraient trop tard et les ennemis les rattraperaient.

Gilbert marqua une pause et, sans ciller, arracha le trait de l'abdomen de Matthias, qui hurla.

Mais ils reprirent leur course, et la voix grave et éraillée de Gilbert résonna jusqu'au bout de la jetée.

-Rückzug!

oOo

Roderich quitta aussitôt la conversation lorsqu'il entendit Gilbert s'égosiller.

Ce mot lui était destiné. Gilbert avait employé l'allemand. Et le substantif qu'ils utilisaient, lors de leurs aventures, lorsque la situation devenait critique.

Pourquoi l'utiliser alors que…

L'Autrichien analysa rapidement la situation.

En face deux, à une cinquantaine de mètres, Gilbert faisait descendre Matthias de son dos. Le Danois titubait, tandis que Gilbert l'exhortait à courir alors que lui-même s'était arrêté et échangeait quelques passes d'armes avec des chevaliers en armures, dont trois d'entre eux terminèrent dans l'eau, sous la jetée.

-Au bateau. ordonna Roderich à ses compagnons. Vite.

-Qu'est-ce qu'il… Oh merde! jura Arthur. On va les aid…

-Non, Arthur. Dépêchez-vous de remonter à bord.

-Mais…

-Je vous couvre.

L'Autrichien se saisit de son arc et l'arma d'une flèche.

Sa voix était sans appel.

-Dépêchez-vous! répéta Roderich.

Les autres s'exécutèrent face à l'incendie qui enflammait les pupilles améthystes du brun.

Il ne savait pas exactement ce qu'ils avaient à craindre, vu leur immortalité. Mais il n'avait pas vraiment envie d'en expérimenter les limites.

Il était presque sûr que boire le sang du Christ leur apportait une espérance de vie infiniment longue, les préservait des maladies et accélérait la guérison de blessures bénignes. Qu'en était-il des blessures mortelles? Etait-il réellement possible d'y échapper? Un crâne brisé se ressouderait-il tout seul?

Il était persuadé que non. Même le Graal devait avoir des failles, des limites. Et s'ils étaient blessés, par une flèche par exemple, la blessure persisterait jusqu'à ce qu'on ôte l'arme de leur corps. Et il faudrait attendre un moment avant que les lésions ne se résorbent.

L'Autrichien s'élança sur la jetée, courant à la rescousse de Gilbert.

-Scheisse, je t'ai dit de te replier!

-Tout le plaisir est pour moi, Liebling! répliqua Roderich avec ironie. Vous avez besoin de temps.

Il décocha sa première flèche, qui atteignit la jugulaire d'un soldat.

-Je peux vous en donner. continua-t-il. Je suis plus léger et plus rapide que vous deux. Pas de discussion.

-C'est toi qui commande, maintenant?

-Laisse-moi me concentrer, fais-moi plaisir, emmène Matthias!

Gilbert lança un couteau de chasse dans la tête d'un soldat et eut un sourire entendu:

-Toujours prêt à te faire plaisir…

Après quoi il passa un bras de Matthias autour de ses épaules et ils coururent tous deux aussi rapidement que le souffle irrégulier du blond le leur permirent.

oOo

Enfin, Gilbert déposa Matthias sur le pont du bateau. Ce fut seulement lorsqu'il fut certain que son ami allait mieux et que la blessure commençait à se refermer qu'il s'octroya un regard en arrière.

Sur la jetée, il voyait la silhouette fine de Roderich courir en arrière, s'arrêter, se baisser, esquiver, bander son arc et tirer.

Il était encore loin.

Trop loin.

Trop loin du bateau et trop près, dangereusement près des troupes.

-Bordel, Arthur! hurla Gilbert. Ils ont le sens de l'hospitalité, chez toi!

Arthur ne répondit pas, secondant Lukas qui cédait peu à peu à la panique face à la blessure de Matthias, bien qu'elle se résorbait lentement, en surface du moins. Le Danois les informa d'une vive douleur dans son abdomen, venant très probablement de la reconstruction des organes internes touchés.

-Vous inquiétez pas pour moi! dit-il avec un sourire forcé. Ca va aller.

Gilbert, quant à lui, restait figé devant le pont de bois qui menait au bateau. Roderich s'en rapprochait, mais il commençait à perdre du terrain.

L'albinos savait qu'il était inutile de lui venir en aide.

Puisqu'il n'était opérationnel et utile qu'au corps à corps.

Il s'en voulait énormément de s'être toujours reposé sur son amant pour le couvrir lors de leurs combats, lui au sol et Roderich perché quelque part en hauteur pour surprendre leurs adversaires.

Si seulement il avait eu un arc et une quelconque aptitude au tir…!

Sous ses pieds, le bateau se mit à bouger. Ils s'éloignaient de la côte.

Ils avaient largué les amarres.

-C'est quoi cette merde…?! Arthur! Pourquoi on a quitté la côte?

-Il faut qu'on mette de la distance entre nous et cette ville. Si nous restons, ils vont attaquer le bateau.

-Roderich est encore là-bas!

La colère enflammait le regard sanguinaire de l'albinos. Il désigna d'un main tendue Roderich, qui, sous une pluie de flèches, atteignaient le bord de la jetée. Le bateau était à cinq mètres de lui. Il rangea son arc, marqua une pause.

D'où il était, Gilbert le vit prendre une grande inspiration, avant de faire un pas dans le vide et de s'enfoncer dans l'eau, puis de remonter à la surface, trempé, alourdi par l'eau mouillant ses vêtements.

Il avançait péniblement dans l'eau.

-J'vais finir par croire que j'ai raté ma vocation de Naïade!

Bougonnant, Gilbert enleva prestement son manteau, sa cotte de mailles et sa tunique d'un seul geste, puis ses bottes. Exposant son torse nu à l'air automnal, marin et frais de la Manche, il plongea dans la mer sans frissonner, sans hésiter.

oOo

Roderich cracha l'eau salée de la mer qui emplissait sa bouche. C'était tout simplement infâme.

Il nageait contre le courant. Contre le vent. Il voyait le bateau s'éloigner un peu plus à chaque avancée qu'il faisait dans sa direction.

Puis, il fut hors de vue.

Il n'y eut plus qu'une tornade blanche, blafarde dans son champ de vision. Qui arborait un regard incendiaire et qui accrocha sans ménagement les bras de l'archer autour de son cou, avant de reprendre sa route dans le sens inverse pour retourner vers le bateau.

-Pfrrt! G… Gil?!

L'albinos grogna et poursuivit sa traversée.

Arrivé à environ cinq mètres du bateau, il cria le nom d'Antonio en agitant la main, avant de continuer à nager et de recommencer une fois ou deux jusqu'à enfin attraper une corde lancée par l'Espagnol, solidement enroulée autour du mât.

Antonio, aidé d'Ivan, de Francis, d'Arthur et d'Alfred, les hissa jusque sur le pont, où ils s'affalèrent l'un sur l'autre, crachotant et toussant l'eau qui avait bien failli avoir la peau de Roderich.

-T'es vivant, Nom de Dieu! jura Gilbert, une fois son souffle repris, en étreignant son amant. Me refais plus jamais ça, bordel!

-Gil… Tu m'étrangles…

-Je suis même pas désolé, tiens! répliqua-t-il en relâchant toutefois l'Autrichien. Monsieur joue les héros solitaires, et puis quoi encore?

-Pardon? s'offusqua Roderich. Qui a tenté de tenir tête à une armée de soldats en armures avec un blessé sur les bras, ou plutôt sur le dos, l'air de dire "allez, amis, je m'occupe de tout, je vous dis adieux et je reste ici me faire tuer?"

-… Pas moi! assura Gilbert. Je me serais pas fait tuer. Immortel et awesome, t'as oublié?

-Immortel ne veut pas dire à l'abri des blessures. Et je ne crois pas que l'immortalité puisse faire quoi que ce soit face aux blessures mortelles.

-Scheisse, je viens de te sauver la vie et on s'engueule.

Roderich sourit face à la mine proprement désolée de Gilbert, qui reprit:

-Je te demande pas de me remercier… Et je te remercierai pas non plus, d'ailleurs… Juste une chose, Roderich. Toi et moi, on s'est toujours battu ensemble. C'est mieux pour nous deux qu'on reste un duo. Alors on refait plus jamais quelque chose comme aujourd'hui. On se battra ensemble. Côte à côte. Toujours.

Le sourire de Roderich s'élargit.

-A vos ordres et avec plaisir, Herr Beilschmidt.

Gilbert acquiesça et se releva, proposant une main secourable à son compagnon pour faire de même.

Il s'adressa cette fois à l'ensemble des chevaliers massés autour d'eux.

-Bon. Nous avons un autre problème. Qu'est-ce que ces gars foutaient là? Ils n'ont même pas eu la politesse de nous demander qui on était avant de nous attaquer. Ils savaient qu'on arriverait, ils nous attendaient, ou alors ils se sont gourés, j'en sais rien mais qu'est-ce que c'était que ce bordel?

Il fixait Arthur.

-Je n'en sais rien. avoua le roi. Ils ne font pas partie de mon armée; pourtant ils sont équipés et nombreux comme s'ils en étaient une. Je vais devoir contacter mes gens, à Camaalot, pour savoir ce qu'il se passe en Bretagne. Dès que nous serons arrivés, je m'en occuperai.

-Arrivés où? demanda Francis.

-Je pense qu'on devrait rentrer en France… tenta Arthur.

-Non, c'est trop loin. intervint Antonio. Retourner en Petite Bretagne nous prendrait deux jours de plus. Je suggère la Belgique. Nous en sommes actuellement plus proches, et je connais de sympathiques Seigneurs sur la côte. Une sympathique Dame, en fait. Et un Seigneur un peu bougon, amis soit. Nous sommes sûrs d'y être bien reçus.

Arthur concerta les autres du regard. Comme personne n'avait d'objection, Antonio transmit leur destination au capitaine du navire.

Et la nuit tomba sur deux chevaliers grelottants enroulés dans des couvertures de peaux et accompagnés de dix autres chevaliers soucieux.

oOo

Le matin était encore brumeux et gris lorsqu'ils arrivèrent aux environs de la côte.

Antonio était sorti de sa cabine, qu'il partageait évidemment avec Lovino, pour admirer le soleil se lever sur la mer, il y avait de ça quelques heures.

Il aimait la mer. Il se sentait attiré par elle, depuis son enfance au bord de la Méditerranée.

Il ne se lassait pas du spectacle qu'elle lui offrait présentement, l'écume et les vagues s'écrasant sur la coque du navire, inlassablement. Les animaux marins, les poissons qu'il pouvait voir et suivre des yeux.

Une porte claqua légèrement dans son dos, et il détacha avec peine son regard de l'eau pour regarder qui arrivait.

Lovino.

Les cheveux en bataille, une couverture sur les épaules, il ne portait que ses hauts de chausses et une mince tunique de lin blanc, pieds nus sur le pont glissant et humide du bateau

-Déjà levé? grogna l'Italien.

-Et toi, alors? Qu'est-ce que tu fais réveillé?

-Parce qu'en plus t'oses le demander, bastardo… marmonna Lovino et s'approchant de son ancien maître et en posant sa tête sur son épaule. Tu sais bien que j'ai le mal de mer… Et tu m'as quand même laissé tout seul…

-Oh, Lovi…

Il caressa les cheveux du jeune Italien, puis fit un bond en l'air lorsque leur navire croisa un petit bateau de pêcheur.

-Hé! Oh hé! Marteen! Bella!

Les deux occupants du plus petit bateau levèrent la tête vers eux et distinguèrent le jeune homme qui s'agitait sur le pont. Ils firent demi-tour et suivirent le bateau, répondant aux signes de la main de l'Espagnol.

oOo

Lorsqu'ils furent amarrés, Antonio sauta littéralement hors du bateau et attendit quelques minutes avant que le bateau de pêche ne le rejoignent. Un femme et un homme en sortirent. L'homme ne parut pas pressé de saluer Antonio, tandis que la jeune femme lui sauta au cou après une courte course sur la distance qui séparait son embarcation du jeune homme.

-Bella! lança l'Espagnol en étreignant son amie, qui riait de bonheur de revoir le chevalier. Comment vas-tu, ma Belle?

Les autres sortirent du bateau. Matthew faillit bousculer Lovino qui assistait à la scène des retrouvailles, médusé, immobilisé par l'apparente proximité entre son Antonio et cette… Jeune… Jolie… Et blonde femme… Qu'il avait appelée "ma belle". Merda, qu'est-ce que c'était que cette histoire? Qui était-elle pour se donner en spectacle de la sorte avec Antonio? Qui était-elle tout court, d'ailleurs?

Antonio allait l'entendre… Ou plutôt non, justement. Il allait devoir supporter Lovino, redevenu le gamin boudeur et acariâtre qu'il était avant de partir en quête et de se rapprocher d'Antonio.

oOo

-Bella, Marteen, je vous présente le roi Arthur Kirkland, de Bretagne.

-C'est un grand honneur. dit la jeune femme en s'inclinant légèrement. Isabelle, et voici mon frère, Marteen. Que nous vaut une visite, Tonio? Ca fait une éternité qu'on ne t'a pas vu par ici.

-J'aimerais que vous nous accordiez l'hospitalité… Vous êtes notre dernier espoir, Bella mia, puisqu'on s'est fait jeter d'Angleterre avec un douloureux coup de pied au cul lorsqu'on a accosté.

-Vous aussi?

-Comment ça? demanda Arthur. Vous êtes au courant de quelque chose?

Isabelle sembla hésiter.

-Hé bien… Il y a des… Rumeurs.

-Qui disent?

-Les marins qui passent pas nos ports nous racontent tous la même chose. Les villes, villages et ports de la côte britannique seraient tombés aux mains de mercenaires… Qui se compteraient par milliers, si on les rassemblait tous ensemble.

-Des mercenaires? A la solde de qui?

-Je suis désolée, Arthur, nous n'avons que des informations de commerçants, marins et voyageurs qui ne s'aventurent plus en Bretagne depuis que ces mercenaires sont arrivés. Ils ignorent ce qu'ils cherchent, pour qui ils travaillent ou si la situation est similaire dans les villes intérieures.

-C'est déjà pas mal, merci.

-Et pour l'hospitalité, tu sais que tu n'as pas à me supplier, Antonio. reprit Isabelle. Vous pourrez rester aussi longtemps que vous le désirerez.

-Merci, Bella!

-Avec plaisir, Trésor. fit-elle avec un clin d'œil. Suivez-nous, nous vous conduisons au château.

Les chevaliers se mirent en route à la suite des frères et sœurs. Antonio se retourna sur Lovino, qui passa à côté de lui sans lui accorder un regard.

Et là Antonio sut qu'il avait peut-être été trop démonstratif dans la joie de revoir son amie.

oOo

Francis s'extirpa de la cuve de cuivre dans laquelle il avait trempé pendant une bonne demi-heure, s'enroula dans une étole et se sécha vigoureusement, avant d'enfiler des vêtements légers et de quitter l'espace protégé à la vue par un paravent nacré.

Arthur était agenouillé à même le sol près de la large meurtrière qui donnait vue sur la mer depuis leur chambre.

Il y avait, posé devant lui, un plat rond en argent, large et très fin, rempli d'eau limpide. Arthur le regardait fixement en murmurant quelques paroles que Francis ne comprit pas, en saupoudrant la surface de quelques grains d'une poudre orangée.

-Arthur? fit Francis, qui avait renoncé à l'enlacer par surprise tant son amant semblait concentré sur une tâche apparemment ardue.

Le roi releva la tête.

-Oui?

-Ils nous attendent pour le déjeuner, nous y allons?

-Oh, vas-y sans moi. Je vais essayer de parler à Guenièvre pour comprendre ce qu'il se passe chez moi. J'aimerais… Etre seul. Mais je vous rejoindrai après, c'est promis.

Francis eut un pincement au cœur. Guenièvre. Pendant tout ce temps… Il avait presque oublié qu'Arthur était marié. Il était presque certain que le roi n'avait pas de réels sentiments pour la reine, mais…

-Je comprends… A tout à l'heure.

Arthur acquiesça, puis retourna à son enchantement.

oOo

-Allez… S'il te plaît… Réponds.

Arthur avait mis son mécanisme de communication en place il y avait de cela dix minutes. Et la reine ne s'était pas encore manifestée. C'était pourtant elle qui l'avait initié à l'art des Miroirs, qui leur permettait de communiquer, peu importait la distance qui les séparaient, pour peu qu'ils aient tous deux un miroir ou de l'eau limpide et calme à portée de main.

Dans le plat, l'eau se troubla soudain, et il vit apparaître une chevelure rousse.

-Guenièvre! appela-t-il.

Un beau visage lui fit face. Les yeux verts, la peau diaphane, la reine de Bretagne s'approcha de son miroir, ahurie.

-Arthur! Comment vas-tu?

-Je vais bien. dit-il, un grand sourire fendant son visage alors qu'il voyait des traits si longtemps éloignés. Et toi?

Elle éluda la question.

-Où es-tu? Où en est la quête?

-Je suis sur la côte belge, et nous avons terminé la quête… On a trouvé le Graal, Guenièvre… annonça-t-il, émerveillé.

-Dieu soit loué, tu en es revenu… Tu es vivant! Arthur, je… Je suis si heureuse! Je ne l'espérais plus!

-Mais enfin, je t'avais dit que ça nous prendrait plusieurs mois… Tu t'inquiètes toujours pour pas grand-chose…

-Quelques mois, oui, bien sûr! le coupa-t-elle. Ca fait un an et demi que tu es parti pour le Northumberland, Arthur…

-Q… Quoi? Tant que ça? J'ai… Perdu le fil du temps, je crois. Là-bas, nous avons passé tant de nuits, qu'il pourrait s'agir d'un mois comme de dix ans… Peu importe. Parle-moi de toi! Comment vas-tu? Tu as l'air fatiguée. remarqua-t-il à la vue des cernes sous les yeux de la reine.

-Je… Je vais bien, Arthur. Je suis à Camaalot… Au cours de l'année, je suis allée à Caerleon et à Londres, vérifier que tout allait bien. Tout allait bien… Jusqu'à il y six mois…

-Que s'est-il passé? demanda aussitôt Arthur alors que la jeune femme marquait une pause et inspirait profondément.

-Il y a eu… Des meurtres. La plupart des chevaliers qui étaient tes amis sont morts… Les autres se terrent, comme moi, dans leurs fiefs, avec leurs vassaux et leurs chevaliers.

-Qui…

-Ils ont été assassinés. De façon diverses. Empoisonnés, ensorcelés, décapités, criblés de flèches… Qui que l'assassin soit, il n'a pas manqué d'imagination. Auprès de leurs corps, on a trouvé des parchemins… Qui étaient signés de ton nom, Arthur. "Avec les salutations de Messire Kirkland."

Les yeux d'Arthur, écarquillés d'horreur, se teintèrent de tristesse et de colère.

-Mais… Tu es sans défense à Camaalot?

-Je ne suis jamais sans défense, Arthur… lui rappela-t-elle tristement, effleurant par réflexe une baguette de cerisier glissée dans son chignon.

-Si Camaalot est attaquée, ta magie ne sera pas suffisante, et…

-Ne t'inquiète pas pour Camaalot. Mon père a envoyé le plus gros de ses troupes depuis l'Irlande pour la défendre. Il faut que tu saches, Arthur, qu'un chevalier a rallié des milliers de mercenaires et les Saxons à sa cause et s'est emparé des fiefs du royaume, un par un. Camaalot est un des seuls qu'il n'ait encore investi. Je ne pouvais rien faire, les… Nos troupes avaient été décimées et j'étais seule, et…

-Calme-toi…

-Ne reviens pas en Bretagne, Arthur. Ils contrôlent totalement la côte… Tous les ports, tous… Toutes les villes côtières… Il en a fait des réserves à garnisons, et il n'attend qu'une chose, c'est que tu te jettes dans la gueule du loup!

-Je sais… J'en ai déjà fait les frais hier dans l'après-midi, à vrai dire.

-Quoi? Tu es blessé? Dis-moi, je…

-Ne t'inquiète pas. Je vais bien. Nous avons eu une mauvaise surprise, mais c'est tout. Ce chevalier… Il s'est présenté à toi?

-Non. Je ne l'ai jamais vu. La rumeur le dit petit, blond. Une très jeune homme, encore adolescent. Entouré de dizaines de soldats. Il s'appellerait Peter.

Arthur inspira profondément.

Il en avait presque oublié Morgane, avec toutes leurs mésaventures. Elle avait bel et bien été anéantie… Mais c'était son… Leur fils qui avait pris les commandes de son armée de fidèles.

-Je ne fais plus confiance à aucun chevalier, Arthur, à part ceux qui sont ici à Cammalot. Voir que ton nom apparaissait comme signature des meurtres en a fait douter plus d'un, et je crains que nous ne puissions nous appuyer sur eux. Arthur… Peter… Marche sur Camaalot.

oOo

Arthur était finalement descendu dans la grande salle claire où ses amis avaient mangé, en compagnie de Dame Isabelle et de son frère, Marteen. Il avait raconté tout ce qu'il venait d'apprendre et, en contrepartie, il avait recueilli treize regards ahuris et soucieux.

-C'est pire que ce qu'on croyait… Il n'y a pas que la côte dans cet état…

-Merci pour le résumé, Frannie… fit Gilbert.

-Nous partons demain matin. annonça Arthur, fébrile, pour les interrompre.

Le silence tomba sur la salle.

-Pardon? demanda Alfred.

-Tu m'as bien entendu. Nous ne pouvons laisser Guenièvre à Camaalot plus longtemps, avec la menace de la voir attaquée sous peu.

-Arthur, tu n'es pas sérieux? demanda Francis, qui hésitait entre le rire et les larmes. Reviens à la raison! Nous sommes douze! Et même immortels, que veux-tu que nous fassions à douze contre une armée de mercenaires et de Saxons?

-Ce serait courir au suicide. approuva Roderich. Nous pouvons être blessés et mis hors d'état de nuire pour un moment. Sans compter que je crains fort que nous ne survivions pas à des blessures mortelles.

-Il nous faut réunir une armée avant de partir. décréta Ivan.

-Nous pouvons vous aider à rassembler des chevaliers. prévint aussitôt Isabelle d'une voix douce. N'est-ce pas, Marteen?

-Ja.

-Toujours pas résolu à parler Latin, que tout le monde te comprenne? grinça Antonio.

-C'est pas le moment, Tonio…

-Il faut rassembler nos troupes. continua Ivan. Les miennes peuvent venir mais il faudra au moins un mois avant de les voir arriver.

-Les Irlandais sont de braves gaillards, à ce qu'on raconte. Ils peuvent tenir sans nous jusque là. assura Matthias.

-J'en suis pas si sûr… répliqua Arthur. Tu as oublié? Peter est le fils de Morgane! Au cas où tu ne t'en souviendrais pas, elle …

-Je m'en rappelle très bien. Seulement, il n'est pas Morgane. Il est son fils, et le tien.

-La belle affaire! Il a deux parents magiciens, soit potentiellement encore plus dangereux qu'elle!

-Et c'est toi, conscient de cela, qui voulait te ruer sur la Bretagne pour qu'on le rosse à douze… releva Gilbert.

-Tu oublies l'essentiel, Arthur. fit Roderich. Il a grandi anormalement vite à cause de sa mère… S'il a l'apparence d'un jeune homme, il n'en est pas moins un enfant. Il reste jeune, inexpérimenté, instable et donc potentiellement vulnérable.

-… Comment t'en sais autant sur les enfants, toi? fit Gilbert, suspicieux.

-Je te côtoie depuis longtemps, tu as oublié? cingla Roderich.

-Bien envoyé. le félicita Antonio.

-Quoi qu'il en soit, nous devons élaborer une stratégie. On ne peut foncer tête baissée.

-Tu proposes quoi? l'interrogea Lovino.

Ce fut Matthew qui intervint.

-Il faut nous préparer à l'éventualité d'être attaqués dès notre sortie du bateau. Au moins, il y a un point positif, Peter concentrera toutes ses troupes sur la côte et délaissera Camaalot.

-Tu as raison, Matthew. fit Elizabeta. Il faudra être prêts à se jeter dans la bataille dès notre arrivée, et même avant d'aborder les côtes. Il faudra être rapides, vifs. Privilégier les arcs et les armes de jets, dans un premier temps, pour pouvoir se frayer un passage jusqu'au champ de bataille.

-Et nous avons un avantage de taille. sourit Lovino.

-Ah oui? fit Arthur, peu convaincu.

-Oui. affirma l'Italien. C'est nous qui déciderons de l'emplacement du champ de bataille, de par l'endroit où tu décideras de nous faire accoster, Arthur.

-C'est vrai… approuva Arthur, plongé dans la réflexion. Mais nous aurons tout le temps pour discuter d'une stratégie. Ce qu'il nous faut, ce sont des hommes.

-Nous avons des messagers qui peuvent se rendre où vous le désirez. proposa Isabelle. Quant à moi, je suis prête à vous fournir cent chevaliers. Marteen s'occupera de vous procurer des bateaux en suffisance.

-Gracias, Bella! dit Antonio en s'inclinant légèrement sur sa chaise, faisant un clin d'œil destiné à la Dame.

Lovino roula des yeux, mais Francis parla et eut de nouveau l'attention de tous le monde.

-Je crois que mon père serait à même de nous fournir trois cents soldats, fantassins, archers et cavaliers.

-Lukas et moi connaissons quelques Seigneurs scandinaves qui seraient honorés de se joindre à nous, avec leurs guerriers.

-Si des chevaliers de l'Est vous conviennent, j'en ai environ deux cents sous la main. annonça Ivan.

Elizabeta sembla émue lorsqu'elle parla.

-Les hommes de la Maison Hedervary… Mes hommes… Sont les tiens, Arthur. Je peux également faire appeler un magicien de ma connaissance.

-Merci, Lizzy. C'est vraiment gentil.

Lovino, quant à lui, hésitait à parler. Il ne savait pas trop comment formuler ça… Mais finalement, il se lança.

-J'espère que t'as pas oublié que ton père était un vaillant et puissant Seigneur italien, Arthur. Parce que si tu t'en souviens pas, je crois pas que je vais faire rappliquer ses amis…

Arthur sourit et ébouriffa les cheveux de son demi-frère, assis à côté de lui.

-Je n'ai pas oublié… J'ai attendu trop longtemps de connaître mes origines pour omettre le moindre détail.

oOo

Le conseil de guerre se termina tard dans la soirée, et les messagers envoyés aux quatre coins de l'Europe, les Chevaliers de la Table Ronde décidèrent de tous aller se coucher.

Lovino monta le premier, suivi d'Antonio. L'Italien avançait vite, comme s'il voulait arriver à la chambre qu'ils partageaient le premier.

-Hé, Lovi! Qu'est-ce que tu as?

-Rien.

Antonio haussa un sourcil mais n'ajouta rien, préférant le laisser atteindre leur porte et la passer avant de reprendre le contrôle des opérations.

Lorsque l'huis de bois massif fut clos, Lovino commença à ôter ses bottes, puis sa tunique, rapidement. Dans l'intention, sans doute, de mettre prestement la viande dans le torchon sans laisser à Antonio l'occasion d'en profiter.

Sauf que l'Espagnol l'imita, et avant que l'Italien n'ait pu se coucher, il lui fit face, lui releva le menton.

Lovino darda sur ses prunelles un regard incendiaire.

Antonio eut un sourire en coin, l'embrassa passionnément pendant un long moment. Lovino résista peu de temps puis laissa vagabonder ses mains dans le dos nu de l'Espagnol, accrocha ses doigts dans les épaules musclées. L'écuyer se pressa un peu plus contre lui, avant qu'Antonio ne les fasse basculer sur le lit.

-Tu sais, Lovi… Tu n'as aucune raison d'être jaloux de Bella… Mais je suis content que tu le sois quand même… Un peu… Ca veut dire que tu m'aimes…

-Chiudi il becco… Umh… bastardo…

-Anche ti amo, Lovi.

oOo

Un mois et demi plus tard, une quinzaine de vaisseaux Hollandais arrivèrent en vue de Salesbières, en Bretagne, avec à leur bords mille cinq cents chevaliers de toutes origines.

A leur tête, un roi et chevalier nerveux, Arthur Kirkland, et ses onze chevaliers de la Table Ronde. Qui se battraient, éternellement s'il le fallait, pour reconquérir son royaume.

La Bataille de Salesbières commença dès qu'ils accostèrent.


Ouf! C'est fait. J'espère que vous aurez aimé ce chapitre.

Traductions :

Rückzug : replis, retraite (allemand)

Scheisse : merde (allemand)

Liebling : chéri (allemand)

Bastardo : bâtard (italien)

Ja : oui (ici en néerlandais, mais identique en allemand)

Gracias : merci (espagnol)

Chiudi il becco : ta gueule (littéralement ferme ton bec) en italien.

Anche ti amo, Lovi : je t'aime aussi, Lovi (italien)

On approche de la fin! Le seizième chapitre sera le dernier! Votre supplice s'achève xD

A bientôt, ou à tout de suite si vous souhaitez me donner votre avis sur ce chapitre ^o^