Bonjour tout le monde!
Disclaimer: les personnages appartiennent soit à Hidekaz Himaruya, soit à la légende arthurienne dont ceci n'est qu'une adaptation.
Note: voilà onze mois maintenant, j'écrivais les premiers mots de Twelve's Quest après deux mois de lecture assidue et de scénarisation ardue. Voilà que je me mets à faire des rimes.
Fuyez, pauvres fous.
Bref.
L'écriture de Twelve's Quest a été un vrai challenge, une aventure de longue haleine… Qui a été rendue plus facile grâce à vous. Merci à vous tous, qui avez lu, commenté, suivi et ajouté cette fic à vos favoris. A tous les lecteurs anonymes, tous les reviewers anonymes. Merci de m'avoir soutenue, conseillée, encouragée et motivée pour cette fic! Je vous en suis éternellement reconnaissante.
Ca n'a pas toujours été facile, vous le savez si vous avez survécu à mes élucubrations jusqu'ici. J'ai eu des hauts et des bas et de grandes périodes de démoralisation quant à cette fic… Néanmoins j'ai beaucoup appris et j'espère m'être améliorée pour vous offrir, au final, quelque chose de potable.
Si je suis ravie d'être arrivée au bout, croyez-moi, Twelve's Quest va me manquer, aussi, dans un sens, malgré tout ce que j'ai pu dire. Je n'en avais jamais vraiment envisagé la fin, et y arriver m'a profondément… émue et troublée. Elle va me manquer, vraiment. Et vous aussi TwT
Chapitre "dédicacé" à Nakamura Tomoyo. Tu te souviens, au tout début, je t'avais promis de terminer cette fic? C'est chose faite, et en partie grâce à toi ;) Merci encore pour tout. J'espère vraiment qu'elle aura été à la hauteur de tous tes mots doux :3
Au niveau musical, un morceau aura eu une importance capitale pour ce chapitre : If I Die Young (Michael Henry & Justin Robinett). Pour le reste de la fic, notamment les musiques celtiques d'Adrian Von Ziegler.
Comme vous vous y attendez, ce chapitre est centré sur la bataille de Salesbières. Mais je l'aime bien, malgré ça. Espérons que pour une fois je ne foirerai pas ma fin xD
On se retrouve en fin de chapitre pour quelques effusions de joie et autres explications, d'ici là, bonne lecture ;)
Chapitre XVI : La Bataille de Salesbières
La lame s'enfonça dans l'armure puis dans la peau avec un bruit métallique, suivi d'un cri de douleur déchirant. Gilbert fut une fois de plus arrosé d'un flot de sang lorsqu'il récupéra son épée.
Il avait jusqu'alors échappé aux blessures, pourtant, il était maculé de sang de la tête aux pieds.
Il trancha encore un ou deux soldats saxons qui traînaient sur son chemin et progressa vers l'avant, atteignant une saillie rocheuse qui lui permettrait d'analyser l'étendue des ressources de l'ennemi.
Haletant, il se tint un moment comme un conquérant épuisé et voûté sur le rocher et s'octroya un instant de répit. Ce qu'il observa ensuite glaça son sang immortel dans ses veines.
La plaine qui s'étendait devant ses yeux sur quelques bonnes centaines de mètres grouillait de chevaliers en armures, en rangs bien ordonnées, attendant patiemment que l'ennemi –Gilbert et ses compagnons– se pointe pour les cueillir comme des fleurs.
Il regarda derrière lui.
Il avait pris l'avance, poussé par sa hargne et sa hardiesse au combat. Il était désormais séparé du gros des troupes, unique chevalier de la Table Ronde dans un rayon de cent mètres.
Bon.
Il devait reculer, venir en aide à ses amis. Parce que s'avancer seul au devant de mille autres chevaliers ennemis aurait été un suicide bien salissant.
Oui, un suicide.
Parce que "notre immortalité ne nous empêche pas de ressentir la douleur et encore moins d'être blessés. Elle ne changera en rien notre mode de combat, nous devrons nous préserver des blessures autant que possible et sauver notre peau. Une seconde d'inattention et vous n'aurez pas plus de chances de vous en sortir qu'un chevalier normal." dixit Roderich, qui avait mené quelques expériences avec Lukas au cours de leur séjour sur la côte belge et qui en avait tiré les conclusions susmentionnées.
Ach.
Gilbert n'aimait pas freiner son enthousiasme, mais il battit en retraite, frappant dans le dos quelques ennemis.
oOo
Roderich se retourna, juste à temps pour pointer son épée sur un chevalier ennemi qui se jetait sur lui. Il s'empala sur la lame et entraîna Roderich dans sa chute, qui tomba en arrière. Le poids de l'homme en armure lui coupa la souffle et ses forces le quittèrent un instant. Il essaya sans succès de se dégager.
Finalement, après quelques tentatives infructueuses, il parvint à faire rouler son ex-adversaire sur le côté. Il récupéra mollement son arme, toujours fichée quelques part dans la cage thoracique du Breton, et se releva sur les coudes.
Un chevalier arriva vers lui en courant.
Un ami, puisqu'il pourfendait fièrement Bretons et Saxons de larges coups d'épées. Il arborait un long haubert sous une tunique jadis blanche, actuellement écarlate. Sous son heaume, Roderich distingua quelques mèches argentées encore épargnées par le sang.
Gilbert.
Qui lui tendit une main secourable dans sa course et qui le ramassa littéralement pour le ramener dans leurs rangs.
-Pourquoi on détale comme des lapins? hurla Roderich.
-On doit prévenir Arthur! Et je t'ai déjà dit qu'on devait combattre ensemble! répliqua Gilbert au même volume.
Roderich dégagea sa main et brandit son arc. Gilbert le guidait, se frayant un passage entre les cadavres des leurs et des autres, entre les combattants, tandis que Roderich courait à sa suite à reculons, abattant quelques ennemis d'une flèche fichée à la jonction du heaume et du haubert, dans la jugulaire, ne leur laissant aucune chance. Seulement la certitude de se vider de leur sang.
oOo
Ils croisèrent en chemin Antonio et Lovino qui se battaient côte à côte. Antonio était bien trop anxieux pour laisser l'Italien se battre loin de lui. Ils avaient tous deux pris le commandement de chevaliers venus de Rome, de Naples ou encore de Venise. Des amis du père de Lovino et d'Arthur, qui avaient été enthousiastes à l'idée d'aider les rejetons du feu chevalier Vargas.
Le plus jeune des deux n'avait pas l'air de s'en tirer trop mal, bien qu'une entaille lui barrait la joue, son heaume s'étant fait la malle dans la mêlée. Antonio, quant à lui, surprenait tous ses ennemis avec ses techniques héritées des chevaliers orientaux qu'il avait affrontés dans le passé. Somme toute, l'Espagnol avait l'air de bien s'amuser, à la manière de Gilbert.
Dans la course folle des Germaniques, des cris beuglés dans une langue gutturale, incompréhensible et profonde, les informèrent que Matthias avait pris la tête des chefs du Nord venus leur prêter main forte.
Lukas, quant à lui, se battait à l'arrière, avec l'ami magicien d'Elizabeta. Le but étant quand même de limiter les pertes, deux magiciens ne seraient pas de trop pour venir en aide aux blessés légers et ils seraient d'autant plus efficaces s'ils restaient en retrait des combats.
Les deux compagnons durent faire un détour pour éviter de se trouver sur le chemin des cavaliers hongrois, menés par Elizabeta aux côtés d'Ivan et de ses chevaliers de l'Est.
Enfin, Roderich et Gilbert atteignirent une zone où flottaient les étendards de la Bretagne, les armes d'Arthur, mais aussi le blason d'Alfred et celui de Matthew. Un peu plus loin, Francis donnait ses directives à ses hommes tout en combattant en première ligne une horde de Saxons.
-Arthur! hurla Gilbert, qui se frayait difficilement un passage vers le roi.
Celui-ci acheva son adversaire actuel et tourna la tête dans la direction de l'albinos, qui arriva à ses côtés et commença à repousser l'ennemi avec Roderich.
-Il n'a pas encore relâché toutes ses troupes! Il y en a encore au moins un millier qui attend, de l'autre côté de…
Arthur quitta prestement l'albinos. Sans crier gare. Il ne l'écoutait plus.
Il s'était déplacé vers l'avant, laissant le gros de ses troupes derrière lui.
Il se dirigeait résolument vers un chevalier. Un petit chevalier suivi d'un homme bâti comme un chêne portant ses étendards.
Des armes arborant un serpent argent sur fond de sable.
C'était les armes de Morgane… Alors le voilà.
Le fils de la magicienne avait décidé de reprendre le blason de sa mère. Mais les chevaliers de son père.
Dans le lot qui les avait accueillis à leur arrivée, Arthur avait vu quelques étendards flotter au vent. Des bannières bien connues. Des amis. Des chevaliers loyaux.
D'anciens amis, d'anciens chevaliers loyaux.
L'ironie du sort voulait que les seuls chevaliers auxquels Arthur pouvait se fier désormais ne fassent même pas partie de ses sujets.
Les seuls de ses amis qui avaient échappé à la corruption. Les seuls de ses amis qui ne se battaient pas pour la gloire d'un roi mais parce que leur code d'honneur le leur dictait et qu'ils désiraient rendre service à un ami et non à un suzerain.
Arthur signala sa présence aux alentours du plus petit chevalier du champ de bataille en se débarrassant de quatre ennemis supplémentaires qui avaient fondu sur lui. L'un eut l'abdomen percé, l'autre fut décapité de l'ample mouvement dans la continuité de l'élan de la lame lorsqu'Arthur l'ôta du corps du précédent. Les deux autres résistèrent un peu plus, mais avec un rugissement digne du lion ornant les armes d'Antonio, Arthur asséna un coup du plat de la lame sur l'un des casques, tandis que sa main gauche se saisissait à toute vitesse d'une dague cachée sous son plastron et l'enfonçait dans la gorge du chevalier. Le dernier, quand à lui, eut le temps d'échanger quelques passes d'armes avec le roi, mais ce dernier n'était pas d'humeur à faire traîner les choses et le désarma d'un moulinet du poignet. Il profita alors de sa surprise pour le faire tomber au sol d'un coup de pied dans le ventre et l'achever sans cérémonie en lui enfonçant Excalibur dans le torse.
Ce fut ainsi, maculé de sang, de poussière et de transpiration mêlés, les cheveux rougis et dégoulinant de petites gouttes rosées, le plastron défoncé, l'épée noire de sang, qu'Arthur Kirkland fit face à son ennemi et à son fils.
Peter Kirkland releva la visière de son casque, dévoilant un visage pâle et propre, pas encore tout à fait débarrassé des rondeurs de l'enfance, des sourcils épais et des yeux bleus, à la fois remplis d'appréhension, de fatigue et de rage intérieure.
Il dévisagea Arthur un moment. Ils échangèrent un long regard. Arthur ne put s'empêcher de remarquer toutes les ressemblances qu'il y avait entre eux. Leurs sourcils, la forme de leur visage. L'expression d'avoir hérité trop tôt de responsabilités qui les dépassaient.
Il avait seize ans quand il avait été nommé roi. Son fils avait peut-être un âge réel de quatre ans… Et même s'il en paraissait seize, il était trop jeune pour supporter la couronne qu'il tentait apparemment d'obtenir, trop jeune pour soulever le pays contre son roi, trop jeune pour être embrigadé dans une bataille de cette ampleur… Trop jeune pour en avoir vu tellement d'autres auparavant.
Pourtant, il salua son géniteur d'un signe de tête arrogant. Il fit un geste de la main à son apparemment second pour qu'il n'intervienne pas. L'homme se chargea des soldats aux environs pour laisser le champ libre à Peter et Arthur. Le jeune garçon baissa la visière de son casque, ne laissant plus voir que ses yeux bleus, et dégaina une longue épée.
Arthur se mit en garde.
-Ainsi donc tu veux me combattre?
-Et plus si affinités! répliqua Peter.
Sa voix était encore celle d'un adolescent. De là probablement la nécessité d'avoir un homme plus âgé à sa botte pour porter les ordres potentiels à un volume audible par le reste des soldats.
-Tu veux engager un duel à mort avec ton propre père?
-Je ne vois pas en quoi c'est censé me déranger alors que tu n'as jamais rien fait pour moi.
Il coupa court à l'échange et leva ses bras au-dessus de sa tête, attaquant ensuite Arthur par le haut. Le roi bloqua le coup de son bouclier, détourna l'épée et déporta Peter vers le sol, avant de faire un pas de côté pour s'éloigner du jeune garçon.
Arthur voulait éviter de blesser Peter, qui n'était qu'un objet, un pion dans les desseins de Morgane. Sa conception avait été planifiée pour servir les plans d'une sœur aigrie. Sa croissance avait été accélérée pour profiter de l'absence d'Arthur et lui réserver une jolie surprise à son retour.
Peter n'avait jamais eu le choix. On ne lui avait jamais proposé une autre vie, on ne lui avait jamais demandé son avis. Dès le berceau, et plus tôt encore, il avait été utilisé.
Rien n'était de son fait, Arthur n'avait rien à lui reprocher à lui. Tout cela n'était pas le résultat de sa volonté, alors Arthur ne pouvait se résoudre à lui vouloir du mal.
Ce qu'il ressentait à l'égard du jeune chevalier, c'était plutôt… De la pitié. Pitié de la vie sacrifiée sur l'autel de la vengeance. Pitié d'une vie sans amour. Au plus profond de lui, Arthur aurait aimé… Le connaître davantage. Ce n'était pas la faute de Peter s'il était son fils incestueux, alors pourquoi le considérer comme un rebut indigne de considération? Il demeurait son fils. Il avait droit à l'amour d'un père. Et Arthur aurait aimé le lui apporter.
S'il en avait eu l'occasion.
Il n'était peut-être pas trop tard. Peut-être que Peter avait encore une once de libre arbitre, quelque part.
Peut-être qu'il accepterait… Une trêve et des retrouvailles.
Mais le jeune chevalier ne laissa pas beaucoup de temps à Arthur pour préparer sa proposition. Lame au flanc, il chargea le roi.
Attaqua.
Arthur para. Lame contre lame, les deux visages étaient proches.
-Quel mal t'ai-je fait pour que tu m'en veuilles au point de vouloir me tuer? demanda Arthur.
Les yeux de Peter s'allumèrent d'une étincelle de colère et il se dégagea violemment. Puis il repartit à l'assaut, enchaînant les attaques, les bottes, les estocades et les feintes. Arthur bloquait la plupart de ses mouvements, mais il devait reconnaître que son fils se débrouillait plus que bien avec une lame, au moins à l'attaque.
Il n'avait pas trop envie de tester ses défenses, même s'il pouvait déjà constater que sa garde était trop haute. Il laissait trop d'ouvertures. Si Arthur en avait eu l'intention et l'envie, il aurait déjà pu aisément le tuer.
Autour d'eux, les combattants s'écartaient. Dans son champ de vision, Arthur remarquait les bannières de Francis, non loin.
Arthur poursuivit son discours:
-J'ignorais jusqu'à ton existence il y a un an à peine! C'est ta mère qui t'a bourré le crâne d'idées préconçues à mon sujet, et…
Peter le fit taire d'un coup de pommeau sur le crâne, qui fit vaciller Arthur et qui permit au plus jeune d'entamer le flanc de l'armure de métal au niveau de la cage thoracique.
-Ma mère… M'a élevé, elle, au moins. Mes deux parents ne peuvent pas en dire autant!
-Je… j'ignorais… Je ne savais pas que j'avais un fils!
Peter ne s'arrêta pas en si bon chemin et ne laissa pas le temps à Arthur de se remettre de la salve précédente.
Il se rua une fois de plus sur lui et virevolta, son épée atteignant l'endroit frappé précédemment avec une précision remarquable après une pirouette.
Le sang gicla. Arthur était touché pour de bon cette fois, et il laissa un cri de douleur passer ses lèvres.
Peter s'écarta, satisfait, et prépara sa prochaine attaque tandis que le roi se relevait.
Arthur détestait cette idée, mais… Il ne pouvait plus se contenter de se défendre. Il allait devoir passer à l'attaque, désormais.
Il se remit sur ses pieds. Son équilibre ne semblait pas altéré.
Bonne nouvelle.
Il fit tournoyer sa lame entre ses doigts et se mit en position d'attaque. Il commença son assaut. Peter bloquait avec peine et ne semblait pas savoir trop quoi faire pour se défendre.
Lorsqu'Arthur fut assez proche, il se baissa et s'échappa par le côté, ramassant au passage un bouclier qui traînait par terre.
-Pourquoi… Est-ce que tu te bats? demanda Arthur.
-J'ai décidé de prendre par les armes… Ce qui me revient de droit et que tu ne voudras jamais me céder.
Peter attaqua à nouveau. Arthur ripostait.
-C'est vrai, fit-il entre deux feintes, que j'aurais préféré ne pas être le père du fils de ma sœur. Mais le faire chevalier et lui céder une partie de mon territoire me semble un destin plus enviable que d'être obligé de le tuer!
Peter marqua un arrêt dans sa riposte, ce qui lui valut un coup de taille dans la cuisse, qui se mit à saigner abondamment.
Arthur s'en voulut aussitôt, malgré sa décision d'attaquer à son tour. Il n'était qu'un enfant… Son enfant…
Qui profita de son inactivité pour donner un violent coup de pied dans sa main droite, faisant craquer sinistrement les doigts crispés sur la poignée d'Excalibur et envoyant valser l'épée loin au sol.
Presque sûr de sa victoire, Peter pointa son épée sur la gorge d'Arthur, un peu découverte par son heaume, et demanda avec émotion et douleur:
-T… Tu serais prêt à… Me reconnaître? balbutia le jeune homme. Me reconnaître comme ton héritier?
Arthur ouvrit la bouche pour répondre.
-Evidemm…
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase.
Un chevalier lambda avait vu Arthur désarmé, sans autre défense que son bouclier, et en mauvaise posture, une lame sous la gorge.
Et le chevalier avait décidé de lui venir en aide en envoyant un javelot vers son adversaire, avant de se fondre dans la mêlée du champ de bataille.
Un javelot qui atteignit son but, qui atteignit un petit adolescent de seize ans droit entre les deux épaules.
Il eut un sursaut alors qu'Arthur hurlait de désespoir.
Le jeune garçon ne tomba pas. Il resta, immobile, face à Arthur. Ses yeux se voilèrent. Il fit volte-face et chercha son agresseur, sortant un stylet de la manche de son haubert.
Ses yeux fiévreux se posèrent sur un chevalier qui s'était arrêté un instant dans son combat pour observer la scène.
Un chevalier qui n'était pas celui qui l'avait frappé, ce dernier ayant disparu.
Celui-ci avait un haubert sous une tunique de lin bleue, décorée de lys qui disparaissaient sous les taches de sang laissées par les combats et ses propres blessures. Son heaume découvrait sa tête et laissait voir des cheveux blonds, sales, noués en un catogan à moitié défait.
Le chevalier fut assailli par un nouvel adversaire et son attention se détourna d'Arthur et Peter. Mais Peter leva le stylet dans sa direction et visa difficilement à cause de la douleur qui embrouillait son esprit et des forces qui l'abandonnaient en même temps que le sang qui s'écoulait dans son dos.
Arthur comprit rapidement les intentions de Peter et s'interposa en criant de ne pas lancer cette dague.
Mais c'était trop tard.
Le stylet avait été lancé. Il avait atteint Arthur juste en-dessous du cœur. Et Peter était tombé à genoux.
Arthur l'imita.
Les doigts tremblants, un gémissement de douleur s'échappant de ses lèvres serrées, Arthur ôta la lame de son torse et la jeta sur le côté, avant de s'avancer vers Peter.
La respiration du jeune garçon se réduisait à un râle bruyant.
Ses yeux ne voyaient plus rien.
Arthur s'assit sur les genoux et maintint le petit corps de son fils contre son torse. Une main noire de sang séché se posa sur le visage pâle, trempé de sueur, de l'adolescent.
Arthur ôta son casque, rabattit son heaume. Ses yeux émeraude s'étaient remplis de larmes.
Les bras du roi se refermèrent autour du torse étroit de Peter, et le serrèrent contre son cœur. Les doigts tremblants du fils de Morgane se posèrent sur le trou ensanglanté dans l'armure de son père, là où la dague l'avait atteint.
-Je… Je suis… Dé…solé.
-Chut… Chut…
-Tu a… Avais raison… Je… C'était… Morga…
-Chut… S'il te plaît…
Arthur contemplait le visage de son fils, qui se faisait de plus en plus pâle et de plus en plus inexpressif. Agité de petits tremblements, Arthur savait qu'il ne pouvait rien pour lui.
Pourtant, dans le désespoir, perdu au milieu du champ de bataille, il appela, quittant un instant le visage de Peter des yeux.
-Lukas… LUKAS!
Il n'y avait personne aux alentours. Personne pour l'entendre parmi les hurlements, les cliquetis et les fracas métalliques du champ de bataille. Personne pour lui venir en aide.
Francis était aux prises avec des Bretons, et le second de Peter avait été défait par Alfred et Matthew, qui depuis n'avaient pas eu l'occasion de revenir vers Arthur.
Alors le jeune roi ôta d'un coup sec le javelot toujours enfoncé entre les deux omoplates de son fils. Le sang coula des lèvres de Peter, mais il eut un hoquet lorsque le métal quitta sa chair.
Les larmes du jeune garçon rencontrèrent celles de son père qui s'écrasaient sur son visage.
Arthur commença à marmonner toutes les incantations qui lui venaient à l'esprit, toutes celles qu'il connaissait –et c'était bien peu de choses, à vrai dire. Il tentait tant bien que mal de compresser la plaie avec son bras, mais le flot de sang était toujours plus abondant et impossible à contenir.
Même s'il parvenait à en endiguer le flot, Peter avait perdu trop de sang.
Alors le roi de Bretagne renonça. Ses paroles de soins se muèrent en une berceuse, douce, lente et agréable. Lové contre le torse de son père dont les forces commençaient aussi à diminuer, Arthur commença à bercer son enfant, comme il aurait dû le faire depuis le début de sa vie.
Sa voix tremblait. Le monde autour de lui était flou, déformé par les larmes roulant sur ses joues.
Les lèvres de Peter tremblaient. Dans un dernier effort, les yeux saphir rencontrèrent leurs homologues émeraude.
-J…J'ai… Un p…père… J'ai un père…
Arthur serra son fils plus étroitement encore contre lui. Mais le petit corps se détendit et arrêta de trembler.
Le roi déposa Peter sur le sol, délicatement. Inerte, le souffle de vie ténu qui l'habitait avait finalement quitté l'adolescent, qui reposait, les yeux ouverts, du sang sur le visage, étendu par terre dans la plaine de Salesbières.
Arthur s'effondra sur le corps de son fils.
Son fils si jeune, qu'il avait si peu connu.
Son fils qui avait été victime de sa vie.
Son fils décédé.
oOo
Francis tomba au sol, envoyé là par un méchant coup de bouclier dans la mâchoire. Son adversaire se rua sur lui pour l'achever, mais juste au moment où l'épée s'abattait vers son torse, Francis roula sur lui-même et échappa au coup.
Quant à son adversaire, il continua sa route et son armure se disloqua, morceau par morceau, jusqu'à ne former qu'un tas de métal au sol.
Les sourcils de Francis se froncèrent.
Nulle trace de corps dans l'armure. Il avait disparu.
Qu'est-ce que…
Il avait pourtant blessé cet homme… Au visage, même. Il avait des cheveux bruns et des yeux noisette. Il l'avait vu, bien réel, face à lui et…
L'armure était vide.
Le blond se remit debout et regarda autour de lui.
Tous les chevaliers Bretons avaient suivi le même sort.
Qu'est-ce que ça voulait dire?
Il restait quelques Saxons ça et là, qui prirent leurs jambes à leur cou lorsqu'ils virent l'état dans lequel leurs alliés avaient fini.
Les chevaliers de la Table Ronde, dispersés aux quatre coins de la plaine, arboraient la même expression perplexe que Francis. Leurs amis et alliés également. Beaucoup avaient été interrompus dans leur combat de façon inopinée.
Francis compta les têtes qu'il voyait, familières, parmi les survivants.
Antonio était soutenu par Lovino mais ils paraissaient tous deux indemnes. Matthew et Alfred se trouvaient non loin du Français, en vie. Lukas accouraient vers le gros de la mêlée, le magicien roumain sur les talons. Matthias était nonchalamment appuyé sur sa hache et contemplait les environs, ensemble de désolation et de morts, une expression de dégoût et de contentement sur le visage. Gilbert récupérait son épée, ancrée dans un tas de métal, tandis que Roderich soutenait Elizabeta, qu'un ennemi avait apparemment atteint à la jambe. Ivan, quant à lui, félicitait ses cavaliers lorsqu'il réceptionna dans ses bras un jeune palefrenier qui avait couru depuis le bateau et qui était apparemment ravi de voir son chevalier en vie.
Ca faisait onze.
Et le visage qu'il avait le plus désiré voir manquait à l'appel.
Il balaya les environs du regard et trouva finalement celui qu'il cherchait.
Au sol, un cadavre sous lui, Arthur pleurait, se lamentait et saignait abondamment du torse et du flanc. Des blessures sérieuses.
Francis se rua sur lui et le couvrit de questions. Qui s'arrêtèrent brutalement lorsqu'il identifia le corps sur lequel Arthur pleurait.
Francis se laissa tomber aux côtés de son amant et entoura ses épaules de son bras. Sa tête vint reposer sur l'épaule du Français et ses pleurs se calmèrent un peu lorsque Francis ferma les yeux du garçon.
-On a gagné, Arthur… Mais… Toute victoire a un prix…
Arthur chassa ses larmes d'une main et se tourna vers son compagnon.
Sa voix encore pleine de sanglots lui répondit.
-Tu as… Tu as raison.
-Arthur! cria la voix de Lukas en arrivant à son chevet. Tu vas bien?
-Sur le plan physique, je… devrais m'en sortir.
-Bien. Mais je te rappelle que te voir frais comme un gardon après de telles blessures suscitera la curiosité de nos hommes. Un peu de théâtre s'impose avant qu'on ne quitte le champ de bataille.
-Certes…
Arthur ôta le plastron cabossé de son armure et laissa Lukas regarder ses blessures, comme pour les soigner alors qu'elles se résorbaient déjà toutes seules, peu à peu.
Elles n'en étaient pas moins douloureuses. Et la façon dont elles se résorbaient était loin d'être une partie de plaisir. Dans sa main droite, Arthur sentait les os se déplacer lentement et se ressouder. La peau se reconstituait sur son flanc et son torse.
Mais Arthur s'en fichait. Durant ses soins, ses yeux revinrent inéluctablement sur Peter.
Son visage paraîtrait presque paisible si on le nettoyait du sang qui le souillait.
Arthur ne ressentait aucune douleur plus grande que la perte de Peter. Même s'ils étaient étrangers l'un à l'autre… Il se sentait lié à ce garçon. Et il faisait un bien mauvais père.
Les chevaliers restant sur le champ de bataille convergèrent vers le roi blessé. Dans les rangs, la rumeur le disait mourant, mal en point et probablement déjà mort.
Les onze autres chevaliers de la Table Ronde formèrent un cercle autour de lui.
-Drôle de fin de combat… grogna Gilbert.
L'ami magicien d'Elizabeta entendit la remarque et lança:
-Je crois que ses hommes n'étaient que des pantins. Des corps animés par magie. Des humains façonnés artificiellement qui se sont effondrés et qui sont retournés au néant une fois que le magicien est mort… Peter Kirkland, j'imagine.
-Oh… grimaça Arthur. C'est donc pour ça qu'il n'a… Pas utilisé la magie. Je me demandais justement pourquoi.
-Toute son énergie magique devait être concentrée dans son armée… C'est un prodige qu'il ait survécu à une telle dépense d'énergie et qu'il ait été capable de combattre. Donner vie à deux mille chevaliers… Aucun de nous ici n'en serait capable. C'était un grand magicien.
-Et pourtant un si petit homme… murmura Arthur en passant tendrement une main dans les cheveux salis de son fils.
Tous baissèrent respectueusement la tête.
Lukas fit finalement mine d'avoir fait son possible pour le roi.
Arthur s'aida alors de Francis pour se redresser et s'adressa à tous ses hommes.
-Cessez vos plaintes car je ne mourrai pas. Je vais en effet me faire porter en Avalon pour faire soigner mes blessures par mon ami ici présent. Nous allons tous y aller un moment, en fait. dit-il en désignant ses onze amis d'un geste vague de la main. Portez-moi au bateau… Et Peter aussi. Nous l'enterrerons sur les terres immortelles de l'île d'Avalon.
C'est ainsi qu'Arthur se fit porter en Avalon avec ses chevaliers de la Table Ronde, et qu'il dit à ses hommes de l'attendre car il reviendrait.
Porté sur une civière de fortune, on le déposa sur le pont d'un bateau, et Antonio prit la barre.
Lorsqu'ils furent suffisamment loin des côtes, Francis aida Arthur à se relever et ils contemplèrent la mer ensemble.
-Arthur… Ta femme… Guenièvre est…
-En sécurité à Camaalot avec ses Irlandais. le coupa Arthur.
-Mais tu… Elle s'inquiète, tu ne veux pas…?
-Francis… Elle est en sécurité. Le royaume est en paix. J'ai accompli mon destin. C'est tout ce qui m'importait. A présent… Je me fiche de Guenièvre.
Il scella ces paroles d'un baiser, que Francis lui rendit bien volontiers. Il était à la fois doux et possessif. Les mains encore ensanglantées de Francis se posèrent sur le visage tout aussi coloré d'Arthur.
Lorsqu'ils furent à bout de souffle, leurs lèvres se séparèrent. Leurs doigts s'enlacèrent, et ils reportèrent leur attention sur la mer.
-Avalon… Est-ce loin? demanda Francis.
-Non… Pourquoi? Tu es pressé? Nous avons l'éternité, tu sais?
Francis sourit à son amant.
-Même avec l'éternité, je ne me lasserai pas d'être à tes côtés.
-Nous ne serons pas seuls… Si tant est qu'ils acceptent de rester avec moi, eux aussi.
Les dix autres chevaliers les rejoignirent sur le pont.
Ensemble, ils contemplèrent la mer. La mer infinie et sans limite qui s'étalait sous leur yeux.
Ensemble, ils contemplèrent bientôt l'éternité.
oOo
Les nouvelles de Salesbières arrivèrent bientôt à Camaalot, où la reine Guenièvre se réjouit du retour annoncé de son roi et attendit Arthur plus de quarante ans, car elle était toujours persuadée qu'il reviendrait.
La reine Guenièvre s'éteignit sans avoir jamais revu son époux.
oOo
Le conte ne parle plus du roi Arthur.
Certains restèrent persuadés de sa survie et le royaume attendit son retour quarante ans durant avant de choisir un nouveau roi, qui s'appelait lui aussi Arthur et qui avaient les mêmes sourcils légendaires autant qu'étranges.
Certains dirent que c'était un signe et lui offrirent le trône.
oOo
La fin de cette histoire n'est que le début de celle d'Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, qui traversèrent les âges au service de leurs patries...
Ca me paraissait tellement bizarre et absurde de terminer avec un "Fin." pour cette fic que j'ai baratiné la dernière phrase. Je ne fais pas les choses à moitié * hum * donc, oui, je remplace un mot par trente.
A la base, j'étais censée écrire un épilogue qui se passe de nos jours, mais ça n'a plus de sens pour moi actuellement. Je préfère vous laisser imaginer ce que vous voulez comme vie pour nos chevaliers à travers le temps plutôt que de l'imposer. Je suis curieuse de connaître vos idées!
Vous avez peut-être remarqué une différence de style dans certains passages. Pour la fin, notamment, je me suis fortement inspirée d'extraits (que j'ai dû retravailler) du Merlin et Arthur – Le Graal et le Royaume, attribué à Robert de Boron et apparemment écrit dans le premier quart du XIIIème siècle. C'est également dans ce manuscrit qu'est relatée la bataille d'Arthur contre Mordret à Salesbières.
Je vous donne ci-dessous les véritables extraits comme on les trouve à la page 429 du livre La Légende Arthurienne, le Graal et la Table Ronde paru aux éditions Bouquins et qui rassemble une bonne partie de la matière de Bretagne. Voilà donc un disclaimer de fin…
"-Cessez vos plaintes car je ne mourrai pas. Je vais en effet me faire porter en Avalon pour faire soigner mes blessures par Morgain ma sœur." (Morgain est un autre nom pour Morgane. Il est évident qu'ici, elle n'aurait pas soigné Arthur, ahem…)
"C'est ainsi qu'Arthur se fit porter en Avalon et qu'il dit à ses hommes de l'attendre car il reviendrait. Les Bretons revinrent à Cardueil et l'attendirent plus de quarante ans avant de choisir un nouveau roi car ils étaient toujours persuadés qu'il reviendrait. Mais sachez que certains l'ont vu depuis chasser dans les forêts et ont entendu ses chiens, et que certains ont longtemps espéré qu'il reviendrait."
Voilà.
Nous y voilà. La fin d'une aventure, pour les personnages comme pour moi, comme pour vous, amis lecteurs. Je vous remercie encore une fois. Jamais je n'en serais arrivée au bout sans vous!
Il n'était pas que douze dans la forêt de Brocéliande…
Merci d'avoir pris part à cette aventure!
Et qui sait, à bientôt?
Niniel ~
