Hello everyone ^^
Je suis de retour, pour vous jouer un mauvais tour !
... ou tout simplement vous livrer le nouveau chapitre, qui je l'annonce, est le plus long de la série jusqu'à ce jour ! =P
(10 000 mots, bon courage pour l'indigestion x) )
Comme toujours, un grand merci à tous les reviewers, followers and co ;)
Chapitre 45 : Éros et Thanatos.
Le camp commença à s'éveiller un peu avant l'aube. Luana était réveillée bien avant, mais elle n'avait pas envie de bouger. Elle était bien là. Au chaud, sur un coussin moelleux. Elle ne se souvenait pas comment elle en était arrivée là… mais elle s'en fichait. Elle était bien et c'était tout ce qui comptait.
La veille, elle avait passé sa soirée avec Elden. Ils étaient restés encore un long moment à flatter Edwyn, le Rohirrim narrant les batailles dans lesquelles sa monture et lui s'étaient retrouvés mêlés. Continuant de caresser le pelage doux et lisse distraitement, de moins en moins nerveuse en présence de cette grosse bête, la Nauro écoutait, captivée et surprise que malgré son jeune âge, Elden ait déjà tant combattu. La sympathie qu'elle éprouvait pour le cheval gonflait en même temps que le respect et l'admiration qu'elle avait pour le jeune homme.
Puis était venu le tour de garde d'Elden. Il insista pour qu'elle aille se coucher, qu'il en aurait pour plusieurs heures. Elle avait refusé. Tous deux étaient allés saluer leurs aînés, Luana prévenant Aragorn qu'elle allait veiller avec son ami. Le rôdeur avait reçu la nouvelle avec un air insondable, avant de lui répéter ses sempiternelles mises en garde. Lui-même avait décidé de rester auprès de Nora pour la nuit, refusant de laisser sa vieille amie seule. Legolas s'était alors levé et avait rejoint leur bivouac.
Elden avait ensuite enfourché Edwyn et invité Luana à monter en croupe. La Nauro avait hésité, avant de se décider. Si elle ne faisait rien pour lutter contre sa phobie, elle ne pourrait en guérir totalement. Elden avait déjà fait une grande partie du travail ce soir-là, à elle de faire le reste. Elle s'était d'abord crispée une fois sur le dos de l'animal, enroulant avec force ses bras autour de la taille du Rohirrim. Puis au fur et à mesure, elle s'était détendue.
Lentement, ils firent le tour du convoi, s'assurant qu'il n'y avait rien d'anormal. Le seul accident notable fut lorsque Luana, avertie par ses sens de loup, avait senti la présence d'une carcasse en décomposition, pas loin des derniers bivouacs. Elle avait demandé à Elden de s'en approcher, lui ayant déjà l'arme au poing, elle prête à sortir ses lames. Ils avaient découvert simplement une biche morte depuis plusieurs jours.
Elden s'était bien étonné qu'elle le sente de si loin, mais elle avait évité la question en disant que le vent avait porté l'odeur jusqu'à eux, avant de plaisanter sur le fait qu'il devait avoir le nez bouché. Ils en étaient restés là, avant de retourner vers les camps de fortune. Durant le reste de la patrouille, ils avaient discuté à voix basse. Luana s'était retrouvée à devoir chanter, Elden prétextant que son délire sur la weed ne comptait pas comme une chanson. Il avait réclamé Hijo de la luna, curieux de connaitre le chant qui avait charmé les Elfes. Elle lui avait alors chanté la version française, puis espagnole. Et avait finalement enchainé sur plusieurs autres chansons, le temps passant agréablement plus vite ainsi. Elden aussi avait chanté, lui faisant découvrir les chants du Rohan. Elle n'avait pas tout compris lorsqu'il avait chanté dans la langue traditionnelle, mais il avait une belle voix, alors qu'il fredonnait doucement, tout bas, juste pour eux deux. La tête appuyée contre son dos large et massif, mais terriblement confortable, elle s'était mise à somnoler.
Quand était arrivé la fin de la garde, la lune était haute dans le ciel, mais avait déjà dépassé son zénith. Ils étaient retournés au bivouac, là où Nora dormait déjà, Aragorn veillant. Le rôdeur les avait salués en silence lorsqu'ils avaient mis pieds à terre. Et alors que la Nauro avait hésité à retourner au feu de camp où elle pensait retrouver Legolas et Gimli, Elden lui avait proposé de rester avec eux. Elle n'avait pas pu refuser l'offre. Elle était fatiguée et voulait encore profiter de la présence du Rohirrim. Elle s'était entendue à même l'herbe sèche, enroulée dans sa cape pour lutter contre le froid de la nuit et de l'hiver finissant. Elden avait protesté, souhaitant lui remettre son matelas et sa couverture. Ils avaient argumenté, lui disant que la galanterie ne pouvait le laisser faire sans rien dire, elle prétendant qu'elle avait dormi dans pire situation pendant les dernières semaines. Ils avaient fini par se mettre d'accord pour partager la couche. La solution, proposée par la jeune fille, avait choqué le Rohirrim, avant qu'elle lui fasse comprendre que ça n'avait rien de choquant pour des amis de dormir ensemble… et que c'était soit ça, soit elle dormait à même le sol.
Elle devait avouer que pouvoir à nouveau dormir contre un corps chaud avait quelque chose de rassurant et apaisant. Réconfortant. Elle s'était habituée à dormir avec un ou deux Hobbits collés à elle. Mais ses semi-Hommes préférés étaient elle ne savait où. Ils lui manquaient terriblement.
Éveillé à son tour, Elden remua. Se rendant compte de la situation, elle le sentit se crisper, et manqua rire en entendant le bruit de gorge surpris qu'il fît. Mais elle ne bougea pas, garda un souffle profond et « endormi ». Elle voulait encore un peu profiter… juste un tout petit peu, même si elle ne dormait plus. Mais il n'était pas de son avis. Lentement, il tâcha de retirer son bras de dessous sa tête. Avec un grognement, elle le fit s'immobiliser, avant de revenir se caler dans le creux de son épaule avec un soupir bienheureux.
- Heu… Luana ?
- Pas bouger, gronda-t-elle. Laisse-moi mon oreiller tu veux ?
- Mais…
- Pas de mais ! C'est pas correct de priver une femme de son coussin quand elle dort.
Elle sentit sa poitrine vibrer sous elle tandis qu'un rire muet le secouait. Un sourire étira ses lèvres, mais elle n'ouvrit pas les yeux. Aragorn n'était pas là pour la réveiller. Son odeur s'était tarie quand il s'en était allé voir ailleurs. Nora était réveillée. Ça s'entendait à sa respiration, reconnaissable parmi toutes par son léger sifflement fatigué, qui s'était accéléré et était devenu un peu plus rauque. Edwyn n'était pas loin. L'idée qu'un canasson se tenait à moins de quelques mètres, assez proche pour l'écraser aisément avant qu'elle bouge, ne l'inquiétait plus tant que ça. Tant qu'elle était avec Elden c'était bon.
- Luana, nous devrions nous lever. Le convoi ne va pas tarder à repartir, et il nous faut nous restaurer.
En réponse, le ventre de la Nauro grogna. Elle avait fin, mais pas d'un porridge ou d'un bouillon clair. Elle voulait de la viande, saignante et encore légèrement palpitante de vie. Mais elle allait devoir encore attendre. Saleté d'orques qui faisaient fuir le gibier.
- Ok, on va se lever… juste encore deux minutes s'te plait. Marre de me lever en urgence, bougonna-t-elle en ouvrant légèrement les yeux.
- Bien… soupira-t-il en s'étirant.
Ils restèrent là, silencieux. Luana profitait de la faible chaleur que les rayons du soleil levant commençaient à instiller dans l'air. La nuit avait été froide, et elle n'avait pas trop envie de sortir du cocon chaud pour le moment. Même si les bruits autour commençaient à se faire de plus en plus insistants et nombreux. Comme ceux des sabots d'un cheval qui arrivait, du bois qu'on balançait sur les braises ou celui des marmites qu'on mettait sur le feu.
Elle inspira un grand coup, prête à se lever, quand une voix éclata.
- Elden ! Lève-toi !
Luana, plus ou moins réveillée, n'eut pas le temps de se redresser que sa tête vint donner contre le sol et qu'un courant froid la saisissait toute entière, Elden s'étant levé d'un bond, emportant la couverture avec lui. Le jeune Rohirrim se mit au garde à vous devant le cavalier qui s'était arrêté à leur niveau et les contemplait d'un regard sévère. Grommelant et jurant entre ses crocs serrés, la Nauro imita son compagnon et se leva à son tour, lentement en se massant l'arrière du crâne.
Nora s'était elle aussi levée à l'arrivée du cavalier et le regardait avec une forme de respect mêlé de sympathie. Avec le soleil qui se levait dans son dos et faisait contre-jour, Luana peinait à voir de qui il s'agissait. La voix lui était bien familière, mais dans son souvenir elle lui paraissait plus sympathique et solennelle que colérique et autoritaire comme là. Ce ne fut que lorsqu'il mit pied à terre et marcha sur eux qu'elle reconnut l'homme-pois… Gamelin.
Le bras droit du roi semblait furieux contre Elden. Le pourquoi était un mystère. Parce qu'il aurait dû se lever avant ? Parce qu'il n'était pas déjà en selle comme lui ? Quoique… au regard qu'il lança à la jeune fille, pas forcément.
- Le roi t'envoie en éclaireur avec Mebold.
- À vos ordres ! s'exclama Elden en se tendant encore plus vers le ciel.
Comme si ça ne suffisait pas qu'il dépasse déjà d'une tête l'homme-poiscaille. Aussitôt, il se tourna vers sa monture et d'un bond se retrouva en selle.
- Je t'accompagne, dit simplement Luana en s'approchant de lui.
Elden lui tendait déjà la main quand l'homme poiscaille, de plus en plus courroucé, lâcha d'une voix cinglante.
- Mebold te suffira pour compagnon.
Le jeune cavalier considéra son supérieur avec une once de honte avant de tourner un regard désolé vers Luana. Elle lui répondit d'un sourire réconfortant accompagné d'un léger signe de tête pour lui dire de filer. Ce n'était pas de sa faute. L'homme-poiscaille en revanche…
Dès lors qu'Elden se fut éloigné pour rejoindre un cavalier qui attendait un peu plus loin, il planta sur elle un regard furibond mais contrôlé. Nora était entretemps venue se placer à côté d'elle, comme prête à la soutenir. C'était fort aimable et bien sympa de la part de ce petit bout de femme de se dresser entre un guerrier et elle… mais elle ne voyait pas pourquoi ! Ils n'avaient rien fait de répréhensible !
- Tâchez de garder vos distances avec lui, prévint-il d'une voix sans équivoque.
- Seigneur Gamelin, répondit Nora alors que Luana ouvrait la bouche pour protester, je vous remercie de veiller sur mon petit-fils. Mais Elden est un jeune homme censé.
- Censé qui perd de vue son devoir et les règles de bienséance !
… Règles de bienséance ? ¡Espera ! Il ne faisait tout de même pas un caca nerveux parce qu'Elden et elle avaient dormi sous la même couverture… si ? ¡Mierda! Mais il ne s'était rien passé !
- Je ne voudrais pas qu'à son retour, Peren découvre que son fils a perdu toute dignité.
- ¡Hola, una minuta señor pescado! Vous croyez que je vais vous le dévergonder ou quoi ?
Gamelin la considéra avec des yeux de poisson frit. Le regard que tous les mecs de ce monde lui lançaient quand elle leur répondait en pleine face, surpris qu'une nana leur réplique ouvertement et vertement. Il allait vraiment falloir qu'ils se décoincent un peu du cul s'ils ne voulaient pas être choqués toutes les cinq minutes.
- Quel genre de femme êtes-vous pour vous en prendre ainsi à l'honneur d'un homme ? demanda-t-il, outré.
- Nan mais vous vous entendez parler ? On croirait que je veux lui voler son pucelage ! Hellooo ! Houston ici la Terre, un homme et une femme peuvent être amis sans chercher à s'en prendre à la virginité de l'autre. Ils peuvent dormir dans le même lit sans qu'il y ait une histoire de cul derrière !
Nora et l'homme poiscaille parurent tous deux choqués. La vieille dame était plus inquiète que choquée réellement, elle savait que son comportement n'aurait pas les meilleurs répercutions du monde. Gamelin devint rouge et manqua s'étrangler. Mais avant qu'il puisse ouvrir la bouche, Luana poursuivit sur sa lancée. Il lui avait pourri son réveil, avait envoyé Elden au loin et elle sentait qu'il avait, dès le départ, l'intention de rendre leur relation compliquée. Il était hors de question qu'on lui retire l'amitié d'Elden si lui semblait toujours enclin à la lui offrir ! Elle se battrait griffes et crocs pour la protéger !
- Quoi, pour vous ce n'est pas possible ? Vive la dignité dans ce cas si vous n'êtes pas capable de vous retenir de violer une femme juste parce qu'elle est trop proche physiquement ! Vous les considérez vraiment que comme des servantes bonnes qu'à satisfaire le moindre de vos petits besoins ? Ou vous avez peur qu'en les jugeant dignes de votre amitié, elles menacent votre virilité ?
Le Rohirrim venait d'obtenir le titre de la plus rouge des pivoines. En le voyant la première fois, Luana n'aurait jamais cru qu'il cachait une telle teinte sous sa barbe et surtout une telle mentalité ! ¡Joder! C'est bon, Elden était assez grand pour savoir ce qu'il voulait faire et surtout pour se « protéger de la perfidie des femmes ».
Ayant visiblement dépassé le stade de la rage, il se détourna d'un pas violent et sauta en selle, avant de s'en aller sans un regard en arrière. Bon débarras ! Qu'il aille retrouver son roi ! Tous les deux avaient l'esprit complètement étriqués ! Elle avait espéré qu'avec des femmes comme Eowyn, elle se soit trompée sur les mentalités du coin. Visiblement non…
Se retournant, elle se retrouva face à face avec Nora. La vieille femme ne semblait guère ravie, mais pas en colère.
- Tu n'aurais pas dû parler comme tu l'as fait au seigneur Gamelin, dit-elle simplement.
- Il n'avait qu'à pas être aussi con, répliqua-t-elle de mauvaise humeur.
- Luana…
- C'est vrai quoi ! OK, je sais que je suis pas d'ici, que mon comportement est complètement décalé ici… mais merde ! Elden et moi sommes simplement amis, où est le mal !
Brusquement et sans en comprendre la raison, Luana découvrit qu'elle était au bord des larmes. Ses yeux lui brûlaient et sa vision était déjà flouée. Sa gorge était nouée. Mais elle en avait ras-le-cul qu'on lui reproche sa façon d'être. Change-toi et le monde changera, hein ? Changer pour devenir plus conforme aux attentes des gens du coin est ne plus être elle ? Fuck ! Il était hors de question qu'elle se foute un balai dans le fion pour satisfaire tous ces cons. Elle dissimulait déjà la louve en elle, elle n'allait pas en plus étouffer la tendresse et la sympathie qu'elle avait pour Elden !
Elle se sentait si seule… bien sûr il y avait Aragorn, Gimli et Legolas. Mais ils étaient tous si formels qu'ils creusaient une sorte de fossé entre elle et eux. Pas intentionnellement, mais elle ne pouvait pas les prendre dans ses bras en public sans qu'ils n'en éprouvent de gêne. Même le Nain et sa bonhommie n'avaient rien de comparable avec la simplicité d'Elden. Les Hobbits lui manquaient terriblement. Qu'on ne lui retire pas l'amitié du Rohirrim…
Une main osseuse et parcheminée, néanmoins douce, se posa sur son épaule. Nora la considérait avec son regard plein de bonté, mais cette fois teintée d'autorité et de fermeté.
- Ta vision du monde est différente de la nôtre. Certaines de tes actions vont nous paraitre choquantes, quand pour toi elles sont naturelles. Nous devons faire un effort pour te comprendre, mais tu dois aussi essayer de voir les choses sous notre point de vue.
Dans un premier réflexe, Luana ouvrit la bouche pour répliquer qu'elle n'avait rien fait de mal… avant de la refermer, restant muette. Quoi qu'elle dise ou fasse, elle serait de toute façon en tort dans ce monde. La majorité primait toujours sur l'unité. Écœurée et se sentant mal, elle s'agenouilla à côté de la couche qu'Elden et elle venaient de quitter. Rageusement, elle ramassa sa cape et la drapa sur ses épaules, fermant machinalement la broche en forme de feuille, avant de replier le matelas et la couverture.
- Tu ferais mieux de rejoindre tes compagnons, dit Nora d'un ton plus doux, conciliant.
Elle se tourna brusquement, se refusant à la laisser seule. Maintenant qu'Elden était parti en éclaireur, la grand-mère serait seule si elle la laissait pour retrouver Legolas, Aragorn et Gimli.
- Tu as des obligations ailleurs, la coupa-t-elle avant même qu'elle ne proteste. Et je suis peut-être vieille, mais je sais encore me débrouiller seule, ajouta-t-elle avec un sourire complice.
La Nauro s'avoua vaincue sans chercher à plus lutter. Elle n'allait pas s'imposer là où on ne voulait pas d'elle. Se relevant, elle adressa un dernier signe de tête à Nora avant de s'éloigner, mâchoire serrée et poings crispés.
Le convoi n'était pas encore tout à fait prêt à reprendre la route. Les gens s'activaient à remballer les paquetages et à faire disparaitre les bivouacs, laissant seulement derrière eux les cendres de leurs feux. Elle aurait pu se diriger vers le camp de fortune où elle avait mangé avec ses compagnons la veille… mais elle ne le fit pas. Elle avait envie d'être seule, et surtout elle ne voulait pas donner l'impression de se servir d'eux comme bouche-trou. Aller se réfugier près d'Aragorn, Legolas ou Gimli parce qu'elle ne pouvait pas être avec Elden ? Non elle ne le ferait pas. Ils étaient trop importants pour elle pour les injurier de la sorte.
Elle s'écarta de la foule, se dirigeant vers la colline voisine, lentement, songeusement. Elle aurait bien mis les mains dans les poches si elle en avait eu. À la place, elle coinça les pouces dans sa ceinture, un peu à la mode cowboy. Elle devait avoir la dégaine, mais elle s'en fichait. Elle était loin des autres à présent, personne ne pouvait la voir clairement, juste une silhouette sur l'horizon.
Elle alla se percher sur une éminence rocheuse, examinant le paysage d'un regard acéré. Elle huma l'air, emplit de rosée et de promesse d'un printemps à venir. Il faisait encore frais et l'herbe était desséchée par la bise, mais quelque chose dans l'air, les rayons du soleil, annonçait la renaissance de la nature. Il lui tardait de sentir pleinement ce renouveau. L'hiver, combiné à l'ombre grandissante du Mordor et de l'Isengard, était déprimant à la langue. Elle voulait juste que le monde exhale le souffle qu'il retenait et respire pleinement à nouveau.
Avec un peu plus d'insistance, elle leva le nez au vent et tenta de percevoir une fragrance particulière. Mais rien. Même sa vue de louve, sa vue de vie, ne lui indiquait qu'un terrier de lapin à une centaine de mètres de là. Elle soupira, regard perdu par-delà le paysages qu'elle regardait sans voir. Le soleil naissant l'éblouissait quelque peu, son image s'imprimant sur sa rétine. La chaleur qu'il dégageait était un ravissement, irradiant en un camaïeu concentrique allant du rouge au jaune. Il n'était qu'une sphère orangée émergeant du lointain, pourtant, Luana se retrouva étrangement bien en le contemplant.
Sa lente ascension colorait le ciel de superbe façon. Les bas nuages matinaux qui voilaient un pan de ciel se retrouvèrent parés dans un contraste saisissant de rose et de gris. Leur masse semblait si compacte qu'on aurait cru qu'une nouvelle terre était née au cours de la nuit, à quelques kilomètres d'altitude au-dessus de leur tête. On ne pouvait nommer ce nouveau monde miroir, car il ne représentait aucune des collines de la terre qui les portaient tous, ni même ses couleurs. La nappe de brume qui s'égrenait en un chapelet évanescent formait une ligne de démarcation sombre entre ce deux univers.
Avec un soupir, Luana s'arracha à sa contemplation, secouant doucement la tête face à son élan de lyrisme. Fréquenter les Elfes nuisait à la stupidité apparemment. Un grondement lui rappela qu'elle avait plus urgent à penser, et elle grimaça en portant une main à son petit ventre mécontent.
- Nana… tu crois qu'on va bientôt pouvoir se dégourdir les pattes ? … et surtout ce remplir la panse ?
« J'aimerais te répondre que oui… mais si tu souhaites garder cacher notre nature, il te faut attendre. » répondit la louve de sa voix profonde.
Elle était éveillée depuis un moment déjà. La jeune fille l'avait senti mais lui avait laissé le temps. Aussi bien pour sa louve que pour elle-même. Elle n'était vraiment pas matinale.
- Assez reposée ?
« Je ne serais pas contre quelques heures de repos en plus… mais la faim me tient éveillée à présent. »
- Ce soir promis. On part chasser, quitte à se contenter des lapins.
- Vous n'aurez pas à vous contenter de… quel était le mot ? Amuse-gueule c'est cela ?
Surprise, Luana se retourna vivement pour découvrir Legolas se tenant à ses côtés. ¡Mierda! Fallait vraiment qu'elle arrête de se perdre dans ses pensées ou ses discussions avec Naurofána, si elle n'était même pas capable de percevoir l'odeur des sous-bois qui annonçait immanquablement la présence du prince de Mirkwood. Surtout qu'elle n'avait même pas entendu ou sentit le cheval qu'il tenait par la bride. Devant son expression, la mine de l'Elfe s'assombrit et il la considéra avec un mélange d'inquiétude et de… déception.
- Pardonnez-moi si je vous ai dérangée, dit-il en s'inclinant doucement, comme prêt à prendre congé.
- Hu ? Non non ! C'est pas vous ! s'empressa-t-elle de répondre, mal à l'aise qu'il aille croire ça. c'est juste que si je ne suis pas capable d'entendre un canasson arriver dans mon dos, je suis mal barrée. Faut que je fasse plus attention… Je suis contente de vous voir.
Les derniers mots lui avaient échappé. Elle ne voulait pas le dire, et s'étonnait même de l'avoir pensé. Mais oui, elle était sincèrement heureuse qu'il l'ait rejointe. C'était égoïste de sa part, et un peu hypocrite vu son comportement de la veille. Mais la paix qu'elle avait ressenti ce bref instant en regardant le lever du soleil, la rapprocha brusquement de l'Elfe. Comme une réminiscence de leur moment de complicité et de quiétude à Cerin Amroth.
… maintenant qu'elle y songeait, depuis son retour en Terre du Milieu, Legolas avait été bien plus présent qu'avant. Chaque fois qu'elle se sentait mal à l'aise, qu'elle n'était pas rassurée, il lui faisait savoir qu'il était là, près d'elle. Il la soutenait de sa présence silencieuse, discrète, mais concrète. Il ne parlait pas beaucoup, et tous deux marchaient un peu sur des œufs lorsqu'ils discutaient, mais il avait souvent su trouver les mots pour la mettre en confiance, la rasséréner.
À ces mots, le visage grave de l'Elfe se détendit et s'éclaira d'un sourire. Était-ce elle ou la glace de ses yeux fondait-elle un peu plus chaque jour passant ? Non, ce devait-être une illusion générée par l'éclat du soleil sur son visage, le reflet des rayons dans sa prunelle.
- Je vous cherchais. J'ai découvert des traces de gros gibiers à quelques distances de là. De l'autre côté du convoi.
- C'est vrai ? s'exclama-t-elle.
Avec un air amusé, l'Elfe hocha la tête.
- Leggy, z'êtes le meilleur ! s'exclama-t-elle en se jetant à son cou et en lui plaquant les lèvres contre la joue.
Mais, toujours suspendue à son cou et collée contre sa joue, elle se figea dans son mouvement… Whaaaaaat ? ¡Mierda! Qu'est-ce qu'elle venait de faire ? Comment venait-elle de l'appeler ?
Vivement, elle se jeta en arrière, s'éloignant de lui. L'Elfe était immobile comme une statue. Le regard effaré, il la considérait comme s'il la voyait pour la première fois.
- Je suis désolée, s'écria-t-elle d'une voix alarmée, ne pouvant détacher les yeux de son visage de marbre. Je l'ai pas fait exprès, je me suis laissée emporter !
Lentement, très lentement, extrêmement lentement, toujours sans un mot, il leva une main et posa les doigts sur la trace humide qui lui marquait la joue. L'effleurant, un coin de sa bouche délicieusement fine et pâle se releva en un sourire attendri et amusé. Son regard se fit espiègle tandis qu'il la contemplait se débattre dans sa gêne.
- Je… je suis désolée
- Venant de votre part, je prends cela comme le plus beau des gages de gratitude, dit-il d'un ton léger et sincère.
La Nauro cessa de s'agiter et de gesticuler, ses mains emmêlées dans le paquet de nœuds qu'elle avait noués en les tordant dans tous les sens et en jouant nerveusement avec ses doigts.
- Vous… vous m'en voulez pas ?
- Pour la bise, non. Pour le surnom en revanche…
- Promis, plus jamais je vous appellerai comme ça ! Que je devienne muette et que ma langue pourrisse si je le fais encore !
- Nul besoin d'aller jusqu'à de telles extrémités, plaisanta-t-il doucement. Et vous connaissant, je suis heureux que vous n'ayez pas trouvé pire que celui-ci.
… Legolas avait-il un sens de l'humour ? Miracle ! Merveille des merveilles ! Cet Elfe savait rire ! Il savait prendre une situation gênante sur le ton de la rigolade et faire une pseudo-blague ! Alléluia ! Tant mieux pour lui. Car comme disait le dicton : « femme qui rit, femme à moitié dans son lit ».
… wait what ?
- … c'est vrai que Leggychou ou une connerie du genre aurait définitivement cassé le mythe du grand prince de Mirkwood, ajouta-t-elle en donnant un coup de pied au cul mental à ses pensées déviantes.
La grimace qu'il fit, plus franche et sincère que pour plaisanter, arracha un gloussement à la Nauro, qui se planqua derrière sa main pour ne pas risquer de le vexer. Ils avaient fait un immense pas en avant, un progrès pharamineux, mais mieux valait ne pas trop tester les limites de cet humour naissant.
- Néanmoins, le gibier n'attend pas et la piste n'est pas toute fraiche, dit-il en reprenant tout son sérieux. Mis à part si dame Naurofána peut se permettre d'attendre plus longtemps pour se sustenter, je suggère que nous nous mettions en chasse.
- Nous ? demanda Luana, surprise.
- Aragorn m'a demandé de vous accompagner. Se retrouver seul en ces terres infestées est dangereux.
La Nauro gronda tout bas.
- Si on tombe sur ces foutus orques, je leur fait leur fête !
- Je crois que c'est précisément pour cela qu'Aragorn souhaite que je vous accompagne, répliqua Legolas avec un rictus.
Tout ce qu'elle trouva à faire fut de lui tirer la langue. Se tournant vers le convoi, elle eut confirmation que son ouïe, quand elle y faisait attention, fonctionnait parfaitement bien : le convoi s'était remis en marche et défilait lentement devant eux, comme le lui avaient appris les bruits qui les avaient atteints. Il faudrait passer à travers la foule si la trace du gibier se trouvait vraiment de l'autre côté du bivouac. Donc pas de transformation tout'suite tout'suite…
Pendant ses réflexions, Legolas étaient remonté sur le dos d'Arod et semblait l'attendre.
- Vous voulez que je monte en croupe, c'est ça ? hasarda-t-elle, hésitante.
- Arod vous a déjà démontré qu'il était un bon cheval. Et il m'a semblé qu'hier vous aviez vaincu votre crainte.
Quelque chose dans le regard de l'Elfe s'assombrit quelque peu. Tiens… lui en voulait-il d'avoir eu plus confiance en Elden là-dessus que quand c'était lui qui avait tenté le coup ? Peut-être, mais en ce cas il devait quand même avouer que le Rohirrim s'y était mieux pris qu'un Elfe pour une fois. Le jeune homme avait connu sa peur des chevaux et l'avait comprise. Pas Legolas. Enfin, ce qui était fait ne pouvait être changé.
Doucement, elle s'approcha du cheval, qui cette fois-ci ne fit aucun mouvement, aucun écart malgré la proximité. Sans doute avait-il vraiment senti sa peur les autres fois. Legolas lui tendit une main et l'aida à monter en croupe.
- Mieux vaudrait se hâter. Mais je ne veux pas vous imposer le galop si vous ne vous en sentez pas le cœur.
L'attention qu'elle perçut dans sa voix la toucha. Mais au lieu de s'apitoyer, elle enroula ses bras autour de la taille de l'Elfe, se pressant contre lui et serrant avec force sa tunique qui sentait bon la forêt et l'herbe.
- Prochaine fois que je chevaucherai derrière vous, vous n'aurez pas forcément le choix, alors autant que je m'habitue, grimaça-t-elle avant un petit instant de réflexion : vous voudriez bien m'apprendre comment me mettre pour ne pas finir avec l'arrière train en compote ?
Par-dessus son épaule, Legolas lui envoya un sourire amusé, avant de talonner sa monture.
Rapidement, il le mena jusqu'à la piste. Luana aurait été bien incapable de voir la moindre trace dans ce fouillis d'herbes sèches et de motte de terre, mais l'odeur ne pouvait la trahir. Une odeur forte de cuir et de poil épais. De fange et de boue.
- Un sanglier ? demanda-t-elle, surprise de reconnaitre l'odeur et de la présence de cet animal hors d'une forêt.
- Oui, répondit Legolas en arrêtant leur monture, jetant un regard au convoi qui disparaissait derrière une colline.
- Qu'est-ce qu'il fait ici, si loin des bois ?
- Les sangliers apprécient particulièrement les landes, à conditions d'avoir des bosquets pour se cacher. Et nous ne sommes qu'à quelques jours de marche de Fangorn.
- Quelques jours ? J'ai l'impression que ça fait des semaines qu'on y a retrouvé Gandalf…
Tellement de choses… tellement de choses s'étaient passées depuis. Et ce voyage vers le Gouffre de Helm était si lent. Le regard du prince de Mirkwood s'adoucit et son léger sourire réchauffa le cœur de la Nauro.
- Je vous suggère d'attendre encore un peu avant de vous transformer. Mieux vaut nous éloigner du convoi, au cas où un cavalier du Rohan ne nous ait repérés et n'ait fait demi-tour pour venir nous chercher.
Aussitôt, Luana songea avec amusement et tendresse à Elden, avant de se souvenir qu'il avait été envoyé en éclaireur, et donc qu'il devançait le convoi… mais ce n'était pas plus mal. Elle n'aurait pu se transformer s'il avait été là, et étrangement, elle n'avait pas envie que ce soit lui qui vienne briser ce moment d'intimité avec Legolas, même si l'Elfe ne s'était pas privé la veille.
Pour toute réponse, elle se colla de nouveau contre lui, prête à supporter le rodéo. À ce signal, Legolas lança Arod au triple galop. Visiblement, il avait repéré le chemin qu'avait emprunté leur proie avant de venir la chercher, car il savait parfaitement où aller. Il ralentit après quinze minutes de course. Pas besoin de demander pourquoi. L'odeur était plus forte. Plus fraîche. Il y avait, à environ un kilomètre de là, un bosquet assez touffu d'arbres bas mais au feuillage dense. Et ses sens de louve ne pouvaient la tromper : il était là.
Un grondement sourd monta de sa gorge, ses babines se retroussant sur ses crocs. La faim pulsa en un appel dévorant à travers tout son corps. Faim de chair, soif de sang. La Nauro sentait en elle la louve s'agiter, sentant elle aussi le gibier, l'heure du repas ayant sonné.
Sans un mot, Luana se laissa tomber du cheval devenu nerveux. Legolas parvenait à le contenir par ses mots elfiques, doux et mélodieux, mais elle préféra s'en éloigner le plus rapidement possible. Pas par peur de lui cette fois. Mais par peur de son instinct qui retentissait comme un cri dans son esprit, courant dans ses veines comme une meute affamée. Elle savait faire la différence entre une monture et de la viande… mais mieux valait ne pas tester les limites de cette perception.
- Il vaut peut-être mieux que vous restiez là, dit-elle d'une voix basse et grondante.
L'Elfe acquiesça. Le simple fait de voir les yeux de la Nauro virer au doré suffisait à vouloir rester à l'écart de sa chasse.
Luana se mit brusquement à courir vers le bosquet, les muscles gonflés par la faim et tendus par l'excitation. En un battement de cil, elle se sentit plonger vers l'inconscience, pour revenir à la surface parée de la fourrure blanche de Naurofána. Louve et humaine communièrent, tombant à quatre pattes et s'élançant vers ce festin comme un seul être.
Dans la masse sombre des arbres battait un cœur. Pulsait un sang vigoureux et salé. Respirait un corps chaud, fait de chair et de graisse. Elle pouvait le voir. Voir cette tâche de chaleur, ce point rouge vif dans son champ de vision. Sentir l'odeur du cuir épais. Entendre le souffle rauque de l'animal apeuré… il l'avait vue. Il savait qu'elle était là et qu'elle venait pour lui.
La chasseuse qu'était Naurofána aurait d'abord choisi de s'approcher lentement, précautionneusement et discrètement, tournant autour de sa proie pour mieux la piéger. Mais la part humaine qui était en elle ne put attendre, trop pressée d'assouvir cette faim tenace. Trop assoiffée pour se soucier de la moindre stratégie de chasse. Trop impulsive et incapable de contrôler cet instinct bestial.
Craquement du bois brisé, raclement des sabots sur la pierre, crissement de la terre labourée, renâclement de l'animal traqué. Le sanglier fut à peine sorti des buissons que déjà la louve était sur lui. Dans un mouvement désespéré, la proie condamnée jeta la tête sur le côté, visant de ses défenses les flancs de la prédatrice, à l'instant même où ses puissantes mâchoires se refermaient sur la large échine. Les crocs transpercèrent le cuir épais, le sang jailli. Mais ça ne suffit pas à achever le gibier.
La bête était de bonne taille, légèrement plus grande et plus large que la normale. Un mâle solitaire et dans la force de l'âge. Vif et vigoureux. Ses défenses étaient longues et aiguisées, et il n'hésitait pas à en suer pour tenter de décrocher la louve. Mais il avait beau être imposant pour sa race, il n'ne restait pas moins misérable et pathétique face à Naurofána. Il ne valait pas mieux qu'un lapin, un peu épais, entre ses crocs. Il n'était rien. Rien que du gibier. De la viande.
Emportée par le torrent de sang qui se déversait de la jugulaire sectionnée jusque sur sa langue, excitée par la vaine lutte de sa proie déjà faiblissante, la louve n'en put plus. L'exaltation lui monta à la tête, elle voulait ce qui lui permettrait de vivre : la mort de cette bête. Resserrant sa prise sur sa proie, elle releva brusquement la tête et se secoua en tous sens. Dans un craquement sinistre et jouissif, la nuque se brisa, les cervicales se désolidarisèrent, éclatèrent. Et le sang coula avec plus de rage. Elle sentit, dans une exultation et une jouissance presque sexuelles, la vie quitter ce corps qui lui servirait désormais de repas.
Elle laissa le cadavre retomber sur le sol dans un son mât, posa une patte inquisitrice dessus, et planta de nouveau les crocs dans le cuir raide, qu'elle lacéra et déchira, avant de plonger le museau dans la carcasse. Elle arracha avec appétit et satisfaction la chair des os, s'abreuvant du vin ferreux qui coulait à profusion dans sa gueule, savourant la graisse au parfum si fort. La viande de sanglier était succulente. Elle avait un goût si entêtant, si puissant !
Mais le meilleur… c'était les viscères. Le cœur ferme, le foie goûteux et surtout, le cerveau. Lorsqu'il ne resta plus rien sur les os, elle fit éclater le crâne d'un coup de mâchoire et la cervelle se répandit sur sa langue, fondante et onctueuse. Elle avait un doux plus doux que le reste, plus suave. Un dessert des plus savoureux et raffinés.
La tête lui tournait. Le sang l'enivrait comme le plus fin des vins, son estomac rempli soupirait de contentement. Repue et satisfaite, la louve se laissa aller à s'étendre dans l'herbe, commença paresseusement à nettoyer sa fourrure couleur carmin, léchant tout ce qui pouvait être encore récupéré. Elle était repue, ce n'était plus que de la gourmandise.
Un bruissement léger, à peine plus perceptible qu'une brise, lui fit remuer les oreilles. Elle redressa la tête, observant l'Elfe qui s'approchait d'elle à pas lent et précautionneux. La faim apaisée et l'instinct refoulant, elle reconnut Legolas. Se relevant doucement, les deux entités se scindèrent, et la louve laissa place à la jeune fille.
Aussitôt, Luana siffla et grimaça, portant une main à son flanc. Deux bras s'enroulèrent autour d'elle et la stabilisèrent avant même que ses pieds ne vacillent.
- Qu'avez-vous ? s'inquiéta Legolas en la ramenant contre son torse, ses yeux bleus glacés par une angoisse évidente.
Se redressant et soufflant pour gérer l'élan de douleur qui lui transperça le côté, elle retira sa main, couverte de rouge et poisseuse.
- ¡Mierda! Cracha-t-elle en la plaquant de nouveau sur la plaie. Je crois qu'on s'est pris des coups de défenses…
- Puis-je ? demanda Legolas, la faisant s'assoir dans l'herbe.
- Vous faites pas du soucis pour rien, c'est pas grand-chose, tenta-t-elle de le rassurer avec un sourire un peu crispé. Ça va vite se refermer.
- Si l'os est touché, il peut y avoir des complications, soutint-il. Laissez-moi examiner la blessure.
Soupirant, elle se laissa faire. Il s'excusa lorsqu'il retira la veste de cuir et souleva la chemise tâchée de sang. Deux entailles, une longue mais superficielle, l'autre courte mais profonde, s'étalaient sur les côtes flottantes jusqu'à la hanche. Déjà les chairs se refermaient. Tandis que Luana maintenait le tissu au niveau de sa poitrine, l'Elfe palpa doucement les bords des plaies, s'assurant que les os n'avaient pas été touchés.
Ses doigts étaient doux et délicats sur sa peau, leur toucher frais et léger. La palpation qu'il exerçait sur ses muscles et son épiderme ressemblait plus à une caresse qu'un examen. Son visage concentré, penché sur elle, ses yeux bleus focalisés sur son corps… elle se sentit étrangement bien. Comme apaisée d'une sourde angoisse, soulagée sur un doute. Elle était bien. Legolas était là. Près d'elle. Il se souciait d'elle, la touchait. Elle était bien seule avec lui, si proche, qu'elle ne demandait rien de plus.
Rien de plus, si ce n'était de comprendre cette étrange chaleur qu'elle ressentit au creux du ventre. Comme une réminiscence, une sensation liée à la récente chasse. Une faim éveillée par l'assouvissement d'une autre…
- Faudrait pas que ça devienne une habitude, bafouilla-t-elle dans un rictus douloureux pour détourner son attention de ce qu'il se passait dans sa tête.
L'Elfe releva vers elle un regard surpris et interrogateur.
- C'est déjà la quatrième fois que vous êtes là à veiller sur moi parce que je suis blessée ou dans un sale état. À la cinquième, je vais finir par m'inquiéter…
- Aragorn a pansé vos plaies bien plus souvent que je ne l'ai fait, fit-il remarquer d'un ton détaché.
- Ça qui est inquiétant ! s'empressa-t-elle de clamer haut et fort en comprenant le sens ambigu de sa remarque.
Un sourire rassurant étira les lèvres de l'Elfe, tandis qu'il lui faisait signe que tout allait pour le mieux, les blessures étant presque refermées à présent. L'aidant à se remettre sur ses jambes, il lui dit :
- Vos capacités vous mènent sur le front et vous font baisser votre garde. Il vous faut y faire plus attention. Mais s'il vous arrivait… non, la prochaine fois que vous serez blessée de nouveau, je veillerai une fois de plus à ce que rien ne vous arrive.
Comme pour renforcer ses paroles, sa poigne se resserra autour du fin poignet blanc. La jeune Nauro le considéra avec surprise, désormais légèrement gênée par cette proximité et son regard transperçant.
- Pour… pourquoi ? demanda-t-elle d'une voix hésitante.
- Parce qu'il est normal pour des compagnons de route de veiller les uns sur les autres. Et que je vous dois la vie.
- Dites pas de conneries, rit-elle en se détachant de lui.
Comme à regret, ses doigts la relâchèrent. Les yeux de Legolas n'avaient pas cessé de la fixer, toujours aussi pénétrants et indéchiffrables. Visiblement, il ne pensait pas que ce soit « des conneries ». Soupirant, elle décida de mettre les choses au point. ¡Joder! L'idée qu'il faisait tout ça parce qu'il se sentait redevable lui déplaisait fortement.
- Écoutez Legolas, comme vous l'avez dit, des compagnons de route doivent se protéger mutuellement non ? Vous m'avez déjà sauvé la vie plus d'une fois en plus d'avoir veillé sur moi.
- Vous avez-vous aussi veillé sur moi ce me semble.
- Alors on est quitte là-dessus !
- Mon père et ses gens ne vous en seront pas moins reconnaissants. Sauver le prince de Mirkwood n'est pas…
- Et moi je suis reine des Nauror ! Et personne mis à part moi ne vous sera reconnaissant de m'avoir sauvé les miches et de m'avoir cocoonée !
- Vous avez fait face à un Balrog pour venir me rechercher dans la Moria.
Luana resta sans voix. Tout simplement parce qu'elle ne savait plus quoi dire, et parce que le sourire en coin qu'il lui offrait à cet instant la désarmait. Il semblait s'amuser de la situation, et plus particulièrement de la voir gênée.
- … quoi que je dise, vous vous en fichez c'est ça ? bouda-t-elle en croisant les bras sur la poitrine.
- Je ne dirais pas cela, contredit-il avec un sourire.
Elle leva les yeux au ciel et se détourna, se dirigeant vers le canasson resté en retrait, loin, très loin. Il devait avoir les chocottes avec ce qu'il venait de voir… il accepterait vraiment de la porter ? Pas que ça la dérangeait de devoir marcher plutôt que de monter là-dessus, mais elle se sentait fatiguée brusquement, somnolente sous l'effet de la digestion.
La rejoignant, Legolas siffla doucement, une note aigue suivie d'une seconde plus grave, à la façon dont l'avait fait Gandalf pour appeler son super dada blanc. Le cheval vint sans rechigner et les laissa grimper sur son dos sans aucune hésitation ni tension.
Ils reprirent leur chemin sans un mot mais dans un silence confortable. Les bras enroulés autour de la taille de l'Elfe, sa tête appuyée contre son dos, la Nauro se laissa bercer par le pas lent de leur monture. À bien y penser, Legolas était une crème. Il avait dû voir ses paupières lourdes et entendre son bâillement étouffé. Honte sur elle. Ils s'étaient levés il y avait peu et elle n'avait pas fait grand-chose depuis, mais elle était exténuée tout d'un coup. Et honte sur elle sur ce qui allait encore se dire quand ils reviendraient au convoi comme ça. Comme si dormir avec un Rohirrim ne suffisait pas, voilà qu'elle faisait câlin avec un Elfe. Mais elle s'en fichait royalement. Qu'ils disent. Il n'y avait rien de déplacé dans son comportement. Elle était bien avec eux, elle les appréciait et le montrait. Pas de sa faute si elle était aussi tactile et avait besoin du contact de ceux qu'elle aimait… y avait rien de sexuel là-dedans, contrairement à ce que tous ces coincés du cul mal dégrossis pensaient.
… rien de sexuel… Cette pensée ramena un certain malaise dans l'esprit de la Nauro. Une question, un trouble qu'elle avait repoussé sur l'instant.
« Nana… », appela-t-elle mentalement, désireuse de savoir. « Pourquoi est-ce qu'on éprouve autant de plaisir lors… de la mise à mort ? Lorsqu'on mange ? Je… je n'ai jamais… couché avec qui que ce soit, tu le sais. Mais j'ai eu l'impression de faire des choses sales plutôt que de nous nourrir. Et c'est pas la première fois. »
« … je n'en ai aucune idée », répondit sincèrement la louve, elle aussi somnolente dans sa digestion. « Comme le dirait certains chez toi, se nourrir pour nous, c'est Éros et Thanatos. »
« Comment ça ? »
« Éros incarne le plaisir charnel dans la mythologie grecque. Thanatos la mort. Sans doute sont-ils liés, car le sexe, plus que le plaisir, est avant tout le moyen de donner la vie, quand la mort est celui de la prendre. Cela peut paraître idiot, mais le fait de prendre la vie de ce sanglier c'est nous donner la vie, dans le sens où sans sa mort, nous mourrions de faim. »
« … c'est glauque. »
« Pour toi sans doute et je le comprends. Mais les choses sont ainsi. Notre instinct primaire est ce qui nous apporte ce plaisir. Mais il faudra que tu apprennes à le juguler. La faim et la soif était trop fortes pour toi, et nous nous sommes jetées sur ce sanglier sans aucune précaution. Lors de notre prochaine chasse, il faudra y remédier. »
Songeuse, la Nauro resta silencieuse, réfléchissant à tout cela. Quand le convoi fut en vue, Legolas veilla à ce que le sang qui tâchait la chemise de la jeune fille ne soit pas visible. Lorsqu'ils atteignirent enfin la longue colonne en marche, ils continuèrent leur chemin jusqu'à la tête de file, là où ils retrouvèrent Aragorn et Gimli. Soulagée, Luana descendit de cheval et se mit à marcher à côté d'eux, suivie par l'Elfe. Aux regards qu'elle reçut, elle sut que ce qui s'était passé avec l'homme poiscaille avait fait le tour du convoi. Ni le rôdeur ni le Nain ne firent la moindre remarque, et ça, elle leur en fut reconnaissante, même s'il était évident que Grands-Pas désapprouvait…
Le reste de la journée passa calmement malgré les murmures et les réflexions soufflées tout bas qui n'échappaient hélas pas à ses oreilles de louve. Legolas aussi les entendait très bien visiblement, car il invita plusieurs fois la Nauro à revenir en selle avec lui. À chaque fois, elle l'avait remercié mais avait décliné. Elle discuta avec l'Elfe et le Nain de tout et de rien, demanda à Aragorn ce qu'il savait du gouffre de Helm.
Au soir, elle s'éloigna d'eux lorsque le convoi s'arrêta, le temps d'aller saluer Nora et de voir si la vieille dame n'avait besoin de rien puis alla voir Freyda et son frère. La petite fille lui posa des questions sur la louve blanche dont elle avait déjà parlé, et la Nauro peina à ne pas se griller elle-même. En revenant au bivouac, elle croisa Elden dans sa ronde. Le jeune cavalier lui offrit un sourire et un signe de tête presqu'imperceptibles, et quand il fut sûr que l'homme-poiscaille, qui rôdait pas loin, ne pouvait voir. Luana en fut déçue. Elle avait espéré de sa part… elle ne savait pas trop quoi, mais pas cette attitude de gamin puni qui n'osait s'opposer aux décisions des grandes-personnes. Allait-il réellement continuer à lui être amical uniquement dans l'ombre, comme si c'était mal de la fréquenter ? Elle se sentit trahie qu'il n'ait même pas cherché à les défendre. Ils n'avaient rien fait de mal après tout… Vexée par son comportement, elle se détourna de lui sans répondre à son sourire, la tête haute et les épaules raides, mais le cœur lourd.
Le lendemain, après une nuit calme et sans incident, passée à écouter les ronflements de Gimli et les doux chants elfiques de Legolas et Aragorn, la même marche, longue et monotone, reprit.
La Nauro resta avec le Nain, l'écoutant commenter les affleurements rocheux qui pointaient de ci de là tout autour d'eux, amusée. La géologie n'avait pas été son chapitre préféré en science et vie de la terre, mais entendre un descendant de Durin en parler avec tant de passion, alors qu'il ne s'agissait que de granit et un peu de quartz, était fascinant. Elle parvint à le surprendre en lui expliquant comment s'étaient formée ces roches métamorphiques et tous deux partirent sur un long débat. Mais bien sûr, ses connaissances limitées sur le sujet mirent rapidement fin à la conversation.
Derrière eux, Luana savait qu'avançaient, perchés sur un cheval, Freyda et Éothen. Gawain, qui menait leur monture par la bride, avait cédé aux demandes de la fillette, qui réclamait d'être proche de la Nauro. Celle-ci ne comprenait pas très bien pourquoi, car elles n'avaient pas beaucoup parlé ce matin-là. Son grand-frère lui avait néanmoins appris qu'elle avait fait beaucoup de cauchemars cette nuit-là…
Quelque part à sa droite, elle pouvait entendre la discussion entre Aragorn et Eowyn. Visiblement, la dame était toujours trop curieuse concernant le rôdeur… Grrrr ! Lorsqu'il mentionna une personne en direction pour les Terres Immortelles, elle eut d'abord un sourire, sachant qu'Eowyn n'était pas de taille face à Arwen. Avant de déchanter en comprenant ce que ça voulait dire. Una minuta… la belle demoiselle de Fondcombe ne pouvait pas être partie sans attendre Aragorn !
Afin de ne pas montrer son indiscrétion et de ne pas mettre Aragorn dans l'embarras, elle serra les poings et les dents, se retenant de se retourner et d'hurler que c'était impossible. Elle lui demanderait des détails quand ils seraient seuls à seuls. Grand-Pas avait bien droit à un peu d'intimité dans sa vie amoureuse, contrairement à ce que croyait la dame du Rohan.
Elle tourna à peine le regard quand trois chevaux passèrent près d'eux, allant à l'avant du convoi. Elle avait senti l'odeur d'Elden, mais depuis la veille, il n'avait pas fait mine de venir faire la conversation, obéissant sagement aux ordres… comme un vrai toutou à son maimaitre. Elle en aurait pleuré. Aussi préféra-t-elle jouer son jeu et l'ignora-t-elle. De toute façon, l'homme-poiscaille faisait partie de la bande. Autant éviter un nouvel esclandre.
Elle suivit tout de même leur patrouille des yeux une fois qu'ils furent devant eux. Ils menèrent leurs montures sur le sommet d'une crête herbeuse, avant de disparaitre de l'autre côté. Legolas, perché à quelque hauteur sur un promontoire rocheux, les regarda lui aussi passer.
La brise souffla, soulevant la chevelure de la Nauro. Elle venait de l'est. Par instinct et habitude, elle huma l'air, mais rien n'était à sentir. Étrange… elle avait pourtant brusquement un mauvais sentiment. Comme une sourde menace qui pesait sur eux tous. Peut-être était-ce à cause des hennissements nerveux des chevaux qu'elle percevait un peu plus loin devant eux. Ils l'angoissaient et l'énervaient.
« Luana, fais attention. Je sens quelque chose » gronda Naurofána tout au fond d'elle.
Elle porta le regard vers l'ouest, avisant de haut en bas le mur de pierre brute qu'ils longeaient depuis un moment. Elle aussi, elle le sentait à présent. Ce n'était pas une odeur, mais bien une présence menaçante.
Brusquement, des cris et des rugissements retentirent là où avaient disparu Elden et les autres.
- Des wargs !
L'alerte résonna comme une vague à travers tout le convoi, les immobilisant tous. Luana sentit sa respiration se bloquer dans sa poitrine, soudain lestée par un poids. Elden ! Elle fit un pas en avant pour aller à son secours, avant de se figer de nouveau. Elle pouvait entendre, de l'autre côté du versant, le claquement sec et mélodieux d'un arc elfique. Un grondement d'agonie. Une épée que l'on tire au clair. Le cri d'un orque que l'on tue. Puis le silence.
Et enfin, des voix. Celle de l'homme poiscaille, de Legolas et d'Elden. Elle laissa un soupir lui échapper, même si l'heure n'était pas au relâchement ni au soulagement. Théoden, escorté de ses hommes, arrivait au galop à la rencontre d'Aragorn qui descendait la pente au pas de course, alarmé.
- Qu'y a-t-il ? demanda Théoden. Qu'avez-vous vu ?
- Des wargs ! Nous sommes attaqués !
- Tous les cavaliers en tête de colonne !
Brusquement, des cris retentirent partout, hommes, femmes et enfants pris de panique. Ils se mirent à se regrouper, se serrant avec horreur les uns contre les autres, reculant, courant en tous sens sans savoir où aller. Un vent de folie souffla sur tout le convoi.
- Madame !
D'instinct, Luana répondit à cet appel en abandonnant Gimli, qui déjà se précipitait vers Arod, rejoignant Aragorn et les cavaliers qui s'élançaient au combat. Elle se fraya un chemin jusque Freyda, qui pleurait dans les bras de son frère. Les deux enfants étaient désormais seuls. Elle chercha des yeux Gawain, afin de lui demander de les emmener loin de la bataille qui s'annonçait, avant de se souvenir qu'il était un soldat. Et merde !
- La louve… la louve blanche… vous aviez dit qu'elle allait nous protéger des wargs ! sanglota la gamine à chaude larmes. Vous aviez promis !
- Et je ne t'ai pas menti Freyda. Crois-moi, il ne vous arrivera rien, assura-t-elle en fixant la petite fille et son frère, qui n'était pas plus rassuré. Elle…
« Luana ! »
L'odeur de la fourrure crasseuse, de la bave de la rage, de la chair en décomposition, empli ses narines et couvrit son palais. Au sommet du mur rocheux, une ombre se dessina brusquement. Dans un cri de guerre, le cavalier orque talonna le warg qu'il montait. D'un bond, la bête dévala la falaise et se jeta sur les humains terrorisé.
- Kyaaaaaaaa !
Le hurlement de Freyda eut à peine cessé de résonner qu'un grondement sourd fendit l'air, roulant avec la même puissant que l'orage sur la plaine. Un éclair blanc jaillit, et dans un fracas tonitruant, Naurofána heurta le Warg. L'animal et l'orque se retrouvèrent propulsés au pied du mur, et déjà la louve était sur eux. Esquivant le coup de crocs qui visait son cou, elle se jeta sur le dos du chien de Sauron. Une lame rouillée vint lui entailler le museau, mais cela n'empêcha pas ses mâchoires de se refermer sur le crâne du cavalier, qui éclata entre ses crocs. Si la cervelle du sanglier l'avait enivrée la veille, celle-ci lui donna envie de vomir.
Débarrassé de cette gêne, le warg reprit pleinement la liberté de ses actes, et d'un coup d'épaule dans le flanc, repoussa Naurofána, qui roula avant de se stabiliser et de se remettre sur ses pattes.
Les deux bêtes se firent face, tournant lentement en grondant, montrant les crocs, babines retroussées. Si les yeux du warg étaient emplis de folie destructrice et meurtrière, ceux de la louve brûlaient de colère.
Dans un rugissement bestial, ce sale chien de Sauron se jeta en avant. Une lutte féroce s'engagea. La seule chose visible dans cette mêlée, ce fut les coups de griffes et de crocs échangés, les morsures et les lacérations qui maculaient les fourrures de sang.
Brusquement, Luana reparut à la place de Naurofána alors que celle-ci se retrouvait sous la gorge du warg. Dans un vif mouvement de bras, elle fit jaillir une de ses lames, et la planta profondément dans les chairs, avant de trancher net la jugulaire. Une douche de sang se répandit sur elle, teintant de rouge la chevelure blanche. Le warg tomba sur le côté dans un gargouillis étranglé, et mourut sans une plainte.
Lorsque Luana, à genou, se redressa et se retourna lentement vers Freyda, une nouvelle vague de cris retentit dans la foule. Tous la regardaient avec des yeux fous, horrifiés. Avec cette même peur primaire et animale. Celle des proies faibles et apeurées devant le prédateur.
¡Puta de mierda! Voilà pourquoi elle avait tant eu peur de dévoiler son secret ! Même Freyda et Éothen, à qui elle avait fait la promesse de les protéger, était figés de terreur. Même Eowyn, la fière et farouche protectrice du Rohan n'en menait pas large. Mais au loin résonnait déjà l'écho d'une bataille. Elle n'avait pas de temps à perde !
D'un pas décidé, elle marcha droit sur le cheval qui portait les deux enfants, soulevant d'autres petites cris et gémissement autour d'elle. La bête eut un mouvement de recul, mais elle attrapa d'autorité les rennes et tira dessus d'un geste ferme, le ramenant au calme. Elle doutait que ce fut réellement sa maîtrise qui le maintint calme, mais plus son aura bestiale qui était pleinement éveillée, Naurofána guettant à fleur de conscience, le passage grand ouvert entre les deux. Les yeux de la Nauro n'avaient rien perdu de leur couleur dorée et brûlante de rage contenue.
Elle mena le cheval et les enfants jusqu'à Eowyn, qui fit visiblement un effort pour ne pas reculer, faisant front avec toute la fierté et la droiture dont elle était capable. Sans plus de cérémonie ni lui laisser le choix, elle lui flanqua les rênes dans la main.
- Amenez-les au gouffre de Helm, ordonna-telle d'une voix grondante. Emmenez les tous à l'abri !
Aussitôt, elle fit volte-face et se mit à courir en boitant vers les vociférations de la lutte, malgré la morsure cuisante et sanguinolente qui marquait sa cuisse. Quand elle arriva sur le champ de bataille, elle s'immobilisa une seconde, le temps d'appréhender ce qui se déroulait sous ses yeux. Des cadavres. De wargs et d'orques, mais surtout d'hommes et de chevaux. Des combattants, luttant férocement pour leur vie. Les wargs désarçonnaient les cavaliers, faisaient chuter leurs montures, avant de se jeter sur eux pour les achever d'un coup de crocs, les dévorer. Une odeur de sang flottait sur toute la scène.
Du coin de l'œil, elle vit Aragorn, chevauchant tel le vent, tuer un warg d'une lance. Legolas descendait les ennemis à une vitesse hallucinante, jouant de la corde de son arc comme d'une harpe funèbre. Pas de traces de Gimli.
Elle fit brusquement jaillir sa seconde lame, et Naurofána lui prêtant sa voix, elle leva le visage au ciel et poussa un long et puissant hurlement de loup, qui couvrit le vacarme des épées et des rugissements. Tout se figea un infime instant, et heureuse de son entrée en scène, elle en profita pour se jeter dans le combat.
Un orque se lança sur elle. Elle l'accueillit en se jetant sur le côté, tranchant les tendons de la patte avant de sa monture. Elle s'effondra en avant, et prise dans son élan, roula sur le dos, écrasant son maître.
Aussitôt, un second orque fut sur elle, trop vite pour qu'elle ne puisse se redresser et esquiver avec sa jambe blessée. Elle encaissa le choc de leur rencontre. Le coup l'envoya par-dessus la tête du warg, la projetant contre l'orque, qu'elle désarçonna d'un coup de pied dans le ventre. Avant même que l'animal ne se mette à ruer et ne lui offre un rodéo de tous les diable, elle lui avait déjà enfoncé sa lame entre les cervicales, les faisant craquer dans un bouillonnement carmin. Il stoppa net sa course, l'envoyant au sol.
Se réceptionnant en roulant avant de se redresser, Luana jeta un regard circulaire. Le nombre des ennemis diminuait à vue d'œil, plus vite que celui des alliés. Parfait !
Mais alors qu'elle allait se jeter sur un nouvel assaillant, un cri détourna son attention. Elden ! Elle vit avec horreur Edwyn tomber sur le flanc, entrainant dans sa chute le Rohirrim, qui heureusement ne se retrouva pas coincé sous le poids de l'animal.
La Nauro ne prit pas le temps d'observer l'orque qui se dirigeait vers l'humain sonné et étendu sur le dos. Dans un grognement sourd, elle se transforma et s'élança, renversant plusieurs orques sur son passage. À l'instant où l'orque levait son cimeterre pour l'abattre, elle vit les yeux d'Elden retrouver brusquement leur lucidité et s'agrandir de surprise et de peur.
La seconde suivant, elle refermait ses mâchoires sur le bras pourri et pestilent, qu'elle arracha d'un mouvement de tête. Un craquement, le déchirement de la chair et le hurlement, qui mourut quand, reprenant forme humaine, elle planta sa lame droit dans le cœur.
Tout autour, les bruits se tarirent. Les attaquants battaient en retraite, fuyaient, poursuivis par les chevaliers du Rohan qui n'étaient pas mort ou blessés, et qui ne s'attelaient pas à achever les ennemis à terre. C'était fini.
Tremblante sous l'effet de l'excitation du combat, le souffle court en raison de la douleur qui pulsait dans son flanc et son épaule heurtées de plein fouet, Luana resta immobile, cherchant à apaiser ses sens, retrouver le court normal du temps. Cherchant à garder son équilibre malgré sa cuisse brûlante, qui n'avait pu se refermer en raison du mouvement continu qu'elle lui avait imposée. Silencieusement, presque religieusement, elle écouta le clapotement des gouttes de sang noir perler sur ses lames et tomber sur l'herbe asséchée de la lande.
Un autre souffle erratique résonnait à ses oreilles. Elle avait tenté de l'ignorer… mais elle ne le pouvait pas. Il l'avait vu. Ils l'avaient tous vu. Même si elle ne s'était pas transformée devant lui, il aurait su. Mais… mais elle avait espéré que lui n'aurait pas cette réaction ! Elle ne le voyait pas, mais les battements de son cœur affolé, le sifflement de sa respiration, et cette odeur de peur… elle n'avait pas besoin de croiser son regard horrifié, empli d'un sentiment de trahison, pour savoir.
Elle serra les poings, tremblante toute entière, les larmes aux yeux. Pas lui. Elle ne voulait pas lire sur son visage la même peur, la même défiance que sur celui des autres. Elle avait eu raison de le lui cacher depuis le début !
- Aragorn !
La voix de Legolas, éclatant en cet appel, la sauva de justesse, juste avant qu'elle en se décide à se retourner pour faire face au Rohirrim. Tous savaient maintenant. Et elle doutait fort, après tous ses éclats, que Théoden veuille d'un loup dans ses rangs. Elle devait vite retrouver Aragorn, Legolas et Gimli. Ils sauraient quoi faire, quoi dire…
- Aragorn ?
L'appel, cette fois emplie d'inquiétude, de Gimli, fut comme une pierre tombant au fond de son âme. Aussitôt, elle jeta autour d'elle un regard angoissé, fouillant les environs avec frénésie. Mais où que se posent ses yeux, pas de trace du rôdeur. Elle s'avança sur le champ de bataille.
- Aragorn ? appela-t-elle à son tour avec crainte.
Mais nulle réponse. Elle vit Théoden lui-même se retourner en tous sens, regardant en tous sens où pouvait bien se trouver l'homme que les trois compagnons cherchaient.
- Aragooooorn ! hurla Luana, soudain prise de désespoir.
Bon, je tiens tout de suite à dire, ce n'était pas censé virer comme ça, mais Luana t Legolas devaient en avoir marre d'attendre et m'ont fait un gros fuck, avant de se barrer sur les chemins qu'ils voulaient et d'agir à leur guise... dites leur merci x)
Réponses aux reviews :
Ameia et ange : comment ça "déjà fini" ? XD
Avouez quand même que ce chapitre était plus long que la normal x) Heureusement que celui était encore plus long x)
... posez ces tomates et ces kiwis vous deux ! Vous pourriez blesser quelqu'un ! XD Promis je la finirai, promis ! Merci pour les reviews ;)
Angie : merci de ramener autant de monde sur cette fic, mais c'es fourbe de se liguer comme ça contre moi ! XD
Ciriel: non jamais je ne l'abandonnerai ! :o
... au pire si j'en ai marre je tue Luana et voilà XP Tu préfère Elden ou Leggy ? XP Hum, visiblement Leggy, dommage x(
Mais pourquoi donc en voulez vous tous à ce point à Lindoïlin ? XD Bon heureusement que t'aime bien Elden ^^
Le gouffre de Helm arrive, mais au moins tu as déjà eu cette scène d'action avec l'attaque des Wargs ;)
Je fais ce que je peux -.-'
Merci pour ta review =)
Waina : L'action revenue est elle à ton goût ? =P Pas étonnant, comme à chaque fois x) Et je suis sûre que là non plus tu n'es pas repue x) Tin'quiète pas, y a peu de risque que tu demande une suite x) t puis maintenant tu as Hell and Kill pour continuer à me harceler ;P
Oui c'était lui ;) Tu as ta réponse ;P
Merci pour ta review =)
Guest : Je sens que Luana t'aimerait bien toi =P
Ca va il n'y a peu trop de chevaux à ton goût ? XP Merci pour ta review =)
Nana : ... si tu veux tu peux rejoindre le clan Angie x) Thanks ;)
Erwynia : Tu en bave, carrément ? XD
Je fais ce que je peux ;) Merci pour ta review =)
My English friend (sorry, I didn't know how to call you x) ) : Do you have your answer about Leggy with this chapter ? =P
Sorry for the waiting x) And thanks for all your reviews ;)
TTFreidn : merci de ton soutien =) J'ai publié j'ai publié, ne me tue pas stp ! XD
Et merci pour ta review =)
