Salut à tous ! Et oui après presqu'un an d'absence me voilà de retour pour un nouveau chapitre !

Je suis désolée pour ce long silence. Je n'ai pas d'autres excuses que le manque d'inspiration le plus violent qui soit.

Je comprends que ça ait été terriblement long, surtout que l'on arrive à un moment assez charnière de l'histoire. Mais je pense que vous aussi, vous pouvez comprendre que lorsque l'on écrit, il peut y avoir des moments de vide que l'on n'arrive pas à combler, même avec la meilleure des volontés. Je vous ai promis de terminer cette fiction, et seule la mort m'en empêchera.

Je dois admettre que certaines reviews, loin de me motiver, ont plutôt contribué à me décourager par moment.
Ça ne sert à rien de me harceler pour que j'écrive certains. Et ceux qui n'ont même pas le courage de prendre un pseudo pour que je les nomme et m'adresse directement à eux en leur répondant, qui prétendent reprendre Naurofána, je pense que vous pouvez à l'avenir vous abstenir de poster quoi que ce soit. Je ne cherche pas à atteindre un maximum de reviews. Pour moi c'est juste le moyen de partager avec vous, d'avoir un contact et de connaître les gens qui lisent mon histoire.

À côté, je tiens à remercier ceux qui ont compris et qui m'ont réellement soutenue :)
Ce sont CES reviews là qui me motivent !


Chapitre 46 : Le grand méchant loup

Non, non, non, non, non…

Pas encore une fois ! Tout mais pas ça !

Non, non, non, non, non, non !

- Grands-Paaaaaaaas ! s'époumona-t-elle à nouveau.

Ses yeux balayaient le champ de bataille à la recherche d'un indice, d'un signe. Un homme, surtout tel que Grand-pas, ça ne se perdait pas comme ça ¡ madre de dios ! Courant de blessés en mourants et de mourants en cadavres, elle retourna chaque corps, repoussa chaque cheval ou warg qui eut pu dissimuler leur ami inerte.

S'il ne répondait pas à leurs appels, c'était simplement parce qu'il était inconscient. Il devait avoir pris un coup sur la tête et était en train de piquer un roupillon quelque part dans l'herbe. Ou alors, mais vraiment pire du pire, il était blessé et trop faible sur l'instant. Pas vrai ? Il ne pouvait pas…. Il ne pouvait pas…

« Luana, garde la tête froide » gronda Naurofana au fond d'elle.

Garder la tête froide, garder la tête froide… elle en avait de bonnes elle, alors qu'elle craignait pour la vie d'Ara… non, stop ! Aragorn allait bien. Bien… peut-être pas, mais il ne pouvait pas être mort ! Voilà, elle avait formulé le mot dans sa tête, ce qui ne fit que renforcer sa certitude que non, Aragorn ne pouvait PAS mourir. Il avait quatre-vingt-sept ans enfin ! Il était trop jeune pour mourir !

- Aragooooooorn !

Elle ne parvenait même pas à capturer son parfum. L'odeur de terre retournée, de cheval, d'orc et de warg, de sang et de mort, recouvrait toute trace olfactive plus fine. L'hémoglobine qui lui poissait la face n'arrangeait rien, il lui tapissait les narines et le fond de la gorge d'une couche ferrailleuse.

Elle jeta de nouveau un regard circulaire sur le champ de bataille, dans l'espoir de voir un signe, ou qu'un des leurs trouverait quelque chose. Gimli se trouvait au centre du charnier, pas trop loin d'elle. Lui aussi retournait tout ce qu'il pouvait, du plus probable au plus futile. L'anxiété le gagnait. Legolas était à l'autre bout. Près du précipice qui bordait ce nouveau cimetière à ciel ouvert. Théoden était à peu de distance de lui. Lui aussi recherchait le rôdeur disparu. Mais à son regard, il était évident que ce n'était pas là sa principale préoccupation. Ses yeux passaient sur les blessés, les mourants et les morts qui éclaircissaient désormais les rangs de son armée. Il contemplait ses hommes encore debout qui erraient à travers le champ pour retrouver les survivants. Eux ne cherchaient pas Aragorn. Ils n'en avaient que faire de lui.

Et ça la foutait en rogne.

Mierda ! Aragorn s'était battu à leurs côtés, pour défendre leurs femmes et leurs enfants ! Il n'avait pas hésité à sauter sur son cheval et à se jeter dans la mêlée. Et voilà comment ils accueillaient son acte ? Comment ils le remerciaient de son… sacrifice ?

« Luana ! »

Ployant sous le coup de tonnerre qui gronda en elle, la Nauro ferma les yeux, mâchoires serrées et mains aux tempes. La voix de sa louve roulait sous son crâne, aussi dangereusement que les nuages qui amenaient la tempête. Hostia !

« Ces hommes recherchent leurs compagnons, leurs amis eux aussi portés disparu. Que fais-tu de tous ceux qui sont étendus là, à attendre qu'on vienne leur porter secours ? Tu les ignore volontairement pour ne te concentrer que sur un seul homme. Alors cesse de t'acharner sur eux ! »

« Mais… »

« Il n'y a pas de mais ! Ils sont exactement dans la même situation que toi. Tu ne supportes pas que l'on te juge sans te connaître. Alors mets-toi à leur place avant de juger. »

La Nauro sentit la morsure de la culpabilité lui serrer le cœur. Sa louve avait raison. Comme toujours. Mais cet élan ne dura qu'un instant fugace…

- Il est… mort.

Lentement, Luana se retourna vers la voix éraillée et mourante. Sous le coup de la colère et la réprimande de Naurofána, elle n'avait pas vu, pas entendu Théoden, Gimli et Legolas se rassembler au bord du précipice. À leurs pieds, un orc qui exhalait ses dernières paroles putrides, un sourire satisfait sur la face. Il eut un rire caquetant avant qu'un flot de sang noir ne l'étouffe.

- Il a dégringolé de la falaise.

Non… Il n'avait pas dit ça. Il ne parlait pas d'Aragorn hein ? Tomber de la falaise… Comment Aragorn pourrait-il… mourir aussi connement ? On parlait de Grand-Pas là ! Le rôdeur qui depuis le début les menaient sans faillir. Qui avait tout de même affronté des Nazguls ! Il ne pouvait pas être tout simplement et tout bêtement tombé de cette foutue falaise !

Non ! Ce serait pire que la flèche dans le talon d'Achille ou les cheveux de Samson !

Elle n'était pas la seule à le penser. À refuser de croire ces fadaises. Legolas, dans un accès de rage elfique, limite humain, se laissa tomber à genou et saisit l'orc par le col, le secouant avec hargne.

- Menteur !

Dans un dernier rire grinçant, l'orc mourut, heureux de son funeste effet.

Si seulement, il n'y avait eu que cela, Luana aurait pu continuer de refuser d'y croire et se remettre à chercher Aragorn, persuadée que cette raclure de Sauron mentait juste pour les faire souffrir. Mais de là où elle était, elle perçut l'éclat blanc et pur du bijou que Legolas récupéra dans la main noire de la créature.

Ce pendentif, elle l'avait déjà vu autour du cou d'Arwen, puis de celui d'Aragorn. Le dernier cadeau de la dame elfe fait au Dunedain… Legolas se releva brusquement et suivi de Gimli, rejoignit Théoden au bord de la falaise. Les jambes tremblantes et le souffle court, Luana avança jusqu'à eux, le visage fermé et ses pensées cloisonnées, s'empêchant d'imaginer tout ce que cela impliquait. Elle regarda telle une aveugle le courant agité et profond qui courait une quinzaine de mètre plus bas. Des rochers saillaient de la paroi, prêts à réceptionner tout objet ou corps qui viendrait à chuter de ce côté-ci du ravin. Mais nulle trace du rôdeur. Pas même la moindre tâche de sang sur la pierre…

Le froissement de l'herbe derrière eux ne la fit pas se détourner de sa contemplation, mais elle vit du coin de l'œil Théoden faire volte-face et considérer le cavalier qui s'était approché.

- Mettez les blesser sur les chevaux, dit-il finalement après un silence. Les loups de l'Isengard vont revenir.

La Nauro ignora le coup d'œil subrepticement lancé en sa direction. Elle ne se sentait pas concernée. Elle était louve de Valinor et avait le cœur trop lourd pour s'en préoccuper. Il fallait qu'elle descende pour aller chercher Aragorn. Elle devait trouver un moyen d'atteindre le bas de la falaise…

- Laissez les morts.

L'ordre tomba comme la lame d'une guillotine, décapitant les derniers espoirs des trois membres rescapés de la Communauté de l'Anneau. Ils tournèrent vers le roi du Rohan un regard acéré et lourd de sens. Aucun n'acceptait cela. Aucun ne le pouvait ! Il leur demandait d'abandonner un compagnon de route, un ami !

Compatissant, il déposa une main sur l'épaule de l'Elfe, lui demandant tacitement de laisser derrière lui tout ce qu'il pouvait rester de Grand-Pas et de le suivre. De l'épauler comme il avait épaulé Aragorn.

- Venez.

Sur cette dernière injonction, le souverain des Rohirrims se détourna et s'éloigna d'eux. Comment… où trouvait-il l'audace de leur demander cela ? Et en passant par Legolas, l'elfe du groupe, le plus « sage » des trois. Espérait-il vraiment qu'il allait docilement le suivre, entrainant avec lui le Nain et la Nauro ?

Était-ce vraiment cela la mentalité des lieux ? La guerre leur avait-il fait perdre à ce point le sens de l'amitié et de la fidélité, même envers les morts ? Si ç'avait été le cadavre de son fils, il aurait été prêt à sacrifier tous ses hommes pour le récupérer !

Non, eux étaient une Communauté. Même si Frodon et Sam, Merry et Pippin, et même Gandalf, avaient pris des chemins différents, aucun n'abandonnerait l'un de ses compagnons.

Alors pourquoi ? Pourquoi après un dernier regard pour le pendentif d'Arwen, Legolas le rempocha-t-il et tourna les talons, suivi par un Gimli sombre, ayant perdu toute bonhommie ?

- Où vous allez ? aboya-t-elle avec rage.

L'Elfe et le Nain s'arrêtèrent pour la contempler avec des yeux peinés et emplis de compassion, de deuil partagé.

- Il nous faut avancer. Nous ne pouvons pas rester là à nous morfondre, dit tristement Gimli, sa voix rocailleuse douloureusement nouée.

- Quoi ?!

Tous deux s'entretinrent d'un regard, avant que Legolas ne refasse un pas dans sa direction.

- Luana, Aragorn n'aurait pas souhaité que nous nous arrêtions. Nous n'en aurons pas le loisir tant que nous n'aurons pas rejoint le Gouffre de Helm. Il nous faut nous hâter afin de nous préparer et protéger les gens du Rohan.

- Ce n'est pas une raison pour l'abandonner Legolas ! Faut qu'on descende le chercher !

Le masque sombre mais stoïque que l'Elfe avait enfilé sur son beau visage se fissura. Elle prit conscience que lui-même avait mal, une douleur vive et cruelle, fataliste et impuissante, tout simplement parce qu'il avait réellement abandonné tout espoir. Ce fut avec une voix voilée, éloignée de son ton d'ordinaire si maitrisé, qu'il parla :

- Son corps doit-être loin à l'heure qu'il est. Le courant a eu le temps de l'emporter.

- Arrêtez de parler de lui comme s'il était mort ! explosa-t-elle.

La fissure s'étendit sur la carapace de l'Elfe. C'était elle-même qui s'attelait à l'instant même à l'élargir, glissant ses mots tel un pied-de-biche dans la faille pour l'agrandir. Sa colère était juste le bras qui l'actionnait et forçait pour faire céder les dernières résistances. Elle voulait qu'il craque. Lui qui était si parfait, elle voulait le faire sortir de ses gonds pour qu'il refuse de partir comme ça, de suivre Théoden !

Mais tout ce qu'il fit ne fut que la décevoir un peu plus alors qu'il s'approchait d'elle, tendant déjà les bras pour l'enlacer. La bercer et lui faire comprendre qu'elle était dans le déni.

Mais elle n'était pas dans le déni. Elle savait qu'Aragorn était en vie. Elle l'avait su dès qu'elle avait vu le précipice et la rivière qui serpentait entre les replis rocheux. La chute, si bien amorcée ou avec quelque chose pour amortir le choc et éviter le plat, n'était pas mortelle. Elle avait suffisamment joué au con pour le savoir. Elle avait plongé plus d'une fois de perchoirs plus hauts que cela. Quant aux rochers… avec assez d'élan, on pouvait suffisamment s'écarter de la paroi et les éviter. Si Aragorn se les était pris en tombant, il y aurait eu des traces. Et elle n'envisageait pas qu'il puisse s'être noyé.

Car s'ajoutant à ces preuves, il y avait l'instinct. Elle sentait qu'il était encore en vie. Elle en avait la conviction. Elle n'avait besoin de rien de plus. Aragorn était vivant, mais probablement blessé. Ils devaient aller à sa recherche !

Elle recula d'un pas avant de se détourner de Legolas. S'il ne voulait pas l'aider…

Au fond d'elle, Naurofána ne dit rien, et n'émit aucune objection lorsque toutes deux fusionnèrent.

- Luana !

La louve blanche tourna vers l'Elfe ses yeux mordorés, les plongeant dans le lac de glace de ses iris bleus. Étrangement, elle pouvait percevoir par sa vue animale la souffrance qui l'habitait. Elle était véritablement physique pour lui. Comme une plaie béante. La fracture à la surface de sa carapace n'aidait pas à juguler le flot qu'il s'en échappait. C'était comme regarder un soldat se vider de son sang à travers les plaques de son armure.

En d'autres circonstances, Luana aurait repris sa forme humaine et aurait tenté de le réconforter sans le mettre mal à l'aise. C'était la première fois qu'elle voyait Legolas si… fragile. Encore plus que lorsqu'il avait été mortellement blessé.

Mais cette blessure, il se l'était lui-même infligée. Il s'était mutilé et auto-flagellé, sans chercher à savoir si Aragorn était en vie ou non. Il se contentait d'une bribe d'information, de quelques ragots d'un orc mourant. Il ne pouvait s'en vouloir qu'à lui-même.

Même le roc qu'était Gimli semblait se fendiller, laissant apparaitre des larmes de cristal. Lui aussi s'était laissé berner. Ils la décevaient tout deux grandement. Elle pensait que leur amitié allait au-delà.

Frienship is magic… tu parles !

Sans un mot ni un grognement, la Nauro s'éloigna.


À aucun moment l'espoir ne quitta son cœur. Elle savait, et jamais la certitude ne défaillit. Mais lorsqu'enfin -après trois heures de recherches acharnées passées à escalader pour fouiller chaque méandre de la rivière- elle perçut une odeur bien connue, la joie explosa en elle.

C'était son parfum. Elle l'aurait reconnu entre mille. Ce musc de cuir et d'acier, mêlé à quelque chose de plus frais, plus noble… une fragrance légère et ténue d'athelas. Aragorn sentait l'athelas. Mais le parfum rafraichissant et revigorant de la fleur des rois était en parti recouvert par la senteur métallique de l'hémoglobine.

Se hâtant la truffe au vent, la louve franchit une crevasse qui balafrait la falaise plutôt que de perdre du temps à la contourner. Il lui fallut encore courir sur plusieurs centaines de mètre, frôlant le précipice et s'arrêtant régulièrement pour être sûre de ne rien manquer, avant de déboucher sur une petite crique creusée par la rivière lors de ses crues.

Là, sur le sable gris et grossier, était étendu sur le flanc un corps inerte.

- Aragorn !

La louve et la jeune fille se séparèrent soudain tandis que Luana dévalait à toute allure la pente escarpée. Le rôdeur ne réagit pas à l'appel, la faisant encore accélérer. Malgré son pas sûr, dans sa hâte, son pied ripa sur une pierre instable, qui se défila sous elle. Elle chuta en avant, et s'écorcha les jambes et la paume des mains en se rattrapant. Elle n'en eut cure, se redressant prestement et se jetant à corps perdu dans les derniers mètres, qu'elle franchit en bondissant dans le sable gris.

- Aragorn !

Se laissant tomber à genou à côté de lui, elle lui posa une main sur l'épaule, avant de directement la retirer. La manche de sa veste en cuir était déchirée au niveau de la couture, tout comme la peau en dessous. L'eau avait empêchait le sang de coaguler, le diluant et l'étalant.

Lentement, elle retourna le rôdeur sur le dos et tenta de nouveau de le réveiller. Mais rien à faire… ¡ Mierda ! Elle savait qu'il était en vie. Sa vue de louve le lui disait. Elle pouvait percevoir la chaleur de son sang courant dans ses veines, voir les battements réguliers de son cœur.

D'un rapide mouvement de bras elle fit jaillir une lame d'un de ses brassards et s'en servit pour découper le bas de sa chemise, dont elle usa comme d'une bande pour stopper l'hémorragie. Elle réitéra l'opération pour une entaille légère au niveau de la cuisse. Sa vue de vie lui permettait voir là où le sang s'échappait de son corps par les plaies. Ces zones étaient un peu plus froides. Tout comme elle pouvait percevoir si une hémorragie interne formait une poche de sang dans son organisme. Mais elle n'avait strictement aucune notion en premiers soins et médecine. Outre ces examens grossiers, elle ne pouvait rien faire, et elle détestait ça !

- Grand-Pas… réveillez-vous, s'il vous plait ! supplia-t-elle en le secouant doucement, une main sur sa joue. Allez ! Me faites pas ce coup-là.

Un bref instant, un flash douloureux passa devant ses yeux, l'image de Boromir, pâle comme la mort, étendu au fond de la barque elfique au bord de l'Anduin. L'eau leur portait la poisse ! Le doute et l'angoisse commençaient à l'assaillir quand enfin, il exhala un souffle, un soupir qui s'échappa d'entre ses lèvres.

- Lu… ana… murmura-t-il dans un râle sans force.

- Grand-Pas…

Aussitôt, la Nauro referma ses bras autour de lui, le souleva à moitié de terre et le serra contre elle avec force, submergée de soulagement. Mais le rôdeur eut un sifflement douloureux qui lui fit desserrer prise, inquiète.

- Dou… doucement, souffla-t-il dans une grimace douloureuse.

- Désolée, fit-elle rapidement en le reposant doucement sur le sable.

Elle retint le nouvel élan de joie et d'affection qui l'incitait à le reprendre dans ses bras et le serrer encore et encore, afin d'être sûre de sentir son souffle, sa chaleur contre elle. Il avait besoin d'air, qu'elle le laisse reprendre ses esprits. Il resta un instant là étendu, les yeux fermés, lui faisant craindre qu'il ait replongé dans l'inconscience. Mais il les rouvrit et les fixa sur elle, ses prunelles retrouvant un peu de leur éclat vif et perçant. Il tendit une main vers son visage, qu'elle prit entre ses paumes en le voyant encore faible. Tendrement et délicatement, elle pressa ses doigts.

Puis le regard du rôdeur se détourna, allant se poser autour d'eux, un peu vague et perdu.

- Où sont les autres ?

- Partis pour le Gouffre de Helm, ne put-elle s'empêcher de répondre d'un ton dur.

Elle aurait sans doute dû se retenir, mais elle leur en voulait, et surtout à Legolas et Gimli, de ne pas avoir voulu partir à la recherche d'Aragorn, d'avoir abandonné tout espoir et de ne pas l'avoir cru. Le Dunedain la considéra un instant, la compréhension se dessinant sur ses traits. À son tour, il lui serra doucement la main.

- Merci, dit-il dans un souffle et un demi-sourire.

- Qui vous vouliez qui vienne vous chercher sinon ? C'allait pas être un stupide grand dada qui serait venu vous trouver là tout seul… rigola-t-elle toute seule.

La plaisanterie était nulle, mais elle ne savait pas trop quoi dire. Si elle avait répondu solennellement et sérieusement, elle aurait craché sur ceux qui s'étaient tout simplement et tout bonnement barrés sans lui.

- Nous devons…rejoindre Fort-le-Cor, déclara Aragorn.

Il commença lentement et difficilement à se redresser, mais vacilla dès qu'il fut en position assise. Luana le rattrapa, et avec un sourire, passa son bras par-dessus son épaule.

- Grimpez sur mon dos. Nana et moi on s'occupe du reste.

Il hocha de la tête en silence, peinant à garder ses esprits et rassemblant le peu de force qu'il lui restait. Luana hésita un instant, avant de décrocher sa cape de ses épaules et de l'en recouvrir. Il était trempé. Avec ça et le froid de l'air, il allait attraper la mort.

Accroupie, elle lui fit passer son second bras autour de son cou et, au lieu de se remettre sur ses pieds, se laissa partir en avant, le hissant sur son dos tout en se transformant. Le rôdeur emmêla ses doigts dans la fourrure épaisse et chaude, et lentement, Naurofána se mit en marche.

Sur plusieurs lieux, elle garda un rythme terriblement lent qui lui était insupportable. Mais elle ne pouvait prendre le risque de désarçonner Aragorn. Il avait besoin de repos, il devait pouvoir se reposer sur son dos sans être brinquebalé en tous sens.

Il leur fallu une petite heure pour retrouver le champ de bataille où leur chemin avait divergé du reste du convoi. Naurofána ignorait totalement où pouvait se trouver le gouffre de Helm, toutefois, en trouver la route ne serait pas bien compliqué. Les traces olfactives laissées par les villageois, puis les cavaliers, étaient si marquées qu'elle doutait qu'une pluie puisse les effacer totalement. Et même sans cela, la terre était marquée de leur passage. N'importe qui pourrait suivre la piste, malgré le soleil qui touchait déjà l'horizon.

Ils continuèrent d'avancer toute la nuit, le rodeur somnolant doucement, gardant tout juste assez de conscience pour conserver son équilibre. Par chance, Luana avait trouvé une outre d'eau et des provisions sur l'un des chevaux morts que les Rohirrims avaient laissés derrière eux. Ce qu'elle avait déniché n'était pas suffisant pour deux, mais ils n'avaient pas plus de temps à perdre en recherche, aussi laissa-t-elle sa part. Il en avait plus besoin qu'elle. Elle avait petit-déjeuner d'un sanglier entier après tout…

Le lendemain, le soleil était déjà haut dans le ciel lorsqu'ils s'autorisèrent une pause pour laisser Aragorn se reposer correctement et Naurofána souffler un peu. Abrités à l'ombre d'une saillie rocheuse, l'Homme reposait contre le flanc de la louve. Elle s'était repliée autour de lui, sa queue reposant sur ses jambes, pour lui transmettre sa chaleur.

L'heure de repos qu'ils s'étaient accordé touchait presqu'à sa fin lorsque Naurofána releva la tête, à l'affut. La truffe levée, elle huma l'air avec insistance. Mais le vent ne semblait pas venir de la bonne direction pour qu'elle puisse capter ce qu'il lui semblait avoir perçu.

Tendant l'oreille, elle se concentra sur les vibrations, le moindre son. Elle ne perçu d'abord que le vent qui soufflait sur les plaines, secouant et troublant les herbes sèches. Un petit oiseau dans les fourrés à quelques distances de là, et puis… autre chose. De beaucoup plus lointain. Un tremblement inquiétant.

- Aragorn, dit-elle à voix basse, réveillant le rôdeur du bout du museau.

Lentement, il ouvrit les yeux, les sens déjà aux aguets malgré la torpeur. Il scruta un long moment les steppes qui s'étendaient devant eux sans rien voir d'anormal, tendit l'oreille sans rien entendre. Puis il posa la tête sur la terre froide, écoutant avec tous ses sens ce que lui disaient le sol et les frissons qui le parcouraient.

- Une armée approche, déclara-t-il enfin en se redressant.

La louve acquiesça doucement.

- Des Uruk- Hai.

Sans un mot, elle se remit sur ses pattes, emportant avec elle Aragorn perché sur son dos. Ils s'écartèrent de la piste laissée par le peuple d'Edoras, rebroussant chemin. Il ne leur fallut que peu de temps pour arriver sur une crête rocheuse surplombant la vallée.

Aussitôt, Naurofána recula, les dissimulant en partie derrière les rochers. Devant eux, plusieurs mètres en contrebas, un long serpent noir avançait dans un martèlement métallique.

- Ils sont plusieurs milliers, gronda Naurofána, atterrée.

- Au moins une dizaine de milliers.

Sans avoir besoin de se concerter, Aragorn se redressa, raffermit ses jambes autour des flancs de Naurofána, qui sitôt fit demi-tour et s'élança. Il n'était plus question de se ménager. Ils devaient arriver à Fort-le-Cor fissa et donner l'alerte, ou ça allait être un pur massacre !


La rumeur se répandit comme une poignée de poussière lâchée au vent. D'abord, ce fut la peur et la panique, à la vision du grand loup blanc qui approchait des murs. Puis l'angoisse et la terreur cédèrent le pas à l'incrédulité et le soulagement lorsque l'animal remonta le chemin de pierre. Lorsque les lourdes portes s'ouvrirent devant lui et qu'il entra, se glissant dans les rues bondées, les réactions de la foule furent partagées. Certains reculaient et s'écartaient avec de petits cris effrayés, d'autre hésitaient à s'approcher, tendant la main vers l'homme qui chevauchait la bête.

- Il est vivant !

Le cri se répercuta entre les murs de pierres, se propageant dans la foule. Tous se rassemblèrent malgré l'anxiété autour de la louve pour voir Aragorn, qui guidait silencieusement Naurofána à travers le dédale des ruelles jusqu'à une petite place. Un garde s'approcha pour l'aider à descendre, mais hésita quelques secondes. En ce bref laps de temps, il ne restait plus que le rôdeur et la jeune Nauro, tous deux couverts de sang et les habits déchiré, au centre du cercle que formaient les badauds autour d'eux.

- Où sont-ils ? Où sont-ils ! Laissez-moi passer, je vais les tuer !

Luana se tourna vers le Nain qui fendit la foule pour se retrouver devant eux, s'arrêter, et rester là à les contempler, ébahi. Elle lui aurait bien répliqué qu'il n'avait pas intérêt à toucher à un cheveu de Grand-Pas, sans quoi il aurait à faire à elle. Elle n'allait pas le laisser ruiner tous ses efforts pour leur ramener leur ami… mais elle était trop fatiguée pour ça.

- Vous êtes l'homme le plus chanceux, le plus malin et l'homme le plus imprudent que j'ai jamais connu. Soyez béni.

Gimli serra dans ses bras Aragorn, ému, avant de se tourner vers la Nauro.

- Et vous… vous êtes la louve la plus sage, la jeune fille la plus entêtée, la plus…

Luana lui offrit un petit sourire, mais ils n'avaient pas le temps pour cela. Pas le temps pour se réjouir de leurs retrouvailles. Ça, ils le feraient après la bataille. S'ils étaient encore envie à ce moment-là… ce qui n'étaient pas sûr vu la vague qu'ils allaient se prendre en pleine face.

- Gimli, où est le roi ? l'interrompit Aragorn.

Un regard, un signe de tête suffirent. Aussitôt, Aragorn partit vers le donjon. Les deux compagnons le regardèrent s'éloigner et disparaitre parmi la foule, qui ne semblait pas vouloir se disperser, malgré les regards insistants et pesants qui commençaient à faire lourd sur les épaules de la Nauro.

Elle tâcha de les ignorer et inspira un grand coup, blasée. Elle savait déjà ce qu'allait être les réactions quand elle ferait mine de suivre Aragorn. Deux bras noueux et musculeux passèrent autour de sa tête, une tête hirsute venant se presser contre son torse. Elle baissa les yeux sur Gimli, qui la serra un instant avant de s'écarter un peu pour la regarder.

- La prochaine fois, je me fierai à votre instinct.

Elle eut un petit rire narquois, toujours vexée du peu de confiance qu'il avait eu en Aragorn, avant de se radoucir.

- C'est pas une question d'instinct mais de logique. C'est Grand-Pas, il peut pas mourir.

Le fier fils de Gloïn rit à son tour, avant que tous deux n'empruntent le chemin prit par le rôdeur. Ils le retrouvèrent juste devant les portes, en grandes retrouvailles avec… Legolas. Elle vit l'elfe lui tendre un petit objet brillant, qu'elle devina être le pendentif d'Arwen.

Il flotta soudain dans l'air comme une odeur de déception profonde, et elle crut percevoir le crash caractéristique d'un ascenseur émotionnel. Le genre de son que fait le moral d'une personne qui passe de la plus grande des joies au dégoût le plus abyssal. En tournant un peu le regard, elle aperçut Eowyn, à quelques mètres de là, figée dans un mouvement vers l'avant, Aragorn en ligne de mire. Sur l'instant, elle eut un élan de pitié et de sympathie pour elle, l'image d'une autre elfe qu'Arwen passant dans son esprit. Elle le rejeta presqu'aussitôt. Pas le temps pour ça, et ce n'était pas comme si la fière dame du Rohan n'avait pas été infirmée plus d'une fois que c'était mort d'avance entre elle et le rôdeur.

Quand elle en revint à ses compagnons, Aragorn avait déjà repris son chemin, laissant Legolas au milieu du passage, les attendant tous les deux. Alors que Gimli fit mine de s'arrêter à sa hauteur, Luana fila tout droit sans un regard pour l'Elfe.

- Elfe de peu de foi, lança-t-elle en lui passant à côté.

Elle rancunière et teigneuse ? Noooon. Elle était gentille là.

Elle les entendit suivre le mouvement. Elle ne savait pas où était parti Aragorn. Elle se doutait qu'il devait être à la recherche de Théoden, et que celui-ci devait être dans la salle du trône. Enfin, elle n'en était pas sûre. Peu importait. Même sans savoir où il était, elle savait où il avait été. Elle n'avait qu'à suivre son odeur pour le retrouver.

Quelques gardes firent mine de l'arrêter lorsqu'elle franchit les lourdes portes de bois, mais se retinrent lorsque Gimli émit un petit bruit d'avertissement. Luana sourit. Pourquoi se prendre la tête avec l'opinion de la majorité, quand elle avait un protecteur aussi acharné et adorable que le Nain.

Comme il fallait s'y attendre, Aragorn avait bien retrouvé Théoden dans la salle du trône, et les avait bien devancés visiblement. Lorsqu'ils entrèrent, le roi faisait les cents pas, inquiet.

- Une grande armée vous dites…

- Oui, l'Isengard s'est vidé, décréta sans ambages le rôdeur.

Ils vinrent tous les trois se placer à ses côtés, le Nain et l'Elfe leur lançant des regards interrogateurs. Elle les ignora. Tout comme elle ignora Elden, qui se tenait à côté de l'homme-poiscaille comme un gentil toutou aux pieds de son maître.

- Combien sont-ils ? demanda Théoden en échos aux questions silencieuses.

Aragorn laissa planer un instant le silence. Silence lourd et oppressant, qui ne donna que plus de poids à ses mots.

- Au moins dix mille.

Etait-ce le silence qui suivit ou l'écho des mots « dix milles » qui résonna ? Ce fut comme si le temps venait d'avoir un raté, stoppant quelques secondes pour s'apitoyer sur leur sort, avant de reprendre tranquillement sa course, les ayant sans doute déjà oubliés.

« Luana » gronda doucement Naurofána « concentre-toi un peu et cesse de divaguer. »

Pourtant, c'était tellement bon de divaguer, de partir en vrille dans sa tête. Meilleur en tout cas que de voir la tête effarée et abattue de Théoden lorsqu'il se retourna vers eux en répétant le chiffre fatidique.

- C'est une armée constituée dans un seul but, commença lentement Aragorn. Détruire le monde des Hommes.

Le dire lentement était une bonne chose. C'était bien oui. Ça laissait le temps de s'habituer, déjà qu'ils se prenaient ça sans pommade ni lubrifiant… ok, il était temps d'arrêter de divaguer, en effet.

- Ils seront là à la tombée de la nuit, conclut dramatiquement le rôdeur.

Malgré elle, et bien qu'elle sache déjà tout cela, Luana ne put s'empêcher de déglutir. Maintenant qu'elle avait mis le mode divagation sur off, elle n'avait pas vraiment d'autre choix que de faire face à la réalité : ils n'étaient pas dans la merde jusqu'au cou, non… ils étaient vingt mille lieues sous la merde !

Aussitôt, Théoden et ses hommes partirent à l'assaut des fortifications du bastion, se préparant au combat à venir. Aragorn, Legolas, Gimli et elle suivaient derrière, assez proches pour suivre les manœuvres qui se mettaient en place. Luana fut tentée à plusieurs reprises de proposer certaines méthodes, du genre le largage d'eau ou d'huile bouillante, construire en deux-deux des catapultes… mais pour tout ça, ils n'avaient ni le temps ni les moyens, aussi eu-t-elle l'intelligence pour une fois de se taire.

Toutefois… toutefois il y a parfois des conneries telles que même la plus intelligente des personnes pourrait avoir un pet de cerveau en l'entendant… et péter un câble.

Un peu comme quand Théoden se tourna vers Gamelin pour balancer tout d'un coup :

- J'exige que chaque homme ou jeune garçon capable de tenir une arme se tienne prêt à se battre au crépuscule.

- Oui mon sei…

- Attendez, quoi ?!

Son cri fit stopper toute activité autour d'eux. Que ce soit l'avancée de leur groupe, ceux qui travaillaient à renforcer la porte principale vers laquelle ils se dirigeaient. Même les badauds alentours, qui se pressaient pour aller plus loin dans les fortifications, firent halte. Elden, devant elle, se tourna lentement pour la considérer comme s'il la voyait pour la première fois. Ou plutôt non, comme s'il découvrait une nouvelle abomination à son sujet.

- Jeunes garçons ? Non mais sérieusement ? Vous déconnez là ! s'emporta-t-elle.

Une main s'écrasa brusquement sur son épaule et la retourna, lui faisant faire face à Aragorn. Il avait l'air sombre, et agacé n'était pas le mot juste pour décrire à quel point il était irrité et crispé. Visiblement, elle venait de franchir les limites de sa patience. Mais si lui… lui, Aragorn, qu'elle respectait tant et considérait comme un grand frère, si lui, tolérait qu'on envoie des gosses au combat, alors là… elle allait vraiment devenir mauvaise.

- Luana, tu n'as pas à discuter de…

Okeeeey ! Les choses étaient claires au moins !

- De quoi ?! De votre connerie monumentale à tous d'envoyer des pauvres gamins se faire massacrer ?

Elle repoussa sa main et fit volte-face vers Théoden, pointant sur lui un doigt accusateur.

- Vous avez amené ici tous ceux qui croient en vous et vous suivent ! Vous les avez piégés dans ce trou à rat en attendant la mort ! Vous n'avez pas été foutu de prendre la bonne décision et maintenant, vous voulez réparer vos conneries en envoyant des gosses se battre ?!

- Luana ! réprimanda Aragorn en se plaçant devant elle.

- J'ai pas fini alors foutez moi la paix vous ! cracha-t-elle en le repoussant pour refaire face au prétendu roi. J'ai horreur des hommes qui crient « les femmes et les enfants d'abord » quand le bateau coule, juste pour nourrir les requins !

Deux mains se refermèrent brusquement sur ses bras, et elle se sentit tirée en arrière. Elle eut la lucidité de ne pas user de sa force pour envoyer chier Aragorn et Legolas qui l'emmenaient à l'écart, mais montra tout de même son mécontentement en se débattant un peu et en jurant dans toutes les langues qu'elle connaissait. Même les réprimandes de Naurofána ne firent rien pour la calmer ou ne fusse que la mater un peu.

Quand enfin ils la lâchèrent, dans une petite ruelle sombre et puante devant laquelle les passants s'arrêtèrent pour écouter, elle se tourna vers eux qui lui bloquaient le passage, furieuse.

- Laissez-moi passer ! J'ai un compte à régler avec ce vieux con et je vais lui faire comprendre ma façon de penser en la lui faisant rentrer dans le crâne à coups dans la gueule si besoin !

- Luana, par les Valars, ne pouvez-vous pour une fois faire preuve de pondération et vous comporter sans jurer comme un Orque ? s'énerva à son tour Legolas, visiblement outré de son langage.

- Vous, si vous voulez qu'on cause sans être choqué ou avoir les oreilles qui saignent, sortez-vous le balai que vous avez bien profond dans le fion !

- Luana !

Si Aragorn croyait qu'user de son ton autoritaire en l'engueulant la faire, il se fourrait le doigt dans l'œil !

… ça l'encouragea tout de même à se calmer un peu, histoire d'exposer son point de vue.

- Je… je suis morte de trouille Aragorn ! ¡ Mierda ! J'ai Naurofána, j'ai déjà… combattu des Wargs, des Orcs, des Uruk-Hai, des Gobelins, et même fait face à un troll et même à un Balrog… Mais j'ai juste envie de prendre mes jambes à mon cou et de me planquer pour pleurer. Alors quand j'imagine ces gosses qui ont deux fois moins mon âge et qui ont jamais connu autre chose que des guerres de boutons…

Bien qu'il n'ait sans doute pas saisi la référence, il sembla comprendre son point de vue. Il ne se départit pas pour autant de son air sévère et ne semblait pas vouloir s'arrêter là.

- Je comprends que tu aies peur et que tu t'inquiètes pour ces enfants. Mais cela ne justifie en rien ton comportement ni les propos que tu as tenu au roi Théoden. Qui plus est devant ses sujets !

Elle ouvrit la bouche pour répliquer, la moutarde lui montant de nouveau au nez. Mais il la stoppa d'un geste de la main sec et sans appel.

- Il est leur roi. Ils lui doivent le respect, car il reste un roi bon et fait tout pour protéger son peuple. Tes discours n'ont d'autres buts depuis le début qu'à le discréditer et le faire passer pour un tyran et un incompétent ! L'un des pires actes dont peut se rendre coupable une personne en temps de guerre, alors que les sujets ont besoin de faire confiance à leur suzerain !

- Parce qu'on peut faire confiance à un homme qui envoie des gosses à la mort pour vous ? Parce que vous êtes de son avis ? Parce que vous aussi, en tant que roi, vous utiliseriez des gosses comme boucliers humains ?!

- Ça suffit ! tonna Legolas, ses yeux semblable à deux dagues de glace.

- Franchement…vous espérez tous qu'ils vont faire quoi ces gosses ? Aucun n'aura le temps de porter le moindre coup. S'ils tuent un Uruk-Hai ce sera déjà un miracle ! C'est à peine si vous gagnerez un peu de temps en les laissant se faire massacrer… ou alors c'est ça ! Vous voulez qu'ils servent d'appât, et pendant que les Uruk-Hai les tuent, vous leur donnez des coups dans le dos ! C'est ça ?! s'écria-t-elle.

Elle fut tellement surprise, prise au dépourvue, qu'elle ne pensa même pas à esquiver la gifle qui vint claquer contre sa joue. Le visage envoyé sur le côté, elle resta là, abasourdie, les yeux écarquillés d'ahurissement. Il… il venait de se passer quoi là ? Non… elle hallucinait. Elle n'avait pas la joue qui cuisait et la paume d'Aragorn n'était pas rougie par le choc.

- Il semblerait que nous nous soyons réciproquement trompés sur le compte de l'un l'autre, déclara-t-il d'une voix atone. Si tu peux croire cela… pourquoi es-tu encore ici ? Tu peux aisément quitter le gouffre et t'en éloigner. Je suis sûr que tu pourras retrouver ton chemin jusqu'à Fondcombe…

- … quoi ? fit-elle, encore étourdie en portant les doigts à sa joue douloureuse.

Elle tourna le regard vers lui, découvrant pour la première fois la colère sur ce visage d'ordinaire bienveillant et souriant.

- Tu ne connais rien des réalités de ce monde. Ce n'est pas la première fois que des enfants se battront lors de situations désespérées. Et ce ne sera certainement pas la dernière fois ! Pourquoi avoir quitté ton monde pour le nôtre si celui-ci ne te convient pas ? Il est temps que tu en accepte les règles si ton désir est de vivre parmi nous !

Il se détourna et quitta la venelle, disparaissant parmi les badauds. Legolas lui lança un bref regard, avant de s'éloigner à son tour, le visage lisse et froid.

Elle resta là, complètement abrutie par ce qu'il venait de se passer. Nan… nan… ce n'était pas vrai… Il n'avait pas dit ça hein ? Il… lui avait clairement fait comprendre qu'elle n'avait pas sa place ici.

Elle crispa brusquement les poings, furieuse. Le cri qu'elle poussa, tant de rage que de douleur lorsqu'elle se fracassa plusieurs phalanges sur le mur le plus proche, résonna comme un coup de tonnerre.

¡ Mierda ! ¡ Mierda ! ¡ Mierda ! ¡ Mierda ! ¡ Mierda ! ¡ Mierda !

Elle se retint de donner un autre coup de sa seconde main. Elle sentait déjà la peau déchirée se reformer sur ses doigts meurtris, les os se ressoudant en dessous, elle devait économiser ses forces…

Non… ce n'était pas le moment de péter un câble. Même si une voix mauvaise en elle lui soufflait de foutre un bordel monstre, elle se retint. Se calmer. Elle devait se calmer. Allez. Mettre de côté ce qu'il venait de se passer, ne pas y penser, ne pas y penser, ne pas y penser. C'était qu'un mauvais rêve…

¡ Mierda ! Pourquoi ?!

Pourquoi personne ne comprenait son point de vue putain ? Oui elle ne venait pas du même monde ! Oui chez elle c'était moins des barbares ! Dans son pays, on se révoltait devant les enfants soldats ! Elle en tout cas ne pouvait pas laisser passer ça ! Pourquoi… pourquoi était-elle la seule à voir à quel point c'était faux ? Que ça ne servait à rien, que c'était une mauvaise idée ?

« Nana… j'ai raison pourtant. Je sais que j'ai raison… »

Mais aucune réponse ne vint la conforter dans son idée, et moins encore la réconforter.

Elle se laissa tomber à terre. Il se passait quoi là ? Pourquoi… elle se retrouvait seule d'un coup ? ¡ Joder ! Elle avait sauvé la vie d'Aragorn ! Quand tous les autres l'avaient laissé pour mort, même ses « amis », elle était allée le chercher. Alors pourquoi ? C'était comme ça qu'il lui montrait son amitié ? Sa reconnaissance ?

Pourquoi tout avait basculé d'un coup ?

… parce qu'elle avait été trop loin ? Parce qu'elle l'avait trop ouvert ? Mais comment rester muette et se taire quand on entend des trucs pareils ? Quand de toute façon, quoiqu'elle fasse ou dise, elle était en total décalage avec cet univers qui l'entourait et ses habitants. Pourquoi elle avait quitté son monde ? Pas pour le cadre de vie de la Terre du Milieu en tout cas. Elle l'avait fait pour eux tous. Pour les protéger…

Et maintenant ? Frodon, Sam, Merry et Pippin étaient elle ne savait où. Loin. Gandalf était parti lui aussi. Parti chercher un secours qui arriverait sans doute trop tard et qui n'aurait plus rien à secourir. Boromir…

Et là, Aragorn, Legolas et Gimli, elle venait brusquement de les faire s'éloigner d'elle. Trop loin. Elle avait été beaucoup trop loin. Elle avait été horrible avec le rôdeur, odieuse avec l'Elfe, et elle comprenant que le Nain reste avec eux.

Elle n'aimait pas ce monde. Ni ses règles. C'était eux qu'elle aimait et ne voulait pas quitter. Et elle avait espéré qu'eux aussi. Alors pourquoi voulaient-ils la voir changer ? Elle n'allait pas brusquement oublier sa culture, ses croyances et sa façon d'être. Ce qui faisait qu'elle était elle-même.

Elle resta un long moment là, dans l'ombre, à ruminer et cogiter. Une part d'elle arrivait en partie à comprendre leur réaction. Une autre s'en révoltait et voulait le crier haut et fort, continuer à gueuler pour leur faire savoir qu'ils ne la feraient pas taire et qu'elle n'en avait rien à faire de ce qu'ils pouvaient penser.

Sauf que voilà, maintenant, cela lui importait vraiment. Elle ne voulait pas que les membres de la Communauté… ou même Elden et sa chère grand-mère Nora, pensent du mal d'elle. Jusque-là, seul l'avis d'Éric avait eu un poids réel sur ses actes.

… qu'avait été leur dernière discussion déjà ? Juste avant qu'elle n'atterrisse ici et soit entraînée dans toute cette histoire ?

Il était venu la chercher dans le bureau du proviseur, parce qu'elle s'était battue. Elle s'était battue pour se défendre, et surtout défendre qui elle était. Ne pas se laisser faire. Se laisser marcher dessus. Elle se fichait des conséquences. Elle était prête à y faire face…

C'était ce qu'elle avait dit, mais en réalité, elle n'en avait tout simplement pas pris la mesure. Elle ne comprenait que maintenant qu'elle avait perdu son cher frère. Si Éric s'était vu retiré sa garde… elle l'aurait aussi perdu d'une certaine façon.

Elle avait été jusqu'à jouer les braves parce qu'elle allait bientôt être majeure. Maintenant elle l'était… et n'en était pas plus intelligente pour autant. Ni plus mature.

¡ Hostia ! Mais qu'elle estupida elle faisait ! Si elle s'était attiré des problèmes, ce n'était pas parce qu'elle s'était défendue. C'était à cause de la manière dont elle l'avait fait. Là… c'était pareil. C'était la manière qui avait surtout coincé. Si elle avait présenté les choses autrement, peut-être que…

Elle secoua la tête. C'était trop tard pour se refaire la scène en se disant qu'elle aurait dû ça plutôt d'une manière que d'une autre.

Lentement, elle se releva, et sortit à son tour dans l'artère plus large. Les passants s'étaient faits plus rares, et ceux encore là s'écartèrent aussitôt en la reconnaissant. Ou à cause de son aspect peut-être ? Il fallait dire… le sang dans ses cheveux et ses habits déchirés n'aidaient pas à lui donner l'allure d'une personne de confiance. Mais elle s'en fichait. Ce que ces gens pouvaient penser, elle s'en fichait.

- Madame !

Sans plus se crisper, Luana se retourna. Elle ne réagit pas au surnom, par habitude, mais surtout par le ton que la petite voix bien connue portait. Elle découvrit Freyda se frayant un chemin jusqu'à elle. La petite avait le visage couvert de larmes, qui dessinaient des arabesques dans la crasse qui couvrait ses petites joues. Elle se jeta littéralement dans ses jambes, pleurant à chaudes larmes et s'agrippant à elle comme si elle avait peur qu'une bande d'orcs ne l'enlèvent. Atterrée, la Nauro resta un instant figée, toute colère et pensées l'ayant quittée, avant de se pencher et de détacher la gamine d'elle. Doucement elle la repoussa, la tenant par ses frêles épaules, et s'agenouilla pour se mettre à son niveau. Mais l'enfant continua de pleurer sans pouvoir aligner correctement les mots.

- Freyda. Shhh, calme-toi. Freyda, appela-t-elle doucement. Je ne peux pas comprendre ce que tu dis si tu pleures.

Après quelques hoquets et de gros efforts pour se contenir, elle parvint à étrangler ses pleurs, même si sa voix était encore serrée et emplie de larmes contenues.

- C'est… Éothen va se battre avec les hommes… Je veux pas… je veux pas que les orcs lui fassent du mal !

Luana sentit son cœur se figer et tomber dans sa poitrine comme une pierre. Elle avait songé à tous ces pauvres gosses qui devraient prendre les armes dans cette bataille… et qui allaient périr. Mais elle n'avait pas songé que le frère de Freyda était assez vieux pour ça ! ¡Mierda! Comment pouvait-on laisser des gamins se battre ? Comment pouvait-on les mener sciemment à une mort certaine ?

- La louve blanche… elle veillera sur lui ? Elle va la protéger ? hoqueta Freyda difficilement.

La Nauro resta sans un mot. Que pouvait-elle dire ? Même avec les capacités de Naurofána et sa forme de louve, elle-même était morte de trouille à l'idée d'être enfermée ici à attendre que le piège se referme. Un mauvais coup, mal placé, et même la régénération ne pourrait pas la sauver...

Elle se gifla intérieurement. Si elle succombait à la terreur maintenant alors que l'ennemi n'était même pas en face, qu'elle aille se réfugier dans les grottes avec les femmes et les bébés. Les petits yeux larmoyants qui la fixaient avec insistance étaient emplis d'une telle supplique, d'une telle terreur à l'idée de perdre son frère… elle ne pouvait pas rester insensible.

- Tu sais, cette louve aura beaucoup de choses à faire pendant le combat. Elle ne pourra pas tout voir, tout faire… mais je sais qu'elle fera ce qu'elle pourra pour protéger ton frère.

Le visage tendu de l'enfant s'éclaira d'une lueur d'espoir. Elle ne lui avait pas promis que son frère survivrait à la nuit de cauchemar qui s'annonçait… mais savoir qu'il y avait une chance, même infime suffisait à son imagination infantile et candide. Luana se sentit coupable de lui donner ainsi des espoirs infondés, sachant qu'elle ne pourrait rien faire.

Freyda ouvrit la bouche sur un petit sourire tremblant.

- Freyda ! appela brusquement une voix affolée.

Une grande femme maigre, aux vêtements ternes et sales, à la chevelure défaite et sauvage et au visage tiré, fatigué et crasseux, se jeta sur l'enfant. Lui saisissant le bras, elle la tira en arrière, contre elle, comme si elle voulait la cacher dans ses jupons. Au regard horrifié, haineux et méfiant qu'elle lança à la Nauro, il était aisé de comprendre qu'elle ne voulait pas voir la petite approcher du monstre. Et elle n'hésita pas à le faire savoir tout haut.

- Ne t'approche pas d'elle ! ordonna-t-elle à l'enfant.

Tous les regards se tournèrent vers la scène. Luana immobile, fixait de ses yeux vides d'émotions la femme, retenant l'élan de douleur qui lui fit monter la bile au bord de lèvres. Ces regards. Tous les mêmes. Éternels et immuables. Inchangés quel que soit le lieu, l'époque, les gens et les mentalités. Ils la détestaient, la méprisaient parce qu'elle n'était pas comme eux. Mais au dégoût coutumier se mêlait la crainte et la peur. Ils avaient peur d'elle, parce qu'elle était louve. Elle se fichait de ce qu'ils pensaient de ses actes… mais qu'ils la jugent pour ce qu'elle était, elle ne le supportait pas !

Le loup était la bête noire qui mangeait le blanc agneau. Il mangeait l'agneau, et les villageois le détestaient parce qu'il les empêchait de manger leur bétail en paix. Elle eut envie de leur dire de se regarder. Elle chassait et mangeait de la viande, certes, mais eux aussi. La seule différence était qu'elle la préférait crue et utilisait ses crocs en place et lieux des couteaux et fourchettes. Ils oubliaient juste que c'était cette louve qu'ils craignaient qui avait rejoint les cavaliers du Rohan pour protéger leurs familles, cette même louve qui allait se battre encore pour eux une fois l'ennemi venu. Qui allait protéger autant d'enfants qu'elle le pourrait.

- Mais maman, c'est la dame blanche, protesta Freyda. Elle a dit que la grande louve allait protéger Éothen !

La mère des deux enfants porta un regard nouveau sur la Nauro, toujours habité de crainte et de mépris, mais cette fois teinté d'espoir et d'incrédulité. Plutôt que de devoir proférer de vaines promesses, promesses qui ne mèneraient qu'à la douleur et plus de haine s'il arrivait malheur, la fille-louve fit demi-tour et s'en alla.

- Madame !

Elle fit une pause à l'appel de Freyda, se retourna à peine pour voir l'enfant.

- Va te cacher, gronda-t-elle d'une voix inquiétante, ou les orcs vont te manger.

Si on la prenait pour le grand méchant loup, autant jouer le jeu et entrer dans le rôle. Ça lui éviterait de gâcher son énergie.

Elle s'en fut définitivement, sans plus prêter attention aux cris de la gamine, ni aux regards. Les ignorer, les laisser couler sur elle, c'était la seule chose qu'elle pouvait faire. Elle marcha au hasard des rues, sans trop savoir où ses pas la portaient. Elle ne savait pas où aller. Elle n'était clairement pas la bienvenue dans la réunion stratégique de Théoden, et de toute façon elle ne s'y serait pas rendue. Elle en voulait à Aragorn de ne pas la comprendre. Ou plutôt si, de comprendre mais de ne pas vouloir agir. Gimli et Legolas étaient sans doute là-bas avec lui. Elden aussi. Et elle n'avait envie de voir aucun d'eux pour le moment. Parce qu'elle ne savait plus quoi faire.

Le combat approchait, et leur mort avec. Elle ne supporterait pas qu'il arrive quelque chose à l'un d'eux mais… elle ne pouvait pas les protéger. Ils n'avaient pas besoin d'elle.

Elle secoua la tête. Elle avait d'autres choses à faire. Des enfants à protéger.


Elle avait erré une bonne partie de la matinée dans les rues. Elle ne vit pendant un instant que des soldats en armures, postés sur les murailles, qui étendaient leurs ombres sur le gouffre bien avant que le soleil ne soit couché. Elle s'était trouvé un quignon de pain sec et rassis abandonné sur une table. Même plus assez bon pour qu'on en veuille alors qu'un siège s'annonçait. Mais elle avait faim, après n'avoir rien mangé depuis la veille. Aussi l'avait-elle grignotait en ignorant le gout un peu dérangeant, avant de se caler dans un coin tranquille, sans vent ni passant pour dormir un peu.

Les passants…il n'y en avait plus de toute manière. Toutes les femmes et les plus jeunes enfants, ceux qui avaient la chance de ne pas avoir assez de force pour soulever une épée, avaient été envoyés dans les grottes. Les hommes et les gamins désignés volontaires… elle avait cru comprendre qu'ils étaient partis à l'armurerie.

Les pleurs des femmes et des mères disant adieu à leurs maris et à leurs fils lui étaient parvenu, la tirant de son demi-sommeil. Elle avait hésité à aller elle aussi s'équiper… mais de quoi avait-elle besoin, si ce n'était de ses brassards et de Naurofána ?

La louve lui en voulait encore et se taisait, mais elle l'avait assuré de lui prêter sa force sans aucune limite lors de la bataille. Cela ne l'avait pas rassuré pour autant. Leur union serait instable dans ses conditions.

Après la sieste, elle était allée discrètement ranger sa cape et sa broche en forme de feuille dans les bagages d'Aragorn. Ça pourrait toujours lui servir plus tard s'il survivait.

Depuis, elle était allée à la recherche d'Éothen, qu'elle trouva près d'un brasero, sur le perron du fort, en compagnie d'autres garçons de son âge. Ils portaient tous des casques, des cottes de maille ou des protections de cuir bien trop grandes pour eux. Aucun n'avait d'armure complète. Juste des morceaux récupérés par-ci par-là. A leurs ceintures ou dans leurs mains, des épées, mais aussi des lances trop longues ou des haches trop lourdes. Tous avaient cet air terrorisé du condamné qui sait qu'il ne passera pas la nuit. Ça lui serra le cœur.

Quand elle s'approcha, seul Éothen resta sans bouger, les autres ayant un geste de recul. Elle n'avait rien fait pour le sang qui la couvrait toujours. Elle aurait bientôt droit à une nouvelle douche d'hémoglobine… Mais elle aurait peut-être dû faire plus que de s'attacher les cheveux et arracher définitivement ses manches qui étaient en lambeaux.

- Ma dame… commença-t-il.

- S'il te plait… appelle-moi Luana. Je ne suis pas une dame et je ne suis pas vieille, malgré mes cheveux blancs, dit-elle avec un léger sourire.

Il acquiesça, sans rien dire. Les autres garçons le regardaient avec respect et admiration. Elle leur fit signe de revenir près du feu se réchauffer.

- Approchez, je ne vais pas vous manger.

La plaisanterie était de mauvais, certes, toutefois les gamins revinrent-ils dans la lueur des flammes.

- … ta petite sœur est venue me voir tout à l'heure…

Le garçon leva les yeux vers elle.

- J'espère qu'elle ne vous a pas dérangé, ma d… Luana.

Elle rit doucement, bien qu'elle n'eut pas le cœur à rire.

- Même si elle m'avait dérangé, elle est trop mignonne pour qu'on puisse lui en vouloir… Elle est venue me demander de te protéger…

Une lueur d'espoir apparu dans son regard effrayé, avant qu'il tente de la cacher.

- Vous n'avez pas à faire… cela pour moi… Vous avez…

- je n'ai reçu aucun ordre ni aucune instruction. Je suis libre de faire ce que bon me chante lors de cette bataille, dit-elle avec une assurance qu'elle ne se sentait pas posséder. Ta sœur m'a demandé si la louve blanche serait là pour te protéger. Je n'ai rien promis…car je ne peux pas te garantir que je pourrais te protéger. Mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, pour te garder en vie.

Éothen la regarda avec des yeux écarquillés. Tous les autres garçons quant à eux affichaient un air d'envie désespéré, désirant eux aussi avoir droit à un protecteur. Quelqu'un qui puisse leur donner une chance, même infime, en plus de s'en sortir.

- Vous aussi, leur dit-elle. J'essaierai de vous protéger. Restez avec moi. D'accord ?

Tous hochèrent la tête avec un faible sourire, le cœur et les épaules un peu plus léger. Mais le poids qui venait de leur être enlevé se retrouvait désormais sur la conscience de la Nauro, multiplié par leurs espoirs qu'elle craignait de décevoir. Elle ne pourrait pas tous les sauver. Elle le savait. Etait-elle en train de mentir en leur disant qu'elle serait là pour eux ?

- Dites… commença lentement Éothen, qu'elle encouragea du regard. C'est vrai que dans votre pays, vous avez coupé la tête du roi ?

Aïe… une petite leçon d'histoire s'imposait-elle ? Leur parler des Lumières, de la Révolution, de la démocratie, était terriblement tentant… Ils avaient le droit de savoir après tout ! Ils représentaient l'avenir de leur pays ! Enfin… S'ils survivaient à cette nuit. Mais d'un autre côté… Était-ce judicieux ? Elle avait bien vu que son discours démocrate n'était pas apprécié dans le coin.

Le son d'un cor cristallin retentit dans le lointain, la sauvant de son dilemme. Elle leur demanda de rester là, tandis qu'elle allait voir ce qu'il se passait. A leurs mines effrayées, elle savait qu'elle n'avait pas à se répéter. Mais ce n'était pas un cor d'orc ou d'Uruk qu'ils venaient d'entendre.

Elle se précipita vers les portes et y arriva au moment où on les ouvrait, laissant entrer…

- Haldir !

Elle courut jusqu'au Galadhrim, ne pouvant malgré elle cacher son trouble de le voir là, en ce lieu et en cet instant, suivi… de plus d'une centaine d'elfes magnifiques et impressionnant, avançant en rangs serrés dans une parfaite harmonie, leur longue cape bleu nuit les couvrant, le bois de leurs arc qu'ils tenaient bien droit au bout du bras luisant sous le feu des torches.

Haldir s'arrêta, tandis que ses troupes continuaient à entrer, attendant qu'elle le rejoigne avec un petit sourire en coin. Il parut surpris lorsqu'elle s'arrêta à quelques pas de lui, se retenant de lui sauter au cou.

- Qu'est-ce que… qu'est-ce que vous faites là ?

- C'est pour moi aussi un plaisir de vous revoir, jeune Luana, fit-il de son ton pince-sans-rire.

Avant elle l'aurait mal pris, maintenant, elle savait que c'était pour lui un accueil chaleureux et amical. Enfin… il lui semblait.

Le regard de l'elfe se porta derrière elle, et elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir pourquoi. L'odeur de Théoden se faisait plus forte, et il n'y avait pas que lui qui s'approchait. Luana se retira avec un petit sourire et un signe de tête à l'intention du Galadhrim, avant de se glisser dans un coin un peu en retrait.

Si elle avait été surprise de voir les elfes de la Lorien, que dire de la réaction des Rohirrims ? Tous étaient bouches bée devant le spectacle. Même Théoden lorsqu'il s'avança, sans comprendre ce qu'il voyait, incrédule.

- Comment est-ce possible ? demanda-t-il alors qu'Haldir s'inclinait doucement pour le saluer.

Pauvre Haldir… Il allait croire que les humains étaient vraiment des rustres et des malpolis. Enfin pas forcément, vu que pour l'instant, y avait qu'un seul humain qui avait oublié de le saluer. Elle ne comptait pas, elle était Nauro.

- J'apporte la parole d'Elrond de Fondcombe. Autrefois une alliance existait entre les elfes et les hommes. A cette époque nous avons combattu et périt ensemble.

Des bruits de pas de course l'interrompirent dans son beau discours, mais c'est avec un sourire qu'il l'acheva en voyant apparaître, Aragorn, Gimli et Legolas.

- Nous sommes venus honorés cette allégeance.

- Mae govanen, le salua enfin Aragorn en descendant les marches pour le rejoindre.

Il porta une main à son cœur en se penchant, comme l'exigeait le salut elfique… avant de le prendre en traître et de le prendre dans ses bras dans une accolade fraternelle, qu'Haldir lui rendit avec retenue…

… d'ordinaire, Luana aurait sauté de joie. Normal, y avait de quoi être fier à penser qu'elle avait un peu décoincé Aragorn. Là, vu les circonstances… elle le prenait plutôt mal.

Quelques paroles furent encore échangées, avant que les troupes elfiques ne tournent la tête vers les leaders, avant de faire un quart de tour en concert, faisant claquer leurs arcs contre le sol dans un parfait ensemble.

La suite devait sans doute être très intéressante… mais Luana n'y prêta vraiment plus attention. Car l'éclat de la beauté d'une rose attira immédiatement son regard. Deux yeux d'un bleu luminescent la fixaient avec intensité. Des lèvres d'un rouge de pétale de rose lui sourirent, tandis que la belle Elfe de Lorien penchait la tête lentement. Luana l'imita, exhalant un soupir tremblant d'entre ses lèvres entrouvertes. Un poids immense venait de lui être enlevé du cœur. Un nouveau souffle d'espoir et de confiance lui gonfla la poitrine.

- Que les plus jeunes aillent dans les mines pour en protéger l'entrée ! s'écria soudain Théoden.

Luana se tourna vivement vers lui, bien qu'elle lui soit invisible de là où elle se tenait. C'était… c'était vrai ? Il allait vraiment le faire ?

Elle jeta un regard circulaire, et vie Éothen, l'un des plus jeunes garçons enrôlés de force, se diriger avec plusieurs autres vers les mines. Un nouveau poids lui fut ôté. Décidément, la bataille lui paraissait un peu moins effrayante désormais.

Tandis que les hommes et les elfes allaient se placer sur les remparts, la Nauro attendit un instant, avant d'être rejointe par la belle Lindoïlin.

- Je suis heureuse de vous revoir, jeune Luana, la salua-t-elle avec chaleur.

- Moi aussi, ça me fait plaisir.

Et c'était sincère. Elle lui apportait tant d'espoirs… mais Legolas allait sans doute être mort d'inquiétude pour elle. Mais ce n'était pas à la Nauro de dire quelque chose là-dessus. Elle comprenait que la Galadhrim veuille pouvoir combattre à ses côtés…

- Merci à vous d'être venue… et pour tout ce que vous avez fait.

- Ne me remerciez pas. Pas avant la fin.

Elles échangèrent un regard, avant de toutes deux se diriger vers les marches qui menaient au chemin de ronde, avançant côte à côte. Elles prirent place ensemble. Luana regrettai de ne pas avoir d'arc, mais elle n'avait jamais appris à s'en servir, aussi mieux valait-il qu'elle n'y touche pas. La corde céderait entre ses mains ou elle serait capable de blesser un allié avec…

Luana sourit en regardant Lindoïlin et les autres elfes, fièrement dressés sur les remparts, prêts à accueillir les Uruk-Hai de leurs flèches et de leurs dagues.

Elle avait longtemps eu une rancœur inutile et puérile envers la belle elfe. Une part d'elle s'y accrochait, mais elle avait compris que ce n'était que de la stupidité de sa part. Et sans doute un peu d'envie aussi…

Derrière elle, elle avisa l'un des garçons qu'elle avait vu avec Éothen près du brasero.

- Qu'est-ce que tu fais encore là ? demanda-t-elle, surprise. Je croyais que vous deviez aller dans les mines…

Le gamin, qui ne devait pas avoir plus de treize ans, eu un petit sourire contrit et tremblant. Il lança un coup d'œil sur le côté à un homme qui le couvait du regard.

- Je veux me battre aux côtés de mon père.

Pour la plus grande fierté et le plus grand malheur du père, visiblement. La Nauro en eut le cœur serré, mais ne dit rien. Si tel était son choix… elle ne pouvait aller contre sa volonté désormais.

Elle soupira et regarda devant elle. Vers le futur champ de bataille. Le grondement de milliers de pas résonnait depuis longtemps à ses oreilles. Elle sut que les hommes aussi les entendaient enfin, la tension montant d'un cran.

Le ciel était noir, couvert d'épais nuage qui sentaient la pluie. La lune ne perçait pas et la lueur des flambeaux ne menaient pas large. Toutefois… elle les voyait. Cet immense amas de corps qui s'avançaient vers eux. Comme s'avançait la marée montante vers le château de sable…

Même sans sa vue de vie, elle n'aurait pu le manquer, ce long serpent de feu qui s'avançait dans la vallée…

L'angoisse la saisit. Mais ce fut un mouvement sur sa gauche qui lui bloqua brusquement le souffle dans la poitrine. Elle avait été stupide… elle aurait dû savoir que Legolas viendrait se placer aux côtés de Lindoïlin pour ce combat. Et bien sûr, voilà le prince de Mirkwood, accompagné du fier fils de Gloïn. Mais… une minute, s'il venait pour la belle Galadhrim, pourquoi se mettait-il à côté d'elle ?!

Elle lui jeta un bref regard en coin, n'osant voir ses yeux. Ce qu'elle perçut, ce fut un léger sourire sur ses lèvres.

- Té… vous auriez pu choisir un meilleur endroit… bougonna Gimli.

Luana se pencha en avant pour le voir… mais ne vit que le haut de son casque qui dépassait difficilement le créneau. Elle eut soudain envie de rire. Sans savoir pourquoi. Elle ne devait pas rire. Pas alors qu'ils allaient se battre dans un combat désespéré… et pas alors qu'ils devraient être en train de lui faire la tronche…

Aragorn arriva et vint se placer derrière eux. Luana se tendit un peu plus. Elle savait que tout n'était pas effacé. Elle le sentait. Alors qu'est-ce qu'ils faisaient là tous les trois ?

D'ailleurs… où était Elden ?

- Mon ami… commença le Nain avec un regard par-dessus son épaule pour le rôdeur. Quel que soit votre chance, pourvu qu'elle passe la nuit…

Comme pour le contredire, le tonnerre gronda brusquement, et un éclair déchira le ciel. Bien qu'il aveugla la Nauro, elle put apercevoir une fraction de seconde l'armée d'Uruk-Hai dans son intégralité… et perdit un peu plus de l'assurance que l'arrivée de Lindoïlin lui avait insufflé.

- Vos amis sont avec vous Aragorn, déclara Legolas de but en blanc, avec un regard vers Luana.

Bizarrement… c'était ce qu'elle avait besoin d'entendre, et de sentir à cet instant elle se sentit un peu mieux.

- Pourvu qu'ils passent la nuit…

… merci Gimli…

Aragorn leur sourit rapidement à tous les trois, avant de s'éloigner.

Un nouvel éclair déchira le ciel, et le chant caractéristique de la pluie s'éleva. Tintant sur les armures, trempant tout en un instant.

- Oh génial, bougonna la Nauro pour faire bonne figure. Qu'on ne vienne pas se plaindre si ça sent le chien mouillé après.

Le tonnerre couvrit ses mots. La pluie continuait de tomber, les éclairs de trancher le ciel nocturne, et les Uruk-Hai d'avancer… Luana vit un Uruk, sans doute le leader, se placer sur un promontoire rocheux qui perçait la vallée en son centre, scindant la marée approchante. Elle l'entendit mugir, exhortant ses troupes.

Aragorn en fit autant. Luana ne comprit rien à son discours en elfique. Mais il y mettait de la force et de la conviction… elle regrettait un peu maintenant de ne pas avoir tenté de faire la paix avant que ça ne commence.

L'armée de l'Isengard s'arrêta. Luana pouvait désormais voir sur leurs heaumes ou leurs armures, la main blanche tant détestée. Alors que les grondements et les vagissements qui s'élevaient de la masse d'Uruk-Hai sapaient le moral des soldats, la rage qui monta brusquement en elle chassa un peu plus ses peurs. Elle avait juré de faire chuter Saroumane. Et ça commençait par ses armées. Même si elle devait y rester ce soir, elle ferait en sorte que ces saletés se souviennent d'elle, et pour longtemps !

- Qu'est-ce qu'il se passe là-bas ! grommela Gimli en tressautant pour essayer de voir quelque chose au-dessus du créneau.

Luana lui lança un regard un peu amusé, tandis que Legolas ne lâchait pas l'horizon des yeux. Pourtant… c'était bien un air amusé -et même… taquin ?!- qu'elle lisait sur son beau visage ?

- Dois-je tout vous décrire ? commença-t-il, l'amusement clairement décelable dans sa voix.

Le Nain et la Nauro dévisagèrent l'elfe, qui baissa le regard vers Gimli.

- Ou vous trouver un marchepied ?

Les deux comparses furent choqués, tandis que Lindoïlin, n'ayant rien manqué, souriait avec une tendresse égayée.

Le fier fils de Gloïn se mit à rire, et Luana ne put faire autrement que de le suivre. Après ce miracle, elle pouvait mourir sans trop de regrets !


Here we are ! Prochain chapitre, on est en plein dans la bataille ! (je sais depuis le temps que je vous la promet ! x) )

Mais y avait vraiment besoin d'un bon recadrage là, on est d'accord ? XP

Qui va mourir pendant cette bataille, hum ? X3

Je réponds à tous le plus rapidement possible ;)

Réponses aux reviews guest !

Ameia et ange : Wow… on peut dire que vous avez pas chômé les filles x) Ca me fait plaisir que vous aimiez autant la fic et je suis désolée pour l'attente interminable mais…pitié, ralentissez un peu ! XD

Ameia : hélas les cœurs ne fonctionne pas sur , étant donné que le symbole juste avant le 3 sert sur le site de balises de code pour la mise en page x)

Angie : … tu en as ramené combien ? Ils sont tous comme toi ? XD Non on avait dit qu'on jetait pas d'objet, c'est pas courtois x) Celui-là aussi est un peu plus long ;) Il était pas prévu ce moment, c'est ces deux têtes de mules qui m'ont dit « fous nous la paix » et qui sont partis ensemble ! XD
Si vous vous calmez je ne vous enverrai pas une troupe de Gauror pour vous tuer la nuit x)

TTFriend : désolée, je crois que j'ai déçu tes espérances x)

Waina : Laisse-moi deviner… le petit moment entre Luana et Legolas qui te fait cet effet ? ^^ Elle n'a pas vraiment de style, c'est ça qui fait son charme et sa sauvagerie dans le geste X3 Il t'énerve ? Nooooon, y a aucune raison pourtant XP Harcèle pas trop quand même x)

Aeriell Ciriel : allons doit bien y avoir eu des points négatifs non ? XD TU n'en veux pas à Elden de la « piquer » à Leggy ? :3
Ben aussi il aide pas à se rapprocher hein le petit prince des bois x) Heu… tu voudrais qui le plus ? Parce que tu risques d'être déçue de son choix si tu veux récupérer les restes XP Mais non elle ne s'éclate pas à avoir deux mecs à ses pieds, elle en a même pas conscience ;P
… Arrête je vais rougir *.*

My dear English friend : sometime, you have to learn patience x) I understand it could be hard for all of you to wait. But it happens things don't go like we should like they go ;)
Don't worry I'm alright. Just inspiration which desert me and leave me alone x( But it comeback ! ^^ But really thank you for your support and to make me laugh with your reviews, there great =P And it's so funny to see that your name changes each time and is a part of your review ^^ Sorry for the late ;) (and your song is really great ! ;P )

Zaza : mais faut pas faire de la boulimie comme ça ! XD Et tes heures de sommeil alors ? Je suis contente de voir que ça te plaise autant ^^ Oui oui de longs chapitres sont prévus, mais ils vont mettre un peu de temps à arriver x( Merci pour ta review =)

Cher Guest : j'aurais préféré pouvoir te nommer plutôt que d'utiliser le mot « guest » qui ne désigne personne en vérité et ne te donne aucune personnalité mais bon, soit. C'est fort aimable de ta part de vouloir donner ce genre d'espoirs faux à mes lecteurs, mais ne t'en fait. Je compte bien finir Naurofána, tu n'as pas besoin de te salir les mains.

Tsuki : cette fois ci promis ce n'est pas un faux espoir ;) beaucoup s'arrêtent c'est vrai, mais pas Naurofána ;)

Clo : merci beaucoup pour ta review et tes encouragements =D Bonne lecture ;)

Erwynia : combien de fois devrais-je le répéter ? Je n'abandonnerai PAS Naurofána (n'en déplaise à certains guest) Pas plus de Leggy-Luana dans le bon sens dans ce chapitre, hélas x)

Guest : Je culpabilise toujours un peu quand vous me dites tous ça, j'ai peur d'imaginer les nuits passée à lire au lieu de dormir ou les devoirs pas faits x) Merci en tout cas =) Haaaaa… tu verras XP

Ethan : Merci =) La bataille en soi arrive juste après, j'espère que tu aimeras ^^

Hey : Je ne sais pas si je devrais avoir le double ou non. Moi ce qui m'importe, c'est de pouvoir échanger avec vous à travers les reviews. Mais je ne vais pas non plus mentir en disant que je ne suis pas heureuse de voir cette barre symbolique dépassée ^^

Laura : merci =) J'essaie de faire traîner un peu les choses, malgré celles et ceux qui voudraient les voir enfin conclure (faut prendre son temps pour savourer, et vous n'en apprécierez que mieux le premier baiser =P ) Merci de ta confiance, j'espère ne pas te décevoir =) Hum… on va voir XP

Aajaniean : la voilà servie ;) Merci pour ta review =)

Comebackgirl : en deux jours ? Mais vous vivez au moins pendant ce temps ? Vous me faites peur chaque fois que l'un d'entre vous me dit ça ! XD

Come on : tout le monde n'est pas en vacances en été. Je bosse tous les étés en tant que femme de chambre dans un hôtel x) Et ce n'est pas seulement question de temps, mais d'inspiration ;)

Guest : Non non non et non, je n'abandonnerai jamais Naurofána, ne t'en fait pas, même si je tarde ;)