Salut à tous !
Suite à plusieurs messages et/ou reviews dans lesquels je ne compte pas les trolls et les haters, je tiens à rappeler une chose.
Je suis certes pour la liberté d'expression et un langage dirons-nous fleuri et sans retenue lexicale, ce n'est pas pour autant que je tolère les insultes en tout genre, gratuites et non-assumées que certains lecteurs se permettent envers mes personnages et qui loin de m'amuser,
me font m'interroger sur l'intérêt que portent ces personnes à Naurofána.
Mes personnages sont loin d'être parfaits, c'est vrai. Ils ne méritent pourtant pas qu'on les traite de "bitch" ou de "connard".
Si l'histoire ne vous plaît pas, vous êtes libres de l'abandonner derrière vous et d'aller lire ailleurs.
Si vous l'aimez mais que des éléments vous déplaisent, merci d'utiliser des termes corrects et surtout de justifier vos opinions.
Les "c'est pour rire" ou "non mais c'est pas dans ce sens là qu'il faut le prendre" ne changent en rien la nature de l'insulte ni ne l'excusent.
Bien au contraire.
C'est avec plaisir que je réponds à vos reviews et vos messages mais ceux qui se permettent de tels propos seront dorénavant ignorés, voire bloqués.
Merci à vous tous pour votre compréhension.
Maintenant, sur une note plus joyeuse, vous avez jusqu'au chapitre 53 pour poser vos questions pour la FAQ !
Après cela, il sera trop tard, la FAQ sera en cours d'écriture ^^
Si le rythme de publication se maintient, il ne vous reste plus beaucoup de temps !
Alors allez-y, envoyez vos questions !
Chapitre 51 : Je suis un vrai petit garçon !
Le ciel noir s'obscurcissait, privant les pensées de Luana du peu de lumière qui les éclairait encore. Elle n'aurait su dire depuis combien de temps ils chevauchaient à un rythme lent, presque paresseux. Elle était trop occupée à ruminer encore et toujours les mêmes idées noires. L'indulgence insensée dont tous avaient fait preuve envers Saroumane la rendait malade.
¡ Mierda ! Ce scélérat, cette vermine s'en sortait vivant ! Et Grima avec ! Par quelle intervention divine cette langue de serpent avait pu échapper à deux reprises à la mort qu'il méritait lui aussi ?
« Luana, ton amertume te monte à la tête et touche des gens que tu ne jugeais pas coupable il y a peu. »
« J'ai toujours jugé Grima coupable de ce qu'il a fait à Théoden ! Mais jusqu'à tout à l'heure je ne savais pas qu'il était allé se planquer chez ce gilipollas de Saroumane ! »
Un soupir grondant et lassé lui répondit.
« Et je sais qu'on en a pas fini avec eux. »
« Qu'est-ce qui te fais dire ça ? »
« Sans doute ma question à laquelle tu n'as pas trouvé de réponse à m'apporter ? »
Comme pour beaucoup d'autres d'ailleurs.
« Ce n'est pas parce qu'il ne t'a pas accordé la moindre attention qu'il y a anguille sous roche Luana. Et je t'ai déjà dit qu'en tant que seule représentante des Nauror, nous sommes un mystère pour lui. Sans doute voulait-il nous étudier ? »
« Nana, ça ne te paraît pas un peu simple ? Et comment il aurait su pour nous ? On dirait un scénario de nanar mal ficelé. En plus, je vois mal ce cabrón jouer au professeur Frankenstein juste pour le fun… Il a un truc derrière la tête et je veux savoir quoi ! »
« Si tel est le cas, peut-être le croiserons-nous de nouveau sur notre route. Mais nous avons des choses plus urgentes qui nous attendent. Saroumane est et restera le cadet de mes soucis tant que Sauron sera encore en activité. »
« Les tuer aujourd'hui nous aurait fait gagner du temps si c'est pour le faire plus tard… »
Il y eut un silence après sa pensée morbide et assassine. Ils n'étaient peut-être pas encore trop loin… peut-être pouvait-elle y retourner rapidement sous forme de louve et s'en charger avant de les rejoindre.
« Oublie tout de suite cette idée ridicule. De un, nous ne savons pas à quel point ta blessure au bras affectera nos déplacements sous forme animale. De deux, comment comptes-tu l'atteindre ? Les portes de la tour d'Orthanc ne s'ouvriront que sous ses ordres et tu ne pourras jamais escalader les murs jusqu'au balcon. »
… elle entraînait Legolas avec elle ? L'idée qu'il lui grimpe sur le dos ne lui plaisait pas du tout. Non ce n'était vraiment pas une bonne idée… Mais à côté elle savait qu'il ne louperait pas Saroumane si une occasion se présentait. Et il avait montré qu'il était prêt à descendre ce magicien de malheur sans aucune hésitation.
« Quand bien même… pour quelqu'un qui est persuadé que Saroumane la veut vivante, je te trouve bien idiote d'aller à sa rencontre seule. Si tel est vraiment sa volonté, tu lui servirais ce qu'il convoite sur un plateau d'argent. »
« Je ne serais pas seule. Il y aurait Legolas et tous les Ents ! »
Un grondement agacé lui emplit la tête, la faisant grimacer, avant que Naurofána ne s'apaise dans un soupir las.
« Luana, te souviens-tu de notre première rencontre avec Gollum ? »
Gollum ? Qu'est-ce qu'il venait faire là ?
« … non plus trop » avoua-t-elle après un instant de réflexion.
Elle se souvenait vaguement qu'ils l'avaient vu pour la première fois dans les mines de la Moria. Mais l'eau avait coulé sous les ponts depuis et elle n'avait plus trop pensé à lui. Elle n'avait même pas cherché à savoir ce qu'il était devenu, ne l'ayant plus sentit depuis belle lurette.
« C'était bien dans les mines oui. Gandalf avait décrété une pause et tu as remarqué un mouvement dans les ombres, avant que Legolas n'arrive et te parle de Gollum. »
Ah oui… elle s'en souvenait un peu plus maintenant. Deux yeux luisant comme deux lunes éteintes dans le noir. Une conversation entre Legolas et Aragorn dont elle n'avait enregistré aucun détail. Même que le prince de Mirkwood avait dit qu'il… veillerait sur son sommeil.
¡ Joder ! Pourquoi se rappelait-elle de ça et pas du reste concernant Gollum ?! Un rire grondant et ironique résonna en son esprit, lui apportant un semblant de réponse. Si elle en pinçait déjà pour lui au col de Caradhras, ça pouvait s'expliquer.
« Oui et ? » demanda la Nauro, irritée. Repenser à ses sentiments n'était vraiment pas pour l'aider à éclaircir ses humeurs, presqu'aussi orageuses que les nuages qui s'amoncelaient au-dessus de leurs têtes.
« Pendant que tu attendais que Frodon vienne se coucher, tu as entendu sa conversation avec Gandalf concernant Gollum mais tu n'y as pas prêté attention. Moi si. »
« Quel est le rapport avec le fait que je veuille tuer Saroumane ? »
« Frodon regrettait que Bilbo n'ait pas tué Gollum lorsqu'il en a eu l'occasion, des années plus tôt. »
Papy Bilbo avait rencontré Gollum ? Elle ne se souvenait pas de cette partie de ses récits. L'avait-il seulement évoquée ? Toutefois, elle commençait à comprendre où Naurofána voulait en venir avec cette histoire. Même si elle ne voyait pas comment on pouvait comparer Saroumane à Gollum.
« Je me souviens des paroles de Gandalf : 'c'est la pitié qui a retenu la main de Bilbo. Nombreux sont les vivants qui mériteraient la mort. Et les morts, qui mériteraient la vie'. Puis il a demandé à Frodon s'il avait le pouvoir de rendre la vie aux morts. »
« Tout ça pour dire ? »
Cette conversation commençait à l'énerver. Elle était fatiguée, elle était contrariée et n'avait pas envie qu'on prenne la défense de Saroumane devant elle ! Pourquoi Nana ne pouvait-elle comprendre cela ? Et pourquoi ne pas utiliser ses propres mots plutôt que de citer Gandalf ?
« Si tu ne peux réparer tes erreurs, évite de les commettre. »
« C'est ça, la justification de Gandalf ? »
« Non pas tout à fait. Son phrasé était bien plus implicite et mieux tourné que le mien » ironisa la louve. « Gandalf a terminé son discours avec cette idée : personne ne peut savoir avec certitude de quoi sera fait demain. Il est toutefois persuadé que chaque action aura un impact sur le futur et que Gollum aura un rôle à jouer avant la fin. En bien ou en mal. »
Ok ! Elle avait parfaitement saisi ce que voulait dire Naurofána ! Mais elle n'était pas sûre que l'idée finale lui plaise ou la convainque de ne pas faire marche arrière et finir le sale boulot.
« En gros, si Gandalf a laissé la vie sauve à Saroumane, c'est pour le laisser avoir un rôle dans les événements à venir ? »
« Dans l'ensemble oui, même si tu ne sais toujours pas lire entre les lignes. »
« … et c'est sensé me soulager ? Nana ! Saroumane va forcément avoir un mauvais rôle et nous mettre des bâtons dans les roues s'il sort d'Orthanc ! »
« Même en voulant faire le mal, il peut faire le bien. Si Éric n'était pas mort, dans quel état serais-tu aujourd'hui ? »
Luana se mordit les lèvres, tant pour étouffer un cri que ses larmes. Non. Elle ne pouvait pas lui faire ça ! Elle ne pouvait pas lui faire croire que la mort de son frère avait eu un impact positif pour elle !
« Pourtant, depuis sa mort tu as été libérée d'un poids. Tu as pu abandonner ton monde la conscience tranquille. Te lancer à corps perdu dans cette quête. Te reconstruire. S'il était resté derrière, jamais tu n'aurais pu envisager de faire ta vie ici. Tu ne te serais même pas avoué à toi-même tes sentiments pour Legolas. »
« Nana… s'il te plaît… »
Un léger grondement sourd fit trembler l'air qui se chargea d'humidité. La pluie tomba en fines gouttes éparses. Pas assez pour les noyer, mais suffisamment pour les tremper sur le long terme. Et surtout, pour cacher ses larmes.
Le pire était que Naurofána avait raison. Luana le savait très bien, elle en avait conscience depuis le début. Si Éric avait survécu, qu'il ait vécu avec elle dans ce monde, elle se serait sentie responsable de lui. Comme lui l'avait été pour elle tant d'années. Parce que désormais, elle était la plus à même de les protéger tous deux. Et pour cette même raison, elle n'aurait pu partir de Caras Galadhon en l'abandonnant derrière. Ni le laisser les accompagner.
C'était horrible à dire, mais sa mort l'avait libérée d'un poids qu'elle ignorait porter jusqu'à cet instant tragique. Et Naurofána venait d'ouvrir des vannes contre lesquelles Luana luttait pour les garder closes.
Rabattant la capuche de sa cape sur son visage, elle fit de son mieux pour étouffer ses sanglots. La pluie s'occupait du reste. De ses larmes comme de ses tremblements.
Le voyage vers l'Isengard avait rajouté une journée supplémentaire pour le trajet de retour. Les hommes étant usés par la bataille et la route, Théoden n'avait en plus pas fait forcer l'allure. Ils n'en avaient plus la force. De toute façon, des éclaireurs venus à leur rencontre depuis le convoi principal, leur avaient annoncé que tout se déroulait pour le mieux et qu'aucun Orque n'avait plus été vu à proximité.
Ils en étaient à leur troisième jour de voyage et avaient abandonné derrière eux la forêt. Ils devaient arriver le lendemain dans la matinée. Trois jours durant lesquels tous parlèrent peu. Ils étaient tous fatigués, pensifs, anxieux pour certains. Luana quant à elle avait été sombre et déprimée. Les mots de Naurofána, criant de vérité, lui avaient fait mal.
Elle ne pouvait nier que la mort d'Éric lui permettait de vivre pleinement désormais. Et elle se sentait terriblement coupable. Elle n'en avait rien dit à personne, laissant croire à tous que c'était l'idée de laisser Saroumane en vie qui la mettait d'une humeur aussi massacrante.
Elden avait deviné pour ses pleurs mais n'avait rien dit. Il s'était contenté de la serrer doucement dans ses bras la nuit, lorsque personne ne faisait attention et qu'ils étaient tous deux étendus, l'un contre l'autre.
Aragorn avait tenté de l'interroger mais elle lui avait fait comprendre qu'il ne saurait rien, lui assurant que ce n'était pas grand-chose. Juste la fatigue, un peu de colère et de dépit. Ça lui passerait.
Gandalf avait bien d'autres choses à penser et ce n'était pas plus mal.
Legolas… était resté lui-même. Quoique plus renfermé sur lui-même qu'avant la bataille. Nul ne pouvait lui en vouloir. Même si Luana craignait de plus en plus que la mélancolie ne le gagne et l'emporte. Elle devrait en parler à Aragorn.
Gimli et les Hobbits s'étaient mis en tête de lui remonter le moral avec leur bonhomie habituelle. Ils avaient réussi à lui arracher quelques sourires et même à lui changer un peu les idées, allégeant son fardeau et la déridant. Elle leur en était reconnaissante.
Naurofána l'avait laissée cogiter en paix, sachant pertinemment l'effet qu'avaient eu ses mots.
Lorsque le soir vint, la halte fut déclarée plus tôt que d'ordinaire afin de repartir à l'aube le lendemain. Luana démonta avec soulagement, aidée d'Elden. Elle n'arriverait jamais à s'habituer à l'équitation. Elle avait mal aux fesses à chaque fois et l'intérieur des cuisses irrité.
Elle partit aussitôt chercher des brindilles et un peu de bois mort pour le feu, ayant besoin de s'éloigner et de se retrouver seule. Aragorn refusait qu'elle parte en excursion pendant les haltes, comme elle avait pu le faire à Caras Galadhon. Elle restait à portée d'oreille et de vue, mais c'était suffisant pour elle écouter tranquillement le vent et la nature.
Ils dînèrent de pain, de porc salé et de pommes. Il ne restait plus grand choses des victuailles prises dans le garde-manger de Saroumane. Comme tous les soirs, Luana prit le premier tour de garde avec Elden. Legolas, qui dormait moins encore qu'à l'accoutumée, prendrait ensuite la relève, les hommes se relayant à ses côtés tour à tour.
Comme chaque soir, Elden parla à Luana à voix basse. De tout et de rien. Elle l'écoutait en silence, heureuse de ne pas avoir à parler. Elle se sentait un peu mieux. Les nuages avaient été chassés par le vent, la lune était de nouveau visible et la caressait de ses rayons en un geste rassurant, apaisant.
Elle était parvenue à se convaincre qu'Éric n'aurait jamais voulu la retenir, que s'il était encore en vie, ce serait lui en cet instant qui se sentirait coupable de l'empêcher de vivre. Cette conviction était fragile, instable, mais c'était la seule chose qui parvenait à la soulager. Malheureusement, elle savait que ça ne tiendrait pas. Déjà la culpabilité de préférer une belle illusion à la triste vérité menaçait de tout remettre en cause. C'était un cercle vicieux et elle ne voyait pas encore comment en sortir.
Lorsque Legolas se leva, Elden se tut et se coucha, imité par Luana. Le froid était revenu en force depuis qu'ils avaient quitté le couvert des arbres et les hommes étaient obligés de se serrer les uns contre les autres pour se tenir chaud. Personne ne leur avait plus fait la moindre réflexion sur leur proximité. Avec un dernier sourire pour le Rohirrim, Luana ferma les yeux, espérant que le sommeil viendrait vite la cueillir.
Lorsqu'elle les rouvrit, il faisait jour. Le soleil s'était levé dans le ciel bleu, éclatant et chaud. Elle entendait des oiseaux chanter quelque part, elle ne savait trop où. Pas loin, une famille de lapins sortait de son terrier. Elle voyait leurs petites queues blanches et touffues parmi les touffes d'herbes vertes. Un parfum de printemps et de fleurs lui caressait les narines.
Des fleurs, il y en avait partout autour d'elle. Elles chantaient gaiement. Tiens, cet air, elle le connaissait. Les pâquerettes, les boutons d'or, les jonquilles et les pensées formaient un chœur à la voix unie et pure, guidé par une rose chef d'orchestre.
Mais, qu'elle était bête. Le titre de la chanson était Un matin de mai fleuri. Comment avait-elle pu oublier ?
Elle se sentit soudain soulevée dans les airs et baissa les yeux.
- Salut Nana. Comment va ?
- Bien. Dis-moi, et si nous allions chasser ? Je meurs de faim !
- Ça me va ! Y a quoi au menu ?
- Du sanglier.
- Parfait !
Luana sourit en secouant la tête, faisant tinter ses lourdes boucles d'oreille d'os, avant de porter la main à son masque de bois, qu'elle rabattit sur son visage. Elle replaça correctement la longue peau de loup, à la fourrure blanche immaculée, qui lui couvrait les cheveux et les épaules. Sa tunique sans manche était un peu usée, il faudrait qu'elle en change. Par contre elle n'était pas très à l'aise avec cette longue jupe bleue. Bizarre…
Elles partirent toutes deux au grand galop, dérangeant les fleurs dans leur concert et récupérant des exclamations outrées.
- Désolée !
Mais elles étaient déjà trop loin pour être encore entendues. La preuve, elles étaient déjà à la lisière de la forêt de champignons ! Elles croisèrent deux petits bonhommes, aux cheveux bouclés d'un brun brillant, coiffés d'un petit chapeau à drapeau. Ils étaient tous deux vêtus de la même façon et si ce n'était un visage différent bien que fort semblable, elle aurait eu du mal à les différencier.
Les voyant approcher, ils leur firent de grands gestes de la main tout en se dandinant, accolés l'un à l'autre. Ils étaient drôles : quand l'un s'abaissait, pliant les genoux, l'autre se dressait sur la pointe des pieds, et ainsi de suite, comme si quelqu'un leur frappait la tête à grands coups de maillet tour à tour.
Dommage qu'elles ne puissent s'arrêter. Luana aimait bien écouter les histoires de Tweedle Brandebouc et Tweedle Touque…
Mais elles n'avaient pas le temps, elles devaient faire quelque chose de très urgent.
Courant toujours, la louve les mena jusqu'au plus profond de la forêt. Les champignons avaient remplacés les arbres. Les feuillages étaient devenus plus denses, donnant au sous-bois une allure inquiétante. Mais il n'y avait pas de raison de s'inquiéter. Luana savait où elles étaient. Elle était souvent venue ici rendre visite à un bon ami. Peut-être auraient-elles un peu de temps pour s'arrêter et aller le saluer ?
Tiens ! Voilà sa masure justement !
- Dis, on peut aller voir comment il va ?
- Pourquoi donc ? Nous n'avons pas le temps.
- Mais je ne l'ai pas vu depuis longtemps !
Naurofána soupira mais accepta de bonne grâce. Elle recevait une bonne cuisse de Warg chaque fois qu'elles venaient le voir. Ralentissant l'allure, elle s'approcha de la petite maison. Mais elles n'allèrent pas loin. Depuis la fenêtre, elles pouvaient voir un capharnaüm pas possible voler dans tous les sens ! Et au milieu, un vieux monsieur, avec une longue barbe blanche, des cheveux tout aussi blancs et tout aussi longs. De sa longue robe bleue trop large, ses chevilles maigres dépassaient, terminées de chaussures azures pointues. Aussi pointues que son grand chapeau bleu ! Mais où étaient passées ses lunettes ? Et pourquoi son bâton était devenu si petit ?
Il dansait sur un petit tabouret, agitant sa baguette en tous les sens.
- Higitus Figitus Migitus mum ! Prestidigitori-um !
Ce nouveau chef d'orchestre faisait voltiger partout autour de lui ses meubles, ses livres, sa vaisselle, qui rétrécissaient pour rentrer dans son sac de voyage.
- Tiens… Gandalf l'enchanteur fait ses bagages… Où est-ce qu'il part ?
- J'ai cru comprendre qu'il devait rendre visite au Génie à Agrabah, répondit Naurofána d'un ton blasé.
- Ok… Et il revient quand ?
- Mais que dis-tu Luana ? Il vient tout juste de revenir.
Ah oui… Il était en train de défaire ses valises…
- Et c'est qui le petit garçon maigrichon ?
Perdu au milieu des objets volants non-identifiés, un garçon tout maigre, aux cheveux noirs, ne savait plus où se mettre.
- C'est Aragorn. Gandalf l'enchanteur veut en faire le nouveau roi d'Angleterre.
- Il est au courant qu'il doit récupérer Excalibur pour ça ?
- Il l'apprendra bien assez tôt.
Mais déjà elles étaient reparties et la masure avait disparu. Nana courait. Courait et courrait encore. Luana avait trop chaud et voulu retirer son masque. Mais non, elle était bête… elle n'avait pas de masque. Ç'aurait été bizarre avec son armure et son casque. Elle espérait que son papa ne lui en voudrait pas trop de les lui avoir piqués pour aller faire la guerre à sa place…
Elles arrivèrent près d'une petite rivière, dans une clairière. Elles auraient continué leur chemin si quelqu'un n'avait sifflé. Elles tournèrent la tête en tous sens avant de découvrir un Nain fort élégant. Il était très chic, avec sa longue barbe rousse soyeuse, son haut-de-forme, sa jaquette noire en queue de pie, ses guêtres par-dessus ses chaussures et son petit parapluie. Un vrai gentleman !
- Bien le bonjour, gentes dames. Je me nomme Gimli Cricket. Pardonnez mon impolitesse, j'apprends à ce jeune polisson à siffler.
D'un bond, le Nain se retrouva perché sur la branche d'un arbre planté au milieu de la clairière. Mais l'arbre bougea, avant de se tourner vers les demoiselles, leur présentant un visage barbu et souriant, ses grands yeux posés sur elles.
- Eh bien mon petit Sylvebarbe. Que doit-on dire lorsque l'on rencontre deux jeunes femmes ? lui demanda Gimli Cricket, perché sur son épaule.
D'un air timide, l'arbre se pencha pour les saluer.
- Bonjour ! lui dit Luana, émerveillée. Dis… tu es un Ent ?
- Hum non ! Je suis un vrai petit garçon !
Aussitôt son nez de bois s'allongea !
- Sylvebarbe ! Il ne faut pas mentir ! Ou la fée blanche de Lorien ne fera pas de toi un vrai petit garçon !
Naurofána et Luana regardaient le faux-vrai petit garçon discuter avec sa bonne conscience. La louve était assise, Luana debout à côté d'elle.
Tiens ? Qui riait ? Elle entendait quelqu'un rire au loin. Elle-même avait une folle envie de rire. De rire, de rire, et de rire encore ! Elle ne voyait pas ce qui était drôle pourtant…
- Luana.
Parmi les éclats de rire, quelqu'un l'appelait. Ce n'était pas Nana. Mais elle avait beau regarder autour d'elle, elle ne voyait que Gimli Cricket et Sylvebarbe. Et plus elle les regardait, plus son envie de rigoler enflait. Pourtant, ils n'étaient pas drôles !
- Luana !
Les éclats de rires éclatèrent violemment autour d'elle et elle se surprit à rire elle-même à gorge déployé, pliée en deux. Le visage d'Aragorn apparu devant elle. Ce n'était pas un enfant gringalet et perdu. C'était l'homme grand et si sérieux qu'elle connaissait.
Les rires moururent soudainement et elle cessa de vibrer sous la rigolade. Clignant des yeux, elle se redressa sur son séant. C'était l'aube. Le soleil pointait tout juste à l'horizon. Elden, assis à côté d'elle, la considérait avec inquiétude. Derrière Grand-Pas, il y avait les autres cavaliers du Rohan et Théoden, occupés près de leurs chevaux. Eux aussi n'étaient pas rassurés. Puis il y avait Legolas, Merry et Pippin, Gandalf… et Gimli.
Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et tenta de se contenir. Mais ses épaules tremblaient déjà, son visage se tordait dans tous les sens alors qu'elle ne parvenait à détacher son regard du Nain.
- Allons bon ! Que vous arrive-t-il, jeune Luana ?
- Luana ? Est-ce que ça va ? s'impatienta Elden en lui prenant l'épaule, terriblement angoissé.
Elle n'en put plus. Dans un rire tonitruant, elle éclata. Pliée en deux, elle retomba à terre, croulée. Hoquetant tant et plus, elle ne tenta même pas d'endiguer le flot hilare qui la submergea.
Non… elle n'avait pas pu rêver de ça quand même !
« Si si, nous avons bel et bien rêvé de ça » confirma Naurofána, elle-même follement amusée.
- Je crains que nous ne l'ayons perdue pour un moment, commenta Merry, un grand sourire aux lèvres.
- Oui ! Et nous allons devoir patienter avant d'avoir le fin mot de l'histoire, renchérit Pippin, réjouit.
Aragorn soupira en secouant la tête d'un air désabusé avant de se relever et de s'éloigner de Luana comme si tout était naturel. Elden lui jeta un regard ahuri, avant de reporter son attention sur la Nauro qui s'étouffait à force de rire.
- Mais elle pleure !
- Ne vous inquiétez de rien, lui conseilla Gandalf en soupirant. Ce sont simplement ses nerfs qui lâchent. Elle ira mieux après.
Lui aussi se détourna et rejoignit Gripoil. Les Rohirrims et leur roi l'imitèrent. Ils s'étonnaient encore de ses gestes et de ses paroles et cette crise avait tout d'inquiétant. Ils l'auraient volontiers cru possédée. Mais si Gandalf et Aragorn n'y prêtaient nulle attention et que les Hobbits en riaient, cela devait être habituel chez elle. Ce qui ne la rendait que plus étrange et dérangeante. Ils avaient bien du courage de supporter cette jeune femme depuis tant de temps.
Ne restaient qu'Elden, les Hobbits, l'Elfe et le Nain autour d'elle.
- La voir dans cet état ne vous alarme pas ? s'enquit l'acrobate, choqué par une telle indifférence.
- Oh que non ! s'exclama Pippin. La dernière fois que cela lui est arrivé, nous avons eu droit à une histoire fort amusante ! N'est-ce pas, messires Legolas et Gimli ?
L'Elfe resta de glace, les yeux fixés sur elle, indéchiffrables. Le Nain quant à lui grommela, mécontent.
- J'ai la désagréable sensation que je vais une fois encore être victime de cette histoire…
- Sans doute ! Mais nous savons d'avance qu'elle nous égayera tous et qu'après cela, notre chère Luana sera de retour !
Merry n'eut pas tout à fait tort. Pas tout à fait.
Luana, une fois calmée et le souffle maîtrisé, se releva toujours souriante et même enjouée. Oui, ses nerfs à vif avaient lâché et elle avait laissé couler, se libérant en partie de la pression qui l'opprimait, se libérant même de ce cercle vicieux de culpabilité qui l'asphyxiait. Elle n'y pouvait rien et elle devrait vivre avec cette pensée. Elle s'était assez morfondue. Même pour Legolas. Elle n'y pouvait rien. Autant se faire à l'idée et continuer sa vie comme si de rien n'était.
Mais lorsqu'elle fut contrainte de raconter son délire, elle en déprima plus d'un, incapables qu'ils étaient de comprendre les subtilités de son discours. Les rares personnes qui rirent de bon cœur avec elle furent Merry, Pippin, Gimli et Elden. Ils rirent une bonne partie de la matinée. Et bon sang, ce que ça faisait du bien !
Lorsqu'Edoras fut en vue, un immense soulagement s'abattit sur le groupe. Presqu'aussitôt, les chevaux furent lancés au galop, au grand dam de Luana. Avec un petit cri mi apeuré mi agacé, elle s'agrippa au pommeau de selle sous le rire d'Elden. Ce n'était pas drôle. Elle devait crisper les mâchoires pour ne pas gémir chaque fois que son popotin cognait sur le dos du cheval.
Elle n'était pas la seule à mordre sur sa chique. Gimli râlait tant et plus en s'accrochant aussi dignement que possible à la taille de Legolas. Les Hobbits aussi n'en menaient pas large, cahotés en tous sens. Ils étaient les seuls mécontents, tous les autres cavaliers semblaient follement apprécier cette cavalcade.
Ils ne ralentirent l'allure qu'en passant les portes d'Edoras.
Les villageois avaient déjà retrouvé leur foyer et sortirent pour saluer leur roi. Des cris de joie, des ovations fusèrent tandis que des femmes apportaient aux chevaliers de l'escorte des fleurs et quelques menus présents.
Bon… autant Luana était mortifiée d'avoir était rejetée pour la charge finale, n'ayant pas mérité « l'honneur de chevaucher aux côtés du roi », autant elle ne se sentait clairement pas à sa place là. Elle tâcha de se faire toute petite entre les bras d'Elden, qui en tant qu'écuyer d'Eomer, avançait en bonne place dans le convoi.
- Un problème ? lui souffla-t-il discrètement à l'oreille.
- J'ai l'impression de me taper l'incruste dans un moment très solennel où j'ai rien à faire là…
- Que veux-tu dire ?
- Si je n'étais pas pote avec Aragorn et Gandalf, je ne serais pas là.
- Ne me dis pas que tu es gênée de te retrouver sous les acclamations de la foule, la taquina-t-il, joueur.
Elle lui jeta un regard de louve battue par-dessus son épaule.
- … tu es vraiment gênée ? s'enquit-il, à la fois étonné et amusé.
- Ben oui tu crois quoi !
Il étouffa un éclat de rire avant de se détourner, interpellé par une jolie demoiselle qui courrait à côté d'Edwyn pour lui remettre une couronne de fleurs.
- T'as une touche, mouline ! le charria Luana, le faisant rougir.
Ce ne fut qu'une fois arrivés aux pieds des larges escaliers de pierre du château qu'ils purent enfin descendre de cheval. Sans se soucier de faire gourde, Luana poussa un gémissement de soulagement en s'étirant, les jambes complètement engourdies.
- Plus jamais je ne monte à cheval ! Prochain coup je cours à côté !
- Par le marteau et l'enclume ! s'exclama Gimli, tout aussi perclus de courbatures. Que les Valar vous entendent Luana. Le pas de Naurofána est bien plus souple et sûr que celui de ses chevaux sur échasses !
- … vous êtes en train de suggérer que je vous porte le prochain coup ?
- Bien sûr !
- Cher maître Nain, l'interrompit Merry, il vous faudra passer votre tour. Je suis sûr que notre chère Nauro ne laissera pas deux pauvres Hobbits souffrir le martyre.
- Vous avez eu votre tour mes bons amis, leur rappela-t-elle.
- Ah bon ? Et quand donc ?
- Je crois qu'elle parle de notre passage dans les marais Pippin.
- Mais nous étions sur ses épaules et elle était sous forme humaine !
- Et lors de ses entraînements à Fondcombe ?
Elden vint se placer à côté de Luana, écoutant les deux cousins se chamailler, Pippin réfutant l'évidence, Merry l'acceptant avec fatalité.
- Tu sembles être une monture fort appréciée, fit-il remarquer avec amusement.
Elle se tourna vers lui avec des grands yeux ahuris. Il venait de dire quoi là ? Seule l'innocence naïve qu'il affichait la retint de s'offusquer. Non… ça devait venir d'elle. Elle avait mal interprété. Quoique, vu le regard noir de Legolas et celui hilare de Gimli, non, non, elle n'était pas la seule.
- … Elden, tu te rends compte d'à quel point c'est tordu ce que tu viens de dire ?
- Comment cela ? demanda-t-il, candide.
… trop, beaucoup trop pur et ingénu. Pauvre petit garçon qui n'y connaissait rien à la vie. Ou alors il était trop imprégné par le culte du grand dada ?
- Non, rien…
Il lui lança un regard interrogateur auquel elle ne répondit pas, se contentant d'emboîter le pas à Gandalf et aux autres, qui montaient vers les lourdes portes du château. Elle ne désirait pas lui faire un dessin et encore moins qu'il sache ce qu'elle avait compris. Elden laissa les rênes d'Edwyn à un palefrenier avant de les rejoindre, toujours curieux.
Mais Luana avait désormais quelque chose de plus important en tête que de l'éclairer sur le sens pervers que pouvaient prendre ses paroles innocentes. Tant qu'ils voyageaient en groupe, restant toujours à proximité des uns des autres, elle n'avait pas voulu s'entretenir avec Aragorn et Gandalf. De peur d'être entendue ou de paraître suspecte si elle les embarquait chacun leur tour à l'écart. Là, elle allait pouvoir les prendre séparément dans un coin discret pour discuter.
Mais à peine fut elle arrivée en haut des escaliers qu'une servante l'arrêta.
- Pardonnez-moi, demoiselle Luana. Dame Eowyn m'a chargée de vous mener jusqu'à la salle d'eau, afin d'y faire vos ablutions.
… gné ? Que voulait-elle dire par là ? Et pourquoi elle ? Elle jeta un regard circonspect aux autres. Mais déjà elle voyait leurs dos disparaître derrière les lourdes portes de la salle du trône, qui se refermèrent derrière eux. Crotte ! Ils voulaient la laisser en dehors des discussions officielles maintenant ?
Même Elden et les Hobbits avaient disparu !
- Heu… merci mais j'ai des choses plus urgentes à faire…
- Il vous faut pourtant vous reposer et vous préparer pour les festivités de ce soir.
- Les festivités ?
La femme qui se tenait face à elle la considéra d'un air mi-figue mi-raisin. On pouvait lire dans son regard qu'elle ne savait dire si on se moquait d'elle, ou si Luana n'était pas un petit peu attardée.
Faut dire, avec tous les ragots qui ont dû tourner sur son dos depuis son arrivée… Elle cumulait en plus : elle était quand même un gros loup de la taille d'un poney ; même sans ça elle était bizarre ; elle traînait avec des hommes et s'habillaient comme un homme sans que ça ne choque la majeure partie de ces dits hommes ; elle s'était battue ; elle avait tenu tête et même insulté le roi Théoden ; et il devait y avoir à coup sûr des rumeurs sur Elden et elle ! Sachant qu'Elden était plus ou moins l'extravagant de service du coin…
- Oui… Le roi Théoden organise un banquet, à la mémoire de nos morts et pour célébrer la victoire de Fort-le-Cor, dit-elle d'un ton lent et posé, comme si elle craignait que ses mots soient mal enregistrés.
- Ah… fut tout ce que Luana trouva à dire. Mais vous savez… une petite sieste, un coup de gant de toilette et je suis prête, je n'ai pas besoin de toute une après-midi pour ça…
Là, la servante fut carrément choquée. Son regard la scanna de haut en bas, s'arrêtant un long moment sur ses braies, pour remonter sur la ceinture qui lui ceignait la taille et maintenait en place la tunique, et s'arrêter sur ses cheveux en bataille. Elle pinça les lèvres, clairement mécontente de ce qu'elle voyait.
- Ce n'est guère une tenue appropriée pour une dame, fit-elle remarquer du ton le plus neutre possible.
- Mais je ne suis pas une dame, rétorqua la Nauro, horrifiée qu'on puisse encore la considérer comme tel. Je pense que si on devait me qualifier… garçon-manqué serait plus approprié, tenta-t-elle de préciser pour se faire comprendre. Vous n'êtes pas d'accord ?
Et elle voulait dire quoi par « ce n'est pas une tenue pour une dame » ? Elle n'espérait tout de même pas… Oh mon dieu, non ! Il ne fallait surtout pas que Merry et Pippin aient vent de ce qui était en train de se passer de ce côté-ci des portes !
- Un problème Heda ?
Elle se retourna pour découvrir Eowyn, vêtue d'une longue robe blanche aux reflets argentés, la taille emprisonnée dans un buste brun. Bon… si c'était elle qui avait demandé à cette chère Heda de s'occuper d'elle, Luana allait devoir parlementer directement avec elle pour avoir droit à une tenue d'homme de rechange. Si vraiment celle-là n'était pas assez habillée pour un bal.
- Oui, on a un petit problème de compréhension, intervint-elle aussitôt. Dame Heda essayait de m'expliquer que ça, dit-elle en désignant sa tenue, ça n'était pas assez chic pour le repas de ce soir.
La servante fut de nouveau choquée, cette fois dans le bon sens, d'entendre le mot « dame » juste avant son prénom. Eowyn ne s'en formalisa pas et acquiesça lentement, toujours figée dans son port altier et fier, presque royal. Pourquoi ne se lâchait-elle qu'en présence d'Aragorn elle ?
- Ce qui est vrai, appuya-t-elle. Ces frusque ne siéent guère à une dame, et moins encore à une princesse.
Le blanc qui suivit fut éloquent. Luana avait levé un doigt tel un avocat prêt à briser l'argument du parti adverse. Mais elle se retrouvait figée dans son mouvement, la bouche entrouverte sur une inspiration bloquée.
- … Princesse ? répéta-t-elle d'une voix étouffée, la main toujours levée.
- Oui.
- Quelle princesse ?
Holà, ça sentait l'embrouille à plein nez cette histoire ! De qui parlait-on exactement là ? Heda et Eowyn la contemplaient comme s'il lui était poussé un troisième œil au milieu du front. Ou comme si elle était aliénée.
- Vous, bien évidemment.
… What ? Mais d'où sortaient-elles cette histoire de princesse ? La dernière fois que le mot princesse avait été accolé à sa personne, c'était à… Imladris, lors du bal. Arwen l'avait nommée princesse des Nauror et elle avait hérité du surnom de princesse de la lune le temps de la soirée. Heureusement, elle avait rapidement brisé cette image le lendemain !
- Qui est allé vous raconter ça ? s'étrangla-t-elle.
- Le seigneur Aragorn et Legolas ont informé mon oncle de votre rang.
… mais non. Ils n'avaient pas fait ça ! Mais pourquoi ?
… Grand-Pas ! S'il avait fait ça pour la forcer à bien se tenir, il allait l'entendre ! ¡ Hostia ! Il ne lui avait quand même pas fait ce coup-là ! Elle qui avait tant cru en lui, qui était persuadée que c'était lui qui avait fait en sorte depuis le début qu'on lui donne des vêtements d'homme… il l'avait trahie ! Ah le fourbe ! Ah le traître ! S'il croyait s'en sortir sans dommage, il allait vite déchanter !
- C'est pourquoi j'ai chargé Heda de vous aider pour votre toilette, vous coiffer et vous vêtir.
L'aider pour sa toilette ? Sérieusement ?
- C'est très gentil de votre part et je vous en suis très reconnaissante, je vous assure. Mais ce n'est pas la peine de vous embêter avec ça hein. Vous savez, je peux me laver seule, me donner un coup de brosse et m'habiller comme une grande !
- Une aide est nécessaire pour enfiler une robe.
Non ! Elle venait de le dire ! Elle venait de le dire ! Le mot maudit ! Elle venait de dire clairement, haut et fort, qu'elle devrait porter une robe !
- Oui… heu, c'est là que ça coince. Ma religion m'interdit formellement le port de la robe !
Elle termina sur un petit rire nerveux. Pourvu que ça passe, pourvu que ça passe, pourvu que ça passe…
- Votre religion ? s'enquit Eowyn, surprise et perplexe.
Oui bon, pas une religion. Mais elle savait clairement que si elle disait juste « j'aime pas les robes ! », elle allait passer pour une môme qui fait un caprice. Or ce n'était pas un caprice ! C'était une question d'honneur, de survie identitaire et de confort personnel !
- Oui, oui ! Ça s'appelle le féminisme ! C'est une religion qui prône l'égalité entre les hommes et les femmes. Et comme les hommes ne portent pas de robe, les femmes non plus ! Voilà !
Tiré par les cheveux et alambiqué au possible. Mais hey ! Tout le monde la trouvait bizarre et on la disait venue d'un pays très très lointain ! Autant en jouer !
- Les femmes et les hommes sont… égaux chez vous ?
Hum ? Était-ce juste une impression ou Luana venait-elle de toucher une corde sensible chez Eowyn ? La demoiselle du Rohan fit un signe et la servante prit congés, les laissant seules.
- Cette religion est-elle tolérée chez vous ?
- Heu… ce n'est pas toujours très bien vu. Y a encore des hommes qui sont contre puis bon, on a quelques extrémistes qui agissent de façon un peu stupide et aident pas la cause… Mais sinon oui ? En tout cas, les femmes ont largement plus de droits chez moi qu'ici, et on fait encore du progrès en ce sens.
- Se battent-elles aux côtés des hommes ?
Cette fois, la Nauro capta très clairement l'étincelle d'intérêt qui brilla dans ses yeux.
- Oui. On a des femmes dans l'armée. Même dans la politique. Enfin, il n'y a pas de métier où une femme ne peut pas postuler… Mais n'allez pas croire que c'est le paradis hein ! Y en a encore qui pensent que les femmes doivent rester à la maison faire la popote, le ménage s'occuper des gosses et tout. Mais on est tout autant à lutter pour notre indépendance…
- Il n'est pas mal vu qu'une femme vive sans l'appui d'un homme ?
- Ben non…
Elle hésita à lui parler du fait que des femmes pouvaient aussi se mettre en couple entre elles. Mais elle n'était pas sûre que les gens du coin soient prêts à accepter la notion d'homosexualité.
- Et vous… ne portez pas de robe ?
- Non. Enfin ça après c'est le choix de chacune. C'est la robe ou le pantalon… Je suis féministe donc c'est le pantalon.
Eowyn la considéra longuement en silence, le visage songeur. Là, elle devait se demander si elle se moquait d'elle ou si elle disait vrai.
- Vous savez… on peut être très féminine en pantalon, ajouta Luana pour bien faire comprendre qu'elle ne porterait pas de robe.
- Mais en tant que princesse…
- Je ne suis pas une princesse ! s'énerva-t-elle, agacée de cette histoire. Ce n'est pas parce que je suis la seule Nauro qu'il faut me mettre une couronne sur la tête hein !
Eowyn pinça les lèvres. Oups, elle avait peut-être été un peu loin…
- C'est malheureusement en ce titre que vous êtes conviée aux festivités de ce soir. Et c'est sous ce titre que les nobles de la cour vous connaissent désormais.
Mais nan… elle déconnait là… Bon, elle réglerait le problème plus tard. Visiblement, elle ne pouvait pas changer la donne sur ce point dans l'immédiat. Au pire, elle ignorerait quiconque l'appellerait princesse. Mais comment faire pour ne pas porter cette fichue robe sans paraître impolie ni faire dans la provocation ?
Elle considéra les personnes qui passaient auprès d'elles, s'arrêtant surtout sur les vêtements que portaient les femmes. Aucun pantalon en vue. En revanche…
- Elles ne portent pas toutes des robes…
Eowyn suivit son regard et le posa sur deux jeunes femmes dont le haut de la tenue était clairement indépendant de la partie basse.
- Elles portent une blouse par-dessus leurs jupes, lui apprit la demoiselle du Rohan.
He ben voilà ! Parfait !
- Bon, voilà ce que je vous propose… je ne porte pas de robe, pas de jupe, je reste avec un pantalon. Mais pour le haut, je porte une de ses blouses, quand même plus féminines que la tunique portée par les hommes.
Eowyn prit un temps pour reconsidérer sa proposition, avant d'acquiescer. Yes ! Elle avait compris que lutter pour lui faire porter une robe serait contre-productif, alors autant accepter ce compromis.
- Je vais vous faire chercher une blouse à votre taille et en accord avec votre rang.
Nouvelle bataille : leur faire sortir de la tête cette idée de princesse. Mais plus tard… elle était crevée là…
- Juste… désolée de jouer les enquiquineuses… mais serait-il possible de dormir avant de me préparer ?
La demoiselle du Rohan sembla soudain contrariée. Mince, qu'est-ce qu'elle avait dit ? Elle avait demandé poliment pourtant…
- Nous manquons malheureusement de chambres. J'escomptais trouver une salle correcte pour vous y reposer et la faire installer pendant votre bain.
- Ah, heu… oui c'est embêtant…
Mais elle avait vraiment besoin de dormir là ! Son fou rire matinal et son rêve de la nuit ne l'avaient pas vraiment aidée à se reposer. Et inutile qu'elle se pomponne juste avant la sieste, elle se réveillerait dans un état pitoyable autrement !
- Et… Aragorn et les autres vont dormir où ?
- Vos amis ont accepté de coucher dans une salle que nous avons aménagée en chambre commune.
- Parfait !
Elle préférait dormir auprès d'eux, sans doute avec les deux Hobbits blottis contre elle. Pendant le voyage, elle n'avait pas osé aller dormir avec eux à la fin de son tour de garde, de peur de les réveiller. Elle était habituée aux ronflements de Gimli maintenant, plus rien ne pouvait la réveiller !
- Que voulez-vous dire ? s'alarma la demoiselle du Rohan.
- Pas besoin de vous embêter à me faire une chambre. S'il y a encore de la place, je peux dormir dans la même salle qu'eux.
- Vous ne pouvez dormir avec les hommes !
Quoi ? Pourquoi la regardait-elle avec un tel choc et un tel air outragé ? Ah oui, bien sûr… Elle avait peur qu'elle lui pique Aragorn. Nan mais ho ! Il allait falloir qu'elle comprenne que le rôdeur était chasse gardée et que ça ne servait à rien qu'elle lui tourne autour. Non mais vraiment…
- Heu, dame Eowyn… enfin mademoiselle, tenta-t-elle en gardant son calme, depuis que je voyage avec Aragorn et les autres, la question ne s'est jamais posée. Même chez les Elfes de Lorien, je dormais dans la même tente qu'eux.
- Le seigneur Aragorn et vos amis ne dormiront pas seuls dans cette chambre commune. Il y aura nombre d'hommes du Rohan. Des soldats. Je doute que…
Ok… Alors elle pensait qu'elle allait tous se les taper, génial ! Et sinon, y en avait d'autre qu'Elden et Perne pour comprendre que non, elle n'était pas une chaudasse ? Surtout pas maintenant qu'elle… Qu'elle était amoureuse de Legolas.
¡ Mierda ! Elle ne devait plus y penser ! Elle avait dit de laisser ses sentiments de côté !
- Je ne veux pas vous choquer ni vous vexer, l'interrompit-elle, un chouia énervée. Mais je ne crois pas qu'ils me voient vraiment comme une femme vous savez. La plupart me voient au mieux comme un animal, au pire comme un monstre. Vous croyez vraiment qu'ils vont tenter quoique ce soit ? Alors qu'en plus je serais chaperonnée par Gimli et Aragorn ?
Oui, elle préférait faire genre qu'elle n'avait pas compris le problème dans le bon sens. Dire que c'était les hommes qui auraient pu vouloir lui sauter dessus lui paraissait moins insultant. Pour elle en tout cas.
Et c'était le seul sens possible en plus, vu que ce n'était pas elle qui pourrait avoir envie de coucher avec n'importe lequel. Et si ces hommes n'étaient pas fichus de rester tranquilles en présence d'une femme endormie, c'était eux qui avaient un problème, pas elle !
« Même sans Aragorn ou moi, je suis sûre que tu serais tout à fait capable de les faire fuir. »
« Merci de ton soutien Nana… » répondit-elle, surprise de cette soudaine intervention et de la légère note narquoise perceptible dans la voix de la louve.
« Il n'y a pas de quoi. Je suis sûre qu'avec ton langage cru et ton manque de pudeur, tu serais capable de les choquer si tu venais à parler bagatelle avec eux. »
Ok… sympa de sa part. Elle comprenait mieux maintenant…
« … Merci, vraiment merci… »
« Je ne fais qu'énoncer un fait. »
« Pas de ma faute si dans mon monde le sexe est moins tabou qu'ici ! »
Ouais… elle allait éviter de sortir cet argument devant Eowyn toutefois…
Et heureusement car, vaincue, la demoiselle du Rohan accepta de la mener à la chambre commune, où Luana se laissa tomber de tout son long sur une couche avant de s'endormir aussi sec. Ce n'était pas pour dire, mais être de bonne humeur, ça crevait…
Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui ! ^^
Vous espériez sans doute e banquet tant attendu ? Moi aussi... mais disons que pas mal de choses non prévues se sont rajoutées et que bout à bout, ben ça faisait un chapitre complet qui se terminait naturellement.
Je réserve le prochain pour les festivités, promis ;)
Merci à Eclipse1995 pour le délire avec Gimli Cricket et Sylvebarbe, même si je ne me souviens plus comme on est partie dessus XD
Et n'oubliez pas la FAQ !
Réponses aux review Guest :
Waina : Cool s'il t'a plu ! Il parait que c'est le préféré de beaucoup ^^ Mouhahaha ! Ce ne serait pas drôle si vous n'aviez plus de questions pour vos retourner les méninges ;P C'était ça où un poney qui lui avait chié un arc-en-ciel dessus... C'est quand même mieux la Gay Pride x) Oh que oui elle promet ! XD Encore une peu de patience ;)
Merci beaucoup pour ta review ^^
Tsuki : Encore ! Voilà la suite! =P Hahaha il n'y a pas de quoi ^^ Merci à toi pour toutes tes reviews =) Ah oui, petit soucis là ! XD Faut relire tes reviews ;P
Namarien : C'était pas moi qui le dis, c'est Tolkien dans le livre ! x) Elle est pas idiote, elle est très réfléchie et demande beaucoup de concentration et d'intelligence pour la trouver... Oui bon ok elle est complètement débile XP Mais dans le livre il vit et j'essaie de puiser aussi bien dans le livre que dans le film ;) Les deux sont limites des handicapés sentimentaux tu veux dire ? x) Mais oui, l'amour nous rend peureux, on n'ose pas s'avancer de peur de se prendre un coup au cœur, du coup on recule et on attend... Non tu crois ? XP Tu verras ;) Mais moi j'aime les romans ! =D
Bisous et merci pour ta review =)
Lucifer : Hey Babe ! Le précédent était trop déprimant à ton goût ? x) Merci pour ta review est : Rock and roll !
