Hey Hey Hey !
Merci à tous pour vos réactions sur le dernier chapitre ! Je m'attendais à ce qu'il ait du succès, mais pas à ce point ^^
Je suis vraiment heureuse de voir qu'il vous a plu et surtout que vous me pardonnez le baiser entre Luana et Elden =P

Encore merci pour toutes vos reviews, merci à tous ceux qui ont rajouté cette fanfiction dans leurs alertes et leurs favoris ! =D

Et voilà ! La FAQ est close ! Il est trop tard pour envoyer vos questions !
Je commence dès demain la rédaction du bonus. Mais vu la cinquantaine de questions reçues... ça va prendre un peu de temps ^.^'
J'espère qu'il vous plaira =P

Ce nouveau chapitre est une fois encore court, je vous l'accorde, mais je pense que vous comprendrez pourquoi je le cantonne à ces quelques scènes ;)


Chapitre 53 : Pierres noires

Une brise froide et évanescente descendait des montagnes, courait la plaine et venait lui caresser le visage, jouer dans les replis de sa cape. Son souffle glacé était cinglant, sa morsure presqu'apaisante en comparaison de la douleur qui l'étreignait. Le vent murmurait, chantait. L'écouter était d'ordinaire un plaisir, car il portait les nouvelles du monde, la voix des arbres, susurrait doucement. Mais en cette nuit, écouter était difficile, presqu'intenable.

Pourquoi ?

La question ne cessait de lui revenir en tête, aiguisée telle une lame, foudroyante comme une flèche. Elle lui coupait le souffle aussi sûrement qu'un coup.

Quelle était cette blessure qui faisait saigner sans qu'aucun sang ne fût visible ? Cette meurtrissure insoutenable qui lui vrillait les chairs sans qu'aucun coup ne lui fût porté ? Cette fissure qui s'étirait le long de son cœur ?

Depuis plusieurs jours déjà, elle s'étendait, encore et encore. Elle s'élargissait. Et rien ne semblait pouvoir la colmater. Réparer ce qui peu à peu se brisait. Soigner ce mal insidieux et douloureux. Si. Il y avait une chose. Une seule. Un remède qui jamais ne lui serait administré. Un baume qui lui serait toujours refusé.

Car c'était un autre qui l'avait conquise et qui l'emportait avec lui. Un autre que lui qui jouirait du plaisir simple de sa présence. Par les Valar, pourquoi ?

Ce mortel ne méritait pas son attention, ses sourires, et moins encore de la toucher. À peine la rencontrait-il et déjà il s'accordait le droit de l'effleurer. Déjà il la charmait. Il profitait de son naturel, de sa spontanéité !

Mais sans en assumer les conséquences ! Sans être capable de se dresser devant ceux qui s'offusquaient, laissant la faute et le blâme tomber sur elle et elle seule !

Et quelle avait été sa réaction lorsqu'elle lui avait sauvé la vie ? Lorsqu'il avait découvert sa vraie nature ? Elle-même savait ce qui risquait d'arriver, sans quoi elle n'aurait pas tout fait pour le lui cacher ! Alors pourquoi lui avait-elle pardonné ?

Non, il ne méritait en rien l'affection qu'elle lui portait ! Les sentiments qu'elle nourrissait pour lui !

… et lui, les méritait-il ?

Il aurait dû s'en douter… dès le début. Elle était bien trop vive, trop impulsive pour que son cœur s'intéresse à lui. Comment pourrait-elle aimer quelqu'un de si peu démonstratif ? Comment avait-elle dit déjà ? Coincé.

Jusqu'à l'arrivée de cet Homme, jamais il ne s'était posé la question. Jamais ce problème ne lui était apparu comme un obstacle. Il espérait… pouvoir la séduire avec le temps. Lorsque le monde serait en paix. Il s'était refusé à la brusquer, à la courtiser alors qu'ils étaient sur la route. Gimli ne cessait de lui reprocher par ses piques son manque d'initiative. Mais il n'y avait rien de mal dans le fait d'attendre des jours meilleurs !

Et puis… et puis il l'avait vue avec ce fils des Hommes. Lui n'avait pas attendu. Lui avait osé ce qu'il s'était refusé de faire. Ce qu'il ne savait comment faire. Il en avait nourri un sentiment étrange et inconnu. Éprouvé le besoin de la protéger de ce garçon. Il avait tenté lui aussi sa chance, avait essayé d'être plus proche d'elle, plus présent. Sa présence s'était très vite avérée indésirée et gênante pour les deux jeunes gens.

Ce sentiment avait enflé en lui, se transformant en ressentiment lorsqu'elle avait accepté d'approcher la monture de ce Rohirrim. Lorsqu'elle s'était laissée guidée, en confiance. Lui aussi avait tenté de lui apprendre à se fier aux chevaux, à ne pas les craindre. Pourquoi lui, un Elfe, avait-il échoué quand cet humain avait réussi sans le moindre souci ? À cet instant, il avait compris. Compris que ce ressentiment profond qu'il ressentait, accompagné d'une blessure invisible qui ne cessait de grandir, avait pour nom jalousie.

Et puis il y avait eu Fort-le-Cor. La patience dont tous faisaient preuve à son égard avait cédé. Son impertinence et sa fougue le fascinaient, il ne pouvait se le cacher. Mais elle avait dépassé les limites depuis trop longtemps. Là, il avait compris le fossé qui les séparait. Plus encore lorsqu'elle lui avait proféré des paroles qu'il préférait ne pas se rappeler. Bien que l'expression lui fût inconnue, il en avait parfaitement saisi le sens.

Malgré tout, il avait tout fait pour veiller sur elle lors de la bataille. C'était son devoir et il n'aurait pu se pardonner que quelque chose lui arrive. Mais il lui était arrivé quelque chose de grave. Une blessure dont elle ne guérirait jamais. Et il l'avait retrouvée dans les bras de ce fils des Hommes. Encore et toujours lui.

Lui, qu'elle avait attendu, lui qui avait partagé sa chambre, lui qu'elle avait choisi pour leur voyage. Lui qui était toujours près d'elle, lui à qui elle souriait sans cesse.

Il avait perdu celle qu'il aimait, sans jamais avoir eu la moindre chance de conquérir son cœur.

S'il n'y avait eu ce baiser, il aurait…Il aimait Luana plus que tout. Il le savait et ne pouvait le nier. Il avait été charmé par sa force, sa vivacité. Et avant même qu'il ne s'aperçoive de ce qu'il se passait, il était amoureux d'elle.

Mais ses paroles l'avaient anéanti. Elle s'était librement donnée à cet humain. Et le clamait sans honte aucune. Tout ce qu'il avait ressenti dans sa voix, c'était sa colère envers lui.

Tous ses espoirs étaient brisés. Tous… sauf un. L'amour signifiait bien moins chez les mortels que chez les Elfes, ou même les Nains. Il le savait. Les hommes étaient si inconstants. Il n'en connaissait que peu dont les sentiments étaient purs et ne sauraient être changés, peu importaient le temps et les épreuves. Elle aussi était immortelle. Mais elle avait grandi et avait été élevée comme une humaine. Peut-être…

Cette pensée le révoltait. Il aurait dû éprouver de l'horreur de nourrir cet espoir secret. Et pourtant, il espérait sincèrement et secrètement que cette histoire ne soit rien de plus qu'une passade. Même si la rage lui faisait bouillir les sangs à la simple idée que ce fils des Hommes puisse la…

Il ne devait pas y penser. Et il aurait dû abandonner. Par amour pour elle, il aurait dû la laisser partir. Rester en retrait pour veiller que nul mal ne lui soit fait. Mais il en était incapable. Incapable de songer à une éternité sans elle.

Avec un soupir, il s'obligea à chasser ses sombres pensées et à desserrer les poings. Il releva une main et baissa le regard sur la petite pierre noire qui y reposait. Il l'avait gardée tout ce temps. Il en comprenait les raisons aujourd'hui. Il aurait dû la lui rendre il y avait de cela bien longtemps. C'était trop tard à présent. Il était exclus qu'elle sache qu'il avait gardé un de ses effets contre son cœur, qu'il l'avait chéri en secret. Peut-être devrait-il l'abandonner là, la laisser tomber de sa paume et se détourner avant de voir son point de chute. Ou la jeter le plus loin possible.

Il leva les yeux, à la rechercher d'une réponse.

Il n'y avait pas un seul nuage pour voiler la voûte céleste. Seule la clarté éclatante de la lune ternissait l'éclat des étoiles, les évinçait. Sa lumière argentée baignait la vallée. Même un humain aurait pu se déplacer comme en plein jour tant elle brillait et illuminait le ciel.

La lune était belle en cette nuit. Aussi belle que sa fille l'avait été en cette soirée. Elle avait été splendide à Imladris dans sa robe couleur de nuit. Mais elle avait alors perdu une partie de son identité. Là… le mélange entre les braies des hommes et la blouse des femmes lui seyait à merveille. Faisait ressortir qui elle était, son charme sauvage et indépendant, cet aspect mutin et révolutionnaire de sa personnalité. Il regrettait de n'avoir pu la découvrir ainsi vêtue tandis qu'il la coiffait. Peut-être aurait-il eu le courage de lui parler des tresses et de leur symbolique chez les Elfes. Il lui aurait alors demandé l'autorisation de la courtiser. Et si par bonheur elle lui avait répondu oui, il aurait pu lui faire les tresses qui auraient proclamé à tous et chacun qu'elle acceptait qu'il lui fasse la cour.

Regrettait-il cet instant si intime ? Pas le moins du monde. Il le garderait précieusement et l'adorerait à chaque instant…

Son attention fut soudain attirée par un frôlement. Un bouillonnement, une agitation, quelque part dans l'est lointain. Il plissa les yeux, à la recherche du moindre mouvement suspect. Au-dessus de lui, le ciel sembla se couvrir, bien que nul nuage n'apparût. Les étoiles et la lune furent voilées. Il ne pouvait le voir, mais son instinct ne le trompait pas. Quelque chose se tramait là-bas. Des tourments se préparaient.

Un frisson lui parcouru l'échine lorsqu'il comprit de quoi il en retournait. Sauron. Pour une raison qu'il ignorait, son regard était tourné vers Edoras. Il resta là, à l'affût. Il ne devait s'en détourner. Si quelque chose venait sur eux, il devait pouvoir donner l'alerte bien avant que ça ne les atteigne.

Les portes du château s'ouvrirent derrière lui. Il referma ses doigts autour de la pierre, la glissant dans une poche, et se tourna vers le nouvel arrivant. La fête était finie depuis un long moment déjà. Tous étaient allés se coucher. Hormis Aragorn.

- Legolas, le salua-t-il.

Il lui répondit par un bref salut. Il tombait à point nommé. Plus ils seraient nombreux à avoir conscience de la menace, plus vite ils pourraient réagir.

- Les étoiles sont voilées. Quelque chose s'agite à l'est… une malveillance à l'affût.

Ils échangèrent un regard. Aragorn avait compris, sans même qu'il n'ait besoin de nommer cette malveillance. Mais il avait besoin de le dire, de le partager. Car une angoisse sourde lui nouait la gorge.

- L'œil de l'ennemi avance.

- Sait-il que nous sommes ici ?

Il acquiesça lentement.

- Il cherche quelque chose.

Ses yeux se portèrent vers l'est. Il allait guetter cette nuit. S'assurer qu'il ne s'approche trop d'eux. Un silence s'installa entre l'Homme et l'Elfe. D'ordinaire, ils n'avaient guère besoin de parler, d'emplir l'air de mots sans importance. La présence de l'un était suffisante pour l'autre. Mais il pouvait sentir quelque chose peser entre eux sous la lune. Une légère tension, une expectation de la part du rôdeur.

- Vous êtes troublé, souffla enfin Aragorn.

Il n'y avait aucune place laissée au doute dans ce constat. Juste la bienveillance d'un ami soucieux. Un ami resté jusque-là silencieux par respect, mais qui ne pouvait rester plus longtemps sans intervenir. Son inquiétude devait être grande pour qu'il aborde le sujet.

- Comment le savez-vous ?

Il ne servait à rien de nier. Aragorn était un homme sage et avisé, qui plus est élevé dans la maison d'Elrond. Le Semi-Elfe lui avait enseigné la sagacité, la compréhension et le discernement. Trois qualités de valeur chez un roi, appréciées par les Elfes, et qui faisaient de lui un excellent ami.

Si un autre que lui avait abordé le sujet, sans doute aurait-il fait la sourde oreille, restant concentré sur l'horizon. Mais si le rôdeur venait s'entretenir avec lui à ce propos, c'était que la situation devenait problématique.

- Je sais que la foule et les fêtes des Hommes ne sont pas à votre goût. Mais vous ne seriez pas parti si tôt, par simple politesse, si quelque souci ne vous occupait l'esprit.

Que pouvait-il dire ? Bien que l'idée lui parût tentante, il ne pouvait lui dire ce qu'il avait vu, car il devrait alors partager ce qu'il imaginait. Et il préférait ne pas voir confirmer ou infirmer les divagations de son esprit agité.

- Vous n'étiez pas si sombre avant le début des festivités. Je sais ce qui vous a rendu le sourire après tant de jours moroses. Mais je ne peux que deviner ce qui vous mine à présent.

Il ne répondit pas tout de suite. Il n'était guère surpris qu'il sache. Il n'avait pu cacher la mélancolie qui lui ceignait le cœur. Les Elfes étaient faits ainsi. La douleur d'un amour malheureux était insoutenable. S'il l'avait combattue, sans doute aurait-il fait quelque chose de regrettable et s'en serait pris directement à la cause de son affliction. Il n'aurait alors pas donné cher de la vie de ce Rohirrim.

- Ils ont échangé un baiser.

Sa déclaration avait quelque chose de douloureux. Elle rendait l'événement plus réel encore. Mais il n'en dirait pas plus. Nul besoin de conter son intervention ou les visions soufflées par son imagination. Aragorn resta un long moment consterné et poussa un soupir.

- Luana… murmura-t-il d'un air désappointé et déçu.

Cela le surprit. Il ne s'attendait pas à une telle réaction et il lui semblait qu'un élément important lui échappait. Un nouvel espoir naquit, mais il lui parut si absurde qu'il s'obligea à le repousser, reconcentrant son attention sur la plaine qui s'étendait devant eux. Un souffle agitait dans le lointain des nuages qui s'amoncelaient et s'approchaient. Quelque chose remuait…

- Je comprends votre peine Legolas. Mais faites-moi confiance, vous ne devez pas…

- Il est ici !

L'ennemi était sur eux ! Sans perdre une seule seconde, il se précipita dans le château, une seule pensée en tête : il ne devait pas atteindre Luana.


- Pippin… qu'est-ce tu fous ?

Lentement, Luana se retourna vers lui, les paupières lourdes et les yeux mi-clos. Elle n'avait pas pu finir bourrée et n'avait pas la gueule de bois, mais était ivre de sommeil. La fête avait quand même bien duré mine de rien, et maintenant qu'elle savait pouvoir faire la grasse mat' le lendemain, elle avait cédé au plus profond des sommeils. Celui auquel elle n'avait pas eu le droit depuis longtemps !

Surtout qu'elle dormait avec ses deux Hobbits adorés ! Ça aussi ça faisait longtemps ! Jusque-là, elle n'avait pas voulu les réveiller en se glissant près d'eux après son tour de guet. Là, ils s'étaient couchés ensemble, la Nauro aidant les deux Semi-Hommes un peu éméchés à se mettre au lit. Ils avaient résisté plus qu'elle ne le croyait à son jeu idiot.

En outre, Elden et elle avaient décidé d'un commun accord qu'il valait mieux ne pas dormir ensemble ce soir-là. Même si c'était chaste et platonique entre eux, ils allaient éviter d'envenimer la situation. Si Legolas racontait l'aventure d'un peu plus tôt à Aragorn, ils pouvaient être sûrs d'avoir des ennuis. Surtout s'ils déclaraient qu'en fait non, il n'y avait rien entre eux, si ce n'était de l'amitié pure et simple. Le rôdeur comprendrait sans doute –après tout elle avait toujours dormi blottie contre les Hobbits ou même contre lui lors des froides nuits sans que rien ne se passe, sans qu'il n'y ait d'intention non avouée. Toutefois, elle doutait encore de comment les Rohirrims le prendraient…

Mais voilà qu'en pleine nuit, Pippin ne cessait de s'agiter, réveillant Merry et elle au passage. Sans répondre à la Nauro, le Semi-Homme se glissa hors des couvertures.

- Pippin, recouche-toi, marmonna Merry en se calant un peu plus dans son oreiller.

Mais il n'écouta pas plus son cousin, se releva lentement, sans bruit, et s'éloigna de la couche. Les deux compères encore endormis s'entre-regardèrent d'un œil blasé, avant que le Hobbit ne se redresse sur un coude et ne l'invective.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Laisse-le, ronchonna-t-elle en se remettant sur le dos, prête à se rendormir. Il va sans doute aux toilettes. Avec tout ce que vous avez bu comme bière…

Mais à côté d'elle, Merry se tendit et s'assit plus fermement sur son séant.

- Pippin ! siffla-t-il, inquiet.

Intriguée, Luana finit par l'imiter et se redresser.

¡ Hostia ! Mais qu'est-ce qu'il fichait ? Pippin était debout devant un Gandalf endormi. Il agita une main incertaine devant les yeux du mage, pour s'assurer de son sommeil. Aussi flippant et étrange que cela puisse paraître, le grand Mithrandir dormait les yeux ouverts. La Nauro l'avait appris à ses dépens peu de temps après leur départ de Fondcombe. Elle s'était retrouvée bien bête quand Aragorn, intrigué, était venu voir à qui elle parlait et lui avait annoncé que Gandalf ne l'entendait pas, puisqu'il était dans les bras de Morphée.

Mais qu'est-ce que c'était que son manège ? Aux aguets et fébrile, Pippin fouilla les alentours à la recherche de quelque chose, avant de jeter son dévolu sur… un pichet rond. Qu'est-ce qu'il mijotait bon sang ? Un peu plus alerte, elle le vit saisir quelque chose dans les bras de Gandalf et le remplacer aussitôt par la cruche sans le réveiller.

- Pippin, tu es fou ! murmura Merry, qui avait visiblement reconnu l'objet, malgré le chiffon bleu qui le recouvrait.

- Je veux juste regarder, répondit-il en revenant vers eux.

Il déposa son paquet au bout de leur lit et Luana ramena aussitôt ses pieds vers elle, n'ayant aucune envie d'être touchée par ce machin. Pour une obscure raison, elle ne le sentait vraiment pas ce coup-là.

Et pour couronner le tout, Naurofána roupillait profondément. Après quelques heures de fête, Luana l'avait suppliée de tenter malgré tout de ralentir la régénération, qu'elle puisse au moins avoir un coup de chauffe. La louve s'était épuisée à la tâche inutilement, et s'était endormie, lessivée. Elle avait regretté sur le coup de lui avoir demandé de faire tous ces efforts pour une raison aussi triviale. Désormais, elle s'en mordait les doigts.

Pippin, aussi agité qu'un drogué en manque, dénoua le chiffon et révéla une sphère noire, aux reflets iridescents et malsains. C'était le globe qu'avait lâché Saroumane non ? Pourquoi tenait-il autant à…

- Encore une petite fois… susurra-t-il en plongeant son regard dans le cristal.

- Pippin, l'appela Luana, alarmée.

Cette fois, elle en était sûre, quelque chose n'allait pas chez le Hobbit. Il avait l'air complètement obnubilé par ce truc et sa simple vue lui arracha un sourire benêt. Il semblait encore plus heureux que devant une blague à tabac pleine de feuilles de Langoulet !

Et il n'y avait pas que chez lui que ça clochait. Merry et elle étaient tout aussi incapables de détourner leurs regards de cette foutue boule ou d'intervenir. Le pire dans tout cela, c'était cette terreur qui prenait naissance au creux du ventre de la Nauro. Plus elle plongeait dans les profondeurs du globe, plus cette peur enflait en elle. Une peur qu'elle ne ressentait que face à un seul ennemi, dont le cri était une torture pour elle.

Il approcha ses mains, comme l'aurait fait un medium devant sa boule de cristal.

- Pippin, tenta à nouveau Merry.

Le bout de ses doigts effleura le verre noir de la sphère. Une lueur dorée s'alluma en son sein et grandit, tournoya jusqu'à venir au contact de la peau du Hobbit. Mais cette lumière avait un aspect malsain. Celui de flammes qui dévoraient tout sur leur passage. Pippin tremblait, mais l'extase avait laissé place à un froncement de sourcil, une mine sombre, presque douloureuse.

- Pippin lâche ça, le supplia-t-elle d'une toute petite voix.

- Pippin !

Il devait arrêter ça. Mais brusquement, ses mains furent plaquées à la sphère par une force invisible. Pippin ferma violemment les yeux, terrorisé et visiblement en train de lutter. Un murmure mauvais s'éleva du globe. Et ils le virent. Ce grand œil qui prit forme dans les flammes, la pupille fendue noire comme les ténèbres. Non… ce ne pouvait pas être…

- Non… murmura Merry, horrifié.

Pippin se rejeta violemment en arrière dans un cri muet, les mains soudées sur le globe. Sous les yeux terrifiés de ses amis, il convulsa, commença à se débattre avec virulence et désespoir, le visage crispé et défiguré par la terreur et la souffrance.

Soudain, ses jambes cédèrent et il chuta lourdement, toujours aux prises avec la sphère. D'un bond, Luana fut sous lui et amortit le choc pour l'empêcher de se fracasser le crâne contre la pierre du sol. Mais à peine eut-elle refermé ses bras sur lui qu'une douleur lancinante la transperça de part en part.

Elle se retrouva brusquement propulsée hors de son corps, aspirée, son esprit projeté dans un univers chaotique. Tout n'était que flammes et ténèbres autour d'elle. Elle se sentait malade, tourmentée. À côté d'elle, Pippin. Elle ne le voyait pas à proprement parlé. Elle le sentait juste près d'elle. Devant eux, un grand œil de feu les dominait et les écrasait. Toute son attention était jusque-là concentrée sur le pauvre Hobbit, dont l'âme se repliait sur elle-même pour tenter de se protéger.

Elle fit un mouvement pour tenter de se rapprocher de Pippin. Tant pour lui venir en aide que pour le toucher, s'assurer de sa présence, ne pas se sentir seule et terriblement isolée, en danger dans cette immensité dantesque. Aussitôt l'œil de feu la transperça de son regard furieux et mauvais. Une douleur violente, tant physique que mentale, lui arracha un cri qui se perdit dans le rugissement du brasier. C'était comme si on venait de lui plonger une tige chauffée à blanc dans le ventre, et qu'on l'agitait dans tous les sens. Quelque chose au fond d'elle remua brutalement. Un rugissement terrifiant la cloua sur place, lui vrilla les tympans et lui brouilla le cerveau.

Des flashs l'aveuglèrent tandis que des visions, qu'elle ne compris pas, se frayaient de force un chemin jusque dans son crâne. Blanc. Du blanc partout. Une bataille. Des cris. Des hurlements de loups. La douleur. Du blanc. Du blanc partout. Une voix. Une ombre. Un arbre à l'écorce éclatante qui s'assombrissait, mourait. Des paroles. Du blanc. Du blanc partout.

Elle se recroquevilla sur elle-même, luttant contre cette intrusion, chassant ces images inconnues qui se greffaient à ses pensées et s'imprimaient sur ses rétines. Mais elle ne pouvait rien faire. Elle resta là à subir les assauts de ce regard, impuissante. Les plaintes de Pippin résonnaient près d'elle. Mais elle ne pouvait rien faire pour lui. Pour eux.

Pitié… que ça s'arrête. Elle allait mourir si ça continuait. Son âme allait se déchirer ! Par pitié. ¡ Por favor !

Une nouvelle âme entra brusquement dans cet enfer. Luana eut tout juste le temps de reconnaître Aragorn, qu'elle se retrouvait de nouveau dans son corps. Hagarde, le cœur au bord des lèvres et l'estomac secoué de spasmes violents, elle resta là, le souffle coupé, le regard voilé de rouge fixant le plafond sans le voir.

Des cris résonnaient autour d'elle, mais elle ne comprenait rien de ce qui se criait. Un haut-le-cœur lui fit fermer les yeux avec force. Elle hoqueta à plusieurs reprises, mais rien ne vint. Elle sursauta à peine lorsque deux bras se refermèrent sur elle et la redressèrent, la pressant avec urgence.

- … a ! … na ! … na !

Une terreur sans nom la saisit. Nana… Où était-elle ? Elle avait été touchée ? Elle ne l'avait plus senti dans l'enfer de flammes. Plus aucune trace d'elle. Son âme était tellement chamboulée qu'elle n'arrivait plus à se focaliser sur elle… Naurofána !

« Je… suis là Luana… »

Un immense soulagement la submergea, malgré la faiblesse et la douleur dans la voix grondante et aimée. Elle sentit un sanglot la secouer. Elle avait eu si mal. Elle avait si peur. Elle ne voulait plus jamais ressentir l'absence de sa louve. Plus jamais…

- Luana !

Lentement, elle rouvrit les yeux, ses pensées se réunissant enfin. Pippin… elle devait voir comment il allait ! Et Aragorn ! Mais ses paupières étalèrent un voile poisseux et gluant qui lui couvrit la vue. Toujours malade et secouée par des frissons, elle regagna avec peine la conscience de son environnement et de son propre corps.

Des traînées chaudes lui coulaient des yeux et du nez, dégoulinant sur son visage. S'écoulaient de ses oreilles et gouttaient dans son cou.

- Luana !

Elle leva enfin un regard égaré. Deux yeux d'un bleu glacé la scrutaient avec anxiété, une main fraîche lui caressait les cheveux et essuyait le sang sur sa face. Elle laissa sa tête retomber sur le côté et découvrit tant bien que mal la scène qui s'étalait sous ses yeux. Aragorn, étendu sur le flanc et appuyé sur un coude, récupérant difficilement son souffle et ses esprits. Gimli, le soutenant, mais dans l'incompréhension la plus totale. Elden, proche de Luana, la considérant avec inquiétude. Tout autour, des hommes éveillés et hébétés, ne comprenant pas ce qu'il se passait. Plus loin, Pippin, sur le dos et inerte, le regard vide et absent. Merry penché sur lui, angoissé. Gandalf qui le repoussa violemment pour se pencher sur le crétin de Touque.

Il lui prit les mains, pâles et froides, et les frictionna, sans lâcher des yeux son visage figé comme un masque de cire. Il y posa une main et psalmodia à voix basse. Lorsqu'il la retira en une caresse, une inspiration brève et pénible souleva la poitrine du Hobbit, suivie d'un gémissement. Il jeta alentour un regard apeuré et hagard.

- Regardez-moi, ordonna doucement Gandalf en continuant de lui caresser le visage en un geste rassurant.

Il lui fallut un long moment pour se calmer suffisamment et se focaliser sur le mage. Lorsqu'il le reconnu, un soulagement teinté de douleur luisit dans ses yeux.

- Gandalf, appela-t-il d'une voix craintive et faible. Pardonnez-moi…

Il détourna le regard, à la limite de fondre en larmes.

- Regardez-moi ! Qu'est-ce que vous avez vu ? demanda Mithrandir et le forçant à rester avec lui.

- I… il y avait… un arbre blanc… dans une cour pavée. L'arbre était mort. La cité était en feu.

Oui… Luana se souvenait de l'arbre. Mais tout le reste… tout avait été si flou. Et elle n'arrivait pas à se rappeler…

- Minas Tirith. C'est ce que vous avez vu.

La terreur revint emplir le cœur de Pippin alors qu'il ouvrait la bouche pour essayer de parler. Mais les mots semblaient fuyants, refusaient de sortir. Refoulant ses larmes, il parvint après moult essais à articuler laborieusement :

- J'ai vu… je l'ai vu lui… J'ai entendu sa voix dans ma tête.

La mine déjà sombre de Gandalf s'obscurcit encore, un voile d'inquiétude et d'urgence la recouvrant.

- Que lui avez-vous dit ? s'enquit-il durement. Répondez ! le pressa-t-il devant son mutisme et la panique qui menaçait de le saisir.

Encore une fois, il fallut longtemps avant que la terreur ne laisse un filet de voix s'échapper d'entre les lèvres tremblantes du Hobbit.

- Il m'a demandé mon nom et je n'ai rien dit… il m'a brutalisé…

- Qu'avez-vous dit à propos de Frodon et de l'Anneau ?

- Rien… je n'ai rien dit… souffla Pippin.

Gandalf le relâcha enfin et poussa un profond soupir. Il laissa Merry revenir à ses côtés et se tourna vers la Nauro, toujours dans un piètre état. Il vint s'agenouiller devant elle, passant une main devant son visage en fermant les yeux. La Nauro sentit la nausée refluer et la chaleur la regagner peu à peu. Elle retrouva un rythme cardiaque et un souffle presque normal, même si une douleur persistait, quelque part en elle, sans qu'elle puisse mettre le doigt dessus. Legolas la serra un peu plus contre lui, sans doute pour compenser son relâchement musculaire.

- Qu'avez-vous vu ? la questionna Gandalf.

Elle ouvrit la bouche mais comme Pippin, la voix lui manqua. Elle avait l'impression d'avoir crié trop fort dans cet enfer et que ses cordes vocales étaient devenues deux câbles d'acier qu'un simple souffle ne pouvait faire vibrer. Elle toussota, avant de pouvoir enfin prendre la parole.

- J'ai vu l'arbre… et l'œil mais… je ne me souviens de rien d'autre, avoua-t-elle dans un murmure piteux et désolé.

- Qu'avez-vous ressenti ? la pressa-t-il en effleurant une coulée de sang.

Elle sentit sa gorge se nouer et une nouvelle nausée la saisit. Legolas lui pressa doucement les épaules en un geste rassurant. C'était fini. Elle ne devait plus avoir peur. Plus se mettre… dans cet état.

- De la terreur… comme face… Comme face aux… Nazgûls, cracha-t-elle enfin, le mot lui coûtant. Il y a eu un cri et… et c'était comme les autres fois.

Elle ne parla pas de la douleur qui l'avait retournée de l'intérieur. Sans doute Pippin aussi l'avait ressentie. Il les avait martyrisés et brutalisés. Pour avoir des réponses et par pur plaisir… Le mage blanc souffla doucement et se tourna vers le rôdeur encore groggy.

- Aragorn ?

- Je n'ai rien eu le temps de voir, si ce n'est le grand œil de feu, haleta-t-il.

Gandalf se remit sur pied et se redressa de toute sa taille, considérant chacune des personnes présentes, avant que son regard ne se pose plus particulièrement sur les membres de la Communauté.

- Reposez-vous et soyez dans la salle du trône à l'aube. Nous avons à parler. Dormez, ajouta-t-il à l'intention du Hobbit, de l'Homme et de la Nauro.

Puis il sortit, emportant avec lui le globe de cristal maudit.

Les Rohirrims, quoiqu'inquiets, se recouchèrent. Gimli et Merry remirent Pippin au lit, son cousin s'étendant à côté de lui, prêt à le veiller pour le reste de la nuit. Aragorn fut lui aussi forcé par le Nain à prendre du repos et s'étendit sur une couche à proximité de celle des Hobbits.

Legolas souleva Luana de terre, la prenant doucement dans ses bras, et la porta jusqu'à un autre lit, proche de celui qu'elle avait quitté quelques instants plus tôt. Mais lorsqu'il la déposa, elle eut un moment de panique, ses poings s'agrippant à ses habits avec désespoir. Elle n'aurait pas dû, elle s'en rappela vaguement sur l'instant. Elle ne pouvait toutefois pas le laisser s'en aller et l'abandonner seule, dans le froid et la nuit. Il ne parvint à la calmer qu'en lui assurant qu'il était là et ne partirait pas. Qu'elle pouvait dormir. Tous étaient là, près d'elle. Tous étaient sains et saufs.

Elden apparu brusquement à ses côtés. Il lui adressa un regard angoissé, accompagné d'un sourire qu'il voulait confiant. Mais Luana ferma les yeux, lasse et faible.

- Qu'est-ce qu'elle a ? s'enquit-il auprès de l'Elfe.

Il y eu un long silence au-dessus d'elle. Si ses doigts n'étaient pas refermés sur la manche de sa tunique, elle aurait pu croire qu'il était parti.

- Ce n'est rien, finit-il enfin par dire. Rien de grave.

Elden parut soulagé. Il remit à Legolas une bassine et disparut aussi vite qu'il était apparu. Elle ne chercha même pas à comprendre pourquoi. D'un tissu humide, l'Elfe lui nettoya doucement le cou et le visage. Mais le sang avait tâché sa chemise… elle était contente maintenant d'avoir pris le temps de retirer la blouse de dame Eowyn…

Cette simple pensée futile la rasséréna quelque peu. Et alors que le gant de toilette courait toujours sur sa peau pour effacer les coulées d'hémoglobine, une douce berceuse elfique s'éleva. Elle se sentit partir, vaincue, la manche de l'Elfe toujours en main.


Cela fait un moment que plusieurs personnes me demandaient si j'allais faire un POV Legolas.
Et que vous me posez des questions sur des choses qui sont prévues sous peu...
Avouez, vous avez trouvé un moyen de lire dans mes pensées comme l'une de vous l'a suggéré dans une vieille review XP

J'espère que ce POV Legolas vous a plu ^^
Je vous rassure, ce ne sera pas le dernier ;)

Réponses reviews Guest :

Waina : Tu dis ça, mais je suis sûre que ça va changer dans quelques chapitres ;P Si tu trouves les mots, dis-moi, je suis curieuse de savoir ^^ Hahaha, c'était obligée de caser la Macarena pour cette soirée ! XP Oki doki =)
A bientôt et merci pour ta review =)

Lucifer : Hi ! ... J'avais pas vraiment vu ce passage en mode barbie... tu viens de briser la beauté du moment que je m'étais naïvement imaginée x( Faut qu'il apprenne que même en étant un Elfe, il a une grosse paire de corones ! XP Mais elle croit que c'est parce qu'ils enfreignaient les règles de bienséance qu'il a réagit comme ça. Et puis il dit bien que c'est parce qu'il croyait à une agression, c'est justifié x)
Sorry dude, mais mon âme appartient déjà à la grande déesse araignée Lolth ! Lolth tlu malla !
Sayonara, et merci pour ta review =P

Guest : Hahaha ! J'ai l'impression d'être dealer de drogue quand vous réclamez comme ça : "vite ! Je veux ma dose ! Ma dose !" XP
C'est assez rapide pour toi , ;P
En tout cas, merci pour ta review et à la prochaine =)

Nezumibook : Mouhahahah XP Tu aurais préféré l'hymne barbare ou mordave peut-être ? =P
Merci pour ta review et au prochain chapitre ;)

Tsuki : Ah oui problème... Cool ! =P Ca t'a fait marrer l'explication d'Aragorn ? ^^ Coiffer une autre personne est un geste très intime chez les elfes, qu'on ne fait qu'entre parents et enfants, époux et amis très proches à l'occasion. En outre, lorsqu'une jeune elfe accepte qu'un elfe lui fasse la cous, il lui fait des tresses particulières pour déclarer à tous qu'elle accepte qu'il la courtise ;) (enfin ça c'est du bullshitage que j'ai inventé, vu que j'ai rien trouvé de concret dessus x) )
Merci pour ta review ! See you next time ;)

Arya Arathornson : Ben... si tu me lis tu dois bien savoir que si, je suis cruelle autant avec mes personnages qu'avec mes lecteurs XP C'est ce que vous aimez chez moi non ? =P Oh pardon petit cœur ! :o Ce chapitre t'apporte-t-il un peu de baume ? :/ Merci =) Ne me dis pas que toi aussi t'as chanté, voulu danser ou te servir une bière avec ce chapitre... x) Ce n'est pas moi qui est superbe, mais Luana ;)
Encore merci, et merci pour ta review =)
J'espère te revoir au prochain chapitre ! =D

Namarien : Ma mère ? Pourquoi ma mère ? XD Ou tu parles de celle de Luana ? x) Legolas n'avait qu'à pas jouer les curieux et aller voir pourquoi ils riaient =P Patience... les événements en vont pas toujours comme on veut ;P Et puis c'est tellement drôle de vous faire encore attendre un peu X3 Rater Saroumane ? Je suis sadique au point de l'envoyer à la Gay Pride, mais je sais quand un personnage mérite toute notre attention lors de sa mort X3 Ou que Legolas apprenne qu'elle n'est pas amoureuse d'Elden amis de lui ? Ce n'était absolument pas prévu ! XD Mais comme je en savais pas comment commencer le chapitre, j'ai laissé quartier libre à Luana. Et je suis pa déçue du résultat et de vos réactions =P
Merci beaucoup, et merci pour ta review =)
Bisous !