Salut à tous ! Désolée pour l'attente de ce nouveau chapitre !

Comme certains ont pu le voir, je me suis lancée dans la correction et la réécriture de la fic. Ce qui prend un peu de temps -.-'
Le chapitre 2 a été retravaillé et mis à jour si vous voulez le redécouvrir. Le fond n'a pas changé, mais j'ai tenté d'améliorer la forme et de corriger quelques incohérences. J'espère que cette remise à niveau plaira ^^

Encore une fois, merci à tous pour toutes vos reviews, vos alertes et vos favoris ! Ça me fait vraiment chaud au cœur :3

Le titre de ce chapitre est un peu bateau, mais il résumé assez bien l'idée générale x)


Chapitre 55 : Il faut qu'on parle

- Luana… réveille-toi Luana.

- Hum… j'suis réveillée Grands-Pas, bougonna-t-elle en émergeant tant bien que mal.

- Lève-toi. Gandalf nous attends.

Elle ouvrit les yeux lentement, grommelant lorsque la lumière lui brûla les pupilles. Elle referma vivement les paupières, avant de se décider à au moins se redresser. Si elle restait comme ça, elle allait se rendormir. Elle se sentait encore un peu retournée, l'estomac noué mais rien de bien terrible comparé à son état après... Elle réprima un frisson et se releva lentement. Une compresse humide glissa de son front et atterrit sur ses genoux.

- Tu as eu accès de fièvre cette nuit, expliqua-t-il alors qu'elle considérait le tissu. Comment te sens-tu ?

Il lui posa une main sur le front et son regard la scannait de haut en bas. Elle était sûre que si elle l'avait laissé faire, il l'aurait auscultée là tout de suite. Avec un petit sourire et d'un geste doux, elle repoussa sa main.

- Je vais mieux Aragorn. Et vous ? Ça va comment ?

- Je n'ai touché le Palantir qu'un instant. Il n'a rien eu le temps de me faire.

Palantir ? C'était comme ça que ce fichu machin s'appelait ?

- Comment va Pippin ?

- Beaucoup de cauchemars ont perturbé son sommeil, mais à première vue rien de plus. Je vais aller le réveiller et m'assurer qu'il n'a gardé aucune séquelle, puis nous rejoindrons Gandalf et Théoden.

- Et sinon dans tout ça vous dormez quand ? ironisa-t-elle.

Toutefois, une lueur inquiète trahit son anxiété. C'était vrai quoi ! Quand tout le monde dormait, lui veillait ou ne cessait de s'activer autour d'eux.

- J'ai dormi, lui fit-il remarquer d'un ton amusé et rassurant.

- Parce que Gimli vous y a obligé ! Et encore une fois vous êtes debout avant tout le monde.

- Pas tout le monde...

Elle haussa un sourcil avant de comprendre. Il parlait de Théoden, Gandalf... et Legolas. L'Elfe n'était nulle part en vue. Mais Luana se souvenait parfaitement qu'il avait été là quand elle s'était endormie… il aurait eu du mal à bouger sur le moment, vu qu'elle lui tenait la manche…

Hostia… qu'avait-elle fait ?

Elle resta aussi imperturbable que possible sous le regard d'Aragorn, mais elle sentait qu'il pensait bien plus qu'il n'en disait. Oh non… pourvu que Legolas ne lui ait rien raconté sur ce qu'il s'était passé la veille…

- Il faut que nous parlions toi et moi. Après que nous ayons conversé avec Gandalf.

Mierda.

Elle acquiesça en silence. Le rôdeur lui tapota l'épaule pour l'encourager à se lever et se tourna vers les deux Hobbits. Merry ne dormait pas, malgré les profonds cernes qu'il avait sous les yeux. Il avait veillé son cousin toute la nuit. Elle les écouta vaguement discuter, regardant Grand-Pas ausculter Pippin, avant de soupirer, tant de soulagement de les voir indemnes, que de lassitude anticipée.

Elle souhaitait avoir une discussion avec Aragorn depuis plusieurs jours déjà, parce qu'elle était inquiète pour leur Elfe. Et voilà que celui-ci allait cafter.

Luana savait déjà ce qu'il allait lui dire et ça la saoulait d'avance. Certes, elle avait promis de faire des efforts pour s'adapter, de retenir ses élans. Mais pour elle, jamais cette promesse n'aurait dû impacter sa relation avec Elden. Moins encore maintenant que toute ambigüité avait été soufflée. Il fallait espérer qu'il comprendrait que ce baiser était une mise au point entre eux… plus ou moins. Et puis, Aragorn ne pouvait pas lui interdire de ne plus agir comme elle le faisait avec le Rohirrim. Pas alors qu'elle agissait de la même façon avec Gimli, les Hobbits et lui.


- Il n'y avait pas de mensonge dans les yeux de Pippin.

Gandalf posa un regard sévère sur le Hobbit. Regard qui s'adoucit tandis qu'un sourire naquit sur ses lèvres.

- C'est un crétin. Mais un crétin honnête au moins.

Pas très cool pour lui, même si Luana ne pouvait contredire le mage sur ce coup-là. Elle baissa les yeux sur Pippin. Il avait l'air assez misérable assis sur son banc comme un enfant pris en faute, qui attendait que les grandes personnes choisissent sa punition. Espérant qu'on ne le priverait pas de dessert au repas.

Il l'avait cherché… Ils avaient été deux à lui dire de laisser ce maudit globe là où il était. Si Gandalf dormait avec, c'était pour une bonne raison. Pourtant, elle se sentait désolée pour lui. Vraiment désolée. Elle savait à quel point le mage pouvait être dur. Et se retrouver sur le banc des accusés pour une faute qu'il ne comprenait pas tout à fait devait être pénible pour le Semi-Homme.

Merry échangea un regard avec elle, l'air grave. Pippin ne comprenait vraiment pas l'ampleur de son erreur. Son cousin en revanche… C'était pourquoi il était si sombre et si inquiet.

- Il n'a rien dit à Sauron sur Frodon et l'Anneau.

Une vague de soulagement parcourut les différents membres de la Communauté. Ils avaient beau l'avoir entendu de la bouche de Pippin durant la nuit, ils avaient tous besoin de la confirmation du mage pour être rassurés. Si l'ennemi ignorait que Frodon se rapprochait de lui, il y avait encore de l'espoir.

En revanche… elle contempla longuement le Semi-Homme. Il était le plus jeune des quatre Hobbit. Il était insouciant. On aurait pu le croire encore enfant. Sans doute n'avait-il pas compris les conséquences de son silence face à Sauron…

- Et nous avons été étonnement chanceux. Ce que Pippin et Luana ont vu dans le Palantir n'est qu'un aperçu du plan de notre ennemi.

La Nauro tourna toute son attention sur Gandalf. Ce qu'ils avaient vu ? Ah oui, l'arbre ! Même si elle ne voyait pas ce qu'il pouvait représenter, elle se souvenait parfaitement de la bataille qui faisait rage tout autour. Sauron allait attaquer, elle ne savait où.

- Sauron s'apprête à attaquer la cité de Minas Tirith.

La sentence du mage tomba sur l'assistance telle un couperet. La consternation marqua les faces avant de virer à l'inquiétude et la préoccupation. L'abattement s'abattit sur les épaules d'Aragorn, pesant de tout son poids pour le faire ployer et courber. Mais le rôdeur y résista tant bien que mal, restant aussi droit que ses forces le lui permettaient.

De l'autre côté de la salle, Luana crispa les poings, les mâchoires serrées. Minas Tirith. La capitale du Gondor… La cité tant aimée de Boromir, qu'il avait promis un jour de lui faire visiter. Là où se trouvait le trône sur lequel elle avait promis d'assoir Aragorn. Le royaume que le rôdeur s'était juré de protéger. Son royaume.

- Sa défaite au gouffre de Helm lui a montré une chose, continua Gandalf, imperturbable, en se tournant vers le rôdeur. L'héritier d'Elendil approche. Les hommes ne sont pas aussi faibles qu'il le supposait. Ils ont encore de la bravoure et assez de forces pour le défier. Sauron craint cela. Il ne prendra pas le risque de voir les peuples de la Terre du Milieu s'unir sous une seule bannière. Il rasera Minas Tirith jusqu'à la dernière pierre, plutôt que de voir le retour d'un roi sur le trône.

L'étincelle d'espoir que l'angoisse de Sauron avait allumée, Gandalf la souffla aussitôt d'un brusque rappel à la réalité. L'ennemi était sans pitié et cruel. Il écraserait absolument tous ceux qui pourraient se dresser face à lui, avant même que l'idée de s'unir ne fasse son chemin chez les alliés.

Luana ferma les yeux. Toute cette histoire lui rappelait la Seconde Guerre mondiale. Sauron avait tout d'un parfait Hitler à ses yeux. Si l'ennemi récupérait l'Anneau, ce serait aussi catastrophique que si l'Allemagne avait inventé la bombe nucléaire avant les Américains.

- Si les feux d'alarmes du Gondor sont allumés, le Rohan doit se tenir prêt à entrer en guerre.

Les feux d'alarmes. Elden lui en avait parlé. C'était une succession de postes de guet disséminés dans les montagnes qui séparaient le Rohan du Gondor, tous pourvus d'un immense bûcher. Si l'une des deux cités allumait son feu, c'était toute une traînée lumineuse qui s'allumait dans les brumes montagneuses, pour envoyer un appel à l'aide à son alliée.

Ils s'allumeraient à coup sûr dans les jours à venir. Le calme était fini, ils allaient devoir tous se préparer au combat.

- Dites-moi, commença lentement Théoden. Pourquoi devrions-nous courir au secours de ceux qui ne sont pas venu au nôtre ?

… non… Non… Non ! Il n'allait pas recommencer ! Luana commençait à peine à éprouver un minimum de respect pour lui, et voilà qu'il fichait tout par terre en jouant de nouveau au roi des c…

« Luana calme-toi » gronda Naurofána d'une voix fatiguée. « Ne peux-tu pas comprendre par toi-même qu'il ne veut pas imposer à son peuple une guerre après la bataille que tous viennent de vivre ? »

« Nana, c'est exactement ce que les pays de l'Alliance ont fait après la première guerre mondiale : ils ont refusé de se bouger les fesses face à Hitler et se sont alliés au dernier moment, alors que la menace aurait pu être contrôlée bien plus tôt ! Fais le calcul ! Combien de millions de morts auraient pu être évitées ? »

« Il n'y a aucun moyen de le savoir, car nous ne pouvons dire comment les choses auraient tourné si l'Alliance s'était formée plus tôt. »

« Mais Nana ! Imagine que parce que le Rohan reste bien au chaud chez lui, le Gondor tombe ! Combien de temps faudra-t-il au Mordor pour s'étende jusqu'ici ? »

- Que devons-nous au Gondor ? continua à s'enfoncer Théoden.

L'aide de leur roi peut-être ? Aragorn n'avait à aucun moment hésité à venir à leur secours ! Il les avait conseillés, s'était battu pour eux et avec eux !

- Je vais y aller, déclara brusquement ce dernier.

- Non ! le contredit Gandalf.

- Ils doivent être prévenus !

- Ils le seront.

Le mage blanc s'approcha du rôdeur et murmura tout bas. Par ses oreilles de louve, Luana entendit très clairement ce qu'il lui souffla.

- Vous vous rendrez à Minas Tirith par une autre route. Une route sur laquelle l'ennemi ne vous attendra pas.

Aragorn lui lança un regard pénétrant, cherchant à comprendre le sens de ses mots. Mais déjà, Gandalf lui tournait le dos.

- Comprenez ceci : les choses qui sont en mouvement ne peuvent être arrêtées. Je vais aller à Minas Tirith. Et je ne vais pas y aller seul.

Le regard du mage se planta droit sur Pippin, qui se ratatina brusquement sur son siège.

- Prenez vos affaires, Peregrin Touque. Nous partons sur l'instant.

Gandalf fila aussitôt vers les portes. Merry fit signe à Pippin de se lever et tous deux prirent la direction de la chambre. Luana leur jeta un regard hésitant, avant de lever les yeux vers les autres. Aragorn, Legolas et Gimli s'étaient écartés et chuchotaient entre eux. Théoden quant à lui disparut en se coulant par une petite porte, cachée derrière son trône.

La Nauro hésita encore quelques secondes, avant de pousser un lourd soupir et de se décider. Pippin et Gandalf n'allaient pas partir dans la minute qui suivrait. Ils devaient rassembler leurs maigres possessions, prendre des vivres et préparer Gripoil. Ça lui laissait un peu de temps. Enfin, elle l'espérait.

Elle emboîta le pas au roi et se glissa furtivement par la petite porte. Dans le couloir devant elle, Théoden, suivi d'Eomer et Gamelin. Hostia, elle aurait préféré le voir seul à seul. Mais il fallait battre le fer tant qu'il était encore chaud. Plus tard, il serait trop tard.

- Roi Théoden ?

Les trois hommes se retournèrent vers elle d'un même mouvement. Si Théoden et Gamelin la considérèrent d'un œil sévère et défiant, Eomer l'encouragea d'un discret signe de tête. Apparemment, elle lui avait fait bonne impression la veille. Peut-être devrait-elle trinquer avec les deux autres pour les détendre…

Elle s'approcha encore un peu avant de s'arrêter à une distance respectueuse. Plantée devant eux au milieu du couloir, elle ne baissa pas les yeux comme elle aurait sans doute dû le faire. Non, elle les regarda droit en face, ayant besoin qu'ils comprennent le poids de ses mots.

- Je sais que mon jugement n'a aucune valeur à vos yeux, commença-t-elle lentement en se concentrant sur Théoden. Et vous avez raison. Après tout, je ne connais presque rien de ce monde. Mais je connais l'histoire du mien. Et je ne peux pas rester les bras croisés quand je la vois se répéter.

Il ne sembla pas vouloir l'interrompre ou l'envoyer voir ailleurs. Bien… Prenant une grande inspiration, Luana commença tant bien que mal à lui conter les heures les plus sombres du XXe siècle. Elle passa rapidement sur la Première guerre mondiale, n'ayant besoin que de poser les bases et le contexte. Puis elle parla d'un pays, l'Allemagne, que la misère rongeait. Elle décrivit l'ascension d'un homme au pouvoir, l'idéologie de son parti. Elle n'entra pas dans les détails, n'expliqua pas le système politique de la république de l'époque. Puis vint la partie difficile, celle où le roi du Rohan risquait le plus de se contrarier et de la couper. Mais il se contenta d'un froncement de sourcil, la laissant continuer son récit. Elle expliqua la création du IIIe Reich. Comment son pays à elle était resté en retrait, refusant le conflit. Comment il était tombé aux mains des Nazis après que le peuple français ait élu le mauvais homme.

Et oui, elle ne cacha pas dans son récit les faiblesses de la république, et les erreurs faites par le peuple. Cette franchise sembla toucher le roi. Mais ce qui le frappa plus encore, ce fut lorsqu'elle décrivit les horreurs commises au nom d'une race supérieure. Elle ne s'étendit pas sur la fin de la guerre, expliquant juste que ce fut grâce à l'alliance de divers pays qu'ils purent enfin libérer les territoires occupés, au bout de plusieurs années.

La gorge un peu sèche, Luana arriva enfin au terme de son histoire. Après une dernière inspiration, elle attaqua sa conclusion.

- Je sais que vous ne voulez pas conduire votre peuple dans une nouvelle guerre. Il a bien assez souffert. Mais vous êtes dans ce moment charnière où il faut faire un choix : se battre, ou attendre de voir l'ennemi arriver à vos portes, en gardant à l'esprit les horreurs commises dans les royaumes déjà conquis.

Face à elle, Théoden resta silencieux et impassible. Derrière lui, Eomer et Gamelin la considéraient d'un œil indéchiffrable. Avec un petit raclement de gorge, elle se pencha en avant en un salut maladroit.

- Je vous remercie de m'avoir écoutée.

Elle fit volte-face, mais à peine eut-elle fait quelques pas que la voix du roi l'arrêtait.

- À quand remontent ces événements ?

Lentement, elle se retourna vers lui.

- Environ soixante-dix ans.

- Et depuis, votre pays est-il en paix ?

Un sourire triste étira les lèvres de la Nauro alors qu'elle songeait à son monde, à tout ce qu'il s'y était passé, devait encore s'y passait en cet instant et ce qu'il s'y passerait les années à venir.

- Mon pays n'a plus connu de guerre sur son sol. Mais mon monde n'est pas pour autant en paix.

Tiens… c'était la deuxième fois depuis le début de la conversation qu'elle avouait venir d'un autre monde, et non pas d'un pays lointain. Après tout, c'était le plus simple pour expliquer les deux guerres mondiales. Étrange qu'ils n'aient pas relevé. Sans doute n'y avaient-ils pas prêté attention ou n'avaient-ils pas compris. Théoden la congédia d'un signe de tête et elle repartit sans un mot.

« Je suis fière de toi Luana » gronda doucement Naurofána, « même si ta conclusion manquait de finesse, tu as su garder ton calme, rester respectueuse et lui exposer ton point de vue avec des arguments valides. »

« Pour ce à quoi ça va servir… » soupira intérieurement la Nauro. Mais elle ne s'attarda pas plus sur la question.

Elle ne pensait pas autant s'étaler sur le sujet, ni que son exposé lui prendrait autant de temps. Elle ne croyait même pas que Théoden l'écouterait en premier lieu. Et maintenant, elle craignait que Gandalf et Pippin soient déjà partis. Elle traversa d'un pas rapide la salle du trône, se contint dans les couloirs, et descendit enfin les grands escaliers de pierre en cavalant. Elle s'arrêta devant les écuries, mais il n'y avait déjà plus de trace du mage ou des Hobbits.

¡ Mierda !

Elle courut jusqu'aux remparts mais stoppa sa course lorsqu'elle vit Merry et Aragorn en descendre. Le Semi-Homme arborait un sourire humide, cachant tant bien que mal sa peine et son angoisse. D'un pas plus lent, elle les rejoignit. En silence, ils remontèrent tous les trois vers le château, la main de la Nauro ne lâchant pas l'épaule du Hobbit, qu'elle pressait doucement en un geste réconfortant.

Lorsqu'ils furent arrivés en haut des marches, Luana guida d'autorité Merry vers la chambre commune. Tous les lits avaient été vidés depuis un moment déjà. Elle obligea le Hobbit à s'assoir sur sa couche et sortit, pour revenir quelques instants plus tard, un plateau chargé de restes de la veille à la main. Pas top comme petit déjeuner, mais elle n'avait rien trouvé de mieux aux cuisines, dont elle avait été rapidement chassée par les cuisinières affairées. Les pauvres, elles avaient tout un régiment à nourrir au déjeuner.

Toujours était-il que les deux comparses petits-déjeunèrent en silence sur la couche. Ils n'avaient même pas eu le temps de manger avant de rejoindre Gandalf. Pippin était parti le ventre vide… le pauvre devait mourir de faim en cet instant, en plus d'être cahoté dans tous les sens sur le dos de Gripoil. Dès qu'il ne resta plus une goutte de sauce dans les assiettes, Luana força Merry à se coucher et dormir un peu. Après la nuit qu'il avait eue et le départ de son inséparable cousin, il en avait bien besoin.

Elle resta un long moment à ses côtés, attendant qu'il s'endorme, et se releva sans bruit, sortant de la salle et refermant la porte sans bruit, le plateau à la main. Dans le couloir, Aragorn l'attendait, adossé au mur. Elle poussa un petit soupir et lui fit signe d'attendre là le temps qu'elle rapporte à la cuisine la vaisselle. Elle serait bien restée pour nettoyer tout ça elle-même et gagner quelques minutes, mais elle fut de nouveau courtoisement virée de là, sous prétexte que ce n'était pas à une personne de son rang de s'en occuper. Vive le titre de princesse…

Elle retrouva le rôdeur là où elle l'avait laissé et tous deux allèrent dehors en silence. Ils s'assirent sur la pierre froide, les jambes pendant dans le vide. Sous eux s'étendaient les maisonnettes de la cité. Ses habitants s'activaient dans les ruelles, les enfants jouaient, les soldats patrouillaient. La vie avait repris son cours avec une facilité déconcertante.

- Je crois comprendre à ton silence que tu sais de quoi nous avons à discuter.

Elle laissa tomber la tête sur son torse, ses espoirs abattus en plein vol. Elle espérait qu'il savourerait un peu l'instant présent avant d'attaquer...

- Legolas est allé vous raconter qu'Elden et moi on s'est embrassé.

- Tu es en colère ? demanda-t-il avec surprise.

Étrangement, oui elle était en colère contre l'Elfe. Elle s'était sentie blessée qu'il aille croire qu'elle était une fille facile ou incapable de repousser des avances. Si c'avait été un autre, c'aurait était chiant mais tant pis... Là c'était l'homme qu'elle aimait. Et puis, c'était idiot, mais elle avait ressenti son acte comme de l'égoïsme. Elle avait du mal à l'expliquer. Peut-être le ressentait-elle de la sorte parce qu'il avait interrompu ce qui aurait pu être le début d'une autre histoire. Que lui, qui avait perdu tout espoir d'amour avec la mort de son aimée, l'avait plus ou moins privée d'une autre chance.

Mais elle ne pensait pas que ça se sentirait autant dans sa voix.

- Oui, je suis en colère, avoua-t-elle. Parce que je suis prête à parier qu'il n'a rien dit sur son comportement à lui !

L'étonnement grandit chez le rôdeur, confirmant que Legolas ne lui avait pas tout raconté.

- Il a traité Elden comme un violeur en le plaquant contre un mur et en le secouant comme un prunier. Sérieusement Aragorn, je passe pour une fille facile aux yeux de tout le monde ?

Elle laissa la frustration et l'irritation faire trembler sa voix. Ces histoires commençaient à la fatiguer. Et le silence éloquent de Grand-Pas ne l'aida pas à se sentir mieux.

- OK merci…

- Luana, j'ai bien compris que chez toi, cela paraît normal et que d'un point de vue… moral, tu n'agis pas en mal. Mais les choses sont différentes ici.

- Ouais je sais. Gamelin me l'a bien fait sentir. Et pourtant y avait rien de déplacé ! Tsss, c'est avec ce genre de scènes que je vois à quel point vous êtes prudes ici, comparé à là d'où je viens. Je suis sûre que j'en connais plus sur le sexe que la plupart des membres de la Communauté… et pourtant je suis vierge !

- Luana !

La Nauro ne put s'empêcher d'éclater de rire devant la mine déconfite d'Aragorn. Il était clairement gêné par la tournure de la conversation et choqué par ses propos. S'il savait… elle n'avait rien dit de vraiment dégueu pour le moment. Un ricanement grinçant lui échappa lorsqu'elle repensa aux discussions qu'elle avait pu avoir avec Samantha. Pas pudique pour deux sous, son ex meilleure amie n'avait jamais hésité à lui raconter sa vie sexuelle. À tel point que Luana avait dû mettre le holà plusieurs fois, ne voulant pas connaître tous les détails. Aragorn aurait eu les oreilles en sang s'il l'avait entendue parler aussi crûment.

- Désolée. Chez moi on a carrément des cours où on nous parle de « reproduction ». Estimez-vous heureux que j'aie modéré mes propos et que je n'aie pas chanté de chansons paillardes.

Il secoua la tête, complètement dépassé et désabusé. Elle avait été élevée comme ça, il ne pouvait pas s'opposer à ça. Au moins, il était désormais assez déstabilisé pour qu'elle pousse un peu la conversation dans un sens moins gênant pour elle.

- Aragorn, je sais que si c'était Gamelin qui nous avait surpris à ce moment-là, Elden serait en train de récurer les boxes ou aurait eu le droit à quarante-huit heures de garde non-stop. Mais… fallait qu'on le fasse. Ça nous a permis d'éclaircir les choses.

Il ouvrit la bouche pour intervenir, visiblement mécontent qu'elle prenne les choses dans ce sens-là. L'étincelle de déception qu'elle vit dans ses yeux la poussa plus encore à lui expliquer avant qu'il ne puisse parler, aussi leva-t-elle aussitôt la main pour l'arrêter.

- Minute ! Laissez-moi expliquer avant de juger, s'il vous plaît ! C'est vrai que ça fait des jours qu'avec Elden on se cherche et on joue. On flirt quoi. J'ai compris y a pas longtemps que j'étais… pas amoureuse de lui. Mais qu'on se soit embrassé m'a permis d'en être vraiment sûre, que je ne voulais pas de lui autrement que comme un ami. Et lui aussi ! On a tous les deux eu l'impression d'embrasser son frère ou sa sœur !

À sa grande surprise, Aragorn poussa un soupir… soulagé ? La déception dans son regard disparut, ses yeux se radoucirent. Il se permit même un petit sourire et l'attira contre lui. Étonnée, elle se laissa faire et vint poser sa tête sur son épaule.

- Je crains de ne jamais m'habituer à ta façon de faire Luana, soupira-t-il d'un ton mi-fatigué, mi-amusé.

Elle venait de louper quelque chose. Elle en était persuadée ! Deux secondes plutôt, il en était presque à la bouder, et là il lui faisait un câlin, content pour une raison qu'elle ne comprenait absolument pas ! Qu'avait-elle dit ?

- Heu… ok… marmonna-t-elle au bout d'un moment, toujours perturbée. Et sinon, vous n'avez pas peur qu'on prenne mal le fait que je sois collée à vous là ? Eowyn vous fait de l'œil après tout…

- Je te demande pardon ?

Aragorn la relâcha et la considéra d'un air aberré. Non… genre il n'avait rien vu !

- Vous déconnez là… murmura-t-elle en se redressant lentement. Vous n'avez vraiment rien vu ?

- De quoi parles-tu donc ?

Ah, il était de nouveau gêné.

« Je pense qu'il a perçu son petit jeu mais s'est refusé d'y prêter attention pour ne pas l'encourager. Tant et si bien qu'il a vaguement conscience de ses avances sans pour autant les interpréter comme telles. »

- Grand-Pas, vous savez une femme ne va pas laisser tomber un aussi beau morceau tant que vous ne lui aurez pas dit non une bonne fois pour toute. Vous lui avez juste dit que vous aimiez Arwen, et comme Eowyn croit qu'elle est partie pour Valinor, elle veut tenter sa chance.

Il baissa le regard, à la fois embarrassé et blessé. Hostia… Elle n'aurait pas dû présenter les choses dans ce sens-là. Maladroitement elle revint se coller contre lui, passant un bras autour de ses épaules et posant sa tête contre la sienne.

- Elle n'est pas partie, Grand-Pas. Et elle ne partira pas, pas sans vous.

- Qu'en sais-tu ? demanda-t-il faiblement en la laissant faire.

- Elle vous aime. Vivre sans vous ce serait comme mourir pour elle. Elle vous attend et vous attendra encore le temps qu'il faudra, je le sais.

Toujours tête contre tête, il tourna doucement le regard vers elle, juste assez pour se retrouver les yeux dans les yeux. Il semblait un peu plus rasséréné, même s'il ne la croyait pas. Il restait persuadé d'avoir perdu à jamais celle qu'il aimait. Pauvre Aragorn…

- Il est fort étrange de t'entendre parler ainsi.

- Pas assez fin c'est ça ? plaisanta-t-elle.

Il resta silencieux, se contentant de la contempler, comme s'il cherchait à lire en elle, à la recherche d'une information. Luana ferma doucement les yeux et inspira. Maintenant que ça c'était dit et que le problème avec Elden était réglé, il restait un point à aborder.

- Il y a une autre raison pour laquelle j'en veux encore un peu à Legolas… souffla-t-elle tout bas.

- Laquelle ?

Elle baissa le regard, ses doigts allant jouer nerveusement dans une de ses mèches noires, dont elle avait défait les tresses. Elle avait peur d'en dire trop. Il ne fallait pas qu'il puisse comprendre ses sentiments profonds pour l'Elfe. Grand-Pas n'avait pas besoin qu'elle rajoute ses propres histoires de cœur au fardeau qu'il traînait déjà.

- J'ai l'impression qu'il s'est servi d'Elden comme défouloir à ce moment-là. Je sais bien qu'il souffre et que la mélancolie le gagne depuis la mort de Lindoïlin. J'ai peur pour lui…Mais ça ne lui donne pas le droit de traiter Elden comme il l'a fait !

Aragorn eut un mouvement de recul, surpris. Mal à l'aise, elle le regarda s'éloigner un peu, assez pour qu'il puisse la regarder bien en face. ¡ Joder ! Elle en avait trop dit. Elle n'aurait pas dû avouer qu'elle avait peur que la mélancolie n'emporte leur Elfe, qu'elle craignait de voir celui qu'elle aimait disparaître par amour pour une autre.

- Lindoïlin ?

L'incompréhension dans sa voix interloqua la Nauro, qui fronça les sourcils. Il ne pouvait pas ne pas avoir compris ! C'était pourtant si évident !

- Aragorn, Legolas aimait Lindoïlin ! Maintenant qu'elle… qu'elle n'est plus là, il va…

Elle se mordit la lèvre, de plus en plus mal devant le regard du rôdeur, surtout lorsqu'un éclair de compréhension le traversa. Et si elle n'avait pas déjà été assise, elle serait probablement tombée sur le cul lorsqu'elle le vit rire doucement en secouant la tête. Bizarrement, elle avait l'impression de le désespérer, là tout de suite… Mais lorsqu'il releva les yeux vers elle, ils étaient emplis de tristesse.

- Il n'y a jamais eu d'amour entre Legolas et Lindoïlin, Luana.

- Quoi ?!

Son cri attira l'attention des gardes postés devant les portes du château. Elle leur fit un petit signe d'excuse rapide, avant de se reconcentrer sur Aragorn.

- C'est pas possible… vous les avez vu à Caras Galadhon ? Ils se lâchaient pas ! De vrais aimants ! C'est pas possible qu'il n'y ait rien eu entre eux !

- Je pensais qu'il n'y avait rien de plus que de l'amitié entre Elden et toi.

… un point pour lui. Mais pourtant… elle était persuadée que…

- Vous en êtes sûr ?

Elle devait en avoir la certitude. Car si ce qu'il disait était vrai… elle sentit son cœur faire un saut en son sein. C'était horrible pour Lindoïlin mais un espoir violent menaçait de la submerger.

- Lindoïlin et Haldir étaient fiancés.

L'espérance et l'allégresse qui enflaient en elle furent soufflées comme deux flammèches par la bise cinglante. Un bloc de glace lui tomba dans la poitrine et elle se sentit frissonner, nauséeuse. Lindoïlin et… Haldir ? Mais alors ça voulait dire que… que le capitaine des Galadhrims allait…

Elle chercha du réconfort dans le regard d'Aragorn, mais n'y trouva que peine et douleur.

- Il va… souffla-t-elle difficilement.

- Il se battra et protégera les bois de la Lothlórien tant que l'on aura besoin de lui. Mais lorsque sa mission prendra fin, il partira pour les Terres immortelles.

Et il ne prendrait pas la mer pour s'y rendre. Il prendrait le chemin le plus court, en empruntant le raccourci des cavernes de Mandos. Il n'aurait rien à faire. Juste à se laisser emporter par la mélancolie.

- Ils sont fiancés depuis plusieurs années déjà, enchaîna-t-il. Chez les Elfes, les fiançailles ne durent qu'un an. Mais tous deux ont fait le vœu de ne se marier qu'une fois la Terre du Milieu en paix.

Une larme solitaire coula le long de la joue de la Nauro. C'était horrible. Cette histoire était d'une tristesse infinie. Même si elle savait que tous deux se retrouveraient dans la mort… elle ne pouvait pas imaginer leur souffrance. Mais elle s'interdit de verser plus de larmes. Haldir allait se battre et resterait debout tant que l'on aurait besoin de lui. Il ne voudrait pas que l'on pleure sur son sort.

Tous deux tombèrent dans un lourd silence.

Luana ne sut plus ce qu'elle ressentait. De la peine et du chagrin pour ces deux Elfes si fidèles et droits. De la joie et du soulagement de savoir que Legolas n'aimait pas la demoiselle de Lorien. Du dégoût et du mépris pour elle-même d'être heureuse de cette nouvelle, alors qu'Haldir en souffrait.

Elle se frotta les yeux, tentant de chasser la migraine qui commençait à poindre derrière. Bien sûr, Naurofána resta en retrait, comme chaque fois qu'elle voulait la laisser se dépatouiller avec ses sentiments. Elle aurait aimé un peu plus de compassion et d'aide de la part de sa louve. Au moins un conseil quoi.

Elle souffla longuement, laissant l'air quitter ses poumons dans un sifflement léger, avant de les remplir lentement.

- … Aragorn ? appela-t-elle enfin.

- Oui ?

- Qu'est-ce qu'il va se passer, une fois que tous les Elfes seront partis ?

Elle s'était déjà posé cette question plusieurs fois. Jusque-là, elle l'avait gardée pour elle. Mais après avoir rassuré Aragorn sur le fait qu'Arwen n'était pas partie pour Valinor, et avoir appris que Lindoïlin et Haldir ne seraient ensembles qu'une fois tous les deux passés de l'autre côté, elle avait besoin de la poser à voix haute. Qu'on lui réponde.

- Je n'en ai aucune idée, murmura Grand-Pas. Nul ne peut le dire.

Ah… Elle aurait aimé une réponse un peu plus construite. Malheureusement, c'était une question à laquelle seul l'avenir pouvait vraiment répondre. Gandalf aurait peut-être pu lui apporter quelques pistes. Dommage qu'il soit déjà si loin…

- J'ai une théorie…

Le rôdeur porta sur elle son attention, intrigué.

- Je vous ai déjà décrit le monde d'où je viens… commença-t-elle doucement. Là-bas, on a pas de magie, mais la technologie. Des machines qui de plus en plus font tout à notre place. En fait, là d'où je viens, le monde a beaucoup plus évolué en deux mille ans d'histoire que ne l'a fait la Terre du Milieu depuis sa création…

- Vraiment ? Comment est-ce possible ?

Oui, comment ? Ça aussi, c'était un point sur lequel elle s'était beaucoup questionnée. Comment expliquer qu'un monde ait évolué plus qu'un autre ? Qu'est-ce qui avait fait la différence ? Qu'y avait-il dans un monde et pas dans l'autre, qu'elle était cette chose que l'autre n'avait pas ?

- … je dis peut-être des bêtises, mais je crois que c'est justement parce qu'ici, vous avez des Elfes. Des êtres immortels. Je veux dire, vous suivez quand même beaucoup les Elfes, ou mêmes les Istari. Ce sont eux les sages et les principaux détenteurs du savoir ici. Aussi bien les Hommes que les Nains les écoutent dans une certaine mesure. Sauf que voilà, pour moi, l'immortalité, c'est stagner. La mortalité, c'est le progrès.

- Je ne te suis pas, avoua Aragorn, fort intéressé par son propos.

- Ben… les Elfes ont beaucoup de savoirs mais… ces savoirs stagnent. Ils ne cherchent pas à aller plus loin. Chez moi en revanche, de génération en génération, on ne cesse d'innover. Je me souviens d'un truc qu'avait dit un jour mon prof de SVT : une entité immortelle sera une entité qui s'auto-suffira. En revanche, une entité mortelle, pour perdurer dans le temps, va transmettre son savoir à sa descendance. Je sais les Elfes font la même… mais comme parents et enfants, et même petits-enfants, arrière-arrière-petits enfant peuvent cohabiter dans la même époque, il n'y a pas vraiment d'évolution. C'est plus une pérennisation du savoir acquis. Chez les humains, ça va beaucoup plus vite. Parce que les hommes veulent toujours aller plus loin que la génération précédente, faire mieux que ce qui existe déjà. C'est une vraie course intellectuelle à la recherche, au développement, à la compréhension du monde. Et à sa destruction…

Elle-même trouvait son propos flou et brouillon. Elle n'arrivait pas à organiser sa réflexion d'une façon réellement claire et sensée. Toutefois, Aragorn semblait saisir l'idée générale, et c'était le plus important pour le moment.

- Je pense que si les Elfes ne cherchent pas à aller plus loin dans le savoir, c'est parce qu'ils ont conscience de ne pas avoir besoin de plus. Et c'est pour ça que votre monde est protégé pour l'instant. La plupart des peuples sont à leur écoute donc tant qu'ils seront là, les choses resteront comme ça, et c'est pas plus mal. Mais quand ils partiront, j'ai peur que les hommes suivent la même voie que ceux de chez moi. Les Elfes ont appris à vivre avec leur environnement. Les Hommes le façonnent comme ça les arrange. Je ne veux pas que ce monde devienne comme celui que j'ai quitté.

- Pourquoi as-tu si peur ? Ce monde n'est pas près de voir le jour. La Terre du Milieu ne changera pas aussi radicalement.

- Aragorn… je suis immortelle maintenant, ricana-t-elle d'un ton un peu grinçant. Si je ne me suicide pas au bout de deux cents ans parce que je ne le supporte plus, je vais bien finir par voir ce monde arriver. Même si ça prend plusieurs siècles ou millénaires.

Le rôdeur prit un instant de réflexion avant d'opposer son point de vue.

- Ce que tu dis a peut-être un fond de vérité. Toutefois, comme tu l'as fait remarquer, il n'y a aucune magie là d'où tu viens. Nos deux mondes sont différents l'un de l'autre et ne peuvent suivre le même chemin. En outre, les Elfes ne sont pas les seuls détenteurs du savoir. Les Nains et les Hommes ont leurs propres savants. Malheureusement en ces temps obscurs, la science, l'art et la culture sont relégués au rang de divertissements.

- Ce qui ralentit le progrès… conclut Luana.

- Exactement.

Elle acquiesça doucement. Sa théorie ne voyait pas assez large pour prétendre toucher la vérité, ne fusse que du bout des doigts. Mais plus tard, quand elle aurait l'esprit un peu plus libre et qu'elle connaîtrait mieux le Terre du Milieu, elle se pencherait un peu plus sur la question. Elle méritait d'être creusée un peu plus loin.

Ils restèrent encore un moment assis côte à côte, sans parler. Même si Luana aurait aimé lui poser encore quelques questions, elle garda le silence, n'ayant pas envie de briser cet instant de quiétude. Sa simple présence était agréable. Mais au bout d'un moment, Gamelin surgit près d'eux, très solennel, et pria Aragorn de le suivre. Le rôdeur s'excusa auprès d'elle, se releva et disparut à la suite de l'homme-poiscaille.

Restée seule, la Nauro soupira. Et maintenant ? Elle ne savait pas dans combien de temps ils repartiraient. Sans doute prochainement. Aragorn était tendu et inquiet pour le Gondor. Si Gandalf n'avait pas interféré, ils seraient déjà en route. Ou alors devraient-ils attendre un signe du mage ? Elle regrettait de ne pas avoir demandé à Aragorn. Tant pis, elle lui poserait la question au déjeuner.

« Nana, tu veux aller chasser ? »

Ça faisait plusieurs jours qu'elle n'avait pas mangé et Luana lui avait promis une bonne partie de chasse. Ça leur ferait du bien, en plus de leur permettre de tester leur mobilité avec leur patte blessée.

« Non, pas aujourd'hui ! »

La réponse fut si tranchante et incisive que la Nauro en resta là comme deux ronds de flanc.

« Pourquoi ? » s'enquit-elle inquiète et vexée, comme une petite fille qui ne comprenait pas pourquoi on la privait de sortie.

« Parce que je vais essayer de consolider les os au niveau de la fracture. Tu ne voudrais pas qu'il casse en pleine chasse. »

… en effet. Elle déglutit à la simple idée d'une patte qui cédait soudain, l'os transperçant le pelage blanc. Elle avait déjà expérimenté sous forme humaine, elle voulait éviter sous forme animale.

« Ok, j'ai compris… demain ce sera bon ? »

« Peut-être. Je te dirais au réveil. »

« Ok… » répondit-elle, surprise face au ton un peu sec de sa louve. Elle semblait contrariée. Et mieux valait ne pas poser de questions dans ces moments-là, elle l'aurait tout simplement houspillée en lui disant d'arrêter de s'inquiéter pour rien…

Après un dernier regard sur la cité et la vallée, elle se remit sur pied et, mains dans les poches, retourna dans le château. Elle déambula un moment sans but, jusqu'à ce qu'une idée ne lui traverse l'esprit. Furetant et ouvrant quelques portes par-ci par-là, elle finit par tomber sur ce qu'elle cherchait. Une salle un peu en retrait, et avec pas mal d'espace vide en son centre. C'était une réserve ou un débarras où s'entassait un bric-à-brac qu'elle ne prit pas la peine d'étudier. Elle n'était pas là pour ça. Peut-être une fois qu'elle aurait fini s'amuserait-elle à étudier ce fouillis, mais avant…

« Nana, tu peux lancer Ragga Bomb de Skrillex, s'te plaît ? »

« Et ton bras ? » soupira la louve d'un ton blasé.

« Promis je fais aucune figure sur le gauche et je tire pas dessus ! Mais… j'ai besoin de danser… »

Les paroles d'Aragorn tournaient encore dans sa tête. Legolas n'aimait pas Lindoïlin. Ils étaient simplement amis. Et elle était déjà fiancée à Haldir. Cette nouvelle était aussi funeste que merveilleuses à ses oreilles.

Legolas n'aimait pas Lindoïlin. Même s'il était sombre ces derniers jours en raison de sa mort, il ne l'aimait pas. Peut-être même que son humeur n'était en rien liée au triste sort de la rose de Lorien… Dans ce cas, cela voulait dire que Luana pouvait encore espérer que…

« Nana, musique, s'il te plaît, par pitié ! »

Elle ne devait pas se laisser emporter. Même si ses chances étaient passées de nulles à infimes… elle ne devait pas laisser de faux-espoirs lui embrouiller l'esprit. Elle aurait été capable de faire de grosses erreurs sinon. Genre… avouer sa flamme. Même si le cœur de Legolas était libre, il valait mieux éviter. Mais maintenant, peut-être pourrait-elle…

« Nana… pitié… »

« Tu as conscience que si l'on te voit, on va te croire possédée ? » la taquina Naurofána.

« Ouais je sais. Mais j'ai besoin d'un truc nerveux, qui pulse. »

« Ainsi soit-il… »


Ce fut une Nauro en sueur qui sortit de la salle et qui se dirigea vers la chambre commune pour voir comment allait Merry. Elle fut toutefois arrêtée par une dame Heda choquée de la voir dans cet état, et qui l'envoya aussitôt au bain.

Bon, l'avantage d'avoir le statut de princesse, c'était qu'elle pouvait avoir rapidement un bain dans la salle d'eau d'Eowyn. Avec de l'eau chaude et du savon qui fleurait bon les plantes. Et des vêtements propres une fois sortie ! Heureusement, des braies.

L'inconvénient ? Dame Heda eu la fourberie de remplacer sa tunique par une nouvelle blouse d'un bleu lilas, accompagnée d'un serre taille noir. Elle voulait visiblement s'assurer qu'elle ait l'air d'une fille à table. Luana ne fit pas d'histoire sur le moment, même si elle comptait bien aller voir Aragorn ou Eowyn après le déjeuner pour arranger ça. Elle avait besoin d'une tenue utilitaire si elle voulait danser ou faire un truc physique. Ces manches longues étaient fort belles, on ne pouvait le nier. On ne pouvait pas en revanche les considérer comme fonctionnelles ou pratiques…

Pour échapper aux pains aux raisins sur les oreilles, elle improvisa un chignon avec deux petites baguettes, ses deux mèches noires encadrant le visage.

Quand elle fut enfin présentable, du moins selon les critères de Heda, l'heure du déjeuner venait de sonner. Elle passa rapidement chercher Merry, qui avait meilleure mine, et tous deux allèrent dans la salle du trône, où les tables avaient été de nouveau dressées. De bonnes odeurs de ragoût et de pain chaud flottaient dans l'air.

La Nauro et le Semi-Homme rejoignirent leurs compagnons à la « table d'honneur », où étaient attablés Théoden, Eomer, Eowyn et Gamelin. Heureusement, Elden était là aussi, à l'une des extrémités de la table. Luana alla aussitôt s'assoir à côté de lui, Merry prenant place de l'autre côté.

- Qu'est-il arrivé à tes habits ? s'enquit le Rohirrim avec un sourire moqueur, tandis que ses yeux la scannaient de haut en bas.

- Heda a jugé qu'ils étaient bons pour la lessive dès qu'elle m'a vue arriver, couverte de sueur.

- De sueur ? Qu'as-tu fait pour finir dans cet état ?

- De la danse. Ça faisait un moment, ça me manquait.

L'intérêt s'alluma brusquement dans les yeux d'Elden.

- J'aimerais bien voir ce que veut dire danser pour toi. Ta définition des choses semble si… éloignée de ce que nous connaissons ici.

- Un jour tu verras peut-être. Mais avant je veux te voir toi ! Tu prétends mériter le titre d'Acrobate, mais moi j'en veux la preuve !

- Et tu l'auras très chère. Tu l'auras !

- Promis ?

- Promis !

- Ok. Alors on se fera une battle.

Il la considéra avec un sourcil haussé, son petit sourire mutin aux lèvres, attendant clairement qu'elle explicite.

- Je t'expliquerai, murmura-t-elle tandis que Théoden annonçait le repas.

Les assiettes furent allègrement remplies de ragoût de mouton et de pommes de terre. L'odeur de viande lui fit monter l'eau à la bouche. Ça faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas mangé de mouton… elle se saisit de son couteau, prête à se régaler.

- Luana, que dirais-tu d'apprendre le tir à l'arc ? demanda Elden de but en blanc.

- … hein ?

Une pomme de terre plantée au bout du couteau, suspendue à quelques centimètres de sa bouche, retomba dans l'assiette. D'où ça sortait ça d'un seul coup ? Pourquoi lui proposait-il soudainement de faire d'elle une archère ?

- Je me suis dit qu'ayant du temps à tuer, tu pourrais en profiter. Nous en avions parlé il y a quelques jours qui plus est.

Ah bon ? Elle ne s'en souvenait absolument pas. Après, ce n'était pas une mauvaise idée. Rester les bras ballants pendant que tous les autres tiraient l'avait un peu agacée à Fort-le-Cor. Elle lui offrit un sourire ravi.

- Avec plaisir sir Elden ! Enfin si tu n'as pas peur que je tue quelqu'un par accident…

- Me permettez-vous d'y assister ?

La voix froide de Legolas fit sursauter la Nauro, qui se tourna vers lui. L'elfe était juste à côté de Merry et dardait sur le Rohirrim son regard de glace. Bon sang, mais pourquoi était-il si sec avec Elden ? Ce n'était pas à cause de la mélancolie ou autre, maintenant elle le savait, alors… quoi ? Il ne l'aimait vraiment pas ? Pourquoi ?

- Mais bien sûr seigneur Legolas ! Je serais ravi de voir de plus près vos compétences à l'arc. J'ai cru comprendre que vous étiez un archer redoutable.

Luana tourna un regard intrigué et ahuri vers Elden. C'était quoi ce ton ? Il avait parlé à l'elfe avec un mélange d'amabilité et de concupiscence, le tout saupoudré de défi. Mais il se contenta de lui offrir un de ses petits sourires complices, les yeux pétillants, avant de prendre son verre et de le lever pour trinquer avec elle.

- J'ai hâte d'y être !

Elle cilla, suspicieuse, avant de capituler et de l'imiter. Sans doute comprendrait-elle à quoi il jouait une fois devant la cible… du moins, elle l'espérait. Au moins maintenant, elle avait une bonne excuse pour réclamer une tunique.


Pitié, les fans de Haldir, ne me tuez pas ! XD
C'était la suite logique des choses, faut pas m'en vouloir !

Bon, j'espère que ces instants d'intense réflexion chez notre Nauro vous ont plu et qu'elle paraît plus mature aux yeux de certains =)
Elle n'en est pas moins gamine, mais elle s'améliore XP

Réponses aux reviews guest :

Namarien : Merci pour ta clémence :,) Oui et surtout avec beaucoup moins d'injures ;P Non ça a été, j'aime justement changer de registre et de ton dans mes textes ;) d'ailleurs, cela dépend beaucoup du caractère du personnage principal ou du POV utilisé, et comme j'essaie d'élargir mon panel, moi ça m'éclate ^^ Moi je suis contente de voir qu'elle vous agace, ça prouve qu'elle est imparfaite et donc un peu plus concrète dans sa propre personnalité (enfin c'est comme ça que je vois les choses ^^ ) Tu as apprécié de la voir plus mature là ? =) Alors alors cette conversation ? Houlà oui va falloir être très patiente pour voir Thranduil, désolée -.-'
Cool si ça t'a fait rire ^^ merci pour ta review et à la prochaine =)

Guest : Dis, tu pourrais prendre un petit pseudo ? Juste que je puisse t'identifier dans tous les autres guest et pouvoir te reconnaître la prochaine fois ^^
Cool si ce Pov t'a plu ! =D Mais c'est pour la bonne cause s'ils ont fait ça ! ;P (Tkt pas, je pense qu'on est beaucoup comme ça, à être complètement aveugle x) Moi aussi je suis passée par là XP) Ca me rassure de voir que la lenteur dans la mise en place du couple plaît, mais promis c'est bientôt la fin ;P T'aimes à ce point ces coups de gueule ? =P
J'espère que cette suite te satisfait ^^ Merci beaucoup pour ta review ! See you next time ;)

LadyElerina : Yahor ! (désolée je maîtrise très peu le sindarin -.-') COol si tu as eu des réponses =) Mais pour la prochaine n'hésite pas à poser tes propres questions ;) Elfe farci et troll farceur est une des meilleurs chansons du Naheulband ! =P Ben le pauvre savait pas comment réagir x) Nan pas du tout ! Juste libre de penser et pas très prude xP Tu ne m'en veux pas parfois pour mon sadisme ? :3
Merci ^^ ... Oh merde j'ai une de ces images moi ! XD Heureusement que pour eux ça n'a pas la même signification que chez les elfes ! XD (Tu as vu le film Deadpool ? :3) Vous avez dû vous éclater à le voir faire ! XD
Merci pour ta reviews, tes encouragements, les délires et le fou rire que j'ai eu =P See you next chapter ;)

Arya Arathornson : Ah, alors oui ne t'inquiète pas, vous allez avoir quelques infos en plus plus tard ;) ... Si tu veux envoies moi un mail sur l'adresse fournie dans le profil et on parle de ce point là plus en détail ;P (oui je vais éviter de trop en dire ici x) ) Ca je te laisserai le découvrir en même temps que tout le monde ;) Je ne peux pas te dire sans spoiler méchamment hélas x) Canada ? ON sera peut-être voisine dans un an ou deux alors ! =P
Sérieusement ? XD ON m'avait dit pour Bloom en Roméo, mais je ne savais pas pour Sean Bean ! ... du coup je revois différemment mon trip sur Roméo et Juliette x)
Merci beaucoup pour cette info et ta review ! =D A bientôt ;)

Tsuki : Tu veux vraiment que je spoils ? x) Tant mieux si tu as aimé ^^ Pourquoi étrange ? :o Ben aussi avec les questions qu'il a eu le pauvre... x) Du genre ? =P
... mon dieu, le lien avec les serviettes hygiéniques... je la retiens celle-là -_- Oui j'ai lu ça dans un roman que j'adore ^^ Ah ça, ça reste à voir ;P
Merci à toi et à la prochaine, bisous =)