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Cela avait été purement instinctif ; il avait pesé son coup. Sans cela, il lui aurait pulvérisé les côtes et perforé les poumons. Mais il avait contenu sa force et la fée, bien que sonnée, était loin d'agoniser. Elle se trouvait là, à ses pieds, respirant difficilement, clouée au sol par la douleur. Gantlos s'agenouilla près d'elle, les traits marqués par une intense réflexion. C'était la première fois qu'il épargnait quelqu'un, et il n'y avait aucune logique dans ce sursaut de clémence.
Elle était une épine qu'il lui fallait ôter afin de pouvoir tranquillement cueillir Roxy, aussi aurait-il dû l'achever sans se poser de question. Pourtant, il se contentait de l'observer avec la plus grande attention, prenant doucement conscience du désir frustré qui grondait en lui. Il en avait connues et combattues de plus belles, quoique rarement aussi puissantes. C'était cependant, il devait l'avouer, sa ténacité frisant la stupidité qui l'impressionnait, quand bien même il aurait pu la concevoir ridicule.
Il considéra alors les alentours. Des racines gigantesques avaient poussé partout, participant autant que lui à la destruction des lieux. Le bitume n'avait pas résisté à la croissance des plantes. Les murs des hangars s'étaient lézardés, les toits effondrés. Où étaient tous les autres belligérants ? Des explosions résonnaient, lointaines. Depuis quand s'étaient-ils ainsi isolés de leurs alliés respectifs ? N'y avait-il que lui pour noter, admettre le caractère intime de leur duel ?
Irrité par l'interdit qui pesait sur cette découverte, il agrippa rageusement la chevelure châtain, tirant dessus, redressant la fée sans ménagement. Ce faisant, il lui arracha un cri qu'il étouffa en scellant sévèrement leurs lèvres. Puis il lui enfonça son chapeau sur la tête, soufflant à son oreille ;
-Les fées sont trop sentimentales pour que ça t'ait échappé. Je suis curieux de voir combien de temps encore tu pourras donner le change auprès de tes amies.
