NDA 28/06/2023 : Bonjour à tous, merci d'être encore ici et de me lire. Nous sommes au début de l'été, mais je vous offre le bal de noël, normal! J'espère que ce chapitre vous plaira, et qu'il vous offrira quelques informations supplémentaires sur le contexte et la situation des personnages. Vous noterez d'ailleurs qu'il y a de plus en plus souvent des changements dans la narration. C'est voulu. Peu à peu, je passerai définitivement à la 3e personne, afin de pouvoir vous offrir la vue d'ensembles. Aussi, comme j'ai beaucoup d'avance, vous aurez le suivant dans une ou deux semaines!

Bonne lecture à tous!


Chapitre 16 : Le bal de Noël

Les murs de la grande salle étaient décorés de givre argenté étincelant, et des centaines de guirlandes de gui et de lierre s'entrecroisaient sous le plafond parsemé d'étoiles. Les tables des différentes maisons avaient laissé place à des centaines de tables plus petites et rondes, éclairées par des lanternes flottantes en corolles.

Fred tenait Angelina par le bras, la guidant jusqu'à leur table en compagnie des autres élèves. Il avait aperçu Hermione, au bras de Krum, dans son élégante robe bleue pervenche, et il avait souri à la brunette. Il faut dire qu'elle avait bien roulé tout le monde au sujet du bal. Ron et Padma faisaient pale figure, à côté de l'ancienne miss-je-sais-tout. Et pourtant, l'indienne était plutôt distinguée, dans une robe fourreau turquoise, brodé d'or. La longue natte noire était décorée de pierreries.

Cependant, alors que les champions défilaient par couple en suivant McGonagall, Fred ne voyait plus rien. Rien, hormis cette apparition plus blanche que la neige dans laquelle il s'était vautré toute la journée. Perdue à une table mélangeant la clique de Malfoy, quelques bulgares et quelques français, il y avait un ange blanc.

Fred savait exactement de qui il s'agissait.

Une chevelure noire, délicatement relevée en un incroyable chignon asiatique décoré d'une rose blanche, et d'un pic à cheveux avec un croissant de lune d'or. Un masque de loup blanc en dentelle sur le visage, qu'il pouvait voir maquillé d'argent. Et une robe bustier fine et élégante, cintrée à la poitrine par des broderies dorées et des perles, avant de s'élargir à la taille et descendre jusqu'au sol. Des perles qu'il reconnaissait, pour les avoir ramassés dans une chambre privée à l'infirmerie.

Ses mains ne portaient pas de gants, mais elles étaient fines et la gauche portait une bague en pierre de lune qu'il voyait presque tous les jours depuis le 16 octobre. Les épaulettes, des roses qui descendaient en cascade avec des perles, dansaient sur ses bras au moindre mouvement sous un voile légèrement doré.

Et dans son dos, un nœud de coton blanc et argenté, qui avait la forme d'ailes de fées, avant de redescendre le long de son dos. Le rouquin en était certain, personne, à la table de Malfoy, ne savait qui était sous ce masque. Sacha avait terminé sa robe. Et elle était sublime.

Oubliant presque de manger son goulash, qu'il avait pourtant commandé sur la feuille du menu, Fred fixait l'apparition blanche. C'était incroyable de se dire que cette fille n'était pas son ancienne petite amie. Que c'en était totalement une autre. Et pourtant, dans cette robe, la jeune femme semblait vraiment être quelqu'un d'autre. Loin des répliques acerbes, loin de tout.

Au milieu du repas, Sacha se crispa, et jeta sa serviette sur la table. Relevant ses jupons, elle quitta son assise et fouilla des yeux un endroit calme où finir de manger, sans entendre des horreurs. Une table, deux rangs plus loin, composée exclusivement d'adultes qu'elle ne connaissait pas, lui parut agréable, et la jeune femme s'y rendit d'un pas lent.

Au milieu de tous ces gens assis, naturellement, le fait qu'elle se soit levé avait attiré l'attention. Mais hormis des spéculations sur son identité, personne n'avait trouvé. On parlait d'une nymphe, d'une élève de dernière année à beauxbâtons, d'un membre de la famille de Krum, peut-être. Ils étaient tous très loin de la vérité.

« Excusez-moi, messieurs ? » Les têtes inconnues se tournèrent vers elle. La plupart avaient les cheveux longs, ondulés, d'autres attachés en des chignons approximatifs. Ils portaient tous du noir, des robes sorcières, déchirées à divers endroits, de sorte que ça paraisse voulu.

« Oui, vôtre grâce ? » Elle parut surprise d'une réponse aussi délicate, mais finit par sourire.

« Pardonnez-moi de vous déranger, mais… L'atmosphère à la table où je me trouve n'est pas des plus convenables, et je voulais savoir si je pouvais m'asseoir avec vous. » Les hommes clignèrent des yeux, et bientôt, l'un d'eux écarta son siège avec vivacité, tandis qu'un nouveau apparaissait entre deux.

« Allez-y, madame, faites. » Lui dit un grand brun, avec une légère barbiche. Il était maigre sous sa robe de sorcier, mais sa voix était basse et douce. Agréable.

« Comment se fait-il qu'il y ait eu des problèmes à votre table ? » Demanda un autre, un peu enrobé, blond, et barbu, il avait cependant l'air plus gentil que les autres.

« Je l'ignore. Visiblement une histoire de femme jalouse, et d'hommes qui oublient de regarder leur compagne. » Cela causa un rire parmi le groupe.

« Des histoires normales, somme toutes. Vous avez été invitée ? De la famille d'un champion, peut-être ? »

« Impossible que vous soyez une élève, une tenue aussi magnifique, vous devez venir de France ! »

« Hm, c'est vrai, vos mots semblent être portés par un léger accent, mais j'aurais plutôt dit slave. » C'est un homme à crète rose pâle qui poursuivit.

« Non. Par moment, c'est un accent français, à d'autres, vous roulez les r comme les écossais. Vous êtes métisse, non ? »

« À vrai dire, je suis française d'origine irlandaise. Mais mon anglais s'est calqué sur de mauvaises habitudes. »

« C'est dommage. Vous avez une voix vraiment mélodieuse… »

« Tiens, c'est vrai ça… Aussi gracieuse que vous. Délicate. Vous chantez ? »

Celle qu'on aurait pu prendre pour la princesse Sérénité rosit sous son masque, avant de hocher la tête.

« Un peu. Mais toujours seule. Je n'ai pas de public. Ni le courage. »

L'avantage, à cette table, c'est que même s'ils lui parlaient, ils faisaient la conversation seuls. Renchérissant les uns les autres. On lui avait demandé son nom, et ça avait disserté pendant un moment sur la beauté lunaire accordée à ce dernier. Ça parlait essentiellement de musique, et c'était très agréable pour Sacha. La musique, les chansons, les comédies musicales, tout lui manquait. Même si sa découverte du jour l'avait un peu refroidie, pouvoir parler d'une ancienne passion sans crainte était satisfaisant.

« Goûtez, Séléné, c'est délicieux. » On lui tendit une nouvelle coupe à la boisson pétillante de rose et d'étoile. Sacha, bien qu'elle redoutât encore le goût amer de l'alcool, y but sans crainte après avoir humé le parfum de la boisson.

Au loin, Argus souriait. À la table de ce gros balourd de Hagrid, le concierge avait cependant vue sur sa protégée, qui semblait enfin sourire pour de vrai, sans trop se torturer. En la voyant entrer dans la grande salle, non accompagnée et un peu hagarde, il s'était inquiété. Mais à présent, entourée d'adultes, de musiciens même, elle s'épanouissait.

Lorsque tout le monde eut fini de diner, Dumbledore se leva et demanda aux élèves et invités d'en faire autant. Puis, répondant à un geste de sa baguette, les tables et les chaises allèrent d'elles-mêmes se mettre contre les murs. Dégageant un vaste espace au milieu de la salle, Dumbledore fit ensuite apparaître contre le mur de droite, une estrade sur laquelle était disposés une batterie, plusieurs guitares, un luth, un violoncelle et quelques cornemuses.

Les nouveaux amis de Sacha s'étirèrent alors, et le grand blond lui offrit un sourire.

« Nous allons nous rendre sur scène pour un moment, mais n'hésitez pas à approcher. »

« Oh oui. Je rêve de vous entendre, Séléné… »

Une fois sur scène, les Bizarr'sister, car c'était eux qui l'avaient joyeusement accepté à leur table, se mirent à jouer un air lent et mélancolique. Les lanternes s'éteignirent, et les champions se mirent au centre de la grande salle pour entamer la première valse. De sa place, à côté de la scène, la jeune femme masquée les observait, sourde au reste du monde. La musique, loin de ressembler à celle de chez elle, ne faisait que la rendre plus marginale à ce monde.

D'autres élèves rejoignirent la foule de danseurs, certains se marchant dessus, ou se dandinant. Fred faisait valser Angelina avec frénésie, et George faisait de même avec Alicia. Neville et Ginny se débrouillaient plutôt bien, malgré les quelques pas de canards du début.

Sacha observait cependant la foule avec une mélancolie rare. C'était comme le rêve d'un rêve. Se rappelant des pavanes et gaillarde des compagnies médiévales. Se rappelant de son unique danse avec Quency, bien avant que son monde ne s'écroule dans les bras de Manu. Se frottant les bras par réflexe, comme si le froid à l'extérieur de ces murs cherchait à la contaminer de nouveau, la jeune femme se sentit soudainement malade.

Du coté des professeurs, alors que certains se décidaient à danser eux aussi, comme l'avait choisi le professeur Dumbledore, en invitant madame Maxime, qui était pourtant assez grande pour que le haut de son chapeau lui arrive au nombril. Quelqu'un d'autre se perdait dans la contemplation. Une personne qui, il y a longtemps, avait offert son unique danse à une belle jeune femme rousse aux yeux vert émeraude.

Il y avait de tout, parmi les convives : Des gens heureux, d'autres timides, certains confiants, d'autres en train de s'amuser avec un plaisir immense. Il y avait de la fierté, des bouderies, des jeux d'adolescents. Puis, pour les adultes, il y avait un peu de joie, de révérence, d'obstination. Mais personne parmi ces gens, n'avait la même résignation au fond des yeux, que la femme en blanc près de la scène.

Severus n'avait aucun doute sur son identité. Pourtant, il ne pouvait s'en empêcher. Il fallait qu'il la rejoigne, qu'il constate l'état par lui-même. Aussi, tandis qu'elle se complaisait dans sa détresse flagrante, Sacha fut interrompue par une silhouette sombre qui lui cacha la vue sur la piste de danse.

Une main se tendit devant elle. Large, surmontée de manches noires et de plusieurs boutons. Une grande cape. Les yeux mordorés remontèrent jusqu'au propriétaire de cette main offerte. Severus Rogue.

« M'accorderez-vous cette danse, Miss O'Nigay… ? » La voix grave sembla la faire revenir parmi les vivants, et elle accepta.

Le professeur de potion était un excellent danseur, ce qui était encore plus effrayant. Les élèves s'écartaient sur leur passage, les yeux grands comme des soucoupes. Mais pour une fois, Sacha ne se sentait pas en danger en croisant les orbes noirs. Guidant ses pas, la tenant sans jamais la serrer, l'homme était ce qui se rapprochait le plus d'un gentleman, malgré sa tête digne d'un enterrement.

La faisant tournoyer, tous les danseurs autour eurent un sursaut en voyant l'immense ruban ailé prendre les couleurs de l'arc en ciel, avant de redevenir blanc et argenté. Les voiles soyeux de la partenaire de danse du potioniste formaient un contraste incroyable. Noir et blanc, comme les touches d'un clavier. Lorsque la valse s'acheva, il la délaissa, comme s'il avait cherché à comprendre quelque chose. À élucider son mystère.

La vérité était toute autre. Severus était de plus en plus inquiet. Ses mains lui brûlaient, comme s'il avait tenu des pics de glace, et non les mains de la jeune fille. Qui plus est, que ce soit avant la danse, ou même pendant, Sacha O'Nigay n'avait pas réagi une seule fois comme une élève. Bien qu'il l'ait vu changer de table et s'installer aux cotés des musiciens, il l'avait observé boire, discuter, ça n'avait rien à voir avec les gloussements adolescents de ses camarades, même les plus âgés.

Une fois encore, le mystère s'était épaissit. Et l'inquiétude au sujet de l'élève de Serdaigle grandissait avec. Était-elle en train de s'éteindre comme il le pensait ? Ou bien devenait-elle totalement quelqu'un d'autre et même sa magie en pâtissait ? Il n'arrivait pas à le savoir. Elle était si mélancolique. Ailleurs. Cela pouvait-il être le vin ? Non… Il n'était pas fou. Sacha O'Nigay était ou avait un problème de taille. Bien loin de ceux des adolescents. Possiblement même, au même niveau de dangerosité que Potter, qui se retrouvait dans ce tournoi par « pur hasard ! »

Un long quart d'heure après la première danse, Fred laissa Angelina se reposer, et parti chercher des bièrraubeurre. La musique s'était calmée, et seul Orsino Thruston, le batteur, continuait de jouer quelques rythmes. À vrai dire, le reste du groupe entourait une silhouette blanche, et la poussait sur scène.

Le rouquin se figea sur place, ses bières dans les mains, et observa, perdu, le chanteur des Bizarr sister faire monter Sacha O'NIgay sur scène. Il les entendait à peine discuter de là où il était. Mais il voyait bien que sous le masque, la jeune femme n'était pas très à l'aise. Rose, gênée, elle secouait la tête de tous les côtés, agitait sa main droite en négation. Était-ce une tentative pour se moquer d'elle ? Déjà qu'elle avait dansé avec le batard graisseux, cette soirée était de plus en plus étrange !

Et puis, un autre verre lui fut donné, cette fois, la teinte était évidente. Du whisky pur feu. Elle allait s'écrouler ! Non. À part une énorme grimace qui aurait fait rire le gryffondor s'il avait été en sa compagnie, elle ne titubait pas. C'était… Surprenant. Encore un de ces détails qui la rendait différente de l'autre Sacha. Le chanteur était remonté sur scène vivement pour s'emparer du micro sorcier, tandis que ses compagnons faisaient une haie d'honneur pour la blanche jusqu'à la scène.

« Bien, ce soir, nous ne serons pas les seuls à jouer. Faites un accueil chaleureux à Séléné, notre déesse de l'hiver ! » Avait crié Myron, sa longue chevelure noire et bouclée relevée en une imitation de chignon comme la jeune femme qu'il présentait.

Il y eut des applaudissements timides. Personne ne savait qui était Séléné. Et pendant une seconde, Fred douta. Était-ce vraiment Sacha ?

« Décidément. Je suis toujours obligée de faire ce qu'on me dit, depuis que je suis ici. » Et elle rit, de ce rire si mélodieux et pourtant si triste, qui lui faisait mal. « On me croit capable de chanter ce soir, c'est pour ça qu'on m'a fait boire. Histoire d'être sûr que je ne parte pas en courant. » Cette fois, des rires parmi la foule devant la scène.

La dénommée Séléné se tourna vers Myron et lui murmura quelques mots à l'oreille. Le chanteur du groupe sorcier le plus connu écarquilla les yeux de surprise, avant de demander quelque chose. Lui aussi, doutait désormais. Mais de quoi ? La brune vêtue de blanc hocha la tête, comme si toute la confiance du monde était rentrée dans son corps juste avant.

Donaghan, le bassiste, commença à donner l'air aux autres. Merton Graves, le violoncelliste, démarra sur quelques notes hautes qu'il fit descendre. La batterie l'accompagna. Tout le monde avait reconnu cet air qui s'était invité sur toutes les stations radios magiques. Frozen. On s'attendait à ce que la jeune femme se casse la gueule sur un morceau pareil. Après tout, la chanteuse originelle n'avait donné aucun nom. Et hormis cette voix sublime de soprano, rien ne pouvait l'identifier. Seuls quelques nés moldus parlaient d'un groupe, Metallica, d'où la chanson pourrait provenir.

« I can't feel my senses

I just feel the cold

All colors seem to fade away

I can't reach my soul »

Ses mains levées vers le ciel, comme si elle désirait attraper des flocons de neige. Sa voix portait avec force malgré les premiers tremblements inquiets. Et si le groupe continuait de jouer, ils avaient eu un temps d'arrêt, eux aussi. Les expressions ahuries allaient et venaient sur chacun des visages sur scène. Hormis celui de leur nouvelle chanteuse.

« I would stop running

If I knew there was a chance

It tears me apart to sacrifice it all

But I'm forced to let go »

Il y avait désormais plus d'impact dans le micro, le timbre était plus chaud, plus confiant. Et ce fut comme si elle se battait contre les éléments. Les yeux mi-clos, des larmes aux bords des cils masqués. Ses mains enserrèrent le micro, avant que la droite ne se lève vers le ciel, crispée, serrée autour d'un tissu invisible.

« Tell me I'm frozen, but what can I do?

Can't tell the reasons, I did it for you

When lies turn into truth, I sacrificed for you

You say that I'm frozen, but what can I do? »

Reprenant son souffle avec plus de difficulté dû à la robe, elle avait toujours cet air détruit sur le visage. La main droite se posa sur la poitrine brodée d'or, serrée sur le vêtement, prête à s'arracher le muscle cardiaque et l'en sortir.

« I can feel your sorrow

You won't forgive me

But I know you'll be all right

It tears me apart that you will never know

But I have to let go »

Elle s'emporta, tandis qu'on chantait avec elle. Tous. Musiciens et invités du bal de Yule. C'était comme s'ils découvraient enfin, une chanson qui valait la peine.

« Tell me I'm frozen, but what can I do?

Can't tell the reasons, I did it for you

When lies turn into truth, I sacrificed for you

You say that I'm frozen, but what can I do? »

Le secret n'en était plus un. Il n'y avait plus aucun doute possible. La chanteuse sur scène était l'auteur de Frozen. Celle dont la voix, brisée par le chagrin et la colère, revenait sans cesse sur les radios magiques.

« Everything will slip away

Shattered peaces will remain

When memories fade into emptiness

Only time will tell its tale

If it all has been in vain »

Et Sacha reprit, sa voix bien plus fragile, des larmes d'argents roulant sur ses joues, tandis que des flocons pleuvaient du ciel artificiel. Et ce n'était pas l'œuvre du professeur de sortilège, ou même du directeur. Les flocons, tous unique, s'éparpillaient autour de la scène, formant des silhouettes masculine un peu partout, s'éparpillant de manière sinistre.

« I can't feel my senses

I just feel the cold

Frozen...

But what can I do? »

Les mains pâles vinrent se poser sur sa poitrine, comme si son cœur brisé allait en sortir. Elle n'avait pas une seule fois regardé les étudiants. Elle s'était contentée de fixer le vide derrière eux, non pas pour se rassurer, mais comme si quelqu'un la fixait de là-bas.

« Frozen... »

Un murmure, qu'elle fit suivre d'un nom trop bas. Le masque de loup en dentelle fut retiré de son visage juste avant d'entamer le dernier couplet, et il y eu des exclamations ahuries. On faisait des « oh » et des « Non ? » Des « Si » … Et des « impossibles ! »

Seul un petit groupe de personnes, dispatchées au milieu de la foule, ne laissait pas d'exclamations folles devant cette découverte. Severus Rogue fixait son élève, constatant que les flocons de neige étaient clairement de son fait. Une preuve de cette magie étrange qui ne se déclenchait qu'avec les émotions fortes de la jeune femme. Albus Dumbledore avait les yeux rivés sur la prestation incroyable, et ces derniers pétillaient. Si depuis le début de l'année, personne ne savait qui était désormais Sacha O'Nigay, elle venait de leur dire.

Minerva McGonagall, juste à côté de Pomfresh, observait, inquiète, la chanteuse. Les deux sentaient les vibrations magiques qui provenaient d'elle. Des éclats lourds et gelés, tremblants. À l'instar d'une personne qui se rapproche du coma, ou d'une overdose de magie. C'était dangereux. Et si les deux femmes ne voulaient pas perturber la performance, il était désormais évident que le retour à l'infirmerie allait être pour bientôt.

« Tell me I'm frozen, but what can I do?

Can't tell the reasons, I did it for you

When lies turn into truth, I sacrificed for you

You say that I'm frozen, frozen... »

Fred la fixait. Il n'était pas revenu auprès de sa cavalière. Il en était incapable. Il avait autant mal au cœur qu'elle. Lui, avait perdu son premier amour, dû à la trahison de la serdaigle. Mais qu'avait-elle vécu ? Parce que cette chanson, s'il l'aimait autant, c'était justement parce que pour une fois, il y avait une émotion sincère dans les paroles. La chanteuse vivait ce qu'elle chantait.

Qui avait piétiné le cœur de cette inconnue ?

oOoOoOo

Les applaudissements me réveillèrent.

Qu'est-ce que ? Ah…Oui. Je chante. J'ai dit oui. Parce que pour une fois, je pouvais faire quelque chose qui me rapprochait de toi… Meleth nin. Toi qui as toujours dit que je devais chanter. Que ma voix valait le coup. Que j'avais un timbre particulier. Toi qui m'as rendue cette voix que je n'osais plus utiliser que pour pleurer… M'as-tu entendu ce soir ?

Non.

Le chanteur des bizarr Sister me raccompagna jusqu'au bas de l'estrade, me félicitant, ne cessant pas de parler à nouveau. Il avait l'air si heureux. Il l'était peut-être. Leur énigme est résolue.

« Bon sang. Séléné… Une telle voix… Vous êtes Frozen. Mais pourquoi vous être cachée ? Tout le monde cherchait à vous connaître ! » L'un des guitaristes l'approcha et posa sa main sur son épaule, l'obligeant à me relâcher enfin.

« Voyons, c'est évident, non ? Regarde ce soir, tout le monde ne parlera plus que de ça. La voix derrière Frozen, enfin connue ! »

« Tiens mais c'est vrai. C'est un coup de publicité incroyable ! Qui est votre manager ? »

J'ai levé la main pour les arrêter. Et maintenant que je ne suis plus juste une jolie demoiselle qui aime la musique, on m'écoute réellement.

« Je suis incapable de vous répondre. J'ai été enregistré contre mon gré. Je n'ai découvert ma chanson que cet après-midi, lorsqu'elle est passé sur RITM. » Les regards convergèrent sur moi comme un seul homme.

« Sérieusement ? » Je hochais la tête à la question du bassiste.

« Oui. J'ignore qui m'a enregistré, mais je ne suis pas responsable de cet envoi. C'est la première fois que je rechante devant un public depuis… »

« Attendez, rechante ? Vous voulez dire que vous étiez chanteuse depuis le début ?! » Je grimaçais. J'aurais dû me taire.

« Ecoutez… Je chantais, en effet… Et suite à un accident, j'ai été incapable de me produire devant quiconque, même ma famille. J'ignore pourquoi ce soir, j'ai réussi, mais… Sûrement l'alcool, et… Je ne me sens pas bien. » Non. J'ai chaud, froid. J'ai l'impression que je vais tomber.

Alors je m'éloigne le plus possible du groupe, poussant les gens pour essayer d'aller plus vite et éviter qu'ils ne me rattrapent. Mais certains danseurs m'arrêtent, tentent de me parler. M'accusent d'avoir bien caché mon jeu. Je secoue la tête. Je veux sortir, j'ai besoin d'air. Vite. Et puis une main salvatrice se tend vers moi. Fendant la foule sur son passage. Je m'en saisis sans même regarder, et on m'entraîne à l'extérieur de la grande salle, m'emportant sur le chemin des roseraies. Le parc est couvert de neige, et pourtant, les roses sont incroyables. Il doit y avoir de la magie là-dessous.

Je n'ai pas osé regarder mon sauveur, je ne sais pas qui c'est. D'habitude, je n'aime pas les contacts, mais là, j'avais besoin de sortir. Et étrangement, celui-là n'est pas trop dérangeant. Ce qui est d'autant plus inquiétant. Au final. Ok, je ne me sens plus du tout à l'aise. Qui est cette personne ? Je vais pour relever la tête, parce que c'est définitif, le monde entier est trop grand pour moi, lorsque la voix me bloque.

Ok. Pas besoin de regarder. Je sais exactement qui c'est. Mon super cousin faussaire champion. Alias Cédric parfait Diggory. Non, je n'ai absolument aucun problème avec lui. Pas du tout. Oui, il existe, c'est le seul problème le concernant.

« Je ne savais pas que tu avais reprit la musique… » Je dois répondre quoi ? Moi non plus ? « J'ignorais même que tu chantais… C'était… Epoustouflant… »

Ah. Honnêtement je ne peux pas répondre, je ne sais pas si l'autre Sacha et moi avions la même voix, ou même travaillé les mêmes choses avant de prendre sa place. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai commencé à chanter en primaire, avec un professeur qui était tellement brute, que sa meilleure manière de m'apprendre à respirer, était de frapper mon diaphragme avec ses doigts pendant un morceau. Ça avait le mérite de me faire expulser l'air et donner de la voix.

« Hm… Merci. Je crois. »

« Tu sais… Tu peux me le dire maintenant… Que tout ça, c'est une manœuvre pour ne pas reprendre la licence de ton père au ministère. » Je clignais des yeux. Eberluée. Il pensait que j'étais l'autre encore, et que je jouais la comédie ? Je repoussais la main qui tenait la mienne.

« Cédric, je suis désolée de te décevoir, mais non. Je ne me souviens toujours pas d'avant, et je ne serais jamais ta cousine. Je ne suis pas cette personne, et je ne pourrais jamais le devenir. Je suis quelqu'un d'autre, avec mes propres pensées, principes et souvenirs. Oui, je partage apparemment la musique avec elle, même si moi, j'ai… » J'allais dire que je n'avais jamais abandonnée, ma langue déliée par ce que j'avais bu durant la soirée. Mais ce serait mentir. Et je suis restée bloquée.

J'ai abandonné la musique, le chant, tout. Et puis il est apparu dans ma vie, il m'a dit que ma voix était incroyable. Qu'il voulait l'entendre… Et j'ai recommencé, après m'être écroulée sur scène et avoir eu tellement peur, que je n'avais plus ouvert la bouche en public. Un homme que je n'avais jamais vu m'avait repoussé dans les bras du grand son.

« Peu importe. Que ce soit de la comédie, ou un nouveau toi. Si tu as besoin de soutien dans la famille, pour en faire ta vie. Je serais là. Tu peux compter sur moi. Je crois… » Il marqua une pause, se frottant l'arrière du crâne, et grimaçant un sourire gêné. « Je crois que je préfère cette version-là de toi. » Le sourire devint un peu plus grand. « Tu es horrible avec les gens qui ne partagent pas du tout ta vision, mais tu as bon cœur, et même si tu ne fais pas de magie, ça ne change pas qui tu es. Quelqu'un de bien. » Je clignais encore des yeux, le fixant comme s'il lui était poussé une seconde tête.

« C'est… C'est gentil, Cédric. Merci… » Répondis-je d'une petite voix.

« Je t'en prie, je suis sincère. C'est un don que tu as. Même si pour certains, gâcher la licence du ministère serait un outrage… Je crois que tu ne seras jamais faite pour ça. Ta voix… C'est un pouvoir, et tu le maitrise. »

Je ris un peu. Il ignore à quel point la voix est un pouvoir. Certains héritiers pouvaient manipuler l'esprit des hommes rien qu'en leur parlant. Ceux qui portent la marque de Fama. Dans les faits, je suis censé me faire renommer Lunae, et pas Sélené, mais je ne sais pas pourquoi ils ont fait la différence. Les dieux sont les mêmes, avec seulement des noms différents, et quelques anecdotes divergentes. Le fait est que dans l'histoire des héritiers, nous sommes tous attribués à un dieu romain, pour faire peur à l'ennemi. Les enfants de Fama pouvaient, selon les dire de monsieur Genet, manipuler l'esprit de ceux qui les écoutent.

« Je ne sais pas. Cédric. Plus tard… » Il ne parut pas surpris par ma réponse.

« Tu as d'autres projets, n'est-ce pas ? Est-ce que tu veux en parler ? Je pourrais peut-être aider. Si tu veux bien de mon aide, évidemment. »

« Je… » Mais rien ne sortit de ma bouche. C'était bête, mais voir le même visage que mon cousin, me proposer de l'aide, me faisait autant de bien que de mal. C'était comme recevoir l'aide de ma famille, même à distance. Ma tête s'est remise à bourdonner.

« Hey, Sacha, ça va… ? » Je secouais la tête vigoureusement.

« Oui, ne t'en fais pas. Je vais bien. Retourne à l'intérieur, d'accord ? Cho t'attend. Dépêche-toi. »

« Tu es sûre ? Mais… Tu n'as pas l'air bien… »

« Va-t'en. Cédric. » Grondais-je. Son visage se ferma, mais il finit par acquiescer, me disant que je pouvais compter sur lui, même si je n'y croyais pas.

Je me suis éloignée de l'endroit, cherchant un banc où m'asseoir, avant de m'y jeter presque. Tant pis pour la neige, le froid, la robe, je m'en fous. J'ai appuyé mes coudes sur mes genoux et recouvert mon visage avec mes mains. J'avais envie de crier, et ça a fini par éclater autrement. Un sanglot auquel je n'étais pas préparée.

Il y eu un bruit sur ma droite, en provenance des buissons, et bientôt, Miss-Teigne fut sur mes jambes, juste contre moi, entre mes bras. Elle miaula de nouveau, alors qu'une présence se faisait remarquer à ma droite. Argus est ici, aussi. J'ai voulu relever la tête vers lui, mais la seule chose que je pus faire, c'est d'éclater un peu plus. C'est un concierge qui me connaît le mieux. C'est un vieil homme aigri qui a perdu sa femme et son fils, qui vient me trouver. Pas un ami, pas mon amour, ni ma vraie famille. Parce que ça fait quatre mois que je suis ici, et que personne ne me cherche visiblement.

J'ai senti les bras maigres du cracmol m'entourer et me coller contre lui. La chaleur et son parfum de cheminée me fit bizarre. Il sentait l'herbe à chat, le savon bon marché et les braises encore chaude. Pourtant, loin d'être désagréable, je me sentis en sécurité. Pour la première fois depuis très longtemps. On m'étreignait, et je ne me sentais pas mal. C'était l'étreinte d'un parent, avec un compagnon félin qui s'en mêlait.

« Je n'en peux plus Argus… Je peux pas… J'y arrive pas… » Je pleurais sur son épaule, et lui, en bon grand-père, il me frottait le dos, chuchotant que ça irait, que j'étais plus forte que ça. Que voyager à travers les mondes était peut-être un pouvoir que je m'étais découvert sur le tard, mais qu'il était évident que si je pouvais aller dans un sens, je parviendrais à repartir. Que je pourrais retrouver ceux que j'aime.

« Tu n'en sais rien… » Bredouillais-je, continuant de pleurer. Argus me prit la main et la leva entre nous, montrant mon annulaire devant mes yeux brouillés de larmes.

« Si. Je le sais. Cette alliance est la preuve du voyage possible. Soit c'est ta volonté qui l'a rapporté, pour t'offrir un souvenir de qui tu étais. » Il marqua une pause, et son visage émacié couvert de ride esquissa un sourire un peu grimaçant. « Soit ton âme sœur est venu un court laps de temps et a réussi à te la faire passer. » Il relâcha ma main, avant de prendre mon visage en coupe. « Ne perds pas espoir, Sélèné, Héritière des druides. Sacha… Parce que moi j'ai foi en toi. Et miss-Teigne, et tous ceux qui t'ont côtoyée depuis ton arrivée ici. Même la petite Lovegood va mieux. Tu es une lumière ici… Il est évident que tu trouveras une solution… Même la lumière a droit d'être heureuse. »

J'ai fini par croiser les yeux verts qui en avait trop vu au cours des décennies, et mes sanglots redoublèrent d'ardeur. Mais parce que j'avais trouvé un soutien. Un vrai.

À bien des égards, la personne la plus aimante et chaleureuse que j'ai rencontré dans ce monde sorcier, s'avérait être celui que les livres décrivaient comme le plus horrible et infect. Mais la vérité, entre les livres et la réalité, a toujours beaucoup de divergence.