Au même moment, aux alentours du lycée de Yosen…
« Muro-chin j'ai faim. » se lamenta un immense adolescent de 16 ans aux cheveux violets à l'adresse de son coéquipier.
Coéquipier qui ne lui répondit pas.
« Muro-chin, j'ai faim ! » répéta l'autre à son ami qui continuait de jouer la sourde oreille.
Ce qui poussa donc le géant à recommencer son petit numéro (qu'il lui servait depuis qu'ils avaient quitté le terrain de basket) :
- Muro-chin, j'ai…
- J'ai entendu Atsushi.
- Alors Muro-chin va m'accompagner à la confiserie ? Il y a de tout nouveaux bonbons que je voulais goûter et…
- Non.
- Hein ? Mais pourquoi Muro-chin ?
- Je crois que tu le sais très bien Atsushi : tu n'as fait aucun effort à l'entraînement aujourd'hui alors, pas question de t'acheter des sucreries.
« Pas-de-sucrerie? » répéta le géant d'une voix choquée, presque traumatisée.
« Pas de sucrerie. » répéta le brun, complètement inflexible devant l'état de son ami.
« Muro-chin est ennuyant. » grommela le violet en attrapant une barre chocolatée dans son sac de sport.
Barre chocolatée que le dit « Muro-chin » confisqua immédiatement pour le plus grand déplaisir du violet :
- Muro-chin ! c'est MA barre chocolatée, rends la moi.
- Non Atsushi : pas d'effort, pas de réconfort. J'ai dit que tu n'aurais pas de sucrerie aujourd'hui et je vais faire en sorte que tu t'y tiennes. Quitte à consommer moi-même ta réserve personnelle…
- Tu…Tu n'oserais pas ?! Hein, Muro-chin ?!
- Tu veux parier Atsushi ?
- Mais tu n'aimes même pas les choses sucrées Muro-chin !
- En général, c'est vrai, mais j'aime bien le chocolat…C'est bête, hein ? Dommage pour toi Atsushi…
Sur ces mots, le brun déballa le papier entourant la barre chocolatée sous le regard plein d'envie de son ami.
Pour un peu, Himuro Tatsuya aurait presque été jaloux de la confiserie.
Parce que les sucreries faisaient partie du quotidien de son équipier.
Parce que le simple fait de voir des bonbons, mettait le violet dans une joie tellement intense qu'on aurait pu croire qu'il venait de recevoir la déclaration d'amour de la personne de ses rêves.
Parce ce que Murasakibara Atsushi laissait toujours longtemps s'attarder ses lèvres sur les petites gourmandises sucrées avant des les dévorer. Et même là, les vicieuses petites confiseries avaient le « privilège » de se prélasser encore un peu dans la bouche du violet : il savourait toutes les subtilités des parfums sucrés de sa langue avant de les avaler…
Ah bah, en fait, si : Himuro Tatsuya avait pour rival amoureux, toutes les sucreries existantes en ce monde et il en était jaloux.
Et là, le brun comptait bien assassiner cette rivale du jour : une barre de mini snickers…
« Muro-chin, ne fais pas ça » suppliait presque maintenant Murasakibara en voyant le brun commencer à porter la petite gourmandise chocolatée à ses lèvres.
Cette supplique fut la goutte d'eau de trop pour le brun, qui engouffra d'une traite le chocolat dans sa bouche d'un geste brusque.
Ce fut la pire erreur de sa vie.
Car personne, P-E-R-S-O-N-N-E, n'est en droit de voler quelque chose de sucré à Murasakibara Atsushi.
Personne.
Et ça incluait aussi Himuro…
Ce dernier s'en rendit compte bien assez vite, car la vengeance du violet ne se fit pas attendre…
En effet, avant même d'avoir pu commencer à mâcher le chocolat dérobé à son coéquipier, le brun se retrouva coincé entre le mur et un Murasakibara très irrité …
« Muro-chin, rends-moi mon chocolat. »
Le brun d'origine américaine dévisagea son coéquipier d'une façon qu'on aurait pu traduire par : « Et comment veux-tu que je te le rende, alors qu'il est déjà dans ma bouche ? »
Cependant, quand il vit le regard du géant aux cheveux violets, Himuro comprit que quelque chose avait traversé l'esprit de Murasakibara et que, quoi que ce soit, cela risquait de lui retomber dessus…
Et comme il l'avait pressenti, le courroux du violet s'abattit sur le brun.
Ou plutôt,ses lèvres.
Himuro fut tellement choqué qu'il mit plusieurs secondes avant de le réaliser d'ailleurs.
Mais passées les premières secondes, pendant lesquelles le cerveau du brun sembla « être parti faire cuire des nouilles », il dut se rendre à l'évidence : Murasakibara l'embrassait.
Murasakibara Atsushi l'embrassait.
Le « grand gamin » de la génération des miracles l'embrassait.
Le monstre de Yonsen l'embrassait.
Et surtout, SON idiot d'équipier était en train de lui rouler un patin monumental pour récupérer un fucking mini snicker ?! Mais bordel, il était sérieux là ?!
Furieux autant que gêné de cette situation, le brun tenta de repousser Murasakibara avant de découvrir que le félon lui avait attrapé la taille pour l'empêcher de se dérober…
« Vraiment…Aller si loin pour…ça ?! Mais à quoi il pense cet idiot ?! » Se demanda le brun en tentant malgré tout de se dégager de l'étreinte du violet qui, visiblement semblait en avoir décidé autrement …
(Pov de Murasakibara)
« Muro-chin ne devait pas s'attendre à ça mais il l'a bien cherché ! Il m'empêche toujours de manger des sucreries ces dernier temps. Il n'était pas comme ça avant qu'on rencontre les joueurs de Seirin. Du moins, pas autant. Maintenant ? il est ennuyeux comme les autres ! Pourquoi il a changé ?! À cause de cet autre joueur américain ? Ce…Kagami Taiga ? Si c'est à cause de lui, la prochaine fois que je le vois je l'écrase ! Personne n'a le droit de rendre MON Muro-chin ennuyeux ! Ou de le rendre triste ! Ou de le blesser ou… »
Ma langue rencontra rapidement la sucrerie volée par Muro-Chin mais en vérité, je m'intéressais bien moins à ce chocolat qu'à Muro-chin lui même.
J'avais juste besoin d'un prétexte, juste une excuse assez crédible qui justifie que je puisse embrasser Muro-chin.
Je n'avais jamais été doué pour trouver des excuses. Encore moins avec Muro-chin.
Mais là, il m'avait donné une occasion inespérée. Et je ne comptais pas laisser passer cette chance de si tôt.
« Ni maintenant, ni jamais »
J'aimais Muro-chin.
Je sentis soudain qu'il s'agitait, qu'il essayait de m'échapper…
« Ça non alors ! Muro-chin n'ira nulle part si je… »
Je m'interrompis instantanément en réalisant que je venais d'agir comme une personne…une personne qui m'ennuie. Une personne que je n'aime pas. Une personne qui pourrait…blesser Muro-chin. Cette éventualité me fit frissonner et je me dépêchai de m'écarter de lui.
« Muro-chin… » Commençai-je (après avoir avalé le reste de chocolat que je lui avais quand même repris) avant qu'il ne m'interrompe, visiblement furieux (même là, mon Muro-chin était magnifique) :
- Je peux savoir ce qui t'a pris Atsushi ?! On est dans un espace public et tu viens de m'embrasser sans aucune raison ! Tu as conscience de ce que les gens auraient pu dire s'ils nous avaient vus ?!
- Mais il n'y a personne d'autre que nous ici Muro-Chin…
- Ce n'est pas la question Atsushi ! On n'embrasse pas des amis comme ça ! On n'embrasse pas son coéquipier comme ça ! Ce genre de chose, tu le feras avec ta copine !
- Mais je n'ai pas de copine Muro-chin…
- Eh bien trouve - t'en une ! C'est trop con de jouer avec les sentiments des autres pour une simple friandise ! Tu sais quoi ? Rentre au dortoir et débrouille-toi ce soir pour le repas ! Et demain, va au club sans moi ! Je dormirai chez Taiga ce soir !
- T-Taiga ? Tu veux dire …L'autre idiot de Seirin ?!
- Il l'est toujours moins que toi visiblement !
Je ne saurais pas dire ce qui, à ce moment, me fit le plus mal : que Muro-chin passe la nuit chez cet idiot prétentieux de Seirin ou qu'il le trouve plus intelligent que moi.
Une chose était certaine cependant : je devais lui dire.
« Attends ! Muro-chin !»
Il ne s'arrêtait pas. Il s'éloignait. Et mon cœur calquait ses battements sur celui des pas de Muro-chin, me faisant comprendre que je devais l'arrêter.
Alors instinctivement je changeai de méthode…
« Tatsuya ! »
Cette fois il stoppa et se retourna. Jamais je ne l'avais appelé par son prénom avant. C'était très intimidant.
Je tentai de prendre mon courage à deux mains, mais Muro-chin me devança et déclara d'une voix froide : « Il n'y a que Taiga et Alex qui ont le droit de m'appeler comme ça. Maintenant, laisse-moi Murasakibara.»
Ça, ça me fit mal. Très mal. Pour moi, l'appeler Muro-chin c'était la norme. Mais que lui, m'appelle par mon nom de famille, comme si je n'étais qu'une vague connaissance de cours…. Un joueur parmi tant d'autres… Cela me faisait mal. La colère froide de Muro-chin me faisait mal. Et j'en venais à me demander ce que j'avais mal fait…
« Ça m'apprendra à écouter Aomine et ses idées stupides…Celui là, quand je le revois je l'écrase ! »
Car oui, à la base, c'était de la faute d'Aomine.
Je me souviens encore de ce jour : c'était le premier match que l'équipe d'Aomine livrait face à l'équipe de Kuroko et c'était, comme je m'en doutais, l'équipe du lycée de Seirin qui avait perdu…Et par conséquent, Aomine m'avait téléphoné pour se vanter de sa victoire…
(Flash-back de Murasakibara)
Cela faisait bientôt une heure qu'il monopolisait le téléphone, une heure que je supportais Aomine, alors que je voulais rejoindre Himuro pour aller faire le tour des confiseries du quartier.
Malheureusement pour moi, Aomine ne semblait pas se lasser de me raconter tout le match :
- Tu aurais du voir la tête de l'autre abruti de ricain ! Déjà qu'il a du mal à affronter Kise …Et il s'imaginait pouvoir nous battre tous ? Nous, la génération des miracles ? Me battre moi ? Comme si j'allais perdre face à ce crétin devant Tetsu !
- Tu es sûr que tu n'aurais pas préféré qu'il gagne ?
- Hein ? Et puis quoi encore ?! Je suis la meilleure lumière pour Tetsu et mon meilleur moyen de lui faire comprendre, c'est d'anéantir Kagami !
- Ah… Donc tu n'es pas au courant…
- Au courant de quoi ?
- Muro-chin parle souvent avec Kagami au téléphone. Et des fois…Il me raconte des choses...
- Quoi par exemple ?
- Par exemple, le gage de leur coach…
- Un gage ? Quel gage ?
- D'après Muro-chin la coach de Seirin a décidé que si leur équipe ne remportait pas la Winter cup, chacun des membres devrait se déclarer à la personne qu'il aime…Complètement nu.
- Sérieux ?! Envoie-moi des photos alors ! Que je puisse pourrir Kagami avec ça pendant des années !
- Donc l'idée que Kuroko se retrouve nu face à Kagami pour lui faire sa déclaration ne te dérange pas plus que ça ?
- Q-QUOI ?!
- Tu n'avais pas remarqué ? Kuro-chin n'a jamais été aussi proche de quelqu'un et je ne l'ai jamais vu regarder quelqu'un comme il regarde ce…Taiga.
- Ma parole on dirait que tu es jaloux de Kagami…Ça a un rapport avec ton ricain à Yonsen ?
- Je ne suis pas jaloux ! Muro-Chin dit qu'ils sont juste frères de cœur !
- Oui, bien sûr…C'est pourquoi ils ont tous les deux une bague identique autour du cou. C'est quand même étrange symboliquement…Tu ne crois pas ?
- …
- Après, on est à l'abri de rien mais… Si j'étais toi je me méfierais : une fois que l'équipe de Seirin aura perdu la Winter cup, ce ne serait pas surprenant de voir Kagami se déclarer à ton ricain…Tout nu…
- PAS QUESTION !
- Alors fais le premier pas.
- Quel pas ?
- Déclare-toi le premier abruti !
- Me déclarer…À…Muro-chin ?
- Bah oui crétin ! Pas à moi !
- Mais …Je ne sais pas comment faire…
- Si j'étais toi, j'agirais d'abord et je réfléchirais après !
- Agir…D'abord ?
- Oui, embrasse-le, fais-le monter au septième ciel et après tu lui dis !
- Tu es…sûr ? Je ne crois pas que Muro-chin aimerait ça…
- Alors démerde-toi. Mais ne viens pas me faire chier au téléphone si un soir tu rentres au dortoir et que tu trouves ton coéquipier au lit avec cet abruti de Kagami. Sur ce, je te laisse. Fantasme bien sur ton ricain, vu que parti comme c'est, il ne restera pas ton partenaire exclusif très longtemps…
« Aomine retire-ça tout de suite ! » Je commençais à m'énerver, avant de me rendre compte qu'il avait déjà raccroché.
(Fin du f-b de Murasakibara)
C'est ce jour là que j'ai pris ma décision.
Aomine avait raison : je devais me déclarer à Muro-chin.
Et je devais le faire avant que Kagami puisse tenter quoi que ce soit.
Je croyais avoir le temps de le faire, mais l'appel que j'avais reçu d'Akashi il y a deux jours, m'avait convaincu que, non, je ne pouvais plus attendre.
Aujourd'hui c'était ma dernière chance. Ma dernière chance de dire à Muro-chin que…je l'aimais.
Même si je savais qu'il me rejetterait.
Après tout, Muro-Chin n'avait aucune raison de m'aimer.
J'étais la représentation de tout ce qu'il détestait :
J'avais une aversion pour le basket malgré un talent inné pour ce sport.
Muro-chin adorait ce sport mais n'était qu'un excellent joueur ordinaire.
J'adorais manger des bonbons, biscuits, chocolats et tout plein d'autres choses sucrées.
Muro-chin détestait les choses sucrées.
Je n'appréciai personne de l'équipe, à part Muro-chin, car je les trouvais trop faibles.
Muro-chin se fichait du niveau des autres et était ami avec chacun d'eux.
Je haïssais le stupide anneau que Muro-chin avait en permanence autour du cou et qui le liait à Kagami.
Muro-chin chérissait cet anneau plus que sa propre vie, tout comme il chérissait son lien avec Kagami.
Toutes ces raisons m'avaient convaincu que Muro-chin ne partagerait jamais mes sentiments…
Et pourtant, quand j'avais entendu Muro-chin dire que je « jouais avec les sentiments des gens », je m'étais pris à espérer que ça signifiait que je jouais avec ses sentiments et que, par conséquent, il avait été heurté parce qu'il m'aimait.
Oui je sais, c'est stupide.
Mais je suppose que l'on devient stupide quand on aime quelqu'un.
« Et qui pourrais ne pas tomber sous le charme de Muro-chin ? »
Je soupirai d'un air contrarié : je savais que je devais me décider. Me décider maintenant.
Lui dire.
« Tout lui dire. »
J'étais bien décidé à le faire pourtant.
Mais quand je trouvai enfin le courage de relever la tête et tout lui révéler, je ne pus que constater l'horrible vérité : Muro-chin était parti.
J'avais raté ma seule chance. Et Muro-chin était parti.
« Parti rejoindre Kagami. »
J'avais perdu.
J'avais perdu Muro-chin.
