Il lui avait menti…

Il leur avait menti.

Assis sur le lit dans sa chambre, Kuroko se perdait dans la contemplation d'une photo qu'il avait prise lors d'un des rares après- midi de détente avec l'équipe de Seirin.

Sur cette photo, on voyait une partie de l'équipe : elle affichait un air exaspéré, face à une nouvelle blague nulle d'Izuki, tandis que, dans un coin, Hyugà tentait de se reposer malgré une Rickô furieuse, (pour on ne savait quelle raison), et tout ça, sous le regard protecteur et doux de Kyoshi, assis non loin.

Et, sur la droite de l'image, N°2 faisait de Kagami sa cible. La raison ? Il tenait un ballon dans les mains.

Celles de Kuroko se mirent à trembler.

Il devait s'être écoulé au moins une heure depuis que sa lumière était partie.

Depuis qu'il l'avait chassée.

C'était déjà une heure de trop.

Actuellement, Kuroko ne voulait qu'une chose : se ruer chez le tigre pour tout lui expliquer.

Lui dire qu'il n'avait jamais voulu lui dire de partir.

Lui dire que, si il l'avait pu, cela fait longtemps qu'il aurait mis Akashi hors de chez lui.

Lui dire, plus que tout, que, quoique les apparences puissent le laisser suggérer, il était amoureux de lui…

Ses poings se crispèrent sur le papier de la photo. Il n'avait jamais voulu ça ! Il n'avait jamais voulu évincer « Kagami-kun » de sa vie !

Il n'avait juste pas eu le choix…

Il se souvenait encore parfaitement de ce qu'Akashi avait fait à Midorima…

On ne contrariait pas la volonté de « l'empereur ».

Alors, comme toute la génération des miracles l'aurait fait à sa place, il avait capitulé. Il avait donné à Akashi ce qu'il voulait.

Sa liberté.

Le joueur fantôme, plutôt de nature à ne jamais montrer ses émotions, fut le premier surpris en réalisant qu'il pleurait.

Après tout, il restait humain.

Humain, et amoureux.

Il aimait l'équipe de Seirin, chacun d'eux. Mais surtout, il aimait Kagami !

Kagami Taiga. Le tigre, l'AS de Seirin.

Leur « AS », SA lumière.

Leur « Baka-gami », SON partenaire.

Son Kagami- kun.

Au moins, en temps normal, N°2 lui aurait remonté le moral par sa présence…

Mais maintenant il était parti.

Lui aussi…

À cet instant Kuroko se sentait plus seul que jamais.

Cependant, la voix qui le tira de sa léthargie lui fit instantanément regretter de ne pas être seul…

« Tetsu ? Tu es prêt ? »

Le petit passeur reporta son regard sur Akashi qui l'attendait dans l'encadrement de la porte. Tout en jouant avec une paire de ciseaux…

Essayant de retrouver une expression neutre, le joueur fantôme finit par répondre :

- Presque. Il me reste encore quelques affaires à…

- «Presque » ?

Avant même que le petit bleu ne puisse répondre, Akashi envoya ses ciseaux dans sa direction.

Ou plutôt, dans la direction de la photo que tenait Kuroko…

L'objet tranchant transperça de part et d'autre le papier, avec la même facilité que la main de Midorima un peu plus tôt…

Kuroko regarda d'un air dépité sa précieuse photo de l'équipe de Seirin tomber au sol et, alors qu'il la ramassait, quelque chose lui glaça le sang…

L'endroit où les ciseaux d'Akashi avaient transpercé le cliché n'était autre que la zone de la photo où se trouvait Kagami.

Pour Kuroko qui connaissait bien la précision d'Akashi, ce ne pouvait pas être un hasard.

C'était un message.

Une menace.

S'il se raccrochait au moindre espoir que Seirin le sauve, que Kagami le sorte de ce mauvais pas, il perdrait tout.

Tentant de garder son calme habituel, le jeune passeur ramassa sa photo et se retourna pour demander au maniaque de service :

- Akashi *san*, pourquoi faire ça ? La génération des miracles a été dissoute selon tes ordres alors pourquoi…Maintenant…

- Mes motivations ne te regardent pas Tetsuya. Je suis l'empereur. Alors contente-toi de faire ce que n'importe quel sujet doit faire : m'obéir sans poser de question.

- Explique-moi au moins pourquoi tu t'es acharné sur moi de cette façon devant Kagami ? Surtout que ce n'est pas moi que tu veux.

- Il fallait rendre la chose crédible. Sans quoi, ce stupide tigre ne t'aurait jamais lâché.

- Mais tu n'avais pas besoin de le faire comme ça ! De plus, m'humilier devant mon partenaire en affirmant que nous sortions ensemble n'était pas indispensable !

- Bien sûr que si : s'il s'imagine que la place est prise, Taiga ne tentera plus d'intervenir dans nos affaires.

- Pourquoi il se soucierait que « la place soit prise » ?

- Parce qu'il est amoureux de toi Tetsu. C'est pourtant évident.

- Arrête de raconter n'importe quoi…Kagami*kun*… Ne m'aime pas.

- Si c'est ce que tu penses tant mieux. Vu que de toute façon, là où on va, tu ne le reverras pas.

- Tu…Tu me laisseras au moins lui dire au revoir ? À lui et aux membres de Seirin ?

- Non. Mais je leur ferai parvenir une lettre en ton nom. Je l'ai déjà écrite. Tu n'auras qu'à signer de ton nom sur l'enveloppe.

- Quoi ? Tu ne connais même pas mes équipiers et…

- D'un, je n'ai pas besoin de connaitre tes équipiers, car je suis absolu au cas où tu l'aurais oublié. Et de deux, pour ce genre de lettre, je n'avais pas besoin de rentrer dans les détails. Une lettre brève suffira.

- Je ne suis pas d'accord Akashi, ils méritent un peux plus que…

- C'est tout ce qu'ils méritent et c'est tout ce qu'ils auront Tetsu. Que ce soit bien clair : la décision d'intégrer Seirin te revenait, mais au final, cette équipe n'a été qu'une bande de pions sur mon échiquier il est temps qu'ils comprennent où est leur place en servant indirectement mes projets. Maintenant dépêche-toi de ranger tes dernières affaires et rejoins moi en bas. Tache de ne pas embarquer d'affaires liées à Kagami ou Seirin en général sans quoi, je pourrai très vite perdre patience. Et tu sais ce qui arriverait si c'était le cas, n'est ce pas ?

Le joueur fantôme hocha silencieusement la tête avant de suivre du regard « l'empereur » quittant la pièce.

Une fois le rouge parti, le jeune passeur lâcha un soupir résigné : il n'avait pas besoin de cette nouvelle menace d'Akashi.

Il n'était pas idiot.

Il comprenait très bien la situation.