Il ne comprenait rien à la situation.

Ou plutôt si, il comprenait assez bien la situation.

Il la comprenait même trop bien.

Il n'arrivait juste pas à admettre que c'était la réalité.

Le fait était que lui, Takao Kazunari, se trouvait dans la maison de la famille de Shintarô Midorima. Ce dernier l'avait emmené jusqu'à sa chambre et les avaient enfermés pour avoir un moment d'intimité avec lui.

Et maintenant, le faucon en était là : sur le lit de son partenaire avec lui, au dessus de lui. Il le rendait littéralement fou, en l'embrassant partout où ses vêtements ne le couvraient pas …

« S-Shin chan… » gémit-il malgré lui, lorsque le vert s'attaqua à son cou, sans la moindre retenue, avec une immense douceur.

C'était un rêve.

C'était une torture.

Le jeune prodige ne lui avait jamais témoigné aucune forme de tendresse ou même de gentillesse. Et voilà qu'aujourd'hui, sans raison apparente, il tombait le masque et se confessait à lui ? Et maintenant il …L'emmenait chez lui et… l'embrassait ?! Se rendait- il seulement compte à quel point c'était injuste envers lui ?

Lui qui avait toujours voulu qu'il le remarque.

Lui qui avait toujours voulu réussir à le rendre fier ou le faire sourire.

Lui qui avait toujours voulu l'aimer.

Lui qui s'était toujours fait jeter.

Alors pourquoi ? Pourquoi n'était-il pas en colère de la tournure de la situation ?! Il en avait le droit pourtant.

La réponse, il la connaissait pourtant.

C'est Shin chan.

Il ne pouvait pas. Quoiqu'il arrive il ne pouvait pas lutter. Pas contre Midorima.

Pas contre Shin chan.

Son cœur, son âme, avaient été contaminés par l'existence du shooter miracle depuis qu'ils avaient commencé à jouer dans la même équipe.

C'est pourquoi, le faucon ne trouvait pas la force de se défaire du prédateur aux iris émeraude qui le surplombait.

« Takao… » murmura Midorima à son oreille pour capter toute son attention.

Ce que le brun lui accorda immédiatement.

En fixant le vert, le faucon remarqua que le shooter paraissait tendu : comme si il regrettait déjà ce qu'il venait de lui faire.

Dès lors, une sonnette d'alarme s'activa dans l'esprit du plus petit des deux adolescents et avec elle, des tonnes de questions…

Et si, Shin chan regrettait vraiment de l'avoir embrassé ?

Et si, Shin chan ne voulait pas aller plus loin ?

Et si, après réflexion, Shin chan ne le trouvait pas digne de lui ?

Et si…

« Takao ! »

Le brun sursauta sous cet appel virulent du vert et détourna le regard : rien qu'au ton employé, le faucon devina qu'il avait vu juste et que Midorima allait le jeter, réalisant que le brun ne méritait pas un prodige comme lui…

Le plus petit s'apprêtait donc à recevoir la sentence cinglante du vert mais, à sa grande surprise, il n'en fut rien.

Ou du moins, pas ce à quoi s'était attendu le joueur aux yeux de faucon…

Car à son plus grand étonnement, Takao sentit les longs doigts de son équipier saisir avec beaucoup de précaution son visage, pour le forcer à le regarder.

Dès que leurs regards se rencontrèrent, ce fut le coup de grâce pour le brun qui décela une profonde douleur dans les yeux verts de son vis-à-vis.

Midorima souffrait.

Son Shin chan était triste.

Ce fait découvert, Takao sentit la colère monter en lui.

Pas contre Midorima.

Mais, contre lui-même.

Car, à n'en pas douter, si son Shin chan avait cette lueur triste dans le regard, c'était surement lui qui l'avait provoquée.

Il tenta donc de se dégager du lit.

Car après tout, s'il était la source d'une quelconque peine pour Midorima, il valait mieux qu'il parte maintenant.

Mais le vert, voyant le brun essayer de se redresser, le coupa dans son élan et le rallongea (un peu plus brusquement qu'il ne l'aurait voulu) sur le lit, avant de prendre la parole :

- Takao… Reste …

- Ce n'est pas une bonne idée Shin chan. Tu n'es pas toi-même et je vois que tu regrettes déjà alors laisse-moi partir.

La prise se fit plus forte sur le brun il se demanda pourquoi le vert paraissait tout d'un coup si énervé.

Mais avant même que la moindre question ne puisse franchir les lèvres de Takao, la voix de Midorima s'éleva dans la pièce :

- Ne me fuis pas Takao. Je ne pourrais pas le supporter.

- Mais…

- Je le pensais quand j'ai dit t'aimer. Je ne t'aurais jamais emmené ici sinon.

- Alors pourquoi…

- Je veux…Takao, je ne te forcerais jamais à aller plus loin que ce que nous venons de faire si tu ne veux pas mais…Je voudrais que tu reste ce soir.

- Q-QUOI ? Mais…Mais Shin chan ! Si tes parents rentrent et qu'ils…

- Ma mère est une femme d'affaires. Elle est en voyage à Londres jusqu'à la semaine prochaine pour le travail, quant à mon père…Il est tellement surchargé avec ses patients, qu'il ne rentre jamais à la maison le soir et préfère dormir dans des hôtels proches de son travail.

- Alors on va être seuls ? Je veux dire...Toute la nuit ?

- Oui. Alors es-ce que tu veux bien rester avec moi ? Je te jure que ce ne sera que l'histoire d'une nuit et que, si tu ne le veux pas, je ne te toucherai pas.

Takao se sentait perdu : Shin chan voulais qu'ils… dorment ensemble ?

Ça aurait du être le plus beau jour de sa vie pourtant, quelque chose dans l'esprit de Takao lui disait qu'il y avait anguille sous roche à commencer par le comportement presque désespéré de Midorima pour le faire rester.

Ce comportement n'était pas celui de son Shin chan.

Ce n'était pas normal.

Voyant que le vert devenait blême à chaque seconde qui passait en attendant sa réponse, Takao décida de mettre fin au calvaire de son équipier en répondant avec franchise :

- C'est d'accord Shin chan.

- C'est vrai ?

- Oui. Mais dis-moi j'ai une question…

- Attends. J'ai…J'ai quelque chose à te donner.

Le brun opina du chef et regarda le shooter s'éloigner de lui et quitter le lit pour aller chercher quelque chose dans un tiroir de son bureau.

Quand il revint près de Takao, le vert avait à la main une enveloppe qu'il lui tendit .

Curieux comme il l'était, Takao voulut ouvrir l'enveloppe.

Mais à son grand étonnement, son partenaire le stoppa :

- Ne l'ouvre pas maintenant.

- Pourquoi Shin chan ?

- Parce qu'il est trop tôt. Je te demande de ne pas ouvrir ça avant 3 jours environ.

- 3 jours ? Pourquoi ? Il y a quoi dedans au fait ? En soupesant, je sens qu'il y a un objet, en plus d'un courrier à l'intérieur…

- Exact.

- Alors qu'es-ce que c'est ? Un item porte- bonheur pour les scorpions, en avance ?

« Si on veut…De toute façon je t'interdis d'ouvrir cette enveloppe avant 3 jours, ou je quitte l'équipe de basket. » répondit Midorima de façon évasive en réajustant ses lunettes.

Il eut la satisfaction de voir Takao suspendre tout geste pour ouvrir l'enveloppe, comme si elle lui brûlait les doigts.

Pas que l'idée que le jeune faucon se fasse mal lui plaisait, loin de là, mais il était content de voir que son coup de bluff avait marché.

Après tout, il n'était pas encore temps que Takao découvre le contenu de cette lettre…

Le shooter miracle fut soudain tiré de ses pensées en sentant deux bras enlacer son torse.

« Shin chan… »

Le vert fixa son regard émeraude dans les yeux bleu-gris de son coéquipier pour lui faire comprendre qu'il avait toute son attention :

- Un problème Takao ?

- Je me demandais…Si ce n'est pas à cause de moi…Pourquoi tu as l'air si triste ? C'est ta main qui t'inquiète ? Si tu me dis qui est le type qui t'a blessé, j'irai lui casser la figure moi-même !

- Ne dis pas ce genre de chose Bakao … Ça n'en vaut pas la peine.

- Bien sûr que si que ça en vaut la peine Shin chan ! TU en vaux la peine ! Pour moi il n'y a rien de plus important que toi ! Et quelque soit le malade qui a osé abimer ta main, je te promets que je vais le…

Le brun ne termina pas sa tirade venimeuse sur l'inconnu qui avait osé blesser son Shin chan, car le vert posait l'un de ses doigts bandés sur les lèvres du petit faucon pour le faire taire…

« Chuuuut, tais-toi Takao. Je n'ai pas envie de penser à ça maintenant…Je veux juste penser à toi » lui murmura le Shooter miracle en le serrant contre lui.

Pour ponctuer cette phrase, il embrassa comme il l'avait fait plus tôt, le cou du brun, qui ne pu réprimer un petit gémissement.

« Tu es sensible ici… » s'amusa le vert tendis que le rouge montait aux joues de Takao.

« Tu es méchant d'exploiter mes points faibles Shin chan ! » lui répondit son partenaire, comme si il était un gamin.

« Tu veux que j'arrête ? » demanda le vert. Une réelle inquiétude était décelable dans sa voix (bien qu'il essaye de la cacher).

Le plus petit soupira : comment pouvait-on être aussi intelligent et cultivé, et aussi aveugle ?

Rattrapant son partenaire qui s'apprêtait à s'éloigner, le brun déclara avec sérieux : « si tu t'arrêtes là Shin chan, je rentre chez moi »

C'était l'autorisation qu'attendait Midorima.

Maintenant qu'il l'avait, il n'allait pas revenir en arrière.

Alors, guidé par les pulsions qu'il avait refoulées depuis trop longtemps, il repoussa son camarade dans le lit d'un geste vif (mais néanmoins sans être brusque). Il l'embrassa avec plus de passion que les fois précédentes, tout en le déshabillant.

Partenaire qui, soit dit en passant, se comportait de la même façon envers le shooter miracle…

Très vite, les deux adolescents se retrouvèrent presque nus : il ne leur restait que leurs sous -vêtements.

Les deux adolescents se toisèrent un moment : chacun contemplait le corps dénudé de l'autre ainsi que le dernier obstacle vestimentaire qui les empêchait de découvrir la totalité du corps de leur partenaire…

D'un accord tacite, les deux jeunes commencèrent à faire glisser les pièces de tissu contre leur peau pour s'en débarrasser le plus vite possible.

Le sous vêtement du vert fut d'ailleurs le premier à valser au pied du lit…

Ne resta bientôt plus que celui du brun…

« Besoin d'aide ? » demanda le shooter d'un ton joueur au brun, qui tardait trop, à son goût, à se dévêtir.

Nullement déstabilisé, et même amusé, c'est un Takao plus provocant que jamais aux yeux de Midorima qui rétorqua : « Tu n'en serais pas cap' Shin chan…Ttu es trop tsundere pour ça »

« Tu ne devrais pas me mettre au défit Takao… » répondit le plus grand, comprenant que son équipier avait envie de le taquiner d'une façon complètement inédite.

Le dit « équipier » lui fit un sourire qui pouvait se traduire par « je t'attends alors, Shin chan…Prouve- moi que tu n'as pas peur du grand méchant faucon. »

Ce fut l'invitation de trop pour le vert : il ne mit pas 3 secondes à se débarrasser du dernier vêtement du brun.

Maintenant, ils étaient sur un pied d'égalité.

Ou presque…

Midorima avait souvent rêvé de ce qu'il ferait à son partenaire dans une telle situation mais là, il demeura figé.

Son faucon était encore plus magnifique une fois dévêtu que tout ce qu'il aurait pu imaginer.

Il était juste TROP parfait.

Et un Midorima frustré depuis des mois, de mauvaise humeur à cause d'un schizophrène complètement sadique, et désespéré par une mauvaise nouvelle est un Midorima potentiellement instable.

C'est pourquoi rien n'aurait pu l'arrêter quand il se rua sur un Takao tout aussi émoustillé que lui, pour enfin pouvoir le faire sien.

Enfin … C'est ce qu'il crut, jusqu'au moment où il entendit depuis le rez-de-chaussée une voix masculine s'élever en annonçant : « Shintarô ! Je suis rentré ! »