Chapitre 13 : Aveux ou adieux ? Qu'importe si le message ne passe pas...
Il avait l'impression que toute la douleur et la fatigue du monde s'étaient jetées sur lui.
Mais au moins, il en comprenait la raison.
En effet, entre ses séances photos interminables pour des magazines sportifs ou de mode, ses duels contre Aomine (quand ce dernier acceptait de jouer en 1 contre 1 avec lui) et ses entraînements intensifs rythmés par un senpai ronchon et aux « coups perdus » faciles, Kise Ryota ancien copieur de la génération des miracles et mannequin à ces heures perdues, (devenu la pièce maitresse de l'équipe de Kaijo depuis qu'il l'avait intégrée) avait de quoi se sentir exténué et courbaturé.
Cependant c'était de la bonne fatigue et il le savait.
Toutefois, son état de fatigue musculaire n'était pas suffisant pour l'aider à dormir, ce soir car son esprit tournait à plein régime.
Il faut dire qu'il n'arrivait pas souvent au blond d'être envahi par des sentiments contradictoires.
En effet, une part de l'adolescent avait déjà hâte d'être à demain soir et de tenter cette nouvelle « expérience » que lui avait « proposé » Akashi.
Tandis qu'une autre part de lui était remplie de crainte et de culpabilité, à l'idée de ce que ça impliquait par rapport à Kaijo…
Il avait beau se dire qu'en suivant les consignes d'Akashi il deviendrait plus fort, plus performant, plus digne de faire des duels avec Aomine, il ne pouvait cependant pas s'empêcher de laisser ses pensées le ramener à un certain brun, légèrement trop strict le rabrouant à longueur de journée…
« Kasamatsu Senpai … Que dois-je faire ? » murmura le blond, comme si son capitaine de Kaijo se trouvait avec lui dans la pièce.
Évidement, seul le silence répondit, pour la plus grande tristesse du jeune mannequin.
Après tout, il ne pouvait pas se leurrer éternellement : pour le plus grand malheur des nombreuses jeunes filles en fleur pour qui il était un fantasme vivant, Kise Ryota aimait les hommes.
Il s'en était aperçu assez tôt.
Au collège, pour être plus précis.
À cette époque, il voulait faire de son mieux pour être un bon joueur dans l'équipe de la génération des miracles.
Mais son véritable objectif, devenir le meilleur, n'était motivé que par une chose : la jalousie.
La jalousie qu'il éprouvait envers Kuroko.
Ou plutôt, la jalousie qu'il éprouvait envers la forte complicité qui liait, à l'époque, le 6ème joueur fantôme et Aomine.
C'est donc à cette époque que Kise avait réalisé deux choses :
1. Il aimait les garçons et son cœur semblait avoir jeté son dévolu sur Aomine.
2. Il était jaloux et exclusif au point de tout faire pour accaparer l'attention de l'as de son équipe.
Mais avec le temps, son coup de foudre pour Aomine semblait avoir laissé place à une rivalité très forte pour l'AS aux cheveux bleus, tant admiré jadis…
Et puis Kasamatsu était apparu.
Alors certes, le capitaine de Kaijo était loin d'être un apollon et encore plus loin de cette idée si on le comparait à Aomine.
Il criait beaucoup et pouvait parfois donner un bon coup de pied aux fesses à qui ne respectait pas les aînés ou faisait des bêtises lors de l'entrainement (Kise le savait d'expérience), alors qu'il suffisait à Aomine d'apparaître sur un terrain pour inspirer la méfiance a tous : adversaires et alliés compris.
Cela faisait probablement partie du charisme naturel des membres de la génération des miracles.
Et c'était surement en ça que Kasamatsu surpassait Aomine.
Il se fichait de la réputation prestigieuse ou non d'un adversaire ou d'un allié : aux yeux de Kasamatsu, ce qui primait, c'était la volonté que mettaient les joueurs sur le terrain et les efforts qu'ils fournissaient.
Aomine disait souvent « le seul qui puisse me battre, c'est moi-même »
Mais Kasamatsu, lui, estimait que le basket était un sport collectif et qu'il ne servait à rien d'avoir un joueur talentueux , un prodige dans l'équipe, si le-dit « prodige » estimait qu'il valait tellement mieux que tout le monde, au point qu'il pouvait tout gérer seul.
Et il l'avait très vite fait comprendre à Kise.
Grâce à Kasamatsu, Kise avait la réelle sensation d'avoir changé, et en bien.
Petit à petit, au contact du lycée de Kaijo, il était retombé amoureux du vrai basket.
Et de fil en aiguille, il avait fini par tomber amoureux de son senpai…
Machinalement, le top model se mit à jouer avec un petit objet qu'il tenait dans sa main et lâcha un bruyant soupir…
« Que faire ? Si je m'en tiens à la règle, c'est à Aomineicchi que je devrai donner ça… Mais étant donné que lui-même est déjà un membre de la génération des miracles, ça ne ferait que flatter encore plus son égo démesuré. Et puis…Mon cœur me dit que si une personne mérite ceci, ce n'est pas Aomine mais bien Kasamatsu senpai… Quelle est la bonne décision ?» se questionna-t'il intérieurement, en faisant miroiter le petit objet à la lueur de la lampe de sa chambre.
« Rahhh ! Mais pourquoi il faut toujours que je cogite autant sur des questions aussi faciles ?! » s'emporta soudain le blond. Il saisit son téléphone et composa le numéro de son capitaine.
Après quelques sonneries, le copieur de Kaijo finit par entendre la voix familière de son senpai bourru favori :
- Allo ?
- Senpai !
- Kise ? Baka ! Tu as vu l'heure qu'il est ?! J'ai une vie moi, crétin !
- Je sais, désolé senpai.
- Tu n'a pas l'air désolé du tout, alors j'espère que ce que tu as à dire est important, sinon je raccroche.
- Non,attends !
- Alors quoi ?!
- Senpai je…je…
- Dis clairement les choses Kise ,ou je vais venir chez toi pour te secouer comme un prunier !
- Bien…Senpai je voulais te dire que… J'aime un homme !
- …
- Senpai ?
- …
- Tu es toujours là ?
- Hein ? Euh oui, désolé c'est juste…Inattendu... Bref ! Tu ne m'as pas appelé juste pour ça j'espère ?!
- Non bien sûr. Mais avant de continuer, je voulais savoir…Ça te dérange ?
- Que tu aimes les hommes ? Sérieusement, je n'en ai rien à faire. Et puis ce n'est pas comme si je ne m'en doutais pas un peu.
- Tu le savais ?
- Comment ne pas s'en douter quand on voit comment tu te jettes tout le temps sur le petit Kuroko de Seirin, ou comment tu recherches toujours le regard de cet enfoiré d'Aomine quand il est dans les parages ?
- Je ne pensais pas que ça paraissait si évident…
- Ça l'est pour les personnes qui font attention à toi …
- Ça veux dire que tu tiens à moi Senpai ?!
- Quoi ?! Et bien…Oui…Comme tous les membres de notre équipe. Je suis le capitaine de Kaijos après tout, c'est mon devoir d'avoir un œil sur vous tous.
- C'est trop gentil ce que tu dis senpai ! Je vais finir par pleurer !
- Te fous pas de moi crétin et dis moi la vrai raison de ton appel !
- …
- Kise ?
- …
- Eh ! Réponds ! Sinon je te préviens je raccroche !
- Kasamatsu.
Cette fois, le capitaine de Kaijo pris au sérieux le mannequin en entendant son nom prononcé de cette façon.
C'était comme si quelque chose avait changé chez le copieur.
Comme si ce n'était plus vraiment lui.
Ou plutôt, une facette de Kise Ryota, que Kasamatsu n'avait jamais vue.
Et surtout, une facette de Kise Ryota que, bizarrement ne parvenait pas à apprécier.
« Je t'écoute Kise. Parle. » annonça très sérieusement le brun, faisant ainsi comprendre au plus jeune qu'il avait toute son attention.
De l'autre côté de la ligne c'est de sa voix la plus assurée que le blond répondit :
- Je voudrais que tu passes chez moi demain après les cours senpai.
- Euh…pourquoi ?
- J'ai quelque chose d'important à te donner. Passe demain après tes cours. Ah, une dernière chose : je ne viendrais pas m'entraîner demain.
- Hein ? Mais pourquoi ?!
- Au revoir. Bonne nuit senpai.
- Eh, non ! Réponds-moi ! Kise !
Mais le capitaine de Kaijo comprit bien vite qu'il s'égosillait pour rien, quand il entendit le bip caractéristique indiquant que son interlocuteur avait raccroché.
Déterminé comme il l'était à avoir une réponse de « sa victime » préférée, le brun rappela immédiatement le copieur mais le sournois blondinet semblait avoir coupé complètement son téléphone.
« Si c'est comme ça, demain matin il aura une drôle de surprise en sortant de chez lui ! Il va recevoir le savon de sa vie pour m'avoir raccroché au nez ! Je vais lui apprendre à ce gamin ce qu'il en coûte de ne pas respecter ses aînés ! » grommela le capitaine, en se laissant tomber dans son lit avant de sombrer dans le sommeil.
