Himuro sentait le sommeil le gagner.
Cela faisait un petit bout de temps que Taiga était parti maintenant et le brun commençait à se demander s'il n'aurait pas du insister pour l'accompagner.
Il songeait même à l'appeler quand soudain, la sonnerie de l'entrée retentit dans l'appartement.
Se dépêchant, l'AS de Yosen alla ouvrir et tomba, pour son plus grand soulagement, sur son frère de cœur :
- Taiga ! Tu aurais pu prévenir que tu rentrerais si tard ! Je commençais vraiment à m'inquiéter !
- Désolé Tatsuya. Ça a pris plus de temps que prévu car je ne suis pas le propriétaire légitime de n°2, alors le véto m'a fait un cirque.
- Je vois… Comment va le chien ?
- Le vétérinaire a dit qu'il le gardait pour la nuit sans vraiment me dire pourquoi. Il a juste précisé que je pourrais le ramener à son maitre demain.
- Tu ne peux pas appeler Kuroko pour lui dire d'aller chercher N°2 lui-même ?
- Non. Ça ne servirait à rien.
- Qu'es ce que tu veux dire Taiga ?
- …
- Vous vous êtes disputés, c'est ça ?
Devant le mutisme de son frère, le brun tenta de changer de sujet :
- Tu sais quoi ? J'ai profité que tu ne sois pas là pour préparer un bon repas. Il n'attend plus que nous, tu viens ?
- Tu as cuisiné pour nous ? Mais, Tatsuya ! Tu es mon invité ! C'était à moi de m'occuper de ça !
- Tu n'étais pas en état pour gérer ça, Taiga. En plus, quel horrible monstre j'aurais été si j'avais laissé mon petit frère se taper toutes les corvées pénibles à son retour, alors que je me serais prélassé dans son somptueux appartement ?
- Là n'est pas là question. J'aurais préféré que tu me laisses le faire. Mais bon, ce qui est fait est fait…
- Bien dit. Alors passons à table veux-tu ?
Le tigre de Seirin se contenta d'opiner du chef et suivit Himuro dans la salle à manger.
Malgré la qualité du repas préparé avec soin par le brun, pas un compliment ne sortit de la bouche du plus jeune des deux garçons.
C'était vraiment oppressant tant de silence…
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Himuro n'aimait pas voir le tigre aussi peu bavard.
C'est pourquoi, entre le plat principal et le dessert, l'AS de Yosen se jeta à l'eau :
- Taiga il faut qu'on parle.
- …
- Dis moi pourquoi je t'ai vu t'en prendre à ce type dans cette ruelle ? Ça ne te ressemble pas de répondre par la violence à une simple provocation.
- …
- A moins… qu'il y ait autre chose ?
- …
- Taiga ?
Après quelques minutes de silence supplémentaires, le tigre de Seirin répondit :
- Il s'en était pris à N°2.
- Hein ? Tu veux dire…Que tu as risqué d'envoyer un type à l'hôpital à cause d'un chien, alors que tu en as une peur bleue ? Mais que t'arrive-t-il Taiga ?!
- Ce n'est pas un simple chien ! N°2 est spécial !
- Ah oui ? Et pourquoi donc ? Parce qu'il est la mascotte de Seirin ? Ou parce qu'il appartient à Kuroko ?
- Qu'es ce que tu veux dire ?
- Ne joue pas à plus idiot que tu ne l'es Taiga tu sais très bien de quoi je veux parler : t'es tu comporté aussi déraisonnablement à cause de Kuroko ? Parce que tu es amoureux de lui ?
- Hein ? T'es malade ?! Je te rappelle que Kuroko est un mec comme toi et moi !
- Et alors ? Tu aimes qui tu veux, je ne vais pas te juger là-dessus.
- Heu…pour de vrai ? Ça ne te choquerait pas si je te disais que tu as raison ?
- Je n'ai pas de raison de l'être : je te rappelle qu'on a été élevés par Alex. Du coup, plus rien ne peut me surprendre.
Le brun s'arrêta en constatant l'air soulagé qu'affichait son frère de cœur et lui demanda :
- Taiga, pourquoi as-tu l'air aussi apaisé tout d'un coup ? Ne me dis pas…que tu appréhendais ma réaction ?
- Et bien c'est-à-dire…
- Taiga…Tu es vraiment désespérant des fois…Tu le sais ça ? Tu es mon petit frère et je me moque bien de savoir si la personne que tu aimes est une fille ou un garçon, du moment que tu te sens complet et heureux avec cette personne.
- Donc ça ne te dérange pas ? Je ne te dégoûte pas ?
- Non. Ne t'inquiète pas et sors toi une telle bêtise de la tête une bonne fois pour toute ok ?
- Tu as raison…Merci de m'avoir remis les idées en place Tatsuya.
- C'est normal voyons, c'est mon rôle de grand frère de te recadrer quand ton petit cerveau surchauffe pour rien.
- Eh !
Himuro émit un léger rire devant l'air faussement indigné de son frère.
Il le préférait largement comme ça.
« Tatsuya. »
Le brun reporta son attention sur son frère de cœur qui venait de l'interpeler :
- Un souci Taiga ?
- C'est ce que moi j'aurais voulu te demander.
- Comment ça ?
- À la base, si tu es venu chez moi ce n'est pas que pour me sermonner pas vrai ? Il t'est arrivé quelque chose avant que tu tombes sur moi ? Tu n'avais pas l'air bien quand tu m'as trouvé…
- Oui. Je dois reconnaitre que je n'étais pas au mieux moralement…
- Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ?
- Je me suis fâché après Atsushi…
- Qui ça ?
- Murasakibara.
- Ah, lui !
- Oui.
- Et donc ? Pourquoi vous êtes vous disputés ?
- Il m'a embrassé.
- QUOI ?!
Avant que le brun ne puisse réagir, le tigre de Seirin avait déjà quitté la table et enfilé son manteau.
« Taiga ! Où tu vas comme ça ? » l'interpela Himuro, légèrement inquiet de l'hostilité qu'il avait senti émaner de son cadet.
« Je vais retrouver Murasakibara et lui coller mon poing dans la gueule ! » répondit l'AS de Seirin d'une voix presque menaçante.
Puis, sans rien ajouter, l'américain aux cheveux rouges se dirigea vers la sortie de l'appartement, quand il sentit son frère le retenir tant bien que mal par le poignet.
Se tournant vers le brun, Kagami interrogea son aîné :
- Qu'est-ce que tu veux Tatsuya ?
- Ne t'en prend pas à Atsushi.
- Mais…
- Écoute Taiga, je sais que tu n'apprécies déjà pas spécialement mon équipier. Et je sais que tu essaies de me protéger, à ta façon, de tout ce qui peu me heurter physiquement, moralement et psychologiquement. Mais je ne suis pas en porcelaine : je me suis juste disputé avec Atsushi. Et en plus… C'était entièrement ma faute.
- Ta faute ? Mais de quoi tu parles ?!
- Et bien disons que j'ai en quelque sorte « provoqué » Atsushi…
- Comment ça ?
- Et bien…Quand on partage autant de temps que je le fais avec quelqu'un, on sait qu'il y a des codes, des règles et des limites implicites à ne jamais franchir. Et aujourd'hui, je les ai tous dépassés sous le coup de la colère et de la frustration.
- Quelle frustration ?
- …
- Tatsuya ?
Voyant que son « grand frère » mettait du temps à répondre, Kagami considéra avec d'avantage d'attention le brun, qui semblait plus qu'hésitant à l'idée de lui répondre.
Puis, finalement, Himuro lâcha la nouvelle qui, à coup sûr, ne manquerait pas de faire l'effet d'une bombe nucléaire dans le cerveau de Kagami…
« J'aime Atsushi. »
Il y eut une ou deux minutes de silence avant que le tigre ne réagisse enfin…
« QUOI ?! Mais…Mais enfin Tatsuya…» commença l'AS de Seirin, perdant son sang froid devant une telle révélation.
Histoire de le calmer, Mimuro reprit la parole :
- Je ne vois pas ce qui te choque Taiga.
- Tu ne le vois pas ? Ce type est un géant stupide qui passe son temps à manger ! Et il n'aime même pas le basket ! Vous n'avez rien en commun et tu mérites bien mieux que…
- Taiga.
Le tigre de Seirin fit silence en voyant le regard sévère de son frère de cœur se poser sur lui il se prépara à ce que la colère qu'il sentait poindre chez son ainé, s'abatte sur lui.
Ce qui ne tarda pas à arriver…
C'est donc à un Himuro particulièrement en colère que Kagami faisait face maintenant.
Et c'était assez intimidant.
Ne décolérant pas, Himuro commença à sermonner le tigre :
- Taiga ! Je ne te permets pas de lui manquer de respect ! Atsushi est une belle personne, dans tous les sens du terme il faut juste apprendre à le connaître un peu pour s'en rendre compte.
- Et se rendre compte de quoi ? C'est un idiot !
- C'est faux : il est paresseux certes, mais il est brillant intellectuellement.
- Et le fait que ce n'est rien qu'un estomac sur pattes, tu va le nier peut-être ?
- Non bien sûr. Personne ne peut nier qu'Atsushi est un grand gamin gourmand. Mais dans un sens, ça le rend encore plus mignon et attachant.
- Mignon ? Attachant ? Tu es sûr qu'on parle du même Murasakibara, là ?
- Absolument. Et une chose est certaine, il l'est bien plus que ton ombre.
- Hein ?! Retire ça tout de suite ! Je t'interdis de comparer Kuroko à ce mollusque violet boulimique !
- Et moi je t'interdis d'insulter Atsushi !
- Il le mérite après ce qu'il t'a fait !
Cette fois, le brun de riposta pas et se contenta de sourire : alors c'était pour ça que Kagami était si véhément en parlant de Murasakibara ?
« Taiga et Atsushi se ressemblent vraiment plus que ce qu'ils s'imaginent… » songea brièvement Himuro avant de se refocaliser sur le tigre :
- Taiga. Merci.
- Hein ? De quoi tu me remercie au juste ?
- De te soucier autant de moi. Mais ça va tu sais…C'est juste…Que je regrette de m'être emporté contre Atsushi : il agit souvent comme un gamin et, bien qu'il est 16 ans comme toi, je crois qu'il ne connaît pas grand choses de en ce qui concerne les sentiments amoureux et les gestes qui s'y rapportent…Donc techniquement… en tant que Senpai c'était à moi de garder mon sang froid. Je n'ai pas assuré du tout sur ce coup là…
Suite à ces paroles il y eu un silence inconfortable entre les deux américains avant que Kagami ne décide de crever l'abcès…
« Appelle-le. »
Ce n'était pas une demande.
Ce n'était pas un ordre non plus.
Kagami avait tout simplement exprimé à voix haute ce que le cœur d'Himuro implorait depuis la dispute avec le géant violet.
Se disant que son « petit frère » (de 1.90metre quand même) avait surement raison, Himuro saisi son téléphone portable dans l'espoir de pouvoir de joindre son partenaire mais lâcha soudain un juron en anglais.
« Un problème Tatsuya ? » demanda le tigre en voyant le visage contrarié du brun.
« Plus de batterie. » expliqua le joueur de Yosen d'une voix contrariée tendis qu'il jetait un regard meurtrier au pauvre petit téléphone.
« Tu veux que je te prête le mien ? » proposa l'adolescent aux cheveux rouge.
Son frère fit non de la tête avant d'expliquer : « Atsushi a une sonnerie spécial quand je l'appel depuis mon téléphone. Il a fait ça avec les membres de Yosen aussi. Il ne décrochera jamais si le numéro qui tente de le joindre lui est inconnu. »
Devant ces faits, Kagami proposa une autre solution :
- Dans ce cas, terminons le repas et allons dormir. Tu mettras ton téléphone a chargé cette nuit et tu l'appelleras demain quant ton tel sera de nouveau opérationnel. Je te prête mon chargeur.
- Merci Taiga.
- De rien : je préfère te voir heureux avec un type qui m'insupporte que triste sans ce même individu.
« Il vaut mieux avoir des remords que des regrets. » ajouta soudain le tigre d'une voix amère qui piqua la curiosité du brun.
Ce dernier voulu savoir ce que sous entendais son cadet mais l'AS de Seirin se contenta de lui donner un chargeur de téléphone avant de finir son repas dans le silence.
Le repas finis, les deux frères rivaux se séparèrent et allèrent se coucher.
Les deux AS, chacuns dans une chambre assez grande pour deux, passèrent un bon moment à se retourner et à cogiter avant de finir par trouver le sommeil.
Se fut Himuro qui se réveilla le premier : le réveil indiquait 6h30
Contrairement à ce que tout le monde aurait pu attendre d'un élève modèle, le premier geste du brun ne fut pas d'attraper des affaires pour se préparé pour ses cours mais bien de saisir son téléphone désormais chargé à 100%.
Il avait trop attendu.
Le supplice devait prendre fin maintenant.
Il devait appeler Murasakibara.
Il commença dans un premier temps à lire les messages que le géant de Yosen et en éprouva une profonde culpabilité : Atsushi avait maladroitement essayé de se faire pardonner pour son geste et tout ce que l'américain avait trouvé de plus intéligent à faire avait été de le snober !
Alors qu'il se préparait à appeler, Himuro se rendit compte qu'il avait un message vocal.
Il pressa donc le bouton pour accéder à sa messagerie.
Mais le message qu'il découvrit lui fit perdre tout ces moyens quand il entendit la voix de son coéquipier prononcer des paroles qui le glacèrent d'éffrois :
« Muro-chin, j'aurais voulu pouvoir te parler une dernière fois de vive voix mais je n'en ai plus le temps. Alors je voulais que tu saches que tu ne devras t'en vouloir pour rien de ce qui va arriver … Muro-chin, je vais faire une bêtise.
Tu m'en voudras peut être toute ta vie pour ça mais…
Quoi qu'il en soit, j'ai été heureux du temps qu'on a partagé ensemble.
Tu es… Tu auras été le meilleur équipier dont je pouvais rêver, senpai.
Désolé que ça doive se finir comme ça.
Au revoir Muro-chin. »
Dès lors que le message c'était terminé, le brun avait enfilé dans la hâte des chaussures et son pantalon ainsi que son haut du club et se rua hors de la demeure de Kagami (sans laisser le moindre mot) pour se rendre à toute vitesse au dortoir de Yosen.
Dans sa tête, tout les pires scénarios commençaient déjà à se dessiner le poussant à forcer encore l'allure à la quelle il courrait.
« Atsushi…pitié ne me fait pas un coup comme ça ! J'arrive, ne fait pas de connerie ! » Supplia intérieurement l'étudiant américain en espérant ne pas arriver trop tard.
Mais il aurait du savoir.
Savoir que, souvent, espérer ne suffit pas…
