Aussi loin que remonte sa mémoire, jamais Kiyoshi ne s'était senti aussi bien.

Il faut dire qu'il avait toutes les raisons de se croire dans un rêve : il se trouvait actuellement dans son lit, aux côtés de Hyuga qui dormait paisiblement.

C'était vraiment comme ça que Cœur d'acier s'imaginait le paradis.

Avec une certaine nostalgie, le pilier de Seirin observa son capitaine en se remémorant comment ils en étaient parvenus à partager le même lit…

(Flash back)

Après avoir mis les choses au clair sur leurs sentiments respectifs, les deux seniors de l'équipe de Seirin s'étaient retrouvés murés dans un silence désagréable…Comme s'ils venaient tous les deux de pleinement prendre conscience de leurs propos et de leurs actes.

Ne supportant pas ce silence, c'est Hyuga qui l'avait rompu en déclarant :

- Au fait, tu n'as toujours pas répondu à ma question.

- Laquelle ?

- Pourquoi as-tu prétexté que tu devais te rendre chez le kiné ?

Se grattant l'arrière du crâne d'un air mal à l'aise, c'est rouge de honte que Cœur d'acier avoua :

- J'étais jaloux.

- Toi ? Jaloux ? Pourquoi ?

- Je te l'ai dit : je suis amoureux de toi depuis longtemps. Alors quand j'ai cru que tu aimais, Kagami, je…

- Tu aurais pu trouver une autre excuse quand même, baka ! J'ai vraiment cru que…

- Tu t'es inquiété pour moi ?

- Ne demande pas ce genre de chose avec cette tête là, crétin !

- Désolé je…Savoir que tu te préoccupes de moi, me fait très plaisir. Je suis désolé de t'avoir causé des soucis. Est-ce que je peux faire quelque chose pour me racheter ?

- Comme quoi ?

- Bonne question…

Kiyoshi fit mine de réfléchir un instant avant de répondre avec un grand sourire : « Je sais ! Tu n'as qu'à rester dîner chez moi ce soir ! »

Le capitaine de Seirin sembla envisager l'idée, pesant le pour et le contre, avant d'accepter l'offre de Cœur d'acier

Dès lors, le pilier de Seirin avait mis les petits plats dans les grands pour improviser un repas digne d'un grand chef destiné au brun.

Le repas en lui-même s'était assez bien passé.

Mais, au moment du dessert, les choses avaient pris une toute nouvelle tournure, quand une vive douleur avait saisi Kiyoshi au genou.

Alarmé par la douleur soudaine du châtain, Hiuga laissa en plan son repas pour se précipiter aux cotés de Cœur d'acier, afin de voir de quoi il retournait.

Bien entendu, lorsqu'il comprit l'état de souffrance de son camarade, Hyuga perdit son calme et s'énerva contre Kiyoshi, lui reprochant d'en avoir trop fait pour lui pendant ce dîner.

En guise de réponse à cette colère, que le brun n'utilisait que pour masquer sa culpabilité et son inquiétude, Kiyoshi répondit que ce n'était pas grave, affichant son plus beau sourire, et que si Hyuga passait une bonne soirée, alors, ça valait largement le coup.

Grognant devant autant de « niaiseries » de la part du châtain, le capitaine de Seirin avait ramené le pilier dans sa chambre et l'avait installé sur le lit.

« On en est déjà là ? Je ne te croyais pas du genre à profiter d'un infirme… » Plaisanta Kiyoshi, tandis que Hyuga relevait la jambe du pantalon que portait le châtain.

« La ferme, crétin et reste comme ça ! Je vais chercher de la glace pour atténuer la douleur. »

Une jolie teinte rosée colorait subtilement les joues du capitaine, contrastant avec le ton qu'il venait d'employer…

Kiyoshi le regarda partir avec une mine rêveuse, puis revint sur terre au retour du brun.

Hyuga de son coté, avait soigneusement évité tout contact visuel avec « cœur d'acier », afin d'éviter que les rougeurs de son visage ne s'amplifient, pendant qu'il appliquait un sac de glace sur le genou du pilier de l'équipe.

« Merci Junpei » lâcha finalement Kiyoshi, pendant que le brun s'affairait à lui masser le genou.

« Ce n'est…Eh une minute ! Je ne t'ai pas autorisé à m'appeler par mon prénom ! » s'indigna presque Hyugà face à ce soudain élan de familiarité du châtain.

Mais en guise de réponse, Coeur d'acier répliqua d'un ton déçu :

- Désolé…Je croyais qu'après ce qu'il s'était passé, je pouvais…

- Techniquement nous n'avons encore rien fait.

- Nous…Mais tout à l'heure… Tu as dit que tu…

- C'est bien ce que je dis : ce n'étaient que des paroles. Pas des actes.

- Mais ! Et quand tu m'as embrassé ?!

- Je voulais que tu comprennes que tu dois apprendre à assumer ce que tu ressens. Donc là aussi, ça ne comptait pas comme un acte.

- Et si…Si je voulais avoir le droit de t'appeler par ton prénom que devrais-je faire ?

- Tu es un grand garçon. Ne compte pas sur moi pour te mâcher le travail. Si tu ne saisis pas ce que tu dois faire alors…

Hyuga, ayant fini de prodiguer des soins à son camarade, laissa sa phrase en suspens et se redressa, faisant mine de quitter la pièce.

Il fut soudain retenu par Kiyoshi qui, grâce à la poigne qu'il possédait, le fit tomber sur le lit.

« K-Kiyoshi ! Qu'est-ce que tu fais ? » S'exclama le brun, totalement déstabilisé, sentant le pilier le piéger dans une étreinte puissante.

Etreinte qu'il se prit bien vite à apprécier.

Et ceci, même si son orgueil lui interdisait de le faire savoir à son camarade.

« Ce que je fais ? Je vais faire en sorte d'avoir le droit de t'appeler par ton prénom », lui répondit le châtain avant de fondre sur les lèvres de son capitaine.

Capitaine qui, plus qu'heureux de cette initiative, répondit au baiser de son camarade sans se faire prier.

Puis, une chose en entraînant une autre, les deux adolescents se livrèrent totalement l'un à l'autre.

(Fin du flash back)

Tentant de ne pas réveiller le brun dénudé à coté de lui, Kiyoshi se redressa et se prépara à quitter le lit où son …Capitaine ? Équipier ? Amant ? Petit ami ? (Il ne savait quel terme utiliser pour le définir à présent), dormait encore.

Du moins, c'est ce que Cœur d'acier s'imagina, jusqu'au moment où là voix encore ensommeillée de Hyuga l'interpella :

- Teppei…Où tu vas, baka ?

- Te préparer le petit déjeuner tu n'as pas l'air en état de le faire Junpei.

- Idiot.

- Quoi ? Tu refuses toujours que je t'appelle par ton prénom ?

- Ne dis pas de bêtises : bien sûr que j'accepte que tu m'appelles par mon prénom. Après tout, je t'ai bien appelé avec le tien.

- Sauf que moi, ça ne me dérange pas. Contrairement à toi.

- Ça ne me dérange pas. Du moins, si c'est toi. Et si on est juste tout les deux.

- Alors je suppose qu'au club tu vas rester le même…

- Ça t'ennuie ?

- Pas vraiment mais…C'est vrai que devoir cacher notre relation est un peu frustrant…Mais je m'habituerai ! Si c'est ce que tu veux, personne ne…

- Teppei.

Le châtain s'interrompit dans sa tirade devant l'air sérieux de son capitaine prêt à écouter ce qu'il avait à dire.

Ne perdant pas un instant, après avoir remis ses lunettes, Hyuga se redressa dans le lit et déclara droit dans les yeux à Cœur d'acier :

- Kiyoshi, mettons les choses au clair je vais te faire une promesse : si nous gagnons la Winter cup je reconnaîtrai publiquement que nous sortons ensemble.

- Et si nous perdons ?

Le sourire de Hyuga se fit diabolique. Avec un certain sadisme, il répondit : « C'est simple : si nous perdons, tu devras déclarer ton amour pour moi sur le toit du lycée tout nu, comme tout les membres de l'équipe le feront pour la personne qu'ils aiment… »

Cette fois, le capitaine eut la satisfaction de voir son « amant », (il n'était pas certain de pouvoir qualifier l'ancien général sans couronne ainsi), pâlir légèrement.

Puis, semblant se reprendre, Kiyoshi répondit : « Tu es vraiment diabolique quand tu t'y mets Junpei. Mais au moins, maintenant il est encore moins question que nous perdions la winter cup ! »

À cette déclaration pleine de détermination, Hyuga ne put s'empêcher de sourire.

Finalement, il avait bien fait de faire un détour chez Cœur d'acier hier soir.